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Run Like Her : portraits de femmes au cœur du stage 100 % féminin du Kaçkar

Photo @acanavc (Ahmed Can Avci) pour @kackarbyutmb

Cet été, le massif du Kaçkar, dans le nord-est de la Turquie, a accueilli Run Like Her, un stage de trail réservé aux femmes, organisé en marge du Kaçkar by UTMB. Originaires de Russie, de Turquie ou d’Afghanistan, quatre d’entre elles ont accepté de raconter à Cécile Bertin, avec leurs mots, ce que ces montagnes ont révélé en elles.

Run Like Her : le témoignage de Başak Ağdaş Ünal

Instagram : @agdasbasak

Capitaine de l’équipe ASICS FrontRunner Turquie, Başak Ağdaş Ünal jongle entre une carrière dans l’agroalimentaire et l’ultra-trail. Coureuse depuis quinze ans, elle a découvert les sentiers il y a une dizaine d’années et n’a plus quitté les montagnes depuis.

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Başak Ağdaş Ünal. Photo @acanavc (Ahmed Can Avci) pour @kackarbyutmb

Le sport a toujours occupé une grande place dans ma vie. J’ai commencé à courir il y a presque 15 ans, et j’ai découvert le trail il y a environ 10 ans, en parallèle de ma carrière en entreprise. J’ai toujours aimé être dans la nature, le trail m’a donc semblé très naturel : j’aime la liberté de courir en montagne, et cet équilibre entre ma vie professionnelle et ma vie d’athlète que les sentiers m’aident à trouver plus facilement. Depuis, le trail est devenu une part très importante de ma vie.

Mon premier trail faisait 17 kilomètres, et c’était vraiment éprouvant ! Mais c’est exactement ce que j’ai aimé : le défi, me pousser dans mes retranchements, découvrir de quoi j’étais capable. Après cette course, j’ai tout de suite su que je voulais continuer.

Başak Ağdaş Ünal : “Le trail m’a appris la patience.”

Le vrai déclic est venu plus tard, quand j’ai commencé à courir de plus longues distances sur les sentiers. J’adorais passer des heures en montagne et continuer même quand j’étais fatiguée. J’ai réalisé que le trail n’est pas seulement physique pour moi, mais aussi mental : il m’apprend la patience, la concentration et la persévérance quand les choses deviennent difficiles. C’est là que je me suis dit : « Oui, c’est mon sport et ma place est ici. »

Il y a quelque chose de très spécial dans les montagnes du Kaçkar. J’aime la nature sauvage, les montagnes vertes, les nuages et l’atmosphère mystérieuse, qui leur donnent un caractère unique. Ce stage a été une magnifique opportunité d’explorer ce bel endroit, de courir dans ce paysage incroyable et de partager cette expérience avec d’autres femmes qui ont la même passion pour le trail. Je crois que c’est exactement ce qu’est « Run Like Her ». On adorerait voir toutes celles qui partagent cette passion au Kaçkar by UTMB en septembre !

Run Like Her : le témoignage de Beyza Güzel

Instagram : @beyzaguzel1

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Beyza Güzel. Photo @acanavc (Ahmed Can Avci) pour @kackarbyutmb

Architecte d’intérieur et à la tête de sa propre entreprise de design, Beyza Güzel a découvert la course pendant le confinement, avant que son mari ne l’initie au trail. Elle se révèle dès 2023 sur le Trail Alsace by UTMB, où elle termine 4ème de son tout premier 100 km. Depuis, elle enchaîne les victoires féminines sur les ultras turcs, dont le Kapadokya Ultra Trail 119 km et l’Efes Ultra 60 km en 2024 et 2025, et vient de remporter l’Uludağ Premium Ultra Trail 70K.

Je suis en réalité architecte d’intérieur, et je dirige ma propre entreprise de design. Le sport a toujours fait partie de ma vie, mais je n’avais jamais imaginé que la course deviendrait une part aussi importante de qui je suis aujourd’hui. Tout a changé pendant la pandémie du Covid, quand les salles de sport ont fermé : j’ai commencé à courir simplement pour rester active. Puis un jour, en sortant courir, j’ai rencontré l’amour de ma vie, mon mari. C’est grâce à lui que j’ai découvert le trail, et c’est là que mon vrai parcours a commencé.

Il y a cinq ans, je n’aurais même pas pu imaginer courir un kilomètre. Aujourd’hui, je cours des distances de plus de 100 kilomètres en montagne. Le trail m’a montré que nos limites ne sont souvent que celles auxquelles on choisit de croire : chaque sentier, chaque montée, chaque ligne d’arrivée me rappelle qu’on est capable de bien plus que ce qu’on imagine. Pour moi, le trail, c’est bien plus qu’un sport, c’est une façon de découvrir qui je suis, d’apprendre à me faire confiance, et de trouver la liberté dans la nature.

Je me souviens très bien de ma première course. J’étais complètement inexpérimentée et je n’avais aucune idée de ce qui m’attendait. Je ne pensais pas au résultat, je voulais juste finir et profiter de l’expérience. Quand j’ai franchi la ligne d’arrivée et réalisé que je faisais partie des trois premières femmes, quelque chose a changé en moi : ce moment n’était pas seulement une histoire de podium, c’est là que j’ai compris que j’avais trouvé quelque chose auquel j’appartenais vraiment. À partir de ce jour-là, j’ai su que le trail serait bien plus qu’un loisir, un chemin pour découvrir de quoi j’étais capable, physiquement et mentalement.

Beyza Güzel : “Être entourée de femmes qui se soutiennent, c’est incroyablement puissant !”

Le vrai moment de bascule est venu pendant ma première course de 100 kilomètres, le Trail Alsace by UTMB. C’était ma première année de trail, je n’avais pas beaucoup d’expérience, mais je n’avais pas peur : je me sentais à ma place dans ces montagnes, dans cette ambiance, dans cette communauté. Mon seul objectif était de tout donner. Pendant environ 65 kilomètres, j’ai mené la course féminine. L’épreuve était retransmise en direct, et tellement de personnes de mon pays suivaient mon parcours, je n’en revenais pas ! Je me souviens encore de Siri qui me lisait les messages de soutien dans mes AirPods, chaque message me donnant un peu plus de force et me rappelant de continuer à croire en moi.

Bien sûr, mon manque d’expérience m’a rattrapée dans la dernière partie de la course. Après 70 kilomètres, les athlètes plus expérimentées m’ont dépassée, et j’ai terminé quatrième féminine. Mais cette journée n’a jamais été une histoire de résultat : elle m’a montré que mes capacités étaient bien plus grandes que ce que j’avais imaginé. Pour la première fois, j’ai réalisé que je pouvais rivaliser avec certaines des meilleures traileuses du monde. Et c’est là que je me suis dit : « Oui, c’est ici que je suis à ma place. »

Je crois sincèrement que derrière chaque femme forte, il y a d’autres femmes fortes qui l’encouragent, et c’est exactement pour ça que j’étais au Kaçkar. Ces montagnes sont à couper le souffle, mais ce qui rend cette expérience vraiment spéciale, ce sont les gens : être entourée de femmes qui s’inspirent, se soutiennent et se célèbrent les unes les autres, c’est incroyablement puissant. Pour moi, ce stage, c’est bien plus que courir. C’est partager des histoires, apprendre les unes des autres, tisser des liens sincères, et se rappeler mutuellement qu’on peut toujours aller plus loin qu’on ne le pense. Les montagnes nous rassemblent, mais c’est l’énergie de cette communauté qui rend cet endroit inoubliable.

Run Like Her : le témoignage de Fatima Painda

Instagram : @paindafitness

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Fatima Painda. Photo @acanavc (Ahmed Can Avci) pour @kackarbyutmb

Infirmière-cheffe adjointe aux urgences au Royaume-Uni et ambassadrice de l’association Free to Run, Fatima Painda a grandi dans les montagnes afghanes avant de fuir son pays avec sa famille à l’arrivée des talibans. Elle découvre le trail running en 2021, après la chute de l’Afghanistan, et en fait depuis un vecteur d’engagement pour les femmes et les filles de son pays. Parmi ses résultats marquants : la CCC 100 km en 2024, où elle est l’une des toutes premières Afghanes finishers, et la Manaslu Trail Race 150 km au Népal en 2025.

J’ai grandi dans les magnifiques montagnes d’Afghanistan, où je me sentais libre et sans peur. Je ne savais même pas que le trail running existait, pour moi courir était tout simplement une façon de vivre : chaque jour, je courais pour aller à l’école, parce que c’était à une heure de marche de chez moi et que je ne voulais pas être en retard. Mais ces montagnes m’ont été enlevées quand j’ai dû quitter mon pays, devenue réfugiée à cause des talibans.

Commencer une nouvelle vie a été difficile, et les montagnes m’ont toujours appelée. J’ai découvert le trail running en 2021, après la chute de l’Afghanistan aux mains des talibans. À travers le trail, je porte l’espoir de millions de femmes et de filles de mon pays, où elles vivent aujourd’hui sous un système d’apartheid de genre, privées de leurs droits humains fondamentaux, y compris l’éducation et la liberté de mouvement, et réduites au silence. Aujourd’hui, je revis mon enfance dans les montagnes afghanes à travers le trail et la course en montagne, non seulement en tant qu’athlète, mais aussi en tant que porte-drapeau de la tolérance et de l’émancipation des femmes.

Fatima Painda : “Le trail est aussi devenu un tournant pour moi, alors que les règles injustes des talibans continuent d’effacer les femmes et les filles de la société! ”

Ma première course de trail fut l’ETC by UTMB, et j’ai eu l’impression de retrouver le chemin de la maison : courir à travers les montagnes a fait ressurgir les sensations de mon enfance, quand la nature était mon terrain de jeu et que les montagnes faisaient partie de mon quotidien. Le trail est aussi devenu un tournant pour moi, alors que les règles injustes des talibans continuent d’effacer les femmes et les filles de la société. Je me suis lancée dans un défi mondial : courir des trails, des marathons et gravir des montagnes à travers le monde, dans 26 villes par ordre alphabétique, dans le but de sensibiliser et de récolter des fonds pour Free to Run, afin de soutenir les femmes et les filles de mon pays dans la poursuite de rêves qui semblent impossibles.

Les montagnes du Kaçkar occupent une place particulière dans mon cœur. Chaque kilomètre à travers leur beauté sauvage, leurs paysages à couper le souffle, un sourire échangé avec les habitants et la communauté locale, tout me rappelle mon pays, l’Afghanistan… un pays que je ne peux que rêver de revoir un jour. Être dans ces montagnes me reconnecte à mon pays et à ses souvenirs, que je porte avec moi où que j’aille : cette sensation familière d’être entourée par la nature, les montagnes, la résilience de cette terre et le lien avec les gens et leur culture.

Pour moi, le trail, c’est bien plus qu’une compétition ou une ligne d’arrivée. Ce sont des stages comme celui-ci, et des projets comme Run Like Her, qui permettent de donner du pouvoir et d’inspirer les gens, en particulier les femmes, à travers le mouvement dans la nature et la montagne, pour poursuivre leurs rêves.

Run Like Her : le témoignage d’Elena Polyakova Kırık

Instagram : @e.lena.polyakova

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Elena Polyakova Kırık. Photo @acanavc (Ahmed Can Avci) pour @kackarbyutmb

Née en 1981 à Znamensk, une ville fermée de Russie, Elena Polyakova Kırık a d’abord été bodybuildeuse avant de tout plaquer pour l’ultra-trail. Agente de voyage saisonnière à Antalya depuis 2005, elle s’engage en 2011 sur la Lycian Way Ultramarathon, où elle fait une rencontre qui va changer sa vie… Elle s’installe en Turquie un mois plus tard et enchaîne depuis les victoires féminines sur les ultras turcs. Elle est aussi l’autrice d’un roman autobiographique en turc, « Lena’nın Küçük Yolculuğu » (Le petit voyage de Lena).

Mon histoire de coureuse a en fait commencé à l’école, quand j’ai terminé dernière d’une course de 700 mètres. Plus tard, pas à pas, j’ai appris à m’entraîner plus intelligemment, et j’ai progressé petit à petit jusqu’au semi-marathon, puis au marathon. Puis, dans le pack qu’on nous distribue souvent avec notre dossard lors d’une course sur route, j’ai trouvé une brochure pour la Lycian Way Ultra Marathon, une course en autosuffisance de 240 km le long de sentiers spectaculaires. Cette petite brochure a tout changé.

Je me suis donc lancée directement dans une aventure de 240 km. Je me souviens encore de l’excitation sous la tente avant le départ, et de l’instant où j’ai posé le pied sur le sentier pour la première fois. Le début a été vraiment difficile, mais entourée de forêts qui sentaient bon le pin, de montagnes, de vues sur la mer à couper le souffle et du soutien des personnes qui partageaient le camp avec moi, j’ai réussi à atteindre la ligne d’arrivée. Après ça, ma vie n’a plus jamais été la même : ce premier ultra m’a donné le courage de quitter un emploi bien payé et de déménager à Istanbul pour explorer mon potentiel dans d’autres domaines.

Elena Polyakova Kırık : “Partager le chemin avec des femmes qui comprennent vraiment ton esprit donne une force différente.”

La course est devenue bien plus qu’un sport. Elle est devenue une part majeure de ma vie et a façonné beaucoup des décisions qui ont suivi. Au cours des 15 dernières années, j’ai terminé 59 ultramarathons, dont la PTL, et j’ai écrit un livre sur mes aventures.

Le Kaçkar a toujours été un endroit très spécial pour moi. Ces montagnes ont conquis mon cœur dès le tout premier instant : elles sont uniques, avec d’innombrables nuances de vert, des crêtes enneigées et des lacs glaciaires. J’aime aussi l’hospitalité des habitants, leurs traditions et, bien sûr, la cuisine délicieuse. Ce stage rassemble des femmes aux parcours différents mais à l’amour du trail identique. Nous sommes peut-être déjà fortes chacune de notre côté, mais partager le chemin avec des femmes qui comprennent vraiment ton esprit donne une force différente, celle qui reste bien après la fin du sentier.

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Photo @acanavc (Ahmed Can Avci) pour @kackarbyutmb
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