Que de chemin parcouru depuis la création du Festival des Templiers, course devenue mondialement reconnue. C’est autour de Millau à travers les Causses du Sud Aveyron que se déroulent ses 15 épreuves réparties sur 3 jours dont le mythique Grand Trail des Templiers. Retour sur cet acte fondateur, avec ses deux créateurs, Odile Baudrier et Gilles Bertrand.

Odile Baudrier (OB) : Avant d’être organisateur des Templiers, j’avais eu une vie plus classique puisque je travaillais dans le domaine de la banque. Notre vie s’est vite tournée vers la course à pied à travers la création du Carnet du Bipède, un agenda annuel exhaustif des courses hors stade françaises, un outil pratique qui n’existait pas, dans une époque sans le web ! Ce fut notre 1ère  expérience d’éditeur avant la revue VO2 Magazine. Gilles était un marcheur athlétique, et moi une « petite coureuse » pour la forme et la santé. Avec VO2, on a voyagé et vu beaucoup de choses.

Gilles Bertrand (GB) : J’étais journaliste free lance, et je faisais de temps en temps des piges pour la revue Spiridon lancée et gérée par le Suisse Noël Tamini, avec pour ce titre mes premiers grands voyages en Afrique… Ethiopie, Zaïre et Tanzanie. J’aimais la presse, et j’aimais le titre Actuel, qui correspondait au journalisme sociétal que je souhaitais faire… J’étais poussé à faire ce que j’aimais en regardant ce que proposais cette presse underground. Nous avons donc souhaité sortir de la simple collecte d’informations du Carnet du Bipède. En 1988, le magazine Jogging était destiné à une certaine catégorie de coureur, et j’ai pensé qu’il y avait de la  place pour un autre titre qui correspondrait à des gens comme moi, férus d’athlétisme et qui avaient envie d’avoir accès à une information un peu plus poussée. Que ce soit sur l’entraînement, sur les hommes et les femmes de ce sport, sur les grands championnats… Nous avons pris la décision fin 1988 et le premier numéro de VO2Mag est sorti en mars 1989, il y a un peu plus de 30 ans ! On a appris le métier d’éditeur sur le tas ! J’ai amené les idées et Odile la rigueur ! Dès le second numéro, nous sommes allés en Afrique du Sud pour faire une enquête dans un pays où l’apartheid était encore un fait prégnant.

OB : Au départ, c’est le Carnet du Bipède qui a fait vivre VO2Mag. En 1994, Jean-Pierre Rech, le 3ème créateur de ce guide, a repris seul le Carnet du Bipède, et ce fut plus difficile à cette période pour VO2Mag.

GB : A cette époque, Odile a démissionné de la Banque de France (et abandonné ses avantages liés à cette fonction) pour me rejoindre dans cette aventure et vivre avec moi avec un SMIC. Très vite la qualité du magazine a permis de consolider un niveau d’achats publicitaires au sein de VO2Mag, ce qui nous a permis d’avoir un peu d’air ! Nous avons eu de belles campagnes de bonnes marques, à une époque où la presse papier avait le vent en poupe ! Après VO2mag, il y a eu Endurance, puis Athlétisme… Avec trois magazines, la charge était lourde, et peu à peu on s’en est délesté. Mais ce sont les magazines qui nous ont construits, au travers des voyages, des rencontres, notamment en Afrique. Nous avons réalisé notre rêve de « routard » avec les reportages.

GB : J’ai toujours été attiré par le long. Je suis originaire du centre de la France, et j’ai participé à une épreuve de type randonnée, Bourges-Sancerre, qui fait 55km, et qui était dans le même esprit que la SaintéLyon. J’avais moins de 17 ans, j’ai fait cela avec un copain, et à l’époque je rêvais de faire Paris Strasbourg à la marche ! Après cette épreuve de Bourges-Sancerre, je suis rentré dans un club de marche, et j’ai fait mes premières compétitions, avec en particulier un 6h de marche. Rentrant en faculté, j’ai rencontré des coureurs de piste qui s’étaient enhardis à participer aux premières courses sur route. J’ai côtoyé un vétéran qui avait gagné dans sa catégorie l’un des tout premiers Marvejols Mende. Il avait fait l’objet d’un article de Raymond Pointu sur Le Monde à ce sujet. Pris par cette dynamique, j’ai couru mon premier semi marathon dans la foulée à Vierzon, mon premier marathon à Ste Afrique, et c’était parti… Quand on a créé VO2Mag, j’étais abonné à un magazine américain « UltraRunning », plutôt bien fait, avec des grands récits. J’étais très attiré par les USA, et on s’est dit que pour VO2Mag, ce serait un bon sujet que d’aller voir ces courses d’un autre genre. En 1991, on est allé une première fois au Leadville Trail, puis une seconde fois à la Western States. A la même époque, je suis aussi allé courir en Afrique le Mont Cameroun. Le trail est né de ces expériences…

OB : En 1992, on avait proposé un projet d’événementiel à la Mairie de Millau, la Salamandre, une course à pied en aller-retour entre Millau et le Mont-Aigoual. Cela n’a pas pu être lancé. Puis il y eut un concours de circonstances après l’adoption de notre fille. Nous avons souhaité en 1995 créer une épreuve pour collecter des fonds pour un orphelinat au Tchad. Nous l’avons lancée très vite, avec le projet initié en mars 1995, et la première édition en octobre de la même année. C’était fou, et tout de suite, il y eu un bel accueil de deux partenaires, Adidas et le Conseil Général de l’Aveyron. Ce qui a été déterminant, c’est la volonté de faire une épreuve pour tout le monde, en sortant de la niche des 100 miles des USA pour aller sur un profil plus réalisable.

GB : Un jour je reçois un coup de fil d’un directeur de station, Jean-Marc Ganzer, qui me demande mon avis sur les animations potentielles, et nous avons évoqué le principe de ce qui sera le trail sans le nommer. Ce fut en suivant la première 6000D ! Puis nous avons travaillé avec Fréderic Bouchet sur le premier Raid des Dentelles-Mont Ventoux de Montmirail, à Gigondas. Fréderic avait lu l’article sur le Leadville et il nous a dit « J’ai envie de faire çà ! ». Je suis allé le voir, il est venu ici, et il a lancé sa course qui faisait 120km ! Pour les Templiers, l’idée originelle c’était d’avoir un circuit qui passerait par les cités templières que nous avons sur le Larzac. Sur le papier, cela donnait une boucle de 60km. Je pense qu’à cette époque en France, on n’était pas près à courir des épopées de 160km comme aux USA. Je me suis dit que si on proposait un 100 miles, on aurait à peine 100 coureurs au départ. La distance de 65km m’apparaissait raisonnable. En ce qui concerne l’autosuffisance, nous avons reproduit le système américain, avec l’obligation d’évoluer avec une ceinture porte-bidon.

Templiers 1995

OB : On a choisi de ne pas indiquer les kilométrages et de ne proposer que trois ravitaillements. A l’époque, il n’y avait pas de téléphone portable, pas de GPS… La médicalisation était super soft, on ne savait pas évaluer l’horaire de passage des coureurs. On était très stressé, sans vision sur ce que devait être un dispositif de sécurité. Au USA, il n’y en pas de secours digne de ce nom, même encore aujourd’hui ! Nous avons contribué à développer la normalisation en France des secours médicaux sur les épreuves afin d’avoir plus de sérénité pour les coureurs et les organisateurs. On a eu des éditions où l’on avait perdu des coureurs qui en fait étaient encore en course ! Nous avons parfois déployé des moyens pour retrouver des coureurs qui n’étaient pas perdus, mais très lents ! Aujourd’hui, on a des équipements radios très performants. A l’époque, il n’y avait pas de téléphone portable, pas de GPS… Nous avons parfois déployé des moyens pour retrouver des coureurs qui n’étaient pas perdus, mais très lents !

GB : Très vite, on apassé la barre des 2000 coureurs sur les Templiers, et là on a dû réfléchir à ce que doit être une organisation. Des Templiers est né le magazine Endurance. Nos magazines et la Grande Course des Templiers ont produit une puissante dynamique gagnant-gagnant ! Les Templiers ont bénéficié de la puissance de notre équipe rédactionnelle. Pendant très longtemps, il n’y avait personne de salarié pour la course, et la structure portant l’événement était celle du magazine, avec une présence rédactionnelle forte de la course dans nos pages tout au long de l’année. A une époque où les réseaux sociaux n’existaient pas, le seul retour c’était la presse magazine en kiosque. L’image de Patrick Renard vainqueur des Templiers avec sa couronne de lauriers a marqué des générations de coureurs. Pour célébrer à notre façon l’an 2000, on a créé sur l’Aubrac un trail des neiges, format qui n’existait pas en en France, et en quelques semaine on a dû bloquer les inscriptions à 1500 coureurs ! Sur l’Aubrac, qui n’est pas une destination facile en hiver, c’était inespéré ! Les trails blancs sont nés de là.

OB : Nous n’avons jamais cherché à faire de l’argent sur la course, juste à ne pas en perdre ! Nous avons voulu faire du service au coureur notre priorité. Depuis la première édition, nous avons connu trois sites de départ. Le premier, ce fut le site historique de Ste Eulalie, en collant au côté « Templiers ». Des problématiques internes au village de Ste Eulalie nous ont ensuite amenés à choisir Nant. L’épreuve se développant, les formats de course se multipliant, le site de Nant est devenu trop réduit, avec de nombreux problèmes de logistique. Après un changement de municipalité, on a senti que notre projet ambitieux était bloquant. On a préféré partir, et comme nous vivons à Millau depuis plus de 30 ans, nous avions envie de faire le départ de chez nous. Gilles savait que le parcours autour de Millau était très beau, et nous avons trouvé le site de St Estève, accolé à Millau, qui est parfait pour notre organisation telle qu’elle est aujourd’hui !

Templiers 1995

GB : Le transfert nous a demandé beaucoup d’efforts, et nous avons mis deux années à faire notre place à Millau. Les coureurs ont adhéré au changement, et notre était d’esprit est resté le même. L’histoire fut forte à Nant, mais il était temps de changer pour proposer un parcours qui marie histoire, patrimoine, agropastoralisme et beauté du site ! J’ai construit un parcours qui valorise des microsites somptueux, trop méconnus et peu exploités jusqu’alors, comme la Grotte du hibou en fin de parcours.

OB : La plus grosse difficulté d’organisation, ce fut avec le Parc Naturel Régional des Grands Causses. Nous avons dû multiplier les études pour démontrer que le trail n’aurait pas de conséquences néfastes pour le milieu naturel. Les choses se sont normalisées aujourd’hui, mais nous sommes face à des environnementalistes qui ont des idées extrêmes dans la protection de l’environnement, et il faut être en capacité de dialoguer avec eux pour démontrer que le trail n’est pas une activité nuisible. Ils sont le pouvoir ! Le sous-préfet et le directeur du Parc nous ont donné raison face aux techniciens. Il y a une stigmatisation des sports de nature. Nous sommes ici dans un monde rural âgé et fermé ! On a beaucoup travaillé pour que la course soit acceptée, surtout des chasseurs et des agriculteurs. Chaque année, il peut y avoir de nouveaux interlocuteurs, tels que des néo-ruraux qui ne veulent pas être embêtés près de chez eux !

OB : Le bénévolat se développe sans cesse, irrigant le territoire de personnes mobilisées autour de la course. De nombreuses familles avec des très jeunes et des grands-parents viennent nous aider, et c’est tout ce réseau de bénévoles impliqués qui crée une appropriation des Templiers par la population locale. Quand on a des demandes de bénévolat de groupes émanant du local, on essaye de ne jamais refuser car ce sont nos premiers ambassadeurs. Au départ, les bénévoles des premières courses, ce furent des copains, des coureurs qui ne pouvaient plus courir, puis les copains des copains, la famille des copains… Tout cela de manière spontanée et informelle. On n’a jamais vraiment manqué de bénévoles. En arrivant sur Millau, on a bénéficié de plus de demandes de bénévoles encore. Ensuite, on a mis en place un dispositif qui permet d’indemniser les groupes structurés de bénévoles, les clubs sportifs, les associations de parents d’élèves. Les associations sont indemnisées en fonction d’un barème strict et cela procure une ressource supplémentaire annuelle pour ces clubs qui peuvent ensuite développer leurs propres activités.

GB : Nous avons un référent bénévole en ligne directe avec nous. On organise très peu de réunions en direct avec les bénévoles, deux tout au plus à l’année, mais on mobilise des référents habitués qui portent d’importantes missions auxquelles ils sont aguerris. A l’initiale, on ne retenait que des associations intervenant dans un domaine humanitaire, puis peu à peu on a évolué pour intégrer tout le monde, et ainsi soutenir les clubs locaux ! Cela crée de la mixité, c’est intergénérationnel, avec de jeunes rugbywomen côtoyant les anciens des groupes folkloriques ! La dynamique est aussi sur le parcours, avec un village par exemple qui est complètement autonome pour concevoir, mettre en place et gérer l’animation, le ravito, la sécurité, un peu de débalisage ensuite… C’est précieux ! A Pierrefite, à St André de Vésines et à Massebiau, lesvillages sont en fête avec des guinguettes. La course a créé une dynamique locale ! Cela renforce l’adhésion envers la course. Pour ce qui est de la gestion des bénévoles, on essaye de coller à l’attente des gens, de placer le bénévole à la bonne position, là où cela lui plait. Pour les missions délicates ou sécuritaires, comme le blocage des routes, on fait appel à des sociétés privées pour ne pas mettre nos bénévoles en situation difficile ou de conflit. Plus de 200 bénévoles ne dépendent pas d’associations et viennent nous aider par pure amitié ! A noter que presque tous nos chefs de postes ont déjà couru les Templiers ! Ils ont de la bouteille et se sont mis à notre diapason. On fait passer un message essentiel : dans l’organisation nous restons dans l’ombre et sur le terrain le jour J, ce sont nos bénévoles qui seront devant les coureurs. Certes on offre un territoire à un coureur, mais on offre aussi du relationnel, et les bénévoles doivent être au diapason de cette alchimie qui doit fonctionner pour que le coureur dise au final : « ils sont sympas ici ! ». La qualité du relationnel est un facteur essentiel pour la réussite d’un événement. 

OB : La ritualisation des arrivées est liée à notre expérience de journalistes dans le monde de l’athlétisme classique et des grands championnats. Le décorum est très important, et on a senti que c’était important de le mettre en œuvre sur nos épreuves, en l’adaptant au lieu et à nos moyens ! On a créé notre hymne, notre couronne de lauriers comme au Marathon de New York ou Boston. On a voulu sortir de l’artificiel en créant une arche en bois. Nous ne voulions pas d’arche gonflable ! On est écartelé entre un événement qui est aussi un moteur économique local important, en respectant les demandes légitimes de nos partenaires, tout en gardant l’esprit initial de notre épreuve. Il faut trouver le compromis entre ces contraintes et un événement qui reste à taille humaine et qui respecte le symbole. L’arche gonflable est le symbole même de ce qui ne doit pas représenter le trail ! Notre objectif est d’être encore plus dans la scénographie. Nous chartons les zones de départ et d’arrivée, pour porter une charge symbolique qui donne du sens, en puisant dans l’histoire et dans les matériaux nobles du terroir comme le bois !

OB : La grande course du dimanche est la course principale des trois jours de course, même si pour chacun, quelque soit la distance parcourue, la participation à l’une des autres courses du programme est un moment important qui doit être valorisé. Si on a rajouté année après année des courses, ce n’est pas pour faire de l’argent, mais bien pour permettre au plus grand nombre de courir. Les courses successivement créées l’ont été à la suite de discussions ou de demandes extérieures. On a été beaucoup critiqué d’avoir ainsi multiplié les formats, et pourtant je reste très fier d’avoir offert ainsi à des dizaines de milliers de coureurs l’opportunité de courir ici et de prendre pleinement part à ce rêve. Le trail est une discipline ouverte à tout le monde, et je suis heureux de voir des gens de tous niveaux et de toutes conditions arriver ainsi cahin-caha le samedi ! Ce grand mélange des courses du samedi crée une énorme dynamique, amène beaucoup d’énergie, et c’est aussi cela le trail ! ASO, l’organisateur du Tour de France, par exemple, a repris notre formule en multipliant les propositions de course, comme au Marathon du Mont St Michel. Le succès du dimanche vient aussi de là, de la course en tant que telle avec la masse et l’élite, et de tous ceux qui ont couru la veille ou l’avant veille et qui sont encore là.

A propos du vocable Trail :

Odile Baudrier et Giles Bertrand : Nous avons déposé à l’INPI en 1990, le mot trail et des variantes de ce vocable. On a créé les Templiers sans utiliser le mot trail à l’initiale, puis avec Adidas, on a expliqué pendant deux ans ce qu’était le trail ! Quand des courses sont apparues en utilisant le mot trail, nous avons choisi de ne pas revendiquer cette propriété, et le nom est devenu un terme d’usage commun. En 1990, le mot trail était très peu utilisé aux USA, moins de 10% des courses aux USA utilisaient ce vocable. C’était Endurance Run qui avait le vent en poupe comme dénomination. Avec Adidas, on avait réfléchi à donner un nom à cette discipline, et le mot chemin ne résonnait pas. Deux filles du marketing d’Adidas ont flashé sur ce mot trail. On l’a adopté et on l’a expliqué.

Sur l’inflation du kilométrage dans les trails :

Odile Baudrier et Giles Bertrand : On a vu beaucoup de coureurs se blesser à trop courir. On a vu des dégâts physiques et psychologiques chez de grands coureurs. Au niveau de la santé, l’ultra est dévastateur ! Il faut deux ans pour préparer l’UTMB ! Quand on additionne l’entraînement nécessaire, le nombre de courses obligatoires à la participation au tirage au sort, plus l’UTMB en lui-même, le coureur va faire au moins 100 000 m de dénivelé. Si c’est une fois ça va… Si on répète ce schéma, le corps prend des coups qu’il n’est pas à même de supporter dans la durée. Les coureurs de 100km de ma génération ne peuvent plus courir la cinquantaine venue ! Combien ont aujourd’hui des prothèses de hanche ! On n’est pas fait pour cela. Et de plus, nous l’avons souvent constaté, l’ultra favorise la rupture entre les couples. Cette quête de l’ultra est une calamité ! Le fait que l’ultra ait tellement pris d’importance dans les médias banalise les efforts plus courts, la logique de santé et de plaisir à long terme. C’est dommageable. Nous avons souvent constaté que le fait d’avoir réalisé des exploits sportifs ne protégeait pas des épreuves de la vie ! J’ai vu des guerriers de l’effort pleurer pour des choses anodines de la vie courante. Anton Krupicka a été une idole du trail pendant des années, avec un mythe médiatique le montrant courant à demi-nu de longues heures dans la montagne pour ne rentrer que tard le soir, en mangeant trois carottes. Aujourd’hui, il ne peut plus courir. Il est cassé ! Personne ne l’a dit. 

L’équipe d’organisation des Templiers :

-Gilles Bertrand assure le volet sécurité et le suivi des parcours.
-Odile Baudrier gère le planning logistique annuel, les ravitaillements, les récompenses, le relationnel avec les institutions et les demandes de subvention.

-Kévin Bertrand, le fils d’Odile et Gilles, gère les partenariats, le salon du Running, le relationnel extérieur et les produits dérivés.

-Une administratrice gère la comptabilité et le volet inscriptions, car la course est propriétaire du système de gestion des inscrits.

-Et quelques contractuels ou vacataires travaillent sur tel ou tel sujet en appui des permanents.

Avec les quelques principaux bénévoles impliqués, l’équipe de gestion de la course est composée d’une quinzaine de personnes qui porte l’organisation de trois évènements : Le Festival des Templiers, Trail en Aubrac et l’Hivernale des Templiers.

Les derniers articles

Après Bertrand Lellouche, ultra aventurier, puis Cyrille Quintard, ultra photographe, voilà une autre des plus belles rencontres de nos derniers numéros, avec cet interview paru dans Esprit Trail n°106, et en préambule d’un prochain rendez-vous prévu dans Esprit Trail n°113 qui sortira en kiosque le 20 mai !

D’un naturel plutôt discret, Maxime Cazajous est un agitateur, de ceux qui n’hésitent pas à tenir tête à des Jim Walmsley, des François D’Haene ou des Benoît Girondel, sur les terrains techniques de la Diagonale des Fous, où il est monté sur le podium en 2018. Dialogue serein avec un traileur à l’accent du Sud, tombé amoureux de l’île de la Réunion. Un moment haut en couleurs et fort en émotions !

Esprit Trail : Avant toute chose, parle-nous de cette 3ème place sur la Diagonale 2018 !
Maxime Cazajous :
Je ne pensais pas, quand j’ai commencé le trail, qu’un jour je ferai un podium sur la Diagonale des Fous. C’est l’aboutissement d’une passion, mais aussi de beaucoup de sacrifices. Ça me procure forcément une très grande satisfaction et beaucoup de fierté.

Esprit Trail : Tu as longtemps animé les débats avec François D’Haene, tu as même pris un peu de distance à un moment. Croyais-tu pouvoir gagner ?
Maxime Cazajous : Absolument pas ! Je n’y ai jamais pensé, ni au départ, ni quand je me suis retrouvé un peu plus devant. C’est ma façon de courir, j’aime être devant. Peut-être que c’est parce que je suis davantage un coureur de 80km. Mais à ce moment, je savais qu’il restait plus de 60km, c’était encore beaucoup trop long, et je savais qu’à un moment il faudrait lever le pied.

Esprit Trail : Ce n’est pas la première fois que tu tiens tête aux meilleurs sur la Diagonale… Pourquoi partir aussi vite, si tu sais que ça ne tiendra pas ?
Maxime Cazajous : (Rires) Parce que la Diag, c’est mythique pour moi ! J’y pense toute l’année, c’est mon objectif de la saison. J’ai tellement hâte d’y être, qu’au départ je me sens grisé. Je sais que je ne dois pas partir vite, je me le dis et me le répète… Mais une fois que le départ est donné, c’est fini. Peut-être qu’un jour j’arriverai à ne pas partir vite, à rester sage, peut-être alors que je ferai mieux en temps ! Mais c’est ma façon de faire, je ne suis pas trop du genre à calculer. Finalement, je n’ai aucun regret, car si je n’avais pas fait ça, peut-être que j’aurais pu faire 3ème, mais je n’aurais jamais couru avec Walmsley ou D’Haene. C’est super enrichissant de courir avec des gars comme ça !

Esprit Trail : Cette édition 2018 avait-elle un goût de revanche pour toi ?
Maxime Cazajous
 : Carrément ! L’objectif numéro 1 était d’arriver au bout. C’est bizarre que je dise ça comme ça… C’était vraiment ce que je me répétais dès le début, et pourtant je suis quand même parti devant… Mais une fois que c’est devenu dur, je ne voulais absolument pas abandonner. Chaque année, je viens avec ma famille, ils sont là pour me soutenir, et l’abandon a un goût amer.

Esprit Trail : En parlant de ta famille, tu es marié et tu as deux fils… Tu leur avais fait une promesse avant la course, n’est-ce pas ?
Maxime Cazajous
 : La famille a une place importante dans ma vie. C’est important pour moi qu’ils soient là sur les courses et que l’on puisse vivre des moments comme ça ensemble. J’avais fait effectivement une promesse à mes deux fils. Ils voulaient que l’on franchisse la ligne d’arrivée ensemble, alors il fallait absolument aller au bout pour le faire !

Esprit Trail : La Réunion semble avoir une place importante à tes yeux, pourquoi ?
Maxime Cazajous
 : J’ai participé 4 fois à la Diag (en 2015, 2016, 2017 et 2018, ndlr). Pour moi, c’est la plus belle course du monde. C’est une terre de trail, l’ambiance des gens autour est incroyable, les parcours sont magnifiques. Les cirques, le départ de nuit, ce moment sur le front de mer de Saint-Pierre, tout est beau. En 2012, on y est allés en vacances. On a fait de la rando, ça m’avait beaucoup plu. Je m’étais dit alors, que le jour où je serai prêt à faire un ultra, ce serait celui-là !

Esprit Trail : Penses-tu désormais être en mesure de la remporter un jour ?
Maxime Cazajous
 : Peut-être… Il faudrait pour cela que je parte plus prudemment. Il va falloir que je m’y fasse, que j’apprenne à rester en retrait, à m’économiser. 15mn de plus à Cilaos ça peut faire 30mn de moins à la fin ! Je pense être capable, en gérant bien ma course, de m’approcher des 24h, et sur une année où il n’y a pas une concurrence très forte, ça peut passer. Je ne peux de toute façon pas changer fondamentalement ma préparation, car j’y ai trouvé, je pense, un équilibre. Là où je peux intervenir, c’est donc sur ma gestion de course, c’est primordial !

Esprit Trail : À part la Diagonale des Fous, il y a d’autres courses qui te motivent ou tu préfères rester discret le reste de la saison ?
Maxime Cazajous:
J’ai quand même fait 2ème du 90km du Mont-Blanc l’année dernière. J’ai déjà remporté deux fois le 80km du GRP, fini 3ème des Championnats de France de Trail Long, 4ème de la Transgrancanaria, ce n’est pas si mal. Mais c’est vrai que je me considère comme un coureur amateur. La famille est importante pour moi, mon boulot aussi. J’ai des parents agriculteurs et je leur donne un coup de main sur l’exploitation. Ça ne laisse pas trop de temps pour aller jouer dans les Alpes. Je peux faire 2 ou 3 grandes courses par saison au maximum. Je choisis en général des destinations un peu « vacances », pour que la famille puisse en profiter aussi. Mais je fais pas mal de courses ici, dans les Pyrénées, j’aime courir près de mon territoire. Ce sont des courses qui ne sont pas très médiatisées et au final ça me va très bien !

Esprit Trail : Tu n’as pas toujours fait du trail. Comment passe-t-on du rugby à 3ème sur le Grand Raid ?
Maxime Cazajous
 : J’ai toujours aimé courir, même quand je jouais au rugby (il était demi de mêlée, ndlr). Mon grand-père m’amenait beaucoup en montagne plus jeune, il m’a transmis sa passion et je crapahutais beaucoup. À sa mort, je me suis promis de remporter une course près de chez moi, la Corruda. C’était en 2007. À l’époque je ne faisais pas de trail, je faisais du rugby et je m’entraînais pour cette course ! Je voulais absolument la gagner. Du coup en septembre, j’arrivais plus tôt sur le terrain pour courir pendant une heure avant l’entraînement et me préparer.

Esprit Trail : Et alors, tu l’as remporté cette course ?
Maxime Cazajous
 : Il y avait des noms assez prestigieux qui venaient sur cette course, des anciens vainqueurs des Templiers, des sportifs de renom. J’aurais tué pour la remporter. Ça n’a pas été facile, mais je l’ai remportée 3 fois de suite ! En fait, quand tu le fais 3 fois de suite, tu obtiens un trophée spécial. Je l’ai dédicacé à mon grand-père !

Esprit Trail : Il y a d’autres courses qui te font rêver ?
Maxime Cazajous
 : Non ! Mon rêve à moi c’est la Diag ! Il y a de belles courses dans le monde, c’est certain. L’UTMB par exemple, je ne connais pas le parcours, alors je ne peux pas dire si je serai compétitif ou pas dessus… Peut-être qu’un jour je m’y essaierai. Mais je ne peux pas faire à la fois l’UTMB et la Diagonale. Et la Diag c’est particulier. La seule chose qui me fait vraiment plaisir, c’est que même si j’arrêtais de courir l’année prochaine, je serais déjà satisfait de l’avoir courue à ce niveau-là !

Esprit Trail : Justement, jusqu’à quand penses-tu courir ?
Maxime Cazajous:
La course à pied, j’en ferai toute ma vie, ça c’est certain. Après, à ce niveau-là, tout dépend de mon équilibre, de la famille et du travail. Pour le moment, ma femme et mes parents assument beaucoup pour les enfants. Demain si ma femme me dit « stop », je comprendrai. Et puis si l’un de mes parents tombe malade, ce sera compliqué aussi. Je compte reprendre l’exploitation, et les deux activités ne seront plus compatibles. Le trail reste la plus importante de mes activités secondaires. Tant que je peux en profiter je le fais, et quand ça ne sera plus possible, je reviendrai à des petits footings, juste pour moi.

Par Mickaël Mussard. Photos Hoka One One – P.Verticale-T.Nalet

Maxime Cazajous, en quelques lignes 

-2007, 2008, 2009 : vainqueur de la Corruda, une course dans les Pyrénées qui lui tient à cœur.

-2011 : 12e au Grand Trail des Templiers

-2012 : remporte la Via Romana en Corse devant Dawa Sherpa

-2013 : 6e des Templiers

-2015 : participe à sa première Diagonale des Fous et remporte le GRP 80.

-2016 : 3e des Championnats de France de trail long et 4e de la Diagonale des Fous.

-2017 : 1er du GRP 80, 4e de la Transgrancanaria, abandonne sur la Diagonale des Fous.

-2018 : 2e du 90-km du Mont-Blanc, 3e à la Diagonale des Fous.

Les derniers articles

Ses photos éclaboussent de beauté les parcours et les « gens » du trail ! A découvrir ou redécouvrir, l’interview paru dans Esprit Trail n°109, de ce photographe à l’œil aiguisé.  Et si vous aimez rêver à travers ses photos, le dossier « Dans l’objectif de Cyrille Quintard » prévu dans Esprit Trail n°113 qui sortira en kiosque fin mai, avec 4 magnifiques double pages légendées vous ravira à coup sûr !

Propos recueillis par Serge Moro.

Esprit Trail : Cyrille, peux-tu nous raconter comment tu es devenu photographe de trail ?

Cyrille Quintard : J’exerçais déjà le métier de photographe il y a 25 ans. J’avais fais d’ailleurs des études de photographie. A cette époque, j’habitais vers Niort, et je travaillais comme pigiste « texte et photos » pour la Presse Quotidienne Régionale sur l’ensemble des sujets que traitent ces médias généralistes, avant de partir à l’armée, passage obligé pour les gens de ma génération ! Après l’armée, j’ai flashé sur une annonce d’un magasin de photo (Photo Breton) à l’Alpe-d’Huez en Isère qui recherchait pour l’été 1997 un photographe de sport. Ce magasin réalisait des reportages et des films sportifs, en particulier sur le cyclisme, très en vogue à l’Alpe-d’Huez. A 22 ans, cela m’allait bien car c’était le sport qui m’intéressait principalement. Après ce premier été réussi, le même magasin m’a proposé de revenir l’hiver suivant, pour réaliser les reportages sur le parapente et le snowpark. Me voilà donc de retour pour l’hiver dans la station… Et je ne suis jamais reparti ! Voilà désormais 22 ans que je vis à l’Alpe d’Huez ! Mes enfants sont nés ici… J’ai travaillé sans discontinuer pendant 12 ans pour ce même magasin, puis j’ai eu envie de changer de rythme de vie. S’en est suivie une période de 5 ans où j’ai été chauffeur de taxi, principalement en saison d’hiver, et accessoirement en été. Ayant été footballeur à Niort, à un bon niveau, je me suis remis à courir pendant cette période de ma vie, et sur ce site de l’Alpe d’Huez, il était naturel de se mettre au trail. Très vite, j’ai accroché des dossards sur de nombreuses courses, comme par exemple le 1er UT4M. Je me suis investi dans le trail comme coureur de 2011 à 2015. Parallèlement, pour le plaisir, j’ai repris la photographie que j’avais abandonnée. Le trail m’a redonné envie de faire de la photographie, et de plus en plus souvent j’ai emporté avec moi l’appareil photo, blotti au fond du sac !

ET : Mais quel a été le déclic qui t’a permis de devenir professionnel ?

CQ : Une amie sur Facebook a vu que François D’Haene lançait un concours photo !Elle m’en parle, j’hésite, elle insiste, on fait les photos. Et je gagne le concours ! Dans la foulée, me voilà parti avec Francois D’Haene en Equateur pendant trois semaines ! Il s’agissait rien moins que de le suivre sur l’un des grands défis dont il a le secret ! Avec lui, ce fut une révélation. Je me suis dit : voilà, c’est cela que j’aime faire, voilà mon métier ! Je suis photographe, j’aime la nature, j’aime courir ! Etre photographe de trail, c’est une parfaite synthèse de tout cela ! A la suite de ce reportage, tout est allé très vite, de reportage en reportage, pour les magazines ou pour les courses, en continuant pendant deux ans encore à faire le taxi, mais en hiver seulement ! Après, il me fallait prendre une décision. Je ne voulais pas tout faire à moitié, et je me suis lancé à fond dans la photographie comme activité professionnelle exclusive. Aujourd’hui, depuis 3 ans, je suis photographe. En plus de mes interventions dans le trail, je travaille avec des Offices de Tourisme, les communautés de communes, dans le monde du cyclisme…

ET : A t’entendre, tout semble simple et facile !

CQ : Oh non, il faut bien dire à ceux qui seraient tentés de faire comme moi parce qu’ils aiment faire des photos, que ce n’est pas toujours facile. A chaque contrat perdu, il faut se mobiliser pour en décrocher un autre ! Ce n’est pas si simple et il y a beaucoup de monde sur le marché. Je suis en permanence force de proposition, je ne me contente pas de répondre aux demandes, ce serait trop facile ! Les conditions de travail avec les organisations et les supports médias ont évolué. Désormais, la plupart du temps, je travaille pour l’organisateur à qui je cède un reportage complet ainsi que tous les droits d’utilisations des images. Ainsi les images sont largement diffusées et reprises sur le web et les magazines, mais aussi l’année suivante sur les dépliants et les affiches de la course. Chacun est gagnant. Je considère d’ailleurs que c’est la seule option qui peut bien fonctionner aujourd’hui. De ce fait, si je travaille toujours avec la presse, avec un grand nombre de mes photos chaque mois en kiosque, c’est indirectement via les contrats avec les organisateurs qui eux-mêmes mobilisent les médias. Sur une épreuve, pour réaliser un beau reportage, il faut un certain savoir-faire ! C’est beaucoup de souplesse et de débrouillardise. En général, beaucoup d’organisateurs m’aident à trouver les bons sports, à m’y déplacer, surtout quand j’interviens pour la première fois sur une épreuve ! Il me faut évaluer les demandes et les besoins d’un organisateur, qu’elles soient exprimées clairement ou pas : épreuve de masse ou d’élite, course de 42km où tout se joue en moins de 4 heures, ou 160km en montagne qui demande des heures de route et plusieurs journées de travail… les situations sont très diverses, à moi de m’adapter et de choisir la solution la plus cohérente ! L’essentiel est de trouver le temps de se concerter avec l’organisateur, souvent pris par mille tâches urgentes, pour savoir ce qu’il souhaite, ses besoins. C’est un dialogue. Et d’année en année, quand on couvre les mêmes épreuves, il faut savoir changer pour ne pas reproduire sempiternellement les mêmes clichés et enrichir les photothèques de prises de vues différentes.

ET : Qu’est-ce qui fait une bonne photo ?

CQ : Une bonne photo, c’est d’abord une vision, un œil. C’est en fait une capacité naturelle à trouver le bon placement, le meilleur angle, construire dans sa tête la bonne photo. Plus qu’une surenchère de matériel coûteux, être un bon photographe c’est d’abord de la créativité et de la patience. Je vois l’œil et le don chez les autres photographes. J’ai abandonné l’argentique sans remord car je suis assez geek et j’aime les nouveautés. Mais l’argentique avec une seule pellicule de 36 poses imposait une rigueur et une décision beaucoup plus difficile à prendre avant d’appuyer sur le déclencheur. C’était très formateur ! Et on ne pouvait pas voir ce que l’on avait fait ! Le métier a changé, il est beaucoup plus facile, c’est beaucoup plus simple. Côté matos, c’est la qualité de l’optique qui prime, en recherchant un bon piqué. Pour les photos de trail, il vaut mieux investir dans une optique de qualité et un boitier de milieu de gamme, car la course à pied en milieu naturel ne nécessite pas des vitesses de prises de vues trop importantes. Quand je fais des reportages sur des matches de hockey, c’est une autre histoire, et il faut un matériel haut de gamme pour saisir l’instant, en l’occurrence le palet en pleine vitesse, et le garder dans le champ !

ET : Que penses-tu des logiciels de traitement d’images ?

CQ : Ce sont aujourd’hui des outils indispensables, qui complètent la vision du photographe sur le terrain avec son boitier et son optique. Que ce soient pour certains photographes reconnus de trail ou moi-même, on parvient à reconnaitre le style d’une photo à partir non seulement du cadrage mais aussi du traitement de l’image. La « retouche » de l’image après la prise de vue est une pratique vieille comme la photographie. A l’époque de l’argentique, dans la chambre noire, on jouait avec les bacs de révélateurs et sur les temps d’expositions pour modifier et donner de l’âme à une photo. Pour ma part, je travaille avec Lightroom et Photoshop. Je passe moins de temps que la plupart de mes collègues sur cette phase de traitement d’image. C’est extraordinaire ce que l’on peut faire avec ces outils ! Chaque reportage, chaque photo est pour moi un nouveau défi ! Et une belle photo peut se faire partout. Chaque endroit peut être sujet à une image esthétique, ce n’est pas la peine d’aller au bout du monde. L’art du photographe, c’est de saisir l’âme de chaque lieu et de l’instant du déclic pour créer de la magie…

Les derniers articles

Esprit Trail vous fait partager ses plus belles rencontres, comme cet interview de Bertrand Lellouche, que vous retrouverez en intégralité dans le n°110… Tor des Géants, Barkley, Kilomètre Vertical, No Finish Line, sommet du mont Blanc, Last Man Standing, 10 000 mètres de dénivelé dans Paris… les défis et aventures sont aussi nombreux que dépaysants pour Bertrand Lellouche…

Esprit Trail : Pourquoi cet amour de la course à pied ?

Bertrand Lellouche : Si l’on m’avait qu’un jour je me mettrais à la course à pied… j’aurais bien ri !

Le sport est une passion depuis l’enfance (35 ans de judo et de nombreuses autres disciplines) mais… courir ? Ce qui n’était longtemps que souffrance a fini par prendre forme sur le tard. Petit à petit, et à un point insoupçonné. Et dire que chaque étape m’a semblé une surprise et un palier ultime ! Alors que le 10km me semblait déjà un défi, le challenge du marathon est finalement vite arrivé derrière. Mais de là à voir plus loin… Et puis, quelques années plus tard, le trail s’est présenté. Un nouvel univers fascinant. Difficile, mais tellement riche… J’ai alors immédiatement rêvé d’un triptyque mythique : Diagonale des Fous, UTMB et Marathon des Sables. Pourquoi ne pas voir grand ? Bien sûr, de nombreux autres monuments du trails m’ont attiré et servi à construire ce projet.

Esprit Trail : Peut-on parler d’un déclic, l’envie de partager tes aventures?

Bertrand Lellouche : Oui, un jour j’ai bouclé le Marathon des Sables, mon 3ème rêve. Comme d’habitude depuis longtemps, j’avais pris de nombreuses photos et écrit mon récit pour faire partager aux proches ce ressenti unique. Un ami m’a alors rapporté avoir été transporté et avoir eu l’impression de vivre pleinement cette semaine dans le désert, comme s’il avait disputé lui-même l’épreuve. Le but recherché et un déclic ! Et pourquoi ne pas faire partager tout cela, avec mes conseils et informations sur toutes ces épreuves magnifiques ? C’est ainsi que mon premier livre « Trails & Ultras Mythiques » est né. Un mélange de rêve, d’évasion, et de retour d’expérience pratique, sous forme de carnet de bord complet, très illustré pour aider à visualiser, avec des cartes exclusives et des évaluations pour aiguiller les lecteurs.

Esprit Trail : Quel angle d’approche adoptes-tu dans tes textes ?

Bertrand Lellouche : En fait, mon idée est simple : être précis et authentique, tout en rendant l’approche légère et ludique également. Apprendre et s’évader en même temps. Le but est là : partager et aider les autres à vivre leurs rêves. A mon échelle, ce sont d’abord les envies qui me portent et m’inspirent. L’écriture n’est toujours que la conséquence. Mais autant en faire profiter un maximum de gens. Mon credo : ne vous limitez pas à vos croyances et partez à la découverte de nouveaux horizons…

Esprit Trail : L’envie de courir et dire est toujours là ?

Bertrand Lellouche : Oui, je suis toujours attiré par les défis et aventures, et je me suis lancé dans d’autres challenges. Par attrait de la découverte de soi, des environnements et des gens d’abord. Histoire de voir aussi si mes limites n’étaient pas finalement autres ou plus lointaines encore ! Certaines épreuves inaccessibles le sont-elles réellement ? me suis-je demandé. Où se situe le curseur ? Ce nouveau livre « DéfisTrails & Ultra Aventures » est dans cet esprit. Comme la variété m’attire, ce livre raconte 16 découvertes, de 15 minutes à une semaine non-stop. Quelle chance que de pouvoir se tester sur un vaste éventail. Aucun risque de s’ennuyer !

Esprit Trail : Comment est construit ton dernier livre ?

Bertrand Lellouche : Ce nouveau livre se décompose en quatre grands chapitres, couvrant ces challenges à travers une multitude de pays. Pour commencer des Défis de 1 à 1000km, de 1 à 10000m de dénivelé… un peu fous parfois. Chacun possède son originalité, mais avec un accès réel, dépendant de votre envie, de votre imagination et de votre persévérance aussi. Puis des Ultras de l’impossible (ou presque), comme la Barkley, avec son grand lot de mystères à percer et comprendre… Ensuite des Ultras de légende, épreuves XXL, avec en particulier le Tor des Géants.

Et enfin, des Ultras en autonomie, peut-être le but ultime… comme le commencement ? Chaque course racontée est très singulière. Comme dans mon premier livre, il y a un côté unique qui ressort : l’originalité du format, des lieux, l’histoire… Il y a toujours un coup de cœur et une émotion particulière. Mais sur les formats, il n’y a aucune comparaison avec le premier livre, si ce n’est la proximité, comme la richesse de l’univers du trail.

Esprit Trail : Tu vas au-delà du challenge sportif quand tu évoques ces courses ! ?

Bertrand Lellouche : Comme dans le premier ouvrage, l’idée est aussi de mettre en évidence l’existence des portes d’entrée. Ce ne sont pas des challenges purement élitistes, car il y a toujours moyen de démarrer simplement. Dans ce nouveau livre, le premier chapitre – la No Finish Line – est une ouverture parfaite pour illustrer le propos. On y va pour quelques kilomètres et on se prend vite au jeu de voir plus loin. Et ce n’est pas la seule épreuve à vous tendre les bras. Dans un autre genre, le Tor des Géants, cœur du livre, est une longue aventure extraordinaire. L’environnement y est hors norme, avec l’occasion d’y découvrir des sensations sans équivalent. J’y ai connu des rebondissements et moments forts comme jamais vécus. Une semaine unique qui vous marque pour la vie.

Esprit Trail : Certaines courses sont complétement déjantées ! ?

Bertrand Lellouche : Barkley et Terminorum sont aussi fascinants. Un jeu de piste au propre et au figuré, où les réponses ne sont pas toujours celles que l’on croit. Dans un humour unique en son genre, la leçon est aussi puissante qu’addictive. Ces ultras m’ont amené à découvrir encore d’autres dimensions de la course à pied. Bref, vivre ces défis et aventures sont une chance. Les efforts valent la peine d’être vécus car vous êtes toujours récompensé d’une façon ou d’une autre. Si 90% du livre relate mes expériences, quelques champions s’y sont aussi associés pour partager leurs retours : Luca Papi, Guillaume Calmettes, Thierry Corbarieu, Guillaume Arthus et Nathalie Tur complètent la lecture à travers leurs exploits. L’esprit trail, c’est d’abord cela : un univers de partage où chacun va vivre et construire son histoire. Avec les autres !

Propos recueillis par Serge Moro. Photos BL – Tors des Géants – Malatra @VdA Trailers-Stefano Jeantet

 « DEFIS TRAILS & ULTRA AVENTURES »

Par Bertrand Lellouche

Sortie le 19 novembre 2019 – 320 pages – Plus de 300 photos.

Les derniers articles

Le temps passé chez soi, même s’il est contraint, permet de se recentrer, de s’interroger sur ses priorités et sur ce qui est vraiment essentiel pour s’épanouir pleinement. Et si ce dont nous avons tous besoin pour être heureux était à notre portée, facilement accessible ?
Pour partager des clés simples et pratiques, ainsi que par solidarité avec toutes les personnes isolées, Julien Peron a pris la décision d’offrir gratuitement pendant toute la durée du confinement le film culte “C’est quoi le bonheur pour vous ?”.

Durant 1h20, 44 experts (scientifiques, philosophes, écrivains, coachs, psychothérapeutes…) et citoyens des quatre coins du globe partagent leur vision du bonheur. Ces pépites sont autant de précieuses sources d’inspiration, particulièrement bénéfiques dans le contexte actuel.
Sorti en 2017, “C’est quoi le bonheur pour vous ?” a déjà touché plus de 1 million de spectateurs.
Mis en ligne sur YouTube depuis le 20 mars dernier, à l’occasion de la Journée mondiale du Bonheur, il a été visionné par 500 000 personnes en 7 jours à peine et plus de 900 personnes ont déjà laissé des commentaires enthousiastes.
Pour voir le film gratuitement  : https://youtu.be/j90RSlGMVrM

Les derniers articles

Avez-vous déjà pensé à affiner votre proprioception en explorant vos ressentis sous vos pieds ? Bénédicte Opsomer et Pascal Jover, auteurs du livre Yoga pour runner, vous expliquent tout. Grâce à cette prise de conscience, votre foulée sera bien plus tonique et légère au moment d’attaquer les sentiers…

Ce qui est important dans l’approche des Running Yogis, c’est cette recherche constante de relâchement dans l’effort, tant sur le tapis de yoga qu’en course, et c’est par le travail sur le tapis de yoga qu’il devient plus aisé d’alléger sa foulée, et de la construire différemment… Nos jambes sont bien sûr les principales actrices de notre running, mais leur mouvement n’est que la conséquence du placement et du mouvement du reste de notre corps. Nos pieds sont les appendices qui nous relient à la terre. Il a une zone de contact avec le sol (l’empreinte du pied quand on marche dans le sable), mais mécaniquement, il n’y a que trois points d’appui qui encaissent les efforts. Notre pied est en définitive… un trépied.

Ces trois points d’appui sont situés au niveau des coussinets du gros et du petit orteil (sous les têtes du premier et du cinquième métatarsien), et au centre du talon. Le corps étant un système mécanique global, on verra dans les exercices de yoga qu’une action sur chacun de ces points d’appui a des répercussions jusqu’au sommet du crâne… Et dans la course à pied aussi ! Le pied est composé de 26 os, soit 52 pour les deux pieds, le quart de la totalité des os qui composent notre squelette ! Sur eux seuls, repose tout le poids de notre corps.

Explorez vos ressentis sous vos pieds

Pour vivre cette exploration, mettez-vous debout, pieds parallèles, écartés de la largeur du bassin, avec le poids du corps réparti équitablement sur l’avant et l’arrière. Soyez attentif à ne pencher ni à gauche ni à droite. Observez comment la stabilité et la fermeté dans votre corps naissent de vos points d’appui sur la terre. Et comment les sensations de fermeté et de puissance s’installent dans vos jambes et dans votre bassin. Ce bassin vient ainsi constituer une dalle solide sur laquelle la colonne vertébrale va pouvoir s’ériger et un carrefour précieux pour vos jambes qui vont vous faire avancer.

Premier point : derrière le gros orteil

Pour sentir ce premier point, visualisez le coussinet derrière le gros orteil. Lorsqu’une expiration se présentera, vous presserez cette zone dans le sol et vous relâcherez la pression à l’inspiration. Vous pourrez enchaîner ces pressions au rythme de votre souffle pour bien localiser ce point d’appui à l’arrière de votre gros orteil. Lorsque la pression est maintenue, découvrez les sensations qui remontent dans tout votre corps : la sensation dans les tibias et péronés, dans les genoux, les fémurs qui semblent partir en rotation vers l’intérieur, le bassin qui se referme sur sa face avant alors qu’il s’élargit sur sa face arrière, donnant ainsi plus d’espace au sacrum. Si votre ressenti est suffisamment fin, observez les sensations dans la colonne vertébrale et jusqu’au sommet du crâne. Observez comme ce geste minime a des répercussions dans la totalité de votre structure. Le corps est un système global.

Deuxième point : derrière le petit orteil

Pour sentir ce deuxième point, visualisez le coussinet qui est situé juste à l’arrière du petit orteil. Sur une expiration, vous presserez cette zone dans le sol et vous relâcherez la pression à l’inspiration. Vous pourrez enchaîner ces pressions au rythme de votre souffle pour bien localiser ce point d’appui à l’arrière du petit orteil. Lorsque la pression est maintenue, découvrez les sensations qui remontent dans tout votre corps : la sensation dans les tibias et péronés, dans les genoux, les fémurs qui semblent partir en rotation vers l’extérieur, le bassin qui se referme sur sa face arrière alors qu’il s’élargit sur sa face avant, donnant ainsi plus d’espace à la zone pubienne. Si votre ressenti est suffisamment fin, observez les sensations dans la colonne vertébrale et jusqu’au sommet du crâne.

Troisième point : le centre du talon

Pour sentir ce dernier point, vous allez cette fois presser vos talons dans le sol. C’est comme si vous cherchiez à étirer l’arrière de vos genoux. De la même façon à l’expiration, vous pousserez le talon dans le sol, et vous le laisserez revenir sans soulever le pied à l’inspiration. Lorsque la pression est maintenue, découvrez les sensations qui remontent dans tout votre corps : la sensation de fermeté qui s’installe dans vos jambes, dans le bassin, et le léger mais ferme gainage qui s’installe dans le bas de l’abdomen.

Combinaison des trois points d’appui

Dans la même position, vous allez cette fois presser les trois points d’appui dans le sol. À l’expiration, pressez l’arrière du gros orteil, puis celui du petit orteil, puis le talon. À la fin de l’expiration, les trois points sont engagés. Relâchez à l’inspiration et enchaînez au rythme de votre souffle. Après quelques mouvements, lorsque vous êtes familiarisé avec la gestuelle, maintenez la pression dans le sol pendant quelques respirations, puis relâchez. Reprenez à l’expiration et enchaînez.

*Texte extrait du livre « Yoga pour runner » (comportant de nombreux exercices de pratiques guidées de yoga adaptées à la course à pied, avec photos à l’appui), Bénédicte Opsomer et Pascal Jover, Editions La plage, 224 pages, 17 x 24cm, 19,95€ en librairie.

Les derniers articles

Avis aux aventuriers et tous ceux qui souhaitent sortir de leur zone de confort : les 28 et 29 mars prochain, profitez d’un week-end sportif dans la station de Trail Bagnoles Normandie que vous ne serez pas près d’oublier. 

Au programme : un stage d’exception en compagnie de Nathalie Mauclair, double championne du monde de trail, et Emmanuel Weber, fondateur de Ew Sport Concept’ et entraîneur de triathlon.

Le cadre naturel et préservé de la forêt des Andaines deviendra le terrain de jeu idéal pour progresser en trail mais surtout se faire plaisir.

Jour 1 : Préparation, conseils et entrainement

Après une arrivée matinale à 8h au Gîte de la Passée et un bon café, mesurez votre vitesse au cours d’un atelier VMA avec des séances de prises de vues pour une analyse personnalisée en fin de journée. Nathalie Mauclair vous initiera à l’utilisation des bâtons dans les montées et descentes pour vous donner toutes les chances de progresser.

Un repas traiteur adapté à la pratique sportive vous attendra le midi. 

Puis à 14h30, direction la forêt pour mettre en pratique les conseils prodigués par Nathalie Mauclair. Après cette sortie et un bon buffet du terroir où se partagent les expériences des coureurs, Nathalie Mauclair partagera ses trucs et astuces pour progresser et anticiper pour être pleinement en forme le jour J.

Jour 2 : Top Chrono

Une bonne nuit au Gîte, un petit-déjeuner sportif et une présentation 360° de Bagnoles de l’Orne en 30 minutes au bord du lac permettra à chacun de découvrir les sites emblématiques de la station et d’écouter les anecdotes du guide.

Puis top chrono ! C’est parti pour plus de 20km de trail en petits groupes dans la forêt jalonnée d’obstacles naturels, dans une ambiance paisible et ressourçante.

Retour au gîte pour une séance d’étirements et de renforcement musculaire et pour un repas traiteurs adapté et sain. Les sportifs pourront ensuite échanger avec Nathalie Mauclair sur son parcours afin qu’elle partage ses expériences.

Dans l’après-midi, profitez d’une séance d’automassage et d’une séance running yoga pour finir la journée sous le signe du bien-être et du cocooning.

Rochers de l’Ermitage

Le running Yoga c’est quoi ? 

Unique et novateur, le running yoga est une pratique spécifique du yoga qui permet d’améliorer ses performances, d’apprendre à mieux respirer et d’installer le relâchement au cœur de l’effort, pour que courir reste toujours un plaisir ! 

1. Le week-end 1 nuit « Trail avec une championne »   390€ par personne

– 2 jours /1 nuit au Gîte de groupe de la Passée

– 1 café d’accueil, 1 petit-déjeuner, 2 déjeuners et 1 dîner traiteur, boissons incluses

– 2 jours d’activités variées encadrées par Nathalie Mauclair et Emmanuel Weber

– 1 découverte de la ville

2. Le week-end 2 nuits « Trail avec une championne »   410€ par personne

– 2 jours /2 nuits au Gîte de groupe de la Passée

– 1 café d’accueil, 2 petits-déjeuners, 2 déjeuners et 1 dîner traiteur, boissons incluses

– 2 jours d’activités variées encadrées par Nathalie Mauclair et Emmanuel Weber

– 1 découverte de la ville

3. Le week-end sans hébergement « Trail avec une championne »   370€ par personne

– 2 jours sans hébergement, ni petit-déjeuner

– 1 café d’accueil, 2 déjeuners et 1 dîner traiteur, boissons incluses

– 2 jours d’activités variées encadrées par Nathalie Mauclair et Emmanuel Weber

– 1 découverte de la ville

Penser à apporter un sac à dos, des vêtements imperméables et adaptés au trail, le nécessaire de toilette, de bonnes chaussures et une lampe frontale.

Vous pouvez apporter également des bâtons, pharmacie personnelle et papier toilette biodégradable.

N’oubliez pas votre appareil photo pour un maximum de souvenirs !

Informations / réservations /hébergement :

Office de tourisme

02 33 37 85 66

tourisme@bagnolesdelorne.com

www.bagnolesdelorne.com

Les derniers articles

Depuis 2018, lUt4M et lUniversité Grenoble Alpes ont scellé des accords de partenariat pour étudier les effets du Trail sur les coureurs. Dimportants moyens ont été déployés par lUGA et les premiers résultats sont étonnants. La variété des courses de lUt4M offre les perspectives détude intéressantes.

Courir un Ultra Trail de 160 km est-il plus fatigant que 4 Trails de 40 km chacun ? Combien de temps faut-il pour récupérer après un effort aussi intense ? Les Ultra Trails sont-ils vraiment accessibles à tous ? Y a-t-il des épreuves de lUt4M accessibles à tous ?

Pour permettre aux trailers de bien préparer la saison 2020, le docteur Samuel Vergès répond à vos interrogations dans le cadre du partenariat entre l’Ut4M et la Chaire de recherche « Montagne, Altitude, Santé » de la Fondation Université Grenoble Alpes. Une équipe de chercheurs et de médecins du laboratoire HP2 (Inserm / UGA) et de l’Unité Sports Pathologies du CHU de Grenoble travaille de concert avec les organisateurs de l’Ut4M depuis 2018.

Une étude inédite

Quelle est l’influence de la distance de course sur la fatigue mesurée à l’arrivée ? Comment et à quelle vitesse récupère-t-on ? Dans les 10 jours après la course ? La course de 160 km est-elle plus éprouvante que celle de 4×40 km ? Récupère-t-on plus vite après avoir couru 160 km d’une traite ou après 4×40 km ?

Pour tenter de répondre à ces questions, 79 coureurs volontaires participant à l’Ut4M 2018 ont été étudiés :

  • 29 sur l’Ut4M 160 Xtrem
  • 18 sur l’Ut4M 40 Chartreuse
  • 12 sur l’Ut4M 100 Master
  • 20 sur l’Ut4M 160 Challenge (4×40 km)

Après une série d’évaluations initiales dans les semaines avant le départ de l’Ut4M en juillet et août 2018, tous les coureurs ont répété une batterie d’évaluations physiologiques immédiatement à l’arrivée de chaque course et au cours des 10 jours qui ont suivi. Après plusieurs mois de travail pour traiter et analyser en détails les milliers de données acquises, ces dernières ont permis de caractériser la fatigue musculaire, cardiaque et celle du système nerveux central induite par les différentes courses. Le sommeil des coureurs de l’Ut4M 160 Challenge a également été analysé afin d’étudier son rôle dans les phénomènes de fatigue et récupération.

Les résultats de l’étude sont disponibles sur : https://ut4m.fr/fr/node/294

L’INTERVIEW DU DOCTEUR SAMUEL VERGÈS

En quoi lUt4M est-il un excellent terrain détudes des athlètes et des organismes ?

Samuel Vergès : « LUt4M est la seule course à rassembler un éventail de Trails aussi large, 160 Xtrem, 160 Challenge, soit 4 fois 40 km et maintenant 10, 20, 40, 4X20. Nous avons donc profité de cette variété pour mettre en évidence les différents types de fatigues qui varient selon les distances de course, la durée, la répétition et lintensité de l’effort. »

Quels sont les symptômes que ressentent les trailers sur les différentes courses ? Fatigue du Système Nerveux Central ? Idem pour la fatigue musculaire et cardiaque ?

Plus de fatigue musculaire et cardiaque sur lUt4M Challenge 4X40 et une plus longue récupération

S.V : « Curieusement l’effort musculaire et cardiaque est plus intense lorsqu’on enchaine 4 distances de 40 km que lors du 160 Xtrem. Lors de l’Ut4M 160 Challenge composé de 4 Trails de 40 km, les coureurs ressentent une fatigue musculaire et cardiaque intense dont les effets peuvent mettre plusieurs jours voire plusieurs semaines à se dissiper. Les coureurs se livrent à chacune des étapes de 40 km, avec plus d’intensité qu’ils ne le feraient sur un 160.

Plus de fatigue du système nerveux central et une récupération plus rapide sur lUt4M 160 Xtrem

À l’inverse, un effort continu lors de lUt4M 100 Master ou lUt4M 160 Xtrem, provoque une importante fatigue du Système Nerveux Central. On ressent des symptômes similaires à ceux que lon éprouve lorsque lon conduit durant 10h daffilée. Le cerveau a du mal à réagir, se concentrer devient un véritable effort, le sujet parvient difficilement à contrôler ses mouvements, à réaliser des gestes précis. En revanche, on récupère assez vite de ce type de fatigue, quelques heures dun sommeil de qualité peuvent suffire.

Pour résumer, on peut dire que les athlètes récupèrent par certains aspects plus difficilement dune épreuve de 4 fois 40 km que dun Ut4M Xtrem de 160 km ! Étonnant comme conclusion ! » 

Quels sont les bénéfices à terme ? 

LUt4M, Des effets positifs pour la santé

S.V : « Dans un cas comme dans lautre, on observe des effets positifs pour la santé. Cest parce quon sest fatigué que lon induit des phénomènes de récupération qui par la suite vont renforcer notre organisme au fil des entraînements et des compétitions. Toutefois, il faut préciser qu’on parle ici de niveaux de fatigues extrêmes qui relèvent du haut niveau de performance. Si les longues distances ne sont, a priori, pas dangereuses pour la santé, elles ne sont heureusement pas nécessaires pour être en bonne santé, une pratique du Trail sur de plus courtes distances est déjà très positive pour la santé et permet de bâtir un programme de préparation salutaire à de nombreux égards. »

Votre chaire poursuivratelle le travail entamé avec lUt4M en 2018 ? 

S.V : “Les études menées par lUGA en collaboration et pendant lUt4M vont permettre de progresser dans la connaissance des athlètes, la gestion de leffort, les bienfaits du Trail et des éventuels risques.

LUt4M est un excellent terrain détudes. Les coureurs partent de Grenoble, à un niveau daltitude relativement faible, et montent dans chacun des 4 massifs qui entourent la ville. Ils ont le choix dans la durée et lintensité de leffort. Aussi nous poursuivrons notre collaboration avec lUt4M. L‘accumulation des données 2018 et 2020 permettra davoir une image de plus en plus complète des effets du Trail sur les athlètes. En 2020, il y aura de nouvelles réponses sur les différents sujets initiés en 2018 tels la fatigue, lentraînement Nous aborderons également de nouvelles thématiques telles que lévolution du taux de glucose dans le sang pendant les courses et pour la première fois, de manière précise et objective, la mesure des contraintes ostéo-articulaires au niveau du cartilage du genou par IRM avant, pendant et après les courses.

La question globale de la nutrition et des troubles gastro-intestinaux dans la pratique du Trail sera également étudiée. Les Ultra Trails sont de longues courses où l’on dépense beaucoup dénergie, il est donc nécessaire de se nourrir et de shydrater, le tout en continuant de courir. Cela peut entraîner des maux de ventre et autres problèmes gastro-intestinaux, une des raisons principales dabandon en Ultra Trail.

Cette année, nous souhaitons mesurer la quantité de glucose dans le sang avec un système de capteur embarqué afin dexplorer la capacité des athlètes à se nourrir de façon adaptée à leur effort. 

En complément, nous soumettrons des questionnaires à plusieurs centaines de coureurs pour définir leurs habitudes alimentaires, avant, pendant et après la course. Cela permettra d’établir un lien entre les difficultés liées aux troubles intestinaux et la manière de shydrater et s’alimenter. À lheure actuelle, nous avons des hypothèses, mais pas de réponses précises. 

Lidée est aussi dinviter les participants à faire plus attention à leur nutrition dans leur quotidien et adopter les bons réflexes à travers un régime alimentaire sain tout au long de lannée.

À terme, nous espérons pouvoir mesurer la dose idéale de sport pour la santé et évaluer la pratique du Trail la plus équilibrée en fonction de son état physique. Les avancées des recherches sur les athlètes de lUt4M bénéficieront à tous. » 

Selon lOMS, la sédentarité tue plus que lalcool, le tabac, lautomobile réunis depuis 2012, lUt4M est-il une réponse à la lutte contre la sédentarité ? 

S.V : « Sinscrire à lUt4M, cest sinscrire à des courses qui sont accessibles à tous en fonction de son niveau de performance et de son état physique. Les moins endurants peuvent viser les courses de 10 km ou 20 km et adopter un rythme dentraînement léger pour atteindre cet objectif. Le travail de notre laboratoire permettra progressivement de découvrir et danalyser les différents effets et bénéfices de la pratique sportive sur les corps et les esprits. »

Grenoble, sa métropole et lUt4M, LABO des bienfaits de la pratique sportive

S.V : « Cest une chance de trouver, rassemblés à Grenoble et dans lIsère, les scientifiques, les infrastructures médicales, les unités de recherche, les massifs et les épreuves en capacité de permettre les études nécessaires au progrès. »

LUt4M, un programme de santé efficace et peu coûteux

S.V : « Dans ce cas, lUt4M devient une motivation, un objectif pour les participants. Il favorise un retour à lexercice physique autour dune activité saine et peu coûteuse, le Trail, avec la possibilité de choisir son niveau de difficulté, ce que toutes les épreuves de Trail ne permettent pas.

LUt4M devient un stimulant pour sengager dans une démarche sportive, quel que soit son objectif : performance, plaisir ou santé. Dans chacun des cas, cela a un impact positif et durable sur la santé. Tout le monde peut participer, que lon soit sportif ou non, jeune ou expérimenté, en surpoids ou en forme, limportant est de se préparer correctement et de consulter un médecin au préalable pour prévenir toute contre-indication. » 

Compte tenu de vos conclusions, quel est le type dentraînement idéal à suivre pour une course telle que le 160 Xtrem ? Le 160 Challenge ? 

S.V : « Notre équipe à lUniversité Grenoble Alpes a la volonté de traduire et de mettre à disposition les données issues de la recherche pour que chacun puisse pratiquer le Trail dans des conditions optimales en fonction de son niveau de préparation physique. Les travaux menés par lUGA dans le cadre du partenariat avec lUt4M irriguent les secteurs du sport et de la santé, le développement des connaissances pour la recherche, les soignants, les encadrants et les pratiquants. Nous diffusons ces informations aux praticiens afin quils affinent leur approche médicale et perçoivent avec encore plus de conviction lutilité du sport et du Trail dans les perspectives de bonne santé de leurs patients.

Naturellement, les coaches sportifs ont accès à nos recherches et sont capables de proposer des entraînements adaptés en fonction des objectifs du coureur. Par exemple, si l’on souhaite prendre le départ de l’Ut4M 160 Xtrem, il faut habituer son organisme à endurer la fatigue liée aux efforts prolongés, afin que le système nerveux central s’habitue et s’adapte à ce type d’effort. Sans accoutumance, l’organisme pourrait ne pas tolérer un effort si long et intense. Au-delà des longues distances, les courses de 10, 20 et 40 km que propose l’Ut4M offrent d’excellentes perspectives d’accession à une vie saine. » 

PARTICIPER À LÉTUDE SUR LUt4M 2020   Cette année, l’Ut4M proposera aux athlètes de participer également à une étude sur la caractérisation de l’impact ostéoarticulaire et l’impact de l’alimentation et de l’hydratation à l’aide de capteurs et d’IRM. Une étude moins engageante sur la base de questionnaires indiquant l’âge, le poids, les pratiques d’entraînement, le niveau de performance, sera également proposée afin d’en apprendre plus sur les facteurs de performance et les raisons d’abandon durant les courses. Un appel aux coureurs volontaires pour participer à cette aventure sportive et scientifique sera lancé dans les semaines à venir ! Les industriels, mécènes et chercheurs intéressés par le laboratoire à ciel ouvert Ut4M sont invités à contacter l’équipe sur : https://ut4m.fr/fr/contact. Pour en savoir plus sur l’ensemble des projets de la Chaire Montagne Altitude Santé de la Fondation Université Grenoble Alpes, rendez-vous sur : https://fondation.univ-grenoble-alpes.fr/menu-principal/nos-projets/recherche-pluridisciplinaire/chaire-montagne-altitude-sante/chaire-montagne-altitude-sante-366019.kjsp  
    Toutes les informations sur lUt4M : https://ut4m.fr/
Les derniers articles