Vous n’avez pas été tiré au sort à la Hardrock Hundred 100 ? Aucune importance, pas besoin d’avoir son ticket pour Silverton pour partir à la découverte de l’univers extraordinaire qui vous attend là-bas. Non seulement il y a d’autres courses (pour les accros du dossard), mais il y a surtout des spots incroyables qui méritent d’être courus une fois dans sa vie. Car oui, le Colorado, c’est l’État outdoor par excellence ! Notre envoyée spéciale Cécile Bertin a défriché le terrain pour vous, et le légendaire Christophe Le Saux, alias le Jaguar, organisateur d’un magnifique trail par étapes dans le Colorado, vous révèle ses spots préférés.

Le Colorado, l’autre Mecque du trail

Si pas mal d’ultra-traileurs américains célèbres ont fait le choix d’y résider à l’année, ce n’est pas un hasard. Entre la « Présidente » Courtney Dauwalter qui vit à Leadville, et le « Messie » Anton Kupricka qui a fait ses études à Colorado Springs avant de s’installer à Boulder, la « Mecque US du trail », il y a des indices concordants…

Forcément, lorsqu’on est traileur, évoquer le Colorado, c’est tout de suite penser à la Hardrock 100 ou la Leadville 100, qui sont devenues en quelques années de véritables légendes de l’ultra-trail. Ce sont d’ailleurs ces épreuves, avec la voisine Western States Endurance Run, qui ont inspiré Gilles Bertrand pour créer en France le Festival des Templiers, il y a un peu plus de 30 ans. Seul souci, pour s’élancer de Silverton le nombre de places est si limité (170 seulement !) et le système de loterie tellement obscur que la Hardrock restera pour bon nombre de coureurs un rêve inaccessible tout au long de leur vie sportive.

Photo La Sportiva
Anton Krupicka, l’icône de Boulder, Colorado. Photo La Sportiva

La Leadville 100, l’autre ultra qui fait rêver

Bonne nouvelle cependant pour les amateurs de longues distances, il existe d’autres courses tout aussi légendaires dans l’État du Colorado, et qui sont, elles, beaucoup plus simples d’accès. À commencer par la Leadville 100, qui comme son nom l’indique se court dans la région de la petite ville de Leadville, devenue célèbre parce que c’est là que vit Courtney Dauwalter, surnommée la « Présidente ».

Avec un départ sur la rue principale sous une simple banderole, son format original en mode « aller-retour » et la victoire surprise cette année d’un certain David Roche, quasi inconnu du grand public qui a eu la bonne idée de battre le record de l’épreuve vieux de 19 ans – aurait-il inspiré Vincent Bouillard sur l’UTMB ? -, la Leadville 100 est une course vraiment parfaite pour découvrir l’esprit trail façon Colorado. Bien sûr, une loterie est aussi de mise pour l’inscription, elle est beaucoup plus accessible.

« C’est simple, je me suis inscrit deux fois au tirage au sort, j’ai été tiré au sort les deux fois ! », témoignage Yann Gobert, qui était au départ de l’édition 2024. Mais attention, comme pour la Hardrock 100, il faut avoir en tête que l’altitude est une vraie difficulté et qu’il faudra l’appréhender en l’incluant de façon très sérieuse dans sa prépa.

Autre difficulté, les barrières horaires… « C’est une course où tu cours tout le temps, tu n’as pas le choix, le côté “rando course” ne passe pas sur la Leadville100 », explique Yann Gobert, avant d’ajouter : « Attention aussi aux ravitaillements. Les crews (les assistances) étant non seulement acceptées mais faisant clairement partie de la tradition, les ravitaillements, déjà très à l’américaine (chips, coca, bonbons…) peuvent être parfois un peu plus légers que nécessaire, puisque de toute façon l’entourage sera là pour pallier les manques. »

Attention également à l’hébergement sur place ! Car qui dit petite ville américaine dit capacité hôtelière quasi nulle… Reste le camping, qui est à plusieurs kilomètres, et le logement chez l’habitant, la plupart d’entre eux profitant de l’occasion pour augmenter leurs tarifs.

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Sur les sentiers de la Leadville 100

Et puis il y a la Ouray 100 !

Autre course digne d’intérêt, la Ouray 100 que Dorian Cadart, grand voyageur et passionné de trail a testée l’été dernier. Ouray, comme Leadville, tout simplement parce que c’est le nom de la ville de départ, située à quelques kilomètres de Silverton et de sa Hardrock, et organisée la semaine suivante. Un calendrier que Dorian a adoré, puisqu’il a pu jouer les observateurs sur la Hardrock et assister au cavalier seul de Ludovic Pommeret avant de prendre le départ de sa propre course quelques jours plus tard. Et il n’a pas fait le voyage pour rien, parce qu’avec ses 160 km et ses 13 000m de D+, elle a la réputation d’être encore plus dure que sa voisine !

Ce n’est pas une boucle, mais plusieurs aller-retours sur différents chemins avec un total de 14 montées à gravir, pour une altitude moyenne de 3 000 m et un maximum de 4 100m. Avec des ravitaillements tous les 11 km, on peut partir léger, ce qui est loin d’être négligeable sur un ultra de cette distance. Autre attention qui vaut d’être soulignée, la cérémonie de clôture récompense comme toujours le podium, mais pas seulement ! D’autres titres, comme le plus méritant, sont aussi décernés.

Ainsi, cette année, c’est une femme ayant enfin terminé la course après 5 tentatives infructueuses qui s’est vue honorée par l’organisation et tous les participants. Avec plusieurs parties communes à la Hardrock, mais sans sa loterie démoniaque, 52 heures pour boucler la course et une ambiance comme les Américains savent la mettre, c’est une réelle belle option pour vivre l’aventure du Colorado en ultra format.

Et bien entendu, si la Leadville et la Ouray 100 sont en tête de gondole, le calendrier des courses de trail au Colorado est très fourni, et des sites comme runningintheusa.com ou findarace.com vous aideront à faire votre choix. Avec un regret tout de même, les TransRockies Run, autre épreuve très connue aux USA, avec ses courses par étapes de 3 ou 6 jours qui figure dans le top 3 des préférées de Yoann Stuck, s’arrête en 2025. Dommage, car l’organisation offrait une expérience totalement unique sur le célèbre Colorado Trail…

OURAY Climbing to Fort Peabody
Prenez de l’altitude avec la Ouray 100.

Du trail au tourisme, il n’y a… qu’une foulée !

S’il fait rêver pour ses courses sauvages dans des décors grandioses, le Colorado est surtout un État qu’il faut venir prendre le temps de vivre, été comme hiver, tant l’offre outdoor est dingue ! Et les Texans voisins ne vous diront pas le contraire, qui en ont fait leur « résidence d’été » favorite. Si vous aimez les fameuses « maisons sur roues », vous allez être gâté, on en voit des dizaines qui parcourent le territoire dans tous les sens pour profiter de son immense potentiel.

Arpenter le Colorado, c’est aussi l’occasion de plonger dans l’Histoire du pays. Un passage au cœur du Mesa Verde National Park ou du Chimney Rock vous fera découvrir que contrairement à nos idées reçues, non ! tous les Indiens de la grande époque du Far West ne vivaient pas sous des tepees en toile mais à l’abri de maisons troglodytes et étaient beaucoup plus sédentaires qu’on ne l’imagine. Plus récent, le fameux train à vapeur de Durango, qui servait à l’origine à acheminer les minerais d’argent et d’or extraits dans la région de Silverton, dans les San Juan Mountains, vers la ville de Durango, fait toujours résonner son sifflet dans les montagnes.

Outre Mesa Verde, le Colorado compte trois autres parcs nationaux : Rocky Mountain, le parc le plus célèbre de l’État, Great Sand Dunes pour les nostalgiques du Marathon des Sables et Black Canyon of the Gunnison. Louer une voiture pour partir à leur découverte est nécessaire, et bonne nouvelle, le carburant est toujours moins cher là-bas ! Bon à savoir, il ne faut pas hésiter à choisir une voiture type SUV ou 4×4 si l’on souhaite par exemple suivre la Hardrock ou même tout simplement aller explorer un peu l’État, la notion de route bitumée n’étant pas forcément évidente et les risques de se retrouver coincé bien réels. Mais finalement, le plus gros risque que l’on prend en allant au Colorado, c’est que l’on a très vite plus qu’une idée en tête : y revenir !

Mesa Verde National Park_Cliff House (Crédit Travel Shooters)
Le Mesa Verde National Park. Photo Travel Shooters

Colorado : le City Guide de Cécile Bertin

Silverton

Silverton, la ville de la Hardrock, est en réalité plus un village, avec une offre hôtelière très limitée et surtout très chère durant l’été. The Wyman offre des lits dans des dortoirs de luxe abordables en pleine saison touristique.

Telluride

Telluride n’est pas seulement une base de vie de la course, c’est surtout et avant tout une station de ski réputée qui l’été devient un spot de randonnées très couru. Bon plan : choisir un hôtel au Mountain Village, sur les hauteurs, comme The Peaks Resort pour profiter de la piscine avec vue et « descendre » en ville grâce aux remontées mécaniques totalement gratuites.

Durango

Durango, avec son panorama donnant sur la montagne de San Juan, est dans le pur style US. L’idéal est de choisir un hôtel sur la rivière Animas, comme le DoubleTree by Hilton. Vous serez juste à côté d’un supermarché, d’une station-service et à deux pas du centre-ville. À faire : une excursion en 4×4 avec Mild to Wild, histoire de comprendre les différences notoires entre le Colorado Trail et nos GR, qui offrent de nombreux refuges d’altitude. Ici, il n’y a rien. L’autonomie est donc de mise pour la randonnée itinérante en montagne, en prenant bien en compte les kilomètres nécessaires pour redescendre dans la vallée se ravitailler. Plus original, Mild to Wild propose aussi des excursions en rafting itinérant avec camping et chamallows grillés le soir au coin du feu. So yankee !

Cortez

Cortez, dont le nom vient du conquistador Hernan Cortez, est la ville située au pied de la majestueuse Mesa Verde. Très gros coup de cœur pour une maison d’hôtes exceptionnelle, les Anciens Echoes at Kelly Place, située au sein même du parc naturel à côté d’un site archéologique protégé. La petite balade au lever du soleil au sommet du canyon voisin est un incontournable.

Pagosa Springs

Pagosa Springs est une petite ville connue pour ses sources d’eaux chaudes qui sentent un peu bizarre mais qui sont parfaites pour la récupération après une longue randonnée à pied ou en VTT. Profitez du coucher du soleil avec une Margarita bien glacée avant d’aller déguster des tacos au Kip’s Grill and Cantina. Pour le logement, The Drift, un hôtel original sans réception où un code vous permet d’accéder à votre grande chambre familiale, est le spot parfait avec son barbecue immense et ses vélos en libre-service.

Alamosa

Alamosa est connu pour ses dunes de sable bloquées par la montagne, nées après que la mer s’est retirée. Visiter The Great Sand Dunes Oasis est une activité à ne pas manquer, sans oublier la cascade Zapata à quelques kilomètres de l’entrée. L’hiver, ils organisent un trail blanc sur le Rio Grande gelé et la cascade se transforme en spot à escalade façon esquimau glacé. Mais Alamosa, c’est surtout la ville du cross-country avec un club connu dans tous les États-Unis, où l’on vient du monde entier s’entraîner, et son Campus Café réputé pour ses petits-déjeuners dignes d’un brunch à un prix ultra raisonnable. Bon à savoir, c’est le lieu de ralliement de tous les coureurs pro ou amateurs de la ville après leur entraînement du matin.

Colorado Springs

Colorado Springs n’est pas seulement la ville où Anton Krupicka a fait ses études, c’est aussi un spot idéal pour des activités outdoor en tous genres ! Située à proximité du fameux Pikes Peak culminant à 4 301 mètres d’altitude, vous y trouverez des tonnes de randonnées à faire avec des départs juste en périphérie de la ville. On vous conseillera de partir randonner à vélo ou à pied au Garden Of The Gods Park (ils y organisent un 10 miles en juin d’ailleurs !), et d’en profiter pour vous initier à l’escalade. L’accès au parc est gratuit et il ne faut absolument pas rater le petit film de présentation, très réussi. Si vous êtes en jambes, osez affronter le fameux Manitou Incline et son dénivelé supérieur à 40%, véritable KV local !

Au passage, faites un crochet par le musée de l’Olympisme et les nombreuses activités qu’il propose, car la ville accueille plein d’équipes pour leur préparation en vue des Jeux. Terminez votre séjour par l’inévitable tyrolienne de Adventure Out West, aussi fun pour les petits que les grands enfants que nous sommes tous.

Denver

Denver, capitale de l’État, abrite entre autres le siège social d’Altra Running, et présente surtout l’intérêt d’être accessible en vol direct avec Air France. Ville industrielle à la base, elle est en train de réaliser sa mue avec, comme souvent aux USA, la part belle à de nouveaux quartiers où le street art a libre cours. L’offre de logements est riche, à vous de jouer.

Boulder

Boulder est devenue en quelques années la Mecque du trail, et le fait qu’Anton Krupicka, Scott Jurek ou Joe Grant – pour n’en citer que 3 – s’y soient établis a fait de cette petite ville un lieu de visite incontournable. L’offre hôtelière y est très importante, avec toutes les grandes chaînes américaines, mais si vous avez des envies d’ambiance old USA, le « Foot of the Mountain Motel » est fait pour vous. Un peu à l’écart de la ville, cet établissement rénové offre tout ce qu’on aime : un style rétro à souhait, du bois et la nature juste à côté.

Pour les ravitaillements, on fonce découvrir les adresses préférées d’Anton en espérant le croiser : le Trident Cafe, qui fait aussi librairie, et la Spruce Confections Bakery pour sa terrasse et ses pâtisseries. Une envie de pizza et peut-être d’avoir comme voisin de table Scott Jurek ? C’est chez Alberico qu’il faut foncer ! Pour un burger, pas le choix, c’est chez The Sink. Même Obama a fait un crochet pour y dîner alors qu’il était président et invité à l’université !

Pour aller plus loin : le site de l’office du tourisme colorado.com, indispensable pour préparer son séjour là-bas.

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Boulder, au pied des montagnes.

Le Colorado de Christophe Le Saux

Globe-trotteur invétéré, organisateur de nombreux voyages de trail-évasion partout dans le monde, l’ultra-runner Christophe Le Saux, alias le Jaguar, a le Colorado parmi ses destinations de cœur, où il entraîne chaque année des petits groupes à la découverte de son Colorado Trail, un périple de 210 km et 10000m D+ en 8 étapes. Il nous dévoile ses 5 spots préférés.

PORTRAIT CHRISTOPHE LE SAUX Pikes Peak
L’infatigable Jaguar au sommet du Pikes Peak.

Spot Colorado N°1 : Rocky Mountain National Park

Pourquoi : C’est l’un des plus célèbres parcs pour la rando et le trail running. Il offre plus de 570 kilomètres de sentiers, allant de parcours relativement faciles à des montées plus ardues vers des sommets élevés. Les paysages sont spectaculaires, avec des forêts alpines, des prairies et des lacs glaciaires. Pour les coureurs à la recherche de défis, il est possible d’explorer des sommets comme le Longs Peak.

Sentier recommandé : C’est le Chasm Lake Trail. Il est technique et il offre une vue imprenable sur le Longs Peak.

Spot Colorado N°2 : Great Sand Dunes National Park

Pourquoi : Courir sur les plus hautes dunes d’Amérique du Nord est une expérience unique. Le terrain sablonneux apporte un défi supplémentaire aux coureurs, testant l’endurance et l’agilité. Le cadre désertique et les vues panoramiques sur les dunes et les montagnes Sangre de Cristo en arrière-plan sont époustouflants.

Sentier recommandé :
On peut créer son propre itinéraire dans les dunes ou suivre des sentiers comme celui menant au High Dune, offrant un défi physique dans un cadre spectaculaire.

Great Sand Dunes NP (Crédit Travel Shooters)
Great Sand Dunes National Park. Photo Travel Shooters

Spot Colorado N°3 : Black Canyon of the Gunnison National Park

Pourquoi : Ce parc est connu pour ses falaises abruptes et ses vues incroyables sur le canyon. Les sentiers sont souvent escarpés et techniques, parfaits pour les coureurs à la recherche d’un défi intense dans un cadre moins fréquenté que certains autres parcs.

Sentier recommandé :
Le Rim Rock Trail, qui suit le bord du canyon. Les vues sont imprenables tout au long du parcours.

Spot Colorado N°4 : Mesa Verde National Park

Pourquoi : Ce parc offre une expérience unique pour les passionnés de nature et d’histoire. En plus de magnifiques paysages désertiques, les coureurs peuvent explorer des sentiers qui mènent à d’anciennes habitations amérindiennes creusées dans les falaises. Bien que les sentiers soient généralement plus courts, ils sont techniques et offrent une immersion dans une histoire fascinante.

Sentier recommandé :
Le Petroglyph Point Trail est un excellent choix, mêlant découvertes archéologiques et vues panoramiques sur les canyons.

Spot Colorado N°5 : Colorado National Monument

Pourquoi : Situé près de Grand Junction, ce parc offre des falaises rouges spectaculaires, des canyons profonds et des formations rocheuses étonnantes. Les sentiers sont une succession de montées raides et des descentes rapides, le tout dans un décor digne des grands parcs de l’Utah voisin.

Sentier recommandé :
Le Serpents Trail, qui grimpe sur le flanc d’un canyon, est idéal pour les coureurs cherchant un terrain exigeant avec des vues à couper le souffle.

PHOTO Clément Cangiano
Photo Clément Cangiano
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450 km, 32000m de D+, le Tor des Glaciers est un monstre effrayant, que seule une volonté de fer permet de terminer. En septembre 2023, Perrine Fages, athlète d’ultra-endurance, s’est lancée dans ce défi. Le bonheur, la chute, la souffrance, la lutte contre les barrières horaires, le film CONTRE LA MONTRE réalisé par Valentin Orange, récompensé au festival Le Trail Fait Son Cinéma en mars 2024, est le magnifique récit plein de rebondissements de 7 jours au cœur du Val d’Aoste pour une aventure hors normes. Il est enfin disponible sur YouTube. A voir absolument !

Voir le film ICI

Perrine Fages, une guerrière de l’ultra-distance

Elle n’a peur de rien, ou presque. Perrine Fages est de la race des guerrières, qui s’accomplissent dans la réalisation d’aventures hors normes. Polyvalente, tout ce qui commence par « ultra » l’attire : Ironman, Bickingman, ultra-trails… Un exemple de la démesure de son talent et sa volonté ? En 2018, elle tente de battre le record féminin de l’Enduroman Arch-2-Arc, le triathlon le plus dur du monde, qui consiste à relier la Marble Arch de Londres à l’Arc de Triomphe de Paris sur un parcours comprenant 140 kilomètres de course à pied, la traversée des 35 km de la Manche à la nage (distance qui peut faire le double en fonction des courants) et 291 kilomètres de vélo pour finir. Hélas, elle échoue, sortie de l’eau par l’organisation à seulement quelques kilomètres du rivage. Mais 2 mois plus tard, en août, elle remet ça, et s’empare du record en 67 heures et 21 minutes. Si, depuis, sa performance a été améliorée, cela illustre le caractère de cette sportive exceptionnelle, avocate de métier.

CONTRE LA MONTRE PERRINE FAGES 2
Source CONTRE LA MONTRE

Perrine Fages et l’ultra-trail

Si Perrine Fages ne joue pas les premiers rôles et ne vise pas les podiums, on trouve dans son palmarès de finisheuse quelques-unes des plus belles courses du monde. Ainsi, une TDS, une Diagonale des Fous et un Oman by UTMB de 170 km enchaînés en 3 mois en 2019, une SwissPeaks 360 en 2020, au sortir du confinement, un enchaînement UTMB – Tor des Géants en 2021, ou encore un Marathon des Sables en 2022. Son dernier grand défi bouclé : l’Eiger Ultra-Trail, ses 254km et 15000m D+ en juillet dernier.

Sur ces courses, elle confie : « J’ai participé à de nombreux ultra-trails : l’UTMB, la PTL, le Tor des Géants, le Marathon des Sables… mais mon préféré demeure la SwissPeaks 360. Mon premier 200 miles. Une traversée grandiose, au coeur des « 4000 » des Alpes, dans le Valais Suisse. J’y ai participé pour la première fois en septembre 2020, au sortir du confinement. Pour me préparer, j’avais effectué le GR 20, en Corse, et beaucoup de volume en endurance à vélo. […] Tout au long de l’épreuve, j’ai éprouvé ‘puissance 1000’ la solidarité qui existe entre les traileurs. On a secouru une coureuse japonaise accrochée à une falaise, en panique. On a franchi des cols enneigés très engagés. J’ai partagé des bouts de route avec des gens fabuleux. On s’est aidé à repousser nos limites. On a traversé tout le Valais par les crêtes. C’est extraordinairement beau. Si beau, qu’à l’issue de l’ultime ascension, lorsque j’avais vu en contrebas le lac où se situait l’arrivée, j’avais imploré pour qu’il reste encore une ou deux petites arêtes. Je n’avais pas envie de redescendre. J’étais si bien là-haut, avec les personnes que j’avais rencontrées, qui étaient devenues mes compagnons de cordée. »

Pour aller plus loin, à écouter, le podcast du blog nöliö Perrine Fages, secrets d’endurance, un échange entre Eric Lacroix et Perrine Fages sur la force mentale entre échecs et réussites.
Ecoutez ICI

Voir CONTRE LA MONTRE

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Participer à un trail dans le désert, franchir des dunes, longer des canyons de roches ocres et récupérer le temps d’un bivouac en pleine nature est une expérience intense et riche en émotions, que tout coureur se doit de vivre une fois dans sa vie. Ça tombe bien, les épreuves par étapes en milieu désertique se multiplient, toutes plus attrayantes les unes que les autres. Notre sélection pour 2025. À vous de choisir votre bac à sable.

Oman Desert Marathon

Oman Desert marathon
Oman Desert Marathon. Photo Organisation

Foulez le désert d’Oman, ses sables plus reculés et intacts en 165 km en 5 étapes de l’Oasis d’Alwasil jusqu’à Bediyah, avec une longue étape de 42 km. Egalement 100, 42, 21 km et 10 km à l’affiche.

Prochaine édition du 18 au 22 janvier 2025

A lire : courir dans le sable mode d’emploi

MDS – 5 destinations

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MDS Cappadocia. Photo Organisation

Anciennement nommé Half MDS, les MDS sont des épreuves d’une semaine sous forme de 4 jours d’aventure au milieu du désert en autonomie alimentaire totale (hors eau) durant la course. Les parcours sont divisés en 3 étapes et avec 3 distances au choix en fonction des destinations (70, 100 ou 120km) à réaliser en courant et en marchant.

Prochaines épreuves :
Maroc / Atlantic Coast du 25 janvier au 1er février 2025 (1ère édition)
Turquie (Cappadoce) du 21 au 28 juin 2025
Namibie du 26 avril au 3 mai 2025 (1ère édition)
Jordanie du 9 au 16 mai 2025
Pérou du 29 novembre au 6 décembre 2025

A lire : Courir dans le désert, les 6 conseils de Cécile Bertin, « reine des sables »

Trans Sahara Marathon – Maroc

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Trans Sahara Marathon / Photo Organisation

Un ultra marathon d’environ 150km en 4 étapes dans le désert du Sahara organisé par Mohamad Ahansal, légendaire coureur du désert connu pour ses 5 victoires au Marathon des Sables.

Prochaine édition du 14 au 22 février 2025

Jordan Running Adventure Race

Jordan Running Adventure Race
Jordan Running Adventure Race. Photo Organisation

Une aventure inoubliable au cœur du désert du Wadi Rum, avec une course, des visites et des hébergements de qualité. 100 km ou 60 km en 3 étapes en semi-autonomie ou bien 185 km non-stop avec un départ de Petit Petra, un passage dans le site antique de Petra, puis un final dans l’exceptionnel désert jordanien.

Prochaine édition du 15 au 22 février 2025

Treg Ennedi Trail

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TREG Tchad. Photo Organisation

3 courses non-stop (180, 90 et 54 km) dans le désert de l’Ennedi du Tchad en autosuffisance et auto-navigation par GPS. Cette région méconnue et très préservée est tout simplement grandiose. Programme pour les marcheurs et les accompagnants.

Prochaine édition du 15 au 25 février 2025

Tizi N’Trail – Maroc

Tizi N'Trail : Photo Organisation : DR
Tizi N’Trail / Photo Organisation

Une épreuve qui permet tous les ans de découvrir différentes facettes du Maroc. L’an prochain, cette nouvelle édition se déroulera dans la région de l’erg Chegaga, l’une des 2 plus grands zones de dunes du Maroc, au sud de Zagora. 3 étapes au programme.

Prochaine édition du 10 au 16 mars 2025

Marathon des Sables – Legendary – Maroc

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Marathon des Sables – The Legendary. Photo Organisation

C’est la course désertique la plus connue du monde, imaginée par Patrick Bauer après avoir parcouru le Sahara en solitaire et en autonomie totale en 1984. Si Patrick a tiré sa révérence en 2024, l’aventure continue, avec environ 250km en 6 étapes, mais surtout 7 jours en autosuffisance alimentaire totale.

Prochaine édition du 4 au 14 avril 2025

Namib Race – Namibie

Namib Race : Photo Organisation
Namib Race / Photo Organisation

C’est dans le plus vieux désert et les plus grandes dunes du monde que se déroule cette course par étapes de 7 jours et environ 250 km. Vastes plaines rouges, affleurements montagneux, immenses étendues de dunes de sable, paysages lunaires et vagues de l’océan Atlantique se brisant contre le rivage sablonneux, le parcours offre un dépaysement total.

Prochaine édition fin avril 2025

Atacama Crossing – Chili

Atacama Crossing - Photo Organisation : DR
Atacama Crossing. Photo Organisation /DR

Course de 250 km qui se déroule dans le désert d’Atacama, considéré comme le désert le plus sec du monde (là où il ne pleut jamais). 6 étapes au programme : pratiquement 4 marathons en 4 jours, puis une « étape longue » de 74 km, un jour de repos et une dernière étape de 11 km.

Prochaine édition du 30 avril au 5 juin 2025

Gobi March – Mongolie

Gobi March Photo Organisation : Thiago Diz
Gobi March / Photo Organisation – Thiago Diz

Le Gоbі Mаrch еst unе cоursе par étapes de 6 jоurs, pоur unе dіstаncе d’environ 250 kіlоmètrеs. Particularité : les tеmpérаturеs sоnt d’еnvіrоn 10°C sur lа prеmіèrе pаrtіе dе l’éprеuvе, pоur pаssеr еnsuіtе à dеs vаlеurs cоmprіsеs еntrе 35 еt 45°C.

Prochaine édition du 22 au 28 juin 2025

Treg Algeria Trail – Algérie

TREG ALGERIA - Photo Linka Production – V. Kronental – Le Treg
TREG Algeria – Photo Linka Production – V. Kronental – Le Treg

C’est dans une très belle oasis du Sahara en bordure du Grand Erg Occidental, dans une zone dunaire très étendue, que se déroule le Treg Algeria Trail, une aventure d’ultra-trail par étapes en autosuffisance sur 3 formats possibles : 50, 106 et 182 km.

Prochaine édition du 29 novembre au 6 décembre 2025

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Du 9 au 17 novembre prochains, environ 150 concurrents vont s’élancer pour la 7ème édition du Grand Trail de la Vallée du Drâa, le GTVD, au cœur du grand désert et d’une des plus belles palmeraies du Maroc. Une course sur un parcours de 180 km divisé en 5 étapes en semi-autonomie qui a séduit le créateur du Marathon des Sables, au point qu’il en est devenu le parrain. Présentation.

Voir le film de l’édition 2023 ICI

Grand Trail de la Vallée du Drâa : retour aux sources pour Patrick Bauer

Si, depuis qu’il a cédé son Marathon des Sables à Cyril Gauthier, nouveau patron de la galaxie MDS (entre le MDS devenu Marathon des Sables – The Legendary et les Half-MDS organisés dans différents pays et rebaptisés MDS suivi du nom du pays, pas moins de 10 épreuves sont prévues en 2025 !) Patrick Bauer n’a contractuellement plus le droit d’organiser une course au Maroc, rien ne l’empêche de la parrainer, voire d’en courir une partie, bénévolement bien sûr. Et, en grand sentimental qu’il est, l’homme qui a porté à bout de bras 37 éditions de « sa » course, participant à la rendre légendaire, n’a pas pu résister au plaisir de parrainer ce Grand Trail de la Vallée du Drâa, synonyme de retour aux sources puisque c’est par une boucle autour de Zagora, « capitale » de la vallée, qu’a débuté l’aventure MDS.

Mais ce parrainage est aussi celui de l’amitié. Avec un homme d’abord, Lhoucine Akhdar, créateur de l’épreuve et directeur de course né à Zagora, mais également ultra-traileur émérite, 17 fois finisher de la course de Patrick Bauer, dont une 3ème place en 2005. Avec une famille ensuite, celle de Lhoucine, Samir et Ismael, les 3 frères qui ont souvent couru le MDS aux couleurs de la fondation Solidarité Marathon des Sables pour les enfants créée par Patrick Bauer, et à qui il devait ce juste retour des choses. Et avec un peuple enfin, le peuple marocain, pour lequel Patrick Bauer est très investi à travers sa fondation qui organise des actions en faveur de l’enfance et des populations défavorisées dans les domaines de la santé, de l’éducation et du développement durable au Maroc, notamment avec le centre qu’il a créé à Ouarzazate.

Patrick Bauer
Patrick Bauer. Photo DR

Le Drâa, le plus long fleuve du Maroc

Prenant sa source dans le Haut Atlas, puis serpentant durant 1200 kilomètres à travers les montagnes de l’Anti-Atlas, irriguant une des grandes palmeraies du Maroc, puis traversant le désert avant de se jeter dans l’océan Atlantique à Foum-Drâa, le Drâa, formé par la réunion de plusieurs rivières, est le fleuve le plus long du pays. Aujourd’hui, il est la plupart du temps à sec et ne rejoint l’Atlantique que lors de crues exceptionnelles. Mais l’eau ne manque pas dans la vallée du Drâa, longue d’environ 250 kilomètres, qui offre des paysages étonnants, entre dunes dorées, montagnes noires, oasis, palmiers dattiers, champs cultivés, arbres fruitiers et cultures maraichères. 

La vallée du Drâa est aussi connue pour ses superbes kasbahs et ksours en terre ocre. Ces constructions typiques de la région dominent la vallée. Pendant plusieurs siècles, la vallée du Drâa a constitué un carrefour pour les caravanes qui commerçaient entre l’Afrique saharienne et subsaharienne (Tombouctou au Mali, Niger, Sénégal…) vers le Maghreb et l’Europe. Le mythique panneau : Tombouctou 52 jours au centre de Zagora en témoigne.

C’est justement dans la province de Zagora, petite ville d’environ 50 000 habitants située à 700 m d’altitude sur le versant sud de l’Anti-Atlas, blottie au bord de l’oued Drâa, au cœur de l’une des plus belles palmeraies du Maroc, que se déroule le Grand Trail de la Vallée du Drâa.

GTVD. Photo Organisation
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Grand Trail de la Vallée du Drâa : une course qui marque les esprits

Proposé dans le plus pur esprit trail et nature, le GTDV est une course à pied par étapes en semi autonomie à allure libre dans laquelle tout le monde peut trouver sa place, souligne Lhoucine Akhdar, l’organisateur. Bien sûr, l’aspect compétition peut en motiver certains, et de belles têtes d’affiche sont présentes chaque année, mais le côté découverte et l’aspect convivial de l’épreuve, qui regroupe moins de 200 concurrents, lui confère également un caractère unique.

L’épreuve, qui se déroule sur une semaine complète, est découpée en 5 étapes de 13 à 60 km environ, pour un total de 180 km environ. Le parcours emprunte principalement des sentiers et des chemins dans le désert ou dans la palmeraie et traverse des lieux représentatifs de la vallée du Drâa, tels que les kasbahs et les ksours en terre ocre, les palmeraies, les plateaux caillouteux, les oueds asséchés, les montagnes de l’Anti-Atlas et les grandes dunes de sable. Le parcours exact n’est dévoilé qu’au moment de la remise des dossards. Le bivouac (tentes de 3 à 4 personnes), les petits déjeuners et les dîners sont fournis par l’organisation, ainsi que l’eau et un ravitaillement solide à la fin de chaque étape. Seule la réserve alimentaire pour chaque étape est à la charge du participant.

Retrouvez toutes les informations sur la course et le règlement complet ICI

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« Petite Balade Alpine » est le nom du groupe de WhatsApp que Kilian Jornet avait créé avec les amis qui l’ont aidé au cours d’Alpine Connections, son voyage dans les Alpes, où il a relié en 19 jours les 82 sommets de plus de 4000 mètres d’altitude. Si Esprit Trail a pu vous faire vivre au jour le jour l’incroyable performance du Patron, de nombreux points de cette aventure n’ont pas été abordés, faute d’information. En publiant son carnet de route complet, Kilian Jornet en a révélé certains. Voici la compilation de tout ce que vous ne saviez pas encore – ou partiellement seulement – sur Alpine Conections.

Alpine Conections : qui composait l’équipe de Kilian Jornet

Même s’il a fait le voyage de façon autonome, Kilian Jornet a reçu de l’assistance. Aina, qui l’a accompagné dans de nombreux projets, de l’Himalaya aux Pyrénées, dirigeait l’équipe, s’assurant de lui fournir des aliments et un endroit où dormir, et gérant l’équipe de tournage. Nuria, sa mère, était également là. La première semaine, elle est restée avec Emelie et les filles de Kilian dans le Valais, puis elle a suivi Aina. David Ariño, Joel Badia et Nick Danielson s’occupaient de filmer la traversée. Finalement, Noa Barrau, un ami de Mathéo Jacquemoud, a rejoint Kilian Jornet pour les dernières étapes et filmer aussi dans les montagnes.

Pendant les 10 premiers jours, Jesús Alvarez-Herms et Sergi Cinca ont pris des mesures physiologiques et cognitives quand Kilian descendait entre les montagnes pour étudier les effets de ces événements extrêmes. Ensuite, des personnes telles que Anouchka, Sofia, Joan, Andreu, sont venues aider Kilian Jornet certains jours. Il a également appelé quelques amis pour voir s’ils voulaient se joindre à lui et partager une partie du voyage, comme Michel Lanne ou Benjamin Védrines pour l’ultime étape dans les Écrins.

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Photo Alpine Connections

Alpine Conections : quelques données physiologiques sur Kilian Jornet

Physiquement, Kilian Jornet considère avoir très bien géré cette traversée. Son poids est resté stable tout le temps. Alors que lors de son aventure de 8 jours dans les Pyrénées son poids avait diminué et sa dégradation avait été constante, dans les Alpes il n’a perdu que quelques kilos sur une longue étape mais il les a récupérés rapidement sur les étapes plus faciles. Ainsi, lors de Sierre-Zinal Kilian Jornet pesait 54 kg, et après la dernière étape aux Écrins il pesait 54 kg.

En dehors des considérations de poids, et même si il reconnaît avoir perdu de la puissance et de la vitesse, Kilian Jornet précise qu’il a pu maintenir un rythme de descente constant. Les 2 derniers jours au Grand Paradis et aux Écrins lui ont même démontré qu’il n’avait pas beaucoup perdu au niveau métabolique. Quant aux douleurs et autres, les mains étaient selon lui plutôt OK.

Il considère ce résultat comme étant sans doute dû à son très bon état de santé/forme au début du projet et à sa stratégie alimentaire pendant la traversée, basée sur le suivi des rythmes circadiens, mangeant peu de fois dans la journée mais en grande quantité et, en bas entre les montagnes, prenant des aliments faciles à absorber (anti-inflammatoires, gestion de l’acidité, augmentation des protéines, des graisses…) et s’hydratant bien, car en haute montagne il ne pouvait pas boire beaucoup (environ 1 litre par jour quand il grimpait).

Kilian Jornet considère que Jesús Alvarez-Herms et Sergi Cinca ont été d’une grande aide car ils lui ont donné des conseils sur les nutriments (macro et micro) nécessaires pour récupérer au jour le jour, et pour absorber la quantité de nutriments et d’énergie dont il avait besoin. Or la gestion de l’alimentation, non seulement les calories ingérées/dépensées, mais aussi les nutriments nécessaires pour absorber ces calories et restituer les fonctions systémiques, est essentielle pendant ces projets à long terme. Après l’analyse de toutes les données collectées pendant le projet, l’équipe de suivi de Kilian Jornet pourra certainement tirer des conclusions plus claires sur les processus internes qui se produisent pendant ce type d’efforts.

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Alpine Conections : blessures, douleurs et regain d’énergie

Kilian Jornet a effectué les ascensions le plus souvent avec des gants et cela a épargné la plupart de sa peau. Il précise que les 4 paires de gants utilisées pendant la traversée étaient toutes complètement usées à la fin, avec des trous dans tous les doigts.Ses pieds étaient ok, même si des durillons se sont formés sur la voûte plantaire ou au niveau des crampons.

Une de ses côtes et son ligament extenseur gauche étaient douloureux, mais à cause d’accidents. Kilian Jornet a d’ailleurs constaté que sa côte a été assez douloureuse pendant les 2-3 jours, surtout lors de certains mouvements d’opposition en grimpant, mais qu’ensuite la douleur s’est complètement estompée jusqu’à la fin. Mais dès son retour chez lui, en Norvège, la douleur est revenue avec une haute intensité pendant 2 semaines. Kilian Jornet explique que cela est sans doute dû à la gestion/élimination du signal neuronal pendant une période où sa routine impliquait de nombreuses heures et mouvements où la côte était mobilisée.

Passionné par les informations scientifiques et les observations sur le fonctionnement du corps humain, Kilian Jornet souligne que cette aventure a été un apprentissage intéressant sur la façon dont, dans différentes situations, l’homme peut s’adapter au niveau hormonal et neuronal pour gérer différentes situations, à la fois à court terme (par exemple, lors d’une chute, d’une avalanche ou d’un éboulement, les niveaux d’adrénaline procurent un regain d’énergie), à moyen terme (par exemple, en cas d’indisponibilité d’apport énergétique dans une situation de risque, le corps humain est capable de continuer à différentes intensités pendant un jour ou deux jusqu’à atteindre une situation de sécurité) ou à long terme (comment le signal neuronal de la douleur d’un os fracturé est éliminé pendant plusieurs semaines dans une situation où l’os est mobilisé en permanence, jusqu’à ce que la situation s’achève).

Kilian Jornet ajoute qu’il est également très intéressant de voir comment la réponse hormonale à des situations dangereuses peut entraîner un regain d’énergie en intensité et en durée. La libération d’hormones telles que l’adrénaline, le cortisol, etc., dans des situations où il devait continuer sans manger, aller plus vite qu’au cours des minutes/heures précédentes ou faire un mouvement qui exigeait plus de force que celle qu’il croyait avoir, était très perceptible.

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Alpine Conections : un effort émotionnel intense

Pour Kilian Jornet, le plus difficile dans une traversée de ce genre a été de rester vigilant et concentré pendant si longtemps, sachant que les conditions étaient parfois difficiles. Si le coût physique est élevé (ce que les données collectées pourront permettre de mesurer dans un second temps), c’est la fatigue émotionnelle et cognitive qui est, à son sens, plus importante.

Comparant les efforts déployés dans le projet Alpine Connections par rapport à d’autres projets entrepris, Kilian Jornet estime que la plus grande différence a été la continuité de la concentration. Lors du projet des Pyrénées de 2023, le Patron avait terminé beaucoup plus fatigué physiquement, mais, explique-t-il, sans doute à cause d’une mauvaise approche en matière de ravitaillement et de « repos ». En revanche, il souligne que le fardeau mental était moindre car le seul danger était sa possible erreur technique.

Autre exemple de comparaison : dans une expédition dans l’Himalaya, où l’on tente une voie difficile, le niveau de stress mental est élevé, mais souvent concentré sur les quelques jours ou heures de poussée, car il y a beaucoup de repos entre les poussées. Dans la traversée Alpine Connections, comme l’itinéraire consistait principalement à rester jour et nuit sur les crêtes pour relier les sommets, Kilian Jornet a dû rester attentif aux dangers la plupart du temps, qu’ils soient internes (erreur technique, fatigue neuromusculaire…) ou externes (crevasses, séracs, chutes de pierres, effondrements de rochers…). Un effort de concentration d’une durée qu’il n’avait jamais connu auparavant !

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Photo Alpine Connections

Alpine Conections : quelles chaussures a utilisé Kilian Jornet ?

Créateur de NNormal en collaboration avec l’équipementier espagnol Camper, Kilian Jornet a bien entendu utilisé du matériel de trail – chaussures et textile – de sa propre marque. Concernant les chaussures, durant les 19 jours de son périple, il a utilisé de 3 paires de chaussures du modèle Tomir 2. Il précise avoir utilisé des Tomir 2 imperméables à partir du premier jour, pour faire face aux conditions climatiques humides. Il a également utilisé une paire de Tomir 2 non imperméables sur le Nadelgrat, une des plus belles arêtes du Valais, pour que les imperméables puissent sécher. Au refuge de Turin, sur le versant italien du massif du Mont-Blanc, il a changé pour une autre paire de Tomir 2 non imperméables qu’il a utilisées pour les 4 derniers jours.

Kilian Jornet reconnaît que ses Tomir 2 imperméables étaient pratiquement hors d’usage, avec une semelle plate et quelques coupures dans la tige dues aux crampons et aux rochers. « Ce sont des chaussures souples qui sont bonnes pour courir, marcher et grimper en technique d’adhérence mais qui requièrent une bonne cheville et une technique de « 10 pointes » lors de l’escalade sur glace avec des crampons, ainsi qu’une technique différente lors de l’escalade sur rocher par rapport aux chaussures de montagne », précise le Patron.

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Alpine Conections : quels vêtements ont équipé Kilian Jornet ?

Tout comme pour les chaussures, c’est chez NNormal que Kilian Jornet a logiquement pris son équipement. De bas en haut, il a utilisé des chaussettes NNormal Race Socks et des chaussettes imperméables selon les étapes, et une paire de collants Men’s Active Tight ou un pantalon de sport selon les jours. Il avait aussi un pantalon imperméable au cas où. Pour le haut, il portait un tee-shirt en mérinos, avec selon la météo et la période de la journée ou nuit une seconde couche intermédiaire, un coupe-vent, une veste de pluie et une doudoune, le tout griffé NNormal.

Pour la tête, un buff et un bonnet. Il a également utilisé pendant le voyage 4 paires de gants d’escalade – type faux cuir –, la plupart du temps pour protéger ses mains de l’abrasion des rochers plus que pour se protéger du froid. Il avait aussi une paire de guêtres qu’il a utilisées lors de l’étape 3, une longue étape de 99 kilomètres avec 7890 mètres de dénivelé dans l’Oberland.

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Alpine Conections : quelle protection et quels accessoires ?

Pour la protection solaire, Kilian Jornet a utilisé des lunettes de soleil (il avait 2 paires de lunettes de catégorie 4) et de la crème solaire pour les lèvres et le visage. Pour sa protection et sa progression, le Patron avait un casque, un harnais léger, une broche à glace, 2 piolets (il n’en utilisait qu’un seul à la fois, précise-t-il, mais selon les étapes il prenait un en carbone pour glace et roche ou un Ghost Tech de Grivel). Il avait également une paire de bâtons de trail.

Concernant les crampons, pour bien s’adapter aux chaussures, il a utilisé une base Petzl Lynx avec une fixation avant Grivel Soft, une fixation arrière Edelrid Soft et une cordelette Petzl. Pour certaines étapes, Kilian Jornet a utilisé des « chaînes à picots » à la place des crampons (sur les étapes de Piz Bernina et Grand Paradis), 1 mousqueton de sécurité, 1 cordelette et 1 mousqueton, des cordelettes, des cordes (il avait une Pure Dynema 5 mm de 40 mètres et une Beal Rad Line de 60 mètres de 5 mm selon les étapes), 1 broche à glace (Blue Ice 10 cm) et un mousqueton Avalakov, 2 cames (BD 0,4 et 1).

Pour les parcours de nuit, Kilian Jornet a utilisé une lampe frontale Moonlight 2000, avec toujours une batterie de rechange sur lui. Niveau suivi et communication, il avait un téléphone contenant les cartes, une montre Coros Vertix, un appareil de suivi, une GoPro, une Powerbank avec un câble, et de l’argent liquide pour les cabanes. Pour la nourriture et l’hydratation, il progressait avec 2 bidons souples et emportait de la nourriture pour chacune des étapes. Pour tout transporter, Kilian Jornet a utilisé un prototype de sac à dos de 25 à 30 litres.
Enfin, pour les transitions en vélo, Kilian Jornet a utilisé un vélo de route (Wilier Vertical), des chaussures, un casque, des vêtements de vélo et un compteur vélo Coros Dura.

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Alpine Conections : Kilian Jornet et la question de « l’alpinisme »

Cette aventure est-elle de l’alpinisme ? C’est une question récurrente, à laquelle Kilian Jornet donne une réponse singulière : « Il y a longtemps, lors de ma première expérience dans l’Himalaya, à l’intérieur du gîte, buvant du thé pendant que la neige recouvrait de plus en plus les montagnes que nous voulions escalader, j’écoutais avec attention mes compagnons, tous deux avec une grande expérience de l’alpinisme technique et de la haute altitude. Je me souviens que Coro disait que « l’alpinisme » était ce jour où tu rentres chez toi et tu ne peux pas décrire ce que tu as fait. « J’ai vraiment escaladé ? Oui, mais ce n’est pas ce qui a rendu ça spécial… J’ai dormi dehors dans la neige ? Oui, mais ce n’est pas ça… J’ai marché sur des terrains exposés en m’épuisant physiquement ? Oui, mais n’est-ce pas ça non plus… »

Peut-être, seulement peut-être, l’alpinisme consiste à utiliser les outils et les connaissances acquises au fil des années pour résoudre les problèmes que la montagne nous présente sous différentes formes. Dans ce projet (Alpine Connections, NDLR), les chiffres ne représentent rien. La voie la plus technique de la traversée était un 5c, mais là c’était du bon rocher, une voie courante où la navigation n’entrait pas dans l’équation. De nombreuses voies plus faciles semblent beaucoup plus techniques, une cotation IV dans le sable ou sous une tempête de neige peut facilement devenir bien plus compliquée. Pendant cette traversée, je n’ai fait aucune nouvelle voie, je n’ai pas fait d’escalade difficile, mais à la fin, c’est compliqué de décrire ce que c’était. Après tout, la beauté réside dans le fait de ressentir ce que c’est sans la capacité de le décrire car il n’y a pas de mesures et d’étiquettes pouvant expliquer les émotions les plus profondes. »

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Alpine Conections : quelques données supplémentaires, et purement aléatoires

– La plupart du temps en montagne, le sac de Kilian Jornet pesait entre 4 et 7 kg.
– Kilian Jornet a gravi 34 sommets accompagné et 48 seul.
– Son sommeil le plus court a duré 15 minutes, et le plus long 7 heures.
– Mathéo Jacquemoud est celui qui a le plus suivi Kilian Jornet, réalisant lui-même 30 sommets.
– La nourriture la plus courante pour Kilian Jornet dans les montagnes a été des sandwichs avec de l’avocat, de l’huile et du fromage frais ou avec une « crème de cacao » maison avec des fèves, du cacao, des noix et de l’huile de coco.
– Kilian Jornet a dépensé en moyenne 8300 cal/jour (analyse précise effectuée durant les 7 premiers jours).
– Il a profité de 12 magnifiques couchers de soleil et de 11 levers de soleil incroyables pendant l’escalade.

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Photo Alpine Connections


– Kilian Jornet n’a vu personne pendant 2 jours d’affilée.
– Les sommets où il a rencontré le plus de monde étaient l’Aletschhorn, le Mont Rose, le Cervin et le Grand Paradis.
– Le moment le plus « éclairant » a été l’ascension du Weisshorn, avec le coucher du soleil, le spectre brisé et la sensation de flotter vers le haut.
– Pour récupérer, ce que Kilian Jornet a le plus bu a été des infusions d’origan avec de l’huile de coco et des smoothies à la betterave, au gingembre et au curcuma.
– La nuit où il a le mieux dormi, c’était au bivouac d’Eccles, sur le versant italien du massif du Mont-Blanc. Seulement 3 heures, mais très profondément.
– Kilian Jornet a fait plus de 160 itinéraires différents durant le voyage. Certains étaient beaux, d’autres très beaux et d’autres moins. Ceux qu’il a le plus appréciés, pour la qualité du rocher, l’ambiance et/ou l’esthétique, étaient la traversée Lauteraarhorn-Schreckhorn, Dom-Täschhorn, Rimpfischhorn, l’arête Est de la Dent d’Hérens, l’Arbengrat à Ober Gabelhorn, le Rothorngrat à Zinalrothorn, Schaligrat à Weisshorn, Jorasses-Rochefort, Aiguilles du Diable et l’Arête du Brouillard.

Lire le journal complet de l’aventure Alpine Connections de Kilian Jornet ICI

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Photo Alpine Connections
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La 13ème édition de l’Atlas Quest a réuni pendant plus de 3 jours près de 500 concurrents sur le plateau d’Oukaïmeden, à 2600 m d’altitude, au cœur du Parc national de Toubkal. Un événement devenu incontournable et qui a réuni au Maroc des coureurs élites et amateurs venus de plus de 15 pays. Sur la course reine de 105km et 8000m D+, le Corse Lambert Santelli, recordman du GR20, et l’inusable Claire Bannwarth, ont accroché un titre de plus à leur palmarès. Mais au-delà des performances, il était question de quête, de rencontres et de partage dans un univers totalement dépaysant, à 2 ou 3 heures des capitales européennes. Magique !

Atlas Quest : bien plus qu’une épreuve, une aventure sportive et humaine

Au-delà de la compétition sur les 5 formats proposés (12km, 26km, 42km, Challenge (42km+26km) et 105 km, l’Atlas Quest est une aventure, un voyage, un moment hors du temps où l’ensemble des coureurs et bénévoles vivent et partagent expériences et souvenirs.

Il y a le territoire tout d’abord. L’Atlas Quest offre un terrain de jeu exceptionnel et exigeant, niché au cœur des imposantes montagnes de l’Atlas marocain. Entre vallées verdoyantes ou arides, les participants traversent des villages berbères authentiques où s’enthousiasment les enfants, découvrant à chaque pas une nature à la fois rude et envoûtante. C’est dans cet environnement grandiose qu’ils repoussent leurs limites physiques et mentales, en symbiose avec la beauté brute du massif, affrontant des pentes terribles et passant à des altitudes supérieures à 3000 mètres.

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Photo Esprit Trail

Mais l’Atlas Quest, c’est aussi un moment privilégié de déconnexion, pour revenir aux sources, découvrir la chaleur humaine des populations locales, leur gentillesse et leurs sourires. Il y a un an, ces communautés étaient durement frappées par un tremblement de terre, entraînant l’annulation de l’épreuve. Avec détermination, elles ont entrepris la reconstruction de leurs villages. L’organisation de la course a, à son échelle, a apporté un soutien en fournissant des tentes pour répondre à l’urgence.

Après avoir décidé de rebaptiser l’épreuve Atlas Quest pour mettre le territoire au cœur du nom de l’événement, Cyrille Sismondini, son créateur, déclare : « J’ai créé un événement qui tourne le dos au business pour être en cohérence avec ma vision : réussir à faire de l’Atlas Quest un événement inspirant. Je veux que les gens se disent : celle-là, je veux la faire ! »

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Photo R. Couret

Atlas Quest : record pour Lambert Santelli sur le 105 km

Les courses reines, le 105km et le 42 km, se sont élancées sous le ciel pur et étoilé du plateau d’Oukaimeden. Cyrille Sismondini, directeur de l’épreuve rappelait au moment des briefings le cadre exceptionnel dans lequel allaient évoluer les concurrents et que les étoiles n’allaient pas être que dans le ciel mais aussi dans leurs yeux. Les arrivées et témoignages des coureurs allaient donner raison à ses propos.

L’épreuve phare de l’Atlas Quest, le 105 km pour 8000 m D+, appelée UTAT, Ultra Trail Atlas Toubkal, a consacré 2 grands champions et figures internationales de l’ultra-trail.
Partis à minuit sous le ciel pur et étoilé du plateau d’Oukaimeden, Lambert Santelli a fait tout le début de course avec Guillaume Beauxis, vainqueur en 2022. Mais dès la seconde montée et après 1h30 de course, le Corse, recordman du GR 20 en 2021 en 30h25, vainqueur du MIUT 115 en 2023 et 4ème du Grand Raid de la Réunion 2023, a su trouver un second souffle pour prendre quelques longueurs d’avance et imprimer un rythme que le Pyrénéen n’a pas pu suivre.

Lambert Santelli a ensuite fait cavalier seul tout au long des autres cols à plus de 3000m (6 au total, dont un à 3670m d’altitude !), enchaînant les montées raides dans les pierriers et les descentes vertigineuses, pour venir s’offrir un magnifique succès. Et il le fait avec avec la manière, en signant le record de la course en 16h 47min, accueilli par sa famille présente sur place. Guillaume Beauxis termine deuxième en 17h 53min devant le Haut-Savoyard Stephen Roux en 19h 05min.

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Lambert Santelli. Photo By Sochhhhhhh

La réaction de Lambert Santelli

« C’est la course la plus dure que j’ai faite, en raison de l’altitude, de la technicité du terrain et de la semi autonomie. C’est comme chez moi en Corse, ça m’a fait penser au GR 20, c’est ce que j’aime. On est seul avec soi-même… Sans assistance, c’est autre chose, c’est une véritable aventure. Ces montagnes sont majestueuses, quand on est devant le Toubkal, on se sent tout petit. C’est juste grandiose ».

Atlas Quest : record pour l’inusable Claire Bannwarth sur le 105 km

Chez les dames, Claire Bannwarth, qui venait de terminer le Tor des Géants à la 3ème place féminine, s’alignait sur son 23ème ultra de l’année. Elle n’a laissé aucune chance à ses adversaires, remontant même progressivement dans le classement pour venir chercher une 5ème place au scratch, avec pour elle aussi le record de l’épreuve en 22h 33min. La seconde place revient à Nathalie Bourgeois en 29h 57min, suivie de Justine Houteer Magni en 38h 12min.

La réaction de Claire Bannwarth 

« J’ai adoré ce parcours, c’est une des courses les plus dures que j’ai faites sur un format de 100 km. Les montées sont très raides, les descentes sont exigeantes, il y a des cailloux partout et il faut toujours être vigilant. Les paysages sont juste dingues et le partage avec les autres coureurs sur le bivouac est vraiment une chouette expérience. »

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Photo Thomas Giraud

Atlas Quest : Record du Marathon de l’Atlas et victoire sur le Challenge pour Noël Giordano

Seconde épreuve phare de l’Atlas Quest, le Challenge se compose d’un marathon le samedi (42 km / 2600m D+) suivi le dimanche d’un 26 km / 1400m D+ sur 2 parcours et 2 vallées différentes au départ d’Oukaimeden. Sur chacune des 2 épreuves, les coureurs du Challenge sont confrontés à ceux qui ne participent qu’à une seule des 2 épreuves.

En remportant le marathon le samedi et en terminant 3ème du 26km le lendemain, le jeune berger corse de 27 ans Noël Giordano a inscrit une ligne de plus à son palmarès qui ne cesse de s’enrichir. Lui qui a appris à courir dans les pas de Lambert Santelli, est aujourd’hui l’un des meilleurs descendeurs et a progressé à plat pour afficher aujourd’hui moins de 31’30 sur 10 km. 


Dès le départ du marathon, donné à 6h00 du matin, Noël Giordano a été accompagné de Matis Leray (32ème de l’UTMB 2024). Mais il a ensuite pris les commandes de la course pour ne plus la quitter pour venir triompher en un temps record de 4h 30min, améliorant l’ancien chrono de 4h 33mn du Marocain Rachid El Morabity. Matis Leray termine 2ème à 18 minutes, devançant le Marocain Abdellatif Ait Chkort en 5h 21mn. En prenant la 5ème place du marathon, Maxime Olivier, en lice pour le challenge, restait placé.

Sur la Virée d’Ikkiss (26 km / 1400m D+), Noël Giordano n’a pas pu rééditer son exploit de la veille, face à des coureurs marocains décidés à rester maîtres sur leur terrain. Hicham Bouhagaz s’impose en 2h 28mn, devant Mustapha Ait Tazart en 2h 34mn. Noël Giordano va venir prendre la 3ème place de la course en 2h 38mn après une belle remontée dans les derniers kilomètres, reprenant 4 coureurs au passage et s’imposant au classement final du Challenge en 7h 09min. Ses dauphins du Challenge restent respectivement Matis Leray (8ème du 26km) en 7h 51min et Maxime Ollivier (13ème du 26km) en 9h 57min.

La réaction de Noël Giordano

« C’est la vraie montagne technique, comme mes sentiers d’entraînement en Corse avec des paysages magnifiques. J’ai été touché par les populations que j’ai croisée dans les villages, leurs sourires. C’est mon premier voyage au Maroc. J’ai vécu une belle aventure. »

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Atlas Quest : doublé et Challenge pour Aziza Raji

Sur le Challenge et chez les dames, on a pu assister à un beau duel entre la Marocaine Aziza Raji, 2ème du Marathon des Sables 2024, et les Françaises Astrid Renet et Eva Blaise. Malgré les efforts déployés par Astrid Renet pour rester au contact de la Marocaine, elle va s’incliner le 1er jour sur le Marathon de l’Atlas pour un peu moins de 4 minutes, subissant sur les parties plates la vitesse de son adversaire. Eva Blaise viendra prendre la 3ème place du Marathon.

Le lendemain, sur le 26km, Astrid Renet va tout tenter pour combler son retard et remporter l’étape du jour. Les 2 femmes vont faire un peu plus de 20 km ensemble avant qu’Astrid Renet prenne la tête de course à moins d’un kilomètre de l’arrivée. Si la jeune Française arrive la première sur le plateau d’Oukaïmeden, c’est dans les 100 derniers mètres qu’elle se fera dépasser par la Marocaine, emportée par l’euphorie de réaliser le doublé.

Le classement final du Challenge revient donc à Aziza Raji en 10h 02min 31s, devant Astrid Renet (10h 05min 43s) et Eva Blaise (10h 51min 29s). L’histoire retiendra aussi cette amitié nouée au-delà du challenge sportif, Astrid Renet invitant Aziza Raji à venir chez elle du côté de Chamonix pour « courir en montagne, quand tu veux ». C’est ça aussi l’esprit de l’Atlas Quest !

La réaction d’Aziza Raji

« Je ne connaissais pas ces montagnes, c’est vraiment très technique, c’était une course difficile chaque jour. Je me suis battue avec Astrid, on a un peu couru ensemble, c’était un bon moment et je suis contente de cette victoire dans mon pays. »

Astrid renet et Aziza Raji - Fred Bousseau
Astrid Renet et Aziza Raji. Photo Fred Bousseau

L’Atlas Quest, un événement unique en son genre

L’Atlas Quest, anciennement Ultra Trail Atlas Toubkal, a été créé en 2009 et a fêté sa 13ème édition en octobre 2024. Il est né à l’initiative de Cyrille Sismondini, qui découvre l’Atlas en 2007. Il tombe non seulement amoureux de cette région mais rêve aussi de la faire connaître.

La création de l’événement a alors pour objectif d’en faire un événement sportif différent, de renommée mondiale et de faire découvrir aux traileurs du monde entier un massif d’une beauté rare. Une course, qui chemine en altitude entre 1 700 m et 3 700 m, sur les chemins marocains où les concurrents partagent une expérience sportive sur le territoire de ceux qui y vivent.

Atlas Quest village
Photo Esprit Trail

En tant qu’acteur majeur de la montagne marocaine, l’Atlas Quest contribue activement au développement de la région, en collaboration étroite avec les acteurs locaux. A ce titre, il se doit d’être exemplaire en matière de durabilité. Cette dynamique responsable s’inscrit dans une réelle volonté de préserver son propre environnement, lieu d’habitation des locaux et terrain de jeu des coureurs, celui du Parc National du Toubkal.

Ainsi, tout ce qui est introduit sur le territoire est évacué ou recyclé. C’est un dispositif entier qui est mis en place pour la gestion des déchets qui passe par le nettoiement du site de l’Oukaïmeden, la collecte et le tri sur les points de contrôle du parcours et enfin leur évacuation à dos de mules afin d’être recyclés à Marrakech. Par cette démarche et à chaque étape, chaque acteur impliqué est un maillon de la chaîne indispensable au bon déroulement du projet.

Atlas Quest 2024 - Fred Bousseau
Photo Fred Bousseau

L’Atlas Quest réunit les 3 piliers du développement durable

Économique :

• 596 jours de travail cumulés pour les intervenants locaux pour un événement de 4 jours
• 75% du budget de l’organisation injecté sur le territoire

Sociétal :

• 40 participations offertes aux talents locaux (dossards / visite médicale / équipement)
• Formation au secourisme pour des guides de montagne

Environnemental :

• Échange de bouteilles vides contre des pleines
• Couverts réutilisables pour les repas
• Entretien des sentiers abîmés
• Découverte du patrimoine et visites guidées (village berbère, gravures rupestres, Parc national du Toubkal ou encore expédition au Mont Toubkal – 4167m – sont proposés sur réservation).

Pour plus d’informations sur l’Atlas Quest, des photos et des vidéos, c’est par ICI

Atlas Quest_Seul dans l'immensité de l'Atlas - Photo R. Couret
Seul dans l’immensité de l’Atlas. Photo R. Couret

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En plus des Foulées de la Soie, course mythique par étapes organisée depuis 2016, et fort de son expérience dans les compétitions à l’étranger, Jean-Claude Le Cornec a mis sur pied avec le soutien d’Esprit Trail et de Jogging International une épreuve au cœur du plus grand site archéologique religieux du monde à Angkor, au Cambodge. Alors si vous cherchez une expérience de course à pied unique en son genre, mêlant histoire, nature et aventure, ne cherchez pas : c’est l’Ultra Trail Angkor, dont la 8ème édition aura lieu le 18 janvier 2025. Relevez le défi, explorez l’inconnu, et laissez-vous emporter par la magie de cette aventure épique au cœur de l’Empire Khmer.

Ultra Trail Angkor : au-delà d’une course, une immersion dans un autre monde

Bienvenue dans le monde envoûtant de l’Ultra Trail Angkor, une aventure de course à pied qui transcende les frontières géographiques pour devenir une expérience inoubliable. La précédente édition a vu la participation massive de 51 pays, un témoignage éloquent de la renommée internationale et de l’attrait grandissant de cet événement unique.

Imaginez-vous au lever du soleil, au pied de la majestueuse Terrasse des Éléphants, une esplanade d’apparat royal qui renferme l’histoire des événements célèbres de la cité d’Angkor, prêt à vous lancer dans une épopée qui mêle l’histoire millénaire à l’effort humain. Avec 1500 coureurs originaires du monde entier, vous vous retrouverez au cœur d’une véritable symphonie de cultures, de langues et de sourires partagés par des passionnés venus des quatre coins du globe.

L’Ultra Trail d’Angkor n’est pas seulement une course, c’est une immersion dans le patrimoine culturel du Cambodge. Les sentiers sinueux traversent des décors à couper le souffle, vous emmenant à travers des temples anciens, des rizières verdoyantes et des villages pittoresques où l’hospitalité khmère vous réchauffera le cœur. Chaque foulée devient un voyage à travers l’histoire, chaque ravitaillement une opportunité de découvrir la richesse des saveurs de la cuisine locale.

Lire aussi l’article 3 bonnes raisons de courir l’Ultra Trail d’Angkor par Sylvain Kinnen, ultra-runner ICI

UTA 2024
UTA 2024. Photo SPDO

Ultra Trail Angkor : célébrer l’esprit d’aventure

La diversité des pays représentés ajoute une magie particulière à cette expérience. Vous partagerez le sentier avec des coureurs du monde entier, échangeant des histoires, des conseils et des encouragements dans un langage universel de passion pour la course. L’Ultra Trail d’Angkor devient ainsi un véritable melting-pot d’énergie positive, où la compétition se mêle à la camaraderie pour créer des souvenirs impérissables.

Les défis physiques et mentaux de l’Ultra Trail d’Angkor sont récompensés par des moments de pure félicité. Chaque temple que vous traversez, chaque contact humain que vous établissez, chaque kilomètre que vous parcourez est une victoire personnelle et une célébration de l’esprit d’aventure qui réside en chacun de nous.

Relever le défi de l’Ultra Trail d’Angkor n’est pas seulement une course, c’est une aventure transcendante qui nourrit l’âme et élargit les horizons. Que vous soyez un coureur aguerri ou un amateur en quête de nouvelles expériences, cette course offre bien plus qu’une simple ligne d’arrivée : elle vous offre la chance de vous connecter avec une communauté mondiale de coureurs, de découvrir la magie du Cambodge et de repousser vos propres limites.

Ultra Trail Angkor : 6 distances de 8 à 100 km, et des séjours à la carte

Afin de rendre cette épreuve accessible à tous, l’organisation propose 6 distances dont le départ est donné le même jour, samedi 18 janvier 2025 : 8, 18, 32, 42, 64 et 100 km.

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Le parcours du 100km, qui passe par des sites incontournables d’Angkor.

Bien entendu, vous n’allez pas faire plus de 10 heures d’avion dans le simple but de courir 8, ou même 18 kilomètres au Cambodge. C’est la raison pour laquelle la société SDPO, précurseur de l’association du sport et de la culture depuis bientôt 30 ans, vous propose différentes formules permettant d’allier tourisme en amont des épreuves et participation aux courses à des prix super compétitifs. De 3 jours à 10 jours sur place, une façon d’allier trail et découverte qui vous enrichira au plus haut point.

Informations supplémentaires et inscriptions ICI

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Photo SDPO
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La 3ème édition de l’ULTRA SPIRIT organisé par Carline et François D’Haene vient de se terminer dans le Beaufortain. 3 jours d’aventure, de partage et d’émotions inoubliables, concoctés et servis « frais et aérés » par le vainqueur du Tor des Géants 2024 et son épouse.

ULTRA SPIRIT by D’Haene Family : un concept à part

La D’Haene Family, c’est Carline et François D’Haene. Omniprésents du matin au soir, du réveil au creux de la nuit, à 5 ou 6 endroits sur le parcours savamment étudé, en animation des ateliers… On aurait pu croire François émoussé par sa récente – et magnifique – victoire sur le Tor des Géants, eh bien non, le « Grand » est au top ! Pas une douleur, pas un bobo, mais plutôt un large sourire communicatif, et cette belle envie de partager avec chacun des 135 coureurs présents sur cette édition « parfaitement parfaite » !  

Lire l’article sur la victoire de François D’Haene sur le Tor des Géants ICI

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Photo Paul Viard

Un ULTRA SPIRIT 2024 « ébouriffant »

Et si cette édition a été ébouriffante, ce n’est pas seulement du fait du vent frais omniprésent sur les trois jours ! Les 45 équipes de 3 coureurs se sont en effet engagées sur un tracé technique de 120 km et 8000 m de D+, avec pour chacun des trois jours un tronçon trail, et sur l’ensemble de l’aventure, 17 défis ateliers « décoiffants », dont les résultats ont été pris en compte dans le classement final. Grandes tyroliennes, course d’orientation, passages sur des poutres instables surplombant des rivières, évaluation « pifométrique » du poids d’une meule de Beaufort, ces épreuves originales n’ont pas manqué de divertir les compétiteurs.

Lire l’interview de François D’Haene organisateur de l’ULTRA SPIRIT ICI

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L’épreuve de tyrolienne. Photo Damien Rosso

Sur l’ULTRA SPIRIT, les derniers arrivent avec les premiers !

C’est une des formules magiques de l’ULTRA SPIRIT : 3 ou 4 raccourcis qui coupent le parcours en fonction des barrières horaires, et qui permettent à tous les concurrents de terminer quasiment ensemble chaque journée de trail, pour mieux partager les fins d’étapes. Par exemple, le premier jour, le tracé se déployait sur 45 km et 2800m de D+, dans du terrain technique. Avec les coupes, certains n’ont couru que 35 km et 2000m de D+. Une règle plébiscitée par tous, car grâce à ce système, pas plus de 30mn séparent l’ensemble des coureurs sur la ligne d’arrivée. Au final des 3 jours, les traileurs ont couru en moyenne 100 km pour 6000m de D+. Seuls 15% des inscrits ayant couvert la totalité du tracé.

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Photo Damien Rosso

ULTRA SPIRIT et convivialité : une priorité

Pour le côté sportif de l’ULTRA SPIRIT, les classements prennent bien en compte ces coupes. Mais sur l’ULTRA SPIRIT, la hiérarchie des coureurs selon leur niveau de performance devient « secondaire ». Car c’est le partage et la convivialité qui sont les principaux mots d’ordre de cette épreuve pas comme les autres. Ainsi, chaque jour, une opportunité de rencontre est proposée sur le ravitaillement principal en milieu de course, ou une durée d’arrêt est imposée, qui offre à chaque coureur le temps d’échanger et de se restaurer de produits locaux du Beaufortain !

ULTRA SPIRIT : une aventure partagée soutenue par 110 bénévoles !

110 bénévoles sont à pied d’œuvre durant cette aventure, pour 135 coureurs. Et parmi ces bénévoles, certains ne passent pas inaperçus. On a ainsi pu apercevoir Jim Walmsley en chasuble bleu fluo guider les coureurs à une intersection, tout comme le champion local William Bon Mardion, ou bien Alice Bausseron. Et tout ce beau monde, 250 personnes en tout, bivouaquait ensemble à 1920 m d’altitude, avec comme fond de décor le lac de Roselend ! Magique !

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Le bivouac. Photo Paul VIARD

ULTRA SPIRIT : une satisfaction contagieuse

Après ces 3 jours d’aventure, ce sont des gens heureux qui ont refermé cette parenthèse enchantée et repris le chemin de leur vie.

Carline D’Haene : « Vraiment un grand merci à tous, nous avons eu beaucoup de plaisirs à vivre ces trois jours avec vous, sur la course ou le bivouac. Des moments très forts qui resteront dans nos souvenirs. »

Serge, concepteur à Annecy : « Pourquoi je viens ? Parce qu’avec ses parcours différents et uniques, François nous ouvre à chaque édition de nouveaux horizons, et ce millésime est le plus beau ! »

Robin, enseignant à Bordeaux : « C’est formidable ! Tu pars sans savoir où tu vas, tu ne sais pas si tu as bifurqué, tu ne sais pas où tu en es, et de ce fait tu n’es pas stressé par le résultat. Le balisage est parfait, c’est génial, aucun regret ! »

Plus d’informations ICI

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L’atelier Chaussures. Photo Paul VIARD
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Difficile de passer à côté ! Alors que le film Kaizen, 1 an pour gravir l’Everest, relatant l’aventure d’Inoxtag, Youtubeur aux 8,5 millions d’abonnés, a franchi la barre des 25 millions de vues en 5 jours, nous avons interrogé Kilian Jornet au lendemain de son exploit dans les Alpes sur ce que lui inspire ce défi du jeune Français. Sans juger de la performance purement sportive d’Inoxtag, il en profite pour appeler à une réflexion sur le tourisme d’altitude.

Voir le film Kaizen ICI

Kilian Jornet, recordman de la montée de l’Everest sans oxygène

L’Everest, le Catalan le connaît bien. Très bien, même. Si bien qu’il est le détenteur du record d’ascension la plus rapide. Les 21 et 22 mai 2017, Kilian Jornet a ainsi établi le record de l’ascension la plus rapide de l’Everest depuis le monastère de Rombuk (5 100m), en mettant 26 heures pour rejoindre le sommet par la Face Nord (8848m), et 38 h pour l’aller/retour. Cet exploit, réalisé sans oxygène, était la dernière touche de son projet Summits of my Life entamé en 2012. Il était alors accompagné jusqu’à 7 600 m par Seb Montaz.

À peine 6 jours plus tard, le 27 mai, il réussissait une nouvelle ascension, devenant le seul homme à avoir enchaîné 2 ascensions sans oxygène en une semaine. Pourquoi deux ascensions ? Parce que le permis de grimper délivré par les autorités chinoises était encore valable ! Histoire de ne pas gâcher du temps de montagne disponible, en quelque sorte !

Everest : une ascension dangereuse et des morts par dizaines

L’ascension de l’Everest reste un véritable danger, tant pour des raisons de conditions météo et de neige, que pour des raisons de possibles défaillances physiques. Chaque année, entre mai et juin (dates d’ouverture officielle de la période d’ascension), ce sont environ 600 alpinistes et porteurs qui atteignent le sommet, mais aussi quelques-uns qui meurent. 18 personnes en 2023, contre 8 seulement cette année, particulièrement clémente en matière de décès. Selon les données de l’Himalayan Database, plus de 340 personnes auraient trouvé la mort en tentant de gravir l’Everest. Le taux de mortalité obtenu en divisant le nombre de décès par le nombre total de personnes qui ont tenté leur chance sur la montagne est d’environ 1,2 %. Par ailleurs, vu la difficulté d’évacuer les cadavres, il y aurait environ 200 corps sans vie sur la montagne.

L’Everest, Kilian Jornet en connaît également les dangers. Et il sait parfois que, quel que soit le projet et ce qu’il coûte et engage, il faut savoir renoncer. Ainsi, le 22 mai 2023, alors qu’il tentait d’atteindre le sommet en solitaire et sans oxygène par une voie difficile, rarement empruntée, Kilian Jornet a dû renoncer. Brassé par des vents violents puis pris dans une avalanche à quelques centaines de mètres du sommet de l’Everest, le Catalan a préféré faire demi-tour.

Kilian Jornet : « La dernière fois que j’y suis allé au printemps, ça m’a vraiment dégoûté ! »

« Je n’ai pas trop suivi le projet, mais je connais un petit peu Mathis Dumas (le guide de haute montagne, photographe, cameraman qui a accompagné Inoxtag dans ce projet, NDLR) et j’ai envie de voir le film pour voir quelle est l’approche qu’ils ont eue. Après, l’Everest, et même aujourd’hui le K2 ou d’autres sommets, par la voix normale, c’est vraiment très fréquenté… Moi je suis toujours allé en Himalaya hors saison, quand c’est encore un peu l’hiver, ou au mois d’août, ou en automne… La dernière fois que j’y suis allé au printemps, ça m’a vraiment dégoûté. L’ambiance qu’il y avait au camp de base, c’est pas de la montagne, c’est juste mettre une ligne sur le CV. Les gens n’en ont rien à foutre de la montagne. Et c’est un peu dommage parce que c’est bien d’apprendre le métier. Mais je pense qu’Inoxtag est allé avec Mathis en pleine montagne avant pour apprendre un peu la montagne, avant d’aller dire “on va à l’Everest”. »

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Kilian Jornet au pied de l’Everest. Photo Kilian Jornet

Kilian Jornet : « On doit avoir une réflexion sur ce qu’est le tourisme d’altitude ! »

« Après, je pense que l’Himalaya, nécessite une réflexion sur quel est le modèle de tourisme d’altitude, le modèle d’ascension, parce que ça devient quand même très dangereux par rapport aux capacités qu’ont les gens. Et puis aussi pour les sherpas, les porteurs. Et puis au niveau environnemental également. Il y a des hélicos qui tournent tout le temps et laissent les gens aux camps d’altitude ou viennent les sortir de là… Ça atteint des limites qui sont, je pense dangereuses, et négatives par rapport à l’environnement. Même par rapport aux villages, puisque les gens vont directement au camp de base en hélicoptère, sans faire le trekking d’approche. Il n’y a donc pas d’argent qui reste sur les villages !

Je n’ai donc pas suivi de près l’expé d’Inoxtag, je vais regarder le film, mais cette vision de l’altitude et des gens qui y vont pour faire une ligne sur leur CV, c’est en train de créer beaucoup de problèmes sociaux et environnementaux sur ces montagnes. »

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Le film Kaizen ne cache pas certaines réalités, comme les monceaux de détritus qui s’accumulent sur les camps d’altitude. Source Kaizen

A propos du film Kaizen, 1 an pour gravir l’Everest

Quoi que l’on pense de la personnalité d’Inoxtag, une chose est sûre : ce film de 2h25 est passionnant, avec des images absolument somptueuses, et ne masque rien de la réalité de ce que fut la préparation de cette expédition durant un an. Le point de départ, les premiers tests physiques (sera-t-il apte à supporter l’altitude ?), la découverte de la montagne avec le guide Mathis Dumas pendant 3 semaines du côté de Chamonix, puis l’arrivée au Népal, l’approche, le premier sommet avant l’Everest, la détermination sans faille du Youtubeur, ses doutes aussi, puis enfin l’assaut du toit du monde, et l’émotion de la réussite. Bien sûr, on ne peut pas prétendre devenir « alpiniste » en un an, et derrière ce défi, il y a un business, mais force est de constater qu’Inoxtag s’est arraché physiquement et moralement pour parvenir à atteindre son but.

Voir le film Kaizen, 1 an pour gravir l’Everest

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À peine rentré en Norvège après son exploit dans les Alpes, où il a relié les 82 sommets de plus de 4000 mètres en 19 jours, Kilian Jornet, reposé et détendu, est revenu sur sa performance. Interview.

Kilian, comment te sens-tu aujourd’hui ?

Kilian Jornet : Franchement, ça va ! Je suis rentré directement en Norvège et j’ai pris quelques jours de repos, et physiquement je pense qu’on a bien géré le truc parce que je n’ai pas perdu de poids. J’ai le même poids au début de Sierre-Zinal qu’à la fin des Écrins, donc ça veut dire que sur le plan métabolique j’ai réussi à bien récupérer de jour en jour. Donc, sur le plan physique, en dehors d’une côte cassée durant une traversée, ça va, je n’ai eu aucune douleur dans les pieds ou dans les mains.

Est-ce que tu t’étais fixé un objectif en nombre de jours ?

Kilian Jornet : Je n’avais pas fixé d’objectif, parce que ça dépend tellement des conditions. J’avais prévu des temps de passage qui étaient possibles avec des conditions parfaites, et qui se faisait en 15 jours. Et c’est en fait ce qui s’est passé si on enlève les jours de mauvais temps et les jours où j’ai dû changer de parcours à cause du mauvais temps, comme dans l’Oberland. Après, je savais bien que je n’aurais jamais jamais des conditions parfaites tout le long, du beau temps, de la glace dure, de la roche qui ne se détache pas trop… C’est impossible. C’est pour ça que je n’avais pas d’objectif de temps, mais uniquement des prévisions pour savoir où est-ce que je pourrais prendre un peu de temps pour manger ou dormir… 

Comment te sentais-tu le dernier jour, sur le plan énergie ?

Kilian Jornet : Physiquement, j’aurais pu continuer. La journée au Grand Paradis par exemple, je me sentais très bien, très en forme. Même aux Écrins, ça allait. Mais il y a aussi aussi un côté plus mental, émotionnel. Le plus dur, quand on met à part le côté physique, mais je m’étais entraîné pour ça, c’est de rester attentif et être très concentré tout le long. Ça demande beaucoup d’énergie ! À la fin de l’étape du Mont-Blanc, par exemple, j’étais bien content de finir. 

Alpine Connections - Stage 6 Valais - A Visuals
Alpine Connections – Stage 6 Valais – A Visuals

As-tu eu le sentiment de prendre des risques ?

Kilian Jornet : Je n’ai pas l’impression d’avoir pris des risques incontrôlés, j’ai essayé de tout contrôler, mais c’est vrai que les étapes de l’Aiguille Verte et des Droites, c’était bien chaud toute la journée, avec pas mal d’éboulements et des décisions un peu chaudes. Mais je savais bien que les conditions en fin d’été seraient ainsi. Ce qui était positif dans le fait de faire ce projet en fin de saison, c’est que sur les glaciers, on voyait bien les trous et les crevasses. Mais d’un autre côté, au niveau des rimayes et de la stabilité des cailloux, c’était bien pourri. Je savais que j’allais rencontrer ces risques-là, c’est pour ça que ces journées-là, j’étais content quand elles se finissaient. Et je n’avais pas envie de les refaire.

Quel est le niveau d’escalade le plus dur que tu aies effectué en degré technique ?

Kilian Jornet : Je pense que c’est la traversée des Aiguilles du Diable, c’est du 5C. Après c’est du super bon rocher donc ça passe très bien. Après il y a des endroits comme par exemple, sur l’arête des Droites, pour bien rester sur le fil, ou sur sur le Grand Pilier d’Angle, pour éviter les zones d’éboulement et rester bien protégé, c’était des endroits assez techniques et dangereux. 

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Noa Barrau-ALPS-Stage-14

Est-ce que tu peux envisager un enchaînement similaire en Himalaya ?

Kilian Jornet : Oui, ça serait faisable et j’y pense souvent. Peut-être pas avec la même distance parce qu’avec l’altitude tu avances beaucoup plus lentement, mais dans la philosophie, c’est envisageable de faire des projets comme ça à l’avenir.

Pourquoi es-tu resté aussi discret sur ce projet Alpine Connexions ? Tu n’en as pas parlé avant début août !

Kilian Jornet : Je voulais rester concentré sur Sierre-Zinal, et je savais que si je parlais de ce projet on aurait discuté que de ça, et je n’aurais pas pu me concentrer sur la course. J’ai donc préparé Sierre-Zinal et après la course, j’ai coupé les réseaux donc je ne savais pas ce que les gens disaient. (Rires.)

Justement, il y a des rumeurs qui disaient que tu voulais hacker l’UTMB en faisant ton projet aux mêmes dates… 

Kilian Jornet : Je pense que ce sont des conneries ! Déjà, vouloir faire une comparaison entre ce projet qui comporte des risques énormes, et une course comme l’UTMB, c’est n’importe quoi. Je n’allais pas jouer ma vie pour ça. Dans ma décision de faire ce projet à cette période, il y avait le fait que je voyageais avec ma famille à Sierre-Zinal, et que je voulais profiter de ce voyage pour faire ça, et que je le faisais en fonction de la météo. Donc, après la course, j’ai attendu d’avoir une fenêtre météo plus ou moins favorable pour me lancer.

Et le choix de le faire à la fin de saison, comme je le disais, c’était par rapport aux glaciers. Comme j’ai fait la plupart des étapes tout seul, je préférerais que les glaciers soient secs pour voir un peu plus les trous et les crevasses, même si je savais qu’au niveau des rimayes et des chutes de pierres, ce serait un peu plus compliqué. 

Kilian Jornet Alpine Connections
Alpine Connections

Ouvrir de nouvelles voix, comme le fait Benjamin Védrine, avec beaucoup de technicité, est-ce que cela t’intéresse ?

Kilian Jornet : Moi j’aime quand il y a du mouvement, donc quand ce n’est pas trop difficile et qu’on peut bouger. 

Qu’est-ce que tu retires de cette expérience au niveau personnel, en tant qu’homme et coureur ?

Kilian Jornet : Il y a des moments, comme la montée du Weisshorn avec le coucher de soleil, la sensation de fuir, les paysages, c’est ça que je retiens : ce sont des instants précieux. 

Tu as accumulé de nombreux datas au cours de ces 19 jours. Qu’est-ce que tu en attends ?

Kilian Jornet : On a pris énormément de données, que ce soit au niveau du microbiote, au niveau sanguin, des données cognitives avec la pupillométrie, On va mettre plusieurs mois à rassembler tous ces datas, et plusieurs mois encore à tous les analyser, mais ça va être intéressant d’essayer de comprendre où est-ce que physiologiquement, métaboliquement et cognitivement on change. Est-ce qu’on change au niveau épigénétique ? Y a-t-il des adaptations pendant ce type d’effort ? Je n’attends rien de précis, j’attends de voir si cela montre quelque chose.

Quand tu as parlé de ce projet à tes amis alpiniste, Matheo Jacquemoud, Michel Lanne, comment ont-ils réagi ? Ont-ils essayé de te dissuader ?

Kilian Jornet : Non, pas du tout. J’avais déjà bien travaillé le parcours et quand je l’ai expliqué, c’était déjà bien réfléchi. Je les ai consultés plus pour savoir ce qu’ils pensaient de certains passages que j’avais imaginés, eux, ils connaissaient mieux les sommets que moi et pouvaient me donner des conseils sur par où passer, comment aborder par exemple l’arête du Diable. C’était vraiment des choses très concrètes, plus qu’un avis sur l’ensemble du projet. 

Alpine Connections - Stage 5 - A Visuals 3
Alpine Connections – Stage 5 – A Visuals

Comment expliques-tu qu’un alpiniste comme le Suisse Ueli Steck, qui était vraiment très rapide, ait mis 62 jours pour gravir les 82 sommets, et toi seulement seulement 19 ? Pourquoi une telle différence ?

Kilian Jornet : Déjà, je pense que parler de record n’a pas beaucoup de sens sur des projets comme ça, car c’est toujours toujours différent par rapport aux conditions et aux façons d’aborder le projet. Ueli avait utilisé le parapente par exemple. En terme de projet, ça ressemble plus à Nicolini et Giovannini (les deux alpinistes italiens Franco Nicolini et Diego Giovannini ont mis 60 jours pour grimper les 82 4000 dans les mêmes conditions que Kilian Jornet, sans utiliser de véhicule motorisé, en 2008, NDLR).

Mais la grosse différence, elle est plus dans le concept. La façon dont ils ont abordé la chose, c’était d’aller dans un massif et d’en grimper tous les sommets. Bien sûr, il y avait quelques enchaînements logiques, mais ensuite ils allaient dans un autre massif, et ils montaient tous les sommets. Bon, il y a des sommets isolés, comme Piz Bernina, Combin, Grand Paradiso et Écrins, mais le reste, ça fait trois gros massifs, Oberland, Valais et massif du Mont-Blanc. Et dans ces massif, pour moi, l’idée, c’était de trouver une ligne qui me permettait, à partir du moment où je quittais la vallée, de rester tout le temps en montagne et de faire un parcours assez logique en suivant les crêtes pour ne redescendre que quand les sommets étaient faits.

Cela supposait que je dormais dans des refuges ou des bivouacs, mais je ne redescendais jamais en vallée. Cela permet d’aller beaucoup plus vite, parce que tu parcours beaucoup moins de distance. Mais d’un autre côté, ce sont des journées beaucoup plus longues parce que tu ne peux pas descendre et dormir, et ce sont des conditions plus difficiles, parce que tu ne parcours pas tout le temps des voies normales, et qu’il y a des portions que tu dois faire de nuit, d’autres quand il fait trop chaud. Je pense donc que la différence de temps n’est pas par rapport au physique, mais à la conception du projet.

Tu as fait une partie des sommets accompagné. C’était ceux que tu ne connaissais pas ? 

Kilian Jornet : J’ai dû faire entre 35 et 40% de sommets accompagné, le reste tout seul. Et les parties que je ne connaissais pas, comme l’Oberland où je n’étais jamais allé à part sur la face Nord de l’Eiger que j’avais fait avec Ueli Steck, mais qui ne faisait pas partie du projet, je les ai faites tout seul. Le fait d’être accompagné, c’était aussi pour me changer mentalement, pour être plus relaxe, et ne pas avoir à réfléchir tout le temps au parcours. Cela m’a permis d’avoir un relâchement mental qui était important. 

Comment as-tu réussi à rester concentré et précis pendant 19 jours avec si peu de sommeil ?

Kilian Jornet : C’est un de mes acquis que de savoir rester calme et concentré pendant longtemps dans des situations comme ça. Je suis très habitué à aller seul en montagne en Norvège, donc j’ai cette habitude de faire attention tout le temps. Pour moi c’est une des clés de ce type de projet. Mais cela peut aussi être dangereux, car quand tu es seul tout le temps, tu apprends à trouver les solutions pour te sortir de certaines situations, mais d’un autre côté, la prise de risque existe.

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Nick Danielson-ALPS-Stage-7-Valais

Quel est ton regard sur l’état des Alpes et des glaciers ?

Kilian Jornet : Cela faisait sept ou huit ans que je n’étais pas venu dans les Alpes pour grimper, et j’ai quand même été bien étonné par le changement qu’il y a eu, notamment par rapport aux courses qui étaient toujours en neige ou en glace, comme par exemple l’arête de Bionnassay ou la partie finale de la Dent Blanche, et qui sont maintenant mi-rocher. Cela m’a quand même bien surpris. J’ai été aussi surpris par les éboulements et les chutes de pierres. Ça a toujours existé, c’est très fréquent, mais pour certains sommets comme la Verte, la Droite, ça a complètement changé la physionomie de la montagne. L’arête du Moine n’existe plus, c’est du sable !

Dans les années 80, il y avait des alpinistes qui étaient précurseurs et allaient très très vite dans les ascension des faces Nord, comme Christophe Profit ou Éric Escoffier. À l’époque, ça avait suscité une polémique, parce que finalement ils réduisaient l’ascension d’une face Nord à 24 heures et certains les avaient accusés d’avoir tué l’alpinisme. Est-ce qu’en réduisant la traversée des Alpes à 19 jours, tu ne tues pas un peu le rêve ?

Kilian Jornet : C’est une discussion qui existe depuis toujours, on voyait déjà ça dans les récits du début du siècle précédent. L’homme aime bien discuter, même si le fond de la discussion n’est pas important. Là, je pense que c’est juste pour discuter. Dans l’alpinisme, on parle beaucoup de difficulté, et la vitesse est un des moyens d’accéder à cette difficulté. 

As-tu suivi une préparation spécifique pour ce projet ?

Kilian Jornet : Pas spécifique dans le sens où, les cinq dernières semaines avant le départ, on prépare ça ça et ça. C’est une préparation au long terme, qui demande d’acquérir les capacités techniques et de savoir-faire avec les cordes, les crampons. C’est beaucoup d’expérience, ça prend des dizaines d’années pour être capable de maîtriser ces techniques, et au niveau mental, d’être capable de faire du solo quand il fait mauvais et que les conditions sont un peu pourries. En Norvège, on s’entraîne souvent souvent dans du mauvais temps donc je me suis habitué à être confortable dans ces situations. Après, il faut être en forme. Mais ça, c’est comme pour les courses. J’avais fait une préparation spécifique pour Sierre-Zinal, mon hygiène de vie était bonne, ma santé était bonne, et j’ai continué juste après la course donc ça allait. 

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Nick Danielson-ALPS-Stage-10-GrandCombin

Quand tu pars sur des étapes de 30 à 32 heures, comment gères-tu la nutrition ?

Kilian Jornet : C’est une des difficultés parce que dans un sac de montagne, tu ne peux pas amener grand-chose. Donc on essayait de manger bien et beaucoup quand on était en bas, avec des aliments, anti-inflammatoires, de la protéine de qualité, des aliments riches en probiotiques, et quand j’étais en montagne, je partais avec 1 litre d’eau qui, parfois, pouvait me durer 20 heures, parfois moins, et je remplissais dans les refuges.

J’ai essayé surtout de manger par rapport au rythme circadien. Par rapport à une course où il faut manger tout le temps beaucoup beaucoup beaucoup, ici comme c’est très long j’essayais de manger quatre ou cinq fois dans la journée, en partant avec des choses qui allaient bien, comme des sandwiches spéciaux avec une crème à base de légumes, des fruits secs, du fromage frais… Et après, il y avait aussi ce qu’on trouvait dans les refuges. Mais je savais que je n’arriverais jamais à manger ce que j’avais dépensé en calories.

Quand on a accompli des performances pareilles, a-t-on encore la motivation pour aller courir un Zegama ou un Sierre-Zinal ?

Kilian Jornet : Oui, et ce qui me motive pour aller faire des courses comme ça, c’est qu’il y a toujours un gros niveau. Ça me motive de pouvoir dire « allez les jeunes, on est encore là ! » et ça me motive aussi pour m’entraîner. Après, c’est pas la même émotion qu’il y a 20 ans de gagner ces courses-là. Et c’est pour ça que je ne fais pas 20 courses dans l’année. Mais cette année, à Sierre-Zinal c’était top, avec une belle bagarre jusqu’à la fin.

Tu as déjà une énorme carrière derrière toi. Comment tu te projettes dans 10 ans ?

Kilian Jornet : Je ne me projette pas. Je profite au jour le jour, et j’aimerais bien continuer à profiter de la montagne, mais plus lentement, c’est sûr.

Kilian Jornet Connections
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