Qui n’a jamais ressenti de grosses tensions dans les lombaires à l’issue d’une longue sortie ou d’une séance de fractionné ? Les douleurs et les blessures ayant pour origine la colonne vertébrale, et notamment sa portion lombaire, sont de fait un motif de consultation fréquent pour les traileurs…

Lors de la course à pied et du trail, les microtraumatismes induits par les impacts au sol agressent plusieurs structures sensibles qui peuvent être ensuite à l’origine des douleurs : les muscles et les ligaments qui rigidifient la colonne vertébrale, les disques amortisseurs situés entre chaque vertèbre, les articulations placées à l’arrière des vertèbres qui permettent le mouvement, et enfin les nerfs qui partent de la moelle épinière pour diriger le fonctionnement des membres inférieurs. Les douleurs lombaires du coureur à pied, et leurs complications, ne sont pas vraiment différentes des problèmes lombaires du sédentaire. Mais quelles sont les structures atteintes à l’origine des douleurs, comment les traiter et quelle préparation physique pour les éviter ?

Comment cela se manifeste ?

Le traileur qui se plaint de douleurs lombaires va le plus souvent situer la gêne douloureuse au niveau des lombes, dans une zone large située entre la pointe des omoplates et le bassin. Les douleurs ne sont pas précises et ne s’accompagnent pas d’irradiations dans les cuisses ou jambes. Il s’agit de douleurs chroniques, mais le sportif est souvent plus gêné dans la vie quotidienne (transports, position assise prolongée) que lors de la pratique d’une activité physique raisonnable comme la marche à pied ou le vélo. Par contre, la course à pied peut aggraver ou déclencher les douleurs lombaires.

Une étape vers l’aggravation : le lumbago aigu

Les douleurs lombaires chroniques sont parfois émaillées d’épisodes douloureux aigus appelés lumbagos. Le dos du sportif est alors véritablement « bloqué » par une raideur musculaire très douloureuse. Le déclenchement d’un lumbago se fait le plus souvent à la suite d’activités physiques inhabituelles (attention au jardinage ou au bricolage par exemple), après le déplacement d’une charge lourde ou même après un simple « faux-mouvement ». Ce lumbago très douloureux peut durer au moins une semaine.

-Que faire ?

Un arrêt de travail d’une semaine est le plus souvent nécessaire pour mettre réellement au repos le sportif, car la position assise et les déplacements aggravent les douleurs.

Lombalgies et lumbagos : quelles causes chez le traileur ?

Si le lumbago se révèle par des douleurs et des contractures lombaires musculaires, l’origine profonde en est le plus souvent le vieillissement des disques intervertébraux. Chez le coureur à pied, les causes des douleurs lombaires chroniques ou aigues sont souvent difficiles à cerner. Plusieurs structures anatomiques peuvent être impliquées dans les douleurs : les vertèbres, les disques intervertébraux, l’isthme vertébral et les articulations vertébrales postérieures, les ligaments, les muscles.

-Que faire ?

Il est donc nécessaire de faire un examen clinique complet pour comprendre l’origine des douleurs avant d’orienter le sportif vers l’imagerie la mieux adaptée : en premier lieu les radiographies, le scanner et l’IRM ensuite.

Quels traitements médicaux pour les lombalgies ?

Les traitements des douleurs lombaires chez les sportifs sont les mêmes que chez les non-sportifs ou chez les professionnels à risque (professionnels du bâtiment, du transport ou des espaces verts par exemple). Les médications prescrites par voie générale sont utilisées avant tout pour calmer la douleur : anti-inflammatoires, antalgiques, décontracturants et myorelaxants, antidépresseurs si nécessaire. Les infiltrations de corticoïdes sont parfois utilisées avec succès en cas d’atteinte des articulations vertébrales postérieures. Acupuncture et mésothérapie font aussi partie des traitements efficaces pour soulager la douleur. Les traitements physiques sont nombreux : lombostats (orthèse lombaire) et contentions lombaires, tractions vertébrales (application au rachis de deux forces de sens opposé, selon le grand axe de ce dernier), manipulations vertébrales, ostéopathie, stimulations électriques transcutanées (TENS), thérapie au laser.

Comment les éviter le plus possible ?

Tous les traileurs devraient s’astreindre à une préparation physique lombo-abdominale régulière et adaptée aux risques lombaires. Dans les exercices de renforcement, deux éléments essentiels devraient toujours être pris en compte :

– le travail d’équilibre lombo-pelvien avec un positionnement précis des vertèbres par rapport au bassin,

– le travail des muscles respiratoires (diaphragme et transverse) pour éviter l’hyperpression sur les muscles de la paroi abdominale et les muscles internes du bassin.

Faut-il arrêter de courir en cas de mal de dos ?

En cas de douleurs lombaires sans irradiations, il n’y a pas de raison d’arrêter de courir ou de faire du sport de manière raisonnée et raisonnable. Mais les traileurs sont rarement raisonnables, n’est-ce pas ? Si les douleurs sont réellement déclenchées et entretenues par la course à pied, mieux vaut s’arrêter totalement de courir pendant quelques semaines. Les sports de remplacement comme le vélo ou l’elliptique, s’ils ne déclenchent absolument aucune douleur, peuvent être un excellent moyen transitoire d’entretenir sa condition physique et ses aptitudes en endurance. La pratique de la natation est-elle recommandée en cas de douleurs lombaires ? Un point positif pour la natation : elle est pratiquée en position allongée et en apesanteur, ce qui épargne au rachis les agressions dues à la position debout et aux impacts au sol. Mais bien nager impose la maîtrise de gestes techniques, complexes et répétés, qui sollicitent beaucoup l’ensemble des articulations vertébrales. D’ailleurs, une étude récente montre que les sportifs intensifs qui pratiquent la natation sont les sportifs les plus souvent atteints de lombalgies et ceci devant les basketteurs, les footballeurs et les joueurs de tennis. En conclusion sur ce point, pour les traileurs qui sont bons nageurs, la natation peut être vécue comme un excellent sport de remplacement si sa pratique est non douloureuse et raisonnable. Pour les « mauvais » nageurs, la pratique de la natation n’est pas recommandée. Il est plus raisonnable d’arrêter toute pratique sportive agressive pendant plusieurs semaines.

Quand faut-il suspecter une maladie rhumatismale et inflammatoire ?

Les lombalgies du traileur ne sont pas systématiquement en relation avec des problèmes mécaniques. Quand les traitements habituels ne fonctionnent pas, ces douleurs peuvent aussi révéler une maladie rhumatismale et inflammatoire, par exemple si les douleurs sont importantes en fin de nuit et au réveil et qu’elles s’accompagnent de douleurs au niveau des tendons d’Achille.

-Que faire ?

Certains examens sanguins bien ciblés pourront faire la preuve que ces lombalgies ont une origine inflammatoire rhumatismale. La solution est alors de consulter un spécialiste en rhumatologie qui traitera le sportif par les thérapeutiques récentes les mieux adaptées à la gravité de l’inflammation.

Vers la sciatique ou la sciatalgie

Lombalgies chroniques et lumbagos aigus peuvent se compliquer en sciatiques et sciatalgies. Les douleurs sont alors importantes, parfois intolérables, permanentes jour et nuit, même si la position allongée permet le plus souvent de soulager la douleur. Les douleurs ne sont pas toujours présentes au niveau lombaire, mais les irradiations derrière la cuisse et/ou à la face externe de la jambe signent la sciatique.

-De quoi s’agit-il ?

Ces irradiations sont le signe d’une compression du nerf sciatique par un disque intervertébral qui glisse vers l’arrière sur le trajet du nerf. Avec le temps, le disque intervertébral se modifie et remplit moins bien son rôle d’amortissement face aux charges mécaniques anormales ou répétées. En cas de sciatique, la compression se situe dans l’espace entre la 4ème et la 5ème vertèbre lombaire, on parle alors de sciatique L4-L5, ou bien entre la 5ème vertèbre et le sacrum, on parle de sciatique L5-S1.

Que faire ?

En cas de véritable sciatique, le repos sportif total est incontournable pendant plusieurs semaines. Le traileur est dans l’obligation d’arrêter complètement et temporairement la course à pied. Une sciatique d’origine discale peut durer plusieurs mois mais guérit pratiquement toujours avec le repos, la patience et les différents traitements médicaux décrits plus haut. La chirurgie n’est que rarement indiquée.

Quand parle-t-on de cruralgies ?

Les cruralgies signent aussi une atteinte discale avec une compression nerveuse située plus haute sur la colonne vertébrale que lors des sciatiques. Elles sont moins fréquentes que les sciatiques et atteignent généralement les coureurs à pied quinquagénaires ou plus âgés. Les symptômes lombaires sont rarement au premier plan chez les sportifs mais les irradiations sont douloureuses, se situent à la face interne et antérieure de la cuisse et descendent jusqu’au genou.

-Que faire ?

L’examen clinique est très important car il va devoir éliminer les pathologies articulaires ou musculaires de la hanche, de la cuisse ou du genou qui peuvent donner des symptômes très proches de la cruralgie. En cas de cruralgie, la compression nerveuse se situe le plus souvent entre la 3ème et la 4ème vertèbre lombaire. Les cruralgies devraient toujours être explorées par scanner ou IRM pour faire la part des lésions arthrosiques et des lésions discales. Les traitements médicaux, la rééducation et le renforcement musculaire sont très comparables à ceux prévus pour la prise en charge des sciatiques.

Ce texte, du Dr Jacques Pruvost, est extrait du livre :

RUNNING, TRAIL, OBJECTIF ZERO BLESSURE

Prévenir, repérer et prendre en charge les différentes pathologies du coureur

Coordonné par le Dr Jacques Pruvost

Publié aux Editions du Chemin des Crêtes

Disponible sur www.chemindescretes.fr

Fin encadré 3

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