Enfer d’Artois : une édition dantesque, Ambroise Bonfils héroïque !

Enfer d'Artois 3 Photo Cyrille Quintard

Après le succès de la première édition, qui avait attiré près de 400 coureurs, l’Enfer d’Artois 2023 était de retour le 9 décembre avec un format toujours aussi original : courir 6 heures durant sur une boucle de 9,4 km offrant 400m de dénivelé sur un site mémorable. 3 heures de jour, 3 heures de nuit, avec comme objectif de faire le plus de tours possible. Et cette fois-ci encore, la météo a rendu l’épreuve terrible. Didier Lieven, animateur de course de l’épreuve, s’est confié à Esprit Trail. Bienvenue en enfer !

Enfer d’Artois : 500 traileurs prêts au combat

Tempête, pluies diluviennes, arbres déracinés, la météo des semaines et jours précédents ne présageait rien de bon dans ce coin du Nord de la France. Pour qui connaissait le site de la colline de Notre-Dame-de-Lorette, surnommée « la colline sanglante » car elle fut le témoin des combats de la Première Guerre mondiale, cette édition allait ressembler en tous points à la « Der des Der » du Trail des Poilus, courue ici même en 2018. À l’époque, pluie, froid et boue avaient fait de cette dernière édition un véritable enfer, sur cette colline de Lorette culminant à 165 mètres et qui porte encore les stigmates des terribles combats qu’elle a abrités, creusée de tranchées, éventrée par les bombardements.

Mais rien ne peut arrêter les valeureux traileurs de la région de Lens et du Nord, et nombre d’entre eux étaient de retour à Ablain-Saint-Nazaire, à la fois soucieux et déterminés, pour vivre une aventure extrême dans le cadre de cet Enfer d’Artois. D’ailleurs, l’attrait de cette nouvelle épreuve a été tel que cette année, l’équipe organisatrice a dû clôturer les inscriptions plus d’un mois avant la date de la course, la limite des 500 inscriptions ayant été atteinte. Et même un peu dépassée.

Enfer d'Artois 4 Photo Cyrille Quintard
Photo Cyrille Quintard

Enfer d’Artois : dernier hommage avant le grand départ

Pas de température glaciale cette année, plutôt un temps bien gris et pluvieux, « avec un ciel si bas qu’il fait l’humilité », comme le chantait le grand Jacques Brel. À une heure qui convient davantage à la sieste qu’aux ébats dans la boue, sous la pluie et bercé par de brèves rafales de vent, le peloton écoutait respectueusement la lecture d’une Lettre d’un Poilu à sa famille. Cet hommage, face à plus de 19000 tombes, rappelait si besoin la souffrance endurée par nos aïeux sur ce site marquant de la Guerre 14-18. Une volonté de perpétuer le devoir de mémoire à laquelle les deux organisateurs, Jacky Clément et Christophe Szrama, sont très attachés.

« 6 heures de course à pied, ce n’est finalement pas grand chose. Rappelez-vous cette lettre quand vous serez dans le dur tout à l’heure », chuchota le speaker avant de libérer la troupe à 13h52 précises. Les 432 hommes et les 85 femmes pouvaient enfin démarrer derrière le directeur de course qui, sur son VTT, les emmenait dans un premier tour de chauffe long d’un kilomètre, histoire d’étirer le peloton. Et pile-poil à 14h00, la tête du peloton passait sur le tapis de chronométrage. L’Enfer d’Artois venait de débuter. Highway to Hell, le tube d’ACDC, aurait été de bon ton…

Enfer d'Artois 2 Photo Cyrille Quintard
Photo Cyrille Quintard

Enfer d’Artois : une boucle vraiment infernale

À peine 200 mètres parcourus dans un sous-bois broussailleux, qu’une descente de 300 mètres à 20% attendait les coureurs. Les crampons des chaussures n’étant pas encore encrassés, bon nombre d’entre eux parvenaient en bas sans encombre, mais redoutant déjà le passage au prochain tour, certainement plus périlleux. Une fois en bas de la pente, les concurrents allaient savourer plus d’un kilomètre dans un labour bien gras, en bordure de forêt, pour retrouver un chemin caillouteux. Ouf ! Sauf qu’immédiatement, ce sont quelques centaines de mètres d’une pente à 10% qui les attendait, pour remonter au Grand Éperon. Et là-haut, le souffle court, déjà trempé et plein de boue, regarder sa montre était un acte fatal pour le moral : à peine 2 km de parcourus !

Et cela allait s’enchaîner sans arrêt, jamais de relâche. Ou si peu. Et quand, au 4ème kilomètre, arrive enfin une pâture en faux plat descendant pour permettre de souffler, bingo : gros vent de face ! Heureusement, les concurrents pouvaient trouver un peu d’humanité auprès des bénévoles qui, au Stade d’Ablain puis au Bas de Chauffour, offraient un petit ravitaillement, mais surtout des sourires et des encouragements. Et il en fallait pour remonter au sommet de la Colline de Lorette, maintes fois prise, perdue et reprise par les Poilus en 1915. Venait alors le dernier kilomètre de cette boucle infernale, qui permettait de longer l’anneau de la Mémoire, où plus de 500 000 noms de soldats sont gravés sur une centaine de panneaux, puis de contourner les alignements de tombes de Poilus.

Enfer d'Artois 4 Photo Cyrille Quintard
Photo Cyrille Quintard

Enfer d’Artois : le défi des 6 tours

Le principe de l’épreuve est simple : faire autant de tours que possible, avec possibilité de jeter l’éponge à tout moment. Sur cette édition, 44 coureurs se contenteront d’ailleurs d’un seul tour avant d’aller se réchauffer. Et se sécher. Pour les plus endurants, il faut jouer avec la barrière horaire. Jusqu’à 19h01 précises, soit 5 heures et 1 minute de course, tous les concurrents peuvent s’élancer pour un nouveau tour, quel que soit le nombre de tours effectué jusque-là.

Ainsi, lors de la première édition, le vainqueur, Jean-Baptiste Lalart, ultra-traileur expérimenté, avait réussi à faire 6 tours en 5h 15mn 17s, échouant de 14 minutes à s’élancer sur un 7ème tour. Mais le terrain beaucoup plus boueux de cette édition, qui se déroulait dans le sens inverse de l’an dernier, ne permettrait certainement pas de battre ce record. Même réussir à s’élancer sur un 6ème tour semblait hors de portée, de l’avis des observateurs. Cependant, un homme, un seul, allait réussir à faire mentir ces pronostics : Ambroise Bonfils.

Il lui fallut à peine plus de 50 minutes pour boucler les 9,4 km de son premier tour. Quelques audacieux l’accompagnaient encore, mais ils allaient rapidement rendre les armes, ne pouvait suivre l’allure du Marnais. Au fil des passages, le terrain devenait de plus en plus glissant, défoncé et viscéralement rancunier. L’organisation prit même la décision de modifier des passages pour sécuriser la course. Les Chtis sont humbles et rarement excessifs, mais il arrivait d’entendre parler d’une difficulté digne de la « Barkley ». Et un mot revenait sur presque toutes les lèvres : « DAN-TES-QUE ».

Enfer d'Artois 4 Photo Cyrille Quintard
Photo Cyrille Quintard

Enfer d’Artois : Ambroise Bonfils, vainqueur héroïque

Au fil des tours, Ambroise Bonfils ralentissait bien sûr l’allure pour mieux gérer sa course, mais tenait le cap. 53 minutes au 2ème tour, un peu moins d’une heure pour le 3ème, 1h 05 pour le 4ème, il filait seul en tête, sans concurrence. Un 5ème tour en 1h09 lui permettait de passer la barrière horaire de 19h01 et de s’élancer sur un sixième tour. Il était le seul à y parvenir. Il le bouclait en 1h13 et pouvait lever les bras : il venait de remporter l’Enfer d’Artois 2023 !

Ambroise Bonfils devance Quentin Rabette (Métropole Nature Trail Villeneuve d’Ascq – MNTV), auteur d’une belle remontada pour boucler 5 tours en 5h16. Jean-François Delbecq (Dijon Singletrack), après une course toute en sagesse, termine 3ème en 5h19. Ils seront 22 hommes et une femme à avoir réussi à boucler plus de 5 tours cette année.

Enfer d'Artois Photo Jean-Pierre Carpentier
Photo Jean-Pierre Carpentier

Enfer d’Artois : 5 tours pour Caroline Buyse

C’est Laetitia Clivot, coéquipière d’Ambroise Bonfils à l’AV3S (Athletic Villacerf 3 Seine – 51) qui passait en tête de la course féminine au 1er tour, calée en 62ème position. Partie avec un ami, elle allait cependant rapidement se rendre compte qu’elle était en sur-régime et allait devoir lever le pied. Elle terminera à une belle 5ème place. Derrière elle, Caroline Buyse (vice-championne de Belgique de trail long) et Anaïs Gonzalez (vainqueure du Trail Tour National 2022), coéquipières au Métropole Nature Trail Villeneuve d’Ascq – MNTV, avaient décidé de courir ensemble jusqu’à ce que le sort décide. À la fin du 3ème tour, Anaïs s’arrêtait pour se changer et ravitailler alors que Caroline engageait sa 4ème révolution sans s’arrêter. La messe était dite. La championne belge s’offrait même le luxe de partir pour une 5ème boucle. Elle sera la seule femme à y parvenir, terminant à la 21ème place au général.

Anaïs Gonzalez prend la 2ème place, avec 4 tours en 5h 06. La troisième place sur le podium allait se décider lors de la dernière boucle entre la jeune Romane Coppin, bien régulière depuis le départ, qui pensait avoir fait le plus dur pour s’assurer une breloque, et l’expérimentée Sandrine Martel. Partie pour son 4ème tour avec un retard d’environ 2 minutes sur sa cadette de 30 ans, Sandrine Martel allait fondre sur sa proie pour la doubler au dernier checkpoint, soit à 3 km de l’arrivée. L’expérience avait parlé.

Enfer d’Artois : vivement 2024 !

Comme dans tout bon village Chti, tout cela s’est terminé à l’Estaminet de Lorette, autour d’une frite-carbonade arrosée d’une Page24, la bière du coin. Encore couverts de boue mais bien au chaud, dans un estaminet plein comme un œuf, on entendait à chaque table les coureurs qui refaisaient l’Enfer. Secrètement, ils se savaient devenus des héros, de celles et de ceux qui pourront dire “J’y étais” ! Et ils demandaient déjà la date pour 2024…

Voir les résultats complets ICI

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