La Transtica, c’est chaque année fin novembre, une course de 200km et 9300m de dénivelé en 5 étapes d’environ 40km de la côte pacifique à la côte caraïbe, en passant par les montagnes et parcs nationaux du Costa Rica, mais c’est aussi des dotations de matériel scolaire et sportif dans les écoles tout au long de notre aventure…

Nous sommes 4 collègues d’une grande société d’informatique, très motivés à l’idée de participer à cette aventure humaine et sportive : Gaëtan, Sébastien et moi-même sur le format « Extrême » (200km) et Laurent sur le format « Aventure » (125km). Beaucoup d’inconnues et de craintes pour l’ensemble des participants tant sur le plan des paysages traversés que pour le défi sportif, et nous aurons bien des surprises durant toute cette aventure… Le cadre du prologue est idyllique : un paysage de carte postale pour ce « tour de chauffe » de 6km en deux boucles sur la plage à côté du parc national Manuel Antonio. L’ambiance est bon enfant sur la ligne de départ. Nous profitons de chaque instant dans ce cadre enchanteur, mais nous avons hâte de commencer officiellement l’épreuve. A notre grande surprise, nous mettons tous les quatre le feu sur ce prologue, en prenant les devants dès les premiers mètres. Au final, nous terminerons ces 6km sur la plage aux 4 premières places. Coup de bluff sur un parcours à notre avantage ? Ou allure inconsciente sur un début d’ultra ? Dans tous les cas, les cadors de la course (les Costaricains et Stelve le Martiniquais) restent sereins…

Le plus dur est à venir !

Après avoir été réveillé par des singes hurleurs, une première étape de 40km et 3000m de dénivelé nous attend, avec une chaleur et un taux d’humidité extrême. La journée s’annonce compliquée… Comme pour le prologue, le départ est à nouveau rapide mais les Costaricains sont maintenant présents ainsi que Stelve le Martiniquais qui souffrira de l’altitude durant l’étape. Bernard, le boss de la course, nous l’avait annoncé la veille, il faut boire constamment durant l’épreuve. Malheureusement, je n’ai pas suivi ces précieux conseils, et durant la première grosse bosse de 1000mD+, je vais subir une déshydratation m’obligeant à réduire l’allure.

Le lendemain, la deuxième étape nous propose un profil équivalent, et avec en plus un passage à mi-parcours à 2800m et une arrivée en altitude à 3000m. Le parcours est de toute beauté à travers les forêts luxuriantes du Costa Rica ; on en prend plein les yeux et les sourires des bénévoles aux ravitos nous font du bien ! Les coureurs s’encouragent entre eux : la compétition est présente, mais dans un bel esprit de cohésion. Cette étape aura laissé des traces avec des arrivées après le coucher du soleil et quelques participants, usés par ces deux grosses journées de course, basculeront sur le parcours aventure… montrant que la Transtica n’est pas une balade touristique.

Une donation de matériel scolaire dans une école à 2400m d’altitude…

Cela nous a réchauffé le cœur avant de nous lancer dans une 3ème étape pluvieuse et très technique avec des passages dans la jungle ou des singles boueux. Au départ de la 4ème étape, les corps sont meurtris après déjà 3 étapes difficiles et 7000m de dénivelé. Mais l’envie est là en chacun de nous pour aller au bout de cette étape qui sur le papier ne s’annonce pas forcement difficile avec 40km et 1300m de dénivelé. Mais c’est la dernière étape longue pour espérer remonter un peu au classement, et comme à chaque fois, le départ sur le plat se fait à « tombeau ouvert » pour essayer, d’entrée, de faire des écarts avec les Costaricains avant les premières bosses. A ma grande surprise, je terminerai à la 2ème place de cette étape somptueuse en termes de paysages. L’écart ne sera que de 11mn entre les 4 premiers scellant le classement général de la course Extrême. La 5ème étape s’annonce dantesque, car des pluies tropicales se sont abattues sur la côte Caraïbe toute la nuit. Certaines traversées de rivières deviennent dangereuses à cause d’une très forte augmentation de leur débit, et le départ est retardé car il faut changer d’itinéraire. Le départ sera donné, mais les conditions se compliqueront encore pour la traversée des rivières et pour l’organisation qui sera bloquée entre 2 PC à cause de la chute d’un arbre sur la route. La course sera neutralisée au 13ème km… Les coureurs seront un peu frustrés de cet arrêt de course car très motivés pour faire la partie jungle dans ces conditions dantesques. Mais au final, tous sans exception seront aussi très contents d’arriver au bout de cette aventure. Un rayon de soleil viendra même fêter l’arrivée de l’ensemble des participants… et l’organisation mettra tout en œuvre pour rendre cette arrivée festive et inoubliable ! A la fin, on en oublie le classement. On garde en mémoire une épreuve riche en termes humain et sportif. Une épreuve qui vous marque à vie. Et comme ils disent au Costa Rica : « Pura Vida » !

Par François Catteau (4ème Transtica 2019 Extrême) Photos Alonso Espinoza Cisneros

Il ne faut jamais se fier au profil d’une course. On s’y appuie comme à une balustrade en se disant que visiblement, mais enfin c’est bien clair, la section qui suit est simple. C’est ce que je pensais au 107ème kilomètre en terminant cette ascension impossible. C’était sans compter les montagnes russes invisibles qui prirent le relais pour avaler le peu de force qui me restait.

C’est toujours la même chose, cette difficulté qu’on oublie jusqu’au moment d’y être plongé une nouvelle fois, devoir avancer sans réfléchir, sans se poser de questions surtout. Ce Japonais qui louvoyait avec moi pensait-il la même chose ? Il n’a pas réagi lorsque je lui ai parlé, sauf par ce classique acquiescement éructif, la politesse de l’ultra traileur. Oui j’irai au bout une nouvelle fois et j’en parlerai avec mes camarades finishers comme d’une bonne blague.

Oman, qu’en pense-t-on ?

N’est-ce pas tout près des Émirats, sous l’influence massive de la grande Arabie Saoudite voisine, une terre désertique probablement inondée de sable où il serait malvenu de courir ? C’est mal connaître sa géographie… Oman est traversé par une chaîne montagneuse sur sa partie nord, un terrain de jeu naturellement destiné à la pratique de notre sport, qui plus est sur de longues distances comme on aime les appeler : les Ultras ! A 3000m, c’est le plus haut sommet de toute la péninsule arabique, et d’étroits canyons profonds de 1000m nous attendent. C’est là que se déroule l’Oman by UTMB. Depuis l’année dernière, l’UTMB commence à exporter son savoir-faire dans l’organisation de courses, dans des pays où le trail est peu ou pas connu. Il y a le Gaoligong by UTMB en Chine, Ushuaia by UTMB, et ainsi Oman by UTMB dans cette région où il n’y a guère plus que quelques courses organisées dans le sable et des 10km sur des trottoirs climatisés. Au retrait du dossard dans le fort de Nizwa aux pieds des montagnes, on est surpris de l’efficacité logistique d’une course qui n’en est qu’à sa deuxième édition. 

Ici, c’est un petit Chamonix arabique.

Les montagnards qui nous accueillent et nous dirigent au bon endroit sont de grands bédouins en tenue blanche traditionnelle. Ici on contrôle le matériel, là on récupère les deux sacs de délestage dont on pourra profiter pendant la course. Sur le 130km, ils sont positionnés aux 30ème et 72ème kilomètres, aux 72ème et 102ème pour le 170km. Cette année, ce sont plusieurs nouveaux formats (un 10km, un 50km et un 170km) qui ont été ajoutés à l’épreuve phare de 130km où les favoris du jour sont venus s’affronter. Il est certainement difficile de motiver le meilleur de l’élite internationale à la fin d’une saison intense, mais ce sont pourtant quelques beaux pedigrees comme Julien Chorier, Sébastien Chaigneau, Romain Olivier ou encore Mike Foote, qui se présentent cette année sur la ligne pour tenter de succéder à Jason Schlarb et Diego Pazos victorieux ensemble en 2019. Le matin du départ, nous sommes tous un peu inquiets de la technicité annoncée et des histoires racontées quant à la difficulté du terrain. Sébastien Chaigneau nous dit ainsi que le kilomètre vertical de la fin de course a été réglé en 1h30 par les vainqueurs de l’année dernière. Selon lui, cela résume le challenge. Pour un coureur lambda, cela signifie au moins 2h30. Un peu plus tôt sur le parcours, c’est une falaise très compliquée qui justifie l’utilisation d’un baudrier et de longes pour sécuriser le passage des coureurs. Le matin du départ, je rencontre Michel Poletti (le créateur de l’UTMB). Il est venu participer à la course qu’il a lui-même contribué à baliser, et je lui demande simplement ce qu’il en est. Il répond alors très facilement : “pour moi, c’est comparable à la TDS. C’est effectivement caillouteux, mais la difficulté n’est pas plus grande”. Avec le recul, je n’aurais pas dit la même chose.

Le départ des 130km a lieu à 19h30 depuis le fort de Nizwa.

C’est un lieu symbolique puisque la ville est l’ancienne capitale du Sultanat d’Oman, aujourd’hui le site historique le plus visité de tout le pays. Un privilège qu’il faut mesurer à sa juste valeur, comme on peut le constater à la présence de nombreuses personnalités locales venues encourager les coureurs, avec une solennité qui nous rappelle que les dignitaires ont encore ici un fort prestige. Le départ a lieu dans une ambiance très festive et l’organisateur a la bonne idée de nous faire traverser la vieille ville, longer les palmiers, puis repasser devant le fort où tous nous encouragent une dernière fois avant que l’on s’enfonce dans la nuit. La première partie de la course n’est pas difficile, une longue remontée dans le fond d’une rivière où les grenouilles nous accompagnent de leurs chants. Nous sortons du canyon après une belle montée sur une piste, puis nous basculons sur un large plateau où malgré la nuit je reconnais une topologie qui fait penser aux Causses de l’Aveyron. Une progression en balcon et une vue à l’horizon, que les coureurs du 170km, partis 5h plus tôt, ont sans doute appréciées. La géologie est pourtant ici fort différente. Point de calcaire, mais de larges dalles de basalte parsemées de quelques blocs métamorphiques qui, avec l’usure du temps se détachent pour nous empêcher de courir en sécurité.

A 250 coureurs au départ, nous nous retrouvons assez vite isolés.

Pour ce qui me concerne, j’aime être seul la nuit, c’est une course dans la course et on sait qu’elle ne dure jamais. L’aube me cueille vers le km 55 au pied d’une autre montée, là où les véritables difficultés commencent. En dehors de quelques sections roulantes, des pistes en terre, il y a assez peu de répit dès qu’on entre dans les singles. C’est très rocailleux, il faut lever les pieds, c’est abrasif, impactant. Les quelques relances possibles en descente se font sur un sol dur et dense qui freine vite les ardeurs. Au km 68, nous sommes au fond du Canyon et la remontée est difficile. Sur 2km, nous prenons 500m de dénivelé, en nous aidant des mains à de nombreux endroits. C’est impossible autrement. C’est aussi là que nous devons nous équiper d’un harnais, sans quoi il serait trop dangereux de passer. A la « base vie » juste au sommet, chacun récupère son sac de délestage. Je me contente juste d’une paire de chaussettes propres et je profite d’un excellent ravitaillement comme on en fait peu. C’est le restaurant d’un hôtel qui s’est mis à disposition de la course pour le plus grand plaisir des participants. J’échange à table avec un coureur de la première édition qui décide de ne pas aller plus loin cette année, il en a assez. Sans que je lui demande, et devant mon questionnement sous-entendu en mentionnant la Via Ferrata que nous venons de passer, il m’annonce que la suite est plus compliquée…

Le ton est donné !

Après le ravito, un petit répit ondulant de 14km nous est accordé avant les 40 derniers kilomètres parmi les plus difficiles que j’ai pu expérimenter en course. Une longue descente très raide, un kilomètre négatif qui achève les quadriceps, suivi de la remontée la plus verticale et la plus technique qu’on puisse inventer. De nombreux passages étroits au bord du vide, une attention de tous les instants, des bâtons inutiles puisque les mains servent avant tout à ne pas tomber. Il ne faut pas non plus être trop sensible au vertige, je pense aux coureurs du 170km qui ont dû y passer de jour. Sébastien Chaigneau avait raison, j’ai eu beau dormir 15 minutes avant d’en attaquer les 1100m d’ascension, il m’a fallu 2h30 pour en voir le bout, à une vitesse ridicule de 0.88 km/h. Pourtant je m’employais à ne pas trop m’arrêter, la fraîcheur de la nuit n’étant pas favorable. Mais ce n’était pas fini. Comme souvent devant une grosse difficulté, c’est la promesse d’un terrain plus doux, plus gentil qui nous motive. On a tous dans un coin du sac, le profil de la course qu’on a pris soin d’imprimer, la bouée mentale qui fait tenir. Ici, comme si l’organisateur avait pensé nous faire une surprise, c’est 5km de dents de scie que je n’avais pas vus, une succession de roulis à gauche puis à droite de la crête, et des passages engagés qui nous usent jusqu’au petit matin. La descente finale sur des dalles de roches rainurées par l’érosion, et devant un superbe lever de soleil, restera le beau dernier souvenir de cet Oman by UTMB.

J’estime que c’est une course difficile.

Elle est tentante, car dans le jeu des points distribués par l’UTMB, la terminer permet de ne pas subir le tirage au sort pour la ronde autour de Chamonix. Être finisher à Oman, c’est la garantie de courir l’UTMB. Pour autant, ne vous y précipitez pas pour cette seule raison sans un bagage confortable sur les Ultra techniques. Je ne sais pas comment les champions ont vécu Oman. Romain Olivier gagne en 18h20, plus de 2h devant Julien Chorier qui n’est pas le premier venu. C’est une très grosse performance. Il y a également eu quelques couacs sur des ravitaillements où les aiguilleurs ont envoyé les coureurs sur la mauvaise trace. Ainsi Mike Foote sur le 130km, en 2ème position à ce moment-là, perd 2h avant de pouvoir retrouver la bonne marque. Un autre coureur du 170km descend de 800m de dénivelé avant d’être complètement perdu et de devoir appeler l’organisateur. Le balisage était pourtant excellent, ces quelques coureurs mal informés se sont retrouvés sur la trace du 50km qui croisait la leur à un moment. Il aurait peut-être fallu prévoir une couleur différente que le même vert utilisé pour tous les formats. C’est le seul accroc de cette course qui a mis un terme aux espoirs de quelques participants, alors qu’il faut le dire, l’organisation est véritablement soignée. Rappelons en effet qu’il ne s’agit que de la deuxième édition d’une course où les bénévoles ont, à l’évidence, peu l’expérience de ce genre de manifestations. C’est bien l’état d’esprit, la gentillesse et l’attention des Omanais rencontrés sur les ravitaillements qui ont fait la différence. Ce fut toujours avec beaucoup de plaisir que nous étions accueillis.

CAHIER PRATIQUE

Distances

10km/295mD

50km/2300mD

130km/7400mD

170km/10400mD

Transports, hébergements

L’organisateur met en place plusieurs navettes en bus qui permettent de se rendre de l’aéroport de Mascate, la Capitale, à Nizwa où se trouve le village départ. On conseille de venir par Oman Air qui propose des vols directs entre Paris et Oman, plus rapides d’autant qu’on essaiera de ne pas arriver trop fatigué avant l’événement. La course est une traversée et non une boucle. Une navette régulière ramène les coureurs de l’arrivée au départ. Les hôtels proposés par l’organisateur, à quelques kilomètres seulement du départ, sont d’excellente qualité et sont aussi desservis vers/depuis le village par des navettes affrétées pour l’occasion.

Par Vincent Gaudin. Photos Vincent Gaudin et Organisation ©Oman Sail/Lloyd Images

Pour un peu, vous croyez voir John Wayne au ravito ! Ici vous courez dans un western pur jus, entre indiens et tuniques bleues. Par delà ce cliché, les époustouflants paysages vous font vite oublier le dossard pour vous emplir de cette ambiance à nulle autre pareille. Bienvenue au Far West ! Notre photographe Erik Sampers a capté pour vous le meilleur de ces grands moments.

Ce territoire magnifique, l’Utah, avec ses grands espaces ont servi de décor a de très nombreux westerns qui ont marqué l’histoire, avec des acteurs comme John Wayne, Gregory Peck… On se souvient de “The Big Trail” (1930; John Wayne), de “Fort Apache” (1948; John Wayne, Henry Fonda, Shirley Temple) ou plus près de nous de “The Outlaw Josey Wales” (1976; Clint Eastwood). Ici, on court dans ces grands espaces, et comme le dit l’un des concurrents : « Parfois, je n’ai pas l’impression de courir, mais de chevaucher dans les herbes folles et les cactus. Je me retrouve souvent seul à courir dans ces espaces immenses, et je me fais mon film, un western bien sûr… »

Ce côté Far West, l’organisation la prolonge. Pour clore la course et accompagner le dernier, « la voiture balai » est en fait un groupe de deux cavaliers.

Le Grand to Grand, G2G version acronyme, est un événement unique. Ce fut la première, et encore unique, course à pied par étapes et en autonomie en Amérique du Nord. Son caractère exceptionnel est sublimé du fait d’être bien la première épreuve de trail à s’élancer de l’impressionnante rive nord du Grand Canyon, l’une des sept merveilles naturelles du monde, terminant son tracé au sommet du Grand Staircase, l’une des formations géologiques les plus emblématiques du monde. Le tracé de la course mène les traileurs à travers un paysage désertique de dunes, de canyons rouges, de buttes, de mеsаs et de hооdооs. Les traileurs s’enhardissent au creux de canyons étroits et traversent un affluent de la rivière Vіrgіn. En courant, les concurrents découvrent la partie la plus reculée du continent américain de manière identique aux premiers indigènes, les tribus Nаvаjо еt Pаіutе.

Le témoignage de Patrick Candé (8ème) :

« Sorti de mon canyon, je vais vous dire en trois mots ce que je pense de cet Ultra américain qu’on pourrait renommer The Sand to Sand. Il s’agissait d’effectuer en autosuffisance alimentaire 273km avec 5500m de dénivelé en 6 étapes, du Nord du Grand Canyon jusqu’au sommet des Pink Cliffs du Grand Staircase. En trois mots je dirais : Sable – Décors – Organisation…

-Sable : Je n’ai jamais vu autant de sable si fin pendant une course. Ce qui m’a obligé à marcher comme je ne l’avais jamais fait auparavant même dans les plus grandes courses comme la Badwater ou le Sparthatlon. J’ai dû marcher plus de 50km pendant la longue étape de 84km. Ce sable fin pénétrait partout dans mes chaussures malgré les guêtres, ce qui m’a obligé à les vider cinq fois et m’a occasionné la seule ampoule au talon.

-Décors : Une chance incroyable de courir dans un décor pareil façonné par la nature, qui rappelle les westerns de John Ford et d’autres images comme celles du film « 127 heures » qui me parcourront l’esprit lors du passage dans le Red Slot Canyon. Un parcours exceptionnel puisque le départ a lieu au bord Nord du Grand Canyon, l’une des Sept Merveilles Naturelles du Monde, qui nous emmène à travers un paysage désertique composé de canyons, de grottes, de roches multicolores aux formes extravagantes et de dunes de sable. Avec une végétation hostile, notamment les cactus qui vous guettent si vous sortez des sentiers.

-Organisation : Une organisation visiblement bien rodée avec des bénévoles remarquables, très engagés et très présents aux ravitaillements. La mise en place de cet unique ultra marathon en autosuffisance alimentaire dans l’Amérique du Nord nous permet de découvrir une nature extraordinaire. Le marquage de signalisation est remarquable aussi bien de jour comme de nuit, disposé environ tous les 50 mètres, ce qui permet de s’orienter sans trop de difficulté, si l’on cherche les marques.

En conclusion : Deux semaines après avoir couru un magnifique ultra (l’Etoile Verte d’Eguzon) de 300km dans la Creuse, je partais confiant mais sans ambition surtout avec un sac de 10,5kg sur le dos au départ. Au fil des étapes, j’ai essayé sans pression de me positionner dans le top 10. Cerise sur le gâteau, j’arrive 1er de ma catégorie et 8ème au général. C’est un ultra par étapes difficile où l’on vit pendant une semaine coupé du monde, une aventure humaine extraordinaire. Un grand merci à tous mes amis coureurs : Suisse, Portugais, Autrichien, Allemands, Bordelais et Perpignanais d’avoir partagé pendant une semaine la tente n°4 qui a quand même ramassé 4 récompenses. »

Le GRAND TO GRAND en chiffres
-8ème édition du Grand to Grand Ultra, du 22 septembre au 28 septembre 2019 (Kanab, Utah).
-273km en 7 jours, sur 6 étapes de 13km à 85km.
-La course commence à une altitude de 1629m et se termine à 2651m.
-Dénivelé positif total des six étapes : 5499m -Dénivelé négatif total : 4477m.

C’est avec Kilian Jornet la grande icône du trail mondial. Et ils ont un point commun, ils aiment les grands projets qui sortent des sentiers battus ! En 2019, après une saison atypique, le grand François D’Haene s’est lancé un défi gargantuesque dans les Rocheuses américaines : parcourir en huit jours 860km et 33 500m de dénivelé sur le Pacific Crest Trail.

François D’Haene aura connu, au propre et au figuré, le chaud et le froid sur sa saison 2019. Il avait deux principaux objectifs : la Hardrock 100 (100 miles aux USA) et l’Échappée Belle (144km en Chartreuse), deux ultra-trail auxquels il n’avait jamais participé. Il avait également programmé l’Ultra Trail de l’île de Madère (115km) et la Maxi-Race du Lac d’Annecy (115 km) au printemps, pour finir en apothéose à l’Ultra-Trail Cape Town (100km) en fin d’année. Pour le début de saison, tout s’est déroulé comme prévu. Du 13 au 16 mars, il participe comme chaque année à la course de ski alpinisme qui le remet en selle après la transition hivernale : la légendaire Pierra Menta qu’il termine à la 6ème place en duo avec son beau frère, Alexis Traub. Le 27 avril il remporte l’Ultra Trail de l’île de Madère en 13h49mn36 s après avoir fait la course seul en tête sur la seconde moitié du  parcours. La Maxi Race se déroule moins bien, puisqu’une entorse en début de course le fait renoncer prudemment, alors qu’il domine la course sans rival. Deuxième écueil, la Hardrock est annulée pour cause de conditions météos inadaptées à la course en altitude. Cela ne perturbe pas François qui sait se reconcentrer sur ses défis suivants. Et il affiche sa classe mondiale en remportant le 23 août l’Échappée Belle, parcourant les 144km de tracé technique et chaotique en 23h55mn11s, repoussant le record de l’épreuve de 3h, et devançant son second de 5h ce jour-là…

Le défi du Pacific Crest Trail, dans les Rocheuses américaines.

Si Kilian Jornet affectionne les records d’ascensions de hauts sommets, François apprécie plus les défis sur les grandes traversées. En 2016, il a détrôné Kilian de son record sur la traversée du célébrissime GR 20 en Corse, en 31h06min. En 2017, il a établi le record de la traversée du John Muir Trail : 2 jours 19 heures et 26 minutes pour 359km et 14 630m de dénivelé ! Et en 2018, François D’Haene s’élançait d’Embrun pour boucler le tour du lac de Serre-Ponçon, dans les Hautes- Alpes, par ses plus hautes cimes en un peu plus de 34h. Un défi qu’il souhaitait partager, embarquant avec lui sur les 170km et 10 000 m de dénivelé ses deux « compères », Alexis Traub et Guillaume Provost, qui l’accompagnent en tant que « pacers » sur ses défis annuels et qui n’avaient jamais bouclé une distance « ultra ». Pour 2019, il s’agissait donc d’un nouveau défi à sa dimension, dans les Rocheuses américaines : parcourir en huit jours 860km et 33 500m de dénivelé sur le Pacific Crest Trail. L’ultra-traileur est parti le samedi 28 septembre dernier pour relier l’extrémité nord du Pacific Crest Trail à la frontière entre les États-Unis et le Canada et « Bridge of the Gods », au niveau de Portland. Au final, et malgré tout son courage et l’abnégation de son équipe, la neige des Rocheuses américaines a été plus forte. François D’Haene a dû renoncer après tout de même 400km de neige, de glace et de blizzard mêlés.

Jour après jour avec François D’Haene pendant son grand défi !

-28 septembre : « Présents depuis 2016 lors de nos projets ultra, Alexis Traub et Guillaume Provost m’accompagneront en se relayant tout au long de l’aventure. Nous retrouverons aussi Sylvain, gérant du Gîte des Tavernes qui s’occupera de toute l’intendance pour prendre soin de nous comme il avait pu le faire au John Muir Trail en 2017 »

-4 octobre : « La météo annoncée n’est pas très enivrante. Mais la motivation de s’élancer sur cet itinéraire mythique reste intacte ! En espérant ne pas devoir trop modifier nos plans ».

-5 octobre : « Après 49km d’échauffement permettant de rallier le départ à la frontière américano-canadienne, nous voilà partis pour les 808 premiers kilomètres. En avant pour une semaine de boulot non stop ! On the trail again ! » 

-6 octobre : « Deuxième jour sur le Pacific Crest Trail, magnifique section de 47km entre Harts Pass et Rainy Pass pour commencer la journée. Beaucoup de neige et plus aucun randonneur. Il faut faire la trace. Bivouac en pleine forêt au bord de Suiattle River ! Je déroule sur cette partie du Pacific Crest Trail pour m’éloigner au plus vite de possibles mauvaises conditions météo ! Ce soir un break de 5h en tente au bord du feu »

-7 octobre : « Nous sommes maintenant à Steven pass, km 313 sur les 808. Running time !

Départ 6h du matin, retour 4h du matin le lendemain… Grande journée autour de Glacier Peak ! Heureusement, quelques ours pour nous tenir compagnie. Un peu de repos ne nous ferait pas de mal. Ça tombe bien les conditions nous obligent à rester couchés. Mais pour combien de temps ? »

-8 octobre : François D’Haene s’est beaucoup donné pour réaliser plus de 350km en 2 jours et demi. C’est donc très difficile pour lui de patienter et de prendre la décision de ne pas repartir : « Après avoir parcouru 350km en deux jours, il faut faire une pause. La météo est exécrable, il pleut, il vente et la température ressentie là-haut est annoncée à -18 °C. Ce serait donc une hérésie de repartir ce soir. »

-9 octobre : François D’Haene et ses deux meneurs d’allure, Alexis Traub et Guillaume Prévost, patientent une journée, et ont décidé de partir un peu après 4 heures du matin, le mercredi : « Il y avait une petite chance pour que les conditions météo nous permettent de continuer ce matin. Après un réveil à 4h15, je suis donc reparti avec Alexis et Mickaël sous la neige. Mais finalement, impensable d’aller plus loin.  Après 9h et 45km à tracer dans une neige de plus en plus abondante, nous retrouvons avec une joie et une émotion non dissimulée, le reste de l’équipe qui était monté nous chercher à Cathedral Passsous. Plus de 50cm de poudreuse, impossible de continuer dans ces conditions. La nature et la puissance des éléments ont repris leurs droits. »

-10 octobre : L’équipe de François D’Haene a donc dû faire marche arrière, très déçue de ne pas pouvoir achever ce projet, mais saine et sauve, et la tête et le cœur remplis d’images et d’émotions construites pendant ces 400km d’aventure commune. « Nous étions venus pour vivre une Grande Aventure, nous avons été rassasiés ! 400km que nous ne sommes pas près d’oublier et que nous avons vécu en équipe avec beaucoup de bonheur. Je réalise encore plus la chance d’avoir cette compagnie avec moi et de pouvoir découvrir de tels chemins aussi sauvages dans ce terrain de jeu si immense. La dernière section étant plus basse, demain nous devrions pouvoir partager encore ensemble quelques kilomètres pour atteindre Bridge of the gods qui marque la fin de cette section du Pacific Crest Trail. »

-11 octobre : « Une petite section de 50km pour s’achever physiquement, mais très importante moralement afin de clôturer avec beaucoup de bonheur cette aventure sur Pacific Crest Trail, jusqu’au fameux Bridge of the gods. Merci encore à mes compagnons du jour et à Jim Walmsley d’être venu nous soutenir sur fin cette de périple ! Maintenant place à la récup ! »

Tout savoir sur François D’Haene 

On le connaît tous pour ses exploits sans s’attarder sur son parcours. Petit flash back : François D’Haene est né le 24 décembre 1985 à Lille ! Il déménage ensuite près de Chambéry avec ses parents, où il vit pendant 20 ans et pratique l’athlétisme. Pratiquant le cross-country et le 3000m steeple, cet amoureux de la montagne et de la nature se tourne ensuite logiquement vers les épreuves de trail organisées dans sa région, en Savoie. En 2006, année où il suit encore ses études de kinésithérapie à Grenoble, il remporte le Tour des glaciers de la Vanoise. En 2010, il remporte le Trail du Ventoux et le Gapen’cimes. Sa passion était bien née ! En 2012, il met son métier de kinésithérapeute de côté pour reprendre avec son épouse une exploitation viticole dans la commune de Saint-Julien dans le Beaujolais. Cela va devenir sa marque de fabrique ; le traileur vigneron ! Depuis, il a notamment remporté l’Ultra-Trail du Mont-Blanc en 2012, 2014 et 2017 (dont il détient le meilleur temps absolu en 19h01mn32s en devançant Kilian Jornet ce jour là !) ainsi que le Grand Raid de la Réunion en 2013, 2014, 2016 et 2018 (victoire partagée avec Benoit Girondel)

Par Serge Moro. Photos : Max Romey