La 2ème édition des Trail Running Awards organisée le 9 novembre par Mile & Stone à Annecy, a consacré la Néo-Zélandaise Ruth Croft, lauréate de l’UTMB en août, et le champion du monde américain de trail long Jim Walmsley, élus athlètes de l’année 2025. Un palmarès sportif complété par la désignation d’Asics Fuji Trail comme team de l’année. Retour sur le palmarès.

Trail Running Awards : Jim Walmsley devant Baptiste Chassagne et Kilian Jornet

« D’une certaine manière, j’ai l’impression de finir l’année les mains vides, sans grosse victoire à l’UTMB ou à la Western States qui sont généralement mes grands objectifs », a déclaré, modeste, l’Américain Jim Walmsley, actuellement en résidence à Arêches-Beaufort, après avoir été élu athlète de l’année lors de la deuxième édition des Trail Running Awards.

Il succède au Marocain Elhousine Elazzaoui à l’issue d’un plébiscite de la part du jury et des 800 personnes qui ont participé au vote du public. Il devance Baptiste Chassagne (vainqueur de la Diagonale des Fous), Kilian Jornet (auteur d’une magistrale aventure aux États-Unis, State of Elevation), Ludovic Pommeret (auteur d’un doublé sur la Hardrock 100) et Frédéric Tranchand (champion du monde de trail court).

Jim Walmsley Photo UTMB Group
Jim Walmsley. Photo UTMB Group

Trail Running Awards : la saison folle de Jim Walmsley

Si Jim Walmsley n’a pas frappé là où on l’attendait cette année, il a quand même été foudroyant. Blessé au genou au printemps, contraint d’avoir recours à une injection de plasma au début de l’été, le spécialiste de la Western States (vainqueur en 2018, 2019, 2021 et 2024 et recordman de l’épreuve) et lauréat de l’UTMB 2023 a su se réinventer pour marquer les esprits avec panache dans son style percutant.

Sorti vainqueur du choc au sommet avec Kilian Jornet et Vincent Bouillard au Chianti Ultra Trail by UTMB en mars, il a fini la saison au sprint, en remportant l’OCC à Chamonix avec la manière (son dépassement plein gaz de Cristian Minoggio est une des images fortes de l’année), avant de survoler les championnats du monde de trail long (82 km et 5400m D+) à Canfranc. Trois courses, trois distances, trois terrains différents mais trois masterclass, qui témoignent de la polyvalence du champion du team Hoka âgé de 35 ans.

Lire aussi : Jim Walmsley, l’OCC après l’UTMB

Trail Running Awards : la fierté de Jim Walmsley

« C’était une année unique, a-t-il confié à l’issue de la cérémonie. J’ai maintenant assez de saisons derrière moi pour savoir que chacune raconte sa propre histoire, avec ses hauts et ses bas. Il y a eu une période creuse assez difficile avec la blessure comme il y en a chaque année. J’ai essayé de rester positif. Je suis heureux d’avoir réussi malgré tout à remporter les Mondiaux, ce qui était l’un de mes objectifs. Avec la montée en puissance de cette compétition, c’est une case importante à cocher. Je ne sais pas tout à fait comment ça fonctionne, mais les cotations [respectivement 972 et 974 à Chianti et aux Mondiaux, NDLR] semblent montrer que j’ai donné le meilleur de moi-même quand je pouvais courir. Je suis fier de cette année. »

Jim Walmsley Photo DR
Jim Walmsley, champion du monde de trail long. Photo DR

Trail Running Awards : Ruth Croft devant Katie Schide et Blandine L’Hirondel

Côté féminin, le jury a dû faire un choix difficile. Mais la décision s’est faite à l’unanimité en faveur de la Néo-Zélandaise Ruth Croft devant la meilleure athlète en 2024, l’Américaine Katie Schide (victorieuse en 2025 de la Hardrock et des Mondiaux de trail long). Blandine L’Hirondel (Diagonale des Fous), l’Américaine Abby Hall (Western States) et la Suédoise Tove Alexandersson (Mondiaux de trail court) complètent le Top 5.

Ce prix récompense non seulement son triomphe à l’UTMB, où elle a fait tomber Courtney Dauwalter, mais aussi son immense carrière au cours de laquelle la Néo-Zélandaise de 36 ans, membre du team Adidas Terrex, a accumulé des victoires de prestige dans tous les formats.

« Merci d’avoir récompensé mes performances tout au long de ces années et pas seulement ma victoire à l’UTMB, a-t-elle expliqué dans un message vidéo envoyé depuis la Nouvelle-Zélande où elle passe l’hiver. C’est vrai que ce projet a duré dix ans. L’ambition de le gagner un jour a germé en 2015, quand je suis venue pour la première fois à Chamonix sur la CCC. Ce fut un long voyage pour en arriver là. »

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Ruth Croft. Photo UTMB Group

Trail Running Awards : Asics Fuji Trail élu Team de l’année 2025

Autre grand vainqueur de cette seconde édition des Trail Running Awards, Asics Fuji Traila été distingué en tant que meilleur teamdevant Adidas Terrex et Hoka, malgré la place de n°1 mondial occupée par l’équipementier US au cumul des cotes. En pleine ascension avec près d’une cinquantaine d’athlètes dans ses rangs, la marque japonaise a fait la différence grâce au doublé Tom Evans-Ben Dhiman sur l’UTMB. Une image forte, après des années d’hégémonie des marques spécialisées comme Hoka ou Salomon.


« C’est un prix important pour nous, reconnaît le patron historique du team Asics, Laurent Ardito. Nous travaillons pour cela depuis 20 ans. Nous étions en quête de reconnaissance, puisque nous sommes arrivés dans ce milieu avec un ADN qui n’était pas celui de la montagne. Malgré des succès à l’UTMB [Xavier Thévenard en 2013, 2015 et 2018, NDLR], il a fallu du temps pour se construire une légitimité. C’est difficile pour une marque qui est déjà leader sur un autre marché. C’est le problème d’Adidas, et qu’aura Nike. Nous avons dû le contourner pour que l’écosystème nous accueille dans son paysage. »

Tom Evans Photo UTMB Group
Tom Evans. Photo UTMB Group

Trail Running Awards : l’exploit de l’année pour Rémi Bonnet et Axelle Gachet-Mollaret

Pour compléter ces trophées sportifs, le prix de l’exploit a été partagé entre Rémi Bonnet et Axelle Gachet-Mollaret, qui ont chacun explosé le record du monde du kilomètre vertical à Fully (27’21 pour le Suisse, 32’52 pour la Française spécialiste du ski-alpinisme). « Ce n’était pas une année facile avec une blessure qui m’a arrêté en début de saison. Ça m’a incité à repousser mes limites (…). Ce que je retiens, c’est qu’il ne faut jamais rien lâcher et donner le maximum, même quand ça ne va pas », a commenté dans un message vidéo Rémi Bonnet, également champion du monde sur la montée sèche à Canfranc.

Rémi Bonnet Photo RedBull
Rémi Bonnet. Photo RedBull
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Elles s’appellent Charline et Clémence, sont amies et passionnées de trail et se sont lancées sur le format 100 km et 4500m D+ de l’Infernal Trail des Vosges, leur premier ultra-trail. Mais seront-elles capables d’aller au bout ? Elles se sont tellement dit qu’elles n’en seraient pas capables, mais leur entourage les a tellement soutenues, qu’elles ont fini par aller chercher la réponse au bout du sentier, et au bout de la nuit.

Dans ce film intimiste réalisé par David Heimburger, on affronte avec Charline et Clémence chaque montée, chaque descente, et chaque moment de doute. À Deux Souffles permet non seulement de découvrir l’univers de l’Infernal Trail, course mythique des Vosges, mais surtout de voir comment l’amitié, la résilience et le dépassement de soi permettent aujourd’hui aux femmes de prendre la place qui leur revient dans le monde très masculin de l’ultra-trail. Une leçon de courage qui fait du bien.

Sortie : 2025
Durée : 24 minutes
Langue : Français

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Maxime a 37 ans, 1 enfant, habite en Normandie, du côté du Mont Saint-Michel, et a découvert le trail en 2017. Une révélation, comme une source d’épanouissement. Depuis, il s’entraîne, seul, se fixant des objectifs de course, toujours dans un esprit de découverte et de plaisir. Mais à force d’accumuler des points, le spectre de l’UTMB l’a rattrapé. Pourquoi pas lui ? Encouragé par sa compagne Charline, il a fait de la boucle autour du mont Blanc un défi à relever. Pas pour la performance, juste pour l’expérience, pour se sentir libre et vivant.


Là-Haut, c’est l’histoire de ce parcours, des étapes préparatoires au départ place du Triangle de l’Amitié – le plus beau départ de sa vie – à la première nuit dans les montagnes – la pire nuit de sa vie -… Si le chrono – 41h48 – est anecdotique, le (long) chemin qui l’a ramené à Chamonix, semé d’embuches, de fatigue, de désespoir, d’envie d’abandonner, mais aussi rempli de la chaleur de ses proches, leur soutien, est une belle leçon de vie et de liberté. Un film touchant et inspirant sur un simple amateur de trail qui, tout en humilité, est allé au bout de son rêve.

Sortie : 2025
Durée : 40 minutes
Langue : Français

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Vous vous entraînez dur, mais votre estomac ne suit pas ? C’est sans doute parce que votre corps n’est pas suffisamment habitué à digérer pendant l’effort. Le Gut Training, ou entraînement digestif, est une méthode qui consiste à entraîner l’intestin, comme on entraîne les muscles, pour mieux tolérer l’apport énergétique nécessaire à la performance. Kilian Jornet est passé maître en la matière. Partage d’expérience.

Entraînement gastro-intestinal : pourquoi la digestion devient-elle plus difficile en course ?

Lors d’un effort physique, votre corps donne la priorité à vos muscles et à vos poumons en leur envoyant en priorité de l’oxygène et des nutriments. Pour y parvenir, il réduit l’afflux sanguin vers le système digestif, rendant l’absorption des aliments plus compliquée. Cette situation affecte particulièrement la vidange gastrique, soit le transfert du contenu de l’estomac vers l’intestin grêle.

Ce processus est essentiel, car c’est dans l’intestin que les nutriments sont absorbés. Une vidange gastrique trop lente cause des lourdeurs et des nausées, tandis qu’un passage trop rapide vers l’intestin peut entraîner des ballonnements et des diarrhées, car les nutriments ne sont pas correctement assimilés. De plus, les mouvements répétitifs de la course à pied, notamment les impacts au sol, accentuent ces désagréments en augmentant l’agitation du contenu gastrique.

Sans préparation adéquate, tenter d’ingérer des glucides ou des liquides en pleine course devient donc une vraie épreuve pour l’organisme.

Photo Maurteen
Photo Maurteen

Entraînement gastro-intestinal : comment le Gut Training améliore-t-il votre performance ?

En habituant votre système digestif à recevoir des nutriments pendant l’effort, le Gut Training réduit les troubles digestifs liés à l’exercice (crampes, nausées, ballonnements…) et améliore votre tolérance à l’alimentation en course. Il permet également de limiter les problèmes de mal-absorption des glucides, qui sont souvent responsables de l’inconfort gastro-intestinal.

Résultat : une meilleure assimilation de l’énergie, des protéines et des électrolytes, une nutrition plus efficace pendant l’effort, et une performance plus stable, avec moins de risques de contre-performance liés à la digestion.

Entraînement gastro-intestinal : quels nutriments faut-il intégrer dans son Gut Training ?

Vous l’aurez compris, le Gut Training ne se limite pas aux glucides. Pour une stratégie nutritionnelle complète, il est essentiel d’habituer progressivement votre système digestif à absorber trois éléments clés :

  • Les glucides : Votre principal carburant de l’effort. Un entraînement régulier améliore leur assimilation et limite les troubles digestifs.
  • Les électrolytes : sodium, potassium et autres minéraux jouent un rôle clé dans l’hydratation et la prévention des crampes.
  • Les protéines : essentielles pour la récupération et pour limiter la dégradation musculaire sur les efforts prolongés.

L’idéal est donc d’habituer progressivement votre intestin à tolérer ces trois éléments en pleine course. Avec une nutrition adaptée, comme les produits combinant glucides, protéines et électrolytes, vous simplifiez cet entraînement et optimisez votre absorption des nutriments de manière progressive et efficace.

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Kilian Jornet lors de sa traversée des Alpes. Photo Nick-Danielson

Entraînement gastro-intestinal : l’avertissement de Kilian Jornet

Si pendant ses séances d’entraînement classiques Kilian Jornet ne prend jamais de nourriture et boit rarement, il prend en revanche très au sérieux les séances spécifiques destinées à l’entraînement gastro-intestinal. Partage d’expérience.

« Pour bien s’alimenter sur 100 miles, il n’y a pas de formule toute prête : il faut de l’entraînement et de l’expérimentation. Et pour performer sur une course comme la Western States, le confort est surtout dans vos tripes. En fournissant lors des entraînements la bonne quantité de glucides par heure, le corps peut s’adapter et s’habituer. Mais vous devez vous entraîner beaucoup pour vous assurer que tout va bien dans votre estomac.

Comme tout, surtout en nutrition, il faut tester et voir ce qui fonctionne bien, et comprendre que la physiologie de chacun est absolument différente. Ce qui fonctionne pour moi est possible du fait de mon métabolisme des graisses et du fonctionnement de mes reins, qui est issu de nombreuses années de pratique. »

Kilian Jornet insiste aussi sur le fait que si la complémentation en course est un facteur important, l’alimentation quotidienne l’est tout autant. « La nutrition est l’un des facteurs que j’ai le plus améliorés ces dernières années, en grande partie grâce à Jesus Alvarez-Herms (notamment professeur de physiologie de l’exercice à l’université de Barcelone, NDLR). Je suis beaucoup plus concentré sur mon alimentation quotidienne et je pense que cela a augmenté non seulement mon niveau de performance, mais aussi ma capacité de récupération.

Mon régime quotidien est végétarien, avec une base de glucides dans les pommes de terre, le riz, les pâtes, le quinoa, le pain, des légumes, des protéines et les graisses des légumineuses, les noix, l’avocat, le fromage, les œufs… Et je prends des suppléments d’oméga 3 et 6, de vitamine D et certains probiotiques. »

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Photo Maurteen

L’alimentation de Kilian Jornet durant les courses

Entre courses courtes et longues, le Patron adapte sa stratégie en fonction de ses besoins, qu’il connaît sur le bout des ongles de ses orteils. Décryptage de son alimentation durant ses dernières participations aux grands événements.

Courses courtes (Zegama et Sierre-Zinal)

– Dîner avant la course : glucides (riz, pommes de terre ou pâtes), certaines graisses comme l’avocat et les noix. Quantité normale.
– 3h avant course : Petit déjeuner (une tranche de pain)
– 2h avant la course : Maurten Carb Bowl (40gr) – Eau
– Pendant la course : 1 gel toutes les 30 minutes (Gel Maurten 25gr, le 1er avec de la caféine, les autres sans).
Hydratation aux ravitaillements, soit de l’eau, soit une boisson énergétique riche en glucides (Maurten MIX 320). Environ 0,2 à 0,25 litres / heure.

Photo Jordi Saragossa : Sierre Zinal
Photo Jordi Saragossa / Sierre Zinal

Hardrock 100

10 premières heures de course : 1 gel (Maurten 25gr) toutes les 30 minutes. Hydratation : 0,5l/h de boisson énergétique (Maurten MIX 160). 1 barre toutes les 4h (Maurten Solid).
10 heures suivantes : 1 barre (Maurten Solid) toutes les 1,5h. Hydratation :0,5l/h de boisson énergétique (Maurten MIX 160). Nourriture solide aux 3 ravitaillements (riz à l’avocat, quesadillas, soupe…). 1 gel de caféine (CAF Maurten) dans la nuit, avant les 2 dernières montées.

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Photo Hardrock 100

UTMB

0,5l/h de boisson énergétique (Maurten MIX 320). 5 gr de protéines toutes les 2 heures.
1 barre toutes les 2 heures (Maurten Solid). 1 gel avant chaque section durant laquelle il avait besoin de plus de glucose (montées rapides des premières heures…).
Nourriture solide aux ravitaillements (gras + fibres + glucides) : riz à l’avocat, pommes de terre bouillies, burritos à l’avocat, avocat, bananes, dattes, noix, chocolat noir liquide (il en avait aussi emporté avec lui dans un flacon pour la 1ère moitié de la course).
Jus de betterave à boire.

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Après avoir exploré la jungle amazonienne en solo pendant des semaines, Nico Mathieux, explorateur spécialiste de longs treks, a eu une idée un peu folle : l’aborder en mode trail de 160 kilomètres sur une trace existante mais peu connue : la piste de Belizon, en Guyane, une ancienne piste de chercheurs d’or aboutissant au village de Saül, le plus isolé de France, joignable uniquement par avion.

160 km, 6000m D+ annoncés, pas de trace GPX fiable, pas de ravitos ni de secours possibles. Une référence tout de même : le Jaguar Christophe Le Saux, qui y a posé un FKT en 2016, alors qu’il vivait depuis 10 ans dans cette jungle, en 49h32.

Le cobaye choisi par Nico Mathieux pour l’aventure ? Le phénomène Clem Qui Court, qui n’avait jamais mis les pieds dans cet enfer vert. Mais qui, lui, sait courir. Car petit détail : Nico Mathieux s’est mis à la course à pied seulement 2 mois avant de tenter ce défi…

Attaques de guêpes, morsures de tiques, alertes serpents, murs de végétation à traverser, pieds ruinés, une aventure qu’ils ne sont pas prêts d’oublier. Et une phrase devenue culte de Clem Qui Court : « C’est un peu Esprit Trail ce qu’on fait. » On n’aurait pas dit mieux…

Sortie : 2025
Durée : 60 minutes
Langue : Français

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Le « Patron » nous a tous surpris avec son « off » de 8 jours dans les Pyrénées en 2023, il nous a fait rêver avec son « off » de 19 jours dans les Alpes en 2024, il nous a fait chavirer avec son « off » de 31 jours dans les Rocheuses en 2025. En attendant 2026, retour sur un périple aussi intense que sauvage commenté par Kilian Jornet en personne.

ESPRIT TRAIL N°146 : des solos impressionnants

Tout le monde ne s’appelle pas Kilian Jornet, mais on peut vivre des aventures hors-normes sans être du niveau du Patron. C’est ce qu’a vécu la Brésilienne Fernanda Maciel lors de sa traversée intégrale des Pyrénées en solo sans assistance, ou encore le Belge Joachim Lefèvre, parfait amateur, qui a tout plaqué pour se lancer dans la traversée de la France par ses massifs montagnes sur le tracé de l’Hexatrek.

Grandes évasions solo.fr
Suivez Joachim Lefèvre dans son Hexatrek !

ESPRIT TRAIL N°146 :  Entraînement, équipement, santé, les piliers du trail

Et si vous profitiez de l’hiver pour bosser d’un côté votre posture, de l’autre votre résistance aux problèmes gastriques en course ? C’est ce que nous vous proposons de faire avec les exercices de Core Training (ça, c’est pour la posture) et le protocole de Gut Training (ça c’est pour l’estomac). Si avec ça vous ne revenez pas plus fort pour la saison 2026, c’est à désespérer !

Entraînement
Le Core Training, une méthode pour travailler votre posture.
Equipement
Une frontale pour passer la nuit dehors ? Elles sont là !
Gut Training
Oui, l’estomac peut s’entraîner. A vous de jouer.

ESPRIT TRAIL N°146 :  voyagez avec nos reportages et informez-vous avec nos rencontres

Dans ce numéro, on vous entraîne un peu partout, en France comme à l’étranger, pour vivre ou revivre des courses exceptionnelles. De la Diagonale des Fous au Festival des Templiers, du désert de Gobi au plateau tibétain, la planète trail est une merveilleuse machine à voyager. Et comme le monde du trail est en pleine ébullition, nous vous proposons également deux enquêtes passionnantes : la triste histoire de Joyline Chepngeno, talentueuse kényane prise dans la tourmente du dopage, et la joyeuse histoire de Clem Qui Court, une tornade rose qui a ébranlé Chamonix lors de l’UTMB.

Reportages
Il est temps de voyager…
Clem Qui Court
Enquête sur le phénomène Clem Qui Court

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COVER ET 146
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Surfant sur l’engouement actuel pour le trail running, les 18 000 dossards disponibles pour les différentes épreuves de la 71ème édition de la SaintéLyon s’étaient envolés en seulement 24 heures, confirmant le statut de première course nature de France en termes de participation et de popularité de l’événement. Sur l’épreuve vedette, dont 40% des 80 km avaient été renouvelés, Sylvain Cachard et Adeline Martin ont été sacrés.

SaintéLyon 2025 : épargnée par les intempéries

À Lyon, on dit que l’hiver commence avec la SaintéLyon. Mais malgré des chutes de neige la semaine précédente sur les monts du Lyonnais, cette 71ème édition a été épargnée par les intempéries. Certes les chemins restaient encore boueux et glissants dans certains secteurs, mais les températures sont restées positives et aucune précipitation n’est tombée lors des dix premières heures, offrant ainsi une course plus accessible et rapide à l’ensemble des coureurs.

Sur la distance reine de 80 km, qui rassemblait cette année 7 500 coureurs, le plateau masculin affichait une belle densité avec près de 30 athlètes affichant un index UTMB de 800 points, promettant une course spectaculaire et pleine de rebondissements.

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Le départ de la SaintéLyon 2025 : pas de neige, pas de pluie, pas de brouillard ! Photo Organisation

SaintéLyon 2025 : le défi de Sylvain Cachard

Il n’avait jamais fait de course aussi longue ! 80 km, un véritable défi pour le Grenoblois Sylvain Cachard, triple champion de France et champion d’Europe 2022 de course en montagne, habitué aux formats de 30 à 40 kilomètres avec du dénivelé. Autant dire que le format roulant de la SaintéLyon, avec ses 1950m de D+ à réaliser entièrement en nocturne à la lueur de la frontale, ne se situait pas du tout dans sa « zone de confort ». Et pourtant…

Parti relativement prudemment, Sylvain Cachard a laissé les favoris filer devant. Plus particulièrement le duo Sébastien Polin / Antoine Charvolin, qui a animé les 40 premiers kilomètres de course. Passant en 8ème position au ravito de Sainte-Catherine, le Grenoblois, qui s’était préparé avec Thomas Cardin, triple vainqueur de l’épreuve mais absent de la Doyenne cette année (retour de blessure, il s’est contenté du format 45 km de la SaintExpress) a su parfaitement gérer son effort. Alors que Polin et Charvolin ont fini par mettre le clignotant, Sylvain Cachard a pris les commandes après le ravito de Saint-Genou, au km 45, et n’a plus lâché la tête de course.

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Le traditionnel ballet des frontales. Photo Organisation

SaintéLyon 2025 : examen réussi pour Sylvain Cachard

Au final, Sylvain Cachard s’impose dans un chrono stratosphérique de 5h 36mn 33s, à une vitesse moyenne de 14,25 km/h. Une victoire éclatante, mais qui l’a obligé à puiser dans ses ressources, au point de déclarer, une fois la ligne d’arrivée passée : « Je crois que je ne la referai plus jamais ! » 3 minutes plus tard, Virgile Moriset, 5ème de l’épreuve en 2024, franchissait à son tour la ligne, très ému de monter sur le podium. Et c’est l’inattendu Pierre Defontaine, 16ème l’an dernier, qui s’offrait la 3ème place, à 16 minutes du vainqueur.

Parmi les autres favoris, à noter les 4ème, 5ème et 6ème places de Corentin Play, Dimitri Morel-Jean et Hugo Deck.

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« Je crois que je ne la referai plus jamais ! » : le cri du cœur de Sylvain Cachard à l’arrivée. Photo Organisation

SaintéLyon 2025 : consécration pour Adeline Martin

Chez les femmes, la championne du monde de trail 2017, 2ème l’an dernier à 7 minutes de Marie Goncalves, faisait figure de favorite en l’absence de la tenante du titre. Et elle n’a pas manqué d’honorer son statut. Après avoir mené de bout en bout, elle s’est imposée en 6h 42mn 34s, 36ème au scratch. Sarah Rouquier termine 2ème à 36 minutes de la gagnante. Diane Rassineux prend la 3ème place.

Adeline Martin
Adeline Martin tout sourire après sa victoire. Photo Organisation

SaintéLyon 2025 : Thomas Cardin et Anaïs Guillot en mode Express

Blessé lors des Mondiaux de trail de Canfranc, Thomas Cardin, triple vainqueur de la SaintéLyon (2021, 2023 et 2024) et tenant du titre, avait annoncé qu’il ne disputerait pas l’épreuve cette année. Mais bien remis de sa blessure, il a tout de même décidé au dernier moment de s’aligner sur la SaintExpress, le format 45km et 900mD+ de l’événement. Résultat : une course parfaitement maîtrisée et une victoire en 2h 56mn 01s, à une moyenne de moyenne de 15,34 km/h. Chez les femmes, c’est Anaïs Guillot, gagnante du Lyon Urban Trail début novembre, qui s’est imposée en 3h36mn56s.

Thomas Cardin
Thomas Cardin vainqueur de la SaintExpress. Photo Organisation
Anaïs Guillot
Anaïs Guillot à l’arrivée de la SaintExpress. Photo Organisation

SaintéLyon 2025 : l’aller-retour triomphal d’Elwan Mehl et Énora Niort

Avec un aller Lyon-Saint-Étienne non chronométré (mais barrière horaire de 13h) et un retour disputé au chrono avec les concurrents de la SaintéLyon, les 600 concurrents de la LyonSaintéLyon ont pu s’offrir une bambée de 160km et 4150mD+ en mode jour/nuit.

Si Casquette Verte, triple vainqueur de l’épreuve, n’a pas réalisé la passe de 4 (18e au classement en 7h59, avec une douleur persistante à la cheville), c’est le jeune Elwan Mehl, vainqueur cette année du format 200km de l’Infernal Trail des Vosges qui a créé la sensation en s’imposant en 7h04mn23s.

Chez les femmes, Énora Niort, qui connaissait bien le parcours pour avoir couru les 3 dernières éditions de la SaintéLyon, s’est imposée avec un retour en 9h25mn23s.

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Une victoire qui fait mal à la tête pour le jeune Elwan Mehl. Photo Organisation
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Énora Niort n°1 chez les femmes. Photo Organisation

Voir les résultats complets de toutes courses ICI

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Non, la complémentation nutritionnelle n’est pas là pour faire la performance, mais pour éviter qu’elle soit moins bonne. Et oui, tout pic de glycémie est suivi d’une chute et d’un coup de moins bien. Le secret pour bien gérer son effort : la stabilité glycémique. Mais elle n’est pas si simple à atteindre. Explications avec Vincent Argillier, président fondateur de Ingener8, société auvergnate spécialisée dans la nutrition sportive haut de gamme pour la performance.

Qui est Vincent Argillier ?

Passionné par la performance et le développement du sport, Vincent Argillier a consacré une grande partie de sa carrière à l’entraînement de haut niveau, notamment en tant qu’entraîneur de natation au Pôle France Triathlon, et à la formation des entraîneurs. Fort de cette expérience, il a également évolué dans la gestion d’équipements sportifs, alliant expertise technique et vision stratégique. Aujourd’hui, en tant qu’entrepreneur, il met son savoir-faire au service de projets innovants dans le domaine du sport, de la nutrition et de la performance, afin de créer des solutions adaptées aux besoins des athlètes et du grand public, en alliant exigence, accessibilité et engagement. Il collabore ainsi avec de nombreuses marques de nutrition sportive, et développe ses propres produits destinés à la performance sous la marque Influ8.

VINCENT ARGILLIER
Photo DR

Vincent, tu es un spécialiste de la nutrition sportive et de la performance et d’entrée de jeu, tu tiens à l’affirmer : ce n’est pas la nutrition qui fait la performance !


Vincent Argillier : Tout à fait ! Le rôle de la complémentation nutritionnelle n’est pas d’améliorer la performance, mais d’éviter qu’elle soit moins bonne. Et ça, c’est vraiment une chose à laquelle il faut qu’on éduque les gens. Notre rôle, c’est de faire en sorte de magnifier l’entraînement, de magnifier le fonctionnement de l’organisme. Pour te donner une image, il est clair que quelqu’un qui reste dans son canapé n’aura pas de potentialité à élever sa performance simplement en prenant de la complémentation nutritionnelle !

Bien sûr, mais une idée très répandue dans le peloton est que prendre un gel avant une grosse montée peut fournir l’énergie nécessaire pour soutenir l’effort. Tu n’es pas d’accord avec cette affirmation ?

Vincent Argillier : Non, c’est du storytelling. Tu as l’impression qu’avec ce gel-là tu vas être plus performant alors qu’en fait il va juste maintenir au meilleur niveau possible ta performance si il est pris au bon moment, ce qui est très important, et qui ne correspond pas forcément au pied de la grosse montée dont tu parles. Je m’explique : la capacité d’effort est liée à l’activité musculaire, donc au moteur et au carburant que tu y mets, c’est-à-dire ce que tu manges, ce que tu vas absorber, ton alimentation.

L’objectif est d’avoir un fonctionnement le plus stable possible, et qui permet de maintenir au meilleur niveau possible ta performance. Si tu as besoin d’un boost d’énergie, ça veut dire que tu étais en dette avant, parce que sinon tu n’aurais pas besoin de ce boost. Et derrière ce boost, tu vas te piquer une hypoglycémie d’effort, tu vas avoir un coup de creux. Et si tu n’étais pas en dette et que tu as quand même pris ce boost, en croyant que ça va t’aider, tu vas être en surglycémie, et tu auras également un creux derrière. Or ce qui est essentiel de comprendre, c’est que tout ce qui n’est pas stable est à éviter.

PicAriège. Photo David Gonthier
PicAriège. Photo David Gonthier

Donc pour toi, le booster est à éviter ?

Vincent Argillier : Pas forcément. Les seuls bons moments pour effectivement charger, surdoser, c’est à la fin de la course. On l’avait d’ailleurs identifié en vélo, dans les 15 derniers kilomètres d’une étape du Tour de France, parce qu’avoir un creux après, on s’en fout, on est sur le podium, voilà. Mais avant, c’est à éviter, oui. Je vais te raconter une anecdote survenue à Marc-Antoine Olivier en natation en eau libre. Il a été médaillé de bronze aux JO de Rio, en 2016.

Deux mois avant les Jeux de Tokyo, je vais observer comment il s’entraîne et je le vois préparer une boisson d’effort en mettant une cuillère, deux cuillères, trois cuillères de poudre. « Tu fais quoi ? je lui demande, pourquoi tu surdoses ? » Et il me répond « Bah parce que c’est meilleur. » Je lui dis alors « Mais c’est pas du Nutella ! T’es pas en train de mettre plus de Nutella sur une tartine, c’est pas une histoire de goût, c’est une histoire de dosage en sucre. Tu ne peux pas, toi, à ton niveau, passer outre des dosages et des recommandations sur la glycémie parce que tu vas aller dans le mur ! »

Mais il ne m’a pas écouté, il n’a pas voulu changer son protocole et au final, lors des Jeux, il a fait une hyperglycémie, une hypoglycémie d’effort derrière et il a fini 6ème, alors qu’il était au 2ème rang mondial à l’époque, et qu’il avait été vice-champion du monde en 2019…

Oui, je me souviens, au départ tout le monde le voyait déjà avec une médaille d’or, et il avait déclaré à l’arrivée «  Je ne comprends pas, c’est très dur à encaisser, j’avais largement un meilleur niveau qu’à Rio ! »

Vincent Argillier : Voilà ! J’avais analysé ses datas lors des entraînements, on avait fait des tests avec lui, et la façon dont il a fait la chose, c’était couru d’avance. Alors parfois, ça peut marcher, mais quand on fait au hasard, ça peut aussi ne pas marcher. Et c’est quand même dommage quand c’est aux JO, qui ne sont qu’une fois tous les quatre ans !

Tout le jeu, c’est donc de savoir lisser ses apports pour ne pas avoir un besoin de glycémie…

Vincent Argillier : Exactement. C’est comme boire. Si ça désoiffe, c’est que tu avais soif. Mais le but, c’est de s’hydrater suffisamment régulièrement pour de ne pas avoir soif.

Sauf que connaître précisément son niveau de glycémie pour arriver à se complémenter au bon moment n’est pas simple…

Vincent Argillier : Actuellement non, mais on va y arriver avec la data. Aujourd’hui, le traitement des diabétiques a fait progresser l’analyse de la glycémie en termes de cinétique et on commence à avoir des choses qui sont non invasives, c’est-à-dire des capteurs en infrarouges qui permettent, sans aller piquer et prélever du sang, d’avoir une cinétique de la glycémie. De tels appareils existent déjà sous forme de bagues et vont donc bientôt arriver dans les montres, mais il faudra s’assurer de leur fiabilité. Ces données nous permettront de pouvoir identifier nos besoins et notre consommation, donc d’adapter nos apports instantanés.

Mais il faut aussi faire comprendre aux gens que 1/ la prise de sucre est singulière, qu’elle dépend de notre capacité individuelle ; que 2/ elle est entraînable, c’est-à-dire qu’on peut s’entraîner à capter de plus en plus de sucre ; 3/ elle est très dépendante d’aspects multifactoriels comme l’intensité, le dénivelé, les conditions climatiques, mais aussi l’état physique et mental, parce qu’un des plus gros consommateurs de sucre, c’est le cerveau. Donc si tu es hyper en stress, tu vas consommer beaucoup de sucre.

Du coup, avec la connaissance actuelle et ton expérience, quels conseils donnerais-tu pour parvenir à avoir une glycémie la plus stable possible ?

Vincent Argillier : Il faut revenir à des choses relativement simples, c’est-à-dire savoir quels sont les symptômes physiques que j’ai de la bonne ou mauvaise utilisation du sucre. On sait que si on a un sentiment de besoin, c’est qu’on est déjà en dette et que c’est trop tard, car après le pic, il y aura un creux. Et l’autre aspect, c’est que si on surdose, on va commencer à avoir des maux de ventre, des vomissements, des coliques. Et ça, ce sont des symptômes très marqués qu’on peut identifier à l’entraînement. Si tu t’entraînes en prenant 80 grammes de glucides à l’heure et que tu as le bide en vrac, cela signifie qu’il faut descendre et prendre ce qui te convient.

C’est un peu de l’empirisme avec soi-même, mais il faut être dans une démarche de conscience des besoins. Pourquoi je prends des compléments alimentaires ? Quels sont les objectifs de la complémentation nutritionnelle ? De quoi ai-je besoin et que me dit la science pour pouvoir le faire ? Quelles sont mes hypothèses de travail ? Si on dit qu’il faut entre 40 et 60 grammes de glucides par heure, qui sont les datas moyennes humaines, est-ce que je considère que je suis dans ce prisme-là ?

Et donc, comment je dose ? Je fais mes efforts et je regarde comment je réponds. Est-ce que j’en ai besoin d’un peu plus ? Il faut procéder par incrémentation. Pour bien réussir à identifier tout ça, on envisage d’ailleurs de mettre en place des cuillères doseuses qui permettront de se dire « Là, j’ai pris 40, ça va, je peux prendre 50… » Et finalement, en tâtonnant, établir des protocoles en fonction des types d’efforts, mais où les gens auront a minima conscience de ce qu’ils font.

PicAriège 2025. Photo David Gonthier
PicAriège 2025. Photo David Gonthier

Y a-t-il des pièges à éviter pour pouvoir maintenir un taux de glucides constant et régulier dans le sang ?

Vincent Argillier : Oui, et principalement éviter tout ce qui est mono-produit et surdosage. C’est un peu comme les gens qui partent en vacances sur la côte d’Azur l’été : si tout le monde part en voiture à la même heure, ça fait un bouchon. Par contre, le même volume de personnes réparties sur un long temps, entre voiture et train, ça ne fait plus de bouchons et tout le monde passe bien. Pour la glycémie, c’est pareil : tout ce qui est surdosé et en apport rapide, ça explose. Il y a par exemple des gens qui vont prendre de la boisson, et qui vont mettre en plus une pâte de fruits et juste après un gel, sans savoir quelle typologie de sucre on a pris dans la boisson, dans la pâte de fruits et dans le gel.

Quand on travaille dans le sport de haut niveau, en fonction des besoins, on a des différents types de glucides qui vont intervenir avec une insertion maîtrisée dans l’organisme, c’est-à-dire un taux d’absorption qui est lent pour certains et rapides pour d’autres. Principalement, le fructose et la maltodextrine sont des sucres qui vont rentrer dans l’organisme à des temps différentiels. Quand on arrive à lisser ça, on parvient à avoir un taux de glycémie pendant une fraction de trois-quarts d’heure à une heure qui est stable. Et si on arrive à continuer à alimenter ça régulièrement, normalement, on doit continuer à avoir un taux de glycémie stable qui correspond à notre capacité personnelle à pouvoir capter du sucre.

Tu disais qu’on pouvait aussi entraîner son organisme à capter le sucre. De quoi s’agit-il exactement ?

Vincent Argillier : Il s’agit d’entraîner l’organisme, par exemple quand on fait des fractions aérobie à jeun le matin, à ne pas prendre de sucre, mais à évoluer avec un apport d’électrolytes plutôt faible en sucre. C’est une façon de dire à ton organisme : « Il va falloir que tu t’entraînes à travailler à des taux un peu plus bas, donc à être plus alerte pour pouvoir le capter, et de toute façon, quand tu vas en avoir vraiment besoin, on va te le fournir. » C’est pour ça que ça fait parfois du bien de travailler en hypoglycémie à l’entraînement.

Il est important aussi d’avoir une variation, de ne pas prendre toujours les mêmes produits. En faisant ce qu’on appelle des cures, on évite d’abord que l’organisme s’adapte, parce qu’un organisme qui s’adapte à un produit, c’est un organisme qui va devenir fainéant. Une méthode d’entraînement constituée de mésocycles sera plus adaptée, avec des complémentations qui correspondent à notre travail. Par exemple, je suis en fraction aérobie, est-ce que j’ai réellement besoin d’avoir beaucoup de sucre ? Je suis en fraction spécifique, je vais faire des intensités, qu’est-ce que je vais faire ?

À mon avis, la planification de la complémentation doit être calée avec la planification de l’entraînement. Mais je suis bien conscient que si c’est possible à mettre en place avec des athlètes de haut niveau qui sont accompagnés, c’est plus compliqué quand tu es coureur de peloton et que tu t’entraînes seul. Ce qui me semble fondamental, c’est maintenir le taux d’équilibre de l’aspect fonctionnel du corps humain. Je le redis : plus on arrive à être à l’équilibre longtemps, mieux c’est.

Dernière question : y a-t-il selon toi des différences de besoins entre les hommes et les femmes ?

Vincent Argillier : C’est toujours compliqué de répondre de façon péremptoire. En fait, le besoin est identifié par une consommation d’énergie. C’est un peu comme ta voiture : plus tu appuies sur l’accélérateur, plus tu consommes. Donc la réponse pourrait être oui si l’on considère que l’homme a un capital musculaire supérieur, qui correspondrait à un moteur supérieur, donc un carburateur plus énergivore, si on pouvait l’appeler comme ça, c’est-à-dire une nécessité supérieure à faire passer plus de produits en un temps donné.

Maintenant, si on répond à un volume musculaire homme/femme équivalent, les besoins peuvent être identiques. Quant à la question qu’il pourrait y avoir derrière, qui est « est-ce que les processus de recrutement sont identiques ? », pour moi, c’est oui, il n’y a pas de différence de fonctionnement de la fibre musculaire. Les différences, elles vont venir de la façon de courir, de l’économie de course, et ces choses-là.

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Concevoir un programme d’entraînement axé sur une course objectif n’est pas aussi simple qu’une progression linéaire liée à une augmentation basique de fréquence, volume et intensité. Il faut en effet savoir incorporer le principe de spécificité et de temps d’adaptation, en faisant coïncider étroitement l’entraînement et les exigences de la course objectif en question. Explications.

Préparation à une course objectif : l’exemple de la SaintéLyon

Considérons par exemple un programme d’entraînement pour un ultra avec un dénivelé moyen, type SaintéLyon (78km et 2200m D+). Pour performer sur une telle épreuve, il faut être capable de maintenir un effort prolongé à un pourcentage relativement faible de votre VO2 max. Si vous souhaitez mettre en place un cycle d’entraînement spécifique pour cette épreuve, une bonne approche consistera donc à donner la priorité aux adaptations d’endurance dans les dernières semaines avant la course. Sachant que ces adaptations peuvent prendre jusqu’à 8 semaines pour se manifester pleinement, il devient logique de consacrer les 2 derniers mois à mettre l’accent sur un volume plus élevé à des intensités plus faibles, afin d’imiter les exigences du jour de la course.

Pourtant, il ne faut pas s’imaginer que privilégier l’endurance pendant 8 semaines sera suffisant pour performer le jour J. Votre horizon doit s’étendre au-delà de cette fenêtre de 8 semaines. L’entraînement doit en effet être compris comme un processus à long terme, une lente construction où, au fil des mois, vous ajoutez des couches de compétences physiologiques.

Ainsi, si vous décidez d’allouer une période de 6 mois à votre préparation, vous pourrez mettre l’accent sur différentes adaptations, en commençant par l’amélioration du seuil lactique et du VO2 max au début du cycle. Même si ces adaptations n’ont pas la spécificité de l’endurance, leur intérêt reste capital, vous donnant un plafond plus élevé pour développer celle-ci. En résumé, votre entraînement pour une épreuve comme la SaintéLyon devra prendre en compte les subtilités et les délais de manifestation dans le temps des adaptations de début, de milieu et de fin de programme. Il consistera en un mélange complet de travail d’intensité à court terme et d’endurance à long terme.

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Photo EXTRASPORT-STL21 – P.Verticale – M.Daviet

Préparation à une course objectif : suivi des progrès et ajustement de l’entraînement

S’intéresser au suivi des progrès et redéfinir ses stratégies en fonction des délais d’adaptation nécessaires constitue la base d’un entraînement efficace. De nos jours, les coureurs disposent de nombreux outils pour suivre leur progression, leur permettant de mieux comprendre leur entraînement et d’optimiser leurs efforts. Grâce aux montres et applications, chacun peut mesurer ses propres critères de performance : temps de course, rythme, facteurs d’intensité et dynamique de la fréquence cardiaque.

Par exemple, un coureur peut examiner précisément l’évolution de ses temps de course au fil des cycles d’entraînement sur des itinéraires précis dans des conditions similaires, et identifier les résultats qui indiquent des progrès en matière de condition physique. Mais pour une analyse plus complète et détaillée, en parallèle des chronos, les données de fréquence cardiaque apparaissent comme un critère essentiel, reflet de la charge interne. En distinguant les différentes intensités de fréquence cardiaque au cours des entraînements et des courses, les coureurs obtiennent des informations précieuses sur leur efficacité cardiovasculaire et la progression globale de leur condition physique. Ces mesures, parfaitement quantifiables avec n’importe quel cardio-fréquencemètre, fournissent une indication tangible des adaptations physiologiques durant l’effort.

Préparation à une course objectif : l’importance du biofeedback

Le suivi des progrès va au-delà des données numériques. Par biofeedback, nous entendons les données de perception de l’effort et de la récupération. En notant minutieusement votre perception subjective de l’effort, définie par les mesures de RPE de l’échelle de Borg, vous pourrez distinguer des nuances dans les charges d’entraînement et les gains d’endurance. Quant aux indicateurs de récupération, allant de la qualité du sommeil aux douleurs musculaires, ils reflètent une représentation complexe de la réponse de votre corps aux stimuli d’entraînement. L’interprétation de ces différentes données de ressenti vous permet, en complément des données chiffrées, de vous faire une idée complète de votre progression.

Préparation à une course objectif : stagnation, paliers et adaptations

L’intérêt du suivi précis (par données numériques et par ressenti) est qu’il permet de distinguer des « paliers », qui sont détectables par la stagnation ou la diminution des mesures de performance. Ils sont naturels, et doivent servir de jalons dans le processus de progression. Confrontés à un palier, les coureurs doivent s’engager dans un processus dynamique d’ajustement et d’innovation. C’est à ce moment précis que leur plan d’entraînement doit être adapté pour surmonter ces paliers et créer un nouvel élan. Cela peut se faire par un changement d’environnement d’entraînement, des variations de volume, d’intensité ou de stratégies de récupération.

Par exemple, si un coureur remarque une stagnation des temps de course ou des mesures de performance malgré un entraînement constant, des séances par intervalles ou de répétitions en côte (intensité) pourront être intégrées au plan d’entraînement pour relancer la dynamique de progression. Ou, à l’inverse, il s’agira peut-être d’inclure davantage de périodes de repos dans le programme.

Sachant que ces paliers de stagnation peuvent intervenir à des moments très variables, et que connaître les raisons pour lesquelles la réponse du corps à l’entraînement est infiniment complexe, il est donc essentiel de suivre vos progrès et d’être prêt à effectuer des ajustements d’entraînement à tout moment. C’est dans la bonne interprétation de cette interaction complexe entre données quantifiables et ressenti, et des besoins d’adaptation aux bons moments, que se situe toute la subtilité de l’entraînement. Un entraîneur maîtrise cet aspect des choses. Mais vous, l’athlète, pouvez aussi l’apprendre.

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Photo Endurance Trail, Festival des Templiers 2020

Préparation à une course objectif : adaptations physiques et résilience mentale

Comprendre les délais d’adaptation de l’organisme a un effet sur divers aspects de l’entraînement. Sur le contenu des séances bien sûr, mais aussi sur les stratégies de récupération et les choix nutritionnels. Les coureurs peuvent ainsi adapter leurs protocoles de récupération, garantissant suffisamment de temps au corps pour se réparer et se développer. Améliorer la qualité du sommeil, gérer adéquatement le stress et le repos, planifier stratégiquement les apports en nutriments et maintenir des niveaux optimaux d’hydratation et d’électrolytes sont des facteurs prépondérants pour promouvoir et accélérer des stratégies d’adaptation.

La préparation mentale constitue également un pilier dans le domaine de l’ultra-trail, au même titre que la préparation physique. Avec ses distances extrêmes et son terrain implacable, l’ultra-endurance nécessite un état d’esprit caractérisé par la patience, la résilience et la détermination. Si le corps physique subit des adaptations progressives pour être capable d’encaisser de telles distances, la résilience mentale requise pour relever ces défis est tout aussi impérative.

Ainsi, le fait de reconnaître et d’accepter psychologiquement que les adaptations physiologiques sont progressives, permet aux coureurs de se doter d’un outil puissant pour gérer efficacement leurs attentes. « Vous ne pouvez pas changer ce dont vous n’êtes pas conscient. » Comprendre que des gains d’endurance substantiels, un développement musculaire et des améliorations cardiovasculaires nécessitent du temps et des efforts sur un temps long favorise un état d’esprit patient.

Préparation à une course objectif : entraîner sa force mentale

Avoir une base solide de compréhension des processus de développement physiologique, y compris de la façon dont un plan d’entraînement est conçu pour avoir un impact sur les adaptations physiques en fonction d’un objectif, est donc un point de départ essentiel. Cette vision raisonnée permet aux coureurs d’éviter les pièges de la surestimation ou de l’épuisement prématuré, et favorise une approche durable de l’entraînement et de la compétition. De plus, cette reconnaissance d’une adaptation progressive s’intègre parfaitement dans le développement de la force mentale.

Les épreuves d’ultra-running ne doivent pas être abordées comme des cas isolés, mais le résultat d’une séquence cumulative de défis qui testent la détermination d’un athlète. Tout comme le corps s’adapte et se renforce lentement avec le temps, l’esprit aussi. Adhérer à la nature progressive du processus engendre la force mentale – la capacité de persévérer malgré l’inconfort, de surmonter les barrières mentales et d’avancer même face à l’adversité.

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Photo UTMJ 2022 Ben Becker

Préparation à une course objectif : comprendre la relation entre adaptations physiologiques et résilience

La question n’est pas de savoir si un athlète ressent de la fatigue, de l’inconfort ou un désir croissant d’arrêter, mais plutôt quand. Et savoir quoi faire lorsque cela arrive. Nous avons cette incroyable opportunité de nous entraîner mentalement de la même manière que nous nous entraînons physiquement : en élaborant un programme d’entraînement et en étant discipliné pour travailler ces compétences de manière cohérente. Votre esprit est avec vous, peu importe où vous allez.

Les athlètes qui développent une conscience profonde du fonctionnement de leur esprit et qui développent des compétences en matière de force mentale, de détermination, de contrôle de l’attention et d’efficacité personnelle réussissent à vivre des expériences plus positives et à avoir de meilleurs résultats le jour de la course que celles qui laissent le jeu mental au hasard. Plus particulièrement dans l’ultra-running, où la relation entre l’évolution progressive des adaptations physiologiques et la résilience mentale est étroite.

Les coureurs qui sont capables de saisir cette synergie se donnent une marge de progression significative. En étant pleinement conscient de la temporalité nécessaire aux adaptations physiologiques, et en adoptant l’art de l’entraînement stratégique, vous pourrez vous entraîner avec détermination et précision et effectuer des progrès importants, non seulement les sentiers mais aussi au niveau de votre propre potentiel.

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De la télé devant laquelle tout a commencé jusqu’à la ligne de départ de la course de quartier 2025, Théo Detienne a longtemps rêvé. Et patienté. Et puis ce jour est enfin arrivé. 29 août, 17h45. Les coureurs de l’UTMB 2025 s’élancent. Et les images remontent dans la tête de Théo. Celles de la victoire de François D’Haene devant Kilian Jornet, en 2017. Théo avait alors 18 ans et rêvait en grand. Ce même François qui est là, quadruple vainqueur de la boucle, ici, à quelques mètres de lui.

Dans ce film de 32 minutes plein d’humour et d’esprit, Théo Detienne nous fait vivre son avant-course, sa course et son après-course. Passé en 1ère position à Courmayeur, il y aura cru, avant d’exploser après 145 kilomètres, blessé à la hanche à la suite d’une chute, incapable d’avancer. Un film brut, sincère, qui rappelle, comme le fait Théo Detienne en guise de conclusion, que “l’important n’est pas la destination, mais le chemin parcouru pour y arriver, et surtout avec qui on le partage”.

Sortie : 2025
Durée : 32 minutes
Langue : français

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