Courtney Dauwalter, de record en record
3 courses, 3 victoires, 3 records. Cette année, quand Courtney Dauwalter prend le départ d’une course, elle la gagne et s’empare du record de l’épreuve. Retour sur les performances ahurissantes de l’ultra-terrestre féminine, et sur la suite de sa saison.
Courtney Dauwalter : 4 records mythiques
Imbattable ! Depuis juin 2019 et son abandon sur la Western States Endurance Run, Courtney Dauwalter a remporté toutes les courses de plus de 100km auxquelles elle a participé. Mieux, sur ses 4 dernières courses, la traileuse de 38 ans (depuis le 13 février) s’est imposée en battant à chaque fois le record de l’épreuve. Diagonale des Fous, Bandera 100K, Western States Endurance Run, Hardrock 100 : rien ne lui résiste. Même l’enchaînement WSER / Hardrock 100, 2 courses très exigeantes séparées de seulement 3 semaines, n’a pas freiné l’ardeur de l’Américaine. Elle devient la première athlète au monde à réussir le doublé la même année. Et première athlète à détenir les records absolus de 4 des courses les plus prestigieuses de la planète : la Diag’, la WSER, la Hardrock 100 (dans les 2 sens) et l’UTMB ! Retour sur un début de saison 2023… ahurissant.

Bandera 100K, premier exploit de 2023
Tout commence le 8 janvier 2023. Courtney Dauwalter s’aligne au départ de la Bandera 100K, au Texas. La raison : ce parcours composé d’une boucle de 50 km et 2050m D+ à réaliser deux fois permet aux 2 premiers du classement masculin et aux 2 premières du classement féminin d’obtenir un « Golden Ticket » pour la Western States Endurance Run. La WSER est l’une des courses les plus mythiques des États-Unis, au nombre de places strictement limité. Et c’est surtout l’un des 2 piliers du pari fou de l’Américaine en cette année 2023. En effet, elle a décidé de se tester sur l’enchaînement de cette course, prévue le 24 juin, et de la Hardrock 100, l’autre mythe de l’ultra américain, programmée le 14 juillet. Et quand Courtney a une idée en tête…
Bien évidemment, l’athlète du team Salomon n’a pas laissé passé l’occasion d’obtenir son « ticket d’or ». Non seulement elle a remporté la course féminine et terminé 6e au scratch, mais comme si cela ne lui suffisait pas, elle s’est emparée du record de l’épreuve, détenu depuis 2017 par sa compatriote Stephanie Howe. Cerise sur le gâteau, en améliorant de 9 minutes le précédent chrono, Courtney Dauwalter est devenue la première femme à descendre sous les 9 heures (8h 59mn), malgré le terrain rendu boueux et glissant par les pluies. Un premier exploit qui en augurait d’autres…
Le défi WSER / Hardrock 100
« On a réussi ! », s’est-elle alors modestement contenté de commenter sur ses réseaux sociaux ! « Mes raisons de courir la Bandera 100K étaient de m’amuser, d’explorer le Texas et d’essayer une course que je n’avais jamais faite. Mais surtout je voulais vraiment un ticket d’or pour Western States 100 cet été. Incroyablement excitée d’avoir la chance de courir à nouveau ce 100 miles entre Olympic Valley et Auburn! » Et l’Américaine de préciser : « Faire le doublé Western States – Hardrock attise ma curiosité depuis quelques années. Deux courses de 100 miles complètement différentes à seulement trois semaines d’intervalle semble être un défi complètement fou que j’aimerais tenter. Et je suis très excitée d’avoir la chance de pouvoir le faire ! »

Western States Endurance Run : une course exceptionnelle, un record pulvérisé
Lorsqu’elle s’est présentée sur la ligne de départ de la WSER à Olympic Valley, en Californie, samedi 24 juin au petit matin, Courtney Dauwalter était déjà considérée par la plupart des spécialistes comme la plus grande ultra-runneuse de l’histoire. 15 heures 29 minutes et 33 secondes plus tard, l’Américaine avait levé tout doute possible, pulvérisant le record du parcours féminin de 78 minutes et devançant sa compatriote Katie Schide, gagnante de l’UTMB 2022, de 1 heure et 13 minutes.
Ce chrono stratosphérique, qui lui a valu la 6ème place au général, devant des athlètes réputés tels que Mathieu Blanchard pour ne citer que lui, aurait valu à l’Américaine la 2ème place au général en 2022 ! Il était plus rapide que 2 des 7 derniers chronos des vainqueurs masculins de la WSER ! D’autant plus exceptionnel qu’il a été obtenu sans l’aide d’un pacer, alors qu’ils étaient autorisés à partir du 100e kilomètre ! Et que ses temps sur la deuxième moitié de la course ont été tout simplement inimaginables, les plus rapides de tous les concurrents sur certains segments, laissant les spécialistes de l’ultra incrédules.
« C’était cool d’être de retour ici et d’atteindre la ligne d’arrivée après avoir abandonné en 2019 », a simplement commenté Courtney Dauwalter, qui s’était déjà imposée ici en 2018.
Lire notre article : Courtney Dauwalter, la performance de la décennie ?

Hardrock 100 : no pain, no gain
« Sans souffrance, pas de victoire. » Telle sera sans doute la leçon que retiendra Courtney Dauwalter de cette Hardrock 2023, où elle a avoué avoir souffert comme rarement. Mais quelle récompense à l’arrivée ! 3 semaines seulement après sa course record à la Western States Endurance Run, l’Américaine a traversé les montagnes de San Juan dans le Colorado, pour aller embrasser la première le célèbre rocher à tête de bouc symbolisant l’arrivée.
Son temps : 26 heures 14 minutes et 8 secondes, la place 4ème au général, à à peine 2 minutes du podium. Elle est ainsi devenue le premier athlète, tous sexes confondus, à remporter la Hardrock 100 et la WSER la même année. Et a s’emparer du record absolu de l’épreuve, tous sens confondus. Mais que ce fut dur ! « J’avais l’impression de ne pas avoir les jambes aujourd’hui, mais j’ai été patiente. Aujourd’hui, c’était vraiment difficile », a déclaré la championne américaine à l’arrivée.

Hardrock 100 : comment Courtney Dauwalter a su surmonter la douleur
Puis, 24 heures plus tard, elle a donné une interview à nos confrères d’iRunFar, où elle est revenue plus longuement sur sa course. Alors que l’intervieweuse lui signifie qu’elle ne l’a jamais vu avec un visage de souffrance aussi marqué durant une grande partie de la course, Courtney Dauwalter précise : « La douleur est venue presque immédiatement, dès le départ. Même la première partie, je me sentais fatiguée, et c’était dur. Je me suis demandé ce qui n’allait pas. Genre, où sont mes jambes ? Où sont mes bras ? Où sont mes poumons ? Et où est ma tête ? Parce que rien ne fonctionnait ensemble. Et c’est resté comme ça à peu près toute la course. C’est une course où j’ai dû m’arracher pour aller chercher chaque mile. Aucun d’entre eux n’est venu gratuitement. C’était un effort total tout le temps. »
Plus tard, alors qu’on lui demande comment, dans ces conditions, elle est parvenue à se dépasser, Courtney Dauwalter apporte des précisions. « J’ai accepté la situation. J’ai accepté l’idée que j’étais fatiguée, et j’ai donc essayé de ne pas trop me concentrer là-dessus. À la place, je me suis installée avec ce sentiment, je n’ai pas cherché à lutter contre. Je n’avais pas les solutions pour aller mieux, la seule chose que je pouvais faire, c’était attendre que les choses s’arrangent. Me donner du temps. »
Hardrock 100 : Anne-Lise Rousset exceptionnelle
À propos de Anne-Lise Rousset, qui a pendant longtemps mené la course, Courtney Dauwalter exprime toute son admiration. « J’ai adoré (être à la lutte avec elle durant la première moitié de,la course). Anne-Lise est incroyable. C’est une personne merveilleuse et si forte. Je l’ai rencontrée l’année dernière au Grand Raid, donc, nous nous connaissions déjà en quelque sorte, mais hier nous avons couru ensemble quelques kilomètres et c’était cool. […] C’est une coureuse très forte en général, mais c’est sûr qu’elle va très vite dans les descentes. À chaque fois, elle me semait, et je la rattrapais dans les montées… Elle est si forte, son jeu de jambes est si bon. »

Courtney Dauwalter : quelle fin de saison ?
C’est la question qui brûle toutes les lèvres. Que va faire Courtney Dauwalter pour la suite de la saison ? Et c’est bien sûr la question que n’a pas manqué de lui poser notre confrère d’iRunFar . Mais l’Amércaine reste évasive. « Il y a encore beaucoup de courses un peu partout dans le monde, mais pour l’instant je n’y pense pas, c’est loin tout ça… […] Bien sûr, j’ai quelques idées pour août ou septembre, mais j’ai besoin de me donner un peu de temps, d’évaluer mon organisme, comment je me sens. Parce qu’hier, dans les derniers miles, je me disais : “Je ne sais pas si je franchirai un jour une autre étape”. C’était si dur… »
Dans 6 semaines aura lieu l’édition anniversaire des 20 ans de l’UTMB. Et, assurément, tout le monde rêve d’y voir Courtney Dauwalter continuer d’écrire l’histoire du trail féminin…
































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