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UTMB : les secrets nutritionnels des élites

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Loin du cliché de la barre énergétique qui sauve une sortie longue ou du gel qui sauve une séance de fractionnés, les élites de l’ultra-trail, quand elles s’élancent sur un tour du mont Blanc, suivent un plan nutritionnel précis, testé et adapté à leurs besoins. Grégoire Dandres, propriétaire de la marque de nutrition sportive Mulebar depuis 2015, s’est penché sur leur stratégie pour mieux élaborer ses propres produits 100% naturels. Son constat : la variété des approches est étonnante.

François d’Haene : la science du liquide

Quadruple vainqueur de l’UTMB (2012, 2014, 2017, 2021), le Savoyard, ex-viticulteur dans la vallée du Rhône et kiné, a bâti sa réputation sur une approche méthodique et pragmatique.

« J’évite les fibres, le gras et les protéines excessives juste avant la course. Ma boisson riche en électrolytes est mon fil d’Ariane : je la bois par petites gorgées, tout le long. Quand le solide ne passe plus, c’est elle qui me tient debout… Et à l’arrivée, je me rattrape sur le salé, les fruits, et beaucoup d’eau minérale. »

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François D’Haene. Photo Jocelyn Chavy

Kilian Jornet : l’instinct et l’adaptation

Enfant prodige du trail mondial, vainqueur de l’UTMB dès l’âge de 20 ans (2008), ses débuts furent… spartiates. Chez lui, la nutrition n’est pas figée : c’est une adaptation permanente, au ressenti, à la météo, à l’altitude.

« Pour mon premier UTMB, je n’avais rien planifié du tout. J’avais juste pris des bananes et un peu d’eau, et c’est tout. À l’époque, on ne parlait quasiment pas de stratégie de nutrition. Aujourd’hui, je fais beaucoup plus attention : je varie plus, j’alterne aliments liquides, vrais aliments, quelques gels mais jamais en excès parce que j’ai appris que trop de gels finissent toujours par me provoquer des problèmes digestifs. Je ne compte pas les calories, je fais tout au ressenti, et je préfère toujours privilégier la vraie nourriture. Je pense que la clé, c’est de tester, d’apprendre sur soi-même et de ne pas hésiter à adapter sa stratégie en fonction des circonstances de la course. »

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Kilian Jornet. Photo UTMB Group

Courtney Dauwalter : l’anarchie maîtrisée

Reine des ultras (3 UTMB gagnés, en 2019, 2021 et 2023, ainsi que plusieurs Western States et Hardrock 100), l’Américaine se reconnaît à ses shorts larges, son sourire et… son absence de stratégie chronométrée.

« Je ne suis pas du genre à faire biper ma montre pour me rappeler de manger, et je ne veux pas m’obliger à m’alimenter toutes les 15 ou 30 minutes pendant une course. Je préfère consommer lentement les calories que j’ai aussi souvent que possible. En gros, je fais un “concours d’alimentation en mouvement”. »

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Courtney Dauwalter. Photo UTMB Group

Katie Schide : l’efficience millimétrée

Âgée de 32 ans, l’Américaine Katie Schide s’est imposée comme l’une des références mondiales de l’ultra-trail, avec deux victoires sur l’UTMB (2022, 2024), une victoire sur la Western States et une sur la Hardrock 100 l’été dernier. Rigoureuse tant dans sa préparation que dans sa gestion nutritionnelle en course, elle s’appuie sur une stratégie rodée et millimétrée.

« J’ai beaucoup appris lors de mon premier UTMB en 2022. Depuis, je teste, j’ajuste, mais il faut être prête à faire différemment si quelque chose ne passe pas. Sur l’édition 2024 de l’UTMB, les deux dernières heures ont été difficiles à cause de crampes d’estomac. J’ai essayé d’ajuster mes apports au fil de la course, mais je sais maintenant que rien n’est jamais acquis, même avec un bon plan. »

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Katie Schide. Photo UTMB Group

Jim Walmsley : l’ingénieur de l’effort

En 2023, l’Américain a fait tomber une barrière, devenant le premier coureur US à gagner l’UTMB, après plusieurs tentatives ratées. Pour y parvenir, il a transformé sa façon de s’alimenter. Walmsley est un coureur scientifique : derrière son style fluide se cache un tableau Excel mental, préparé pièce par pièce.

« Ma nutrition est un sujet très évolutif pour moi, mais lorsque j’ai gagné l’UTMB, j’avais enfin confiance dans mon plan d’alimentation. J’ai utilisé des gels énergétiques saveur passion et des boissons énergétiques, mais aussi de petits rice cakes sucrés ou salés préparés maison avec ma femme. On a totalement supprimé les bonbons et la malbouffe. On a testé toutes les saveurs et combinaisons pendant l’entraînement et en course, toujours en alternant le sucré et le salé pour éviter d’être écœuré. Mon objectif était de passer vite aux ravitaillements, mais aussi d’être très régulier : même si je n’en avais pas envie, je mangeais toutes les 30 à 40 minutes, pour ne jamais me retrouver en manque d’énergie sur la fin. C’est ce qui m’a permis d’être fort dans les derniers kilomètres. »

Jim Walmsley. Photo UTMB Group

Ludovic Pommeret : l’expérience de la longévité

À 50 ans, Ludovic Pommeret, vainqueur de l’UTMB en 2016, de la Diagonale des Fous en 2021, et double lauréat de la Hardrock 100 en 2024 et 2025, a fait évoluer sa stratégie nutritionnelle au fil du temps.

« Avant, je mangeais à la sensation, en me basant sur l’eau et les gels énergétiques. Aujourd’hui, j’ai diversifié avec une alimentation essentiellement liquide et semi-liquide, à base de purées et de boissons enrichies : ça a vraiment changé ma course, j’ai moins de problèmes digestifs et je me sens plus régulier. »

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Ludovic Pommeret. Photo UTMB Group

Mathieu Blanchard : le méthodique

Avec deux podiums sur l’UTMB (2ᵉ en 2022, 3ᵉ en 2021) et une victoire sur la Diagonale des Fous (2024), Mathieu Blanchard, pragmatique et méthodique, accorde une attention particulière à la nutrition, misant sur un plan précis et testé à l’entraînement.

« Mon plan de nutrition pour l’UTMB est extrêmement simple. Je vise 80g de glucides par heure, soit environ 400 kcal/h. J’ajoute en ravitaillement des purées salées, histoire de casser le sucre, et trois petites bouteilles : une de soda, une d’eau plate et une d’eau pétillante. J’essaie toujours d’être minimaliste, et d’épurer au maximum ma stratégie alimentaire d’année en année. »

Mathieu Blanchard. Photo UTMB Group

Anton Krupicka : le minimaliste

Véritable légende du trail américain, Anton Krupicka est souvent salué pour son style ascétique aussi bien dans l’effort que dans la vie quotidienne. Son retour annoncé sur l’UTMB 2025, 11 ans après sa dernière participation, a fait pschitt. Le « Messie » était bien là, mais n’a pas couru, blessé.

« J’essaie de garder les choses simples. Ne pas manger trop de sucre, veiller à prendre une grande salade chaque jour. Prioriser les protéines, souvent sous forme de légumineuses ou de noix. Pour l’ultra, il faut rester pragmatique : beaucoup de glucides, mais pas comme source principale de calories. Surtout, il faut tester et s’écouter, sans jamais se compliquer la vie. »

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Anton Krupicka. Photo UTMB

Ruth Croft : stratégique et adaptable

Néo-Zélandaise installée entre Annecy et son pays natal, Ruth Croft s’est forgé un palmarès international impressionnant. Après sa superbe 2ème place derrière Katie Schide à l’UTMB 2024, elle a survolé l’édition 2025.

« Je m’entraîne à nourrir mon corps comme je vais le faire en course, mais j’ai aussi appris à prévoir des plans de secours si l’estomac ne suit pas. J’essaie de garder les choses simples : beaucoup d’hydratation, une alimentation progressive dans la journée, et surtout ne jamais trop m’éloigner de ce qui a déjà bien marché à l’entraînement. »

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Ruth Croft. Photo UTMB Group

Nutrition des élites, le socle commun

Il est frappant de constater que chez tous ces champions, personne ne mange « pareil ». Certains comptent les calories, d’autres non. Certains chronomètrent chaque prise, d’autres s’en remettent uniquement à leur instinct. Néanmoins, tous ont un socle commun.

– Manger tôt et régulièrement
– Alterner sucré/salé pour éviter l’écœurement
– Tester et ajuster en amont pour « entraîner » l’estomac
– Rester flexible et adapter sa stratégie en fonction des sensations
– Ne jamais négliger l’hydratation et les électrolytes
– S’adapter à la météo

Sans oublier qu’une fois en course, c’est la capacité à adapter sa stratégie en temps réel qui, souvent, fait la différence entre rester en mouvement… ou s’arrêter avant la ligne.

Cet article a été publié dans le magazine ESPRIT TRAIL N°146. Commandez-le en version papier ou numérique ICI

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