Dernier run pour Mark Godale, la légende de l’ultra

MARK GODALE X 3

Il aura couru plus de 1000 courses, dont plus de 25 ultras-trails. Il comptait également à son actif 29 marathons de Boston consécutifs, dont le dernier pas plus tard que le 18 avril 2022. La légende américaine de l’ultra-running Mark Godale est brutalement décédé le 13 juin, à l’âge de 51 ans.

À 20 ans, un premier marathon en 3h17

Il y a des individus qui ont des aptitudes, et d’autres qui en ont moins. C’est en 1990, à l’âge de 20 ans, que Mark Godale s’est aligné sur son premier marathon, sur un coup de tête. Et il a tout de suite montré qu’il était de la catégorie des doués. 3h17 pour son premier essai, un chrono qui en disait long sur ses aptitudes. Si au cours des années qui ont suivi il est rapidement passé sous la barre des 3h, ce n’est qu’en 1994, alors âgé de 24 ans, qu’il a commencé à quitter la route pour courir des ultras.

Premier ultra, premier podium

En 1995, Mark Godale s’aligne sur son premier 100 miles (160km). Malgré l’absence de références sur cette distance, l’organisateur le laisse prendre le départ, l’athlète étant connu pour ses perfs sur route. Et puis le Mohican 100 est dans l’Ohio, son État de naissance. Mark, l’enfant du pays, terminera deuxième. Le virus l’a contaminé. S’il continue parallèlement à courir sur route, essentiellement des marathons, il programme plus d’ultras à partir de 1997. Notamment la célèbre Western States 100, qu’il a courue 7 fois au total.

MARK GODALE X 3
© DR

1999, année de la consécration

En 1999, Mark Godale est récompensé du titre de coureur d’ultra-distance de l’année 1999 par l’USAFT, la Fédération Nationale d’Athlétisme des États-Unis. Et en terme d’ultra-distance, rien ne lui fait peur. Il participera ainsi en France aux Championnats du Monde du 100km, à Chavagnes-en-Paillers, où il terminera 32e et établira son meilleur chrono sur 100km de tous les temps, en 7h08mn. La même année, il s’alignera sur la terrible Badwater 135 à travers la Vallée de la Mort, dans le désert des Mojaves, en Californie. Terminant 3e, il déclarera : « J’aime le défi, à la fois physique et mental. Et combien de personnes peuvent dire qu’elles ont traversé Death Valley à la mi-juillet ? »

Courir, un choix de vie

Dans les années 2000 à 2010, Mark Godale a enchaîné les ultra-distances et les performances, sur route comme en trail, devant même champion du monde en remportant le Masters World Champion 100K en Argentine en 2005. Si, depuis 2012 et une blessure au genou, des douleurs persistantes l’avaient obligé à réduire ses participations aux courses, pour rien au monde il n’aurait raté son rendez-vous annuel avec le marathon de Boston. Sur sa page bio de la Fédération Nationale d’Athlétisme des États-Unis, il avait ajouté : « Courir n’est pas une punition, mais un choix de vie. Je suis reconnaissant chaque jour de pouvoir courir. Il y a tellement de gens qui n’ont pas la possibilité de courir à cause de maux physiques, je pense à tous les points positifs que j’ai et ne m’attarde pas sur les points négatifs. Chaque jour où je franchis la porte est une excellente journée pour courir ! Je crois que plus de gens doivent prendre de bonnes habitudes. »

L’hommage de Scott Jurek

Sur ses réseaux sociaux, l’ultra-marathonien américain Scott Jurek a tenu à rendre un bel hommage à son compagnon d’aventures.

« Mark a tout fait. Il était un champion national, un détenteur de records américains, un coureur des plaines de l’Ohio venu conquérir les montagnes des États de l’Ouest. Je l’ai rencontré dans les ultras des années 90 alors que nous n’étions qu’une poignée de coureurs d’une vingtaine d’années qui vivions notre passion. […] Mark m’a encouragé à “maîtriser toutes les distances sur tous les terrains”. Je me souviens du jour où il m’a trouvé sur l’Appalachian Trail, au milieu d’une nuit pluvieuse en Nouvelle-Angleterre, quand j’avais le plus besoin d’un ami. Il pouvait à peine marcher (arthrite osseuse) mais il m’a accompagné et nous avons trébuché sur le sentier jusqu’à 2 heures du matin. Ces moments avec Mark ont été l’une des nombreuses aventures que nous avons vécues à travers le monde, et je ne peux pas croire qu’il n’y en aura plus.

Malgré toutes ses souffrances, il avait de l’esprit et était capable de faire rire tout le monde. Il était en proie à des blessures causées par des maladies aiguës et chroniques, mais il s’efforçait de continuer à avancer. Il souffrait bien plus qu’il ne le laissait jamais entendre. Cela ne m’a même pas surpris quand il s’est présenté à mon mariage avec des béquilles ! Il y a eu des années où il pouvait à peine marcher, mais il a encore réussi à terminer le marathon de Boston avec son frère Steve cette année, pour la 29e fois de suite. L’année prochaine aurait été leur 30e arrivée consécutive. Il n’y avait rien de mainstream chez Godale, mais il représentait beaucoup de choses pour beaucoup de gens. Il était un fils, un frère, un artiste et surtout un père dévoué. Il a eu un impact sur tant de vies, il nous a tous inspirés à faire l’impossible. Nous avions encore de nombreux kilomètres à parcourir ensemble, et la prochaine fois que je trébucherai dans les bois, je sais qu’il sera là, avec moi. Cours en paix, mon ami. »

SCOTT JUREK ET MARK GODALE
Scott Jurek à gauche, avec Mark Godale © Instagram Scott Jurek / DR

0 réponses

Laisser un commentaire

Rejoindre la discussion?
N’hésitez pas à contribuer !

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *