Sierre-Zinal 2022 : le débrief des coureurs

SIERRE ZINAL CACHARD © Saragossa GTWS

Tout aussi attendue que le marathon de Zegama-Aizkorri, la course Sierre-Zinal, 4e manche des Golden Trail World Series 2022, a bousculé la donne. La présence des Kenyans, qui ont imprimé un rythme infernal dès les premiers kilomètres de course tant chez les hommes que chez les femmes, a fait des dégâts chez bon nombre de coureurs. Et la chaleur a fait le reste. Sur leurs réseaux sociaux, quelques-uns des athlètes les plus en vue ou les plus attendus ont analysé leur performance. Compilation.

Kilian Jornet, recordman de l’épreuve, 9 victoires en 13 participations, 5e de cette édition en 2h 30mn 19s

« Quelle course ! Cette épreuve de 31 km avec l’une des plus belles vues sur les Alpes et l’un des plus beaux plateaux d’athlètes au départ ne déçoit jamais. Je suis tellement content d’être là cette année encore, pour ma 13ème participation, et de terminer en 5ème position. […] Et quelle course de Mark Kangogo ! Cette accélération au sommet de la première montée était incroyable. Et bravo aussi à Andreu Blanes, qui est passé comme une fusée dans la descente ! De mon côté, je suis content de mon temps (2h 30mn 19s) mais déçu de mon ressenti. J’avais les jambes lourdes et des crampes dès le départ, il m’a donc surtout fallu réussir à tenir un rythme sans trop attaquer. Félicitations à tous les coureurs, bénévoles et organisateurs, et à l’année prochaine ! »

SIERRE ZINAL KILIAN JORNET © Saragossa GTWS
© Saragossa / GTWS

Maude Mathys, recordwoman de l’épreuve, 2e de cette édition en 2h 52mn 32s

« Je suis heureuse, parce qu’avec le peu d’entraînement que j’ai eu en course à pied, je m’en suis plutôt bien sortie. Je termine à 3 minutes de mon record. Un peu déçue aussi, car je me rapprochais de plus en plus de la première et il ne s’en est fallu que de 30 secondes pour que je décroche une 4ème victoire. Reconnaissante, car je suis toujours très bien reçue ici, avec une organisation au top. Et je peux même profiter de quelques jours en famille. Très fatiguée enfin, et mon corps me fait savoir que j’ai un peu trop tiré ! »

sierre zinal maude mathys © philip reiter GTWS
© Philip Reiter / GTWS

Sierre-Zinal raconté par Andreu Blanes Reig, 2e au général en 2h 29mn 19s

« 3, 2, 1… Départ. Bousculade, folie, asphalte, calme et tension à la fois… Les deux premiers kilomètres passent, entre regards et placement. Je suis loin derrière mais je vois la tête, ils sont proches. Le chemin devient raide et les hostilités commencent. Ils me dépassent, je passe, j’hésite et j’essaye de trouver mon rythme. Je le fais en mettant mes mains sur mes genoux pendant que je marche à grands pas et je réfléchis en analysant la montée et mes compagnons de route. Je vois des gens qui s’éloignent devant, d’autres que je ne connais pas autour de moi, et je me dis que, peut-être, aujourd’hui n’est pas mon jour. 

“Fais confiance au plan”, je me répète encore et encore. “Économise tes muscles, tes quadriceps et tes fessiers, ils doivent être prêts à courir lorsque tu arriveras au sommet.” Francesco Puppi est devant moi, ça me rassure : je ne suis pas si mal. Nous arrivons au sommet ensemble et tout à coup, le sentier devient une piste et je peux enfin courir. Alors je cours. C’est relativement facile, mes muscles sont OK et j’aperçois Sylvain Cachard juste devant. Je le dépasse, il ne me suit pas. J’aperçois ensuite Cesare Maestri que je rattrape petit à petit alors que la piste est bien roulante. Je dépasse les coureurs les uns après les autres, et je me parle à nouveau : “Tu es très à l’aise !”

Chandolin. Ma team est là, qui m’applaudit et m’indique que Dani Osanz et Kilian Jornet ne sont pas loin devant. L’ambiance est folle, vuvuzelas, foule et adrénaline, avant que j’affronte une autre montée et que le silence revienne. Je rejoins des coureurs connus et la pente, que j’avais reconnue à l’entraînement, ne me semble pas si dure. Tignousa. Gel de caféine, piste large et course. Mes jambes volent et je vois Dani, que je rattrape petit à petit avant d’atteindre la dernière montée, celle de l’Hôtel Weisshorn. J’aperçois Kilian, Rémi Bonnet, Petro Mamu et Robert Pkemoi… On est proches mais ils me distancent un peu dans la montée. “Dans quelle position suis-je ?” Je ne sais pas…

J’arrive à l’hôtel. Je me tempère, je me répète que mon fort, c’est le bémol. Peu importe s’ils partent devant, mon heure viendra. Et elle arrive ! Je dépasse les coureurs que j’ai nommés avant, un par un, jusqu’à ce que j’atteigne Kilian. Certes, c’est un coureur de plus, mais nous savons tous que ce n’est pas un coureur de plus. C’est Kilian ! Il s’écarte et me laisse passer. Je le remercie d’un geste pendant que j’essaie de me concentrer sur ma course, de ne pas trop accélérer car il reste encore des kilomètres à descendre et, « Putain ! dans quelle position suis-je ? », me dis-je, anxieux de savoir. “Quatrième”, il me répond au loin.

Alors celui que je vois est le troisième. Vas-y, c’est ta chance. Je le rattrape, je le dépasse, il essaie de me suivre mais j’ai encore la force d’accélérer et il cède. Ça y est, c’est le podium. Brutal. “Défends ta position”, me dis-je. Un cameraman m’attend et se met à courir à côté de moi, il m’encourage, me dit que le deuxième est proche, que je peux le rattraper. Alors j’accélère encore, j’oublie la douleur dans mes jambes, je fonce comme si je connaissais la descente depuis toujours. J’aperçois le second, il a du mal et je le dépasse rapidement. Je ne freine plus, je fonds vers la ligne d’arrivée, prêt à profiter du moment. »

SIERRE ZINAL ANDREU BLANES © Philip Reiter : GTWS
© Philip Reiter / GTWS

Anaïs Sabrié, 21e féminine en 3h 16mn 07s

« Une histoire sans fin. C’est un peu comme ça que s’est passée la montée. Ça n’en finissait pas. Ça a été dur, tellement dur… J’ai pensé maintes fois à abandonner, car je ne prenais vraiment pas de plaisir, ça a été un long calvaire, vide mentalement et physiquement. Et puis je suis arrivée à Chandolin et j’ai croisé ma famille, et ce cher manager Thomas Janichon.

J’ai un peu pleuré, mais j’ai vite ravalé mes larmes. J’ai repensé à la ligne de conduite que je m’étais donnée : courir pour moi, pour le plaisir d’être là en montagne, pour cette team Sidas Matryx, pour cette liberté qui m’est donnée, et puis un peu pour toi Mamie, partie il y a pile un an et un jour si subitement et qui aurait été fière de moi quelle que soit ma place.

Les sensations sont un peu revenues et après le mode tortue, je suis passé à la vitesse supérieure. Les crêtes sont mes parties préférées et je me suis fait vraiment plaisir sur cette partie. Le résultat est dur à accepter mais il est fait avec les conditions du moment. Sur ce type de course, il faut être là à 100%, mentalement et physiquement. Et intérieurement, je savais que je ne l’étais ni l’un ni l’autre. Qui mieux que soi-même connaît son corps ? »

SIERRE ZINAL ANAIS SABRIÉ © Saragossa GTWS
© Saragossa / GTWS

Anthony Felber, 12e et 1er Français en 2h 37mn 51s

« Sierre Zinal, la course qui ne permet aucune défaillance. Partir sur une course de ce niveau en sortie de stage d’entraînement, c’est toujours risqué ! Heureusement qu’on a qu’une vie pour pouvoir tester des choses comme ça ! Résultat, hier, je me suis senti aussi bien dans les parties raides que dans celles roulantes où le but est d’allonger la foulée au maximum pour rejoindre le plus vite possible la ligne d’arrivée. Le travail de vitesse effectué au cours de l’hiver porte ses fruits car j’ai vraiment pu profiter cette année de ces longs balcons magnifiques.

Être le 4ème Français à passer sous les 2h38 en 49 éditions c’est plutôt cool. Mais bon, ça veut aussi dire qu’il reste des minutes à grappiller pour gagner 3 places dans le classement. […] Maintenant, il est l’heure d’assimiler ce bloc montagnard suisse avant de remettre ça de l’autre côté de l’océan… »

SIERRE ZINAL ANTHONY FELBER © Saragossa GTWS
© Saragossa / GTWS

Julie Roux, 15e féminine en 3h 11mn 44s

« Première participation à la mythique course Sierre-Zinal pour cette 4e manche des GTWS. Une des courses les plus relevées sur un format court. Bon, j’ai essayé de partir un peu vite, mais ça a pas super fonctionné… »

SIERRE ZINAL JULIE ROUX © Reiter GTWS
© Philip Reiter / GTWS

Sylvain Cachard, 13e au général en 2h 38mn 22s

En tant que jeune athlète, chaque jour est l’occasion d’apprendre comment mon corps et mon esprit fonctionnent, et c’est à coup sûr ma plus grande motivation pour m’entraîner tous les jours et courir dur. Ces derniers jours ont été assez durs pour moi car j’étais toujours fatigué, mentalement et physiquement. Mais je me suis promis de tout donner… et je l’ai fait. Bien sûr, je ne suis pas pleinement satisfait de ma 13e place et de mes 2h38 de temps final, mais pas d’excuse : c’était mon niveau. J’ai hâte de revenir l’année prochaine pour améliorer ce temps ! »

SIERRE ZINAL CACHARD © Saragossa GTWS
© Saragossa / GTWS

Robbie Simpson, 10e au général en 2h 34mn 41s

« Quelle expérience incroyable de courir Sierre-Zinal cette année ! C’était la course de trail la plus compétitive que j’ai faite et c’était super d’en faire partie! Pour moi, c’était la 10e position pour ma 10e année. C’était la meilleure course que je pouvais livrer ce jour-là, je n’étais tout simplement pas assez bon pour être devant cette fois-ci. Beaucoup de leçons apprises et de bons souvenirs créés sur ces sentiers. »

© GTWS / Saragossa

Frédéric Tranchand, 38e au général en 2h 48mn 26s

« Un jour sans ! La première partie s’est en fait plutôt bien passée, j’étais presque à l’heure pour atteindre mon objectif. Mais j’ai heurté le mur à mi-parcours et je n’ai plus jamais pu inverser la spirale négative !

“Je ne perds jamais, je gagne ou j’apprends”, disait Nelson Mandela.

Le sport, c’est l’école de la vie. Encore beaucoup de déceptions et de questions sans réponses, mais il y aura des conclusions à en tirer, et de quoi repartir grandi. »

SIERRE ZINAL FREDERIC TRANCHAND © Saragossa GTWS
© Saragossa / GTWS
0 réponses

Laisser un commentaire

Rejoindre la discussion?
N’hésitez pas à contribuer !

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *