ClemQuiCourt, interview de la tornade rose
Plus de 500 000 abonnés sur Instagram, des queues de plus d’une heure sur le village UTMB cet été pour se procurer le fameux tee-shirt rose Brooks Bouzin / La Killcam, impossible, lorsqu’on gravite dans l’univers trail, d’échapper au phénomène ClemQuiCourt. Mais pourquoi ce jeune homme de 25 ans, qui ne s’est mis à la course à pied qu’il y a à peine 3 ans, déclenche-t-il une telle furia ? Cécile Bertin a rencontré Clément Deffrenne, l’homme derrière le pseudo, pour tenter de décrypter les raisons de la tornade médiatique.
Tu fais du trail depuis une seconde et demie, et tu étais déjà au départ de l’UTMB en août dernier… Ça ne te gêne pas trop, vis-à-vis de tous ceux qui galèrent des années dans l’espoir d’y arriver ?
Clément Deffrenne : Que veux-tu, j’ai toujours été meilleur que les autres ! Nan, blague à part, j’ai toujours été un extrémiste, et dans le trail c’est tout de suite le long qui m’a attiré. En fait, il faut bien le reconnaître, je suis très nul en vitesse ; c’est sur la durée que mes qualités sportives peuvent s’exprimer. Alors autant aller là où je suis le mieux naturellement. Ma première course, c’était un 50 km (le Dodo Trail) et ce qui m’attirait le plus dans ce sport c’était cette notion d’aventure, de passer une très grosse journée, voire même une nuit dehors.

Tu fais donc le Dodo Trail en juillet 2023 et tu enchaînes directement avec la Diagonale des Fous, 3 mois plus tard. Fou, tu l’es complètement ou quoi ?
Clément Deffrenne : Disons qu’en vivant sur l’Île Maurice à l’année, la Diagonale des Fous m’a immédiatement attirée. Et comme je ne savais pas pour combien de temps j’allais rester dans l’océan Indien, je me suis autorisé à y aller quasiment tout de suite. J’ai fini 690ème à l’époque, avec la certitude que je pouvais faire mieux. Et en 2024, je la refais et je finis 23ème !
Revenons à cet UTMB 2025 où tu as marqué l’épreuve. Fan zone à Trient, vente de tee-shirts ultra colorés pour se reconnaître…, tu t’es cru à une soirée du BDE de ton école de commerce ?
Clément Deffrenne : C’est vrai que ça tient un peu de ça ! Mais tout cela vient plutôt des réseaux sociaux où aujourd’hui tout le monde partage sa vie, tout le monde fait de la vidéo. La seule différence c’est que moi, très vite, j’ai souhaité en faire mon métier. Et pour ça, il fallait se différencier à la fois derrière les écrans mais aussi sur le terrain. C’est comme ça qu’est né le maillot rose ! Et puis ça n’a pas été compliqué à mettre en place parce que clairement l’ambiance trail est assez proche de l’ambiance BDE. Il suffit d’ailleurs de voir ce qui se passe à Notre-Dame-de-La-Gorge tous les ans…
Maintenant, il faut bien comprendre que la Fan Zone était avant tout pour moi une façon de partager un moment avec ma communauté que, par la force des choses, je ne vois quasiment jamais, puisque ne l’oublions pas, je vis à Maurice à l’année. C’était une façon de les impliquer dans mon aventure qui reste solitaire 99% du temps.


La question « haters » maintenant : Île Maurice, La Réunion, la France, tu sautes dans des avions comme d’autres dans le métro. Et la planète, tu y penses un peu ?
Clément Deffrenne : Alors déjà il faut savoir qu’avant l’UTMB, cela faisait 3 ans que je n’étais pas rentré en France, et pas uniquement pour une raison écologique mais déjà tout simplement pour une raison économique. Là, ça a l’air facile, tout explose pour moi, mais c’est tout récent et financièrement, ça n’aurait pas été possible avant. Je n’ai pas de voiture, je me déplace à vélo la plupart du temps, je vis hyper simplement.
Aujourd’hui, je considère que mes déplacements sont professionnels avant tout. Lors d’une invitation sur une course à Oman, j’avais justement fait appel à ma communauté pour leur demander leur avis sur ce déplacement et je n’ai reçu que de la bienveillance, en mode « tu es jeune, profite, voyage, va voir le monde », ce qui m’a plutôt rassuré. Après tout, si j’avais continué dans la voie professionnelle qui s’ouvrait à moi à l’époque, j’aurais mille fois plus pris l’avion que je le prends aujourd’hui mais tout le monde aurait trouvé ça normal puisque je le faisais pour mon travail. J’essaie juste de faire ça de façon intelligente et rationnée.
Entre les élites qui se prennent des influenceurs et les influenceurs qui se prennent pour des élites, deux groupes s’affrontent sur les réseaux sociaux… Ton rêve, c’est de jouer dans quelle catégorie ?
Clément Deffrenne : Je suis et je reste un influenceur, et encore on peut bien m’appeler comme on veut. Je suis un passionné qui cherche juste à partager sa passion… Mais le plus drôle, c’est que si j’essaie d’envisager une « perf », les gens qui me suivent s’en foutent totalement, il n’y a pas d’autre terme pour le dire. Sur l’UTMB, j’avais à cœur de bien faire, de faire un meilleur chrono (Clément Deffrenne a fait 29h19mn34s et se classe 144ème sur 1665 finishers, NDLR). Je m’étais fixé dans ma tête 26 heures, mais sur la quasi-totalité des commentaires, aucun ne fait référence à ce que je pourrais considérer comme un échec sportif. Les rares qui font référence à mon classement sont noyés sous tous les autres, bienveillants à souhait. Alors oui évidemment, si un jour je « perf » j’en serai ravi, mais je ne suis pas positionné là-dessus.
Voir le film de ClemQuiCourt “Comment j’ai gagné l’UTMB” ICI

Ta communauté évoque ton humilité pour expliquer son amour inconditionné alors que tu passes ta journée à montrer ta tête et raconter ta vie sur les réseaux. C’est quand même sacrément ambivalent comme situation, non ?
Clément Deffrenne : Ce qui est drôle c’est que, comme certains acteurs célèbres évoquent leur timidité maladive, je ne suis pas à l’aise à sortir mon téléphone pour me filmer comme je le fais. Avec les réseaux, cela donne le sentiment que c’est facile, mais même pour moi ça n’est pas simple. Le plus drôle c’est lorsque je croise ceux que je considère toujours comme de « vrais influenceurs » et ça me fascine de les voir si facilement partager leur vie avec leur communauté. Il ne faut pas oublier qu’à la base, mes premières vidéos n’étaient destinées qu’à ma famille, pour partager avec eux ma nouvelle vie sur l’Île Maurice, raconter mon premier trail, mes aventures.
Et d’ailleurs, pour en revenir à cette histoire d’acteur, je me vois plus comme un comédien qui fait ou tente de faire de l’humour sur son univers. Et si je n’ai pas une blague, une bonne vidéo à poster, je préfère ne rien poster et attendre le bon moment pour moi sans penser une seule seconde à l’algorithme d’Instagram ou de Tik Tok. Une vidéo de 2 minutes représente souvent 2 à 3 jours de travail, alors autant ne pas le gâcher en se forçant, cela se ressentirait et mon incroyable communauté mérite que mieux que ça.
Cet article a été publié dans le magazine ESPRIT TRAIL n°146.
Vous pouvez vous le procurer en version numérique ou papier ICI





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