Anaïs Sabrié : « Je finirai par faire un ultra, par défi personnel… »

anaïs sabrié Photo noa_barrau

Il en faut de l’énergie à Anaïs Sabrié pour enchaîner 50 heures de travail par semaine à l’hôpital en tant que médecin, puis s’entraîner jour après jour pour les grandes échéances. D’autant que les courses, pour elle qui vit à Stuttgart, sont souvent synonymes de longs déplacements. Alors que se profilent les championnats du monde de trail qui se dérouleront début novembre en Thaïlande, et pour lesquels elle est sélectionnée en catégorie Trail Court, Isabelle Guillot l’a rencontrée.­

Comment as-tu débuté le sport ?

Anaïs Sabrié : J’ai commencé le sport par le trail. Je devais être minime 2 sur le Mini Trail des Monts d’Or, là où j’habite. Ma mère m’y avait inscrite car elle-même participait à l’épreuve adulte. Je me suis ensuite inscrite dans un club d’athlétisme, l’Athlé Calade Val de Saône dans lequel je suis toujours. Jusqu’en junior, j’ai fait de la piste et du cross. Puis mon coach de l’époque, Francis Carréras, m’a poussée vers la course de montagne, cet effort très intense et court, et où il ne faut pas éternuer sinon tu perds des places.

J’aime cette rapidité ainsi que le fait de ne pas avoir à porter un sac ou une ceinture. En fait, quand je pars pour 2 ou 3 heures, je pars souvent sans rien. En trail, quand je vois que l’on nous oblige à emporter une veste imperméable même quand le temps est au grand beau, et un téléphone alors qu’il n’y a pas réseau sur la plupart du parcours, j’avoue que je ne comprends pas… C’est tellement agréable de courir sans rien porter !

Par contre, en vieillissant, j’apprécie de plus en plus ces formats un peu plus longs de 30 ou 40km, parce que je deviens un peu plus diesel et c’est plus confortable de ne pas devoir partir à fond.

Pour le moment, tu vas donc rester sur ces formats de 30-40km ?

Anaïs Sabrié : Oui, mais je suis tout de même attirée par le long. Depuis 4 ans, je suis médecin dans un hôpital en Allemagne à environ 50km au sud de Stuttgart, dans un service de médecine interne. Et je fais aussi des gardes aux urgences, donc je travaille 40 à 50 heures par semaine. Du coup, je fais des gros blocs d’entraînement le week-end, mais la semaine je me contente de quelques footings d’une heure. Et c’est assez plat là où je suis.

J’ai tout de même quelques petites montagnes à proximité, dont un endroit où, le week-end, sur une sortie de 2h sur environ 30km, j’arrive à faire environ 1500m de dénivelé. Sauf que c’est toujours la même sortie, donc je commence à connaître tous les cailloux par cœur.

anaïs sabrié sierre-zinal © GTWS - Philip Reiter
Grosse défaillance à Sierre-Zinal, où Anaïs Sabrié a failli abandonner avant de finir 21e féminine. Fatiguée, elle préférera renoncer à l’OCC. © GTWS / Philipp Reiter

Pour découvrir le récit d’Anaïs sur Sierre-Zinal 2022, c’est ICI

C’est un choix de vie ?

Anaïs Sabrié : Oui, j’ai choisi de travailler à 100%. J’ai fait 8 ans d’études de médecine, ce n’est pas pour ensuite ne pas exercer mon métier qui d’ailleurs me plaît beaucoup. J’ai fait toutes mes études en Allemagne, je me sens bien là-bas et le système de santé y est plus respectueux. Ma mère est allemande et j’ai la double nationalité, mais j’ai appris l’allemand seulement en 6e. La seule contrainte, c’est l’éloignement et les kilomètres à faire pour venir sur les courses.

J’ai ainsi dû annuler ma participation aux championnats de France de course de montagne, parce que c’était dans les Pyrénées et que c’était le samedi du week-end de l’Ascension. Pour ma part, le jeudi, j’étais de garde aux urgences, j’ai travaillé de 8h du matin à 10h du soir. Le vendredi, je bossais aussi, j’y étais obligée car le Covid sévit encore : beaucoup de mes collègues l’ont attrapé et on manque de personnel de partout. J’aurais adoré aller dans les Pyrénées, j’ai même regardé les avions, mais en atterrissant à Barcelone, j’avais encore beaucoup d’heures de voiture. Et pour aller à Toulouse, je devais passer par Paris.

Du coup, je cours souvent en Suisse, c’est plus près et ils privilégient la performance, alors qu’en France ce sont les ambassadeurs et influenceurs des marques qui sont invités. En Suisse et en Italie, c’est rare que je doive payer mon dossard et mon hébergement, avec en plus des petites attentions telles que le fait d’avoir son dossard dans sa chambre d’hôtel. Ce qui existe rarement en France, où même en tant qu’élite, tu dois aller faire la queue pour le récupérer.

Est-ce que tu as des courses où tu as eu des émotions particulières ?

Anaïs Sabrié : Mon top 1, c’est en 2018 en Macédoine. La course où j’ai obtenu mon titre de vice-championne d’Europe de course en montagne, qui était assez inattendu pour moi, et où on a eu en plus la médaille d’or par équipe…

Mon top 2, c’est ma première participation à Sierre-Zinal et ce sprint final dont beaucoup de gens me parlent encore.

Pour le top 3, je mettrais beaucoup de courses au même niveau… J’ai un très bon souvenir du Marathon du Mont-Blanc de l’an dernier, où j’avais fini 2e. Cette année, je n’ai pas pu aussi bien le préparer, surtout que j’avais l’espoir d’être sélectionnée pour le Championnat d’Europe. Ça ne s’est pas fait, vu que je n’ai pas participé au Championnat de France… Je pense qu’il y a eu un petit quiproquo avec l’équipe de France, puisque je ne les pas contactés en pensant qu’ils allaient le faire. Faisant partie de l’équipe de France championne d’Europe en titre, je pensais qu’ils allaient me contacter pour ce championnat…

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Dernière victoire en date, sur le 20KM du Nice Côte d’Azur by UTMB. © DR

Et niveau parcours, quelles sont les courses que tu conseillerais ?

Anaïs Sabrié : Il y a la Montée du Nid d’Aigle qui est très belle, Neirivue-Moléson, ainsi que le 30km du Montreux Trail Festival auquel j’ai participé il y a deux ans, où les paysages sont vraiment magnifiques et où tu peux plonger dans le lac Léman 100m après la ligne d’arrivée. En Suisse et en Italie, on ressent un véritable engouement de la population pour ces courses de montagne, et c’est très agréable. En Allemagne par contre, ils ne connaissent pas du tout le trail. L’an dernier, il y avait une étape des Golden Series en Bavière, et les randonneurs ne s’écartaient pas du tout pour nous laisser passer.

Quand tu parles d’aller sur le long, tu parles de formats type OCC, pas d’ultra ?

Anaïs Sabrié : Je pense que ça finira quand même par me tenter par l’aspect défi personnel. Le jour de mes 18 ans, j’étais allée voir l’arrivée de François D’Haene qui avait gagné l’UTMB sous des trombes d’eau. C’était mon cadeau d’anniversaire ; j’avais demandé à mon père de m’emmener à Chamonix et je m’étais levée à la frontale à 4h du matin pour voir ça ! Après, je suis un peu revenue sur cette idée de faire l’UTMB® parce que pour être bon sur le long, il faut d’abord être bon sur le court. Je pense que j’y reviendrai plus tard, mais il faudra que j’aie plus de disponibilité pour m’y préparer.

anaïs sabrié marathon mont-blanc
Exténuée, à l’arrivée du Marathon du Mont-Blanc, où elle termine 4e féminine. © GTWS / DR

Pour revivre le Marathon du Mont-Blanc 2022, c’est ICI

Parle-nous un peu de tes partenaires, du Team Matryx…

Anaïs Sabrié : C’est une petite entreprise basée en Ardèche qui a conçu ce tissu révolutionnaire se voulant très français et local. Nous pouvons choisir nos chaussures parmi celles qui sont conçues avec ce tissu : Salomon, Millet, etc. Ce team m’apporte de la dynamique, de la logistique, et amène cette idée que l’on n’est jamais tout seul, même si je regrette d’être un peu loin. C’est très compliqué pour moi d’être sur les stages. Simon Gosselin, le coach du Team, m’entraîne depuis 3 ans. Il me fait des plans, il me donne les plus grosses séances et m’aide à adapter la préparation à l’objectif. Mais je ne suis pas quelqu’un qui a besoin d’un suivi très structuré. J’ai été longtemps sans entraîneur, je travaille beaucoup à la sensation, je fais ce qui me plaît…

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