Certains sont obligés de vivre plus vite que les autres. Parce qu’on ne leur a pas laissé le choix. Manu Tara Caballero fait partie de ces gens que la maladie n’a pas épargné. Cancer généralisé, espérance de vie très réduite, chaque jour de plus est un cadeau. Alors il les prend, les cadeaux ! Et c’est dans le monde du trail, en tant que bénévole sur des épreuves aux quatre coins de la planète, qu’il trouve un équilibre et oublie un peu l’épée suspendue au-dessus de sa tête… Entretien sans tabous lors de l’UTMB Mont-Blanc.

Manu Tara, ce n’est pas un prénom commun…

Manu Tara Caballero : Je le dois à ma grand-mère, elle était originaire de l’île de Pâques, où Manutara est le nom de l’oiseau sacré. C’est aussi le nom qui a été donné au premier avion qui s’est posé là-bas en 1967, parce que les habitants de l’île, en tant que territoire totalement isolé à 3000 km de n’importe quelle autre terre, n’avaient jamais vu un avion de leur vie. Et comme ça volait, ils l’ont appelé le Manutara…

Mais toi, des ailes, la vie ne t’en a pas vraiment donné. Raconte…

Manu Tara Caballero : Oh non, pas du tout. Pour me présenter, j’ai 41 ans, j’ai fait mes études à Bordeaux et à Lyon en étant saisonnier l’été sur les plages avec les pompiers de Gironde et l’hiver dans les Alpes en tant que réceptionniste à Val d’Isère. J’ai ensuite réussi mon concours et je suis devenu pompier professionnel. Cela fait un peu plus de 20 ans maintenant. Et puis en 2022, pendant les feux de forêt en Gironde, la moitié de mon secteur d’intervention a brûlé. J’étais dans une petite caserne forestière et pendant que je me battais sur les feux, j’ai une boule qui a grossi dans le cou. Une boule indolore, mobile, qui ne m’a pas inquiétée au début, mais qui grossissait et a nécessité d’autres examens.

Et puis le 5 décembre 2022, mon médecin traitant a eu le résultat de la biopsie : c’était un cancer, en stade 3C, c’est-à-dire l’avant-dernier stade, très avancé. On m’a immédiatement prescrit un traitement d’immunothérapie, puis j’ai rapidement été opéré pour retirer une tumeur de la taille d’un œuf, et en mars 2023, on m’a annoncé que j’étais en rémission totale. Et puis en juin, le cancer est revenu. J’ai eu une deuxième opération, puis une troisième, et aujourd’hui, j’ai un cancer généralisé : sur le cœur, les poumons, un peu partout quoi.

Manu-Tara Atacama
L’ultra-trail comme bouffée d’oxygène. Photo DR

As-tu une idée de ton espérance de vie ?

Manu Tara Caballero : Plus ou moins, oui. Il y a 10 ans, les traitements d’immunothérapie n’existaient pas et l’espérance de vie était de 6 à 8 mois. Aujourd’hui, grâce aux nouveaux traitements, pour ce que j’ai et au stade auquel j’ai été détecté, les médecins donnent une durée médiane de survie de 2 ans et demi.

Et on t’a détecté il y a… un peu plus de 2 ans et demi…

Manu Tara Caballero : Voilà. Donc aujourd’hui, chaque journée passée, c’est que du bénef. C’est un peu dur à entendre, mais c’est mon quotidien, ma réalité. J’ai 5 psychologues qui me suivent, celui de l’hôpital que je vois de temps en temps, celui du boulot que je vois aussi de temps en temps, j’ai 2 psys de la Ligue contre le cancer et mon psy libéral, que je le vois toutes les 3 semaines.

Cette année, on t’a vu au Chili avec Racing The Planet, au Pays de Galles avec le Snowdonia by UTMB, et là sur l’UTMB Mont-Blanc. Comment te retrouves-tu bénévole sur les plus grandes épreuves de trail du monde ?

Manu Tara Caballero : En fait, j’étais en arrêt de travail forcé, je demandais tous les 3 mois mais on m’avait interdit de reprendre, et c’est mon kiné, qui venait de terminer le marathon des Sables, qui m’a suggéré d’encadrer de l’ultra-trail, il trouvait que ça pouvait totalement me correspondre. Moi, je faisais du triathlon, j’avais réussi à faire des podiums sur des petites courses, j’avais déjà couru des marathons et des trails, mais jamais d’ultra-trail. J’ai envoyé ma candidature aux organisateurs du MDS et ils m’ont directement pris en septembre 2024 pour faire Fuerteventura en tant que « gilet bleu ».

Et là, j’ai découvert l’univers de l’ultra, et c’était juste « waouh », je n’ai plus eu qu’une envie : faire ça tous les jours. Ensuite, je suis parti faire bénévole sur le Snowdonia by UTMB au Pays de Galles, puis au Chili pour la traversée du désert d’Atacama avec Racing the Planet. C’était dingue, et là, ils m’ont proposé de retourner avec eux pour la traversée du désert de Gobi en Mongolie en juin 2026, et en 2027, si mon état de santé le permet, pour faire The Last Desert en Antarctique. Ça, ce serait énorme…

atacama crossing
Manu-Tara dans le désert d’Atacama lors de l’Atacama Crossing 2025. Photo DR

Comment te débrouilles-tu financièrement ? Tout est pris en charge par les organisateurs ?

Manu Tara Caballero : Ça dépend des organismes. En France, ils prennent quand même pas mal en charge. Par exemple à Chamonix, en tant que bénévole, je suis remboursé d’une partie de mes frais de déplacement, plus de la moitié, et je suis logé et blanchi, donc ça va. Pour le Marathon des Sables, qui est aussi une organisation française, ils nous prennent par la main à Paris et ils payent tout, donc c’est aussi très facile. Par contre, quand je suis avec des organismes internationaux, je dois payer tout ou partie, parfois même ma bouffe pendant les courses. Le Chili par exemple, ça m’a coûté 3000 €.

Mais il faut relativiser, c’est le prix d’une aventure extraordinaire. Je ne cours pas la traversée du désert d’Atacama, mais je la fais quand même et c’est ultra grisant ! Je ne peux plus porter un dossard, je ne pourrai sûrement plus jamais en porter, mais je vis ces aventures-là par procuration, dans le partage, et en fait c’est ça mon kiff aujourd’hui. Bon, après, j’avoue, ma femme n’est pas très contente que je dépense entre 5 et 10 000 € de voyages par an, mais c’est pour ma survie, pour mon bien-être. J’en ai besoin.

Bénévole lors du Snowdonia by UTMB 2025. Photo DR

Entre UTMB Mont-Blanc et Marathon des Sables, tu choisis quoi ?

Manu Tara Caballero : MDS, sans hésiter. Je préfère largement les épreuves par étapes dans le désert en déplaçant le bivouac chaque jour aux épreuves qui ne durent qu’une journée parce que sur une journée, je n’ai pas le temps de discuter avec les coureurs alors que quand tu es sur le bivouac, que tu te lèves avec eux, que tu les aides au petit déj et que tu les couches, tu vis le truc 10 fois plus fort. Et ils sont très accessibles dans ces moments-là, c’est ça qui est génial.

Que peut-on te souhaiter pour 2026 ?

Manu Tara Caballero : De continuer à encadrer de l’ultra ! Et que mon projet Cœur de Sable d’engager une équipe de sapeurs-pompiers de Gironde pour faire le Marathon des Sables Maroc en octobre et récolter des fonds pour la recherche contre le cancer soit un succès. Si les planètes s’alignent, je devrais réussir à avoir un team de 5 sapeurs-pompiers, avec en plus un coach, un kiné et une célébrité – que je n’ai pas encore trouvée. Je monte ça avec l’association Les Foulées de l’Espérance, et j’ai déjà un partenaire majeur pour aider au financement.

Dans l’histoire, si mon état de santé le permet, je servirai de chauffeur au journaliste de Canal+ qui nous suivra, sauf si, par miracle, j’arrive à remettre un dossard, mais je n’y crois pas trop. Et dans la foulée, en 2027, j’imagine déjà renouveler l’expérience, mais cette fois-ci avec un team de sapeurs-pompiers venus de France entière…

Retrouvez la collecte Cœur de Sable ici

Le moral ?

Manu Tara Caballero : Il y a des hauts et des bas, bien sûr. Mon état de s’améliore pas, donc je dois apprendre à faire avec les douleurs, trouver les parades. Mais tant que je pourrai continuer à évoluer dans le milieu du sport et de l’ultra, ça ira. Depuis 3 ans, j’ai découvert ce que voulait dire « profiter de l’instant présent », chose que je ne savais pas avant.

Et en fait, ici et maintenant, tout va bien. Je te parle, je regarde le glacier qui est juste derrière, c’est juste magnifique, j’ai de la chance. Je suis ultra chanceux. Si je n’avais pas eu cette maladie, je serais toujours le pompier lambda. Aujourd’hui, le cancer m’offre une espérance de vie réduite, mais ce qu’il me reste à vivre, je le vis trois fois plus vite qu’avant. C’est incroyable tout le bien que ça m’a apporté quand même. Et demain, c’est demain.

Cette interview est parue dans le magazine Esprit Trail N°146 daté décembre 2025-janvier 2026.
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COVER ET 146
Esprit Trail N°146
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Le Belge Joachim Lefèvre rêvait d’établir un chrono qui marquerait les esprits sur l’HexaTrek, la grande traversée de la France par ses montagnes sur un itinéraire de 3 035 km et 147 000 m de D+ reliant les Vosges aux Pyrénées en passant par les Alpes et les Cévennes. Pour se prouver – et prouver aux autres – qu’il était « capable ». Pour cela, il a tout quitté, appart, boulot, confort. Mais au fil des jours, son raid solitaire s’est transformé en quelque chose de plus profond. Une odyssée, comme une transformation.

Joachim Lefèvre, un habitué des longues distances

Joachim Lefèvre n’est pas lancé dans l’aventure sans expérience. Il avait déjà marqué les esprits en terminant en 2022 la SwissPeaks 360 et en remportant en avril 2025 la première édition de la No Finish Line Bruxelles, une course solidaire de 5 jours et 4 nuits durant laquelle il avait parcouru 350 km. Mais l’HexaTrek est un défi d’une autre dimension : plus de 3 000 kilomètres et 145 000m D+ à parcourir en solitaire, en enchaînant chaque jour des étapes extrêmes, avec un équipement ultra-léger et une préparation mentale hors norme, pour franchir les cols alpins, suivre des sentiers escarpés et traverser des orages d’été.

L’HexaTrek, de la performance à la patience

Parti le 15 juin, Joachim Lefèvre est arrivé le 10 septembre 2025, après 82 jours d’effort. Il avait prévu d’être un peu plus rapide, mais la canicule de l’été a contrarié un meilleur chrono. Et, surtout, a transformé ce qu’il réduisait initialement à un exploit sportif en une véritable école de patience, de résilience et de lâcher-prise. Car au cours de son HexaTrek, chaque imprévu, chaque douleur, chaque rencontre l’a façonné, jusqu’à faire de lui non seulement un finisher, mais aussi et surtout un aventurier plus ancré, plus humain.

Lacs HexaTrek
L’HexaTrek est un long parcours de toute beauté.

Comment t’es venue l’idée de te lancer dans une telle entreprise ?

Joachim Lefevre : En tant que passionné d’ultra-distance, j’ai toujours eu dans ma tête un rêve de grande traversée, et l’HexaTrek, cette trace toute jeune, qui n’avait que 3 ans, m’a tout de suite attirée. En plus, il se trouve que dans ma vie personnelle, j’ai eu un « petit » changement – une séparation – qui a fait que j’ai dû remettre tout en place, recréer un nouvel équilibre. Habitant avant à Liège, je suis revenu à Bruxelles, j’ai pris une colocation, avec un travail dans la police, une voiture, beaucoup d’entraînement en course à pied, bref je me suis retrouvé dans une vie bien stable. Alors je me suis dit que j’allais tout lâcher pour vivre cette aventure de l’HexaTrek, étant donné que ça allait me prendre quelques mois, dans le but aussi de me réorienter professionnellement par la suite.

Tout laisser derrière pour repartir de l’avant, c’est une sorte de quête de soi-même. As-tu, pendant cette traversée, trouvé des réponses ?

Joachim Lefevre : Il y avait surtout une question dont je cherchais la réponse :  « La suite, c’est quoi ? » Cette recherche d’un nouveau sens commence par une réorientation professionnelle, pour trouver quelque chose plus proche de ce que me donne cet HexaTrek, c’est-à-dire une certaine forme de légitimité dans le monde de la randonnée, de l’ultra-trail, de la longue distance…

Joachim Lefèvre HexaTrek 1
Joachim Lefèvre sur les sentiers de l’HexaTrek.

Finisher de la Swiss Peaks 360 en 2022, tu as déjà une certaine légitimité. Ce n’était pas suffisant à tes yeux ?

Joachim Lefevre : Je pense que j’ai toujours eu du mal à ressentir une certaine forme de fierté par rapport à tout ce que j’ai réalisé. L’impression du « c’est pas assez », qui me faisait dire qu’il fallait que je fasse plus. Et maintenant, après cette aventure que j’ai vécue, même si je ne l’ai pas réalisée dans le temps que je voulais, j’arrive enfin à être fier de ce que j’ai réalisé. Du coup, j’ai l’impression d’avoir beaucoup plus de légitimité.

Le fait de ne pas être, en termes de performance, là où tu l’attendais, c’est quelque chose que tu as du mal à digérer ?

Joachim Lefevre : Aujourd’hui, non, pas du tout. Ça a été un deuil à faire durant l’aventure. En fait, je visais à peu près 55 jours, mais il y avait certaines dimensions que je n’avais pas prises en compte. La canicule, bien sûr, mais aussi le « pourquoi cette aventure ? ». Pour te donner un exemple, un jour, j’étais encore dans les Vosges, je suis arrivé à proximité d’un point de vue, et au niveau de la route qui y menait, était indiqué 20 minutes pour y aller.

En général, les temps, je les divisais par deux. Donc ça faisait 10 minutes aller, 10 minutes retour, puis 5 minutes éventuellement sur place, soit 25 minutes. Et dans ma tête, par rapport à mon timing de la journée, je me suis dit : « Ah ouais, si je vais jusque là-bas, je perds du temps sur ma route, donc ça fait 2,5 km en moins sur le trajet. » Et immédiatement après, je me suis engueulé en me disant : « Tu vis l’aventure d’une vie. C’est intolérable de penser comme ça, de vouloir que ça soit fait vite vite à ce point-là ! » Et j’ai changé mon fusil d’épaule, ce que j’appelle un changement de mindset.

Petit détail : quand tu dis « je visais 55 jours », c’est parce qu’il y a un FKT à 56 jours ?

Joachim Lefevre : Non, pas spécialement, parce qu’il y a plein de choses qui ne sont pas référencées. Il y a un gars, il n’y a pas longtemps, qui l’a fait en 43 jours, mais avec une assistance et un sac de trail. Moi, mon idée, c’était de le faire le plus rapidement avec un sac à dos, sans assistance, en faisant aussi pas mal de vidéos où je me filme en scène, où j’explique ce que je vis, dans l’idée de faire un documentaire qui s’intitulera « Et après ? ». Puis il y a eu aussi toutes les rencontres que j’ai faites…

Initialement, tu avais posé un cadenceur quotidien, avec une heure de départ, des pauses, des durées de sommeil ?

Joachim Lefevre : Je m’étais mis un objectif d’à peu près 40 km par jour, même si évidemment le terrain change en fonction des journées. Je me levais en général entre 6 et 7 h du matin, mais il faut savoir que le matin, pour moi, c’est très très dur. Sortir de la tente et se mettre en route, quel combat !

Je m’étais mis une deadline ultime, 9 h du matin. Mais quand je partais à 9 heures, ça avait une influence sur mon mood de la journée, où je culpabilisais en me disant qu’à midi je n’aurais pas encore fait mes 20 premiers kilomètres de la journée. Je comptais vraiment sur le fait d’arriver à découper ma journée en deux, 20 km le matin, 20 l’après-midi, en prenant le temps de faire une pause. Question sommeil, je n’y ai pas vraiment réfléchi, je faisais en sorte d’être satisfait de ma journée — même s’il y a des jours où je l’ai pas été.

Nuits sous tente ou en refuge ?

Joachim Lefevre : Un peu des deux, mais principalement sous la tente. Comme je n’avais rien organisé, chaque jour j’arrivais dans un refuge et s’il y avait de la place, bah tant mieux, et s’il n’y en avait pas, je restais dehors. J’ai été quelque fois en contact avec des gens qui passaient des coups de téléphone pour savoir s’il y avait de la place pour eux le soir. Moi, à chaque fois, je me suis débrouillé, j’ai toujours trouvé des solutions. Bon, c’est vrai aussi qu’il m’est arrivé, un soir, de devoir dormir dans les toilettes d’un gîte, parce qu’il n’y avait plus de place et qu’il tombait des trombes d’eau dehors… Mais c’était une solution.

Sur tes 82 jours, tu as rencontré des conditions météo assez extrêmes, avec de la pluie, de la boue, la canicule…

Joachim Lefevre : J’ai eu deux fois la canicule ! Quand j’étais dans les Vosges et quand j’étais dans le sud du Massif central, avant et après Carcassonne, là où il y a eu les incendies. Quand j’étais du côté du massif du Mont-Blanc, j’ai eu de la grêle. J’ai aussi eu de la neige, et j’ai dormi deux nuits avec des températures négatives, à tel point que l’intérieur de ma tente était gelé. J’ai aussi eu des grosses périodes de pluie, 3 ou 4 jours non-stop dans les Pyrénées, juste après une canicule avec des pointes à 43°C. Marcher dans ces conditions, c’était très compliqué.

HexaTrek
Passage dans la neige dans les Alpes.

L’eau, sur l’HexaTrek, c’est une difficulté ?

Joachim Lefevre : Déjà, ça se gère en ayant des contenants sur soi. Ensuite, c’est extrêmement important de regarder la météo, de savoir quelle température il va faire, et de planifier ses points d’eau. Un jour, alors que je venais de quitter Carcassonne où il faisait 43°C, j’ai dû quitter le sentier parce que je me suis vraiment senti mourir. J’étais sur une portion de tracé de 20 km sur un terrain très technique, rocailleux, très sec, avec beaucoup de ronces, et après environ 6 km, je n’ai plus eu d’eau, j’avais bu mes 2 litres. J’ai fini par trouver quelqu’un qui m’a ouvert sa porte pour me donner de l’eau, ça m’a sauvé.

Parce qu’il faut aussi dire que j’ai un souci d’hydratation — biologique : je ne ressens pas la soif, ou très peu. J’ai d’ailleurs souffert plusieurs fois de déshydratation, avec des urines couleur « Coca-Cola », ça m’a obligé à freiner le pas. Mais même en ayant en permanence des contenants pour 2 à 3 litres d’eau, j’ai été souvent obligé de boire dans les ruisseaux ou des petites sources. Dans le Jura, il m’est même arrivé une fois de crever de soif et de boire dans un abreuvoir pour vaches. Mais je n’ai jamais été malade : le filtre de la gourde a fait le taf.

Cet HexaTrek a été une école de patience, un effort physique… Est-ce qu’il y a des moments où tu as douté d’aller jusqu’au bout ?

Joachim Lefevre : Je n’ai pas douté de mon mental pour aller jusqu’au bout, mais plus de mon physique, côté santé. J’ai en effet eu plusieurs pépins, dont un gros urticaire sur quasiment tout le corps avec des plaques rouges énormes qui ont commencé à arriver au niveau de la gorge, avec risque sur les voies respiratoires. Ça m’a notamment amené à faire une pause de deux jours dans un petit village des Pyrénées…

Dernière étape, les tout derniers kilomètres : qu’est-ce que tu ressens ?

Joachim Lefevre : C’est particulier. L’aventure avait été dure, et une bonne semaine et demie avant la fin, j’étais tellement allé loin que la question de l’abandon n’existait plus. Même si je m’étais tordu la cheville – et c’est arrivé de nombreuses fois -, même si j’avais eu un problème, je serais allé au bout. Du coup, une semaine avant, j’avais déjà « terminé » dans ma tête. J’ai tout de même lâché ma petite larme à Hendaye, entre fierté et émotion, mais j’étais surtout content d’avoir fini et j’avais hâte de passer à la seconde étape.

Joachim Lefèvre à l'arrivée de l'HexaTrek
Joachim Lefèvre à l’arrivée de l’HexaTrek. Objectif atteint.

Et cette seconde étape, c’est quoi ?

Joachim Lefevre : Me rapprocher du monde de l’outdoor et me développer sur les réseaux pour parler de randonnée. Ma passion, c’est la course à pied, mais la randonnée touche plus de monde. Je veux aborder plein de sujets : comment s’hydrater, comment gérer les rencontres, la nourriture, entrer plus en profondeur dans le cœur de ce qu’est la rando, la présentation de matériel, etc. J’aimerais potentiellement créer ma marque de sac à dos pour la longue distance. Et il y a aussi la réalisation du documentaire, qui va prendre du temps.

Les 3 conseils de Joachim Lefèvre pour se lancer dans l’aventure HexaTrek

1 – Le matériel. Le connaître, savoir l’utiliser en conditions. C’est extrêmement important. Et savoir optimiser aussi. Tu ne peux pas partir avec un sac de 15 ou 20 kg. Le mien en faisait 7, hors boissons.

2 – La planification/logistique. C’est une aventure qu’il faut préparer. De mon côté, comme je voulais faire un documentaire, je m’étais rapproché d’un vidéaste, j’avais fait un dossier de sponsoring pour trouver des fonds. Ça permet d’avoir une réflexion sur le déroulé, la logistique, où se faire livrer du matériel.

3 – La préparation physique et mentale. Sur du très long, il y aura beaucoup de problèmes. Il faut être prêt pour ne pas céder aux sirènes de l’abandon. Moi, je savais que j’avais un corps « en béton » sur le plan musculaire, et l’entraînement pour puisque j’ai fait plusieurs semaines avec 20 à 25 h de sport dans le cadre de ma recherche de performance. Mais quoi qu’il en soit, il faut de l’entraînement et de l’expérience préalable. Ne pas se dire « J’ai déjà fait un jour de rando et une nuit en bivouac, j’envisage l’HexaTrek ». Surtout pas !

Retrouvez Joachim Lefèvre sur Insta @badtrekidea. Parce que « les mauvaises idées apportent les meilleures histoires ».

L’HexaTrek, une aventure française

L’HexaTrek, né en 2022 et porté par une association dynamique, est une randonnée encore jeune mais déjà emblématique. Chaque année, ils sont de plus en plus nombreux à se lancer, parfois sur le parcours intégral, parfois sur tout ou partie des 6 étapes (1/ Le Grand Est, 2/ les Alpes du Nord, 3/ les Hautes Alpes, 4/ Gorges & Causses, 5/ Pyrénées Est et 6/ Pyrénées Ouest) pour goûter à ce voyage unique. À l’instar des mythiques tracés américains, tels le Pacific Crest Trail reliant la frontière mexicaine à la canadienne sur plus de 4 200 km, ou l’Appalachian Trail et ses 3 500 km, l’HexaTrek pourrait rapidement gagner ses galons de sentier de légende. D’ailleurs, les étrangers amateurs de défis démesurés ne s’y trompent pas, Américains et Australiens étant de plus en plus nombreux à venir s’y frotter.

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La Manche, un territoire de trail ambitieux

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Trail à Coutances Mer et Bocage : l’endurance au naturel

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Types de terrains : prairies ouvertes, sous- bois, sections techniques

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Photo Ibrahim Hendy
Photo Ibrahim Hendy

Trail dans le Cotentin : aventures entre mer et falaises

Avec ses falaises escarpées, ses plages sauvages et ses sentiers à travers landes et bocages, le Cotentin est un terrain de jeu à ciel ouvert. Ses 5 Stations de Trail proposent au total 30 circuits de 7 km et 100m D+ à 32 km et 530m D+ pour tous niveaux, dont un tracé noir pour traileurs confirmés. Ici, la variété des terrains — sable, rochers, chemins côtiers — impose une adaptation constante et en fait un lieu privilégié pour l’entraînement longue distance.

Types de terrains : sable, falaises, dunes, landes, bocage

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Photo Captain Yvon

Trail à Saint-Lô Agglo : vitesse et technicité

Avec ses 9 circuits balisés proposant des parcours de 5,5 km et 83m D+ à 33 km et 631m D+, Saint-Lô Agglo offre des parcours variés, du périurbain aux Roches de Ham et leurs panoramas sur la Vire. Les différents tracés traversent un bocage dense et varié, offrant relances et changements de rythme à chaque foulée. Le secteur se distingue également par son patrimoine historique, avec la présence du cimetière allemand de Marigny, qui rappelle le passé et confère une dimension contemplative aux sorties.

Types de terrains : bocage, rivières, vallées, chemins périurbains

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Photo Alexis Berg

Trail dans le Mortanais : entre cascades et dénivelés

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Types de terrains : sentiers forestiers, falaises, cascades, passages rocheux

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Photo Alexis Berg

La Manche, le territoire d’origine de Yannick Noël

Boulanger la nuit et traileur le jour, le Manchois Yannick Noël, originaire de Neuville-au-Plain, à côté de Sainte- Mère-Église, a découvert le trail à La Réunion. Installé aujourd’hui en Isère, il reste cependant fidèle à ses racines : dès qu’il revient sur ses terres, il en profite pour courir et disputer des compétitions, comme en 2024 où il a remporté le format 50K de la Barjo.

« La Manche, j’y reviens très souvent pour la famille. Je t’avoue que quand on revient 4 ou 5 jours sur le territoire et que le samedi matin il y a une compétition, j’en profite toujours, quand je peux. Ça me fait plaisir, et aux organisateurs aussi. Bien sûr, ici, ce n’est pas la montagne, c’est différent, mais les paysages sont vraiment beaux.

En aspect entraînement, c’est vraiment vallonné et à force, au bout de la course, quand tu as enchaîné 30 kilomètres, c’est dur quand même. C’est pour ça que les athlètes normands s’en sortent vraiment pas mal et commencent à se faire connaître. Il leur manque peut-être le côté longues descentes de montagne pour travailler les cuisses, mais sur la distance à plat et les montées, ils n’ont rien à envier aux montagnards ! L’année dernière, j’avais fait le 50 kilomètres de la Barjo, et cette année j’ai fait le Trail de T’Cheu Nous. C’était très beau, et en plus on finit sur la plage, mais c’était vraiment très très plat ! (Rires.) J’avais déjà fait La Bri’zeuse deux années de suite, le 30 et le 42 kilomètres. C’est chouette de se retrouver dans ces petites organisations, c’est toujours un bon moment. »

YANNICK NOEL photo IMAZ PRESS
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Trail emblématique du département, La Barjo traverse les plus beaux coins du littoral manchois. Un rendez-vous à la fois sportif et humain, porté par une ambiance sincère et conviviale. « C’est une course que je fais dès que je peux revenir à cette période dans la Manche. La Barjo, c’est un vrai concentré de Manche : les falaises, les chemins côtiers et le vent. »

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En 31 jours, Kilian Jornet a gravi 72 sommets de plus de 14 000 pieds (4267 mètres), parcouru plus de 5 145 kilomètres et gravi 123 045 mètres entièrement à pied et à vélo pour venur à bout de son aventure States of Elevation, un projet personnel à travers les hautes montagnes des États-Unis. C’était un défi d’une exigence unique : Kilian Jornet a dû réaliser en moyenne l’équivalent d’une étape du Tour de France et d’un marathon chaque jour, en haute altitude et sur un terrain technique, et ce pendant 31 jours d’affilée. Au-delà de l’effort physique, ce projet reflète le lien profond de Kilian Jornet avec les espaces sauvages et sa quête constante de sens à travers l’endurance, la nature et l’exploration.

States of Elevation : un projet hors du commun

Personne n’avait jamais osé tenter l’aventure, et surtout pas aussi rapidement. States of Elevation n’est pas une course, pas plus qu’une tentative de FKT : c’est un voyage inédit, défi lancé à la résistance et l’endurance, ainsi qu’une quête personnelle, la recherche de beauté et de communion avec la nature.

En un mois, Kilian Jornet a ainsi gravi les 72 sommets de plus de 14 000 pieds situés dans les 48 États continentaux des États-Unis, hors Alaska et Hawaï, certainement l’un des projets les plus exigeants de sa carrière. Pour mémoire, en octobre 2023 il avait vécu une première aventure de ce type dans les Pyrénées, puis en 2024 dans les Alpes avec l’Alpine Connection, reliant 82 sommets de plus de 4000 mètres à pied et en vélo en 19 jours.

Lire l’aventure de Kilian Jornet dans les Pyrénées ICI

Lire l’exploit Alpine Connections de Kilian Jornet ICI

Mais l’envergure de States of Elevation était tout autre. Ce qui rendait le défi encore plus remarquable n’était pas seulement les ascensions en elles-mêmes, mais aussi la distance considérable nécessaire pour relier des sommets de différents États. L’ampleur du projet est difficile à saisir. Pour le mettre en perspective, on peut comparer le projet à la liaison de « plusieurs Tours de France et de dizaines de marathons, mais tous en haute altitude ».

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Photo Andy Cochrane

States of Elevation : du Longs Peak au Mont Rainier

Le projet a débuté le 3 septembre 2025 avec l’ascension du Longs Peak, dans le Colorado, et s’est achevé un mois plus tard, le 2 octobre, au mont Rainier, dans l’État de Washington. Des Rocheuses escarpées aux déserts de Californie, en passant par la majestueuse Sierra Nevada, et enfin par l’Oregon jusqu’aux forêts de l’État de Washington, Kilian Jornet a imaginé une ligne qui traverserait une immense variété de paysages et lui permettrait de découvrir une partie des États-Unis qui lui était jusqu’alors largement inconnue.

« Je suis vraiment heureux d’être arrivé jusqu’ici. Au début de ce projet, ce n’était qu’une idée sur une carte – quelque chose qui me semblait génial, mais dont je ne savais pas si c’était réalisable. Maintenant, je réalise que c’était le cas, et au-delà des chiffres, c’est une véritable aventure – une façon de découvrir des lieux qui sont devenus très chers à mes yeux », a commenté le Patron à la fin de son périple.

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Photo Nick Danielson

States of Elevation : le Colorado pour commencer

Le projet s’étendait sur trois États principaux : le Colorado, la Californie et l’État de Washington. L’aventure de Kilian Jornet a débuté dans les montagnes du Colorado, où il a gravi les 56 sommets de plus de 14 000 pieds (les Fourteeners) de l’État accessibles au public (certains sont des propriétés privées, interdites d’accès).

Parmi les points forts, on compte des traversées emblématiques comme la Freeway, les Elks et le Nolan’s 14 sur lequel François D’Haene avait au mois de juillet établi un record, avant de s’en faire déposséder un mois plus tard. Sans oublier certains des sommets les plus emblématiques du Colorado, comme le mont Elbert et le Pikes Peak.

Ces itinéraires techniques, exigeant endurance et expertise, ont mis Kilian Jornet au défi de naviguer dans les conditions météorologiques imprévisibles et le terrain impitoyable du Colorado, entre terribles tempêtes et vents violents. Mais le Patron, profitant de son expérience d’alpiniste autant que de coureur, s’est déplacé efficacement à travers les montagnes, passant souvent plus de 16 heures par jour en mouvement.

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Photo Nick Danielson

States of Elevation : à l’assaut de la Californie

Après en avoir terminé avec les sommets du Colorado, Kilian Jornet a pédalé vers l’ouest – plus de 1 400 kilomètres à vélo – jusqu’en Californie. Là, il a dû relever un tout autre défi : les approches désertiques et arides des White Mountains, les crêtes techniques de la Sierra Nevada et la longue et isolée ascension du mont Shasta, où la neige et des vents violents ont mis son endurance à rude épreuve.

L’un des moments forts a été la traversée des Norman’s 13, dans la Sierra Nevada, un enchaînement de 13 sommets de plus que 14 000 pieds qui est rapidement devenu le tronçon préféré de Kilian Jornet. Malgré les 23 jours de déplacement qu’il avait déjà dans les jambes, il a réussi à progresser rapidement sur cette ligne, ce qui lui a permis d’établir un nouveau FKT avec assistance (en attente de confirmation officielle).

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Photo Nick Danielson
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L’ascension du Mont Shasta. Photo Nick Danielson

States of Elevation : l’État de Washington pour finir

De Californie, Kilian Jornet a continué vers le nord en vélo, traversant l’Oregon et le nord-ouest pacifique de l’État de Washington, où il a conclu son projet avec l’emblématique mont Rainier. L’ascension était l’une des plus techniques de l’aventure, surtout qu’à cette époque de l’année pouvoir atteindre le sommet était incertain. La neige fraîche des jours précédents avait rendu l’itinéraire plus exigeant, mais le Patron a réussi à atteindre le sommet et à revenir sain et sauf. Une fois le Mont Rainier terminé, le voyage était bouclé. Un mois après avoir commencé dans le Colorado, Kilian Jornet avait gravi 72 Fourteeners entièrement par ses propres moyens, à pied et à vélo.

En guise de conclusion, Kilian a expliqué : « J’ai été émerveillé par la nature sauvage, la faune et la diversité des paysages. J’ai adoré le faire par mes propres moyens, mais aussi être parfois rejoint par des amis qui venaient partager un moment et me faire visiter leur maison. Je suis vraiment ravi du déroulement du projet. »

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Lors de l’ascension du Mont Rainier, dernier sommet de l’aventure States of Elevation. Photo Nick Danielson

States of Elevation : des statistiques vertigineuses

L’ampleur de l’aventure est difficile à appréhender. Contrairement à une course ou à une tentative de record, elle ne s’appuyait sur aucun repère extérieur. Le projet exigeait des milliers de kilomètres de déplacement et un dénivelé considérable.

Mais les chiffres en disent tout de même un peu. Ainsi, au cours des 31 jours de ce States of Elevation, Kilian Jornet a parcouru 5 145 km par ses propres moyens, dont 4 133 km à vélo (80%) et 1 011 km à pied (20%) , pour un dénivelé positif de 123 045 mètres. Bien que la majeure partie de la distance ait été parcourue à vélo, près de 60% du temps total a été parcouru à pied, soit une moyenne de 15 heures de déplacement par jour.

Tout au long de son parcours, Kilian Jornet a été accompagné par une équipe minimaliste, composée d’un van d’assistance et de transport de matériel (vélo, gravel, etc…) et de 5 personnes (photo, vidéo, assistance). Tout au long de l’aventure, Kilian Jornet a par ailleurs bénéficié du soutien d’une communauté d’athlètes dévoués qui l’on rejoint sur certains secteurs, ascensions ou parcours en gravel ou à vélo, pour partager leur temps, leurs connaissances et leur expertise. Ces moments de complicité ont apporté de la chaleur à un projet autrement marqué par la solitude, les tempêtes et de longues heures d’effort.

Après les Pyrénées en 2023, les Alpes en 2024, les États-Unis en 2025, Kilian repartira en 2026 sur un nouveau projet. Encore plus fou ? Difficile de l’imaginer. Mais avec l’Ultra-terrestre, tout est possible !

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Organisé par la « D’Haene Family », avec François et son épouse Carline, l’Ultra Spirit 2025 a emmené 44 équipes à travers les plus beaux paysages du massif du Beaufortain, pendant 3 jours. Pour cette 4ème édition, le chemin était ponctué de défis surprises, permettant aux équipes d’agréger des points pour le classement final, mais surtout de découvrir un format de compétition complètement novateur : une course d’ultra-trail qui brise les codes des compétitions traditionnelles, avec un concept en rupture complète, où le chrono n’est plus prioritaire.

ULTRA SPIRIT 2025 : au plus près du ciel

« Le pari c’était de changer de secteur, et d’aller enfin toucher le glacier des glaciers, situé sous l’aiguille du même nom, raconte François D’Haene. Il s’est agi d’envoyer le plus possible de concurrents au Refuge Robert Blanc, puis au Col de la Seigne en jouant sur des sentiers très techniques. J’étais positionné au pied au ravito en bas du col de la Seigne. Et je garderai longtemps en mémoire l’expression heureuse de tous les participants, unanimes sur un “Wahou, incroyable !”, même de la part de traileurs aguerris comme Marianne Hogan ou Camille Bruyas. 

Les secouristes, les signaleurs, tous ont été bluffés. Voilà, c’est bien cela que l’on voulait offrir, et le beau temps de cette quatrième édition a permis d’ouvrir grand les fenêtres du Beaufortain, au plus près du ciel ! C’est cela que l’ultra trail permet. »

Sur cet évènement, François intervient main dans la main avec son épouse, solide pilier de l’organisation. Carline D’Haene : « On a vécu cette année une très belle édition, avec le soleil en prime, illuminant des paysages à couper le souffle. Quel bon moment de se retrouver entre coureurs et bénévoles le soir au bivouac, puis à Beaufort pour l’ultime final. Le bonheur de tous les coureurs a fait écho au sourire des enfants lors de notre ULTRA SPIRIT JUNIOR qui a réuni 31 équipes de deux enfants… Un super moment partagé pour petit et grands ! On a hâte de revivre cela ! ».

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Photo Viard Gaudin Paul

ULTRA SPIRIT 2025 : une grande famille

Maxime Schuller, de Feel Expérience, est un maillon fondateur du staff de l’organisation : « Avec Carline et François, nous avions l’ambition de créer un évènement résolument différent, avec la volonté de revenir aux sources de notre discipline, en partageant de belles valeurs. Aujourd’hui, à l’issue de la 4ème édition, c’est une vraie famille qui compose l’ULTRA SPIRIT. Il y a une âme dans cet évènement, et c’est l’exemple parfait d’une énergie collective farouchement positive qui fonctionne à 100% ! Cela fait du bien à tous ! ».

Parmi les équipes au départ, et toutes à l’arrivée, ce sentiment d’une expérience collective différente et enrichissante marque les esprits. C’est le sens du témoignage collectif d’une équipe belge de Charleroi, composée de Julien Goelens, Benjamin Delabassé et Romain Berti : « On a eu la chance de pouvoir participer une seconde fois cette année, et ce que nous avons vécu est toujours aussi extraordinaire, avec cette opportunité miraculeuse de côtoyer des stars du trail, si accessibles avec nous sur le sentier et au bivouac !

Avec ULTRA SPIRIT, on ressent bien que les traileurs constituent une belle communauté, quel que soit le niveau de chacun. Et en 2025, on a profité au maximum d’une météo de fous ! Le moment du bivouac est magnifique, comme le partage avec les bénévoles tous plus sympathiques les uns que les autres. Au final, cette aventure soude encore plus les membres de notre team ! On a le sentiment d’être un groupe magique ! Notre mission fut de rester ensemble et que le team se mette au diapason du moins solide de l’instant. Et ainsi, à trois on a été tellement plus fort ! »

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Photo Viard Gaudin Paul

ULTRA SPIRIT 2025 : Camille Bruyas déjà de retour sur les sentiers

Camille Bruyas a été une splendide 2ème de l’UTMB 2025. Ici,sur l’ULTRA SPIRIT, elle remporte la première place en équipe féminine : « J’étais là pour vivre un bon moment avec des copains sur une organisation portée par des amis proches ! Et que ce fut chouette ! Surtout le fait de participer en équipe avec Mariane Hogan qui peaufinait ici sa préparation pour le prochain Grand Raid de la Réunion, c’est un plus ! En termes de météo et de parcours, cela a été somptueux. Le bivouac était incroyable, en balcon sur le Cornet de Roselend.

Trois semaines à peine après l’UTMB, j’ai cherché à suivre une Marianne très en forme ! C’était de longues et belles journées dehors… Mon corps a tenu le choc, mais je sens bien que l’UTMB est toujours là ! Pour apporter ma touche personnelle, J’ai proposé des séances matinales de yoga le matin ! On a profité de très beaux levers de soleil. »

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Photo Viard Gaudin Paul

Quel avenir pour ULTRA SPIRIT ?

Les quatre premières éditions ont permis de positionner à la perfection un concept d’organisation qui enchante tous les acteurs : organisateurs, participants, bénévoles et partenaires. François D’Haene regarde maintenant vers l’avenir : « Le challenge, c’est de repartir pour un nouveau cycle. L’engagement initial de toutes les parties était de 4 ans. Après une phase de récupération, on va tout faire pour relancer la machine et inscrire cet ULTRA SPIRIT dans la durée ! »

Site internet de l’évènement ICI

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PAS DE DOUCHE, PAS DE TÉLÉPHONE, PAS DE MATOS OBLIGATOIRE, MAIS UN ULTRA QUAND MÊME ! François d’Haene remet sa casquette d’organisateur pour une nouvelle édition de L’ULTRA SPIRIT au cœur du Beaufortain, du 19 au 21 septembre.

On aurait pu le croire émoussé par sa récente mésaventure sur l’UTMB, où il a tenté la passe de 5 victoires. Eh bien non ! le « Grand » va être au top avec son large sourire communicatif, et cette belle envie de partager avec chacun des coureurs présents sur cette édition qu’il souhaite « parfaitement parfaite » !

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©PaulViard_ULTRASPIRIT 2024

Pas trop dur d’enchaîner après cet UTMB décevant ?

François D’Haene : Après un ultra-trail, il y a toujours une redescente, qu’il se soit bien ou mal passé… J’aime me prévoir très vite d’autres objectifs, très différents, pour me nourrir mentalement et physiquement. Le lundi d’après l’UTMB 2025, c’était la rentrée des classes de mes enfants, et ma sortie longue, cela a été de courir à l’arrêt de bus pour ne pas le louper. Et dès le mardi suivant, ce fut le début de trois semaines intenses pour peaufiner l’organisation de l’ULTRA SPIRIT, que j’avais un peu mis de côté « because UTMB ».

Comment sélectionnes-tu les participants ?

François D’Haene : Chaque année, on améliore les modalités de sélection des équipes qui vont concourir chez nous. Le premier critère, c’est d’en accueillir de nouvelles, car on a beaucoup de fidèles qui veulent revenir d’édition en édition. Lors de la phase de sélection, on demande aux candidats de nous démontrer les raisons de leur engagement, et de nous expliquer comment ils ont composé leur équipe. Cette cohésion de l’équipe, c’est le facteur principal de réussite. Au final, il y aura 45 équipes de 3 coureurs, soit 135 coureurs qui iront balader dans le Beaufortain.

Quels types de coureurs participent à l’ULTRA SPIRIT ?

François D’Haene : Au fil des éditions, je vois 3 profils types de coureurs. Le coureur classique, que je connais très bien, et qui aime venir en tant qu’habitué des ultras, même des élites, présents sans aucune pression. J’ai constaté qu’être en équipe soulage la pression individuelle, et pour les meilleurs, l’ULTRA SPIRIT permet de réaliser de bons blocs de volume.

On a ensuite des coureurs sans expérience sur ultra trail, et qui se servent de cette épreuve pour découvrir le long, et voir comment leur corps peut réagir sur le long terme, profitant de contacts avec des ultra traileurs aguerris qui ne sont pas avares de conseils. Et on a des coureurs qui ont simplement envie de changer d’horizon, de sortir des ultras traditionnels, dont ils sont un peu lassés après plusieurs années de pratique.

ULTRA SPIRIT permet de gommer la contrainte du résultat, pour retrouver le plaisir simple de la convivialité.

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©PaulVIARD_ULTRASPIRIT 2024

Comment s’annonce le millésime 2025 ?

Il y aura des surprises, même si le lieu de bivouac reste au même endroit, au-dessus du lac de Roselend. Ce site est magique et ravit chacun tant par sa configuration que par son agencement. Il y aura une douzaine d’activités nouvelles, mixant les innovantes et les plus classiques qui font toujours leur effet. Mais la vraie surprise, à cette période de septembre, c’est la météo qui peut nous faire passer du plein été à l’hiver rigoureux d’un jour à l’autre…

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©PaulVIARD_ULTRASPIRIT 2024

Les stars présentes sur cette édition ?

Tous nos bénévoles sont des stars ! Nous accueillerons avec plaisir de nouveau la pétillante Marianne Hogan, et notre héroïne de l’UTMB 2025, Camile Bruyas. Avec aussi parmi nous Thibaut Baronian, Gédéon Pochat, Michel Lanne, Simon Gosselin, Simon Dugué… Plus bien sûr, tous mes amis sportifs du Beaufortain, les Xavier Gacher, William Bon Mardion et d’autres qui seront tous là pour nous prêter la main.

Plus d’infos sur l’ULTRA SPIRIT ICI

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Située à deux pas de la Côte de Granit Rose, la Station Sports & Nature de Belle-Isle-en-Terre, magnifique village des Côtes d’Armor, niché entre le Guic et le Guer, organise un stage trail unique les 4 et 5 octobre prochains. Vous aimez la verdure et la nature ? Il ne vous reste plus qu’à foncer !

Station Sports & Nature de Belle-Isle-en-Terre : ne manquez pas l’occasion

Imaginez la vie de château et du trail à gogo le temps d’un week-end en plein cœur de la Bretagne. Votre rêve peut devenir réalité grâce à l’initiative de la Station Sports & Nature de Belle-Isle-en-Terre, en partenariat avec Eau et Rivières de Bretagne. Les 4 et 5 octobre, un stage unique vous attend dans les forêts de Coat An Hay et Coat An Noz ou le long de la vallée du Léguer, pour une immersion pleine nature riche en partage d’expériences.

Côté hébergement, tout est prévu, avec un camp de base situé au château de Lady Mond, dont les aménagements en dortoirs de 6 à 8 personnes avec douches et sanitaires privés permettront une véritable connexion entre participants, pour plus de convivialité.

CHATEAU LADY MOND
Château de Lady Mont, camp de base de luxe du stage.

Rien à faire côté repas, également compris dans le programme, et préparés par un traiteur local lui-même sensibilisé à la nutrition pour traileurs. Cerise sur le gâteau, les organisateurs ont comme partenaire de l’événement la marque de nutrition française Meltonic, et pourront en profiter pour tester les produits.

SPORTNATURE
Du vert et des rivières…

Stage trail Sports & Nature à Belle-Isle-en-Terre : le programme

Samedi 4 octobre : 40 km en 2 sorties avec 2 traileurs bretons expérimentés, Jonathan Parisé (5 fois champion de Bretagne de trail, 12ème de la Diagonale des Fous 2018) et Julien Hervé (Diagonale des Fous, Échappée Belle, GRP…) On court, on prend des conseils, on partage des expériences.

JONATHAN PARISÉ
Jonathan Parisé
JULIEN HERVÉ
Julien Hervé

Dimanche, 20 km en 2 sorties, ainsi que des tests de podologie (renforcement du pied, préférence motrices) avec un spécialiste. Là aussi, entre course et conseils, la journée sera riche en enseignements. Et en plaisir.

Si le programme est réparti sur 2 jours, il est possible de ne participer qu’à une seule des 2 journées au choix, le samedi ou le dimanche.

Infos, programme complet et inscriptions ICI

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“States of Elevation” est le nouveau projet de Kilian Jornet : une aventure en autonomie totale visant à relier à pied et à vélo les sommets de plus de 14 000 pieds (environ 4 270 mètres) à travers les États-Unis. Un défi particulièrement exigeant, au cours duquel Kilian parcourra chaque jour l’équivalent d’une étape du Tour de France et d’un marathon — l’altitude et les terrains techniques en plus. Au-delà de l’effort physique, ce projet reflète la profonde connexion de Kilian avec les espaces sauvages, ainsi que sa quête constante de sens à travers l’endurance, la nature et l’exploration.

States of Elevation : dans la continuité de Pyrénées 3000 et Alpine Connections

C’est début septembre 2025 que Kilian Jornet lancera son nouveau projet, States of Elevation. En partant de Longs Peak dans le Colorado, il cherchera à relier les « fourteeners » américains — sommets de plus de 14000 pieds — uniquement par des moyens humains : course à pied et vélo.

Réputé pour repousser les limites du potentiel humain et de l’endurance athlétique, States of Elevation n’est pas qu’un exploit sportif ; c’est aussi un message fort sur la découverte de la nature américaine, l’engagement, et le lien avec les communautés.

L’approche de Kilian Jornet s’inscrit dans la continuité de sa philosophie de toujours : minimalisme, respect de la nature et exploration responsable. Ce projet fait suite à d’autres défis d’endurance tels que Alpine Connections en 2024 et Pyrenees 3000 en 2023, lors desquels il avait relié certains des plus hauts sommets des Alpes et des Pyrénées.

States of Elevation : Kilian Jornet explorateur

« Ce que j’ai vécu dans les Pyrénées et les Alpes m’a motivé à continuer d’explorer cette dimension des longues traversées, qui comporte un fort aspect physique, cognitif et créatif. Je cherche clairement une continuité dans ce sens. Sous prétexte de relier les sommets de plus de 14000 pieds, mon objectif est aussi d’explorer l’Ouest américain — l’immensité des paysages, des cultures qui y ont vécu et y vivent encore, ainsi qu’une nature souvent sauvage et incroyablement variée, allant des zones alpines aux forêts denses en passant par les déserts.

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Kilian Jornet lors de son projet Alpine Connections, en 2024. Photo Alpine Connections




States of Elevation : 58 sommets au programme

Si le communiqué de Kilian Jornet ne le précise pas, on peut supposer que son projet s’articule autour des « Fourteeners » du Colorado, donc en écartant le Mount Rainier situé dans l’État de Washington. Selon la façon dont on compte chaque sommet, le Colorado compte entre 53 et 58 sommets de plus 14000 pieds. La différence de comptabilisation tient de fait que certains ne comptent pas les sommets voisins quand les 2 “pics” ont moins de 300 pieds d’écart (91 mètres). Depuis les années 1960, de nombreux alpinistes se sont succédé pour tenter d’établir un record de vitesse sur ces sommets du Colorado, record établi généralement sur 55 sommets. Le premier officiellement recensé est Cleve McCarty qui en 1960 a reconnu 52 sommets en 52 jours.

En septembre 2020, l’Américain Teddy Keizer, connu sous le surnom de « Cave Dog », a établi le record en 10 jours, 20h et 26mn. Le parcours est connu dans le milieu sous le nom de « The Mighty Mountain Megamarathon ». Mais le tout dernier FKT recensé est celui de Andrew Hamilton, sur 58 sommets, en 9 jours 21h 51mn en version avec assistance.

En version sans assistance, le record est détenu par Daniel Hobbs depuis juillet 2022 en 14 jours, 17h et 33mn.
C’est sans doute ce record auquel va s’attaquer Kilian Jornet.

States of Elevation : inspirer les jeunes générations

En fin de compte, States of Elevation est un nouvel exemple de l’engagement de Kilian Jornet à utiliser ses projets sportifs comme leviers pour des changements porteurs de sens. En inspirant les gens à adopter les valeurs d’aventure, de responsabilité et de respect de l’environnement, Kilian espère encourager une plus grande appréciation des espaces sauvages qui nous nourrissent et nous inspirent chaque jour, pour laisser derrière lui un héritage d’actions impactantes et de prise de conscience pour les générations futures.

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Il rêvait de le faire en moins de 6 jours, il l’a fait en moins de 5 ! Entre le 20 et le 24 juillet, Grégory Camerlo, assisté d’une équipe de pacers, a réalisé l’exploit de faire le GR20 corse aller et retour en moins de 5 jours. 4 jours, 16 heures et 27 minutes précisément. Un défi énorme pour une cause qui lui est chère : l’Arménie. Retour sur une performance XXL.

GR20 aller-retour : un défi pour la cause arménienne

Pour établir la genèse de ce projet, il faut remonter à l’initiative lancée en 2021 par Pierre Kaftandjian, amoureux de trail d’origine arménienne, organisteur par ailleurs du Grand Raid du Guillestrois-Queyras. Il avait alors relié Calenzana à Conca en 56 heures pour soutenir la reconstruction d’une école de Stepanakert touchée par des bombardements durant la guerre déclenchée par l’Azerbaïdjan le 12 mai 2021 sur le territoire arménien. L’opération avait permis de récolter près de 4000 euros et de mettre en lumière ce conflit peu connu et toujours pas résolu. Grégory Camerlo, traileur aguerri, faisait partie de l’équipe de Pierre en 2021.

En début d’année, il a relancé le projet. « L’idée de revenir en Corse était toujours présente… Cette année, je me suis dit que ça pouvait être la bonne », nous avait-il confié en mars dernier, porté par l’envie d’agir. Mais s’il décida de faire renaître l’initiative, le défi était encore plus ambitieux : parcourir le GR20 en aller-retour, un challenge qui n’a jamais été officiellement réalisé.

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3 membres de l’équipe du projet, avec au centre Grégory Camerlo.

Grégory Camerlo et le GR20 : une histoire ancienne

Le GR20, Grégory le connaît bien, et dans les deux sens ! Après l’avoir parcouru une première fois en randonnée dans le sens sud-nord en 2016, puis en mode trail par étapes en 2019, il l’a enchaîné d’une traite en 2021 dans le sens nord-sud lors du premier projet de Pierre Kaftandjian. Mais enchaîner un aller-retour, c’est une autre histoire. « Sur le papier, ça me semble faisable », déclarait-t-il, optimiste, même s’il reconnaissaiit que l’aventure serait d’une rare difficulté.

En partant de Conca, au sud, pour rejoindre Calenzana, puis revenir, si les distances varient légèrement selon les sources, l’ensemble représente tout de même près de 350 km et entre 25 000 et 26 000 mètres de dénivelé positif. Ce qui explique sans doute qu’aucun record officiel sur ce trajet aller-retour n’existe à ce jour, seulement des tentatives ou des traversées non chronométrées. Ainsi, celle du Corse Guy Genovesi, qui dans les années 1990 mit 6,5 jours pour faire l’aller-retour. Grégory, désireux de faire les choses dans les règles, était déterminé à faire certifier son temps grâce à un chronométreur présent sur les points de passage clés, afin d’établir un premier temps de référence officiel, ou FKT (Fastest Known Time).

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Petite pause durant le défi juillet 2025.

Grégory Camerlo, un traileur aguerri

Ancien footballeur, Grégory Camerlo s’est tourné vers le trail en 2019. Depuis, il enchaîne les épreuves exigeantes : Diagonale des Fous en 2021, Échappée Belle en 2022, Grand Raid du Ventoux en 2023, avec un podium à la clé, Grand Raid du Guillestrois-Queyras (4ème) et Échappée Belle (6ème) en 2024, entre autres. Mais le GR20 aller-retour est une autre dimension. N’ayant jusqu’en 2024 jamais fait au-delà de 180 km, Grégory Camerlo est donc monté en charge, sa grande étape de préparation en mai 2025 ayant été sa participation à la VVX en duo, un ultra-trail de 220 km qu’il a remporté, devançant le duo Casquette Verte / Loïc Jalmin.

Lire ici l’article sur la VVX 2025

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Photo DR

GR20 pour l’Arménie, un engagement collectif

Si la performance finale est individuelle, Grégory Camerlo n’était pas seul dans l’aventure : une petite équipe l’a épaulé pour la logistique, les ravitaillements, la communication, mais aussi pour partager des kilomètres avec lui. Une équipe dans laquelle Pierre Kaftandjian tenait sa place, bien sûr, fier de ces « petits jeunes » qui prennent la relève et défendent la cause. Car au-delà du défi sportif, c’est un véritable cri d’alerte humanitaire qui animait l’équipe, dans la droite ligne du projet de 2021 : en octobre 2023, des dizaines de milliers d’Arméniens ont dû fuir la région du Haut-Karabakh, envahie et vidée de sa population. C’est pour ces familles déplacées, qui vivent aujourd’hui dans des conditions précaires en République d’Arménie, que Grégory Camerlo est allé au bout de ses forces : « Je ne m’implique jamais à moitié. Que ce soit dans le sport, au travail ou pour des causes comme celle-ci, je veux donner le maximum. »

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GR20 POUR L’ARMÉNIE

GR20 pour l’Arménie : un FKT record

Jeudi 24 juillet, Grégory Camerlo a donc relevé le défi. Après un aller Conca-Calenzana bouclé en 49 heures, et malgré quelques nuits difficiles sur ces sentiers corses si techniques, il est parvenu à effectuer le retour Calenzana-Conca en 63h27 minutes, sigant un chrono final de 4 jours, 16 heures et 27 minutes, soit 112 heures et 27 minutes. Un temps de référence désormais officiel, qu’il faudra être sacrément costaud pour aller battre.

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Grégory Camerlo à l’arrivée de son défi fou.
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De retour de la Western States Endurance Run, enthousiasmé par les grands espaces, la nature sauvage et la culture du trail-running US, Kilian Jornet, toujours à la recherche d’inspiration et de nouveaux défis, a interrogé sa communauté pour qu’elle lui propose des idées de courses, FKT et autres aventures sur le territoire américain. Un « sondage » live sur les réseaux sociaux, qui a généré 1478 commentaires que nous avons soigneusement épluchés pour découvrir les recommandations de ses fans.

Kilian Jornet : quel défi aux États-Unis ?

Évidemment, les réponses “hors-sujet” ont été très nombreuses, avec des dizaines de suggestions n’ayant rien à voir avec sa demande (que faire aux États-Unis ?). Parmi les plus nombreuses, citons un retour à l’UTMB (mais il a déclaré fin 2024 qu’il reviendra, sans toutefois préciser si ce serait en 2026 ou plus tard), le Tor des Géants, mais aussi le Marathon des Sables (qui propose à partir de 2026 un nouveau format 100 miles non stop), le GR20 (dont il a détenu le record en juin 2009 en 32h54mn02s) ou encore des FKT en Argentine, au Canada ou en Nouvelle-Zélande…

Quant à ceux qui ont bien répondu à la question de Kilian Jornet (aux USA, donc), voici les suggestions qui ont retenu le plus de suffrages :

La Barkley : 22 voix. Kilian Jornet face à l’ogre des forêts sombres du Tennessee, on a trop hâte.

Le Nolans’14 : 22 voix. Une trace de 166 km passant par 14 sommets de plus de 14000 pieds (4270m). C’est effectivement un défi pour Kilian, dans la lignée des 82 sommets de plus de 4000 mètres des Alpes de son aventure Alpine Connection de l’été 2024, même si le Nolan’s 14 est beaucoup plus court. C’est le FKT que François D’Haene vient tout juste d’établir début juillet en 35h 33mn 41s.

L’Appalachian Trail : 16 voix. Le FKT est détenu par le Belge Karel Sabbe en 41 jours 7h 39mn pour 3540km, établi en août 2018.

Le Pacific Crest Trail : 16 voix. 4240km, encore plus long que l’Appalachian Trail. Et c’est encore Karel Sabbe qui détient le FKT, en 46 jours 12h 50mn depuis août 2023.

Le John Muir Trail : 14 voix. 338km, un FKT détenu par François d’Haene depuis 2017 en 67h28.

Les White Mountains : 12 voix. La version Direttissima, 386 km et 22800mD+ compte 48 sommets à plus de 4000 pieds. Sauf que 4000 pieds, ça fait 1220 mètres, et que des sommets à 1220 mètres, Kilian, il appelle ça des collines…

Suivent ensuite le Grand Canyon Rim to Rim, un FKT de 5h55 sur un parcours de 70 km descendant au fond du Grand Canyon pour remonter sur l’autre rive, détenu par Jim Walmsley, le Wonderland Trail, un sentier de 150 km dans la chaîne des Cascades, la Badwater (217km dans la Vallée de la Mort) et d’autres courses…

Kilian Jornet : le bêtisier des propositions les plus farfelues

Quant aux propositions les plus farfelues, à mettre dans le bêtisier, voici nos réponses préférées à la question de Kilian Jornet : « Que pourrais-je faire aux Etats-Unis ? » :

– Un 4ème enfant.
– Le 10 km de Quimper-sur-Mer.
– des vacances en famille
– “Tu peux venir chez moi si tu veux.”
– Marseille Cassis.
– La montée de l’Empire State Building par les escaliers.

Bref, si Kilian Jornet suit les suggestions de sa communauté, ce serait la Barkley ou le Nolan’14. Mais les suivra-t-il ?

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