Ses photos éclaboussent de beauté les parcours et les « gens » du trail ! A découvrir ou redécouvrir, l’interview paru dans Esprit Trail n°109, de ce photographe à l’œil aiguisé.  Et si vous aimez rêver à travers ses photos, le dossier « Dans l’objectif de Cyrille Quintard » prévu dans Esprit Trail n°113 qui sortira en kiosque fin mai, avec 4 magnifiques double pages légendées vous ravira à coup sûr !

Propos recueillis par Serge Moro.

Esprit Trail : Cyrille, peux-tu nous raconter comment tu es devenu photographe de trail ?

Cyrille Quintard : J’exerçais déjà le métier de photographe il y a 25 ans. J’avais fais d’ailleurs des études de photographie. A cette époque, j’habitais vers Niort, et je travaillais comme pigiste « texte et photos » pour la Presse Quotidienne Régionale sur l’ensemble des sujets que traitent ces médias généralistes, avant de partir à l’armée, passage obligé pour les gens de ma génération ! Après l’armée, j’ai flashé sur une annonce d’un magasin de photo (Photo Breton) à l’Alpe-d’Huez en Isère qui recherchait pour l’été 1997 un photographe de sport. Ce magasin réalisait des reportages et des films sportifs, en particulier sur le cyclisme, très en vogue à l’Alpe-d’Huez. A 22 ans, cela m’allait bien car c’était le sport qui m’intéressait principalement. Après ce premier été réussi, le même magasin m’a proposé de revenir l’hiver suivant, pour réaliser les reportages sur le parapente et le snowpark. Me voilà donc de retour pour l’hiver dans la station… Et je ne suis jamais reparti ! Voilà désormais 22 ans que je vis à l’Alpe d’Huez ! Mes enfants sont nés ici… J’ai travaillé sans discontinuer pendant 12 ans pour ce même magasin, puis j’ai eu envie de changer de rythme de vie. S’en est suivie une période de 5 ans où j’ai été chauffeur de taxi, principalement en saison d’hiver, et accessoirement en été. Ayant été footballeur à Niort, à un bon niveau, je me suis remis à courir pendant cette période de ma vie, et sur ce site de l’Alpe d’Huez, il était naturel de se mettre au trail. Très vite, j’ai accroché des dossards sur de nombreuses courses, comme par exemple le 1er UT4M. Je me suis investi dans le trail comme coureur de 2011 à 2015. Parallèlement, pour le plaisir, j’ai repris la photographie que j’avais abandonnée. Le trail m’a redonné envie de faire de la photographie, et de plus en plus souvent j’ai emporté avec moi l’appareil photo, blotti au fond du sac !

ET : Mais quel a été le déclic qui t’a permis de devenir professionnel ?

CQ : Une amie sur Facebook a vu que François D’Haene lançait un concours photo !Elle m’en parle, j’hésite, elle insiste, on fait les photos. Et je gagne le concours ! Dans la foulée, me voilà parti avec Francois D’Haene en Equateur pendant trois semaines ! Il s’agissait rien moins que de le suivre sur l’un des grands défis dont il a le secret ! Avec lui, ce fut une révélation. Je me suis dit : voilà, c’est cela que j’aime faire, voilà mon métier ! Je suis photographe, j’aime la nature, j’aime courir ! Etre photographe de trail, c’est une parfaite synthèse de tout cela ! A la suite de ce reportage, tout est allé très vite, de reportage en reportage, pour les magazines ou pour les courses, en continuant pendant deux ans encore à faire le taxi, mais en hiver seulement ! Après, il me fallait prendre une décision. Je ne voulais pas tout faire à moitié, et je me suis lancé à fond dans la photographie comme activité professionnelle exclusive. Aujourd’hui, depuis 3 ans, je suis photographe. En plus de mes interventions dans le trail, je travaille avec des Offices de Tourisme, les communautés de communes, dans le monde du cyclisme…

ET : A t’entendre, tout semble simple et facile !

CQ : Oh non, il faut bien dire à ceux qui seraient tentés de faire comme moi parce qu’ils aiment faire des photos, que ce n’est pas toujours facile. A chaque contrat perdu, il faut se mobiliser pour en décrocher un autre ! Ce n’est pas si simple et il y a beaucoup de monde sur le marché. Je suis en permanence force de proposition, je ne me contente pas de répondre aux demandes, ce serait trop facile ! Les conditions de travail avec les organisations et les supports médias ont évolué. Désormais, la plupart du temps, je travaille pour l’organisateur à qui je cède un reportage complet ainsi que tous les droits d’utilisations des images. Ainsi les images sont largement diffusées et reprises sur le web et les magazines, mais aussi l’année suivante sur les dépliants et les affiches de la course. Chacun est gagnant. Je considère d’ailleurs que c’est la seule option qui peut bien fonctionner aujourd’hui. De ce fait, si je travaille toujours avec la presse, avec un grand nombre de mes photos chaque mois en kiosque, c’est indirectement via les contrats avec les organisateurs qui eux-mêmes mobilisent les médias. Sur une épreuve, pour réaliser un beau reportage, il faut un certain savoir-faire ! C’est beaucoup de souplesse et de débrouillardise. En général, beaucoup d’organisateurs m’aident à trouver les bons sports, à m’y déplacer, surtout quand j’interviens pour la première fois sur une épreuve ! Il me faut évaluer les demandes et les besoins d’un organisateur, qu’elles soient exprimées clairement ou pas : épreuve de masse ou d’élite, course de 42km où tout se joue en moins de 4 heures, ou 160km en montagne qui demande des heures de route et plusieurs journées de travail… les situations sont très diverses, à moi de m’adapter et de choisir la solution la plus cohérente ! L’essentiel est de trouver le temps de se concerter avec l’organisateur, souvent pris par mille tâches urgentes, pour savoir ce qu’il souhaite, ses besoins. C’est un dialogue. Et d’année en année, quand on couvre les mêmes épreuves, il faut savoir changer pour ne pas reproduire sempiternellement les mêmes clichés et enrichir les photothèques de prises de vues différentes.

ET : Qu’est-ce qui fait une bonne photo ?

CQ : Une bonne photo, c’est d’abord une vision, un œil. C’est en fait une capacité naturelle à trouver le bon placement, le meilleur angle, construire dans sa tête la bonne photo. Plus qu’une surenchère de matériel coûteux, être un bon photographe c’est d’abord de la créativité et de la patience. Je vois l’œil et le don chez les autres photographes. J’ai abandonné l’argentique sans remord car je suis assez geek et j’aime les nouveautés. Mais l’argentique avec une seule pellicule de 36 poses imposait une rigueur et une décision beaucoup plus difficile à prendre avant d’appuyer sur le déclencheur. C’était très formateur ! Et on ne pouvait pas voir ce que l’on avait fait ! Le métier a changé, il est beaucoup plus facile, c’est beaucoup plus simple. Côté matos, c’est la qualité de l’optique qui prime, en recherchant un bon piqué. Pour les photos de trail, il vaut mieux investir dans une optique de qualité et un boitier de milieu de gamme, car la course à pied en milieu naturel ne nécessite pas des vitesses de prises de vues trop importantes. Quand je fais des reportages sur des matches de hockey, c’est une autre histoire, et il faut un matériel haut de gamme pour saisir l’instant, en l’occurrence le palet en pleine vitesse, et le garder dans le champ !

ET : Que penses-tu des logiciels de traitement d’images ?

CQ : Ce sont aujourd’hui des outils indispensables, qui complètent la vision du photographe sur le terrain avec son boitier et son optique. Que ce soient pour certains photographes reconnus de trail ou moi-même, on parvient à reconnaitre le style d’une photo à partir non seulement du cadrage mais aussi du traitement de l’image. La « retouche » de l’image après la prise de vue est une pratique vieille comme la photographie. A l’époque de l’argentique, dans la chambre noire, on jouait avec les bacs de révélateurs et sur les temps d’expositions pour modifier et donner de l’âme à une photo. Pour ma part, je travaille avec Lightroom et Photoshop. Je passe moins de temps que la plupart de mes collègues sur cette phase de traitement d’image. C’est extraordinaire ce que l’on peut faire avec ces outils ! Chaque reportage, chaque photo est pour moi un nouveau défi ! Et une belle photo peut se faire partout. Chaque endroit peut être sujet à une image esthétique, ce n’est pas la peine d’aller au bout du monde. L’art du photographe, c’est de saisir l’âme de chaque lieu et de l’instant du déclic pour créer de la magie…

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