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FKT du Baekdu Deagan : la performance au service du récit, façon Clemquicourt

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Clément Deffrenne – alias Clemquicourt – vient de terminer le Baekdu Deagan Ridge Trail. Soit l’un des itinéraires les plus exigeants d’Asie, avec 760 km pour 64 877m D+ sur la grande dorsale montagneuse coréenne. Après un court silence subtilement orchestré sur ses réseaux sociaux, il revient avec un nouveau récit d’aventure filmé.

La fin d’une aventure, le début d’une autre

« Clemquicourt, c’est l’histoire d’un mec lambda, qui rêve de vivre de sa passion. Mais le problème, c’est que le rêve il s’est réalisé. », annonçait Clément Deffrenne dans une vidéo Instagram publiée le 25 avril dernier. Tout dans la mise en scène – enterrement en grande pompe du maillot Killcam – laissait croire à la fin d’un véritable personnage du trail moderne : format horizontal façon cinéma, voix-off presque froide, ton différent du traditionnel humour décalé, storytelling qui rappelle d’où il vient…

Dans le même temps, Clément Deffrenne avait même pris soin de supprimer l’intégralité des contenus publiés depuis plus de 2 ans sur son compte, pour soigner plus encore sa « disparition ». De quoi semer le trouble chez sa communauté, comme le montrent les commentaires sous cette vidéo aux 5,4 millions de vues. Mais en réalité, cette « disparition » était le teasing d’une renaissance, 9 jours plus tard, avec l’annonce d’un projet d’envergure : la traversée de la Corée du Sud du Sud au Nord.

Instagram Clemquicourt
L’enterrement du maillot KillCam, fin d’une aventure. Et début d’une autre… Instagram Clemquicourt

Un véritable coup de com assumé par cet influenceur-coureur, qui met en récit chacun de ses grands défis d’ultra-trail depuis quelques années en revendiquant un statut de créateur de contenu plus qu’un statut d’athlète, et ce malgré des résultats très honorables. Son compte Instagram aux 655 000 abonnés ne laisse planer aucun doute, qui présente une figure moderne de coureur créatif et influent. Clemquicourt y apparaît comme un personnage issu d’une sorte de jeu vidéo façonné à sa manière, avec son auto-dérision et son univers bien à lui. En fait, le Lillois casse les codes du trail, sans jamais laisser croire que tout est acquis. À travers ses vidéos immersives lors du Baekdu Deagan début mai en Asie du Sud, il donne à voir la réalité du terrain, et de ce sport qui a encore tout à lui apprendre.

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Parachuté en Corée du Sud, Clemquicourt annonce une nouvelle aventure, comme une nouvelle ère. Instagram Clemquicourt

Une dorsale montagneuse et sauvage de 760 km

Le défi était de taille : traverser la grande ligne de crête montagneuse d’Asie du Sud en seulement 13 jours, pour espérer décrocher le Fastest Known Time, le record de vitesse officiel sur ce tracé. Mais rien ne semble effrayer ce Lillois, déjà finisher du Grand Raid de la Réunion 2024 (23ème), de l’Ultra Terrestre 2025, toujours à La Réunion (4ème) et de l’Ultra-Trail du Mont-Blanc 2025 (144ème, sub 30 heures).

Après avoir explosé sur les réseaux sociaux en 2025 grâce à ses mises en scène immersives et ses récits d’aventure, Clemquicourt s’est donc attaqué à ce qu’il a présenté, à juste titre, comme l’un des défis les plus exigeants de sa jeune carrière. Ainsi, pendant 13 jours, accompagné de sa petite équipe de filmmakers et de supporters, Clément Deffrenne a documenté l’ensemble de sa traversée. Un Clément « plein-phares », comme il le dit souvent dans ses vidéos, qui dépasse chaque jour un peu plus ses limites.

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Quand il faut y aller… Départ, plus que 760 km à parcourir… Instagram Clemquicourt

Clemquicourt face à la réalité du terrain

Dès les premiers jours, Clément Deffrenne fait face à l’imprévisibilité d’un tel défi. Les étapes sont plus longues que prévu, le terrain est extrêmement technique et les informations sur les tracés sont différentes selon les sources consultées. Il faut alors réajuster les plans pour mieux répartir le dénivelé sur chaque étape. Malgré cette adaptation constante, Clemquicourt ne perd jamais l’envie de continuer. L’équipe qui l’accompagne se charge de ses ravitaillements et de son confort. Lui n’a qu’à courir. Mais le manque de sommeil prend de plus en plus de place et les réveils deviennent difficiles. Pour autant, son humour tant apprécié ne le quitte pas. C’est la particularité qui le rend d’ailleurs si attachant.

Un exploit non homologable, mais un exploit quand même

D’après ses vidéos, Clemquicourt – qui court de moins en moins au fil des jours – emprunte des sentiers en forêt interminables, jusqu’à se retrouver souvent au beau milieu de bases militaires. D’ailleurs, il avoue avoir quitté volontairement certains segments officiels pour suivre une version plus historique de la crête coréenne, afin de donner plus de sens à son objectif. Certains de ces passages étant aujourd’hui fermés, interdits ou non reconnus dans les standards classiques de validation, Clemquicourt est parfaitement conscient qu’il n’a probablement pas réalisé de FKT homologable (Fastest Known Time) à l’issue de son aventure. En revanche, la performance sportive est indéniable. L’exploit de Clément Deffrenne s’exprime tant sur l’ampleur de la distance parcourue en 13 jours que sur la rigueur extrême du tracé.

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Instagram Clemquicourt

Du sentier à l’écran : rendez-vous en août sur YouTube

Clément Deffrenne a terminé son défi mi-mai. Dans sa dernière vidéo, il annonce qu’un film relatant son aventure verra le jour fin août sur YouTube. Et au vu de la créativité du traileur, le projet est prometteur et le film est assuré de rencontrer son public, les fans du personnage se comptant par dizaines de milliers, dans la sphère des traileurs et bien au-delà. Avec cette nouvelle page de ses aventures, une chose est sûre : Clemquicourt se pose plus que jamais comme un phénomène de l’ultra-trail, tête d’affiche d’un trail moderne, tourné vers la performance du corps autant que du récit.

La création de contenu, passage obligatoire pour exister auprès des marques ?

Si la vitrine donnée à l’ultra-trail à travers ces réalisations est immense, la démarche, elle, commence à inquiéter les athlètes de premier plan, généralement plus âgés, qui s’aperçoivent que pour exister sur les réseaux sociaux, la performance sportive pure ne suffit plus. Les budgets engagés par les marques sur des coureurs-influenceurs sont d’ailleurs révélateurs : plus qu’une victoire ou un podium, elles privilégient un story-telling vivant, moderne et plein d’humour. Et sèment le trouble dans la communauté des coureurs.

Les précurseurs de la création de contenu, à l’image d’Alexandre Boucheix, alias Casquette Verte, ont montré la voie mais sans jamais avoir eu les budgets d’un Clemquicourt, et se retrouvent aujourd’hui « distancés » par la jeune génération montante. Certains autres, comme Mathieu Blanchard, ont dès le début associé la performance sportive et la production de films ambitieux, quitte à être critiqués pour leur façon de se « vendre » aux marques. D’autres encore, comme Théo Detienne, tentent de faire la synthèse des deux – performance sportive et création de contenu décalé -, mais sont attendus au tournant et ont encore tout à prouver.

D’autres enfin, qui n’ont jamais communiqué sur les réseaux autrement que par leurs séances d’entraînement ou leurs performances sportives, se retrouvent poussés par des agents en image à se mettre en scène, à l’image d’un Ludovic Pommeret désormais installé dans son rôle de Président du Trail Mondial, mais dans un costume dans lequel on ne le sent pas du tout à l’aise. En grandissant, en se démocratisant mais aussi en se professionnalisant et en attirant de plus en plus d’argent, le trail est entré dans une crise d’adolescence qui nous réserve sans doute encore bien des surprises.

Ludovic Pommeret dans une “allocution présidentrail”. Instagram Ludo Pommeret
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