Cet été, le massif du Kaçkar, dans le nord-est de la Turquie, a accueilli Run Like Her, un stage de trail réservé aux femmes, organisé en marge du Kaçkar by UTMB. Originaires de Russie, de Turquie ou d’Afghanistan, quatre d’entre elles ont accepté de raconter à Cécile Bertin, avec leurs mots, ce que ces montagnes ont révélé en elles.

Run Like Her : le témoignage de Başak Ağdaş Ünal

Instagram : @agdasbasak

Capitaine de l’équipe ASICS FrontRunner Turquie, Başak Ağdaş Ünal jongle entre une carrière dans l’agroalimentaire et l’ultra-trail. Coureuse depuis quinze ans, elle a découvert les sentiers il y a une dizaine d’années et n’a plus quitté les montagnes depuis.

Photo 2
Başak Ağdaş Ünal. Photo @acanavc (Ahmed Can Avci) pour @kackarbyutmb

Le sport a toujours occupé une grande place dans ma vie. J’ai commencé à courir il y a presque 15 ans, et j’ai découvert le trail il y a environ 10 ans, en parallèle de ma carrière en entreprise. J’ai toujours aimé être dans la nature, le trail m’a donc semblé très naturel : j’aime la liberté de courir en montagne, et cet équilibre entre ma vie professionnelle et ma vie d’athlète que les sentiers m’aident à trouver plus facilement. Depuis, le trail est devenu une part très importante de ma vie.

Mon premier trail faisait 17 kilomètres, et c’était vraiment éprouvant ! Mais c’est exactement ce que j’ai aimé : le défi, me pousser dans mes retranchements, découvrir de quoi j’étais capable. Après cette course, j’ai tout de suite su que je voulais continuer.

Başak Ağdaş Ünal : “Le trail m’a appris la patience.”

Le vrai déclic est venu plus tard, quand j’ai commencé à courir de plus longues distances sur les sentiers. J’adorais passer des heures en montagne et continuer même quand j’étais fatiguée. J’ai réalisé que le trail n’est pas seulement physique pour moi, mais aussi mental : il m’apprend la patience, la concentration et la persévérance quand les choses deviennent difficiles. C’est là que je me suis dit : « Oui, c’est mon sport et ma place est ici. »

Il y a quelque chose de très spécial dans les montagnes du Kaçkar. J’aime la nature sauvage, les montagnes vertes, les nuages et l’atmosphère mystérieuse, qui leur donnent un caractère unique. Ce stage a été une magnifique opportunité d’explorer ce bel endroit, de courir dans ce paysage incroyable et de partager cette expérience avec d’autres femmes qui ont la même passion pour le trail. Je crois que c’est exactement ce qu’est « Run Like Her ». On adorerait voir toutes celles qui partagent cette passion au Kaçkar by UTMB en septembre !

Run Like Her : le témoignage de Beyza Güzel

Instagram : @beyzaguzel1

Photo 3
Beyza Güzel. Photo @acanavc (Ahmed Can Avci) pour @kackarbyutmb

Architecte d’intérieur et à la tête de sa propre entreprise de design, Beyza Güzel a découvert la course pendant le confinement, avant que son mari ne l’initie au trail. Elle se révèle dès 2023 sur le Trail Alsace by UTMB, où elle termine 4ème de son tout premier 100 km. Depuis, elle enchaîne les victoires féminines sur les ultras turcs, dont le Kapadokya Ultra Trail 119 km et l’Efes Ultra 60 km en 2024 et 2025, et vient de remporter l’Uludağ Premium Ultra Trail 70K.

Je suis en réalité architecte d’intérieur, et je dirige ma propre entreprise de design. Le sport a toujours fait partie de ma vie, mais je n’avais jamais imaginé que la course deviendrait une part aussi importante de qui je suis aujourd’hui. Tout a changé pendant la pandémie du Covid, quand les salles de sport ont fermé : j’ai commencé à courir simplement pour rester active. Puis un jour, en sortant courir, j’ai rencontré l’amour de ma vie, mon mari. C’est grâce à lui que j’ai découvert le trail, et c’est là que mon vrai parcours a commencé.

Il y a cinq ans, je n’aurais même pas pu imaginer courir un kilomètre. Aujourd’hui, je cours des distances de plus de 100 kilomètres en montagne. Le trail m’a montré que nos limites ne sont souvent que celles auxquelles on choisit de croire : chaque sentier, chaque montée, chaque ligne d’arrivée me rappelle qu’on est capable de bien plus que ce qu’on imagine. Pour moi, le trail, c’est bien plus qu’un sport, c’est une façon de découvrir qui je suis, d’apprendre à me faire confiance, et de trouver la liberté dans la nature.

Je me souviens très bien de ma première course. J’étais complètement inexpérimentée et je n’avais aucune idée de ce qui m’attendait. Je ne pensais pas au résultat, je voulais juste finir et profiter de l’expérience. Quand j’ai franchi la ligne d’arrivée et réalisé que je faisais partie des trois premières femmes, quelque chose a changé en moi : ce moment n’était pas seulement une histoire de podium, c’est là que j’ai compris que j’avais trouvé quelque chose auquel j’appartenais vraiment. À partir de ce jour-là, j’ai su que le trail serait bien plus qu’un loisir, un chemin pour découvrir de quoi j’étais capable, physiquement et mentalement.

Beyza Güzel : “Être entourée de femmes qui se soutiennent, c’est incroyablement puissant !”

Le vrai moment de bascule est venu pendant ma première course de 100 kilomètres, le Trail Alsace by UTMB. C’était ma première année de trail, je n’avais pas beaucoup d’expérience, mais je n’avais pas peur : je me sentais à ma place dans ces montagnes, dans cette ambiance, dans cette communauté. Mon seul objectif était de tout donner. Pendant environ 65 kilomètres, j’ai mené la course féminine. L’épreuve était retransmise en direct, et tellement de personnes de mon pays suivaient mon parcours, je n’en revenais pas ! Je me souviens encore de Siri qui me lisait les messages de soutien dans mes AirPods, chaque message me donnant un peu plus de force et me rappelant de continuer à croire en moi.

Bien sûr, mon manque d’expérience m’a rattrapée dans la dernière partie de la course. Après 70 kilomètres, les athlètes plus expérimentées m’ont dépassée, et j’ai terminé quatrième féminine. Mais cette journée n’a jamais été une histoire de résultat : elle m’a montré que mes capacités étaient bien plus grandes que ce que j’avais imaginé. Pour la première fois, j’ai réalisé que je pouvais rivaliser avec certaines des meilleures traileuses du monde. Et c’est là que je me suis dit : « Oui, c’est ici que je suis à ma place. »

Je crois sincèrement que derrière chaque femme forte, il y a d’autres femmes fortes qui l’encouragent, et c’est exactement pour ça que j’étais au Kaçkar. Ces montagnes sont à couper le souffle, mais ce qui rend cette expérience vraiment spéciale, ce sont les gens : être entourée de femmes qui s’inspirent, se soutiennent et se célèbrent les unes les autres, c’est incroyablement puissant. Pour moi, ce stage, c’est bien plus que courir. C’est partager des histoires, apprendre les unes des autres, tisser des liens sincères, et se rappeler mutuellement qu’on peut toujours aller plus loin qu’on ne le pense. Les montagnes nous rassemblent, mais c’est l’énergie de cette communauté qui rend cet endroit inoubliable.

Run Like Her : le témoignage de Fatima Painda

Instagram : @paindafitness

Photo 4
Fatima Painda. Photo @acanavc (Ahmed Can Avci) pour @kackarbyutmb

Infirmière-cheffe adjointe aux urgences au Royaume-Uni et ambassadrice de l’association Free to Run, Fatima Painda a grandi dans les montagnes afghanes avant de fuir son pays avec sa famille à l’arrivée des talibans. Elle découvre le trail running en 2021, après la chute de l’Afghanistan, et en fait depuis un vecteur d’engagement pour les femmes et les filles de son pays. Parmi ses résultats marquants : la CCC 100 km en 2024, où elle est l’une des toutes premières Afghanes finishers, et la Manaslu Trail Race 150 km au Népal en 2025.

J’ai grandi dans les magnifiques montagnes d’Afghanistan, où je me sentais libre et sans peur. Je ne savais même pas que le trail running existait, pour moi courir était tout simplement une façon de vivre : chaque jour, je courais pour aller à l’école, parce que c’était à une heure de marche de chez moi et que je ne voulais pas être en retard. Mais ces montagnes m’ont été enlevées quand j’ai dû quitter mon pays, devenue réfugiée à cause des talibans.

Commencer une nouvelle vie a été difficile, et les montagnes m’ont toujours appelée. J’ai découvert le trail running en 2021, après la chute de l’Afghanistan aux mains des talibans. À travers le trail, je porte l’espoir de millions de femmes et de filles de mon pays, où elles vivent aujourd’hui sous un système d’apartheid de genre, privées de leurs droits humains fondamentaux, y compris l’éducation et la liberté de mouvement, et réduites au silence. Aujourd’hui, je revis mon enfance dans les montagnes afghanes à travers le trail et la course en montagne, non seulement en tant qu’athlète, mais aussi en tant que porte-drapeau de la tolérance et de l’émancipation des femmes.

Fatima Painda : “Le trail est aussi devenu un tournant pour moi, alors que les règles injustes des talibans continuent d’effacer les femmes et les filles de la société! ”

Ma première course de trail fut l’ETC by UTMB, et j’ai eu l’impression de retrouver le chemin de la maison : courir à travers les montagnes a fait ressurgir les sensations de mon enfance, quand la nature était mon terrain de jeu et que les montagnes faisaient partie de mon quotidien. Le trail est aussi devenu un tournant pour moi, alors que les règles injustes des talibans continuent d’effacer les femmes et les filles de la société. Je me suis lancée dans un défi mondial : courir des trails, des marathons et gravir des montagnes à travers le monde, dans 26 villes par ordre alphabétique, dans le but de sensibiliser et de récolter des fonds pour Free to Run, afin de soutenir les femmes et les filles de mon pays dans la poursuite de rêves qui semblent impossibles.

Les montagnes du Kaçkar occupent une place particulière dans mon cœur. Chaque kilomètre à travers leur beauté sauvage, leurs paysages à couper le souffle, un sourire échangé avec les habitants et la communauté locale, tout me rappelle mon pays, l’Afghanistan… un pays que je ne peux que rêver de revoir un jour. Être dans ces montagnes me reconnecte à mon pays et à ses souvenirs, que je porte avec moi où que j’aille : cette sensation familière d’être entourée par la nature, les montagnes, la résilience de cette terre et le lien avec les gens et leur culture.

Pour moi, le trail, c’est bien plus qu’une compétition ou une ligne d’arrivée. Ce sont des stages comme celui-ci, et des projets comme Run Like Her, qui permettent de donner du pouvoir et d’inspirer les gens, en particulier les femmes, à travers le mouvement dans la nature et la montagne, pour poursuivre leurs rêves.

Run Like Her : le témoignage d’Elena Polyakova Kırık

Instagram : @e.lena.polyakova

Photo 5 bis
Elena Polyakova Kırık. Photo @acanavc (Ahmed Can Avci) pour @kackarbyutmb

Née en 1981 à Znamensk, une ville fermée de Russie, Elena Polyakova Kırık a d’abord été bodybuildeuse avant de tout plaquer pour l’ultra-trail. Agente de voyage saisonnière à Antalya depuis 2005, elle s’engage en 2011 sur la Lycian Way Ultramarathon, où elle fait une rencontre qui va changer sa vie… Elle s’installe en Turquie un mois plus tard et enchaîne depuis les victoires féminines sur les ultras turcs. Elle est aussi l’autrice d’un roman autobiographique en turc, « Lena’nın Küçük Yolculuğu » (Le petit voyage de Lena).

Mon histoire de coureuse a en fait commencé à l’école, quand j’ai terminé dernière d’une course de 700 mètres. Plus tard, pas à pas, j’ai appris à m’entraîner plus intelligemment, et j’ai progressé petit à petit jusqu’au semi-marathon, puis au marathon. Puis, dans le pack qu’on nous distribue souvent avec notre dossard lors d’une course sur route, j’ai trouvé une brochure pour la Lycian Way Ultra Marathon, une course en autosuffisance de 240 km le long de sentiers spectaculaires. Cette petite brochure a tout changé.

Je me suis donc lancée directement dans une aventure de 240 km. Je me souviens encore de l’excitation sous la tente avant le départ, et de l’instant où j’ai posé le pied sur le sentier pour la première fois. Le début a été vraiment difficile, mais entourée de forêts qui sentaient bon le pin, de montagnes, de vues sur la mer à couper le souffle et du soutien des personnes qui partageaient le camp avec moi, j’ai réussi à atteindre la ligne d’arrivée. Après ça, ma vie n’a plus jamais été la même : ce premier ultra m’a donné le courage de quitter un emploi bien payé et de déménager à Istanbul pour explorer mon potentiel dans d’autres domaines.

Elena Polyakova Kırık : “Partager le chemin avec des femmes qui comprennent vraiment ton esprit donne une force différente.”

La course est devenue bien plus qu’un sport. Elle est devenue une part majeure de ma vie et a façonné beaucoup des décisions qui ont suivi. Au cours des 15 dernières années, j’ai terminé 59 ultramarathons, dont la PTL, et j’ai écrit un livre sur mes aventures.

Le Kaçkar a toujours été un endroit très spécial pour moi. Ces montagnes ont conquis mon cœur dès le tout premier instant : elles sont uniques, avec d’innombrables nuances de vert, des crêtes enneigées et des lacs glaciaires. J’aime aussi l’hospitalité des habitants, leurs traditions et, bien sûr, la cuisine délicieuse. Ce stage rassemble des femmes aux parcours différents mais à l’amour du trail identique. Nous sommes peut-être déjà fortes chacune de notre côté, mais partager le chemin avec des femmes qui comprennent vraiment ton esprit donne une force différente, celle qui reste bien après la fin du sentier.

Photo 6
Photo @acanavc (Ahmed Can Avci) pour @kackarbyutmb
Les derniers articles

C’est l’un des derniers trails de haute montagne de la saison, et sans doute un des plus beaux et sauvages. Au départ des Chapieux, sur la commune de Bourg Saint-Maurice, le Trail du Petit Saint-Bernand, TPSB pour les intimes, propose une expérience qui restera gravée dans les mémoires de celles et ceux qui affronteront ses parcours. Entretien avec Laurent Vinner, son organisateur, avant la prochaine édition, les 26 et 27 septembre 2026.

Laurent, peux-tu me donner 3 bonnes raisons de venir courir le TPSB ?

Laurent Vinner : La première, c’est que c’est le dernier trail de haute altitude de l’année. Il n’y a quasiment aucun trail qui monte aussi haut à cette époque, fin septembre. On monte encore jusqu’à quasiment 2900 mètres d’altitude. Ensuite, il y a le côté sauvage. On est vraiment l’un des trails les plus sauvages du calendrier, parce qu’on fait un départ aux Chapieux, en zone blanche, où il n’y a aucun réseau. Et sur l’ensemble du parcours, il n’y a aucun village, il n’y a rien. C’est vraiment que de la montagne. Et ça, c’est extrêmement rare.

Personnellement, je ne connais pas de trails comme ça, où il n’y a vraiment rien. C’est nature du début à la fin. La troisième chose, c’est l’esprit de l’événement, notre volonté de rester simple. L’esprit montagne, c’est vraiment ce qu’on veut faire passer. C’est simple, on ne vient pas sur cette course pour chercher la lumière, on vient là pour se faire plaisir. Et la plupart des gens qui viennent là sont des passionnés de montagne, ce qui donne une ambiance très conviviale.

TPSB_CRI4802_FINAL
Photo TPSB

C’est donc un peu le rendez-vous des montagnards. Mais est-ce accessible à tous, du coup ?

LV : C’est vrai, il faut préciser que ce sont pour la plupart des montagnards assez aguerris et autonomes. Si on ne connaît pas la montagne, le TPSB n’est pas le genre de trail par lequel il faut débuter. Enfin, je parle pour les longues distances. Si on n’a jamais fait de trail en montagne, franchement, le 68 km ne me paraît pas raisonnable. Après, moi, je ne fais pas de tri, bien sûr, c’est à chacun de connaître et de ne pas surestimer ses capacités. Si tu n’es pas montagnard et que tu n’es pas capable de te débrouiller, ne viens pas.

Et le 43 km, il est plus accessible ?

LV : On va dire que c’est un peu moins engagé, mais on est encore sur les hauteurs, le parcours passe tout de même par le col de la Grande Écaille, à 2700 mètres d’altitude. Ça reste donc très montagne. Même pour le 35, il faut quand même avoir une petite expérience de trail en montagne, il y a, comme sur le 68, des passages à flanc de paroi avec des mains courantes.

TPSB_CRI5234_FINAL
Photo TPSB

Fin septembre, la météo peut parfois être capricieuse, avec des chutes de neige très tôt dans l’année. Comme cela se passe dans ces conditions ?

LV : On a des parcours de repli qui sont toujours prêts, au cas où. C’est d’ailleurs quelque chose de très positif par rapport aux années précédentes, lorsqu’on partait de l’Hospice du Petit Saint-Bernard, qui se situe au col du Petit Saint-Bernard, et où on n’avait pas de possibilité de repli. Depuis Les Chapieux, on y arrive. Enfin, jusqu’à un certain point bien sûr ! Il ne faut pas non plus que ça soit le déluge. Mais même quand c’est bien enneigé, on arrive à sortir des parcours alternatifs exceptionnels, qui restent bien montagne et de haut niveau. C’est ça aussi qui n’est fait le charme du TPSB.

TPSB_CRI4746_FINAL
Photo TPSB

Trail du Petit Saint-Bernard : 6 distances et un challenge pour traileurs aguerris

Côté programme, le TPSB propose 6 distances et un challenge sur 2 jours.

La Verticale du Bonhomme
5 km et 900m D+
Une montée sèche type KV pour atteindre le refuge du Bonhomme situé à 2443m. Descente libre.

Le 10 KM de la Vallée des Glaciers
10 km et 360m D+
Un aller-retour express jusqu’au lieu dit « La Ville des Glaciers » pour découvrir la vallée et un point de vue magnifique sur l’Aiguille des Glaciers.

Le Trail de la Grande Écaille
21 km et 1300m D+
Une petite boucle express avec le passage de la Grande Écaille (2751m), col emblématique de la vallée des Glaciers, avec un point de vue impressionnant sur l’Aiguille des Glaciers.

Le Technitrail des Glaciers
33 km et 2700m D+
Un nouveau tracé pour découvrir notamment une bonne partie du sentier technique de haute altitude « Thomas Roques » qui s’étend de la Tête Nord des Fours au col de la Seigne et qui domine la vallée des glaciers. Attention, le tracé comporte quelques passages aériens et techniques susceptibles de ne pas convenir à tout le monde.

Le Trail du Mont Blanc
45 km et 2800m D+
Un trail de montagne qui se déroule en altitude avec 4 cols de plus de 2500m d’altitude à franchir. Il offre des points de vue imprenables sur le mont Blanc et l’Aiguille des Glaciers. Réservé aux traileurs aguerris aux couleurs d’automne, loin de la civilisation. Dépaysement garanti !

Le TPSB 68 KM
68 km et 4000m D+Un parcours « expert » situé au cœur de la montagne sauvage, « loin de la civilisation ». Ce 68 km vous propose notamment de découvrir le fameux « colle di Bassa Serra » culminant à 2738m d’altitude, véritable muraille au cœur d’un paradis glaciaire qui domine au loin le col des Chavannes et qui offre une vue imprenable sur le massif du mont Blanc tout proche. Situé dans un secteur extrêmement peu fréquenté, c’est un véritable joyau. Vous découvrirez également l’arête du Mont Fortin, qui offre des panoramas grandioses, sans oublier  le col de l’Ouillon et de la Forclaz. Attention, ce parcours est réservé aux traileurs aguerris ayant déjà une certaine expérience de la montagne, et comporte quelques passages aériens et techniques.

Le TPSB Ultra 
103 km et 6700m D+
Le cumul du Technitrail des Glaciers (35 km) et du TPSB (68 km)

Renseignements et inscriptions ICI

TPSB 2
Photo TPSB
Les derniers articles

Clément Deffrenne – alias Clemquicourt – vient de terminer le Baekdu Deagan Ridge Trail. Soit l’un des itinéraires les plus exigeants d’Asie, avec 760 km pour 64 877m D+ sur la grande dorsale montagneuse coréenne. Après un court silence subtilement orchestré sur ses réseaux sociaux, il revient avec un nouveau récit d’aventure filmé.

La fin d’une aventure, le début d’une autre

« Clemquicourt, c’est l’histoire d’un mec lambda, qui rêve de vivre de sa passion. Mais le problème, c’est que le rêve il s’est réalisé. », annonçait Clément Deffrenne dans une vidéo Instagram publiée le 25 avril dernier. Tout dans la mise en scène – enterrement en grande pompe du maillot Killcam – laissait croire à la fin d’un véritable personnage du trail moderne : format horizontal façon cinéma, voix-off presque froide, ton différent du traditionnel humour décalé, storytelling qui rappelle d’où il vient…

Dans le même temps, Clément Deffrenne avait même pris soin de supprimer l’intégralité des contenus publiés depuis plus de 2 ans sur son compte, pour soigner plus encore sa « disparition ». De quoi semer le trouble chez sa communauté, comme le montrent les commentaires sous cette vidéo aux 5,4 millions de vues. Mais en réalité, cette « disparition » était le teasing d’une renaissance, 9 jours plus tard, avec l’annonce d’un projet d’envergure : la traversée de la Corée du Sud du Sud au Nord.

Instagram Clemquicourt
L’enterrement du maillot KillCam, fin d’une aventure. Et début d’une autre… Instagram Clemquicourt

Un véritable coup de com assumé par cet influenceur-coureur, qui met en récit chacun de ses grands défis d’ultra-trail depuis quelques années en revendiquant un statut de créateur de contenu plus qu’un statut d’athlète, et ce malgré des résultats très honorables. Son compte Instagram aux 655 000 abonnés ne laisse planer aucun doute, qui présente une figure moderne de coureur créatif et influent. Clemquicourt y apparaît comme un personnage issu d’une sorte de jeu vidéo façonné à sa manière, avec son auto-dérision et son univers bien à lui. En fait, le Lillois casse les codes du trail, sans jamais laisser croire que tout est acquis. À travers ses vidéos immersives lors du Baekdu Deagan début mai en Asie du Sud, il donne à voir la réalité du terrain, et de ce sport qui a encore tout à lui apprendre.

Instagram Clemquicourt 2
Parachuté en Corée du Sud, Clemquicourt annonce une nouvelle aventure, comme une nouvelle ère. Instagram Clemquicourt

Une dorsale montagneuse et sauvage de 760 km

Le défi était de taille : traverser la grande ligne de crête montagneuse d’Asie du Sud en seulement 13 jours, pour espérer décrocher le Fastest Known Time, le record de vitesse officiel sur ce tracé. Mais rien ne semble effrayer ce Lillois, déjà finisher du Grand Raid de la Réunion 2024 (23ème), de l’Ultra Terrestre 2025, toujours à La Réunion (4ème) et de l’Ultra-Trail du Mont-Blanc 2025 (144ème, sub 30 heures).

Après avoir explosé sur les réseaux sociaux en 2025 grâce à ses mises en scène immersives et ses récits d’aventure, Clemquicourt s’est donc attaqué à ce qu’il a présenté, à juste titre, comme l’un des défis les plus exigeants de sa jeune carrière. Ainsi, pendant 13 jours, accompagné de sa petite équipe de filmmakers et de supporters, Clément Deffrenne a documenté l’ensemble de sa traversée. Un Clément « plein-phares », comme il le dit souvent dans ses vidéos, qui dépasse chaque jour un peu plus ses limites.

Instagram Clemquicourt 3
Quand il faut y aller… Départ, plus que 760 km à parcourir… Instagram Clemquicourt

Clemquicourt face à la réalité du terrain

Dès les premiers jours, Clément Deffrenne fait face à l’imprévisibilité d’un tel défi. Les étapes sont plus longues que prévu, le terrain est extrêmement technique et les informations sur les tracés sont différentes selon les sources consultées. Il faut alors réajuster les plans pour mieux répartir le dénivelé sur chaque étape. Malgré cette adaptation constante, Clemquicourt ne perd jamais l’envie de continuer. L’équipe qui l’accompagne se charge de ses ravitaillements et de son confort. Lui n’a qu’à courir. Mais le manque de sommeil prend de plus en plus de place et les réveils deviennent difficiles. Pour autant, son humour tant apprécié ne le quitte pas. C’est la particularité qui le rend d’ailleurs si attachant.

Un exploit non homologable, mais un exploit quand même

D’après ses vidéos, Clemquicourt – qui court de moins en moins au fil des jours – emprunte des sentiers en forêt interminables, jusqu’à se retrouver souvent au beau milieu de bases militaires. D’ailleurs, il avoue avoir quitté volontairement certains segments officiels pour suivre une version plus historique de la crête coréenne, afin de donner plus de sens à son objectif. Certains de ces passages étant aujourd’hui fermés, interdits ou non reconnus dans les standards classiques de validation, Clemquicourt est parfaitement conscient qu’il n’a probablement pas réalisé de FKT homologable (Fastest Known Time) à l’issue de son aventure. En revanche, la performance sportive est indéniable. L’exploit de Clément Deffrenne s’exprime tant sur l’ampleur de la distance parcourue en 13 jours que sur la rigueur extrême du tracé.

Instagram Clemquicourt 5
Instagram Clemquicourt

Du sentier à l’écran : rendez-vous en août sur YouTube

Clément Deffrenne a terminé son défi mi-mai. Dans sa dernière vidéo, il annonce qu’un film relatant son aventure verra le jour fin août sur YouTube. Et au vu de la créativité du traileur, le projet est prometteur et le film est assuré de rencontrer son public, les fans du personnage se comptant par dizaines de milliers, dans la sphère des traileurs et bien au-delà. Avec cette nouvelle page de ses aventures, une chose est sûre : Clemquicourt se pose plus que jamais comme un phénomène de l’ultra-trail, tête d’affiche d’un trail moderne, tourné vers la performance du corps autant que du récit.

La création de contenu, passage obligatoire pour exister auprès des marques ?

Si la vitrine donnée à l’ultra-trail à travers ces réalisations est immense, la démarche, elle, commence à inquiéter les athlètes de premier plan, généralement plus âgés, qui s’aperçoivent que pour exister sur les réseaux sociaux, la performance sportive pure ne suffit plus. Les budgets engagés par les marques sur des coureurs-influenceurs sont d’ailleurs révélateurs : plus qu’une victoire ou un podium, elles privilégient un story-telling vivant, moderne et plein d’humour. Et sèment le trouble dans la communauté des coureurs.

Les précurseurs de la création de contenu, à l’image d’Alexandre Boucheix, alias Casquette Verte, ont montré la voie mais sans jamais avoir eu les budgets d’un Clemquicourt, et se retrouvent aujourd’hui « distancés » par la jeune génération montante. Certains autres, comme Mathieu Blanchard, ont dès le début associé la performance sportive et la production de films ambitieux, quitte à être critiqués pour leur façon de se « vendre » aux marques. D’autres encore, comme Théo Detienne, tentent de faire la synthèse des deux – performance sportive et création de contenu décalé -, mais sont attendus au tournant et ont encore tout à prouver.

D’autres enfin, qui n’ont jamais communiqué sur les réseaux autrement que par leurs séances d’entraînement ou leurs performances sportives, se retrouvent poussés par des agents en image à se mettre en scène, à l’image d’un Ludovic Pommeret désormais installé dans son rôle de Président du Trail Mondial, mais dans un costume dans lequel on ne le sent pas du tout à l’aise. En grandissant, en se démocratisant mais aussi en se professionnalisant et en attirant de plus en plus d’argent, le trail est entré dans une crise d’adolescence qui nous réserve sans doute encore bien des surprises.

Ludovic Pommeret dans une “allocution présidentrail”. Instagram Ludo Pommeret
Les derniers articles

Le 7 mai 2026, Gilles Tarnier s’est lancé un défi : traverser la Corse du Nord au Sud le plus rapidement possible. En 2023, l’Ajaccien s’était déjà emparé du record de la traversée de la Corse d’Est en Ouest, le Mare a Mare Nord, parcourant 150 km et 7000m D+ en 23 heures et 14 minutes. Mais Punta a Punta, le nom de ce défi, est d’une autre envergure : plus de 300 km et 13000m D+ l’attendent pour relier le village de Barcaggio, tout au Nord du Cap Corse, au port de Bonifacio, tout au Sud. Réussira-t-il à aller au bout de son rêve ?

« C’est un défi pour que le temps s’arrête et que je puisse vivre en permanence ce qui m’a construit et qui je suis aujourd’hui », déclare cet homme à la fois humble et redoutablement résilient. À travers ce défi, Gilles Tarnier, 55 ans, vétéran expérimenté des sentiers corses, nous fait vivre à la fois un exploit sportif et une aventure humaine avec toute une équipe embarquée avec lui, et où l’émotion est toujours à fleur de peau.

Sortie : 2026
Durée : 9 minutes
Langue : Français

Voir le film ICI

Les derniers articles

À l’occasion de l’ouverture des inscriptions pour le Tahiti Moorea Ultra Trail (TMUT) 2026, support de la finale de la Ligue Ultra, Alexandre Picquier, fondateur du circuit, revient sur le succès de la Western Azuréenne, première des 4 épreuves de la saison, mais aussi l’adhésion au circuit et les perspectives d’un projet en pleine expansion.

La Western Azuréenne vient de boucler sa toute première édition dans le Golfe de Saint-Tropez. Quel bilan tires-tu de ce lancement ?

Alexandre Picquier : Un bilan vraiment très positif. La course s’est déroulée dans des conditions magnifiques, dans un cadre qui a bluffé tout le monde : les crêtes du massif des Maures, le littoral méditerranéen, et cette arrivée à Grimaud… Les coureurs ont été emballés.

Voir le film résumé de la Western Azuréenne ICI

On sentait sur le départ une vraie énergie, une vraie envie. Ce profil ultra roulant, inspiré de la Western States avec le système de pacer sur les 65 derniers kilomètres, a créé une dynamique de course très particulière, à la fois exigeante et spectaculaire.

Jonathan Moncany a signé une course remarquable chez les hommes, et le retour de Caroline Benoît chez les femmes a été très fort. On est satisfaits, et surtout impatients de voir ce que les prochaines éditions vont donner.

Western Azureenne ©Olivier Vin-8
Lors de la 1ère édition de la Western Azuréenne. Photo Olivier

Après 2025, où la Ligue Ultra comportait 2 épreuves, 2026 est la première année complète du circuit avec 4 épreuves qualificatives pour la finale à Tahiti : la Western Azuréenne, le Trail de Haute Provence, l’Ultra 01 et le Grand Raid Kiprun 3 Vallées-Moûtiers. L’engouement est-il au rendez-vous ?

Alexandre Picquier : Honnêtement, on est très agréablement surpris. Ce n’est que la première année complète, et déjà on voit les coureurs se projeter sur l’ensemble du circuit, acheter la Box pour sécuriser leurs quatre dossards, planifier leur saison autour des manches…

Il y a quelque chose qui prend vraiment. La variété des épreuves parle à tout le monde, du roulant de la Western Azuréenne au dénivelé extrême du Grand Raid Kiprun 3 Vallées-Moûtiers, avec ses 12 000 mètres de D+ sur 170 km. Chaque coureur y trouve son profil.

Et la « carotte » est séduisante, avec la possibilité de gagner son billet pour la finale à Tahiti !

Alexandre Picquier : Tout à fait. C’est l’idée centrale du projet : pouvoir gagner son billet pour Tahiti en courant des ultras en France. Et c’est vrai que ce concept fait vraiment rêver. Les Golden Tickets sont devenus une motivation en soi. Les gens courent les manches avec cet objectif en tête. C’est exactement ce qu’on voulait créer.

TMUT 2026
Le cadre magique du TMUT. Photo DR

Les inscriptions au TMUT 2026 ouvrent le 25 avril. Comment le « Fenua », c’est-à-dire le territoire polynésien, a-t-il accueilli ce nouvel événement l’an dernier, pour la première édition ?

Alexandre Picquier : Ce qui nous a beaucoup touché, c’est de voir à quel point l’événement a été accueilli à bras ouverts l’an passé par les Polynésiens. Les institutions, les partenaires locaux, les bénévoles : tout le monde s’est approprié l’épreuve, avec cette hospitalité et cette générosité qui leur sont propres.

Lire l’article sur le TMUT 2025 ICI

Et ça se ressent aussi chez les coureurs du cru : il y a un engouement très fort des athlètes polynésiens, qui voient dans le TMUT une belle vitrine pour leur territoire et un défi à relever sur leurs propres sentiers.

C’est quelque chose qui nous rend très fiers : un événement venu de métropole qui devient aussi un événement du Fenua. Le TMUT 2026 se déroulera du 23 au 25 octobre à Moorea, et on a vraiment hâte d’y être.

TMUT 2026 1
Photo TMUT

On parle du TMUT comme support de la finale de la Ligue Ultra, avec pour 2026 un ultra de 105 km et 4520M D+, mais c’est également un événement local avec 4 autres formats plus accessibles…

Alexandre Picquier : En effet, au-delà du format ultra de 105 km, qui sera support de la finale de la Ligue Ultra mais est aussi ouvert à tous les concurrents souhaitant vivre cette expérience extrême, il y a 4 autres formats ouverts à tous : un 50 km avec 2500m D+, un 35 km avec 1500m D+, un 20 km avec 720m D+ et un 10 km avec 250m D+. Tout le monde peut trouver une distance qui lui convient, et les accompagnants des coureurs venus de métropole peuvent ainsi eux-mêmes s’inscrire sur des courses plus accessibles que l’ultra pour profiter du voyage et faire une course là-bas, dans un environnement incroyable !

Quels sont les grands projets à venir pour la Ligue Ultra ?

Alexandre Picquier : Les projets ne manquent pas, et c’est ce qui nous anime au quotidien. Le premier, c’est de développer le modèle Ligue Ultra à l’international. L’idée est simple : permettre à des coureurs de s’affronter sur des manches locales dans leur propre pays, puis de se qualifier pour la finale du TMUT à Moorea. Des ligues nationales qui convergent vers la Polynésie.

C’est en construction, mais la dynamique est là et l’accueil que nous avons reçu au Fenua nous conforte dans cette direction. « Run the league, race to Tahiti » prend encore plus de sens à l’échelle internationale.

Ensuite, nous avons la chance d’être entourés de partenaires de renom, comme Canal+ et Kiprun, avec qui nous partageons une vision commune : démocratiser le trail et rendre l’ultra-trail accessible au plus grand nombre.

Nous n’en sommes qu’aux prémices, mais les discussions sont enthousiasmantes. Avec Canal+, nous explorons un projet vraiment novateur, sans équivalent dans notre sport. Il est encore trop tôt pour en dévoiler les contours, mais cela viendra. Avec Kiprun, c’est la même ambition : toucher de nouveaux publics et casser l’image élitiste de l’ultra. Beaucoup de belles choses à venir !

Informations et inscriptions ICI

Les derniers articles

Sans elle, il ne serait certainement pas le même. Depuis 7 ans, Arthur Joyeux-Bouillon partage son existence – et ses entraînements – avec sa chienne Naska. Avant d’entamer sa saison 2026, qui l’emmènera mi-mai au Snowdonia 100M, fin juin au 90 km du Mont-Blanc et surtout fin août à l’UTMB Mont-Blanc, son gros objectif, il s’est confié sur cette relation fusionnelle à Laura Trompette dans le cadre du Podcast L’Animal au Cœur qui explore les liens profonds entre animaux et humains. Extraits.

Esprit Trail : Tu es né dans le Vercors, tu as grandi dans ces montagnes et tu as toujours été en connexion avec la nature. Quelle est la première rencontre avec un animal sauvage ou de compagnie dont tu te souviens dans l’enfance?

Arthur Joyeux-Bouillon : Sauvage, je n’ai pas de souvenir. Et de compagnie, c’est le chien de mes grands-parents, un labrador noir. Ça a été le coup de foudre entre lui et moi. Je passais quasiment tous mes week-ends chez mes grands-parents, et quand c’était pas chez eux, ils venaient chez nous, donc en fait c’était un peu mon chien. Il s’appelait Douka, j’ai une photo de lui dans ma chambre, c’était très fort et très puissant. Et je pense que mon amour pour les animaux, et particulièrement les chiens, est venu de là, dès mes deux ou trois ans.

Est-ce que les animaux ont appris quelque chose au jeune Arthur, que la version adulte de toi n’a jamais oublié ?

Arthur Joyeux-Bouillon : Oui, c’est sûr, c’est cette insouciance et cette légèreté qu’ils ont. Et d’avoir un animal aujourd’hui me permet de me redire « ah, n’oublie pas ça ! » Nous nous sommes mis beaucoup de contraintes dans nos vies, comme le fait de devoir travailler, mais eux n’ont aucune contrainte, ils sont jamais stressés, ils ne se demandent pas ce qu’ils doivent faire de leurs journées. Alors ils ont parfois des contraintes qui sont liées à ce qu’on leur impose, à notre propre rythme, mais ils ont cette capacité à vivre dans l’instant présent tout le temps. Tu vas leur dire « viens, on va se promener », c’était pas prévu mais ils sont contents. S’il pleut, on reste dedans, on joue, et ils sont contents. Ça m’a appris à voir les choses du bon côté et à ne pas trop s’en faire pour la suite.

Aujourd’hui tu es papa d’un petit Marceau qui est né en mai 2025 et tu partages ta vie à quatre avec ta compagne Justine, Marceau et votre chienne Naska, qui est devenue un peu ta partenaire d’entraînement. Est-ce que tu peux m’en dire plus sur elle?

Arthur Joyeux-Bouillon : Depuis tout petit, je voulais un chien. Quand Douka, le chien de mes grands-parents, est parti, j’étais assez grand pour comprendre qu’il était parti et à cette époque j’avais dit à mes parents, moi je veux un chien, c’est mon animal. Ça n’a pas été possible car ils travaillaient trop, ils n’étaient pas à la maison, mais je m’étais promis qu’un jour je ferais un métier où je pourrais avoir mon chien avec moi. C’était vraiment important.

Et donc, à 22-23 ans, quand on a eu notre chez nous en montagne avec Justine, sachant qu’elle aussi avait eu un chien plus jeune, ça a été une évidence. Et il fallait que ce soit un chien actif, parce que je faisais déjà du trail, et même si ce n’était pas encore à haut niveau, je voulais que ça soit mon animal de compagnie en partenaire.

ARTHUR JOYEUX-BOUILLON ET NASKA
ARTHUR JOYEUX-BOUILLON ET NASKA

Donc un chien robuste, capable de courir…

Arthur Joyeux-Bouillon : Voilà ! Un chien de montagne, qui allait aimer courir sans que je lui dise « viens avec moi » et qui au bout de deux ou trois ans en aurait eu marre. Donc c’était un husky ou alors un border collie. Le berger australien est un peu plus calme, donc on avait mis ça de côté. Et on a eu cette chance de rencontrer une petite boule de poils dans la station de ski où on vivait. Je pense que les étoiles se sont alignées. Un mélange entre un border collie et un husky, seul de sa portée, pas de frère ni de sœur. Les propriétaires n’étaient pas intéressés par l’argent, ils voulaient choisir sur dossier car il fallait que ce soit un couple de sportifs pour que le chien puisse s’évader dehors.

Tu partages pas mal de vidéos avec Naska sur les réseaux sociaux, et on peut voir que vous skiez ensemble, toi avec elle sur tes épaules. Comment c’est venu, ça ?

Arthur Joyeux-Bouillon : Je crois que c’est la question que je reçois le plus sur mes réseaux sociaux ! L’histoire, c’est qu’on l’a eue en station de ski à La Rosière et je m’entendais très bien avec les pisteurs secouristes qui ont un chien d’avalanche, un border collie. Avant qu’on ait Naska, le maître-chien m’avait dit « Si tu prends un chien et que tu veux skier avec lui, fais attention car en descente leurs articulations s’abiment aux épaules. » Et comme on peut descendre à 60 à l’heure facilement et qu’ils nous suivent…

Quand j’ai eu Naska, je me suis dit que j’allais faire comme lui et descendre avec elle sur les épaules. Et donc il m’a appris : « Tu prends les pattes comme ça, tu fais un squat, tu la mets sur les épaules… » Et il m’a surtout conseillé de m’entraîner chez moi avant ses 6 mois – un an, parce que c’est comme un enfant, il ne va pas avoir d’appréhension et ça va devenir un automatisme. J’ai commencé le soir, à la maison, elle avait peut-être 4 mois et hop, je la prenais sur mon dos et je me promenais dans l’appartement.

Et elle n’a jamais cherché à descendre ?

Arthur Joyeux-Bouillon : Au début elle n’aimait pas forcément, elle bougeait, mais elle n’a jamais essayé de partir de mon dos. Maintenant, quand je descends à skis, je peux la lâcher, je ne lui tiens plus les pattes. Je lui tiens juste pour les vidéos, pour montrer aux gens que ça peut être dangereux si on ne tient pas son animal, mais je sais qu’on a une confiance absolue l’un envers l’autre.

Tu skies avec elle, et surtout tu cours avec elle. Tu l’appelles ton lièvre d’ailleurs. Elle fait tous les entraînements avec toi ?

Arthur Joyeux-Bouillon : Non, et je me force parce qu’elle a 7 ans et que maintenant je dois fractionner un peu les sorties et lui laisser un peu plus de temps de repos. Mais quand je vais m’entraîner sans elle, je le dis quasiment à chaque fois à Justine, c’est moins bien que quand elle est avec moi. Quand on est tous les deux, on est bien dans cette simplicité. Je lui parle, elle ne me répond pas forcément mais elle m’écoute, et du coup j’ai un moyen de partage de cette passion en permanence.

Et tu as l’impression que votre lien aujourd’hui est plus fort parce que vous partagez ça ?

Arthur Joyeux-Bouillon : Ah oui, c’est sûr ! Je pense que c’est celle qui, entre guillemets, me connaît le mieux parce que c’est celle avec qui j’ai passé le plus de temps ces sept dernières années, et dans des conditions parfois très difficiles. On s’est pris des orages monstrueux en montagne. Je me souviens par exemple d’une nuit où j’étais parti courir à minuit pour m’entraîner pour l’UTMB et à 2h du matin, on était au sommet à quasi 3000 mètres d’altitude et il y a eu des éclairs de chaleur de partout autour de nous. Et là, elle s’est assise à côté de moi et on a regardé tous les deux ce qui se passait autour. Je crois que c’est un des plus beaux souvenirs que j’ai avec elle, et il n’y a que nous deux qui auront ce souvenir-là. C’était magique.

Quel conseil donnerais-tu aujourd’hui aux gens qui rêvent comme toi de partager une activité physique avec leur chien, que ce soit du trail ou autre chose ?

Arthur Joyeux-Bouillon : Déjà, je pense qu’avant d’avoir un animal, il faut aimer les animaux. Avoir cette envie de partager quelque chose, et pas juste se dire « j’en ai marre de m’entraîner tout seul ou d’être tout seul dans la vie, je vais prendre un animal ». Non, c’est vraiment avoir envie de vivre une relation. Et après, toujours avoir en tête cette notion de progressivité, parce que les animaux n’ont pas de notion de fatigue, ils ont pas de notion de « trop ». C’est donc à nous de leur inculquer ça.

J’en vois qui font déjà des trails avec leur chien qui a 6 mois ! Moi, Naska, à 6 mois, elle ne faisait rien, ou alors que la montée. Elle n’a pas pris d’escalier jusqu’à ses 6 mois, on la descendait dans les bras, avec Justine, c’est hyper important pour les articulations. C’est une sorte de pyramide. On monte progressivement en étant toujours à l’écoute de l’animal, enfin, pas forcément à l’écoute parce qu’il ne dira jamais rien, mais en le regardant car il montrera par des signes. Il ne viendra pas râler, donc il faut être attentif à ces fameux signes.

Justement, sachant que par essence le chien est très dévoué et qu’il est capable d’aller au bout du bout de lui-même par fidélité, comment fixes-tu les limites avec Naska ? Est-ce qu’il y a des entraînements spécifiques où tu ne l’emmènes pas pour la protéger ?

Arthur Joyeux-Bouillon : Pour moi, il y a 2 types de sorties. Les sorties où je fais du fractionné spécifique sur du plat – j’en fais très peu, mais il y en a quand même -, je ne l’ai jamais prise, parce que je sais qu’elle ne va pas prendre plaisir sur des berges de bitume où en plus je cours un peu trop vite pour qu’elle puisse s’arrêter devant moi, renifler et repartir. J’ai donc décidé que ce serait son jour de repos. Alors c’est très dur parce qu’elle me regarde avec des yeux, on dirait que je ne l’ai jamais emmenée de ma vie. (Rires.) Pourquoi tu ne m’emmènes pas papa ? Alors je lui dis c’est pour ton bien, repose-toi, on ira demain.

Et il y a donc les sorties montagne trail où j’ai beaucoup de chance, parce que ce croisement husky border collie, c’est le 4×4 des chiens, c’est hyper robuste et je n’ai jamais eu de soucis de blessure par exemple. Par contre, il s’est créé quelque chose qui n’est je pense pas lié à moi, mais qu’elle a elle-même automatisé, c’est qu’elle arrive à s’écouter. C’est-à-dire que si moi, au bout d’un moment, je vais trop vite pour elle, elle ne va plus me suivre, elle va se mettre 200 mètres derrière, elle va laisser un peu de distance, prendre son rythme. Et là, je me retourne, je lui dis OK, je ralentis et on finit ensemble…


Retrouvez toute l’interview d’Arthur, où il parle notamment de ce que Naska lui a appris en tant que sportif, et du lien entre son fils et sa chienne, sur le podcast L’Animal au Cœur de Laura Trompette, disponible sur Spotify, Deezer et Apple Podcasts, ainsi que des vidéos d’Arthur et Naska sur l’instagram @lanimalaucoeur

COVER PODCAST(1)
COVER PODCAST(1)
Les derniers articles

Il est de tradition d’écrire des comptes rendus de courses de façon neutre, sans prendre parti. Sauf lorsque l’on y a participé. C’est le cas de ce récit, un témoignage de l’aventure vosgienne vécue par Cécile Bertin, qui depuis longtemps était tentée par cette expérience. Un Trail des Hautes Vosges aussi séduisant qu’un bonbon…

Trail des Hautes Vosges : une réputation d’excellence

Cela fait des années que je voulais aller courir dans les Vosges. Moi qui cours littéralement le monde, c’est un fait : si j’ai beaucoup couru en France à mes débuts, j’ai, pour mon travail de journaliste, été envoyée à l’autre bout du monde plutôt qu’à l’autre bout de notre beau pays. Aussi, lorsque j’ai évoqué mon envie d’aller courir le Trail des Hautes Vosges sur mes réseaux sociaux, j’ai été agréablement surprise de recevoir plein de messages qui disaient tous la même chose : « Tu vas adorer, l’organisation est incroyable ! »

Est-ce que c’est parce qu’à la tête du club, le Cahm Athlé qui se cache derrière la course, il y a une femme, Nathalie Humbert ? Allez savoir ! Mais force est de constater que, plus que le parcours, tous les anciens participants mettaient en avant les humains qui font de cette épreuve une pépite. J’avais donc hâte de découvrir et de faire connaissance avec les désormais célèbres « gilets bleus ». Rétrospectivement, en écrivant ces lignes, je m’aperçois que même si j’imagine que le choix de la couleur est lié à la fameuse ligne bleue des Vosges, j’ai oublié de vérifier cette info. Il faudra que j’y retourne pour avoir la réponse à ma question !

2 Photo Jérémy Lambert
Photo Jérémy Lambert

Trail des Hautes Vosges : un départ « dré dans l’pentu »

Dimanche 1er mars, je rejoins donc le village du Ménil, qui depuis trois ans maintenant est le lieu de départ des courses. Qu’il fait bon retrouver ces salles polyvalentes plantées à côté des stades de foot qui sentent le café parce qu’il est offert aux participants en attendant le départ. Dans le sac coureur, une paire de chaussettes de la célèbre marque vosgienne « Bleu Forêt » et une bouteille de « Bubulle à Bubu », une boisson pétillante à la myrtille ou, comme on dit là-bas, au bluet des Vosges.

Je suis un peu inquiète du nombre de toilettes disponible, tellement inférieur à ce que je peux voir aux USA. Mais pas de panique, en quelques minutes, mon pipi de la peur est soulagé, première preuve que l’orga sait ce qu’elle fait. Quelques minutes avant le départ de mon 30 km, les dernières infos pour le briefing sont données.

Et puis c’est enfin le moment d’y aller. Pas vraiment le temps de s’échauffer, on quitte le village pour très vite grimper dans la forêt. À ce propos, si votre idée est de performer, pensez à faire monter le cardio avant le départ pour éviter de vous retrouver avec le cœur qui tape fort dans la poitrine à peine le premier kilomètre avalé !

Trail des Hautes Vosges : un 30 km vu de l’arrière

C’est parti pour une superbe balade dans la montagne vosgienne. Je décide de laisser partir le peloton et me cale aux côtés des deux serre-files de la course, j’ai nommé Cécile et Yannis. Qu’ils soient ici officiellement remerciés de leur bienveillance et de leur gentillesse de chaque instant ! Parce que oui, quoi de mieux pour tester une course que de voir comment les derniers sont « traités » ? J’ai souvent constaté, hélas, que des organisations qui pourtant ont plutôt bonne réputation ont tendance à oublier qu’il y a des derniers, et qu’ils sont ceux qui ont justement le plus besoin qu’on prenne soin d’eux.

Autre intérêt pour moi de faire ce choix, plus « professionnel » celui-là : j’ai eu la chance de suivre un jour les « fermeurs » de l’UTMB sur le dernier tronçon (article à découvrir chez nos amis de Jogging International ici). J’avais envie cette fois de suivre la fin de course d’une distance plus raisonnable, où on ne risquait pas d’avoir à gérer des hallucinations. Et force est de constater que si l’organisation du trail est à la hauteur, les traileurs vosgiens le sont aussi. À part une entorse, aucun autre blessé à prendre en charge. Mieux, avec mes deux compagnons de route, nous n’arriverons jamais à rattraper le ou la dernier(e), trop occupés, il faut bien l’avouer, à admirer les paysages qui nous entourent.

3 Photo Jérémy Lambert
Photo Jérémy Lambert

Trail des Hautes Vosges : un parcours à la hauteur

Le parcours de ce 30 km est vraiment très bien conçu : du dénivelé façon « dré dans l’pentu », tempéré par un plus doux et rond comme les montagnes qui nous entourent. Avec en point d’orgue des points de vue superbes sur le Ballon d’Alsace que l’on aperçoit en fond d’écran. Et surtout de la forêt mousseuse à souhait qui te donne l’impression d’être dans Le Seigneur des Anneaux. Niveau terrain, de la boue mais pas trop, et de l’eau mais pas trop non plus pour presque réussir à garder les pieds au sec si tu acceptes de quitter la trace quelques instants.

Quant aux ravitaillements, ils sont très bien pourvus et hyper variés, même pour les derniers, avec entre autres le fameux et délicieux pain des sportifs de la Boulangerie Pinot, partenaire de la course. Charcuterie, chips et m&m’s à volonté, sans oublier les popcorns de chez Popcorngourmand, une nouveauté de l’année que j’ai adorée et qui, eux aussi, viennent d’un fabricant local, c’est important de le préciser. Côté hydratation, en plus de la célèbre boisson goû cola, on trouve aussi du sirop de citron et de menthe, ce qui est là aussi une excellente idée pour les organismes barbouillés en manque de sucre.

Trail des Hautes Vosges : des barrières horaires adaptées

Pour la question des barrières horaires du 30 km, qui inquiètent souvent les personnes qui débutent, il y en a 2, une pour chaque ravitaillement. Elles sont confortables, donc aucune raison de paniquer. En étant avec les serre-files, avec plusieurs arrêts et en marchant la plupart du temps pour ne pas rater un coureur qui se serait éloigné de la trace, nous les avons passées, la dernière à 5 minutes précisément.

Attention tout de même pour le dernier tronçon, c’est le seul où il ne s’agit pas de lambiner, car vous risqueriez de rater le temps maximum autorisé sur la ligne d’arrivée, ce qui serait tout de même très dommage. Les derniers kilomètres sont en grande partie descendants, très peu techniques par temps sec, alors pensez juste à bien vous alimenter au dernier ravitaillement et « foncez » pour passer fièrement la ligne d’arrivée qui n’attend que vous !

4 Photo Jérémy Lambert
Photo Jérémy Lambert

Trail des Hautes Vosges : 3 distances à découvrir

Vous l’aurez compris, je me suis régalée de bout en bout. Et, j’avoue, j’ai une furieuse envie de revenir prochainement pour, qui sait, aller voir ce nouveau 42 km. Plus qu’une course, ce Trail des Hautes Vosges est aussi et surtout un incroyable moment de convivialité grâce à une équipe qui sait tout mettre en œuvre pour que les traileurs découvrent les chemins mais surtout l’accueil « à la vosgienne ».

Bon à savoir : les trois distances cette année étaient un 14 km (600m D+), un 30 km (1 250m D+) et, pour la première fois, un 42 km qui cumule 1 800m de D+. Le 14 km est accessible dès 18 ans, idéal pour découvrir le format trail dans un décor naturel.

Trail des Hautes Vosges : et on dort où ?

Question logement : l’hôtel les Sapins est le plus proche de la ligne de départ. Il y a de nombreuses locations saisonnières à retrouver sur le site de l’Office du Tourisme, parfait pour organiser son séjour puisque, quitte à venir dans les Vosges, autant en profiter pour faire un peu de tourisme vert.

Pour ma part, j’ai séjourné Domaine de Champé un camping 5 étoiles, situé à 15 petites minutes en voiture du départ. L’établissement est partenaire de la course et offre donc un tarif spécial pour le week-end incluant la demi-pension et même un système de navette ultra pratique pour permettre aux familles de ne pas avoir forcément à se lever tôt le matin pour accompagner son ou sa champion(ne).

Ils proposent également un last checking pour pouvoir repasser tranquillement se doucher et pourquoi pas profiter de leur spa (là aussi, tarif spécial pour les traileurs) avant de rentrer chez soi ou de dîner à leur nouvelle table, « Chez Jean Mi », qui vient d’ouvrir et qui est vraiment à découvrir.

L’info en +

L’expression « ligne bleue des Vosges » est apparue dans le testament de Jules Ferry qui, maire de Paris en 1871, mais surtout député des Vosges, demandait à être enterré dans sa ville natale de Saint-Dié-des-Vosges : « Je désire reposer dans la même tombe que mon père et ma sœur, en face de cette ligne bleue des Vosges d’où monte jusqu’à mon cœur fidèle la plainte touchante des vaincus. » Les stigmates de la Guerre de 1870 étant encore très présents dans le cœur de tous les Lorrains avec cette nouvelle frontière sur la ligne de crête vosgienne, qui laisse l’Alsace et une partie de la Lorraine au voisin allemand, cette expression est devenue « virale ».

Une autre explication, plus scientifique et un peu moins poétique, fait référence à l’expulsion d’aérosols par les arbres tels que l’isoprène qui, de la même façon du côté des Appalaches aux USA ou en Australie avec les fameuses « Blue Mountains », donne le sentiment qu’un halo bleu surplombe les sommets.

Les derniers articles

Certains sont obligés de vivre plus vite que les autres. Parce qu’on ne leur a pas laissé le choix. Manu Tara Caballero fait partie de ces gens que la maladie n’a pas épargné. Cancer généralisé, espérance de vie très réduite, chaque jour de plus est un cadeau. Alors il les prend, les cadeaux ! Et c’est dans le monde du trail, en tant que bénévole sur des épreuves aux quatre coins de la planète, qu’il trouve un équilibre et oublie un peu l’épée suspendue au-dessus de sa tête… Entretien sans tabous lors de l’UTMB Mont-Blanc.

Manu Tara, ce n’est pas un prénom commun…

Manu Tara Caballero : Je le dois à ma grand-mère, elle était originaire de l’île de Pâques, où Manutara est le nom de l’oiseau sacré. C’est aussi le nom qui a été donné au premier avion qui s’est posé là-bas en 1967, parce que les habitants de l’île, en tant que territoire totalement isolé à 3000 km de n’importe quelle autre terre, n’avaient jamais vu un avion de leur vie. Et comme ça volait, ils l’ont appelé le Manutara…

Mais toi, des ailes, la vie ne t’en a pas vraiment donné. Raconte…

Manu Tara Caballero : Oh non, pas du tout. Pour me présenter, j’ai 41 ans, j’ai fait mes études à Bordeaux et à Lyon en étant saisonnier l’été sur les plages avec les pompiers de Gironde et l’hiver dans les Alpes en tant que réceptionniste à Val d’Isère. J’ai ensuite réussi mon concours et je suis devenu pompier professionnel. Cela fait un peu plus de 20 ans maintenant. Et puis en 2022, pendant les feux de forêt en Gironde, la moitié de mon secteur d’intervention a brûlé. J’étais dans une petite caserne forestière et pendant que je me battais sur les feux, j’ai une boule qui a grossi dans le cou. Une boule indolore, mobile, qui ne m’a pas inquiétée au début, mais qui grossissait et a nécessité d’autres examens.

Et puis le 5 décembre 2022, mon médecin traitant a eu le résultat de la biopsie : c’était un cancer, en stade 3C, c’est-à-dire l’avant-dernier stade, très avancé. On m’a immédiatement prescrit un traitement d’immunothérapie, puis j’ai rapidement été opéré pour retirer une tumeur de la taille d’un œuf, et en mars 2023, on m’a annoncé que j’étais en rémission totale. Et puis en juin, le cancer est revenu. J’ai eu une deuxième opération, puis une troisième, et aujourd’hui, j’ai un cancer généralisé : sur le cœur, les poumons, un peu partout quoi.

Manu-Tara Atacama
L’ultra-trail comme bouffée d’oxygène. Photo DR

As-tu une idée de ton espérance de vie ?

Manu Tara Caballero : Plus ou moins, oui. Il y a 10 ans, les traitements d’immunothérapie n’existaient pas et l’espérance de vie était de 6 à 8 mois. Aujourd’hui, grâce aux nouveaux traitements, pour ce que j’ai et au stade auquel j’ai été détecté, les médecins donnent une durée médiane de survie de 2 ans et demi.

Et on t’a détecté il y a… un peu plus de 2 ans et demi…

Manu Tara Caballero : Voilà. Donc aujourd’hui, chaque journée passée, c’est que du bénef. C’est un peu dur à entendre, mais c’est mon quotidien, ma réalité. J’ai 5 psychologues qui me suivent, celui de l’hôpital que je vois de temps en temps, celui du boulot que je vois aussi de temps en temps, j’ai 2 psys de la Ligue contre le cancer et mon psy libéral, que je le vois toutes les 3 semaines.

Cette année, on t’a vu au Chili avec Racing The Planet, au Pays de Galles avec le Snowdonia by UTMB, et là sur l’UTMB Mont-Blanc. Comment te retrouves-tu bénévole sur les plus grandes épreuves de trail du monde ?

Manu Tara Caballero : En fait, j’étais en arrêt de travail forcé, je demandais tous les 3 mois mais on m’avait interdit de reprendre, et c’est mon kiné, qui venait de terminer le marathon des Sables, qui m’a suggéré d’encadrer de l’ultra-trail, il trouvait que ça pouvait totalement me correspondre. Moi, je faisais du triathlon, j’avais réussi à faire des podiums sur des petites courses, j’avais déjà couru des marathons et des trails, mais jamais d’ultra-trail. J’ai envoyé ma candidature aux organisateurs du MDS et ils m’ont directement pris en septembre 2024 pour faire Fuerteventura en tant que « gilet bleu ».

Et là, j’ai découvert l’univers de l’ultra, et c’était juste « waouh », je n’ai plus eu qu’une envie : faire ça tous les jours. Ensuite, je suis parti faire bénévole sur le Snowdonia by UTMB au Pays de Galles, puis au Chili pour la traversée du désert d’Atacama avec Racing the Planet. C’était dingue, et là, ils m’ont proposé de retourner avec eux pour la traversée du désert de Gobi en Mongolie en juin 2026, et en 2027, si mon état de santé le permet, pour faire The Last Desert en Antarctique. Ça, ce serait énorme…

atacama crossing
Manu-Tara dans le désert d’Atacama lors de l’Atacama Crossing 2025. Photo DR

Comment te débrouilles-tu financièrement ? Tout est pris en charge par les organisateurs ?

Manu Tara Caballero : Ça dépend des organismes. En France, ils prennent quand même pas mal en charge. Par exemple à Chamonix, en tant que bénévole, je suis remboursé d’une partie de mes frais de déplacement, plus de la moitié, et je suis logé et blanchi, donc ça va. Pour le Marathon des Sables, qui est aussi une organisation française, ils nous prennent par la main à Paris et ils payent tout, donc c’est aussi très facile. Par contre, quand je suis avec des organismes internationaux, je dois payer tout ou partie, parfois même ma bouffe pendant les courses. Le Chili par exemple, ça m’a coûté 3000 €.

Mais il faut relativiser, c’est le prix d’une aventure extraordinaire. Je ne cours pas la traversée du désert d’Atacama, mais je la fais quand même et c’est ultra grisant ! Je ne peux plus porter un dossard, je ne pourrai sûrement plus jamais en porter, mais je vis ces aventures-là par procuration, dans le partage, et en fait c’est ça mon kiff aujourd’hui. Bon, après, j’avoue, ma femme n’est pas très contente que je dépense entre 5 et 10 000 € de voyages par an, mais c’est pour ma survie, pour mon bien-être. J’en ai besoin.

Bénévole lors du Snowdonia by UTMB 2025. Photo DR

Entre UTMB Mont-Blanc et Marathon des Sables, tu choisis quoi ?

Manu Tara Caballero : MDS, sans hésiter. Je préfère largement les épreuves par étapes dans le désert en déplaçant le bivouac chaque jour aux épreuves qui ne durent qu’une journée parce que sur une journée, je n’ai pas le temps de discuter avec les coureurs alors que quand tu es sur le bivouac, que tu te lèves avec eux, que tu les aides au petit déj et que tu les couches, tu vis le truc 10 fois plus fort. Et ils sont très accessibles dans ces moments-là, c’est ça qui est génial.

Que peut-on te souhaiter pour 2026 ?

Manu Tara Caballero : De continuer à encadrer de l’ultra ! Et que mon projet Cœur de Sable d’engager une équipe de sapeurs-pompiers de Gironde pour faire le Marathon des Sables Maroc en octobre et récolter des fonds pour la recherche contre le cancer soit un succès. Si les planètes s’alignent, je devrais réussir à avoir un team de 5 sapeurs-pompiers, avec en plus un coach, un kiné et une célébrité – que je n’ai pas encore trouvée. Je monte ça avec l’association Les Foulées de l’Espérance, et j’ai déjà un partenaire majeur pour aider au financement.

Dans l’histoire, si mon état de santé le permet, je servirai de chauffeur au journaliste de Canal+ qui nous suivra, sauf si, par miracle, j’arrive à remettre un dossard, mais je n’y crois pas trop. Et dans la foulée, en 2027, j’imagine déjà renouveler l’expérience, mais cette fois-ci avec un team de sapeurs-pompiers venus de France entière…

Retrouvez la collecte Cœur de Sable ici

Le moral ?

Manu Tara Caballero : Il y a des hauts et des bas, bien sûr. Mon état de s’améliore pas, donc je dois apprendre à faire avec les douleurs, trouver les parades. Mais tant que je pourrai continuer à évoluer dans le milieu du sport et de l’ultra, ça ira. Depuis 3 ans, j’ai découvert ce que voulait dire « profiter de l’instant présent », chose que je ne savais pas avant.

Et en fait, ici et maintenant, tout va bien. Je te parle, je regarde le glacier qui est juste derrière, c’est juste magnifique, j’ai de la chance. Je suis ultra chanceux. Si je n’avais pas eu cette maladie, je serais toujours le pompier lambda. Aujourd’hui, le cancer m’offre une espérance de vie réduite, mais ce qu’il me reste à vivre, je le vis trois fois plus vite qu’avant. C’est incroyable tout le bien que ça m’a apporté quand même. Et demain, c’est demain.

Cette interview est parue dans le magazine Esprit Trail N°146 daté décembre 2025-janvier 2026.
Commandez-le en version print ou numérique ICI

COVER ET 146
Esprit Trail N°146
Les derniers articles

Le Belge Joachim Lefèvre rêvait d’établir un chrono qui marquerait les esprits sur l’HexaTrek, la grande traversée de la France par ses montagnes sur un itinéraire de 3 035 km et 147 000 m de D+ reliant les Vosges aux Pyrénées en passant par les Alpes et les Cévennes. Pour se prouver – et prouver aux autres – qu’il était « capable ». Pour cela, il a tout quitté, appart, boulot, confort. Mais au fil des jours, son raid solitaire s’est transformé en quelque chose de plus profond. Une odyssée, comme une transformation.

Joachim Lefèvre, un habitué des longues distances

Joachim Lefèvre n’est pas lancé dans l’aventure sans expérience. Il avait déjà marqué les esprits en terminant en 2022 la SwissPeaks 360 et en remportant en avril 2025 la première édition de la No Finish Line Bruxelles, une course solidaire de 5 jours et 4 nuits durant laquelle il avait parcouru 350 km. Mais l’HexaTrek est un défi d’une autre dimension : plus de 3 000 kilomètres et 145 000m D+ à parcourir en solitaire, en enchaînant chaque jour des étapes extrêmes, avec un équipement ultra-léger et une préparation mentale hors norme, pour franchir les cols alpins, suivre des sentiers escarpés et traverser des orages d’été.

L’HexaTrek, de la performance à la patience

Parti le 15 juin, Joachim Lefèvre est arrivé le 10 septembre 2025, après 82 jours d’effort. Il avait prévu d’être un peu plus rapide, mais la canicule de l’été a contrarié un meilleur chrono. Et, surtout, a transformé ce qu’il réduisait initialement à un exploit sportif en une véritable école de patience, de résilience et de lâcher-prise. Car au cours de son HexaTrek, chaque imprévu, chaque douleur, chaque rencontre l’a façonné, jusqu’à faire de lui non seulement un finisher, mais aussi et surtout un aventurier plus ancré, plus humain.

Lacs HexaTrek
L’HexaTrek est un long parcours de toute beauté.

Comment t’es venue l’idée de te lancer dans une telle entreprise ?

Joachim Lefevre : En tant que passionné d’ultra-distance, j’ai toujours eu dans ma tête un rêve de grande traversée, et l’HexaTrek, cette trace toute jeune, qui n’avait que 3 ans, m’a tout de suite attirée. En plus, il se trouve que dans ma vie personnelle, j’ai eu un « petit » changement – une séparation – qui a fait que j’ai dû remettre tout en place, recréer un nouvel équilibre. Habitant avant à Liège, je suis revenu à Bruxelles, j’ai pris une colocation, avec un travail dans la police, une voiture, beaucoup d’entraînement en course à pied, bref je me suis retrouvé dans une vie bien stable. Alors je me suis dit que j’allais tout lâcher pour vivre cette aventure de l’HexaTrek, étant donné que ça allait me prendre quelques mois, dans le but aussi de me réorienter professionnellement par la suite.

Tout laisser derrière pour repartir de l’avant, c’est une sorte de quête de soi-même. As-tu, pendant cette traversée, trouvé des réponses ?

Joachim Lefevre : Il y avait surtout une question dont je cherchais la réponse :  « La suite, c’est quoi ? » Cette recherche d’un nouveau sens commence par une réorientation professionnelle, pour trouver quelque chose plus proche de ce que me donne cet HexaTrek, c’est-à-dire une certaine forme de légitimité dans le monde de la randonnée, de l’ultra-trail, de la longue distance…

Joachim Lefèvre HexaTrek 1
Joachim Lefèvre sur les sentiers de l’HexaTrek.

Finisher de la Swiss Peaks 360 en 2022, tu as déjà une certaine légitimité. Ce n’était pas suffisant à tes yeux ?

Joachim Lefevre : Je pense que j’ai toujours eu du mal à ressentir une certaine forme de fierté par rapport à tout ce que j’ai réalisé. L’impression du « c’est pas assez », qui me faisait dire qu’il fallait que je fasse plus. Et maintenant, après cette aventure que j’ai vécue, même si je ne l’ai pas réalisée dans le temps que je voulais, j’arrive enfin à être fier de ce que j’ai réalisé. Du coup, j’ai l’impression d’avoir beaucoup plus de légitimité.

Le fait de ne pas être, en termes de performance, là où tu l’attendais, c’est quelque chose que tu as du mal à digérer ?

Joachim Lefevre : Aujourd’hui, non, pas du tout. Ça a été un deuil à faire durant l’aventure. En fait, je visais à peu près 55 jours, mais il y avait certaines dimensions que je n’avais pas prises en compte. La canicule, bien sûr, mais aussi le « pourquoi cette aventure ? ». Pour te donner un exemple, un jour, j’étais encore dans les Vosges, je suis arrivé à proximité d’un point de vue, et au niveau de la route qui y menait, était indiqué 20 minutes pour y aller.

En général, les temps, je les divisais par deux. Donc ça faisait 10 minutes aller, 10 minutes retour, puis 5 minutes éventuellement sur place, soit 25 minutes. Et dans ma tête, par rapport à mon timing de la journée, je me suis dit : « Ah ouais, si je vais jusque là-bas, je perds du temps sur ma route, donc ça fait 2,5 km en moins sur le trajet. » Et immédiatement après, je me suis engueulé en me disant : « Tu vis l’aventure d’une vie. C’est intolérable de penser comme ça, de vouloir que ça soit fait vite vite à ce point-là ! » Et j’ai changé mon fusil d’épaule, ce que j’appelle un changement de mindset.

Petit détail : quand tu dis « je visais 55 jours », c’est parce qu’il y a un FKT à 56 jours ?

Joachim Lefevre : Non, pas spécialement, parce qu’il y a plein de choses qui ne sont pas référencées. Il y a un gars, il n’y a pas longtemps, qui l’a fait en 43 jours, mais avec une assistance et un sac de trail. Moi, mon idée, c’était de le faire le plus rapidement avec un sac à dos, sans assistance, en faisant aussi pas mal de vidéos où je me filme en scène, où j’explique ce que je vis, dans l’idée de faire un documentaire qui s’intitulera « Et après ? ». Puis il y a eu aussi toutes les rencontres que j’ai faites…

Initialement, tu avais posé un cadenceur quotidien, avec une heure de départ, des pauses, des durées de sommeil ?

Joachim Lefevre : Je m’étais mis un objectif d’à peu près 40 km par jour, même si évidemment le terrain change en fonction des journées. Je me levais en général entre 6 et 7 h du matin, mais il faut savoir que le matin, pour moi, c’est très très dur. Sortir de la tente et se mettre en route, quel combat !

Je m’étais mis une deadline ultime, 9 h du matin. Mais quand je partais à 9 heures, ça avait une influence sur mon mood de la journée, où je culpabilisais en me disant qu’à midi je n’aurais pas encore fait mes 20 premiers kilomètres de la journée. Je comptais vraiment sur le fait d’arriver à découper ma journée en deux, 20 km le matin, 20 l’après-midi, en prenant le temps de faire une pause. Question sommeil, je n’y ai pas vraiment réfléchi, je faisais en sorte d’être satisfait de ma journée — même s’il y a des jours où je l’ai pas été.

Nuits sous tente ou en refuge ?

Joachim Lefevre : Un peu des deux, mais principalement sous la tente. Comme je n’avais rien organisé, chaque jour j’arrivais dans un refuge et s’il y avait de la place, bah tant mieux, et s’il n’y en avait pas, je restais dehors. J’ai été quelque fois en contact avec des gens qui passaient des coups de téléphone pour savoir s’il y avait de la place pour eux le soir. Moi, à chaque fois, je me suis débrouillé, j’ai toujours trouvé des solutions. Bon, c’est vrai aussi qu’il m’est arrivé, un soir, de devoir dormir dans les toilettes d’un gîte, parce qu’il n’y avait plus de place et qu’il tombait des trombes d’eau dehors… Mais c’était une solution.

Sur tes 82 jours, tu as rencontré des conditions météo assez extrêmes, avec de la pluie, de la boue, la canicule…

Joachim Lefevre : J’ai eu deux fois la canicule ! Quand j’étais dans les Vosges et quand j’étais dans le sud du Massif central, avant et après Carcassonne, là où il y a eu les incendies. Quand j’étais du côté du massif du Mont-Blanc, j’ai eu de la grêle. J’ai aussi eu de la neige, et j’ai dormi deux nuits avec des températures négatives, à tel point que l’intérieur de ma tente était gelé. J’ai aussi eu des grosses périodes de pluie, 3 ou 4 jours non-stop dans les Pyrénées, juste après une canicule avec des pointes à 43°C. Marcher dans ces conditions, c’était très compliqué.

HexaTrek
Passage dans la neige dans les Alpes.

L’eau, sur l’HexaTrek, c’est une difficulté ?

Joachim Lefevre : Déjà, ça se gère en ayant des contenants sur soi. Ensuite, c’est extrêmement important de regarder la météo, de savoir quelle température il va faire, et de planifier ses points d’eau. Un jour, alors que je venais de quitter Carcassonne où il faisait 43°C, j’ai dû quitter le sentier parce que je me suis vraiment senti mourir. J’étais sur une portion de tracé de 20 km sur un terrain très technique, rocailleux, très sec, avec beaucoup de ronces, et après environ 6 km, je n’ai plus eu d’eau, j’avais bu mes 2 litres. J’ai fini par trouver quelqu’un qui m’a ouvert sa porte pour me donner de l’eau, ça m’a sauvé.

Parce qu’il faut aussi dire que j’ai un souci d’hydratation — biologique : je ne ressens pas la soif, ou très peu. J’ai d’ailleurs souffert plusieurs fois de déshydratation, avec des urines couleur « Coca-Cola », ça m’a obligé à freiner le pas. Mais même en ayant en permanence des contenants pour 2 à 3 litres d’eau, j’ai été souvent obligé de boire dans les ruisseaux ou des petites sources. Dans le Jura, il m’est même arrivé une fois de crever de soif et de boire dans un abreuvoir pour vaches. Mais je n’ai jamais été malade : le filtre de la gourde a fait le taf.

Cet HexaTrek a été une école de patience, un effort physique… Est-ce qu’il y a des moments où tu as douté d’aller jusqu’au bout ?

Joachim Lefevre : Je n’ai pas douté de mon mental pour aller jusqu’au bout, mais plus de mon physique, côté santé. J’ai en effet eu plusieurs pépins, dont un gros urticaire sur quasiment tout le corps avec des plaques rouges énormes qui ont commencé à arriver au niveau de la gorge, avec risque sur les voies respiratoires. Ça m’a notamment amené à faire une pause de deux jours dans un petit village des Pyrénées…

Dernière étape, les tout derniers kilomètres : qu’est-ce que tu ressens ?

Joachim Lefevre : C’est particulier. L’aventure avait été dure, et une bonne semaine et demie avant la fin, j’étais tellement allé loin que la question de l’abandon n’existait plus. Même si je m’étais tordu la cheville – et c’est arrivé de nombreuses fois -, même si j’avais eu un problème, je serais allé au bout. Du coup, une semaine avant, j’avais déjà « terminé » dans ma tête. J’ai tout de même lâché ma petite larme à Hendaye, entre fierté et émotion, mais j’étais surtout content d’avoir fini et j’avais hâte de passer à la seconde étape.

Joachim Lefèvre à l'arrivée de l'HexaTrek
Joachim Lefèvre à l’arrivée de l’HexaTrek. Objectif atteint.

Et cette seconde étape, c’est quoi ?

Joachim Lefevre : Me rapprocher du monde de l’outdoor et me développer sur les réseaux pour parler de randonnée. Ma passion, c’est la course à pied, mais la randonnée touche plus de monde. Je veux aborder plein de sujets : comment s’hydrater, comment gérer les rencontres, la nourriture, entrer plus en profondeur dans le cœur de ce qu’est la rando, la présentation de matériel, etc. J’aimerais potentiellement créer ma marque de sac à dos pour la longue distance. Et il y a aussi la réalisation du documentaire, qui va prendre du temps.

Les 3 conseils de Joachim Lefèvre pour se lancer dans l’aventure HexaTrek

1 – Le matériel. Le connaître, savoir l’utiliser en conditions. C’est extrêmement important. Et savoir optimiser aussi. Tu ne peux pas partir avec un sac de 15 ou 20 kg. Le mien en faisait 7, hors boissons.

2 – La planification/logistique. C’est une aventure qu’il faut préparer. De mon côté, comme je voulais faire un documentaire, je m’étais rapproché d’un vidéaste, j’avais fait un dossier de sponsoring pour trouver des fonds. Ça permet d’avoir une réflexion sur le déroulé, la logistique, où se faire livrer du matériel.

3 – La préparation physique et mentale. Sur du très long, il y aura beaucoup de problèmes. Il faut être prêt pour ne pas céder aux sirènes de l’abandon. Moi, je savais que j’avais un corps « en béton » sur le plan musculaire, et l’entraînement pour puisque j’ai fait plusieurs semaines avec 20 à 25 h de sport dans le cadre de ma recherche de performance. Mais quoi qu’il en soit, il faut de l’entraînement et de l’expérience préalable. Ne pas se dire « J’ai déjà fait un jour de rando et une nuit en bivouac, j’envisage l’HexaTrek ». Surtout pas !

Retrouvez Joachim Lefèvre sur Insta @badtrekidea. Parce que « les mauvaises idées apportent les meilleures histoires ».

L’HexaTrek, une aventure française

L’HexaTrek, né en 2022 et porté par une association dynamique, est une randonnée encore jeune mais déjà emblématique. Chaque année, ils sont de plus en plus nombreux à se lancer, parfois sur le parcours intégral, parfois sur tout ou partie des 6 étapes (1/ Le Grand Est, 2/ les Alpes du Nord, 3/ les Hautes Alpes, 4/ Gorges & Causses, 5/ Pyrénées Est et 6/ Pyrénées Ouest) pour goûter à ce voyage unique. À l’instar des mythiques tracés américains, tels le Pacific Crest Trail reliant la frontière mexicaine à la canadienne sur plus de 4 200 km, ou l’Appalachian Trail et ses 3 500 km, l’HexaTrek pourrait rapidement gagner ses galons de sentier de légende. D’ailleurs, les étrangers amateurs de défis démesurés ne s’y trompent pas, Américains et Australiens étant de plus en plus nombreux à venir s’y frotter.

Les derniers articles

Entre falaises, vastes plages de sable, bocages verdoyants et marais préservés, la Manche offre tout au long de l’année un immense terrain de jeu, où les éléments naturels, vent, marée, humidité ajoutent un réel défi et rendent chaque sortie différente. Ici, pas besoin de sommets pour se challenger : le relief reste accessible, mais le cadre est puissant et forge les caractères. Yannick Noël, 2ème de la Diagonale des Fous 2025, revient régulièrement se ressourcer sur ses terres d’origine. Il raconte ses coups de cœur.

La Manche, un territoire de trail ambitieux

« Là où il y a une volonté, il y a un chemin. » Ou plutôt « un sentier ». Cette citation, apocryphe, trouve un écho particulier dans ce département de l’Ouest de la France, où l’agence d’attractivité Attitude Manche a impulsé, avec le soutien des collectivités locales et dans le cadre du projet Normandie Destination Trail porté par Normandie Tourisme, une offre trail structurée et ambitieuse, accessible sur l’ensemble du territoire manchois. De cette volonté, 4 espaces trail sont nés, proposant de multiples parcours balisés, sécurisés et adaptés à tous les niveaux, du débutant au traileur confirmé.

Trail à Coutances Mer et Bocage : l’endurance au naturel

Labellisée Uni’Vert Trail, la station offre 3 circuits de 9km et 254m D+ à 27 km et 621m D+ qui alternent sections roulantes, passages techniques et sous-bois. Accessible aux débutants mais suffisamment variée pour intéresser les coureurs expérimentés, elle permet de travailler l’endurance en terrain mixte, avec des repères visuels emblématiques comme la cathédrale de Coutances en ligne de mire.

Types de terrains : prairies ouvertes, sous- bois, sections techniques

En savoir plus ICI

Photo Ibrahim Hendy
Photo Ibrahim Hendy

Trail dans le Cotentin : aventures entre mer et falaises

Avec ses falaises escarpées, ses plages sauvages et ses sentiers à travers landes et bocages, le Cotentin est un terrain de jeu à ciel ouvert. Ses 5 Stations de Trail proposent au total 30 circuits de 7 km et 100m D+ à 32 km et 530m D+ pour tous niveaux, dont un tracé noir pour traileurs confirmés. Ici, la variété des terrains — sable, rochers, chemins côtiers — impose une adaptation constante et en fait un lieu privilégié pour l’entraînement longue distance.

Types de terrains : sable, falaises, dunes, landes, bocage

En savoir plus ICI

SECTEUR 1_2019_Sciotot_la_Roche_a_Coucou_trail_2-CaptainYvon
Photo Captain Yvon

Trail à Saint-Lô Agglo : vitesse et technicité

Avec ses 9 circuits balisés proposant des parcours de 5,5 km et 83m D+ à 33 km et 631m D+, Saint-Lô Agglo offre des parcours variés, du périurbain aux Roches de Ham et leurs panoramas sur la Vire. Les différents tracés traversent un bocage dense et varié, offrant relances et changements de rythme à chaque foulée. Le secteur se distingue également par son patrimoine historique, avec la présence du cimetière allemand de Marigny, qui rappelle le passé et confère une dimension contemplative aux sorties.

Types de terrains : bocage, rivières, vallées, chemins périurbains

En savoir plus ICI

SECTEUR 3_2023_Brectouville_Roches_de_Ham-Alexis_Berg_Attitude_Manche--10- (1)
Photo Alexis Berg

Trail dans le Mortanais : entre cascades et dénivelés

Cascades, falaises, passages en forêt : le Mortainais se distingue par un dénivelé marqué et des sentiers exigeants. Les 3 circuits de 10 km et 261m D+ à 28 km et 588m D+ intègrent des sites emblématiques comme les cascades, la petite chapelle ou le pont du Diable, idéaux pour les traileurs qui souhaitent cumuler du D+ et travailler la gestion de l’effort sur des sections plus raides et techniques.

Types de terrains : sentiers forestiers, falaises, cascades, passages rocheux

En savoir plus ici

SECTEUR 4_2023_Mortain-Alexis_Berg_Attitude_Manche--11-
Photo Alexis Berg

La Manche, le territoire d’origine de Yannick Noël

Boulanger la nuit et traileur le jour, le Manchois Yannick Noël, originaire de Neuville-au-Plain, à côté de Sainte- Mère-Église, a découvert le trail à La Réunion. Installé aujourd’hui en Isère, il reste cependant fidèle à ses racines : dès qu’il revient sur ses terres, il en profite pour courir et disputer des compétitions, comme en 2024 où il a remporté le format 50K de la Barjo.

« La Manche, j’y reviens très souvent pour la famille. Je t’avoue que quand on revient 4 ou 5 jours sur le territoire et que le samedi matin il y a une compétition, j’en profite toujours, quand je peux. Ça me fait plaisir, et aux organisateurs aussi. Bien sûr, ici, ce n’est pas la montagne, c’est différent, mais les paysages sont vraiment beaux.

En aspect entraînement, c’est vraiment vallonné et à force, au bout de la course, quand tu as enchaîné 30 kilomètres, c’est dur quand même. C’est pour ça que les athlètes normands s’en sortent vraiment pas mal et commencent à se faire connaître. Il leur manque peut-être le côté longues descentes de montagne pour travailler les cuisses, mais sur la distance à plat et les montées, ils n’ont rien à envier aux montagnards ! L’année dernière, j’avais fait le 50 kilomètres de la Barjo, et cette année j’ai fait le Trail de T’Cheu Nous. C’était très beau, et en plus on finit sur la plage, mais c’était vraiment très très plat ! (Rires.) J’avais déjà fait La Bri’zeuse deux années de suite, le 30 et le 42 kilomètres. C’est chouette de se retrouver dans ces petites organisations, c’est toujours un bon moment. »

YANNICK NOEL photo IMAZ PRESS
Le Manchois Yannick Noël lors de la Diagonale des Fous 2025, où il a terminé 2ème derrière Baptiste Chassagne. Photo IMAZ PRESS

La Hague, le sentier des Douaniers, itinéraire favori de Yannick Noël

Entre falaises et vent du large, le tra prend ici un goût de liberté. Ce bou du monde manchois offre une natur sauvage et changeante, où chaque virage révèle une nouvelle lumière, une nouvelle émotion. « C’est vraiment beau. Goury par exemple, c’est magnifique ! »

Les Roches de Ham, l’itinéraire découverte conseillé par Yannick Noël

Un trail accessible et bucolique, entre rivière et bocage, où la simplicité du paysage rencontre le plaisir pur de courir. « Je n’étais jamais allé courir dans ce coin et franchement j’ai adoré. Le parcours est roulant, mais le paysage est vraiment chouette. On traverse des bois, une ferme, on longe le fleuve de la Vire… »

La Barjo, la course coup de cœur de Yannick Noël

Trail emblématique du département, La Barjo traverse les plus beaux coins du littoral manchois. Un rendez-vous à la fois sportif et humain, porté par une ambiance sincère et conviviale. « C’est une course que je fais dès que je peux revenir à cette période dans la Manche. La Barjo, c’est un vrai concentré de Manche : les falaises, les chemins côtiers et le vent. »

La Manche, terre de trail
La Manche, terre de trail
Les derniers articles