Kaçkar by UTMB, les conseils de Philipp Ausserhofer
16ème du format 50K du Kaçkar by UTMB lors de la première édition, en 2025, l’ultra-traileur italien Philipp Ausserhofer vise désormais le format 100K, qu’il a reconnu. Il a confié à Cécile Bertin ses conseils pour l’aborder et vous donne rendez-vous du 11 au 13 septembre dans les montagnes du Kaçkar, un superbe massif sauvage situé au nord-est de la Turquie, le long de la mer Noire. Immersion.
Philipp Ausserhofer en quelques mots
Philipp Ausserhofer est un ultra-traileur originaire du Tyrol du Sud (Haut-Adige, Italie), né en 1992. Il a grandi dans le val Aurina (Ahrntal), à Weißenbach, un village perché à 1400 m et cerné de sommets de plus de 3000 m, un terrain de jeu qui a forgé sa passion pour la montagne. Pharmacien de formation, il a découvert le trail pendant ses études à Innsbruck et disputé sa première course en 2018, avant de devenir coureur professionnel à plein temps en avril 2023. Il vit aujourd’hui dans la vallée du Stubai, en Autriche, et court sous les couleurs de l’Italie.
Son palmarès s’est étoffé rapidement : vainqueur du Mozart 100 by UTMB en 2021 (108 km), médaillé de bronze par équipes avec l’Italie aux championnats du monde de trail 2023 (longue distance) à Innsbruck, et 3e du 100 km de Nice la même année. Il détient le record (FKT) du Stubaier Höhenweg, bouclé en 2023 avec 54 minutes d’avance sur l’ancien temps de référence. En 2024, il remporte l’Ultra-Trail Snowdonia by UTMB au pays de Galles, puis l’UTVV en Slovénie en 2025. On lui doit aussi le projet personnel « HOMERUN », une boucle de 160 km et près de 11 000 m de dénivelé autour de sa vallée natale. Sa devise, « Dream and dare » (rêver et oser), résume assez bien sa trajectoire.

Le 100K du Kaçkar by UTMB, kilomètre après kilomètre
Le départ se fait à Ayder. C’est vraiment chouette : la ligne de départ, la musique locale au tulum, l’ambiance du village, puis on s’élance. On commence par une petite boucle dans Ayder même, avant d’attaquer une longue montée technique, humide et glissante jusqu’à Hazindak. C’est un vrai défi. Dès les premiers kilomètres, on comprend le slogan de la course, « Wild is the trail ». Comparée aux autres épreuves UTMB, elle est vraiment très technique, du début à la fin. Même les portions en forêt, qu’on imagine plus roulantes, restent humides et exigeantes. Il faut rester prudent et concentré en permanence : si on relâche, on se met vite en difficulté.
Après Hazindak, on enchaîne une belle traversée en légère descente jusqu’à Samistal, où se trouve un très beau ravitaillement. On grimpe ensuite jusqu’à un col, avant une longue descente vers Yukarı Kavrun. Là commence, selon moi, l’une des plus belles parties de la course : c’est isolé, silencieux, très long et très roulant, mais toujours en single. On monte ensuite vers le point culminant du parcours, un col en altitude. Juste avant, on a une vue épique sur le Kaçkar (le Kaçkar Dağı) et sur un sommet voisin en forme de lame de couteau. On court le long d’une rivière qui serpente, dans un paysage magnifique. Avec un peu de chance en septembre (et en général la météo est bonne là-bas), on voit les hauts sommets dégagés, sans nuages : c’est incroyable.
Depuis le point le plus haut, on plonge dans une longue descente vers Yukari Ceymakçur, où l’on découvre des lacs de montagne immenses, une zone superbe. Entre Yukari Ceymakçur et Palakçur, on traverse des forêts vraiment mystiques, pleines de feuilles, un régal à courir ; puis une belle descente de Palakçur jusqu’au lac d’Avusor. Les locaux m’ont dit que c’est là qu’on mange le meilleur sütlaç, et c’est vrai.
D’Avusor, on rejoint la Dadala Pansion, un refuge perdu dans la montagne, puis on bascule vers Koçdüzü. C’est la seule section que je n’ai jamais parcourue : entre le point culminant et Koçdüzü, il me manque un morceau. Je connais environ 2 km avant Koçdüzü et 2 km après Avusor, mais entre les deux, la neige étant encore trop présente, je n’ai pas pu reconnaître cette petite portion.
De Koçdüzü à Huser, il ne faut pas se dire qu’il ne restera qu’à descendre sans réfléchir jusqu’à l’arrivée. Déjà, il faudra profiter de la vue ! Huser est célèbre pour sa magnifique mer de nuages, c’est un lieu très touristique et vraiment splendide. On croit alors être à l’arrivée… mais non : il reste une dernière descente, comme au départ, très raide et technique. C’est là qu’on peut perdre beaucoup de temps.

Les conseils de Philipp Ausserhofer
Le principal, c’est de bien avoir en tête que c’est un 100K difficile, un vrai défi. Si vous n’avez jamais fini une telle distance en trail, essayez plutôt le 50K : il est déjà bien exigeant. Plus concrètement : ne partez pas trop vite, la première montée peut vous détruire. Prenez votre temps.
Le plus dur, honnêtement, sur ces 100 km, ce n’est pas qu’on ne peut jamais courir (on peut), mais qu’on n’a presque nulle part où laisser filer ses pensées. Il faut rester concentré et engagé en permanence. Pour moi, c’est ça la vraie difficulté : rester prêt mentalement du début à la fin.
Ce qui m’a le plus surpris, c’est justement la technicité. Beaucoup de courses vendent aujourd’hui du « technique » dans leur communication, mais ici c’est vrai du premier au dernier kilomètre. L’autre chose, c’est la traversée des villages et l’hospitalité turque : on en entend beaucoup parler, et on la ressent vraiment dès qu’on entre dans la vallée. C’est bien réel.
Si je devais comparer la course à une épreuve connue en Europe, je dirais Snowdonia, dans le circuit UTMB. (Cette comparaison du Kaçkar avec Snowdonia n’a rien d’anodin : il connaît parfaitement cette course galloise, qu’il a remportée en 2024, NDLR.) Mais le Kaçkar est encore plus dur, parce que c’est plus haut : il faut se préparer à l’altitude et à l’humidité. Courir à 3000 mètres là-bas n’a rien à voir avec ce qu’on connaît chez nous. À chaque fois, je suis bluffé par la difficulté de courir dans le Kaçkar. C’est vraiment dur, mais la vue sur la mer Noire quand la météo est de notre côté est tellement incroyable : depuis Huser, quand il n’y a pas de brume, on l’aperçoit et c’est vraiment magnifique.


































Laisser un commentaire
Rejoindre la discussion?N’hésitez pas à contribuer !