C’est avec Kilian Jornet
la grande icône du trail mondial. Et ils ont un point commun, ils aiment les
grands projets qui sortent des sentiers battus ! En 2019, après une saison
atypique, le grand François D’Haene s’est lancé un défi gargantuesque dans les
Rocheuses américaines : parcourir en huit jours 860km et 33 500m de
dénivelé sur le Pacific Crest Trail.
François
D’Haene aura connu, au propre et au figuré, le chaud et le froid sur sa saison
2019. Il avait deux principaux objectifs : la Hardrock 100 (100 miles aux
USA) et l’Échappée Belle (144km en Chartreuse), deux ultra-trail auxquels il
n’avait jamais participé. Il avait également programmé l’Ultra Trail de l’île
de Madère (115km) et la Maxi-Race du Lac d’Annecy (115 km) au printemps, pour
finir en apothéose à l’Ultra-Trail Cape Town (100km) en fin d’année. Pour le
début de saison, tout s’est déroulé comme prévu. Du 13 au 16 mars, il participe
comme chaque année à la course de ski alpinisme qui le remet en selle après la
transition hivernale : la légendaire Pierra Menta qu’il termine à la 6ème
place en duo avec son beau frère, Alexis Traub. Le 27 avril il remporte l’Ultra
Trail de l’île de Madère en 13h49mn36 s après avoir fait la course seul en tête
sur la seconde moitié du parcours. La
Maxi Race se déroule moins bien, puisqu’une entorse en début de course le fait
renoncer prudemment, alors qu’il domine la course sans rival. Deuxième écueil,
la Hardrock est annulée pour cause de conditions météos inadaptées à la course
en altitude. Cela ne perturbe pas François qui sait se reconcentrer sur ses
défis suivants. Et il affiche sa classe mondiale en remportant le 23 août l’Échappée
Belle, parcourant les 144km de tracé technique et chaotique en 23h55mn11s,
repoussant le record de l’épreuve de 3h, et devançant son second de 5h ce jour-là…
Le défi du Pacific
Crest Trail, dans les Rocheuses américaines.
Si
Kilian Jornet affectionne les records d’ascensions de hauts sommets, François
apprécie plus les défis sur les grandes traversées. En 2016, il a détrôné Kilian
de son record sur la traversée du célébrissime GR 20 en Corse, en 31h06min. En
2017, il a établi le record de la traversée du John Muir Trail : 2 jours 19
heures et 26 minutes pour 359km et 14 630m de dénivelé ! Et en 2018, François
D’Haene s’élançait d’Embrun pour boucler le tour du lac de Serre-Ponçon, dans
les Hautes- Alpes, par ses plus hautes cimes en un peu plus de 34h. Un défi
qu’il souhaitait partager, embarquant avec lui sur les 170km et 10 000 m de
dénivelé ses deux « compères », Alexis Traub et Guillaume Provost, qui l’accompagnent
en tant que « pacers » sur ses défis annuels et qui n’avaient jamais bouclé
une distance « ultra ». Pour 2019, il s’agissait donc d’un nouveau défi à sa
dimension, dans les Rocheuses américaines : parcourir en huit jours 860km
et 33 500m de dénivelé sur le Pacific Crest Trail. L’ultra-traileur est parti le
samedi 28 septembre dernier pour relier l’extrémité nord du Pacific Crest Trail
à la frontière entre les États-Unis et le Canada et « Bridge of the Gods », au
niveau de Portland. Au final, et malgré tout son courage et l’abnégation de son
équipe, la neige des Rocheuses américaines a été plus forte. François D’Haene a
dû renoncer après tout de même 400km de neige, de glace et de blizzard mêlés.
Jour après jour avec François
D’Haene pendant son grand défi !
-28 septembre : « Présents depuis 2016 lors de nos projets
ultra, Alexis Traub et Guillaume Provost m’accompagneront en se relayant tout
au long de l’aventure. Nous retrouverons aussi Sylvain, gérant du Gîte des
Tavernes qui s’occupera de toute l’intendance pour prendre soin de nous comme
il avait pu le faire au John Muir Trail en 2017 »
-4 octobre : « La météo annoncée n’est pas très enivrante. Mais la motivation de
s’élancer sur cet itinéraire mythique reste intacte ! En espérant ne pas devoir trop modifier nos
plans ».
-5 octobre : « Après 49km d’échauffement permettant de
rallier le départ à la frontière américano-canadienne, nous voilà partis pour
les 808 premiers kilomètres. En avant pour une semaine de boulot non stop ! On
the trail again ! »
-6 octobre : «Deuxième jour sur le Pacific Crest Trail, magnifique
section de 47km entre Harts Pass et Rainy Pass pour commencer la journée.
Beaucoup de neige et plus aucun randonneur. Il faut faire la trace. Bivouac
en pleine forêt au bord de Suiattle River ! Je déroule sur cette partie du
Pacific Crest Trail pour m’éloigner au plus vite de possibles mauvaises
conditions météo ! Ce soir un break de 5h en tente au bord du feu ! »
-7 octobre : « Nous sommes maintenant à Steven pass, km 313 sur les 808. Running time
!
Départ 6h du matin,
retour 4h du matin le lendemain… Grande journée autour de Glacier Peak !
Heureusement, quelques ours pour nous tenir compagnie. Un peu de repos ne
nous ferait pas de mal. Ça tombe bien les conditions nous obligent à rester
couchés. Mais pour combien de temps ? »
-8 octobre : François D’Haene s’est
beaucoup donné pour réaliser plus de 350km en 2 jours et demi. C’est donc très
difficile pour lui de patienter et de prendre la décision de ne pas
repartir : « Après avoir
parcouru 350km en deux jours, il faut faire une pause. La météo est exécrable,
il pleut, il vente et la température ressentie là-haut est annoncée à -18 °C.
Ce serait donc une hérésie de repartir ce soir. »
-9 octobre : François D’Haene et
ses deux meneurs d’allure, Alexis Traub et Guillaume Prévost, patientent une
journée, et ont décidé de partir un peu après 4 heures du matin, le
mercredi : « Il y avait une
petite chance pour que les conditions météo nous permettent de continuer
ce matin. Après un réveil à 4h15, je suis donc reparti avec Alexis et Mickaël
sous la neige. Mais finalement, impensable d’aller plus loin. Après 9h et 45km à tracer dans une neige de
plus en plus abondante, nous retrouvons avec une joie et une émotion non
dissimulée, le reste de l’équipe qui était monté nous chercher à Cathedral Passsous.
Plus de 50cm de poudreuse,
impossible de continuer dans ces conditions. La nature et la puissance des
éléments ont repris leurs droits. »
-10 octobre : L’équipe de François D’Haene
a donc dû faire marche arrière, très déçue de ne pas pouvoir achever ce projet,
mais saine et sauve, et la tête et le cœur remplis d’images et d’émotions
construites pendant ces 400km d’aventure commune. « Nous étions venus pour vivre une Grande Aventure, nous avons
été rassasiés ! 400km que nous ne sommes pas près d’oublier et que nous
avons vécu en équipe avec beaucoup de bonheur. Je réalise encore plus la chance
d’avoir cette compagnie avec moi et de pouvoir découvrir de tels chemins aussi
sauvages dans ce terrain de jeu si immense. La dernière section étant plus
basse, demain nous devrions pouvoir partager encore ensemble quelques kilomètres
pour atteindre Bridge of the gods qui marque la fin de cette section du Pacific
Crest Trail. »
-11 octobre : « Une petite section de 50km pour s’achever physiquement, mais très importante moralement afin de clôturer avec beaucoup de bonheur cette aventure sur Pacific Crest Trail, jusqu’au fameux Bridge of the gods. Merci encore à mes compagnons du jour et à Jim Walmsley d’être venu nous soutenir sur fin cette de périple ! Maintenant place à la récup ! »
Tout savoir sur
François D’Haene
On le connaît tous pour ses exploits sans s’attarder sur son parcours. Petit flash back : François D’Haene est né le 24 décembre 1985 à Lille ! Il déménage ensuite près de Chambéry avec ses parents, où il vit pendant 20 ans et pratique l’athlétisme. Pratiquant le cross-country et le 3000m steeple, cet amoureux de la montagne et de la nature se tourne ensuite logiquement vers les épreuves de trail organisées dans sa région, en Savoie. En 2006, année où il suit encore ses études de kinésithérapie à Grenoble, il remporte le Tour des glaciers de la Vanoise. En 2010, il remporte le Trail du Ventoux et le Gapen’cimes. Sa passion était bien née ! En 2012, il met son métier de kinésithérapeute de côté pour reprendre avec son épouse une exploitation viticole dans la commune de Saint-Julien dans le Beaujolais. Cela va devenir sa marque de fabrique ; le traileur vigneron ! Depuis, il a notamment remporté l’Ultra-Trail du Mont-Blanc en 2012, 2014 et 2017 (dont il détient le meilleur temps absolu en 19h01mn32s en devançant Kilian Jornet ce jour là !) ainsi que le Grand Raid de la Réunion en 2013, 2014, 2016 et 2018 (victoire partagée avec Benoit Girondel)
https://www.esprit-trail.com/wp-content/uploads/2020/05/DSC04536_compressed-scaled.jpg14912560redacteur esprit trailhttps://www.esprit-trail.com/wp-content/uploads/2025/02/ET-logo-vert-noir-300x87.pngredacteur esprit trail2020-05-08 19:40:412022-03-28 18:41:24Retour sur le défi 2019 de François D’Haene
Article à découvrir dans ESPRIT TRAIL n°112, actuellement en kiosque…
Vous êtes enfin inscrit à votre prochain trail, vous avez payé, téléchargé votre
certificat médical, regardé le parcours, le profil, les horaires, noté que vos
amis pourront vous suivre en direct, et tout heureux vous partez pour votre première
séance de côtes ! Mais savez-vous réellement ce qui se cache derrière votre écran
d’ordinateur ou de Smartphone et qui vous a donné toutes ces informations sur
votre prochain objectif ?
Si, comme moi, vous venez du
milieu de la course sur route alors peut-être que votre connaissance des applications
de suivi se limite à celles des grandes courses, grands marathons dans le monde ?
Avec d’ailleurs l’illusion d’une simplicité absolue, car si le coureur court à
telle vitesse au départ d’un point A,
il va arriver alors à telle heure au point B. Et puis, s’il marche ou s’arrête,
c’est en toute logique que l’application me le dira. Mais cette idée des
applications de suivi, c’était avant. Avant de connaitre le monde du trail,
avec ses dénivelés, positifs, négatifs, les différents types de terrains, l’impact
de la météo, du degré d’humidité, de la présence des pollens, voire même des
guêpes…
Une application qui vous simplifie l’assistance
Au final, c’est surtout lors
d’un magnifique trail dans les montagnes du Sultanat d’Oman, en étant assistante
de course pour un coureur, que j’ai pu découvrir l’énorme avantage (arrggh… encore
3h à attendre avant que mon coureur arrive, je retourne dormir…) et toute la prouesse
technique en terme de précision d’une application de suivi de trail. Cette
application disponible sur mon Smartphone, c’est Live Info fournie par un
logiciel web du même nom que l’entreprise qui le produit, Livetrail®, et qui
est aujourd’hui sans contestation, leader mondial dans le développement de solutions informatiques dédiées au monde du sport
outdoor de longue durée.
L’innovation dans les applications de suivis en live.
Cette innovation, on la doit
à Isabelle Poletti et à son mari Mickaël Viseux. L’histoire est simple et elle est née
surtout d’une passion familiale, comme me l’explique Isabelle : «En 2003, mes
parents, Catherine et Michel Poletti, passionnés de trail ont organisé le
premier UTMB; à cette occasion ils m’ont demandé de l’aide pour créer le site
internet de l’événement. En discutant avec eux, il nous est très vite venu l’idée d’utiliser le support
web pour pouvoir donner de l’information aux familles des participants, le plus
rapidement possible et sans attendre la ligne d’arrivée, durant cette
très longue course. C’est ainsi que de fil en aiguille, nous avons commencé à
créer un outil pour pouvoir suivre en temps réel les coureurs et répondre à la
demande des familles et des proches des participants ainsi qu’à nos propres
besoins en tant que membres de l’organisation. » Jusqu’en
2009, Isabelle et Mickaël travaillent ensemble pour développer et perfectionner
leur système de gestion d’événement en étant bénévoles sur cette course d’ultra
endurance, ce qui leur permettra de créer des outils au plus près des besoins
de l’organisation, et d’affiner leurs algorithmes de prévision de passages des
coureurs.
Peu à peu, le logiciel a évolué…
L’objectif était qu’il puisse s’adapter à
toutes les courses, que ce soit en montagne ou sur route. « En 2011,
mon frère David a intégré l’aventure pour la partie “terrain”. En 2013, la
société est officiellement née sous le nom de LiveTrail, et en 2014 Mickaël nous
a officiellement rejoints » précise Isabelle. Aujourd’hui leader
mondial du suivi de course en temps réel, la société travaille au quotidien à
innover pour préserver cette place. David Poletti : « Je pense que
ce qui fait notre force, c’est avant tout notre histoire. Le fait d’être
développeur est également un atout, car nous avons la pleine maîtrise de nos
outils. » L’outil LiveTrail® suit plus de 100 courses chaque année
dans le monde. « Nous nous tournons également vers d’autres sports
d’ultra-endurance tels que le VTT, le triathlon, le ski de fond et le marathon. »
Un service digital innovant
Il permet le suivi et la gestion de courses
d’endurance en temps réel, grâce à la prise en compte de paramètres définis tels
que le dénivelé, la technicité et la distance, mais aussi de paramètres
variables qui peuvent être le jour ou la nuit, la météo, le pourcentage d’humidité,
et des algorithmes permettant en fonction du premier point intermédiaire
franchi par le coureur, d’anticiper son état de forme pour la suite ! Cela
permet au public de suivre pas à pas chaque participant, ainsi que l’évolution
de son classement directement sur internet, et l’estimation permet d’arriver à
temps sur la ligne d’arrivée ou sur un point d’encouragement pour applaudir le coureur
suivi. Mais LiveTrail® ce n’est pas qu’une « simple application de
suivi ». C’est aussi un bonheur pour les organisateurs et surtout pour la
réussite et le bon déroulement de la course pour les coureurs. En effet, avant
la course, LiveTrail® permet de réaliser un calcul pour le tableau des passages
des coureurs, de calculer des barrières horaires ainsi que le temps de chaque
bénévole à tel poste. Pour certaines demandes d’organisateurs de course, LiveTrail®
permet aussi la gestion des inscriptions aux courses, en plusieurs langues,
avec un paiement en ligne, la gestion des certificats médicaux, des conditions
requises pour certaines inscriptions, mais aussi la gestion des tirages au
sort…
Equité mais aussi sécurité
Le logiciel permet
à l’organisateur de prévoir les flux de
concurrents, de gérer les
informations et de détecter
les anomalies, grâce aux très nombreux outils d’analyse basés sur les
prévisions de passage des coureurs sur les points de contrôle suivants. En effet, les coureurs sont filtrés s’ils ont trop de points de contrôle
manquants. Sont détectés ceux qui ont eu une vitesse ou une accélération
anormale, ou un trop grand gain ou perte de place. En résumé, les outils sont
mis à disposition pour vérifier tous les faits de course, afin que l’organisation
puisse garantir l’équité des coureurs. Ce traitement de données est au final
très peu courant dans les applications de suivi. D’un point de
vue sécurité, LiveTrail® propose la possibilité d’envoyer un message d’abandon,
permettant la saisie des abandons directement sur le terrain avec si besoin une
demande d’assistance médicale ou autre. Enfin pour les organisateurs, LiveTrail®
permet également, en fonction du flux des coureurs, d’ajuster une ou plusieurs
barrières horaires, de gérer un ravitaillement ou même l’annulation d’une
course…
Un algorythme d’anticipation !
Et tout cela de manière proactive, car un algorythme
d’anticipation permet notamment de prédire un point météo très violent à tel
endroit du parcours. C’est selon ses créateurs le seul outil à proposer cette
fonctionnalité ! En plus de toutes ces caractéristiques, c’est bien sûr un outil complet pour avoir en permanence la tête de course, l’affichage des
favoris et la prédiction au prochain point, mais aussi un classement live,
scratch en temps réel ou même par catégorie et qui est sans cesse disponible
pour le speaker ! Cerise sur le gâteau, Live Trail® propose aussi aux
organisateurs le système vidéo LiveCam (pouvant intégrer dans son champ de
vision les bannières des sponsors de la course…), un système de webcams sur
le terrain pour un suivi live permettant de générer des vidéos individuelles
visibles sur la fiche du coureur moins de 2mn après son passage, ainsi qu’une
vidéo souvenir HD pour le coureur, de lui proposer ses photos ou même de
générer son diplôme de finisher. La course est
terminée ? Le speaker sera heureux d’avoir un outil de gestion personnalisé
pour pouvoir commenter en temps réel… et d’obtenir une fiche de résultats en moins
de 5mn pour la remise des prix !
LiveTrail®, LiveInfo, mais aussi LiveRun quelle
différence ?
LiveTrail®, c’est le logiciel majeur qui gère la
course dans sa globalité, Liveinfo® c’est pour le public qui veut suivre le
coureur tout au long de son aventure, et LiveRun c’est l’application dédiée
pour les coureurs qui sont en course… David Poletti : « Oui c’est
bien ça, LiveRun c’est l’application du coureur. Le coureur, pendant l’épreuve est
contacté par SMS, pour être notifié de son temps, de son classement à chaque
point de ravitaillement, mais aussi de toutes les infos importantes de la
course qui pourraient lui être utiles. Et si vos amis participent à la même épreuve,
il est possible de savoir qui est devant ou derrière vous pour éventuellement passer
la ligne ensemble. » Il est également possible à partir de LiveRun d’informer
ou de contacter le PC course pour signaler un abandon, envoyer un SOS ou
appeler le PC course et ce grâce à la présence de 3 boutons directement accessibles
sur la page d’accueil de l’application.
Un accès premium est possible
Il offre de nombreuses options supplémentaires, comme
le fait de paramétrer un coureur fantôme en fonction de votre cote ITRA ou de
votre objectif de temps et de pouvoir courir contre lui en recevant des notifications
pour savoir si vous êtes dans les temps ! LiveRun dans sa version premium
est un tracking GPS vous permettant d’avoir les
notifications sur votre montre. Inversement vos données de courses seront aussi
stockées, mais uniquement si vous le souhaitez et avec un accès restreint aux
personnes que vous aurez définies. Aucun doute que les
nombreuses fonctions et applications de LiveTrail® et LiveRun sauront vous
surprendre, tout en restant sans aucun doute pour certaines perfectibles. Au-delà
du logiciel qui a été inventé, c’est surtout le programme utilisé permettant la
gestion de tous les paramètres, qui conduit à avoir une précision à 1 ou 2
minutes près du temps de passage d’un coureur sur un ultra trail et qui en fait
un outil remarquable et très adaptable.
Pas étonnant alors de retrouver la technologie LiveTrail® sur d’autres sports (LiveRace by LiveTrail) et encore moins étonnant que de grands marathons fassent appel à LiveTrail® couplés à des chronométreurs, pour en faire un outil de précision digne d’une montre… connectée !
Par Sandrine Nail-Billaud. Photos Digital Vibration 2020
https://www.esprit-trail.com/wp-content/uploads/2020/05/LiveTrail_7_compressed-scaled.jpg18712560redacteur esprit trailhttps://www.esprit-trail.com/wp-content/uploads/2025/02/ET-logo-vert-noir-300x87.pngredacteur esprit trail2020-05-02 16:56:162022-04-01 08:03:53Le suivi de vos courses en direct : tout un art !
Que
de chemin parcouru depuis la création du Festival des Templiers, course devenue
mondialement reconnue. C’est autour de Millau à travers les Causses du Sud
Aveyron que se déroulent ses 15 épreuves réparties sur 3 jours dont le mythique
Grand Trail des Templiers. Retour sur cet acte fondateur, avec ses deux
créateurs, Odile Baudrier et Gilles Bertrand.
Odile Baudrier (OB) :
Avant
d’être organisateur des Templiers, j’avais eu une vie plus classique puisque je
travaillais dans le domaine de la banque. Notre vie s’est vite tournée vers la
course à pied à travers la création du Carnet du Bipède, un agenda annuel
exhaustif des courses hors stade françaises, un outil pratique qui n’existait
pas, dans une époque sans le web ! Ce fut notre 1ère expérience d’éditeur avant la revue VO2
Magazine. Gilles était un marcheur athlétique, et moi une « petite
coureuse » pour la forme et la santé. Avec VO2, on a voyagé et vu beaucoup
de choses.
Gilles Bertrand (GB) : J’étais journaliste
free lance, et je faisais de temps en temps des piges pour la revue Spiridon
lancée et gérée par le Suisse Noël Tamini, avec pour ce titre mes premiers
grands voyages en Afrique… Ethiopie, Zaïre et Tanzanie. J’aimais la presse, et
j’aimais le titre Actuel, qui correspondait au journalisme sociétal que je
souhaitais faire… J’étais poussé à faire ce que j’aimais en regardant ce que proposais
cette presse underground. Nous avons donc souhaité sortir de la simple collecte
d’informations du Carnet du Bipède. En 1988, le magazine Jogging était destiné
à une certaine catégorie de coureur, et j’ai pensé qu’il y avait de la place pour un autre titre qui correspondrait
à des gens comme moi, férus d’athlétisme et qui avaient envie d’avoir accès à une
information un peu plus poussée. Que ce soit sur l’entraînement, sur les hommes
et les femmes de ce sport, sur les grands championnats… Nous avons pris la décision
fin 1988 et le premier numéro de VO2Mag est sorti en mars 1989, il y a un peu
plus de 30 ans ! On a appris le métier d’éditeur sur le tas ! J’ai
amené les idées et Odile la rigueur ! Dès le second numéro, nous sommes
allés en Afrique du Sud pour faire une enquête dans un pays où l’apartheid était
encore un fait prégnant.
OB : Au départ, c’est le
Carnet du Bipède qui a fait vivre VO2Mag. En 1994, Jean-Pierre Rech, le 3ème
créateur de ce guide, a repris seul le Carnet du Bipède, et ce fut plus
difficile à cette période pour VO2Mag.
GB : A cette époque,
Odile a démissionné de la Banque de France (et abandonné ses avantages liés à
cette fonction) pour me rejoindre dans cette aventure et vivre avec moi avec un
SMIC. Très vite la qualité du magazine a permis de consolider un niveau d’achats
publicitaires au sein de VO2Mag, ce qui nous a permis d’avoir un peu
d’air ! Nous avons eu de belles campagnes de bonnes marques, à une époque
où la presse papier avait le vent en poupe ! Après VO2mag, il y a eu Endurance,
puis Athlétisme… Avec trois magazines, la charge était lourde, et peu à peu on
s’en est délesté. Mais ce sont les magazines qui nous ont construits, au
travers des voyages, des rencontres, notamment en Afrique. Nous avons réalisé
notre rêve de « routard » avec les reportages.
GB : J’ai toujours été
attiré par le long. Je suis originaire du centre de la France, et j’ai
participé à une épreuve de type randonnée, Bourges-Sancerre, qui fait 55km, et
qui était dans le même esprit que la SaintéLyon. J’avais moins de 17 ans, j’ai
fait cela avec un copain, et à l’époque je rêvais de faire Paris Strasbourg à
la marche ! Après cette épreuve de Bourges-Sancerre, je suis rentré dans
un club de marche, et j’ai fait mes premières compétitions, avec en particulier
un 6h de marche. Rentrant en faculté, j’ai rencontré des coureurs de piste qui s’étaient
enhardis à participer aux premières courses sur route. J’ai côtoyé un vétéran qui
avait gagné dans sa catégorie l’un des tout premiers Marvejols Mende. Il avait fait
l’objet d’un article de Raymond Pointu sur Le Monde à ce sujet. Pris par cette
dynamique, j’ai couru mon premier semi marathon dans la foulée à Vierzon, mon
premier marathon à Ste Afrique, et c’était parti… Quand on a créé VO2Mag,
j’étais abonné à un magazine américain « UltraRunning », plutôt bien
fait, avec des grands récits. J’étais très attiré par les USA, et on s’est dit
que pour VO2Mag, ce serait un bon sujet que d’aller voir ces courses d’un autre
genre. En 1991, on est allé une première fois au Leadville Trail, puis une seconde
fois à la Western States. A la même époque, je suis aussi allé courir en
Afrique le Mont Cameroun. Le trail est né de ces expériences…
OB : En 1992, on avait
proposé un projet d’événementiel à la Mairie de Millau, la Salamandre, une
course à pied en aller-retour entre Millau et le Mont-Aigoual. Cela n’a pas pu
être lancé. Puis il y eut un concours de circonstances après l’adoption de
notre fille. Nous avons souhaité en 1995 créer une épreuve pour collecter des
fonds pour un orphelinat au Tchad. Nous l’avons lancée très vite, avec le
projet initié en mars 1995, et la première édition en octobre de la même année.
C’était fou, et tout de suite, il y eu un bel accueil de deux partenaires,
Adidas et le Conseil Général de l’Aveyron. Ce qui a été déterminant, c’est la
volonté de faire une épreuve pour tout le monde, en sortant de la niche des 100
miles des USA pour aller sur un profil plus réalisable.
GB : Un jour je reçois un
coup de fil d’un directeur de station, Jean-Marc Ganzer, qui me demande mon
avis sur les animations potentielles, et nous avons évoqué le principe de ce
qui sera le trail sans le nommer. Ce fut en suivant la première 6000D !
Puis nous avons travaillé avec Fréderic Bouchet sur le premier Raid des Dentelles-Mont
Ventoux de Montmirail, à Gigondas. Fréderic avait lu l’article sur le Leadville
et il nous a dit « J’ai envie de faire çà ! ». Je suis allé
le voir, il est venu ici, et il a lancé sa course qui faisait 120km ! Pour
les Templiers, l’idée originelle c’était d’avoir un circuit qui passerait par
les cités templières que nous avons sur le Larzac. Sur le papier, cela donnait
une boucle de 60km. Je pense qu’à cette époque en France, on n’était pas près à
courir des épopées de 160km comme aux USA. Je me suis dit que si on proposait un
100 miles, on aurait à peine 100 coureurs au départ. La distance de 65km m’apparaissait
raisonnable. En ce qui concerne l’autosuffisance, nous avons reproduit le système
américain, avec l’obligation d’évoluer avec une ceinture porte-bidon.
Templiers 1995
OB : On a choisi de ne
pas indiquer les kilométrages et de ne proposer que trois ravitaillements. A l’époque,
il n’y avait pas de téléphone portable, pas de GPS… La médicalisation était
super soft, on ne savait pas évaluer l’horaire de passage des coureurs. On
était très stressé, sans vision sur ce que devait être un dispositif de
sécurité. Au USA, il n’y en pas de secours digne de ce nom, même encore aujourd’hui !
Nous avons contribué à développer la normalisation en France des secours médicaux
sur les épreuves afin d’avoir plus de sérénité pour les coureurs et les
organisateurs. On a eu des éditions où l’on avait perdu des coureurs qui en
fait étaient encore en course ! Nous avons parfois déployé des moyens pour
retrouver des coureurs qui n’étaient pas perdus, mais très lents !
Aujourd’hui, on a des équipements radios très performants. A l’époque, il n’y avait pas de
téléphone portable, pas de GPS… Nous avons parfois déployé des moyens pour
retrouver des coureurs qui n’étaient pas perdus, mais très lents !
GB : Très vite, on apassé
la barre des 2000 coureurs sur les Templiers, et là on a dû réfléchir à ce que
doit être une organisation. Des Templiers est né le magazine Endurance. Nos
magazines et la Grande Course des Templiers ont produit une puissante dynamique
gagnant-gagnant ! Les Templiers ont bénéficié de la puissance de notre équipe
rédactionnelle. Pendant très longtemps, il n’y avait personne de salarié pour la
course, et la structure portant l’événement était celle du magazine, avec une présence
rédactionnelle forte de la course dans nos pages tout au long de l’année. A une
époque où les réseaux sociaux n’existaient pas, le seul retour c’était la presse
magazine en kiosque. L’image de Patrick Renard vainqueur des Templiers avec sa couronne
de lauriers a marqué des générations de coureurs. Pour célébrer à notre façon l’an
2000, on a créé sur l’Aubrac un trail des neiges, format qui n’existait pas en
en France, et en quelques semaine on a dû bloquer les inscriptions à 1500 coureurs !
Sur l’Aubrac, qui n’est pas une destination facile en hiver, c’était
inespéré ! Les trails blancs sont nés de là.
OB : Nous n’avons jamais
cherché à faire de l’argent sur la course, juste à ne pas en perdre ! Nous
avons voulu faire du service au coureur notre priorité. Depuis la première
édition, nous avons connu trois sites de départ. Le premier, ce fut le site
historique de Ste Eulalie, en collant au côté « Templiers ». Des
problématiques internes au village de Ste Eulalie nous ont ensuite amenés à
choisir Nant. L’épreuve se développant, les formats de course se multipliant,
le site de Nant est devenu trop réduit, avec de nombreux problèmes de
logistique. Après un changement de municipalité, on a senti que notre projet
ambitieux était bloquant. On a préféré partir, et comme nous vivons à Millau
depuis plus de 30 ans, nous avions envie de faire le départ de chez nous.
Gilles savait que le parcours autour de Millau était très beau, et nous avons
trouvé le site de St Estève, accolé à Millau, qui est parfait pour notre
organisation telle qu’elle est aujourd’hui !
Templiers 1995
GB : Le transfert nous a
demandé beaucoup d’efforts, et nous avons mis deux années à faire notre place à
Millau. Les coureurs ont adhéré au changement, et notre était d’esprit est
resté le même. L’histoire fut forte à Nant, mais il était temps de changer pour
proposer un parcours qui marie histoire, patrimoine, agropastoralisme et beauté
du site ! J’ai construit un parcours qui valorise des microsites somptueux,
trop méconnus et peu exploités jusqu’alors, comme la Grotte du hibou en fin de
parcours.
OB : La plus grosse
difficulté d’organisation, ce fut avec le Parc Naturel Régional des Grands
Causses. Nous avons dû multiplier les études pour démontrer que le trail
n’aurait pas de conséquences néfastes pour le milieu naturel. Les choses se
sont normalisées aujourd’hui, mais nous sommes face à des environnementalistes
qui ont des idées extrêmes dans la protection de l’environnement, et il faut
être en capacité de dialoguer avec eux pour démontrer que le trail n’est pas
une activité nuisible. Ils sont le pouvoir ! Le sous-préfet et le directeur
du Parc nous ont donné raison face aux techniciens. Il y a une stigmatisation
des sports de nature. Nous sommes ici dans un monde rural âgé et fermé !
On a beaucoup travaillé pour que la course soit acceptée, surtout des chasseurs
et des agriculteurs. Chaque année, il peut y avoir de nouveaux interlocuteurs, tels
que des néo-ruraux qui ne veulent pas être embêtés près de chez eux !
OB : Le bénévolat se développe
sans cesse, irrigant le territoire de personnes mobilisées autour de la course.
De nombreuses familles avec des très jeunes et des grands-parents viennent nous
aider, et c’est tout ce réseau de bénévoles impliqués qui crée une appropriation
des Templiers par la population locale. Quand on a des demandes de bénévolat de
groupes émanant du local, on essaye de ne jamais refuser car ce sont nos
premiers ambassadeurs. Au départ, les bénévoles des premières courses, ce furent
des copains, des coureurs qui ne pouvaient plus courir, puis les copains des
copains, la famille des copains… Tout cela de manière spontanée et informelle.
On n’a jamais vraiment manqué de bénévoles. En arrivant sur Millau, on a
bénéficié de plus de demandes de bénévoles encore. Ensuite, on a mis en place
un dispositif qui permet d’indemniser les groupes structurés de bénévoles, les clubs
sportifs, les associations de parents d’élèves. Les associations sont indemnisées
en fonction d’un barème strict et cela procure une ressource supplémentaire annuelle
pour ces clubs qui peuvent ensuite développer leurs propres activités.
GB : Nous avons un référent
bénévole en ligne directe avec nous. On organise très peu de réunions en direct
avec les bénévoles, deux tout au plus à l’année, mais on mobilise des référents
habitués qui portent d’importantes missions auxquelles ils sont aguerris. A
l’initiale, on ne retenait que des associations intervenant dans un domaine humanitaire,
puis peu à peu on a évolué pour intégrer tout le monde, et ainsi soutenir les clubs
locaux ! Cela crée de la mixité, c’est intergénérationnel, avec de jeunes rugbywomen
côtoyant les anciens des groupes folkloriques ! La dynamique est aussi sur
le parcours, avec un village par exemple qui est complètement autonome pour
concevoir, mettre en place et gérer l’animation, le ravito, la sécurité, un peu
de débalisage ensuite… C’est précieux ! A Pierrefite, à St André de
Vésines et à Massebiau, lesvillages sont en fête avec des guinguettes. La
course a créé une dynamique locale ! Cela renforce l’adhésion envers la
course. Pour ce qui est de la gestion des bénévoles, on essaye de coller à l’attente
des gens, de placer le bénévole à la bonne position, là où cela lui plait. Pour
les missions délicates ou sécuritaires, comme le blocage des routes, on fait
appel à des sociétés privées pour ne pas mettre nos bénévoles en situation difficile
ou de conflit. Plus de 200 bénévoles ne dépendent pas d’associations et viennent
nous aider par pure amitié ! A noter que presque tous nos chefs de postes
ont déjà couru les Templiers ! Ils ont de la bouteille et se sont mis à
notre diapason. On fait passer un message essentiel : dans l’organisation nous
restons dans l’ombre et sur le terrain le jour J, ce sont nos bénévoles
qui seront devant les coureurs. Certes on offre un territoire à un coureur,
mais on offre aussi du relationnel, et les bénévoles doivent être au diapason
de cette alchimie qui doit fonctionner pour que le coureur dise au final :
« ils sont sympas ici ! ». La qualité du relationnel est un facteur essentiel pour
la réussite d’un événement.
OB : La ritualisation des
arrivées est liée à notre expérience de journalistes dans le monde de
l’athlétisme classique et des grands championnats. Le décorum est très
important, et on a senti que c’était important de le mettre en œuvre sur nos
épreuves, en l’adaptant au lieu et à nos moyens ! On a créé notre hymne,
notre couronne de lauriers comme au Marathon de New York ou Boston. On a voulu
sortir de l’artificiel en créant une arche en bois. Nous ne voulions pas
d’arche gonflable ! On est écartelé entre un événement qui est aussi un
moteur économique local important, en respectant les demandes légitimes de nos
partenaires, tout en gardant l’esprit initial de notre épreuve. Il faut trouver
le compromis entre ces contraintes et un événement qui reste à taille humaine
et qui respecte le symbole. L’arche gonflable est le symbole même de ce qui ne
doit pas représenter le trail ! Notre objectif est d’être encore plus dans
la scénographie. Nous chartons les zones de départ et d’arrivée, pour porter une
charge symbolique qui donne du sens, en puisant dans l’histoire et dans les
matériaux nobles du terroir comme le bois !
OB : La grande course du dimanche
est la course principale des trois jours de course, même si pour chacun, quelque
soit la distance parcourue, la participation à l’une des autres courses du programme
est un moment important qui doit être valorisé. Si on a rajouté année après
année des courses, ce n’est pas pour faire de l’argent, mais bien pour
permettre au plus grand nombre de courir. Les courses successivement créées l’ont
été à la suite de discussions ou de demandes extérieures. On a été beaucoup
critiqué d’avoir ainsi multiplié les formats, et pourtant je reste très fier
d’avoir offert ainsi à des dizaines de milliers de coureurs l’opportunité de
courir ici et de prendre pleinement part à ce rêve. Le trail est une discipline
ouverte à tout le monde, et je suis heureux de voir des gens de tous niveaux et
de toutes conditions arriver ainsi cahin-caha le samedi ! Ce grand mélange
des courses du samedi crée une énorme dynamique, amène beaucoup d’énergie, et
c’est aussi cela le trail ! ASO, l’organisateur du Tour de France, par
exemple, a repris notre formule en multipliant les propositions de course,
comme au Marathon du Mont St Michel. Le succès du dimanche vient aussi de là,
de la course en tant que telle avec la masse et l’élite, et de tous ceux qui
ont couru la veille ou l’avant veille et qui sont encore là.
A propos du vocable Trail :
Odile Baudrier et
Giles Bertrand :
Nous avons déposé à l’INPI en 1990, le mot trail et des variantes de ce
vocable. On a créé les Templiers sans utiliser le mot trail à l’initiale, puis
avec Adidas, on a expliqué pendant deux ans ce qu’était le trail ! Quand
des courses sont apparues en utilisant le mot trail, nous avons choisi de ne
pas revendiquer cette propriété, et le nom est devenu un terme d’usage commun.
En 1990, le mot trail était très peu utilisé aux USA, moins de 10% des courses
aux USA utilisaient ce vocable. C’était Endurance Run qui avait le vent en
poupe comme dénomination. Avec Adidas, on avait réfléchi à donner un nom à
cette discipline, et le mot chemin ne résonnait pas. Deux filles du marketing
d’Adidas ont flashé sur ce mot trail. On l’a adopté et on l’a expliqué.
Sur l’inflation du
kilométrage dans les trails :
Odile Baudrier et
Giles Bertrand :
On a vu beaucoup de coureurs se blesser à trop courir. On a vu des dégâts physiques
et psychologiques chez de grands coureurs. Au niveau de la santé, l’ultra est
dévastateur ! Il faut deux ans pour préparer l’UTMB ! Quand on additionne
l’entraînement nécessaire, le nombre de courses obligatoires à la participation
au tirage au sort, plus l’UTMB en lui-même, le coureur va faire au moins 100
000 m de dénivelé. Si c’est une fois ça va… Si on répète ce schéma, le corps prend
des coups qu’il n’est pas à même de supporter dans la durée. Les coureurs de
100km de ma génération ne peuvent plus courir la cinquantaine venue !
Combien ont aujourd’hui des prothèses de hanche ! On n’est pas fait pour
cela. Et de plus, nous l’avons souvent constaté, l’ultra favorise la rupture
entre les couples. Cette quête de l’ultra est une calamité ! Le fait que
l’ultra ait tellement pris d’importance dans les médias banalise les efforts
plus courts, la logique de santé et de plaisir à long terme. C’est dommageable.
Nous avons souvent constaté que le fait d’avoir réalisé des exploits sportifs
ne protégeait pas des épreuves de la vie ! J’ai vu des guerriers de l’effort pleurer pour des choses
anodines de la vie courante. Anton Krupicka a été une idole du trail
pendant des années, avec un mythe médiatique le montrant courant à demi-nu de
longues heures dans la montagne pour ne rentrer que tard le soir, en mangeant
trois carottes. Aujourd’hui, il ne peut plus courir. Il est cassé !
Personne ne l’a dit.
L’équipe
d’organisation des Templiers :
-Gilles Bertrand assure le volet sécurité et le suivi des parcours. -Odile Baudrier gère le planning logistique annuel, les ravitaillements, les récompenses, le relationnel avec les institutions et les demandes de subvention.
-Kévin Bertrand, le fils d’Odile et Gilles, gère les partenariats, le salon du Running, le relationnel extérieur et les produits dérivés.
-Une
administratrice gère la comptabilité et le volet inscriptions, car la course
est propriétaire du système de gestion des inscrits.
-Et
quelques contractuels ou vacataires travaillent sur tel ou tel sujet en appui
des permanents.
Avec
les quelques principaux bénévoles impliqués, l’équipe de gestion de la course
est composée d’une quinzaine de personnes qui porte l’organisation de trois
évènements : Le Festival des Templiers, Trail en Aubrac et l’Hivernale des
Templiers.
Après Bertrand Lellouche, ultra aventurier, puis Cyrille Quintard, ultra photographe, voilà une autre des plus belles rencontres de nos derniers numéros, avec cet interview paru dans Esprit Trail n°106, et en préambule d’un prochain rendez-vous prévu dans Esprit Trail n°113 qui sortira en kiosque le 20 mai !
D’un naturel plutôt
discret, Maxime Cazajous est un agitateur, de ceux qui n’hésitent pas à tenir
tête à des Jim Walmsley, des François D’Haene ou des Benoît Girondel, sur les
terrains techniques de la Diagonale des Fous, où il est monté sur le podium en
2018. Dialogue serein avec un traileur à l’accent du Sud, tombé amoureux de
l’île de la Réunion. Un moment haut en couleurs et fort en émotions !
Esprit Trail :
Avant toute chose, parle-nous de cette 3ème place sur la Diagonale 2018 !
Maxime Cazajous : Je ne pensais pas, quand j’ai commencé le trail, qu’un
jour je ferai un podium sur la Diagonale des Fous. C’est l’aboutissement d’une
passion, mais aussi de beaucoup de sacrifices. Ça me procure forcément une très
grande satisfaction et beaucoup de fierté.
Esprit Trail :
Tu as longtemps animé les débats avec François D’Haene, tu as même pris un peu
de distance à un moment. Croyais-tu pouvoir gagner ? Maxime Cazajous : Absolument
pas ! Je n’y ai jamais pensé, ni au départ, ni quand je me suis retrouvé
un peu plus devant. C’est ma façon de courir, j’aime être devant. Peut-être que
c’est parce que je suis davantage un coureur de 80km. Mais à ce moment, je savais
qu’il restait plus de 60km, c’était encore beaucoup trop long, et je savais
qu’à un moment il faudrait lever le pied.
Esprit Trail :
Ce n’est pas la première fois que tu tiens tête aux meilleurs sur la Diagonale…
Pourquoi partir aussi vite, si tu sais que ça ne tiendra pas ? Maxime Cazajous: (Rires) Parce que la Diag, c’est
mythique pour moi ! J’y pense toute l’année, c’est mon objectif de la
saison. J’ai tellement hâte d’y être, qu’au départ je me sens grisé. Je sais
que je ne dois pas partir vite, je me le dis et me le répète… Mais une fois que
le départ est donné, c’est fini. Peut-être qu’un jour j’arriverai à ne pas
partir vite, à rester sage, peut-être alors que je ferai mieux en temps !
Mais c’est ma façon de faire, je ne suis pas trop du genre à calculer.
Finalement, je n’ai aucun regret, car si je n’avais pas fait ça, peut-être que
j’aurais pu faire 3ème, mais je n’aurais jamais couru avec Walmsley
ou D’Haene. C’est super enrichissant de courir avec des gars comme ça !
Esprit Trail :
Cette édition 2018 avait-elle un goût de revanche pour toi ?
Maxime Cazajous: Carrément ! L’objectif numéro 1
était d’arriver au bout. C’est bizarre que je dise ça comme ça… C’était
vraiment ce que je me répétais dès le début, et pourtant je suis quand même
parti devant… Mais une fois que c’est devenu dur, je ne voulais absolument pas
abandonner. Chaque année,
je viens avec ma famille, ils sont là pour me soutenir, et l’abandon a un goût
amer.
Esprit Trail :
En parlant de ta famille, tu es marié et tu as deux fils… Tu leur avais fait
une promesse avant la course, n’est-ce pas ?
Maxime Cazajous: La famille a une place importante
dans ma vie. C’est important pour moi qu’ils soient là sur les courses et que
l’on puisse vivre des moments comme ça ensemble. J’avais fait effectivement une
promesse à mes deux fils. Ils voulaient que l’on franchisse la ligne d’arrivée
ensemble, alors il fallait absolument aller au bout pour le faire !
Esprit Trail :
La Réunion semble avoir une place importante à tes yeux, pourquoi ?
Maxime Cazajous: J’ai participé 4 fois à la Diag (en
2015, 2016, 2017 et 2018, ndlr). Pour moi, c’est la plus belle course du monde.
C’est une terre de trail, l’ambiance des gens autour est incroyable, les
parcours sont magnifiques. Les cirques, le départ de nuit, ce moment sur le
front de mer de Saint-Pierre, tout est beau. En 2012, on y est allés en
vacances. On a fait de la rando, ça m’avait beaucoup plu. Je m’étais dit alors,
que le jour où je serai prêt à faire un ultra, ce serait celui-là !
Esprit Trail :
Penses-tu désormais être en mesure de la remporter un jour ?
Maxime Cazajous: Peut-être… Il faudrait pour cela que
je parte plus prudemment. Il va falloir que je m’y fasse, que j’apprenne à
rester en retrait, à m’économiser. 15mn de plus à Cilaos ça peut faire 30mn de
moins à la fin ! Je pense être capable, en gérant bien ma course, de
m’approcher des 24h, et sur une année où il n’y a pas une concurrence très
forte, ça peut passer. Je ne peux de toute façon pas changer fondamentalement
ma préparation, car j’y ai trouvé, je pense, un équilibre. Là où je peux
intervenir, c’est donc sur ma gestion de course, c’est primordial !
Esprit Trail : À
part la Diagonale des Fous, il y a d’autres courses qui te motivent ou tu
préfères rester discret le reste de la saison ?
Maxime Cazajous: J’ai quand même fait
2ème du 90km du Mont-Blanc l’année dernière. J’ai déjà remporté deux fois le 80km
du GRP, fini 3ème des Championnats de France de Trail Long, 4ème de la
Transgrancanaria, ce n’est pas si mal. Mais c’est vrai que je me considère
comme un coureur amateur. La famille est importante pour moi, mon boulot aussi.
J’ai des parents agriculteurs et je leur donne un coup de main sur
l’exploitation. Ça ne laisse pas trop de temps pour aller jouer dans les Alpes.
Je peux faire 2 ou 3 grandes courses par saison au maximum. Je choisis en
général des destinations un peu « vacances », pour que la famille
puisse en profiter aussi. Mais je fais pas mal de courses ici, dans les
Pyrénées, j’aime courir près de mon territoire. Ce sont des courses qui ne sont
pas très médiatisées et au final ça me va très bien !
Esprit Trail : Tu
n’as pas toujours fait du trail. Comment passe-t-on du rugby à 3ème sur le
Grand Raid ?
Maxime Cazajous: J’ai toujours aimé courir, même quand
je jouais au rugby (il était demi de mêlée, ndlr). Mon grand-père m’amenait beaucoup en montagne plus
jeune, il m’a transmis sa passion et je crapahutais beaucoup. À sa mort,
je me suis promis de remporter une course près de chez moi, la Corruda. C’était
en 2007. À l’époque je ne faisais pas de trail, je faisais du rugby et je
m’entraînais pour cette course ! Je voulais absolument la gagner. Du coup
en septembre, j’arrivais plus tôt sur le terrain pour courir pendant une heure
avant l’entraînement et me préparer.
Esprit Trail :
Et alors, tu l’as remporté cette course ?
Maxime Cazajous: Il y avait des noms assez prestigieux
qui venaient sur cette course, des anciens vainqueurs des Templiers, des
sportifs de renom. J’aurais tué pour la remporter. Ça n’a pas été facile, mais
je l’ai remportée 3 fois de suite ! En fait, quand tu le fais 3 fois de
suite, tu obtiens un trophée spécial. Je l’ai dédicacé à mon grand-père !
Esprit Trail :
Il y a d’autres courses qui te font rêver ?
Maxime Cazajous: Non ! Mon rêve
à moi c’est la Diag ! Il y a de belles courses dans le monde, c’est
certain. L’UTMB par exemple, je ne connais pas le parcours, alors je ne peux
pas dire si je serai compétitif ou pas dessus… Peut-être qu’un jour je m’y
essaierai. Mais je ne peux pas faire à la fois l’UTMB et la Diagonale. Et la
Diag c’est particulier. La seule chose qui me fait vraiment plaisir, c’est que
même si j’arrêtais de courir l’année prochaine, je serais déjà satisfait de
l’avoir courue à ce niveau-là !
Esprit Trail :
Justement, jusqu’à quand penses-tu courir ?
Maxime Cazajous: La course à pied,
j’en ferai toute ma vie, ça c’est certain. Après, à ce
niveau-là, tout dépend de mon équilibre, de la famille et du travail. Pour le
moment, ma femme et mes parents assument beaucoup pour les enfants. Demain si
ma femme me dit « stop », je comprendrai. Et puis si l’un de mes
parents tombe malade, ce sera compliqué aussi. Je compte reprendre
l’exploitation, et les deux activités ne seront plus compatibles. Le trail
reste la plus importante de mes activités secondaires. Tant que je peux en
profiter je le fais, et quand ça ne sera plus possible, je reviendrai à des
petits footings, juste pour moi.
Par Mickaël Mussard. Photos Hoka One One – P.Verticale-T.Nalet
Maxime Cazajous, en
quelques lignes
-2007,
2008, 2009 : vainqueur de la Corruda, une course dans les Pyrénées qui lui
tient à cœur.
-2011 :
12e au Grand Trail des Templiers
-2012 :
remporte la Via Romana en Corse devant Dawa Sherpa
-2013 :
6e des Templiers
-2015 :
participe à sa première Diagonale des Fous et remporte le GRP 80.
-2016 :
3e des Championnats de France de trail long et 4e de la
Diagonale des Fous.
-2017 :
1er du GRP 80, 4e de la Transgrancanaria, abandonne sur
la Diagonale des Fous.
-2018 : 2e du 90-km du Mont-Blanc, 3e à la Diagonale des Fous.
https://www.esprit-trail.com/wp-content/uploads/2020/04/HOKA-Mer-de-glace-┬®P.Verticale_T.Nalet-4331_compressed-scaled.jpg17072560redacteur esprit trailhttps://www.esprit-trail.com/wp-content/uploads/2025/02/ET-logo-vert-noir-300x87.pngredacteur esprit trail2020-04-18 15:23:172020-04-18 15:24:53Rencontre avec Maxime Cazajous
Ses photos éclaboussent
de beauté les parcours et les « gens » du trail ! A découvrir ou
redécouvrir, l’interview paru dans Esprit Trail n°109, de ce photographe à l’œil
aiguisé. Et si vous aimez rêver à
travers ses photos, le dossier « Dans l’objectif de Cyrille Quintard »
prévu dans Esprit Trail n°113 qui sortira en kiosque fin mai, avec 4
magnifiques double pages légendées vous ravira à coup sûr !
Propos recueillis par Serge Moro.
Esprit Trail :
Cyrille, peux-tu nous raconter comment tu es devenu photographe de trail ?
Cyrille
Quintard :
J’exerçais déjà le métier de photographe il y a 25 ans. J’avais fais d’ailleurs
des études de photographie. A cette époque, j’habitais vers Niort, et je
travaillais comme pigiste « texte et photos » pour la Presse Quotidienne
Régionale sur l’ensemble des sujets que traitent ces médias généralistes, avant
de partir à l’armée, passage obligé pour les gens de ma génération ! Après
l’armée, j’ai flashé sur une annonce d’un magasin de photo (Photo Breton) à l’Alpe-d’Huez
en Isère qui recherchait pour l’été 1997 un photographe de sport. Ce magasin
réalisait des reportages et des films sportifs, en particulier sur le cyclisme,
très en vogue à l’Alpe-d’Huez. A 22 ans, cela m’allait bien car c’était le
sport qui m’intéressait principalement. Après ce premier été réussi, le même
magasin m’a proposé de revenir l’hiver suivant, pour réaliser les reportages
sur le parapente et le snowpark. Me voilà donc de retour pour l’hiver dans la
station… Et je ne suis jamais reparti ! Voilà désormais 22 ans que je vis
à l’Alpe d’Huez ! Mes enfants sont nés ici… J’ai travaillé sans
discontinuer pendant 12 ans pour ce même magasin, puis j’ai eu envie de changer
de rythme de vie. S’en est suivie une période de 5 ans où j’ai été chauffeur de
taxi, principalement en saison d’hiver, et accessoirement en été. Ayant été
footballeur à Niort, à un bon niveau, je me suis remis à courir pendant cette
période de ma vie, et sur ce site de l’Alpe d’Huez, il était naturel de se
mettre au trail. Très vite, j’ai accroché des dossards sur de nombreuses
courses, comme par exemple le 1er UT4M. Je me suis investi dans le
trail comme coureur de 2011 à 2015. Parallèlement, pour le plaisir, j’ai repris
la photographie que j’avais abandonnée. Le trail m’a redonné envie de faire de la photographie, et
de plus en plus souvent j’ai emporté avec moi l’appareil photo, blotti au fond
du sac !
ET : Mais quel a
été le déclic qui t’a permis de devenir professionnel ?
CQ : Une amie sur Facebook
a vu que François D’Haene lançait un concours photo !Elle m’en parle, j’hésite, elle insiste, on fait les photos. Et je
gagne le concours ! Dans la foulée, me voilà parti avec Francois D’Haene en
Equateur pendant trois semaines ! Il s’agissait rien moins que de le
suivre sur l’un des grands défis dont il a le secret ! Avec lui, ce
fut une révélation. Je me suis dit : voilà, c’est cela que j’aime faire, voilà
mon métier ! Je suis photographe, j’aime la nature, j’aime courir ! Etre
photographe de trail, c’est une parfaite synthèse de tout cela ! A la
suite de ce reportage, tout est allé très vite, de reportage en reportage, pour
les magazines ou pour les courses, en continuant pendant deux ans encore à
faire le taxi, mais en hiver seulement ! Après, il me fallait prendre une
décision. Je ne voulais pas tout faire à moitié, et je me suis lancé à fond
dans la photographie comme activité professionnelle exclusive. Aujourd’hui,
depuis 3 ans, je suis photographe. En plus de mes interventions dans le trail,
je travaille avec des Offices de Tourisme, les communautés de communes, dans le
monde du cyclisme…
ET : A
t’entendre, tout semble simple et facile !
CQ : Oh non, il faut bien
dire à ceux qui seraient tentés de faire comme moi parce qu’ils aiment faire
des photos, que ce n’est pas toujours facile. A chaque contrat perdu, il faut
se mobiliser pour en décrocher un autre ! Ce n’est pas si simple et il y a
beaucoup de monde sur le marché. Je suis en permanence force de proposition, je
ne me contente pas de répondre aux demandes, ce serait trop facile ! Les
conditions de travail avec les organisations et les supports médias ont évolué.
Désormais, la plupart du temps, je travaille pour l’organisateur à qui je cède
un reportage complet ainsi que tous les droits d’utilisations des images. Ainsi
les images sont largement diffusées et reprises sur le web et les
magazines, mais aussi l’année suivante sur les dépliants et les affiches de la
course. Chacun est gagnant. Je considère d’ailleurs que c’est la seule option
qui peut bien fonctionner aujourd’hui. De ce fait, si je travaille toujours avec
la presse, avec un grand nombre de mes photos chaque mois en kiosque, c’est
indirectement via les contrats avec les organisateurs qui eux-mêmes mobilisent
les médias. Sur une épreuve, pour réaliser un beau
reportage, il faut un certain savoir-faire ! C’est beaucoup de souplesse
et de débrouillardise. En général, beaucoup d’organisateurs m’aident à trouver
les bons sports, à m’y déplacer, surtout quand j’interviens pour la première
fois sur une épreuve ! Il me faut évaluer les demandes et les besoins d’un
organisateur, qu’elles soient exprimées clairement ou pas : épreuve de
masse ou d’élite, course de 42km où tout se joue en moins de 4 heures, ou 160km
en montagne qui demande des heures de route et plusieurs journées de travail…
les situations sont très diverses, à moi de m’adapter et de choisir la solution
la plus cohérente ! L’essentiel est de trouver le temps de se concerter avec
l’organisateur, souvent pris par mille tâches urgentes, pour savoir ce qu’il
souhaite, ses besoins. C’est un dialogue. Et d’année en année, quand on couvre
les mêmes épreuves, il faut savoir changer pour ne pas reproduire
sempiternellement les mêmes clichés et enrichir les photothèques de prises de
vues différentes.
ET : Qu’est-ce
qui fait une bonne photo ?
CQ : Une bonne photo,
c’est d’abord une vision, un œil. C’est en fait une capacité naturelle à
trouver le bon placement, le meilleur angle, construire dans sa tête la bonne
photo. Plus qu’une surenchère de matériel coûteux, être un bon photographe
c’est d’abord de la créativité et de la patience. Je vois l’œil et le don chez
les autres photographes. J’ai abandonné l’argentique sans remord car je suis
assez geek et j’aime les nouveautés. Mais l’argentique avec une seule pellicule
de 36 poses imposait une rigueur et une décision beaucoup plus difficile à
prendre avant d’appuyer sur le déclencheur. C’était très formateur ! Et on
ne pouvait pas voir ce que l’on avait fait ! Le métier a changé, il est
beaucoup plus facile, c’est beaucoup plus simple. Côté matos, c’est la qualité
de l’optique qui prime, en recherchant un bon piqué. Pour les photos de trail, il
vaut mieux investir dans une optique de qualité et un boitier de milieu de gamme,
car la course à pied en milieu naturel ne nécessite pas des vitesses de prises
de vues trop importantes. Quand je fais des reportages sur des matches de
hockey, c’est une autre histoire, et il faut un matériel haut de gamme pour
saisir l’instant, en l’occurrence le palet en pleine vitesse, et le garder dans
le champ !
ET : Que
penses-tu des logiciels de traitement d’images ?
CQ : Ce sont aujourd’hui des
outils indispensables, qui complètent la vision du photographe sur le terrain
avec son boitier et son optique. Que ce soient pour certains photographes
reconnus de trail ou moi-même, on parvient à reconnaitre le style d’une photo à
partir non seulement du cadrage mais aussi du traitement de l’image. La
« retouche » de l’image après la prise de vue est une pratique vieille
comme la photographie. A l’époque de l’argentique, dans la chambre noire, on
jouait avec les bacs de révélateurs et sur les temps d’expositions pour
modifier et donner de l’âme à une photo. Pour ma part, je travaille avec
Lightroom et Photoshop. Je passe moins de temps que la plupart de mes collègues
sur cette phase de traitement d’image. C’est extraordinaire ce que l’on peut
faire avec ces outils ! Chaque reportage, chaque photo est pour moi un
nouveau défi ! Et une belle photo peut se faire partout. Chaque endroit peut
être sujet à une image esthétique, ce n’est pas la peine d’aller au bout du
monde. L’art du
photographe, c’est de saisir l’âme de chaque lieu et de l’instant du déclic
pour créer de la magie…
Esprit Trail vous
fait partager ses plus belles rencontres, comme cet interview de Bertrand
Lellouche, que vous retrouverez en intégralité dans le n°110… Tor des Géants,
Barkley, Kilomètre Vertical, No Finish Line, sommet du mont Blanc, Last Man
Standing, 10 000 mètres de dénivelé dans Paris… les défis et aventures sont
aussi nombreux que dépaysants pour Bertrand Lellouche…
Esprit Trail :
Pourquoi cet amour de la course à pied ?
Bertrand
Lellouche :
Si l’on m’avait qu’un jour je me mettrais à la course à pied… j’aurais bien
ri !
Le
sport est une passion depuis l’enfance (35 ans de judo et de nombreuses autres
disciplines) mais… courir ? Ce qui n’était longtemps que souffrance a fini
par prendre forme sur le tard. Petit à petit, et à un point insoupçonné. Et dire
que chaque étape m’a semblé une surprise et un palier ultime ! Alors que le
10km me semblait déjà un défi, le challenge du marathon est finalement vite
arrivé derrière. Mais de là à voir plus loin… Et puis, quelques années plus
tard, le trail s’est présenté. Un nouvel univers fascinant. Difficile, mais
tellement riche… J’ai alors immédiatement rêvé d’un triptyque mythique :
Diagonale des Fous, UTMB et Marathon des Sables. Pourquoi ne pas voir
grand ? Bien sûr, de nombreux autres monuments du trails m’ont attiré et
servi à construire ce projet.
Esprit Trail : Peut-on
parler d’un déclic, l’envie de partager tes aventures?
Bertrand
Lellouche :
Oui, un jour j’ai bouclé le Marathon des Sables, mon 3ème rêve. Comme
d’habitude depuis longtemps, j’avais pris de nombreuses photos et écrit mon
récit pour faire partager aux proches ce ressenti unique. Un ami m’a alors
rapporté avoir été transporté et avoir eu l’impression de vivre pleinement
cette semaine dans le désert, comme s’il avait disputé lui-même l’épreuve. Le but
recherché et un déclic ! Et pourquoi ne pas faire partager tout cela, avec
mes conseils et informations sur toutes ces épreuves magnifiques ? C’est
ainsi que mon premier livre « Trails
& Ultras Mythiques » est né. Un mélange de rêve, d’évasion, et de
retour d’expérience pratique, sous forme de carnet de bord complet, très illustré
pour aider à visualiser, avec des cartes exclusives et des évaluations pour
aiguiller les lecteurs.
Esprit Trail : Quel
angle d’approche adoptes-tu dans tes textes ?
Bertrand
Lellouche :
En fait, mon idée est simple : être précis et authentique, tout en rendant
l’approche légère et ludique également. Apprendre et s’évader en même temps. Le
but est là : partager et aider les autres à vivre leurs rêves. A mon
échelle, ce sont d’abord les envies qui me portent et m’inspirent. L’écriture
n’est toujours que la conséquence. Mais autant en faire profiter un maximum de
gens. Mon credo : ne vous limitez pas à vos croyances et
partez à la découverte de nouveaux horizons…
Esprit Trail : L’envie
de courir et dire est toujours là ?
Bertrand
Lellouche :
Oui, je suis toujours attiré par les défis et aventures, et je me suis lancé
dans d’autres challenges. Par attrait de la découverte de soi, des
environnements et des gens d’abord. Histoire de voir aussi si mes limites
n’étaient pas finalement autres ou plus lointaines encore ! Certaines
épreuves inaccessibles le sont-elles réellement ? me suis-je demandé.
Où se situe le curseur ? Ce nouveau livre « DéfisTrails & Ultra Aventures » est dans cet esprit. Comme
la variété m’attire, ce livre raconte 16 découvertes, de 15 minutes à une
semaine non-stop. Quelle chance que de pouvoir se tester sur un vaste éventail.
Aucun risque de s’ennuyer !
Esprit Trail : Comment
est construit ton dernier livre ?
Bertrand
Lellouche :
Ce nouveau livre se décompose en quatre grands chapitres, couvrant ces
challenges à travers une multitude de pays. Pour commencer des Défis de 1 à 1000km, de 1 à 10000m de
dénivelé… un peu fous parfois. Chacun possède son originalité, mais avec un
accès réel, dépendant de votre envie, de votre imagination et de votre
persévérance aussi. Puis des Ultras de l’impossible
(ou presque), comme la Barkley, avec son grand lot de mystères à percer et
comprendre… Ensuite des Ultras de légende,
épreuves XXL, avec en particulier le Tor des Géants.
Et
enfin, des Ultras en autonomie,
peut-être le but ultime… comme le commencement ? Chaque course racontée
est très singulière. Comme dans mon premier livre, il y a un côté unique qui
ressort : l’originalité du format, des lieux, l’histoire… Il y a toujours
un coup de cœur et une émotion particulière. Mais sur les formats, il n’y a aucune
comparaison avec le premier livre, si ce n’est la proximité, comme la richesse
de l’univers du trail.
Esprit Trail : Tu
vas au-delà du challenge sportif quand tu évoques ces courses ! ?
Bertrand
Lellouche :
Comme dans le premier ouvrage, l’idée est aussi de mettre en évidence l’existence
des portes d’entrée. Ce ne sont pas des challenges purement élitistes, car il y
a toujours moyen de démarrer simplement. Dans ce nouveau livre, le premier
chapitre – la No Finish Line – est une ouverture parfaite pour illustrer le
propos. On y va pour quelques kilomètres et on se prend vite au jeu de voir
plus loin. Et ce n’est pas la seule épreuve à vous tendre les bras. Dans un
autre genre, le Tor des Géants, cœur du livre, est une longue aventure
extraordinaire. L’environnement y est hors norme, avec l’occasion d’y découvrir
des sensations sans équivalent. J’y ai connu des rebondissements et moments
forts comme jamais vécus. Une semaine unique qui vous marque pour la vie.
Esprit Trail : Certaines
courses sont complétement déjantées ! ?
Bertrand
Lellouche :
Barkley et Terminorum sont aussi fascinants. Un jeu de piste au propre et au figuré,
où les réponses ne sont pas toujours celles que l’on croit. Dans un humour
unique en son genre, la leçon est aussi puissante qu’addictive. Ces ultras
m’ont amené à découvrir encore d’autres dimensions de la course à pied. Bref,
vivre ces défis et aventures sont une chance. Les efforts valent la peine d’être vécus car vous êtes
toujours récompensé d’une façon ou d’une autre. Si 90% du livre relate
mes expériences, quelques champions s’y sont aussi associés pour partager leurs
retours : Luca Papi, Guillaume Calmettes, Thierry Corbarieu, Guillaume
Arthus et Nathalie Tur complètent la lecture à travers leurs exploits. L’esprit
trail, c’est d’abord cela : un univers de partage où chacun va vivre et
construire son histoire. Avec les autres !
Propos recueillis par
Serge Moro. Photos BL – Tors des Géants – Malatra @VdA Trailers-Stefano Jeantet
« DEFIS TRAILS & ULTRA
AVENTURES »
Par
Bertrand Lellouche
Sortie le 19 novembre 2019 – 320 pages – Plus de 300 photos.
Le temps passé chez soi, même s’il est contraint, permet de se recentrer, de s’interroger sur ses priorités et sur ce qui est vraiment essentiel pour s’épanouir pleinement. Et si ce dont nous avons tous besoin pour être heureux était à notre portée, facilement accessible ? Pour partager des clés simples et pratiques, ainsi que par solidarité avec toutes les personnes isolées, Julien Peron a pris la décision d’offrir gratuitement pendant toute la durée du confinement le film culte “C’est quoi le bonheur pour vous ?”.
Durant 1h20, 44 experts (scientifiques, philosophes, écrivains, coachs, psychothérapeutes…) et citoyens des quatre coins du globe partagent leur vision du bonheur. Ces pépites sont autant de précieuses sources d’inspiration, particulièrement bénéfiques dans le contexte actuel. Sorti en 2017, “C’est quoi le bonheur pour vous ?” a déjà touché plus de 1 million de spectateurs. Mis en ligne sur YouTube depuis le 20 mars dernier, à l’occasion de la Journée mondiale du Bonheur, il a été visionné par 500 000 personnes en 7 jours à peine et plus de 900 personnes ont déjà laissé des commentaires enthousiastes. Pour voir le film gratuitement : https://youtu.be/j90RSlGMVrM
Avez-vous déjà pensé à affiner votre proprioception en explorant vos ressentis sous vos pieds ? Bénédicte Opsomer et Pascal Jover, auteurs du livre Yoga pour runner, vous expliquent tout. Grâce à cette prise de conscience, votre foulée sera bien plus tonique et légère au moment d’attaquer les sentiers…
Ce qui est important dans l’approche des Running Yogis, c’est cette recherche constante de relâchement dans l’effort, tant sur le tapis de yoga qu’en course, et c’est par le travail sur le tapis de yoga qu’il devient plus aisé d’alléger sa foulée, et de la construire différemment… Nos jambes sont bien sûr les principales actrices de notre running, mais leur mouvement n’est que la conséquence du placement et du mouvement du reste de notre corps. Nos pieds sont les appendices qui nous relient à la terre. Il a une zone de contact avec le sol (l’empreinte du pied quand on marche dans le sable), mais mécaniquement, il n’y a que trois points d’appui qui encaissent les efforts. Notre pied est en définitive… un trépied.
Ces trois points d’appui sont situés au niveau des coussinets du gros et du petit orteil (sous les têtes du premier et du cinquième métatarsien), et au centre du talon. Le corps étant un système mécanique global, on verra dans les exercices de yoga qu’une action sur chacun de ces points d’appui a des répercussions jusqu’au sommet du crâne… Et dans la course à pied aussi ! Le pied est composé de 26 os, soit 52 pour les deux pieds, le quart de la totalité des os qui composent notre squelette ! Sur eux seuls, repose tout le poids de notre corps.
Explorez vos
ressentis sous vos pieds
Pour vivre cette exploration, mettez-vous debout, pieds parallèles, écartés de la largeur du bassin, avec le poids du corps réparti équitablement sur l’avant et l’arrière. Soyez attentif à ne pencher ni à gauche ni à droite. Observez comment la stabilité et la fermeté dans votre corps naissent de vos points d’appui sur la terre. Et comment les sensations de fermeté et de puissance s’installent dans vos jambes et dans votre bassin. Ce bassin vient ainsi constituer une dalle solide sur laquelle la colonne vertébrale va pouvoir s’ériger et un carrefour précieux pour vos jambes qui vont vous faire avancer.
Premier point : derrière le gros orteil
Pour
sentir ce premier point, visualisez le coussinet derrière le gros orteil.
Lorsqu’une expiration se présentera, vous presserez cette zone dans le sol et
vous relâcherez la pression à l’inspiration. Vous pourrez enchaîner ces
pressions au rythme de votre souffle pour bien localiser ce point d’appui à
l’arrière de votre gros orteil. Lorsque la pression est maintenue, découvrez
les sensations qui remontent dans tout votre corps : la sensation dans les
tibias et péronés, dans les genoux, les fémurs qui semblent partir en rotation
vers l’intérieur, le bassin qui se referme sur sa face avant alors qu’il s’élargit
sur sa face arrière, donnant ainsi plus d’espace au sacrum. Si votre ressenti
est suffisamment fin, observez les sensations dans la colonne vertébrale et
jusqu’au sommet du crâne. Observez comme ce geste minime a des répercussions
dans la totalité de votre structure. Le corps est un système global.
Deuxième point : derrière le petit orteil
Pour
sentir ce deuxième point, visualisez le coussinet qui est situé juste à
l’arrière du petit orteil. Sur une expiration, vous presserez cette zone dans
le sol et vous relâcherez la pression à l’inspiration. Vous pourrez enchaîner
ces pressions au rythme de votre souffle pour bien localiser ce point d’appui à
l’arrière du petit orteil. Lorsque la pression est maintenue, découvrez les
sensations qui remontent dans tout votre corps : la sensation dans les tibias
et péronés, dans les genoux, les fémurs qui semblent partir en rotation vers
l’extérieur, le bassin qui se referme sur sa face arrière alors qu’il s’élargit
sur sa face avant, donnant ainsi plus d’espace à la zone pubienne. Si votre
ressenti est suffisamment fin, observez les sensations dans la colonne
vertébrale et jusqu’au sommet du crâne.
Troisième point : le centre du talon
Pour
sentir ce dernier point, vous allez cette fois presser vos talons dans le sol.
C’est comme si vous cherchiez à étirer l’arrière de vos genoux. De la même
façon à l’expiration, vous pousserez le talon dans le sol, et vous le laisserez
revenir sans soulever le pied à l’inspiration. Lorsque la pression est
maintenue, découvrez les sensations qui remontent dans tout votre corps : la
sensation de fermeté qui s’installe dans vos jambes, dans le bassin, et le
léger mais ferme gainage qui s’installe dans le bas de l’abdomen.
Combinaison des trois points d’appui
Dans
la même position, vous allez cette fois presser les trois points d’appui dans
le sol. À l’expiration, pressez l’arrière du gros orteil, puis celui du petit
orteil, puis le talon. À la fin de l’expiration, les trois points sont engagés.
Relâchez à l’inspiration et enchaînez au rythme de votre souffle. Après
quelques mouvements, lorsque vous êtes familiarisé avec la gestuelle, maintenez
la pression dans le sol pendant quelques respirations, puis relâchez. Reprenez
à l’expiration et enchaînez.
*Texte extrait du livre « Yoga pour runner » (comportant de nombreux exercices de pratiques guidées de yoga adaptées à la course à pied, avec photos à l’appui), Bénédicte Opsomer et Pascal Jover, Editions La plage, 224 pages, 17 x 24cm, 19,95€ en librairie.
Avis aux aventuriers et tous ceux qui souhaitent sortir de leur zone de confort : les 28 et 29 mars prochain, profitez d’un week-end sportif dans la station de Trail Bagnoles Normandie que vous ne serez pas près d’oublier.
Au
programme : un stage d’exception en compagnie de Nathalie Mauclair,
double championne du monde de trail, et Emmanuel Weber, fondateur de Ew
Sport Concept’ et entraîneur de triathlon.
Le cadre naturel et préservé de la forêt des Andaines deviendra le terrain de jeu idéal pour progresser en trail mais surtout se faire plaisir.
Jour 1 : Préparation, conseils et entrainement
Après
une arrivée matinale à 8h au Gîte de la Passée et un bon café, mesurez
votre vitesse au cours d’un atelier VMA avec des séances de prises de
vues pour une analyse personnalisée en fin de journée. Nathalie Mauclair
vous initiera à l’utilisation des bâtons dans les montées et descentes
pour vous donner toutes les chances de progresser.
Un repas traiteur adapté à la pratique sportive vous attendra le midi.
Puis
à 14h30, direction la forêt pour mettre en pratique les conseils
prodigués par Nathalie Mauclair. Après cette sortie et un bon buffet du
terroir où se partagent les expériences des coureurs, Nathalie Mauclair
partagera ses trucs et astuces pour progresser et anticiper pour être
pleinement en forme le jour J.
Jour 2 : Top Chrono
Une
bonne nuit au Gîte, un petit-déjeuner sportif et une présentation 360°
de Bagnoles de l’Orne en 30 minutes au bord du lac permettra à chacun de
découvrir les sites emblématiques de la station et d’écouter les
anecdotes du guide.
Puis
top chrono ! C’est parti pour plus de 20km de trail en petits groupes
dans la forêt jalonnée d’obstacles naturels, dans une ambiance paisible
et ressourçante.
Retour
au gîte pour une séance d’étirements et de renforcement musculaire et
pour un repas traiteurs adapté et sain. Les sportifs pourront ensuite
échanger avec Nathalie Mauclair sur son parcours afin qu’elle partage
ses expériences.
Dans
l’après-midi, profitez d’une séance d’automassage et d’une séance
running yoga pour finir la journée sous le signe du bien-être et du
cocooning.
Rochers de l’Ermitage
Le running Yoga c’est quoi ?
Unique
et novateur, le running yoga est une pratique spécifique du yoga qui
permet d’améliorer ses performances, d’apprendre à mieux respirer et
d’installer le relâchement au cœur de l’effort, pour que courir reste
toujours un plaisir !
1. Le week-end 1 nuit « Trail avec une championne » 390€ par personne
Depuis 2018, l‘Ut4M et l‘Université Grenoble Alpes ont scellé des accords de partenariat pour étudier les effets du Trail sur les coureurs. D‘importants moyens ont été déployés par l‘UGA et les premiers résultats sont étonnants. La variété des courses de l‘Ut4M offre les perspectives d‘étude intéressantes.
Courir un Ultra Trail de 160 km est-il plus fatigant que 4 Trails de 40 km chacun? Combien de temps faut-il pour récupérer après un effort aussi intense? Les Ultra Trails sont-ils vraiment accessibles à tous? Y a-t-il des épreuves de l‘Ut4M accessibles à tous?
Pour permettre aux trailers de bien préparer la saison 2020, le docteur Samuel Vergès répond à vos interrogations dans le cadre du partenariat entre l’Ut4M et la Chaire de recherche «Montagne, Altitude, Santé» de la Fondation Université Grenoble Alpes. Une équipe de chercheurs et de médecins du laboratoire HP2 (Inserm / UGA) et de l’Unité Sports Pathologies du CHU de Grenoble travaille de concert avec les organisateurs de l’Ut4M depuis 2018.
Une étude inédite
Quelle est l’influence de la distance de course sur la fatigue mesurée à l’arrivée ? Comment et à quelle vitesse récupère-t-on ? Dans
les 10 jours après la course ? La course de 160 km est-elle plus
éprouvante que celle de 4×40 km ? Récupère-t-on plus vite après avoir
couru 160 km d’une traite ou après 4×40 km ?
Pour tenter de répondre à ces questions, 79 coureurs volontaires participant à l’Ut4M 2018 ont été étudiés :
29 sur l’Ut4M 160 Xtrem
18 sur l’Ut4M 40 Chartreuse
12 sur l’Ut4M 100 Master
20 sur l’Ut4M 160 Challenge (4×40 km)
Après une série d’évaluations initiales dans les semaines avant le départ de l’Ut4M en juillet et août 2018, tous les coureurs ont répété une batterie d’évaluations physiologiques immédiatement à l’arrivée de chaque course et au cours des 10 jours qui ont suivi. Après plusieurs mois de travail pour traiter et analyser en détails les milliers de données acquises, ces dernières ont permis de caractériser la fatigue musculaire, cardiaque et celle du système nerveux central induite par les différentes courses. Le sommeil des coureurs de l’Ut4M 160 Challenge a également été analysé afin d’étudier son rôle dans les phénomènes de fatigue et récupération.
En quoi l‘Ut4M est-il un excellent terrain d‘études des athlètes et des organismes?
Samuel Vergès : « L‘Ut4M est la seule course à rassembler un éventail de Trails aussi large, 160Xtrem, 160Challenge, soit 4 fois 40 km et maintenant 10, 20, 40, 4X20….Nous
avons donc profité de cette variété pour mettre en évidence les
différents types de fatigues qui varient selon les distances de course,
la durée, la répétition et l‘intensité de l’effort.»
Quels sont les symptômes que ressentent les trailers sur les différentes courses ? Fatigue du Système Nerveux Central ? Idem pour la fatigue musculaire et cardiaque ?
Plus de fatigue musculaire et cardiaque sur l‘Ut4M Challenge 4X40 et une plus longue récupération
S.V : «Curieusement l’effort musculaire et cardiaque est plus intense lorsqu’on enchaine 4 distances de 40 km que lors du 160Xtrem. Lors de l’Ut4M 160 Challenge composé de 4 Trailsde 40km, les coureurs ressentent une fatigue musculaire et cardiaque intense dont les effets peuvent mettre plusieurs jours voire plusieurs semaines à se dissiper. Les coureurs se livrent à chacune des étapes de 40km, avec plus d’intensité qu’ils ne le feraient sur un 160.
Plus de fatigue du système nerveux central et une récupération plus rapide sur l‘Ut4M 160Xtrem
À l’inverse, un effort continu lors de l‘Ut4M 100Master ou l‘Ut4M 160Xtrem, provoque une importante fatigue du Système Nerveux Central. On ressent des symptômes similaires à ceux que l‘on éprouve lorsque l‘on conduit durant 10h d‘affilée. Le
cerveau a du mal à réagir, se concentrer devient un véritable effort,
le sujet parvient difficilement à contrôler ses mouvements, à réaliser
des gestes précis. En revanche, on récupère assez vite de ce type de
fatigue, quelques heures d‘un sommeil de qualité peuventsuffire.
Pour résumer, on peut dire que les athlètes récupèrent par certains aspects plus difficilement d‘une épreuve de 4 fois 40 km que d‘un Ut4M Xtrem de 160 km ! Étonnant comme conclusion !»
Quels sont les bénéfices à terme ?
L‘Ut4M, Des effets positifs pour la santé
S.V : «Dans un cas comme dans l‘autre, on observe des effets positifs pour la santé. C‘est parce qu‘on s‘est fatigué que l‘on induit des phénomènes de récupération qui par la suite vont renforcer notre organisme au fil desentraînements et des compétitions. Toutefois,il faut préciser qu’on parle ici de niveaux de fatigues extrêmes qui relèvent du haut niveau de performance. Si leslongues distances ne sont, a priori, pas dangereuses pour la santé, elles ne sont heureusement pas nécessaires pour être en bonne santé, une pratique duTrailsur de plus courtes distances est déjà très positive pour la santé et permet de bâtir un programme de préparation salutaire à de nombreux égards.»
Votre chaire poursuivra–t–elle le travail entamé avec l‘Ut4M en 2018?
S.V: “Les études menées par l‘UGA en collaboration et pendant l‘Ut4M vont permettre de progresser dans la connaissance des athlètes, la gestion de l‘effort, les bienfaits du Trailet des éventuels risques.
L‘Ut4M est un excellent terrain d‘études. Les coureurs partent de Grenoble, à un niveau d‘altitude relativement faible, et montent dans chacun des 4 massifs qui entourent la ville. Ils ont le choix dans la durée et l‘intensité de l‘effort. Aussi nous poursuivrons notre collaboration avec l‘Ut4M. L‘accumulation des données 2018 et 2020 permettra d‘avoir une image de plus en plus complète des effets du Trail sur les athlètes. En 2020, il y aura de nouvelles réponses sur les différents sujets initiés en 2018 tels la fatigue, l‘entraînement… Nous aborderons également de nouvelles thématiques telles que l‘évolution du taux de glucose dans le sang pendant les courses et pour lapremière fois, de manière précise etobjective, la mesure des contraintesostéo-articulaires au niveaudu cartilage du genou par IRM avant, pendant et après les courses.
La question globale de la nutrition et des troubles gastro-intestinaux dans la pratique du Trail sera également étudiée. Les Ultra Trails sont de longues courses où l’on dépense beaucoup d‘énergie, il est donc nécessaire de se nourrir et de s‘hydrater, le tout en continuant de courir. Cela peut entraîner des maux de ventre et autres problèmes gastro-intestinaux, une des raisons principales d‘abandon en Ultra Trail.
Cette année, nous souhaitons mesurer la quantité de glucose dans le sang avec un système de capteur embarqué afin d‘explorer la capacité des athlètes à se nourrir de façon adaptée à leur effort.
En
complément, nous soumettrons des questionnaires à plusieurs centaines
de coureurs pour définir leurs habitudes alimentaires, avant, pendant et
après la course. Cela permettra d’établir un lien entre les difficultés
liées aux troubles intestinaux et la manière de s‘hydrater et s’alimenter.À l‘heure actuelle, nous avons des hypothèses, mais pas de réponses précises.
L‘idée est aussi d‘inviter les participants à faire plus attention à leur nutrition dans leurquotidien et adopter les bons réflexes à travers un régime alimentaire sain tout au long de l‘année.
À terme, nous espérons pouvoir mesurer la dose idéale de sport pour la santé et évaluer la pratique du Trail la plus équilibrée en fonction de son état physique. Les avancées des recherches sur les athlètes de l‘Ut4M bénéficieront à tous. »
Selon l‘OMS, la sédentarité tue plus que l‘alcool, le tabac, l‘automobile réunis depuis 2012, l‘Ut4M est-il une réponse à la lutte contre la sédentarité ?
S.V : «S‘inscrire à l‘Ut4M, c‘est s‘inscrire à des courses qui sont accessibles à tous en fonction de son niveau de performance et de son état physique. Lesmoins endurants peuvent viser les courses de 10km ou 20km et adopter un rythme d‘entraînement léger pour atteindre cet objectif. Le travail de notre laboratoire permettra progressivement de découvrir et d‘analyser les différents effets et bénéfices de la pratique sportive sur les corps et les esprits.»
Grenoble, sa métropole et l‘Ut4M, LABO des bienfaits de la pratique sportive
S.V : « C‘est une chance de trouver, rassemblés à Grenoble et dans l‘Isère,
les scientifiques, les infrastructures médicales, les unités de
recherche, les massifs et les épreuves en capacité de permettre les
études nécessaires au progrès.»
L‘Ut4M, un programme de santé efficace et peu coûteux
S.V : «Dans ce cas, l‘Ut4M devient une motivation, un objectif pour les participants. Il favorise un retour à l‘exercice physique autour d‘une activité saine et peu coûteuse, leTrail, avec la possibilité de choisir son niveau de difficulté, ce que toutes les épreuves de Trail ne permettent pas.
L‘Ut4M devient un stimulant pour s‘engager dans une démarche sportive, quel que soit son objectif:
performance, plaisir ou santé. Dans chacun des cas, cela a un impact
positif et durable sur la santé. Tout le monde peut participer, que l‘on soitsportif ou non, jeune ou expérimenté, ensurpoids ou en forme, l‘important est de se préparer correctement et de consulter un médecin au préalable pour prévenir toute contre-indication.»
Compte tenu de vos conclusions, quel est le type d‘entraînement idéal à suivre pour une course telle que le 160 Xtrem ? Le 160 Challenge ?
S.V : « Notre équipe à l‘Université
Grenoble Alpes a la volonté de traduire et de mettre à disposition les
données issues de la recherche pour que chacun puisse pratiquer le Trail dans des conditions optimales en fonction de son niveau de préparation physique.Les travaux menés par l‘UGA dans le cadre du partenariat avec l‘Ut4M
irriguent les secteurs du sport et de la santé, le développement des
connaissances pour la recherche, les soignants, les encadrants et les
pratiquants. Nous diffusons ces informations aux praticiens afin qu‘ils affinent leur approche médicale et perçoivent avec encore plus de conviction l‘utilité du sport et du Trail dans les perspectives de bonne santé de leurs patients.
Naturellement, les coaches sportifs ont accès à nos recherches et sont capables de proposer des entraînements adaptés en fonction des objectifs du coureur. Par exemple, si l’on souhaite prendre le départ de l’Ut4M 160 Xtrem, il faut habituer son organisme à endurer la fatigue liée aux efforts prolongés, afin que le système nerveux central s’habitue et s’adapte à ce type d’effort. Sans accoutumance, l’organisme pourrait ne pas tolérer un effort si long et intense. Au-delà des longues distances, les courses de 10, 20 et 40 km que propose l’Ut4M offrent d’excellentes perspectives d’accession à une vie saine. »
PARTICIPER À L‘ÉTUDE SUR L‘Ut4M 2020 Cette année, l’Ut4M proposera aux athlètes de participer également à une étude sur la caractérisation de l’impact ostéoarticulaire et l’impact de l’alimentation et de l’hydratation à l’aide de capteurs et d’IRM. Une étude moins engageante sur la base de questionnaires indiquant l’âge, le poids, les pratiques d’entraînement, le niveau de performance, sera également proposée afin d’en apprendre plus sur les facteurs de performance et les raisons d’abandon
durant les courses. Un appel aux coureurs volontaires pour participer à
cette aventure sportive et scientifique sera lancé dans les semaines à
venir ! Les industriels, mécènes et chercheurs intéressés par le laboratoire à ciel ouvert Ut4M sont invités à contacter l’équipe sur : https://ut4m.fr/fr/contact. Pour en savoir plus sur l’ensemble des projets de la Chaire Montagne Altitude Santé de la Fondation Université Grenoble Alpes, rendez-vous sur : https://fondation.univ-grenoble-alpes.fr/menu-principal/nos-projets/recherche-pluridisciplinaire/chaire-montagne-altitude-sante/chaire-montagne-altitude-sante-366019.kjsp