Le trail aux Jeux olympiques ? Ce qu’en pense Kilian Jornet
Dans une longue prise de parole, Kilian Jornet a donné en ce début d’année sa vision sur la situation du trail aujourd’hui, tant en terme de professionnalisation que d’internationalisation, de niveau des compétitions ou de lutte contre le dopage. Parmi les points abordés, figure en premier ce qu’il a nommé « Le rêve olympique ? », prenant bien soin de souligner que cet avis ne concerne que lui et ses réflexions personnelles d’athlète européen de haut niveau, et ayant donc un certain parti pris. Retranscription de son analyse.
« Je me souviens de mes débuts en ski-alpinisme en 2002 : l’idée d’une intégration olympique était déjà sur toutes les lèvres. Chaque année, des représentants du CIO assistaient aux compétitions, et chaque année, on avait l’impression que le ski-alpinisme ferait son entrée aux Jeux olympiques. Il a fallu vingt ans pour que cela devienne réalité, et le sport a connu une transformation radicale durant cette période. D’un sport d’alpinisme (principalement des courses de deux à quatre heures, la plupart du temps en équipe), il est devenu un sport de vitesse (les épreuves olympiques durent de trois à huit minutes, tandis que les épreuves de la Coupe du monde durent de vingt minutes à une heure trente).
Je vois ce que l’olympisme a apporté au ski-alpinisme (participation accrue de pays, meilleure visibilité des compétitions dans les médias, soutien renforcé aux athlètes de haut niveau) et aussi ce qu’il n’a pas apporté (la participation des athlètes, notamment amateurs, aux compétitions a fortement diminué – le changement climatique et la diminution de l’enneigement n’ont rien arrangé, le nombre de courses a baissé et les amateurs s’identifient moins aux compétiteurs, leur discipline étant différente de la leur).

Le trail aux JO ? Ni bon ni mauvais…
En résumé, devenir un sport olympique ne signifie pas forcément qu’il gagnera en popularité ni que le nombre de participants augmentera. La plupart des sports olympiques sont des disciplines de niche, et seuls les athlètes de très haut niveau peuvent en vivre, au mieux. Les sports populaires le restent, qu’ils soient olympiques ou non.
Le trail se situe entre les deux. C’est un sport et un secteur florissants, tant par le nombre de pratiquants que par les revenus des athlètes de haut niveau (comparativement à la plupart des autres sports), et au niveau de l’industrie qui l’entoure. Devenir olympique n’apportera rien de particulièrement bénéfique au trail en général, mais je pense que cela ne lui nuira pas pour autant, dans la plupart des cas.
En 2026, World Athletics, en coordination avec l’ITRA et la WMRA, a finalisé une proposition pour les Jeux olympiques d’été de Brisbane 2032. La Golden Trail Series et Salomon ont également fait campagne en ce sens. Et comme le CIO n’aime rien de plus que l’argent et que le trail est un sport en pleine croissance avec une industrie solide derrière lui, le chemin pour participer aux Jeux serait finalement plus facile que pour le ski-alpinisme par exemple.
Un éventuel bénéfice pour les petites nations…
Le trail pourrait sans doute bénéficier d’une participation accrue de nations qui ne s’intéressent pas à la discipline actuellement. Lors de la reconnaissance de la WMRA par l’IAAF (World Athletics) en 2002, on a constaté une augmentation du nombre de coureurs d’Afrique de l’Est, notamment d’Ouganda, d’Érythrée et du Kenya, participant à ses championnats. Cette augmentation était davantage due aux liens et à la structure de la fédération avec l’IAAF qu’à un intérêt intrinsèque pour la discipline.
Aux derniers championnats du monde (Mondiaux de Trail 2025 à Canfranc, en Espagne, NDLR), on a pu observer l’absence de certains prétendants aux médailles, tels qu’Elhousine Elazzaoui et Miao Yao, non par manque d’envie, mais parce que leurs fédérations nationales d’athlétisme, le Maroc et la Chine, ne disposent pas de structures dédiées au trail. Cette situation évoluera probablement si le trail devient une discipline olympique et que ces pays, ainsi que d’autres, développent des structures au sein de leurs fédérations pour soutenir les athlètes de trail.
Une possible perte d’identité
Là où le trail peut souffrir, c’est au niveau de son identité. Aujourd’hui encore, nombreux sont ceux qui peinent à définir ce qu’est le trail, car ils le perçoivent comme une discipline unique plutôt que comme un sport aux multiples facettes. Et même lorsqu’on parle de disciplines, on a généralement tendance à les associer à la distance, ce qui établit un parallèle avec l’athlétisme, sport « le plus similaire ». Or, en réalité, les axes de différenciation des disciplines en trail sont principalement au nombre de deux : la distance et la technicité. On pourrait le comparer au cyclisme, avec ses disciplines : piste, route, gravel et VTT. Chacune d’elles se pratique sur des distances et des terrains différents.
Si le trail devenait une discipline olympique, il n’y aurait pas sept compétitions différentes (comme le trail en montée, le trail classique, le trail court, le trail long, l’ultra-trail, le skyrunning court et le skyrunning long), mais une seule. Or, comme le règlement est la deuxième chose qui importe le plus au CIO après l’aspect financier, le format de cette compétition serait assez fixe et, pour des raisons de confinement télévisuel et de présence du public, le concept de « trail olympique » privilégierait un parcours en boucle plutôt qu’une course linéaire ou en circuit comme celles auxquelles nous sommes habitués. Cela permettrait de créer des zones de forte densité de spectateurs et d’assurer la couverture par drones nécessaire à la diffusion télévisée mondiale.

Des courses moins intéressantes ?
On observe déjà ce phénomène, dans une certaine mesure, dans des compétitions comme la Golden Trail Series. Outre les deux ou trois courses historiques du circuit – qui attirent toujours le plus grand nombre d’élites et de coureurs populaires, et qui génèrent le plus de vues en direct – (Zegama Aizkorri et Sierre-Zinal pour ne citer qu’elles, NDLR), les autres courses tendent à adopter un format en boucle ou « départ/arrivée », plus accessible au grand public. On constate ainsi que ces épreuves, même si elles présentent un intérêt pour les élites en termes de prestige et d’opportunités financières, perdent souvent de leur attrait pour les participants. On observe alors des courses avec de nombreux coureurs d’élite, mais une faible participation, et un intérêt moindre pour le coureur amateur de trail en général.
En théorie, cela ne rend pas les courses moins intéressantes, mais en réalité, c’est souvent le cas. Le fait que les circuits débutent dans un village les oblige à se dérouler à proximité de cette zone urbaine, rendant plus difficile l’accès aux zones plus reculées où la technicité du terrain est souvent plus élevée et où les défis d’endurance sont différents : montées et descentes plus longues, températures plus élevées, etc. Ces circuits comportent davantage de surfaces asphaltées, des dénivelés plus courts qui peuvent certes favoriser la compétition, mais qui éloignent les coureurs des origines mêmes de ce sport. La standardisation des courses peut également laisser présager des circuits moins techniques afin d’éviter les dangers. On peut donc s’attendre à ce que ces courses soient de longs (voire très longs) cross-country.
La conclusion de Kilian Jornet
Cela risque-t-il de dénaturer l’identité du trail auprès des pratiquants, des athlètes olympiques d’élite et des téléspectateurs des Jeux olympiques ? Probablement. Est-ce un problème ? Probablement pas, car ce sport est suffisamment solide pour se passer des Jeux olympiques et ainsi coexister avec deux versions, un peu comme le triathlon. Il existe une discipline olympique qui intéresse les athlètes et quelques fans, et d’autres disciplines (Ironman, semi-distance, triathlons populaires, etc.) où amateurs et professionnels participent, et où l’industrie du sport se maintient indépendamment de ce qui se passe dans la discipline olympique. La diversité des formats et des circuits est suffisante pour que, même si l’un d’eux venait à disparaître, les coureurs amateurs aient toujours de nombreuses possibilités de pratiquer le trail à travers d’autres circuits et événements indépendants, suffisamment solides, voire plus, pour assurer la pérennité du secteur.
Le seul inconvénient d’être olympique sera probablement que chaque coureur de trail devra expliquer plusieurs fois par an, au travail et lors des dîners de Noël, que non, ce qu’ils font ne se limite pas à 10 boucles de 5 km sur un circuit de parkour urbain, mais que le trail comprend aussi de longues courses en pleine nature.
















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