“States of Elevation” est le nouveau projet de Kilian Jornet : une aventure en autonomie totale visant à relier à pied et à vélo les sommets de plus de 14 000 pieds (environ 4 270 mètres) à travers les États-Unis. Un défi particulièrement exigeant, au cours duquel Kilian parcourra chaque jour l’équivalent d’une étape du Tour de France et d’un marathon — l’altitude et les terrains techniques en plus. Au-delà de l’effort physique, ce projet reflète la profonde connexion de Kilian avec les espaces sauvages, ainsi que sa quête constante de sens à travers l’endurance, la nature et l’exploration.
States of Elevation : dans la continuité de Pyrénées 3000 et Alpine Connections
C’est début septembre 2025 que Kilian Jornet lancera son nouveau projet, States of Elevation. En partant de Longs Peak dans le Colorado, il cherchera à relier les « fourteeners » américains — sommets de plus de 14000 pieds — uniquement par des moyens humains : course à pied et vélo.
Réputé pour repousser les limites du potentiel humain et de l’endurance athlétique, States of Elevation n’est pas qu’un exploit sportif ; c’est aussi un message fort sur la découverte de la nature américaine, l’engagement, et le lien avec les communautés.
L’approche de Kilian Jornet s’inscrit dans la continuité de sa philosophie de toujours : minimalisme, respect de la nature et exploration responsable. Ce projet fait suite à d’autres défis d’endurance tels que Alpine Connections en 2024 et Pyrenees 3000 en 2023, lors desquels il avait relié certains des plus hauts sommets des Alpes et des Pyrénées.
States of Elevation : Kilian Jornet explorateur
« Ce que j’ai vécu dans les Pyrénées et les Alpes m’a motivé à continuer d’explorer cette dimension des longues traversées, qui comporte un fort aspect physique, cognitif et créatif. Je cherche clairement une continuité dans ce sens. Sous prétexte de relier les sommets de plus de 14000 pieds, mon objectif est aussi d’explorer l’Ouest américain — l’immensité des paysages, des cultures qui y ont vécu et y vivent encore, ainsi qu’une nature souvent sauvage et incroyablement variée, allant des zones alpines aux forêts denses en passant par les déserts.“
Kilian Jornet lors de son projet Alpine Connections, en 2024. Photo Alpine Connections
States of Elevation : 58 sommets au programme
Si le communiqué de Kilian Jornet ne le précise pas, on peut supposer que son projet s’articule autour des « Fourteeners » du Colorado, donc en écartant le Mount Rainier situé dans l’État de Washington. Selon la façon dont on compte chaque sommet, le Colorado compte entre 53 et 58 sommets de plus 14000 pieds. La différence de comptabilisation tient de fait que certains ne comptent pas les sommets voisins quand les 2 “pics” ont moins de 300 pieds d’écart (91 mètres). Depuis les années 1960, de nombreux alpinistes se sont succédé pour tenter d’établir un record de vitesse sur ces sommets du Colorado, record établi généralement sur 55 sommets. Le premier officiellement recensé est Cleve McCarty qui en 1960 a reconnu 52 sommets en 52 jours.
En septembre 2020, l’Américain Teddy Keizer, connu sous le surnom de « Cave Dog », a établi le record en 10 jours, 20h et 26mn. Le parcours est connu dans le milieu sous le nom de « The Mighty Mountain Megamarathon ». Mais le tout dernier FKT recensé est celui de Andrew Hamilton, sur 58 sommets, en 9 jours 21h 51mn en version avec assistance.
En version sans assistance, le record est détenu par Daniel Hobbs depuis juillet 2022 en 14 jours, 17h et 33mn. C’est sans doute ce record auquel va s’attaquer Kilian Jornet.
States of Elevation : inspirer les jeunes générations
En fin de compte, States of Elevation est un nouvel exemple de l’engagement de Kilian Jornet à utiliser ses projets sportifs comme leviers pour des changements porteurs de sens. En inspirant les gens à adopter les valeurs d’aventure, de responsabilité et de respect de l’environnement, Kilian espère encourager une plus grande appréciation des espaces sauvages qui nous nourrissent et nous inspirent chaque jour, pour laisser derrière lui un héritage d’actions impactantes et de prise de conscience pour les générations futures.
https://www.esprit-trail.com/wp-content/uploads/2025/08/KILIAN-JORNET.jpg8001200Patrick Guerinethttps://www.esprit-trail.com/wp-content/uploads/2025/02/ET-logo-vert-noir-300x87.pngPatrick Guerinet2025-08-07 11:50:272025-08-07 12:22:56States of Elevation, le nouveau défi de Kilian Jornet
Il rêvait de le faire en moins de 6 jours, il l’a fait en moins de 5 ! Entre le 20 et le 24 juillet, Grégory Camerlo, assisté d’une équipe de pacers, a réalisé l’exploit de faire le GR20 corse aller et retour en moins de 5 jours. 4 jours, 16 heures et 27 minutes précisément. Un défi énorme pour une cause qui lui est chère : l’Arménie. Retour sur une performance XXL.
GR20 aller-retour : un défi pour la cause arménienne
Pour établir la genèse de ce projet, il faut remonter à l’initiative lancée en 2021 par Pierre Kaftandjian, amoureux de trail d’origine arménienne, organisteur par ailleurs du Grand Raid du Guillestrois-Queyras. Il avait alors relié Calenzana à Conca en 56 heures pour soutenir la reconstruction d’une école de Stepanakert touchée par des bombardements durant la guerre déclenchée par l’Azerbaïdjan le 12 mai 2021 sur le territoire arménien. L’opération avait permis de récolter près de 4000 euros et de mettre en lumière ce conflit peu connu et toujours pas résolu. Grégory Camerlo, traileur aguerri, faisait partie de l’équipe de Pierre en 2021.
En début d’année, il a relancé le projet. « L’idée de revenir en Corse était toujours présente… Cette année, je me suis dit que ça pouvait être la bonne », nous avait-il confié en mars dernier, porté par l’envie d’agir. Mais s’il décida de faire renaître l’initiative, le défi était encore plus ambitieux : parcourir le GR20 en aller-retour, un challenge qui n’a jamais été officiellement réalisé.
3 membres de l’équipe du projet, avec au centre Grégory Camerlo.
Grégory Camerlo et le GR20 : une histoire ancienne
Le GR20, Grégory le connaît bien, et dans les deux sens ! Après l’avoir parcouru une première fois en randonnée dans le sens sud-nord en 2016, puis en mode trail par étapes en 2019, il l’a enchaîné d’une traite en 2021 dans le sens nord-sud lors du premier projet de Pierre Kaftandjian. Mais enchaîner un aller-retour, c’est une autre histoire. « Sur le papier, ça me semble faisable », déclarait-t-il, optimiste, même s’il reconnaissaiit que l’aventure serait d’une rare difficulté.
En partant de Conca, au sud, pour rejoindre Calenzana, puis revenir, si les distances varient légèrement selon les sources, l’ensemble représente tout de même près de 350 km et entre 25 000 et 26 000 mètres de dénivelé positif. Ce qui explique sans doute qu’aucun record officiel sur ce trajet aller-retour n’existe à ce jour, seulement des tentatives ou des traversées non chronométrées. Ainsi, celle du Corse Guy Genovesi, qui dans les années 1990 mit 6,5 jours pour faire l’aller-retour. Grégory, désireux de faire les choses dans les règles, était déterminé à faire certifier son temps grâce à un chronométreur présent sur les points de passage clés, afin d’établir un premier temps de référence officiel, ou FKT (Fastest Known Time).
Petite pause durant le défi juillet 2025.
Grégory Camerlo, un traileur aguerri
Ancien footballeur, Grégory Camerlo s’est tourné vers le trail en 2019. Depuis, il enchaîne les épreuves exigeantes : Diagonale des Fous en 2021, Échappée Belle en 2022, Grand Raid du Ventoux en 2023, avec un podium à la clé, Grand Raid du Guillestrois-Queyras (4ème) et Échappée Belle (6ème) en 2024, entre autres. Mais le GR20 aller-retour est une autre dimension. N’ayant jusqu’en 2024 jamais fait au-delà de 180 km, Grégory Camerlo est donc monté en charge, sa grande étape de préparation en mai 2025 ayant été sa participation à la VVX en duo, un ultra-trail de 220 km qu’il a remporté, devançant le duo Casquette Verte / Loïc Jalmin.
Si la performance finale est individuelle, Grégory Camerlo n’était pas seul dans l’aventure : une petite équipe l’a épaulé pour la logistique, les ravitaillements, la communication, mais aussi pour partager des kilomètres avec lui. Une équipe dans laquelle Pierre Kaftandjian tenait sa place, bien sûr, fier de ces « petits jeunes » qui prennent la relève et défendent la cause. Car au-delà du défi sportif, c’est un véritable cri d’alerte humanitaire qui animait l’équipe, dans la droite ligne du projet de 2021 : en octobre 2023, des dizaines de milliers d’Arméniens ont dû fuir la région du Haut-Karabakh, envahie et vidée de sa population. C’est pour ces familles déplacées, qui vivent aujourd’hui dans des conditions précaires en République d’Arménie, que Grégory Camerlo est allé au bout de ses forces : « Je ne m’implique jamais à moitié. Que ce soit dans le sport, au travail ou pour des causes comme celle-ci, je veux donner le maximum. »
GR20 POUR L’ARMÉNIE
GR20 pour l’Arménie : un FKT record
Jeudi 24 juillet, Grégory Camerlo a donc relevé le défi. Après un aller Conca-Calenzana bouclé en 49 heures, et malgré quelques nuits difficiles sur ces sentiers corses si techniques, il est parvenu à effectuer le retour Calenzana-Conca en 63h27 minutes, sigant un chrono final de 4 jours, 16 heures et 27 minutes, soit 112 heures et 27 minutes. Un temps de référence désormais officiel, qu’il faudra être sacrément costaud pour aller battre.
https://www.esprit-trail.com/wp-content/uploads/2025/07/GR20-POUR-LARMENIE.jpg8131201Patrick Guerinethttps://www.esprit-trail.com/wp-content/uploads/2025/02/ET-logo-vert-noir-300x87.pngPatrick Guerinet2025-07-25 09:41:592025-07-25 09:42:02GR20 aller-retour en moins de 5 jours : l’exploit de Grégory Camerlo
De retour de la Western States Endurance Run, enthousiasmé par les grands espaces, la nature sauvage et la culture du trail-running US, Kilian Jornet, toujours à la recherche d’inspiration et de nouveaux défis, a interrogé sa communauté pour qu’elle lui propose des idées de courses, FKT et autres aventures sur le territoire américain. Un « sondage » live sur les réseaux sociaux, qui a généré 1478 commentaires que nous avons soigneusement épluchés pour découvrir les recommandations de ses fans.
Kilian Jornet : quel défi aux États-Unis ?
Évidemment, les réponses “hors-sujet” ont été très nombreuses, avec des dizaines de suggestions n’ayant rien à voir avec sa demande (que faire aux États-Unis ?). Parmi les plus nombreuses, citons un retour à l’UTMB (mais il a déclaré fin 2024 qu’il reviendra, sans toutefois préciser si ce serait en 2026 ou plus tard), le Tor des Géants, mais aussi le Marathon des Sables (qui propose à partir de 2026 un nouveau format 100 miles non stop), le GR20 (dont il a détenu le record en juin 2009 en 32h54mn02s) ou encore des FKT en Argentine, au Canada ou en Nouvelle-Zélande…
Quant à ceux qui ont bien répondu à la question de Kilian Jornet (aux USA, donc), voici les suggestions qui ont retenu le plus de suffrages :
La Barkley : 22 voix. Kilian Jornet face à l’ogre des forêts sombres du Tennessee, on a trop hâte.
Le Nolans’14 : 22 voix. Une trace de 166 km passant par 14 sommets de plus de 14000 pieds (4270m). C’est effectivement un défi pour Kilian, dans la lignée des 82 sommets de plus de 4000 mètres des Alpes de son aventure Alpine Connection de l’été 2024, même si le Nolan’s 14 est beaucoup plus court. C’est le FKT que François D’Haene vient tout juste d’établir début juillet en 35h 33mn 41s.
L’Appalachian Trail : 16 voix. Le FKT est détenu par le Belge Karel Sabbe en 41 jours 7h 39mn pour 3540km, établi en août 2018.
Le Pacific Crest Trail : 16 voix. 4240km, encore plus long que l’Appalachian Trail. Et c’est encore Karel Sabbe qui détient le FKT, en 46 jours 12h 50mn depuis août 2023.
Le John Muir Trail : 14 voix. 338km, un FKT détenu par François d’Haene depuis 2017 en 67h28.
Les White Mountains : 12 voix. La version Direttissima, 386 km et 22800mD+ compte 48 sommets à plus de 4000 pieds. Sauf que 4000 pieds, ça fait 1220 mètres, et que des sommets à 1220 mètres, Kilian, il appelle ça des collines…
Suivent ensuite le Grand Canyon Rim to Rim, un FKT de 5h55 sur un parcours de 70 km descendant au fond du Grand Canyon pour remonter sur l’autre rive, détenu par Jim Walmsley, le Wonderland Trail, un sentier de 150 km dans la chaîne des Cascades, la Badwater (217km dans la Vallée de la Mort) et d’autres courses…
Kilian Jornet : le bêtisier des propositions les plus farfelues
Quant aux propositions les plus farfelues, à mettre dans le bêtisier, voici nos réponses préférées à la question de Kilian Jornet : « Que pourrais-je faire aux Etats-Unis ? » :
– Un 4ème enfant. – Le 10 km de Quimper-sur-Mer. – des vacances en famille – “Tu peux venir chez moi si tu veux.” – Marseille Cassis. – La montée de l’Empire State Building par les escaliers.
Bref, si Kilian Jornet suit les suggestions de sa communauté, ce serait la Barkley ou le Nolan’14. Mais les suivra-t-il ?
C’est à un parcours redoutable que s’est mesuré François D’Haene dans le Colorado : le Nolan’s 14, une trace non balisée très technique de 150 kilomètres et 14000m D+ passant par 14 sommets à plus de 14000 pieds (4268 mètres). Avec l’équipe qui lui avait permis d’établir son record du GR20 en 2016, et après une dizaine de jours d’acclimatation et de reconnaissance des principales difficultés, il s’est lancé dans l’aventure. Son objectif n°1 : boucler la trace en moins de 60 heures. Son objectif n°2 : s’approcher du record de 39h 06mn 40s établi en juillet 2023 par David Hedges. Et que croyez-vous qu’il fit ?
Nolan’s 14 : un parcours qui faisait rêver François D’Haene
Il est certains parcours qui inspirent plus que d’autres. Situé près de Leadville, dans la chaîne de Sawatch, dans le Colorado, le Nolan’s 14 est de ceux qui ont toujours attiré François D’Haene. Un itinéraire très difficile, une trace non balisée, des altitudes supérieures à 4000 mètres, on dit du Nolan’s 14 qu’il est réservé aux randonneurs expérimentés.
En mai 2019, l’Américain Joe Grant en avait établi un premier record. Il était alors à la recherche d’une expérience. Il voulait que ce soit difficile et qu’il repousse ses limites, il voulait trouver un terrain où il lui faudrait prendre des décisions difficiles. C’est pourquoi il avait choisi le Nolan’s 14. Il est évident que cette aventure à inspiré François D’Haene, dans un même état d’esprit de quête, de repousser ses limites et, en même temps, de faire quelque chose de grand.
Les FKT, une motivation différente pour François D’Haene
Après le GR20, le John Muir et l’an dernier le Tor des Géants, qui même s’il se courait avec un dossard s’apparente à une aventure personnelle plus qu’à une course, François D’Haene voulait avoir cette année une nouvelle expérience hors des sentiers battus, sur des terrains inconnus de lui, réputés pour leur difficulté.
L’équipe d’encadrement de François D’Haene sur ce FKT. Source Instagram François D’Haene
Comme il l’a lui-même expliqué, il y a 5 raisons qui le poussent à se lancer dans ce type de défi :
1 : Partager l’effort avec des copains. Ici, ce fut sa bande qu’il l’avait accompagnée en 2016 pour le FKT du GR20 (battu depuis), et qu’il compte bien reconduire en 2026 pour tenter de nouveau ce GR20 et aller détrôner Lambert Santelli, l’actuel détenteur du record.
2 : Choisir quand il veut vivre l’aventure. Avant l’UTMB fin août, le créneau de début juillet était idéal pour se lancer dans cette aventure, avec un temps de repos suffisant derrière pour se lancer ensuite dans la prépa du grand rendez-vous de Chamonix.
3 : Se préparer avec un cap clair en tête
4 : Créer un projet sur-mesure, selon ses envies.
5 : Et surtout : lui donner du sens.
Toutes ces raisons, ainsi que celles pour lesquelles son choix s’est porté sur le Nolan’s 14, sont à retrouver dans le premier épisode de la web série tournée à cette occasion : “Inside Nolan’s 14”, disponible sur YouTube.
https://www.esprit-trail.com/wp-content/uploads/2025/07/Nolans-14.jpg8321200Patrick Guerinethttps://www.esprit-trail.com/wp-content/uploads/2025/02/ET-logo-vert-noir-300x87.pngPatrick Guerinet2025-07-07 07:48:012025-07-07 08:08:47Record du Nolan’s 14 pour François D’Haene
13000 passionnés le long des sentiers de 16 courses en octobre 2024 ! Odile Baudrier et Gilles Bertrand, les deux fondateurs, en 1995, de la première course hors-bitume de France, au cœur de la nature aveyronnaise, étaient loin de s’imaginer que 30 ans plus tard, un tel succès serait au rendez-vous. Ni que les valeurs du trail, qu’ils ont su préserver au fil des éditions, seraient aujourd’hui plus vivantes que jamais. La légende des Templiers s’est écrite autour de celles-ci, mais l’épreuve trentenaire a également su ouvrir ses chemins aux plus jeunes et aux femmes. A quelques semaines de la 31ème édition, zoom sur quelques-unes des belles histoires des Templiers.
Festival des Templiers : les trentenaires à l’honneur, du nouveau pour les Juniors
Un vent du rajeunissement souffle les Grands Causses ! Les moins de 30 ans sont de plus en plus nombreux à courir sur les sentiers nichés au cœur de ce parc naturel régional. Pour 2025, la tendance se confirme : un bon tiers de participants de moins de 30 ans sur le VO2 Trail (17,2 km), soit 10 % de plus en 10 ans. Le marathon des Causses (36,1 km) se paie aussi une cure de jouvence, avec 19% de participation en 2025 contre 15% en 2015.
Au-delà de ce phénomène « naturel » de rajeunissement, l’événement réaffirme son engagement en faveur de la jeunesse, amorcé dès 2004 avec la Kinder Trail et renforcé en 2021 grâce à la KD Trail. Taillée sur mesure pour la nouvelle génération de traileurs, la Junior Trail, un nouveau format de 17,2 km, s’adresse aux jeunes espoirs de la discipline (U20 nés en 2007 et 2008), leur donnant une opportunité unique de marquer les sentiers de leur empreinte, et de tester leurs limites dans un terrain de jeu exceptionnel.
Photo Cyrille Quintard
Festival des Templiers : ils sont nés en 1995, et seront sur les sentiers en 2025 pour leurs 30 ans !
Florian, inscrit sur l’Endurance Trail (100 km)
« Je pesais 130 kilos, je fumais, et aujourd’hui j’ai perdu plus de 30 kilos, je ne fume plus, je cours 4-5 fois par semaine, j’ai déménagé dans un endroit où je n’ai qu’à passer le portail pour être sur des sentiers ! Ma femme, qui n’était pas du tout sportive, vient de terminer ses premières courses officielles en trail ! Effectivement, je suis né en 1995, et pouvoir participer à un événement tel que les Templiers pour mon 30ème anniversaire est quelque chose d’exceptionnel ! »
Baptiste, inscrit au Marathon des Causses (36,1 km)
« La course à pied a toujours marqué ma vie, j’ai suivi mon père sur ses lignes de départ, et j’ai naturellement pris le relais. Je connais les Templiers depuis mon enfance, mon papa aurait dû y participer, mais une blessure l’en a empêché, j’avais 8 ans. Cette course représente une étape importante dans mon évolution au fil des années afin d’augmenter les distances. »
Archives 1995. Photo Hoka Les Templiers
Benoît, inscrit sur Endurance Trail (100 km)
« J’ai frôlé l’amputation de la jambe gauche en 2012, suite à un accident au foot. Après une année de combat, j’ai pu remarcher. Une première rencontre en 2017 m’a poussé à chausser des baskets afin de tenter de réaliser 10 km. Énorme défi ! Cette rencontre, c’est le petit Tom, de l’association Le Combat de Tom, décédé en mars 2025. Je me suis dit que je n’avais pas le droit de me plaindre… J’ai découvert le trail en 2023. Alors, pour mes 30 ans, je me suis lancé le défi d’atteindre la barre des 100 km ! Et, à quel meilleur endroit le faire qu’ici ? »
Festival des Templiers : vive Les Templières !
Les femmes, d’habitude inscrites sur les plus petites distances, sont de plus en plus nombreuses à participer à des formats plus longs. En témoignent une constante progression en 10 ans : +6% de femmes sur le Grand Trail des Templiers (80 km), +8% sur l’Endurance Trail (99 km) et +12% sur l’Intégrale des Causses (62 km). La parité est même dépassée sur des courses plus courtes avec 68% de femmes sur Les Troubadours (12 km), 59% de femmes sur la VO2 Trail (17 km) et 54% de femmes sur la Monna Lisa (28,5 km). Et ce sont celles qui courent qui en parlent le mieux !
Photo Cyrille Quintard
Éloïse 26 ans, inscrite sur la Boffi Fifty (48,5 km)
« Ancienne cycliste pro, le trail est devenu une discipline de tous les jours pour moi. Que ce soit comme exutoire après des gardes aux urgences éprouvantes ou simplement pour sillonner mon Morvan que j’aime tant ! Cette course représente un bon défi, un objectif pour cette année, car je n’ai jamais couru autant, et les Templiers c’est mythique ! »
Roseline, 70 ans, inscrite à La Templière (7,3 km)
« Je suis une héritière du Spiridon et de son époque glorieuse ! Pour mes 70 ans je voulais faire une belle course. Je cours depuis 48 ans. J’ai déjà couru le 8 km féminin il y a 15 ans. J’ai adoré l’ambiance et voir des traileurs si courageux. Je n’avais jamais participé à une aussi grande course ! »
Clotilde, 43 ans, Marathon du Larzac (34,6 km) et Marathon des Causses (36,1 km)
« J’ai commencé le trail en 2019, 2 ans après un accident de ski ayant eu un gros impact sur un genou (5 chirurgies, 8 mois d’arrêt de travail, 2 ans avant de remarcher sans boîter). En 2019, je mords à ce sport. Mais, mon genou me rappelant à l’ordre, je me résigne : je ne pourrais jamais faire d’ultras. Petit à petit, je passe pourtant de 20 à 24 à 28 km… Les Templiers, c’est pour moi des premières : 26 km sur l’Hivernale en 2023, 28 km sur la Mona Lisa et 44 km sur le Tarn Valley en 2024. 2025, ce sera un ultra à ma façon, car j’ai décidé de faire les 2 marathons : 34 km le vendredi et 36 km le samedi. 70 km en 2 jours !»
Le mot de Sylvia Nordskar, pro-traileuse HOKA, 2ème du Grand Trail des Templiers 2024
« Je voulais courir Les Templiers parce que j’ai entendu dire que c’était un événement unique vibrant de passion, de culture locale, à travers une nature magnifique. Le parcours est roulant, le terrain et le climat me conviennent bien. J’espère aider les femmes à avoir plus de confiance et de force en elles pour prendre le départ de davantage de courses ! »
https://www.esprit-trail.com/wp-content/uploads/2025/06/Photo-1-Cyrille-Quintard.jpg8001200Patrick Guerinethttps://www.esprit-trail.com/wp-content/uploads/2025/02/ET-logo-vert-noir-300x87.pngPatrick Guerinet2025-07-01 05:00:002025-06-30 16:26:24Festival des Templiers : 30 ans de belles histoires !
En octobre 2024, le traileur aventurier Sébastien Raichon avait été le premier à établir un chrono de référence sur le GR20 en autonomie complète, c’est-à-dire sans aucune aide extérieure, ni accompagnant, ni pacer. Son temps : 44 heures 43 minutes pour venir à bout des 180 km et 11000m D+ du mythique sentier corse. Le 7 juin 2025, il s’est de nouveau élancé de Calenzana, au nord, pour rallier Conca, au sud, le plus vite possible. 41 heures 53 minutes et 18 secondes plus tard, il avait établi un nouveau FKT (Fastest KnownTime).
GR20 en autonomie complète : le rêve des 40 heures
Il savait qu’il pouvait faire mieux qu’en octobre dernier. Les conditions météo de l’époque, compliquées, et une erreur de parcours sur la fin qui lui avait fait perdre une heure, l’avaient même persuadé que passer sous la barre des 40 heures était possible. Le 7 juin, Sébastien Raichon s’est donc élancé sur ce parcours qu’il aime tant avec une idée en tête : boucler le GR20 en moins de 40 heures, sans aucune aide extérieure.
La principale difficulté de l’autonomie complète, avait-il expliqué lors de ce premier record, est que le GR20 est un chemin très compliqué à suivre par endroits, où il faut quasiment s’orienter pour trouver la trace. Avec des « ouvreurs » montrant le chemin et se relayant, et des compagnons de route portant les affaires, comme le font ceux qui tentent le record avec assistance (une autre catégorie de FKT), le challenge, tout aussi compliqué en terme de technicité du sentier, est néanmoins facilité par le fait de ne pas avoir à chercher son chemin.
Mais Sébastien Raichon préfère la solitude dans l’effort, et l’autonomie complète lui va bien. C’st donc avec des temps de passage calculés à l’avance sur une base de 40 heures qu’il s’est élancé le 7 juin à 3 heures du matin pour tenter d’établir un nouveau record et de passer sous cette fameuse barre des 40 heures. Mais la météo extrêmement chaude, un bâton cassé dès les premiers kilomètres, sans possibilité de réparation ou de remplacement (merci l’autonomie totale !) lui a joué des tours. Et si le record est tombé (41 heures, 53 minutes et 18 secondes), la barre des 40 heures, elle, résiste toujours.
Les derniers mètres de Sébastien Raichon le 8 juin à l’arrivée à Conca. Photo DR Photo DR
GR20 en autonomie totale : le débrief de Sébastien Raichon
Arrivé le 8 juin à 20h53 à Conca, Sébastien Raichon était épuisé mais heureux et rêvait d’une nuit réparatrice. Après une courte nuit, classique lorsqu’on vient de produire un tel effort, il raconte :
« Ce GR20 est vraiment vraiment un chantier colossal. Il y a 30 kilomètres faciles, le reste, c’est un chaos permanent. Sublime et instable à la fois. Les salamandres du mois d’octobre ont muté en lézards. Je ne savais pas que c’était possible ! Il y avait beaucoup plus de monde sur le sentier, mais c’était sympa. J’ai eu dans certains refuges un bel accueil, j’ai résisté non sans mal aux offrandes diverses. Quelle folie, cette autonomie complète !
L’objectif des 40h n’est pas atteint mais je suis déjà bien content. Je crois que cela reste envisageable mais toutes les planètes n’étaient pas alignées. Il m’aurait fallu une température d’automne avec le terrain sec de ce week-end. Des bâtons en état ou incassables et légers, mais vu ce que je leur impose comme contraintes… Et des poumons à 100%. Si parmi vous il y a un spécialiste de la toux grasse, je suis preneur d’un avis car c’est récurent et très limitant !
Ceci étant dit, la forme était bonne, j’ai un peu été inquiet au début qu’une blessure comme lors de la Barkley m’empêche. Je me souviendrai longtemps de cette crête au coucher de soleil après Petra Piana. Place au repos maintenant, car la Terminorum arrive vite ! »
https://www.esprit-trail.com/wp-content/uploads/2025/06/GR20-Sebastien-Raichon-Photo-DR-2.jpg10491599Patrick Guerinethttps://www.esprit-trail.com/wp-content/uploads/2025/02/ET-logo-vert-noir-300x87.pngPatrick Guerinet2025-06-09 07:43:052025-06-09 07:43:08GR20 en autonomie complète : nouveau record pour Sébastien Raichon
La 3ème édition du Grand Raid du Finistère qui se déroulera les 19 et 20 septembre 2025 à Telgruc-sur-Mer, dans le Finistère, à la presqu’île de Crozon. Son épreuve phare, atypique, se déroule sans balisage et sans ravitaillement (hors liquides). Mais pourquoi donc aller se mettre dans cette galère ?, diront certains Romains lorsqu’ils verront les terres bretonnes s’approcher. Et bien parce que le Grand Raid du Finistère est une course à part. Loin des foules, loin des codes classiques des courses de trail à sensation, elle se vit intensément, se mérite un peu, et se partage beaucoup. Et ce sont ceux qui l’ont couru ou vont le courir cette année qui en parlent le mieux.
Le Grand Raid du Finistère, ce sont 5 courses de tous formats où chacun pourra se frotter au littoral, à son niveau, de 14 à 166 km. Or ce littoral, c’est certainement l’un des plus beaux paysages côtiers de France (du monde, dit-on là-bas, sans chauvinissme aucun bien sûr!), aux couleurs incroyables, et où les éléments dictent les règles. Bien sûr, les aficionados des sommets alpins, pyrénéens, jurassiens ou vosgiens diront que c’est loin et que c’est plat.
Mais c’est là que le sang du Breton ne fait qu’un tour et qu’il propose au montagnard de venir se frotter à son terrain de jeu de prédilection : la pointe du Finistère, là où la Terre se finit, avec sa fameuse presqu’île de Crozon et son « sommet », le Menez Hom, culminant à « seulement » 330 mètres d’altitude. Facile ? Partez arpenter les 166 km et 3700m D+ du Grand Raid, et on en reparle après…
Photo Grand Raid du Finistère
Grand Raid du Finistère : Julie, 37 ans, finsiher du 56 km en 2024, inscrite pour 2025
Originaire de la Presqu’île de Crozon, avec des grands-parents qui habitaient à Telgruc, elle a un attachement fort à la presqu’île. « En 2019 on m’a diagnostiquée une pathologie cardiaque, j’avais 31 ans. On m’a opérée en octobre 2020, pose d’un pacemaker. La reprise du trail a été chaotique. En 2021 j’entends parler du GRF. Cette course me fait rêver, me motive à préserver dans ma reprise douloureuse. Je sais que je ne pourrais jamais faire le 166 mais le rêve est là.
Et en 2023, François (François Hinault, l’organisateur, NDLR) annonce de nouvelles distances sur le GRF ! Je trépigne ! Le 56 est accessible pour moi, hop inscription faite. Une prépa difficile car je perds ma maman fin mai 2024. Mais je vais au bout et l’arrivée est dans les larmes, de joie. Il me faudra 3 mois de recup avant mon “demi-cœur” comme je dis mais j’y retourne cette année et j’y retournerai les années suivantes. Le GRF est ma course de cœur. »
Son message : On peut atteindre nos rêves, d’une manière différente de celle voulue au départ parfois. Il faut s’adapter, avancer, croire en soi.
Grand Raid du Finistère : Marine, 51 ans, inscrite au 18 km
Finistérienne et installée depuis plus de 25 en région nantaise, Marine a eu envie de participer à des courses sur sa terre natale et tout particulièrement sur la côte. « Après une année difficile professionnellement, la course a été un élément majeur pour m’aider à aller mieux. Je me suis donc inscrite à 6 courses cette année avec différents objectifs : battre mon RP sur semi-marathon et faire des trails sur les côtes. »
Son message : Courir pour aller mieux.
Photo Grand Raid du Finistère
Grand Raid du Finistère : Kévin, 32 ans, inscrit au 56 km
Un énorme défi pour ce garçon originaire du Bassin d’Angers, qui a un parcours atypique : « Après un belle perte de poids d’environ 35 kg grâce à une remise au sport, je veux clôturer cette perte de poids par un bel objectif. De plus, cela me permet d’avoir d’acquérir de belle valeur que j’aimerais partager plus tard à mon fils qui vient de naître. »
Son message : Ne jamais abandonner, quel que soit l’objectif.
Grand Raid du Finistère : Nicolas, 41 ans, inscrit au 92 km
Aujourd’hui jeune papa, Nicolas cherche à repousser ses limites autrement, à travers de nouveaux défis qui lui permettent de les explorer et de les faire progresser : « Suite à un changement de vie lié à mon engagement dans des missions humanitaires en contexte sécuritaire complexe, le manque d’activité physique m’a conduit à une prise de poids et au développement d’une stéatose hépatique. Aujourd’hui jeune papa, je n’ai pas d’autre choix que de retrouver une bonne condition physique et de me réinvestir pleinement dans le sport. »
Son message : Le même message que François Hinault, l’organisateur, qui souligne l’importance de l’activité physique pour la santé. Un message qui a résonné en Nicolas comme un déclic. Il est temps pour lui de se remettre en mouvement.
Grand Raid du Finistère : Thierry, 56 ans, inscrit au 166 km solo
Thierry a participé à toutes les éditions, il aime cette course et Crozon (il habite à Clayes, à 15km de Rennes). Il veut dédier cette course à sa femme partie en début d’année : « Je me suis inscrit à l’édition 0 en 2022, après avoir fait le Grand Raid du Morbihan avec mon fils. Je voulais un autre Grand Raid pas trop loin de chez moi. Ma femme se battait contre un cancer je voulais la soutenir à ma façon. J’ai terminé en 30h15.
Je suis revenu en 2023 et 2024 avec toujours la même idée, la maladie de ma femme était toujours présente et c’était ma façon de la soutenir. Je n’ai pas fini ces deux éditions car mal préparé et fatigué. La maladie a gagné, ma femme nous a quitté en janvier 2025. Je me suis donc réinscrit dans la ferme intention de finir cette fois-ci. Je sais qu’elle sera présente et qu’elle me portera et je lui dédirai ma victoire de finisher. »
Son message : Notre souffrance sur les trails est du bonheur à côté de ces satanés maladies. Il ne faut jamais rien lâcher. La vie est belle !
Photo Grand Raid du Finistère
Grand Raid du Finistère : Philippe, 50 ans, inscrit au 56 km
Résidant dans le pays bigouden et ayant la chance d’avoir pu déjà salir ses baskets sur le GR34 côté Presqu’île, Philippe a vraiment envie de re-découvrir ce sentier en mode course libre sans balisage, sans ravito et surtout cette esprit famille/partage. « Depuis 2 ans je galère avec une pubalgie mais j’essaye d’outre-passer mes douleurs pour le plaisir du trail. J’ai plusieurs ultras à mon actif, dont 3 fois la Diag’ mais je lutte pour guérir de cette m**** dans l’espoir de prendre un nouveau dossard en 2025 avec mon fils qui lui est en pleine bourre, avec plusieurs podiums ou très belles places, dont une 20ème à l’Aber Wrach 60, pour partager père/fils cette course qui est pour moi viscérale. »
Son message : Rien n’est impossible. Il suffit de se donner les moyens pour l’atteindre. L’idéal est de le vivre avec ceux qu’on aime. L’accomplissement en est encore plus grand.
Grand Raid du Finistère : Victoria, 29 ans, inscrite au 18 km
Quoi de mieux qu’un premier trail dans le Finistère pour une amoureuse…du Finistère ? Mais pour Victoria, ce premier trail est aussi et surtout un défi personnel post burn-out : « Cela fait un an que j’ai réussi à reprendre la course et que je ne cesse de me dépasser dans cette discipline. Ma première course était en septembre 2024, sur Nantes. Pas de grand chrono visé, juste un accomplissement. Et plus que tout ça, je me suis enfin sentie guérie de mon burn-out, je l’ai vaincu après 2 ans de difficultés d’intensités plus ou moins élevées. Depuis, chaque ligne d’arrivée franchie est synonyme de victoire. Le GRF sera une victoire supplémentaire, en plus d’être mon premier trail ! »
Son message : Victoria souhaite à tous ceux qui vivent ou vivront (malheureusement) un burn-out de pouvoir se dire la même chose qu’elle : « Mon burn-out a été la chance de ma vie ! »
https://www.esprit-trail.com/wp-content/uploads/2025/05/GRAND-RAID-DU-FINISTERE-1.jpeg8011200Patrick Guerinethttps://www.esprit-trail.com/wp-content/uploads/2025/02/ET-logo-vert-noir-300x87.pngPatrick Guerinet2025-05-28 12:53:452025-05-28 12:53:48Grand Raid du Finistère : une course à part dans l’univers trail
4 heures 54 minutes et 41 secondes, c’est le temps qu’a mis l’alpiniste virtuose Benjamin Védrines, déjà détenteur du record de vitesse d’ascension du K2 sans oxygène, dans l’Himalaya (8611m) depuis juillet 2024, pour faire l’aller-retour depuis l’église de Chamonix jusqu’au sommet du mont Blanc. Un exploit réalisé en trail et en ski, qui lui permet d’établir le record absolu d’ascension du mont Blanc, mais n’efface pas des tablettes celui de Kilian Jornet (4h 57mn 40s), réalisé uniquement à pied. Une semaine plus tôt, la traileuse Élise Poncet a également établi un nouveau record absolu féminin en utilisant des skis, en 6 heures 54 minutes.
Benjamin Védrines et Kilian Jornet, deux chronos incomparables
Si de nombreux médias se sont enflammés en titrant « Benjamin Védrines efface le record de Kilian Jornet », il convient de remettre l’église (de Chamonix) au centre du village : oui, Benjamin Védrines a battu le record absolu d’ascension du mont Blanc, qui était détenu par Kilian Jornet depuis 2013, mais non, Benjamin Védrines n’a pas battu le record d’ascension à pied, catégorie dans laquelle Kilian Jornet détient toujours le record de 4h 57mn 40s établi en juillet 2013.
En réalisant une partie de l’ascension en trail et une autre partie à skis, Benjamin Védrines réalise son exploit dans une autre catégorie, et bat le record qui était détenu par l’Américain Jack Kuenzle, qui avait établi sa marque (4 heures 59 minutes) en juin 2024 après s’être installé six mois dans la vallée pour préparer le record. L’Américain avait lui même effacé le record de Mathéo Jacquemoud, qui en mai 2013 avait établi un chrono de 5 heures et 6 minutes en utilisant aussi des skis. À l’époque, le jeune champion de ski-alpinisme avait 22 ans et avait mis environ 4 heures pour gravir les 3 773 mètres de dénivelé entre l’église, située à 1037 mètres d’altitude et le sommet du mont Blanc, à 4810 mètres, dont environ 1000 mètres à pied jusqu’aux premières neiges.
Photo Noa Barrau
Benjamin Védrines, une tentative pas prévue
« Ça me faisait rêver cet aller-retour mythique depuis l’église de Chamonix, même si ce n’est vraiment pas ma spécialité », a confié Benjamin Védrines, qui était notamment au côté de Kilian Jornet lors des 2 dernières ascensions de l’exploit Alpine Connections – 82 sommets des Alpes en 19 jours du Patron l’été dernier, l’accompagnant sur la Barre des Écrins et le Dôme de Neige des Écrins.
Mais du rêve à la réalité, il y a un pas, que Benjamin Védrines n’avait pas du tout envisagé de franchir. Il avait en effet annoncé partir en expédition au Denali (6 190 m), en Alaska mi-mai. Jusqu’à ce que l’annulation de ce projet ouvre une brèche dans son calendrier : « Je me suis décidé il y a seulement 2 semaines parce que j’étais sur Chamonix. c’est vraiment court quand on pense que Jack par exemple s’est installé 6 mois dans la vallée pour préparer ce record. […] Je n’y croyais vraiment pas à la base. C’est un record qui me fascinait, mais je ne pensais jamais en être capable, je manquais vraiment de confiance en moi pour le tenter. »
Un record absolu au bout de l’effort
L’arrivée au cœur de Chamonix sous les applaudissements des passants surpris de l’apparition de ce gars au physique épuisé mais au regard comblé et l’acclamation de ses proches, ses amis et de ses partenaires restera marqué dans sa mémoire. « Tout le monde m’attendait. C’était hyper fort. J’ai vraiment kiffé ce moment. » Comme pour les records de ses prédécesseurs, Benjamin Védrines reconnaît avoir eu son lot de péripéties, de souffrances physiques et mentales. « Ce n’est jamais parfait, ces ascensions. C’est ce qui fait leur beauté. »
De son côté, Kilian Jornet, ami de Benjamin Védrines, a simplement commenté : “Chapeau l’artiste !” De là à ce que l’envie de tenter à son tour un chrono record en trail et ski le titille, il n’y a qu’un pas…
Photo Noa Barrau
Record d’ascension absolu pour Élise Poncet
Une semaine avant Benjamin Védrines, Élise Poncet a également marqué l’histoire. Le 16 mai 2025, elle a battu le record féminin de l’aller-retour à ski en 6 heures 54 minutes 47 secondes, améliorant de 34 minutes la marque de l’Américaine Anna DeMonte (7h29 établi en juin 2024). Là encore, il s’agit bien d’une performance avec skis, qui n’efface donc pas le record à pieds établi par Hillary Gerardi, qui en 2023 avait mis 7 heures 25 minutes pour réaliser l’aller-retour Chamonix / sommet du mont Blanc.
Réputée comme étant l’une des courses les plus dures au monde, se disputant dans le Grand Nord Canadien par des températures pouvait atteindre -40 à -50°, la Yukon Arctic Ultra 2025 a rendu son verdict après un suspense terrible. Mathieu Blanchard s’est finalement imposé, au bout de l’effort, devançant de seulement 4 heures un autre Français, Guillaume Grima. Seuls 5 coureurs à pied sur 38 partants étaient encore en course au moment où les deux premiers hommes ont franchi la ligne d’arrivée.
Yukon Arctic Ultra : les conseils de Thierry Corbarieu, premier Français à avoir gagné cette course en 2019
Alors que le 2 février les 38 concurrents au départ du format long de la Yukon Arctic Ultra, soit 600 km, s’apprêtaient à partir, Thierry Corbarieu confiait : « Le physique est très important car le parcours est très vallonné et tu dois tirer ta pulka qui pèse 25kg entre 15 et 20 h par jour. Il faut aussi être prêt à peu dormir. Pour ma part, c’était 1 h 30 par jour. C’est une course glaciale où aucun détail ne doit être négligé au péril de sa vie. Elle est vraiment hors catégorie, Il faut un engagement total ou aller sur les formats plus courts. […] Le froid est la principale difficulté bien sûr, avec un départ à -34° et des nuits à-40° sous la tente. Le sommeil est le facteur prédominant avec la débauche d’énergie impressionnante. La distance est aussi très longue et les points de contrôles éloignés. Tu fois être capable de te gérer sans l’organisation. J’ai passé par moment 20h sur la fin sans voir personne, Il faut être prêt là aussi. »
Yukon Arctic Ultra : la frayeur de Mathieu Blanchard
Après s’être porté rapidement en tête, Mathieu Blanchard a connu une énorme frayeur lorsqu’il a dû s’arrêter longuement au CP5, après 293 km de course, après avoir lancé un appel à l’aide URGENT. La raison : il ne parvenait plus à respirer normalement. « C’est comme si je n’avais qu’1/4 de mes poumons disponible », a-t-il indiqué dans son appel à l’aide, espérant pouvoir s’entretenir avec un pneumologue pour faire le point et décider de la suite de son aventure. Après plusieurs heures de repos et avoir pu discuter avec le médecin local pour écarter quelques pistes, Mathieu Blanchard, rejoint par ses poursuivants immédiats, a fini par repartir. Il a rattrapé le Britannique Matt Weighman quelques heures plus tard et repris la tête, pour ne plus la quitter. Le Britannique a de son côté abandonné, victime du froid, les pieds en partie gelés, comme bon nombre de concurrents.
Photo DR
Yukon Arctic Ultra : des difficultés insoupçonnées
En cours de route, Mathieu Blanchard a pu communiquer avec son crew, qui postait en retour sur les réseaux sociaux des commentaires de l’athlète qui en disent long sur la difficulté de l’épreuve. Parmi eux, celui-ci, posté après qu’il est arrivé au CP de Shelton Lake, au KM 420 : « Je n’ai jamais rien fait d’aussi difficile dans ma vie. Tout est difficile dans ces conditions de froid extrême. La gestion de la nourriture, de l’eau, du sommeil, de la survie, du froid, des vêtements, de l’humidité dans les équipements. J’ai dormi en tout 13 heures depuis le début. Enfin, pas dormi, je me suis mis 13 heures dans mon sac de couchage, mais je ne dois jamais vraiment dormir dans le froid fait mal et la fatigue physique aussi. Ça fait une moyenne de 2h30 de sommeil par jour. Le parcours est nouveau, l’organisateur ne l’a pas repéré. C’est pas possible. C’est quasi impossible d’avancer dans ces méga pentes raides avec la pulka chargée. Et le pire sur ce dernier tronçon de 80 km, quasi personne n’était passé. La neige n’était pas bien tassée, j’avais l’impression de traîner une ancre de 3 tonnes derrière moi. »
Yukon Arctic Ultra : une épreuve extrême et le message de Mike Horn
« J’ai la peau du visage un peu brûlée, les muscles très endoloris mais c’est normal je crois », a commenté quelques heures plus tard Mathieu Blanchard lors d’un échange avec son crew, avant de faire poster sur son compte un message d’encouragement pour son poursuivant, Guillaume Grima. Ce dernier, ultra-traileur ayant déjà effectué l’UTMB mais inconnu du grand public, avait déclaré au début de l’aventure « J’y vais mais j’ai peur ». Il a prouvé qu’avec force entraînement et humilité, et un mental hors norme, l’humain est capable de se dépasser et de dépasser ses propres craintes.
C’est également de l’aventurier Mike Horn, dont Mathieu Blanchard ne se cache pas qu’il l’inspire, qu’est venu un message de soutien inattendu, lorsqu’il s’est adressé à Mathieu Blanchard en lui disant : « On ne lutte pas contre le froid. Il faut l’accepter, l’embrasser. » Un baiser au goût de glace…
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Yukon Arctic Ultra : une larme (gelée) et du respect
Jusqu’au bout, Guillaume Grima aura poussé Mathieu Blanchard dans ses retranchements, revenant sur lui pour finalement terminer second, 4 heures et 10 minutes plus tard.
A l’arrivée de la course, Mathieu Blanchard a posté sur les réseaux sociaux une photo de lui, une larme coulant sur sa joue avant de se transformer en glace, et ce message :
« Une larme. Elle contient tout. La douleur, la joie, la folie, la survie, l’accomplissement, le combat, la souffrance, l’euphorie, la peur. Je viens de finir cette Yukon Arctic Ultra. 7 jours 22 heures. Ce n’est pas une victoire contre le froid ou la distance. C’est un retour à l’essentiel. À l’instinct. À ma nature sauvage. »
Quelques heures plus tard, alors que Guillaume Grima venait d’en finir et que les deux hommes sont tombés dans les bras l’un de l’autre, Mathieu Blanchard postait un autre message, de respect celui-ci : « La compétition n’est pas faite pour écraser l’autre, mais pour s’élever grâce à lui. Guillaume, tu es une force mentale et physique incroyables. Tu m’as poussé plus loin que jamais, et c’est grâce à toi que j’ai découvert de nouvelles limites. Merci pour cette aventure. Bravo champion. »
Photo Rising.storyRising.story
Yukon Arctic Ultra : des chiffres qui en disent long
Derrière l’exploit des 2 hommes, les chiffres en disent long sur la difficulté de l’épreuve. Pour Mathieu Blanchard, cela donne :
– Km parcourus : 608,7 – Dénivelé total : 6564m – Distance parcourue par jour : 73,5km – Temps cumulé en mouvement : 4 jours 11h 35mn – Temps cumulé à l’arrêt (repos, soins du corps, gestion du froid…) : 3 jours 10h 39mn – Vitesse moyenne en mouvement : 5,7km/h – Vitesse moyenne globale : 3,1km/h
44 heures, 43 minutes et 38 secondes : c’est le chrono réalisé par Sébastien Raichon fin octobre 2024 sur les 179 km et 11000m D+ du redoutable sentier corse du GR20, en mode « autonomie totale », donc en solo et sans assistance extérieure. Après sa 2ème place sur la colossale SwissPeaks 660, le double vainqueur du Tor des Glaciers a ainsi établi un tout premier temps de référence, ou FKT en autonomie totale, et ce malgré des conditions météorologiques dantesques. Rencontre avec cet ultra-traileur indestructible qui est allé quelques semaines plus tard décrocher avec son équipe 400 Team le titre de champion du monde de Raids Aventure en Équateur, le premier titre pour une équipe française.
Sébastien, on te connaît comme spécialiste de l’ultra-distance, moins comme performeur en solo sur FKT. Depuis quand pratiques-tu ?
Sébastien Raichon : Je me suis lancé en 2020, au moment du Covid. J’ai fait la Grande Traversée des Alpes par le GR5 en auto-assistance, sans véritable préparation, un peu à l’arrache, en 163 heures je crois. J’ai échoué de peu sur le record avec assistance, et du coup j’y suis retourné l’année d’après un peu mieux préparé, et c’est là que j’ai fait 150 heures et quelque, toujours en auto-assistance (150h 27mn très précisément, NDLR). La principale différence entre assistance et auto-assistance, c’est qu’en assistance, tu peux avoir des pacers. Tu ne portes rien et ils ouvrent le chemin. Alors qu’en auto-assistance, tu peux te nourrir et dormir où tu trouves de quoi te nourrir et dormir, tu peux récupérer un colis que tu t’es posté, mais tu te débrouilles tout seul.
Sur le GR20, tu étais carrément en autonomie totale !
Sébastien Raichon : Oui, l’autonomie complète, c’est le troisième critère de FKT. Tu pars avec tout, nourriture, matériel, et tu ne peux rien demander à personne ni bénéficier d’aucune assistance. Tu peux juste prendre de l’eau là où tu en trouves, dans les rivières, les fontaines… Pour le GR20, quand je l’ai fait, tout était fermé, donc je n’avais pas vraiment le choix. Mais comme c’était une distance assez « courte » pour moi, je trouvais sympa de le faire comme un randonneur moyen qui part avec son gros sac à dos, mais en mode express avec un petit sac. Alors qu’un GR5, quand tu pars pour 600 bornes, tu es obligé d’avoir un sac hyper lourd si tu veux le faire en autonomie totale. Et moi, j’aime bien avoir un sac léger pour pouvoir courir.
Durant l’été, Mathieu Blanchard avait aussi fait le GR20 en autonomie totale. Il avait mis 4 jours en prenant son temps, avec une petite tente et tout et tout…
Sébastien Raichon : Le GR20, les stars du trail s’y attaquent généralement avec assistance et sont très suivis, mais il y a plein de gens qui font le sentier en 3 jours, 4 jours, 5 jours… Aucun record n’avait jamais été posé et déclaré sur la version « autonomie totale ». De ce que j’ai lu, Mathieu l’a fait dans un esprit d’aventure, d’entraînement et de découverte, pas à la recherche d’un FKT. Et il était bien plus chargé que moi !
Photo Altore Running
Justement, il y avait quoi dans ton sac ?
Sébastien Raichon : Il y avait tout le matériel de sécurité, c’est-à-dire couverture de survie, petite pharmacie, mon téléphone, une veste et un pantalon étanches, de la nourriture et deux flasques. Et puis aussi une batterie externe pour recharger mon téléphone, ainsi qu’une frontale Stoots avec pas mal de batteries parce que les nuits étaient super longues. J’avais pris six batteries je crois. Quant à l’eau, il a tellement plu juste avant que je n’en ai pas manqué. J’ai fonctionné avec une seule flasque de 500ml en la remplissant tout le temps.
Pourquoi avoir choisi cette date fin octobre, qui n’est pas la plus favorable pour ce genre de record ?
Sébastien Raichon : C’est par rapport à mon calendrier. J’avais prévu de le faire à la meilleure période, c’est-à-dire début juin, mais c’était blindé de neige et il y avait des passages dangereux, dont un véritable mur de neige de 3 mètres de haut au col de Bocca Alle Porte, le point culminant du GR20. Donc j’ai reporté. Après, j’avais un programme de compétition qui me permettait pas de le faire durant l’été.
Je pensais même ne pas le faire du tout, mais il se trouve que j’ai bien récupéré après la SwissPeaks que j’ai faite début septembre, et du coup j’ai un peu surfé et enchaîné dessus en me disant qu’à la Toussaint, ça pouvait être joli. Et effectivement, les couleurs d’automne étaient magnifiques. Par contre, pour le temps, c’était pas ça. Les Corses ont du mal à prévoir la météo dans la montagne, parce que je devais avoir 48 heures sans pluie et en fait j’ai pris la pluie et le brouillard toute la nuit, dans des conditions assez dantesques.
Tu mets 85 heures pour faire les 400 km de la partie chronométrée de la SwissPeaks, après en avoir fait 300 en guise d’échauffement et avoir avalé au total 49000m D+, et il t’a fallu près de 45 heures pour ne faire « que » 179 km et 11000m D+ en Corse. Tu as fait du tourisme ou quoi ?
Sébastien Raichon : (Rires.) Ça peut paraître un peu fou, mais la SwissPeaks, elle n’est pas technique du tout, alors que le GR20… Et pourtant, c’est un sentier que je connais depuis longtemps, et sur lequel je suis allé 2 fois cette année en reco ! Je connaissais 75 % du parcours, mais c’est vraiment ultra-technique. Pour avoir une moyenne horaire à 4 km/h, il faut envoyer ! Et en plus, je suis plutôt un bon technicien, donc dans les descentes, j’arrive à enchaîner. Même si là, sur le sentier humide, c’était pas facile et plein de pièges, j’ai glissé 200 fois, j’ai évité 400 salamandres et j’ai perdu énormément de temps. Bref, il faut que j’y retourne, parce qu’il y a moyen de faire beaucoup mieux !
Surtout qu’à la fin, tu t’es un peu perdu. Raconte !
Sébastien Raichon : C’était dans le brouillard et j’ai fait carrément un demi-tour ! J’étais un peu azimuté parce que ça faisait plus de 40 heures que je n’avais pas dormi et je suis arrivé à une fourche ou deux sentiers vont au au même endroit. J’ai pris à gauche, et quand je suis arrivé à la jonction des deux sentiers, j’ai pris à droite, ce qui fait que je suis revenu revenu à mon point de départ. Au final, je me suis rajouté 5 bornes à l’aller, 5 bornes au retour, donc 10 km en plus en tout. L’anecdote est assez rigolote, mais ça m’a quand même coûté 2 heures ! (Au final, Sébastien Raichon a parcouru à sa montre 189,56 km et 12912m D+, au lieu de 179 km et 11000m D+, NDLR.)
carte-gr20-corse
Ça va donner des idées à d’autres qui vont vouloir venir taquiner ton chrono !
Sébastien Raichon : Moi le premier, puisque je sens que je peux claquer les 40 heures dans ce mode d’autonomie complète. J’espère trouver un espace-temps fin mai début juin 2025 pour y retourner, parce que j’aime bien aller au bout des choses. C’est un peu comme si j’avais fait une reco générale ce coup-ci !
Quelle est la plus grosse difficulté de l’autonomie totale sur ce GR20 ?
Sébastien Raichon : Le problème du GR20, c’est que ce n’est pas toujours un sentier. Il y a parfois des parties faciles, et il y a tout un tas de sections où tu es dans les blocs et où il faut trouver le marquage. De nuit, tu perds énormément de temps à chercher ton chemin. Par rapport à un pacer qui va passer devant le coureur et lui indiquer le chemin, ça n’a rien à voir. Et même là, si je le refais, je vais encore perdre du temps, parce que je suis loin de connaître par cœur le parcours, notamment les parties techniques. Mais c’est aussi cette difficulté qui est intéressante.
Pour un athlète de ton niveau, que représente en terme d’adrénaline le fait de te lancer sur un FKT par rapport à une course traditionnelle avec des adversaires directs ?
Sébastien Raichon : C’est vachement plus zen comme effort. Tu pars un peu quand tu veux, tu choisis ton moment, tu es vraiment solo, avec les éléments, la nature… Tu prends le temps de contempler, surtout là, vu qu’il n’y avait pas de record existant, et que c’est moi qui le posais. Je n’étais donc pas à la minute près, je m’en foutais un peu, j’ai fait des photos, des films… En fait, les FKT, ça reste un petit monde de gens passionnés qui s’amusent à faire des records sur des superbes circuits. Ça repose aussi beaucoup sur la confiance, parce que n’importe qui peut tricher, peut annoncer un truc et ne pas le faire… Alors qu’une compétition avec dossard et tout, il y a beaucoup plus d’adrénaline, tu as l’envie de te confronter aux autres. Sur un FKT, tu te confrontes à toi-même et un circuit, c’est tout.
Revenons à la contemplation… Quelles sont les sections qui t’ont le plus marqué sur ce GR20 ?
Sébastien Raichon : Le Cirque de la Solitude ! (Passage phare du GR20, le plus difficile de tous, le Cirque de la Solitude est un vaste vallon escarpé très rocailleux qui serpente entre le sommet des montagnes, que beaucoup de candidats au GR20 préfèrent éviter, NDLR.) En plus, je l’avais reconnu la veille, c’est un endroit assez extraordinaire, bien engagé. En fait, j’ai beaucoup aimé toutes les variantes alpines du GR2. J’ai adoré également le passage après la passerelle suspendue de Spasimata, au tout début, pour monter vers Asco. Il y a des dalles de toutes les couleurs qui sont vraiment sublimes, au bord d’une rivière…
En dehors d’un éventuel GR20 bis, à quoi va ressembler ta saison 2025 ?
Sébastien Raichon : J’ai pas mal de projets. J’attends de savoir s’ils vont m’accepter à la Barclay, que j’aimerais finir car il m’avait manqué entre 1h et 1h30 la première fois. (En mars 2024, Sébastien Raichon est entré dans le cercle très fermé des coureurs ayant entamé le 5ème tour sans pouvoir le terminer à temps, NDLR.) Il y a aussi la Chartreuse Terminorum, que j’aimerais refaire. (En juin 2023, Sébastien Raichon est devenu le premier finisher de la Chartreuse Terminorum, surnommée « La Barkley française », NDLR.) Et puis je voudrais aussi retourner au Tor des Glaciers, parce que je sens que j’ai la forme de ma vie. J’ai franchi un cap cette année et je sens que je peux aller plus vite.
Après, je voudrais essayer de faire un raid-aventure, et également découvrir des nouvelles courses en fin d’année, comme le 360 The Challenge Gran Canaria (Le tour de l’île de Gran Canaria sur 260 km et 13000m D+ en semi-autonomie et sans balisage, NDLR.) et la Spin Race (Surnommée « Вrіtаіn’s mоst brutаl rаcе », la Spin Race propose un parcours de 430 km et 10800m D+ le long du sentier national le plus emblématique et exigeant de Grande-Bretagne, le Pennine Way, NDLR.) Bon, elle, c’est en janvier, donc peut-être pour 2026… Je suis un peu boulimique en ce moment parce que je sens que ce sont des belles années et qu’il ne m’en reste plus beaucoup… (Rires.)
Photo Altore Running
Quelques-unes encore quand même ! Tu n’auras « que » 53 ans en juin ! Tu ne joues peut-être plus sur la vitesse, mais ton expérience te permet quand même de faire des performances incroyables. Quel est ton secret d’entraînement ?
Sébastien Raichon : J’adapte mon entraînement le dernier mois en fonction de mon objectif mais toute l’année, avec le raid d’aventure, je fais vachement d’entraînement croisé, VTT et kayak. C’est ce qui me permet de bien enchaîner, de pas trop me fatiguer les articulations et d’éviter de me blesser. Actuellement, c’est vraiment une belle période, j’ai enchaîné trois gros trucs en trois mois et je sens que j’assimile bien… Je pense que c’est un vrai plus que de multiplier les supports d’entraînement, ça me permet de tenir dans le temps.
Justement, parlons de raid aventure. Tu pratiques depuis longtemps ?
Sébastien Raichon : Je pratique le raid-aventure depuis 2001, et suis sur les épreuves hyper longues depuis 2009. Toute mon expérience, je l’ai acquise là-dessus. C’est pour ça que tout ce qui est ultra-trail hyper long, je trouve ça facile par rapport au raid-aventure. On vit des choses tellement fortes et intenses sur des terrains tellement compliqués, hors sentiers, sur des durées hyper longues, où on doit faire preuve de résilience tout le temps, que quand je me retrouve sur des sentiers balisés, il n’y a pas de difficultés. Ce n’est pas être prétentieux, c’est mon histoire qui fait ça !
Avec les 3 autres membres de l’équipe « 400 Team », Sandrine Béranger, Adrien Lhermet et Benjamin Fayet, tu as décroché en Équateur le titre de Champion du monde de Raids Aventure, devançant d’un souffle les professionnels des forces spéciales de l’armée suédoise, doubles champions du monde en titre. 90h47 de course, 2h20 de sommeil, votre exploit est d’autant plus énorme que c’est la première fois que la France gagne le titre. Et le scénario a été dingue. Raconte !
Sébastien Raichon : Oui, on a vraiment vécu un scénario dingue ! On était en tête lorsque dans la section kayak, on s’est renversés de nuit et on a perdu un sac. On a perdu du temps à le chercher, on a écopé d’une pénalité d’une heure, mais on a réussi ensuite sur une section trek, qu’on avait renommée entre nous trail, a revenir et à battre les Suédois champions en titre à la pédale sur une section vélo, alors que c’est leur point fort. Sur la dernière section vélo, j’ai passé mon temps à pleurer parce que je sentais qu’on était en train de le faire, et ça faisait 15 ans qu’on courait après.
C’est inimaginable ce que le sport peut apporter comme émotions, tu sais que tu as tous tes amis, tes proches, tes supporters derrière et tu te dis que ça y est, tu vas le faire. C’est magique. Nous, on a pas les Jeux olympiques dans notre sport, on a le championnat du monde, c’est le Graal. Ces 15 dernières années, les Néo-Zélandais qui ont dû gagner 10 fois, les Suédois 2 fois, et nous, notre meilleur classement, c’était 3èmes en 2018. Et là, enfin, on a ramené la coupe à la maison !
https://www.esprit-trail.com/wp-content/uploads/2025/02/Sebastien-Raichon-Photo-Altore-Running.png13041916Patrick Guerinethttps://www.esprit-trail.com/wp-content/uploads/2025/02/ET-logo-vert-noir-300x87.pngPatrick Guerinet2025-02-07 05:00:002025-02-05 19:09:00Record du GR20 en autonomie totale : Sébastien Raichon raconte [INTERVIEW]