« Petite Balade Alpine » est le nom du groupe de WhatsApp que Kilian Jornet avait créé avec les amis qui l’ont aidé au cours d’Alpine Connections, son voyage dans les Alpes, où il a relié en 19 jours les 82 sommets de plus de 4000 mètres d’altitude. Si Esprit Trail a pu vous faire vivre au jour le jour l’incroyable performance du Patron, de nombreux points de cette aventure n’ont pas été abordés, faute d’information. En publiant son carnet de route complet, Kilian Jornet en a révélé certains. Voici la compilation de tout ce que vous ne saviez pas encore – ou partiellement seulement – sur Alpine Conections.

Alpine Conections : qui composait l’équipe de Kilian Jornet

Même s’il a fait le voyage de façon autonome, Kilian Jornet a reçu de l’assistance. Aina, qui l’a accompagné dans de nombreux projets, de l’Himalaya aux Pyrénées, dirigeait l’équipe, s’assurant de lui fournir des aliments et un endroit où dormir, et gérant l’équipe de tournage. Nuria, sa mère, était également là. La première semaine, elle est restée avec Emelie et les filles de Kilian dans le Valais, puis elle a suivi Aina. David Ariño, Joel Badia et Nick Danielson s’occupaient de filmer la traversée. Finalement, Noa Barrau, un ami de Mathéo Jacquemoud, a rejoint Kilian Jornet pour les dernières étapes et filmer aussi dans les montagnes.

Pendant les 10 premiers jours, Jesús Alvarez-Herms et Sergi Cinca ont pris des mesures physiologiques et cognitives quand Kilian descendait entre les montagnes pour étudier les effets de ces événements extrêmes. Ensuite, des personnes telles que Anouchka, Sofia, Joan, Andreu, sont venues aider Kilian Jornet certains jours. Il a également appelé quelques amis pour voir s’ils voulaient se joindre à lui et partager une partie du voyage, comme Michel Lanne ou Benjamin Védrines pour l’ultime étape dans les Écrins.

Alpine Connections - Kilian Jornet 1
Photo Alpine Connections

Alpine Conections : quelques données physiologiques sur Kilian Jornet

Physiquement, Kilian Jornet considère avoir très bien géré cette traversée. Son poids est resté stable tout le temps. Alors que lors de son aventure de 8 jours dans les Pyrénées son poids avait diminué et sa dégradation avait été constante, dans les Alpes il n’a perdu que quelques kilos sur une longue étape mais il les a récupérés rapidement sur les étapes plus faciles. Ainsi, lors de Sierre-Zinal Kilian Jornet pesait 54 kg, et après la dernière étape aux Écrins il pesait 54 kg.

En dehors des considérations de poids, et même si il reconnaît avoir perdu de la puissance et de la vitesse, Kilian Jornet précise qu’il a pu maintenir un rythme de descente constant. Les 2 derniers jours au Grand Paradis et aux Écrins lui ont même démontré qu’il n’avait pas beaucoup perdu au niveau métabolique. Quant aux douleurs et autres, les mains étaient selon lui plutôt OK.

Il considère ce résultat comme étant sans doute dû à son très bon état de santé/forme au début du projet et à sa stratégie alimentaire pendant la traversée, basée sur le suivi des rythmes circadiens, mangeant peu de fois dans la journée mais en grande quantité et, en bas entre les montagnes, prenant des aliments faciles à absorber (anti-inflammatoires, gestion de l’acidité, augmentation des protéines, des graisses…) et s’hydratant bien, car en haute montagne il ne pouvait pas boire beaucoup (environ 1 litre par jour quand il grimpait).

Kilian Jornet considère que Jesús Alvarez-Herms et Sergi Cinca ont été d’une grande aide car ils lui ont donné des conseils sur les nutriments (macro et micro) nécessaires pour récupérer au jour le jour, et pour absorber la quantité de nutriments et d’énergie dont il avait besoin. Or la gestion de l’alimentation, non seulement les calories ingérées/dépensées, mais aussi les nutriments nécessaires pour absorber ces calories et restituer les fonctions systémiques, est essentielle pendant ces projets à long terme. Après l’analyse de toutes les données collectées pendant le projet, l’équipe de suivi de Kilian Jornet pourra certainement tirer des conclusions plus claires sur les processus internes qui se produisent pendant ce type d’efforts.

Alpine Connections - Kilian Jornet 2
Photo Alpine Connections

Alpine Conections : blessures, douleurs et regain d’énergie

Kilian Jornet a effectué les ascensions le plus souvent avec des gants et cela a épargné la plupart de sa peau. Il précise que les 4 paires de gants utilisées pendant la traversée étaient toutes complètement usées à la fin, avec des trous dans tous les doigts.Ses pieds étaient ok, même si des durillons se sont formés sur la voûte plantaire ou au niveau des crampons.

Une de ses côtes et son ligament extenseur gauche étaient douloureux, mais à cause d’accidents. Kilian Jornet a d’ailleurs constaté que sa côte a été assez douloureuse pendant les 2-3 jours, surtout lors de certains mouvements d’opposition en grimpant, mais qu’ensuite la douleur s’est complètement estompée jusqu’à la fin. Mais dès son retour chez lui, en Norvège, la douleur est revenue avec une haute intensité pendant 2 semaines. Kilian Jornet explique que cela est sans doute dû à la gestion/élimination du signal neuronal pendant une période où sa routine impliquait de nombreuses heures et mouvements où la côte était mobilisée.

Passionné par les informations scientifiques et les observations sur le fonctionnement du corps humain, Kilian Jornet souligne que cette aventure a été un apprentissage intéressant sur la façon dont, dans différentes situations, l’homme peut s’adapter au niveau hormonal et neuronal pour gérer différentes situations, à la fois à court terme (par exemple, lors d’une chute, d’une avalanche ou d’un éboulement, les niveaux d’adrénaline procurent un regain d’énergie), à moyen terme (par exemple, en cas d’indisponibilité d’apport énergétique dans une situation de risque, le corps humain est capable de continuer à différentes intensités pendant un jour ou deux jusqu’à atteindre une situation de sécurité) ou à long terme (comment le signal neuronal de la douleur d’un os fracturé est éliminé pendant plusieurs semaines dans une situation où l’os est mobilisé en permanence, jusqu’à ce que la situation s’achève).

Kilian Jornet ajoute qu’il est également très intéressant de voir comment la réponse hormonale à des situations dangereuses peut entraîner un regain d’énergie en intensité et en durée. La libération d’hormones telles que l’adrénaline, le cortisol, etc., dans des situations où il devait continuer sans manger, aller plus vite qu’au cours des minutes/heures précédentes ou faire un mouvement qui exigeait plus de force que celle qu’il croyait avoir, était très perceptible.

Alpine Connections - Kilian Jornet 8
Photo Alpine Connections

Alpine Conections : un effort émotionnel intense

Pour Kilian Jornet, le plus difficile dans une traversée de ce genre a été de rester vigilant et concentré pendant si longtemps, sachant que les conditions étaient parfois difficiles. Si le coût physique est élevé (ce que les données collectées pourront permettre de mesurer dans un second temps), c’est la fatigue émotionnelle et cognitive qui est, à son sens, plus importante.

Comparant les efforts déployés dans le projet Alpine Connections par rapport à d’autres projets entrepris, Kilian Jornet estime que la plus grande différence a été la continuité de la concentration. Lors du projet des Pyrénées de 2023, le Patron avait terminé beaucoup plus fatigué physiquement, mais, explique-t-il, sans doute à cause d’une mauvaise approche en matière de ravitaillement et de « repos ». En revanche, il souligne que le fardeau mental était moindre car le seul danger était sa possible erreur technique.

Autre exemple de comparaison : dans une expédition dans l’Himalaya, où l’on tente une voie difficile, le niveau de stress mental est élevé, mais souvent concentré sur les quelques jours ou heures de poussée, car il y a beaucoup de repos entre les poussées. Dans la traversée Alpine Connections, comme l’itinéraire consistait principalement à rester jour et nuit sur les crêtes pour relier les sommets, Kilian Jornet a dû rester attentif aux dangers la plupart du temps, qu’ils soient internes (erreur technique, fatigue neuromusculaire…) ou externes (crevasses, séracs, chutes de pierres, effondrements de rochers…). Un effort de concentration d’une durée qu’il n’avait jamais connu auparavant !

Alpine Connections - Kilian Jornet 5
Photo Alpine Connections

Alpine Conections : quelles chaussures a utilisé Kilian Jornet ?

Créateur de NNormal en collaboration avec l’équipementier espagnol Camper, Kilian Jornet a bien entendu utilisé du matériel de trail – chaussures et textile – de sa propre marque. Concernant les chaussures, durant les 19 jours de son périple, il a utilisé de 3 paires de chaussures du modèle Tomir 2. Il précise avoir utilisé des Tomir 2 imperméables à partir du premier jour, pour faire face aux conditions climatiques humides. Il a également utilisé une paire de Tomir 2 non imperméables sur le Nadelgrat, une des plus belles arêtes du Valais, pour que les imperméables puissent sécher. Au refuge de Turin, sur le versant italien du massif du Mont-Blanc, il a changé pour une autre paire de Tomir 2 non imperméables qu’il a utilisées pour les 4 derniers jours.

Kilian Jornet reconnaît que ses Tomir 2 imperméables étaient pratiquement hors d’usage, avec une semelle plate et quelques coupures dans la tige dues aux crampons et aux rochers. « Ce sont des chaussures souples qui sont bonnes pour courir, marcher et grimper en technique d’adhérence mais qui requièrent une bonne cheville et une technique de « 10 pointes » lors de l’escalade sur glace avec des crampons, ainsi qu’une technique différente lors de l’escalade sur rocher par rapport aux chaussures de montagne », précise le Patron.

Alpine Connections - Kilian Jornet 2
Photo Alpine Connections

Alpine Conections : quels vêtements ont équipé Kilian Jornet ?

Tout comme pour les chaussures, c’est chez NNormal que Kilian Jornet a logiquement pris son équipement. De bas en haut, il a utilisé des chaussettes NNormal Race Socks et des chaussettes imperméables selon les étapes, et une paire de collants Men’s Active Tight ou un pantalon de sport selon les jours. Il avait aussi un pantalon imperméable au cas où. Pour le haut, il portait un tee-shirt en mérinos, avec selon la météo et la période de la journée ou nuit une seconde couche intermédiaire, un coupe-vent, une veste de pluie et une doudoune, le tout griffé NNormal.

Pour la tête, un buff et un bonnet. Il a également utilisé pendant le voyage 4 paires de gants d’escalade – type faux cuir –, la plupart du temps pour protéger ses mains de l’abrasion des rochers plus que pour se protéger du froid. Il avait aussi une paire de guêtres qu’il a utilisées lors de l’étape 3, une longue étape de 99 kilomètres avec 7890 mètres de dénivelé dans l’Oberland.

Photo Alpine Connections

Alpine Conections : quelle protection et quels accessoires ?

Pour la protection solaire, Kilian Jornet a utilisé des lunettes de soleil (il avait 2 paires de lunettes de catégorie 4) et de la crème solaire pour les lèvres et le visage. Pour sa protection et sa progression, le Patron avait un casque, un harnais léger, une broche à glace, 2 piolets (il n’en utilisait qu’un seul à la fois, précise-t-il, mais selon les étapes il prenait un en carbone pour glace et roche ou un Ghost Tech de Grivel). Il avait également une paire de bâtons de trail.

Concernant les crampons, pour bien s’adapter aux chaussures, il a utilisé une base Petzl Lynx avec une fixation avant Grivel Soft, une fixation arrière Edelrid Soft et une cordelette Petzl. Pour certaines étapes, Kilian Jornet a utilisé des « chaînes à picots » à la place des crampons (sur les étapes de Piz Bernina et Grand Paradis), 1 mousqueton de sécurité, 1 cordelette et 1 mousqueton, des cordelettes, des cordes (il avait une Pure Dynema 5 mm de 40 mètres et une Beal Rad Line de 60 mètres de 5 mm selon les étapes), 1 broche à glace (Blue Ice 10 cm) et un mousqueton Avalakov, 2 cames (BD 0,4 et 1).

Pour les parcours de nuit, Kilian Jornet a utilisé une lampe frontale Moonlight 2000, avec toujours une batterie de rechange sur lui. Niveau suivi et communication, il avait un téléphone contenant les cartes, une montre Coros Vertix, un appareil de suivi, une GoPro, une Powerbank avec un câble, et de l’argent liquide pour les cabanes. Pour la nourriture et l’hydratation, il progressait avec 2 bidons souples et emportait de la nourriture pour chacune des étapes. Pour tout transporter, Kilian Jornet a utilisé un prototype de sac à dos de 25 à 30 litres.
Enfin, pour les transitions en vélo, Kilian Jornet a utilisé un vélo de route (Wilier Vertical), des chaussures, un casque, des vêtements de vélo et un compteur vélo Coros Dura.

Alpine Connections - Kilian Jornet 9
Photo Alpine Connections

Alpine Conections : Kilian Jornet et la question de « l’alpinisme »

Cette aventure est-elle de l’alpinisme ? C’est une question récurrente, à laquelle Kilian Jornet donne une réponse singulière : « Il y a longtemps, lors de ma première expérience dans l’Himalaya, à l’intérieur du gîte, buvant du thé pendant que la neige recouvrait de plus en plus les montagnes que nous voulions escalader, j’écoutais avec attention mes compagnons, tous deux avec une grande expérience de l’alpinisme technique et de la haute altitude. Je me souviens que Coro disait que « l’alpinisme » était ce jour où tu rentres chez toi et tu ne peux pas décrire ce que tu as fait. « J’ai vraiment escaladé ? Oui, mais ce n’est pas ce qui a rendu ça spécial… J’ai dormi dehors dans la neige ? Oui, mais ce n’est pas ça… J’ai marché sur des terrains exposés en m’épuisant physiquement ? Oui, mais n’est-ce pas ça non plus… »

Peut-être, seulement peut-être, l’alpinisme consiste à utiliser les outils et les connaissances acquises au fil des années pour résoudre les problèmes que la montagne nous présente sous différentes formes. Dans ce projet (Alpine Connections, NDLR), les chiffres ne représentent rien. La voie la plus technique de la traversée était un 5c, mais là c’était du bon rocher, une voie courante où la navigation n’entrait pas dans l’équation. De nombreuses voies plus faciles semblent beaucoup plus techniques, une cotation IV dans le sable ou sous une tempête de neige peut facilement devenir bien plus compliquée. Pendant cette traversée, je n’ai fait aucune nouvelle voie, je n’ai pas fait d’escalade difficile, mais à la fin, c’est compliqué de décrire ce que c’était. Après tout, la beauté réside dans le fait de ressentir ce que c’est sans la capacité de le décrire car il n’y a pas de mesures et d’étiquettes pouvant expliquer les émotions les plus profondes. »

Alpine Connections - Kilian Jornet 4
Photo Alpine Connections

Alpine Conections : quelques données supplémentaires, et purement aléatoires

– La plupart du temps en montagne, le sac de Kilian Jornet pesait entre 4 et 7 kg.
– Kilian Jornet a gravi 34 sommets accompagné et 48 seul.
– Son sommeil le plus court a duré 15 minutes, et le plus long 7 heures.
– Mathéo Jacquemoud est celui qui a le plus suivi Kilian Jornet, réalisant lui-même 30 sommets.
– La nourriture la plus courante pour Kilian Jornet dans les montagnes a été des sandwichs avec de l’avocat, de l’huile et du fromage frais ou avec une « crème de cacao » maison avec des fèves, du cacao, des noix et de l’huile de coco.
– Kilian Jornet a dépensé en moyenne 8300 cal/jour (analyse précise effectuée durant les 7 premiers jours).
– Il a profité de 12 magnifiques couchers de soleil et de 11 levers de soleil incroyables pendant l’escalade.

Alpine Connections - Kilian Jornet 6
Photo Alpine Connections


– Kilian Jornet n’a vu personne pendant 2 jours d’affilée.
– Les sommets où il a rencontré le plus de monde étaient l’Aletschhorn, le Mont Rose, le Cervin et le Grand Paradis.
– Le moment le plus « éclairant » a été l’ascension du Weisshorn, avec le coucher du soleil, le spectre brisé et la sensation de flotter vers le haut.
– Pour récupérer, ce que Kilian Jornet a le plus bu a été des infusions d’origan avec de l’huile de coco et des smoothies à la betterave, au gingembre et au curcuma.
– La nuit où il a le mieux dormi, c’était au bivouac d’Eccles, sur le versant italien du massif du Mont-Blanc. Seulement 3 heures, mais très profondément.
– Kilian Jornet a fait plus de 160 itinéraires différents durant le voyage. Certains étaient beaux, d’autres très beaux et d’autres moins. Ceux qu’il a le plus appréciés, pour la qualité du rocher, l’ambiance et/ou l’esthétique, étaient la traversée Lauteraarhorn-Schreckhorn, Dom-Täschhorn, Rimpfischhorn, l’arête Est de la Dent d’Hérens, l’Arbengrat à Ober Gabelhorn, le Rothorngrat à Zinalrothorn, Schaligrat à Weisshorn, Jorasses-Rochefort, Aiguilles du Diable et l’Arête du Brouillard.

Lire le journal complet de l’aventure Alpine Connections de Kilian Jornet ICI

Alpine Connections - Kilian Jornet 7
Photo Alpine Connections
Les derniers articles

La 13ème édition de l’Atlas Quest a réuni pendant plus de 3 jours près de 500 concurrents sur le plateau d’Oukaïmeden, à 2600 m d’altitude, au cœur du Parc national de Toubkal. Un événement devenu incontournable et qui a réuni au Maroc des coureurs élites et amateurs venus de plus de 15 pays. Sur la course reine de 105km et 8000m D+, le Corse Lambert Santelli, recordman du GR20, et l’inusable Claire Bannwarth, ont accroché un titre de plus à leur palmarès. Mais au-delà des performances, il était question de quête, de rencontres et de partage dans un univers totalement dépaysant, à 2 ou 3 heures des capitales européennes. Magique !

Atlas Quest : bien plus qu’une épreuve, une aventure sportive et humaine

Au-delà de la compétition sur les 5 formats proposés (12km, 26km, 42km, Challenge (42km+26km) et 105 km, l’Atlas Quest est une aventure, un voyage, un moment hors du temps où l’ensemble des coureurs et bénévoles vivent et partagent expériences et souvenirs.

Il y a le territoire tout d’abord. L’Atlas Quest offre un terrain de jeu exceptionnel et exigeant, niché au cœur des imposantes montagnes de l’Atlas marocain. Entre vallées verdoyantes ou arides, les participants traversent des villages berbères authentiques où s’enthousiasment les enfants, découvrant à chaque pas une nature à la fois rude et envoûtante. C’est dans cet environnement grandiose qu’ils repoussent leurs limites physiques et mentales, en symbiose avec la beauté brute du massif, affrontant des pentes terribles et passant à des altitudes supérieures à 3000 mètres.

Atlas Quest 2 Photo Esprit Trail OK
Photo Esprit Trail

Mais l’Atlas Quest, c’est aussi un moment privilégié de déconnexion, pour revenir aux sources, découvrir la chaleur humaine des populations locales, leur gentillesse et leurs sourires. Il y a un an, ces communautés étaient durement frappées par un tremblement de terre, entraînant l’annulation de l’épreuve. Avec détermination, elles ont entrepris la reconstruction de leurs villages. L’organisation de la course a, à son échelle, a apporté un soutien en fournissant des tentes pour répondre à l’urgence.

Après avoir décidé de rebaptiser l’épreuve Atlas Quest pour mettre le territoire au cœur du nom de l’événement, Cyrille Sismondini, son créateur, déclare : « J’ai créé un événement qui tourne le dos au business pour être en cohérence avec ma vision : réussir à faire de l’Atlas Quest un événement inspirant. Je veux que les gens se disent : celle-là, je veux la faire ! »

Atlas Quest_Pierrier_Final_2km arrivée - photo R._Couret
Photo R. Couret

Atlas Quest : record pour Lambert Santelli sur le 105 km

Les courses reines, le 105km et le 42 km, se sont élancées sous le ciel pur et étoilé du plateau d’Oukaimeden. Cyrille Sismondini, directeur de l’épreuve rappelait au moment des briefings le cadre exceptionnel dans lequel allaient évoluer les concurrents et que les étoiles n’allaient pas être que dans le ciel mais aussi dans leurs yeux. Les arrivées et témoignages des coureurs allaient donner raison à ses propos.

L’épreuve phare de l’Atlas Quest, le 105 km pour 8000 m D+, appelée UTAT, Ultra Trail Atlas Toubkal, a consacré 2 grands champions et figures internationales de l’ultra-trail.
Partis à minuit sous le ciel pur et étoilé du plateau d’Oukaimeden, Lambert Santelli a fait tout le début de course avec Guillaume Beauxis, vainqueur en 2022. Mais dès la seconde montée et après 1h30 de course, le Corse, recordman du GR 20 en 2021 en 30h25, vainqueur du MIUT 115 en 2023 et 4ème du Grand Raid de la Réunion 2023, a su trouver un second souffle pour prendre quelques longueurs d’avance et imprimer un rythme que le Pyrénéen n’a pas pu suivre.

Lambert Santelli a ensuite fait cavalier seul tout au long des autres cols à plus de 3000m (6 au total, dont un à 3670m d’altitude !), enchaînant les montées raides dans les pierriers et les descentes vertigineuses, pour venir s’offrir un magnifique succès. Et il le fait avec avec la manière, en signant le record de la course en 16h 47min, accueilli par sa famille présente sur place. Guillaume Beauxis termine deuxième en 17h 53min devant le Haut-Savoyard Stephen Roux en 19h 05min.

241005_AQ_Oukaimeden_Lambert Santelli_105km_By Sochhhhhhh-8
Lambert Santelli. Photo By Sochhhhhhh

La réaction de Lambert Santelli

« C’est la course la plus dure que j’ai faite, en raison de l’altitude, de la technicité du terrain et de la semi autonomie. C’est comme chez moi en Corse, ça m’a fait penser au GR 20, c’est ce que j’aime. On est seul avec soi-même… Sans assistance, c’est autre chose, c’est une véritable aventure. Ces montagnes sont majestueuses, quand on est devant le Toubkal, on se sent tout petit. C’est juste grandiose ».

Atlas Quest : record pour l’inusable Claire Bannwarth sur le 105 km

Chez les dames, Claire Bannwarth, qui venait de terminer le Tor des Géants à la 3ème place féminine, s’alignait sur son 23ème ultra de l’année. Elle n’a laissé aucune chance à ses adversaires, remontant même progressivement dans le classement pour venir chercher une 5ème place au scratch, avec pour elle aussi le record de l’épreuve en 22h 33min. La seconde place revient à Nathalie Bourgeois en 29h 57min, suivie de Justine Houteer Magni en 38h 12min.

La réaction de Claire Bannwarth 

« J’ai adoré ce parcours, c’est une des courses les plus dures que j’ai faites sur un format de 100 km. Les montées sont très raides, les descentes sont exigeantes, il y a des cailloux partout et il faut toujours être vigilant. Les paysages sont juste dingues et le partage avec les autres coureurs sur le bivouac est vraiment une chouette expérience. »

241005_AQ_Oukaimeden_Claire Bannwarth_105km_Thomas Giraud
Photo Thomas Giraud

Atlas Quest : Record du Marathon de l’Atlas et victoire sur le Challenge pour Noël Giordano

Seconde épreuve phare de l’Atlas Quest, le Challenge se compose d’un marathon le samedi (42 km / 2600m D+) suivi le dimanche d’un 26 km / 1400m D+ sur 2 parcours et 2 vallées différentes au départ d’Oukaimeden. Sur chacune des 2 épreuves, les coureurs du Challenge sont confrontés à ceux qui ne participent qu’à une seule des 2 épreuves.

En remportant le marathon le samedi et en terminant 3ème du 26km le lendemain, le jeune berger corse de 27 ans Noël Giordano a inscrit une ligne de plus à son palmarès qui ne cesse de s’enrichir. Lui qui a appris à courir dans les pas de Lambert Santelli, est aujourd’hui l’un des meilleurs descendeurs et a progressé à plat pour afficher aujourd’hui moins de 31’30 sur 10 km. 


Dès le départ du marathon, donné à 6h00 du matin, Noël Giordano a été accompagné de Matis Leray (32ème de l’UTMB 2024). Mais il a ensuite pris les commandes de la course pour ne plus la quitter pour venir triompher en un temps record de 4h 30min, améliorant l’ancien chrono de 4h 33mn du Marocain Rachid El Morabity. Matis Leray termine 2ème à 18 minutes, devançant le Marocain Abdellatif Ait Chkort en 5h 21mn. En prenant la 5ème place du marathon, Maxime Olivier, en lice pour le challenge, restait placé.

Sur la Virée d’Ikkiss (26 km / 1400m D+), Noël Giordano n’a pas pu rééditer son exploit de la veille, face à des coureurs marocains décidés à rester maîtres sur leur terrain. Hicham Bouhagaz s’impose en 2h 28mn, devant Mustapha Ait Tazart en 2h 34mn. Noël Giordano va venir prendre la 3ème place de la course en 2h 38mn après une belle remontée dans les derniers kilomètres, reprenant 4 coureurs au passage et s’imposant au classement final du Challenge en 7h 09min. Ses dauphins du Challenge restent respectivement Matis Leray (8ème du 26km) en 7h 51min et Maxime Ollivier (13ème du 26km) en 9h 57min.

La réaction de Noël Giordano

« C’est la vraie montagne technique, comme mes sentiers d’entraînement en Corse avec des paysages magnifiques. J’ai été touché par les populations que j’ai croisée dans les villages, leurs sourires. C’est mon premier voyage au Maroc. J’ai vécu une belle aventure. »

Noel Giordano Photo Esprit Trail - copie
Photo Esprit Trail

Atlas Quest : doublé et Challenge pour Aziza Raji

Sur le Challenge et chez les dames, on a pu assister à un beau duel entre la Marocaine Aziza Raji, 2ème du Marathon des Sables 2024, et les Françaises Astrid Renet et Eva Blaise. Malgré les efforts déployés par Astrid Renet pour rester au contact de la Marocaine, elle va s’incliner le 1er jour sur le Marathon de l’Atlas pour un peu moins de 4 minutes, subissant sur les parties plates la vitesse de son adversaire. Eva Blaise viendra prendre la 3ème place du Marathon.

Le lendemain, sur le 26km, Astrid Renet va tout tenter pour combler son retard et remporter l’étape du jour. Les 2 femmes vont faire un peu plus de 20 km ensemble avant qu’Astrid Renet prenne la tête de course à moins d’un kilomètre de l’arrivée. Si la jeune Française arrive la première sur le plateau d’Oukaïmeden, c’est dans les 100 derniers mètres qu’elle se fera dépasser par la Marocaine, emportée par l’euphorie de réaliser le doublé.

Le classement final du Challenge revient donc à Aziza Raji en 10h 02min 31s, devant Astrid Renet (10h 05min 43s) et Eva Blaise (10h 51min 29s). L’histoire retiendra aussi cette amitié nouée au-delà du challenge sportif, Astrid Renet invitant Aziza Raji à venir chez elle du côté de Chamonix pour « courir en montagne, quand tu veux ». C’est ça aussi l’esprit de l’Atlas Quest !

La réaction d’Aziza Raji

« Je ne connaissais pas ces montagnes, c’est vraiment très technique, c’était une course difficile chaque jour. Je me suis battue avec Astrid, on a un peu couru ensemble, c’était un bon moment et je suis contente de cette victoire dans mon pays. »

Astrid renet et Aziza Raji - Fred Bousseau
Astrid Renet et Aziza Raji. Photo Fred Bousseau

L’Atlas Quest, un événement unique en son genre

L’Atlas Quest, anciennement Ultra Trail Atlas Toubkal, a été créé en 2009 et a fêté sa 13ème édition en octobre 2024. Il est né à l’initiative de Cyrille Sismondini, qui découvre l’Atlas en 2007. Il tombe non seulement amoureux de cette région mais rêve aussi de la faire connaître.

La création de l’événement a alors pour objectif d’en faire un événement sportif différent, de renommée mondiale et de faire découvrir aux traileurs du monde entier un massif d’une beauté rare. Une course, qui chemine en altitude entre 1 700 m et 3 700 m, sur les chemins marocains où les concurrents partagent une expérience sportive sur le territoire de ceux qui y vivent.

Atlas Quest village
Photo Esprit Trail

En tant qu’acteur majeur de la montagne marocaine, l’Atlas Quest contribue activement au développement de la région, en collaboration étroite avec les acteurs locaux. A ce titre, il se doit d’être exemplaire en matière de durabilité. Cette dynamique responsable s’inscrit dans une réelle volonté de préserver son propre environnement, lieu d’habitation des locaux et terrain de jeu des coureurs, celui du Parc National du Toubkal.

Ainsi, tout ce qui est introduit sur le territoire est évacué ou recyclé. C’est un dispositif entier qui est mis en place pour la gestion des déchets qui passe par le nettoiement du site de l’Oukaïmeden, la collecte et le tri sur les points de contrôle du parcours et enfin leur évacuation à dos de mules afin d’être recyclés à Marrakech. Par cette démarche et à chaque étape, chaque acteur impliqué est un maillon de la chaîne indispensable au bon déroulement du projet.

Atlas Quest 2024 - Fred Bousseau
Photo Fred Bousseau

L’Atlas Quest réunit les 3 piliers du développement durable

Économique :

• 596 jours de travail cumulés pour les intervenants locaux pour un événement de 4 jours
• 75% du budget de l’organisation injecté sur le territoire

Sociétal :

• 40 participations offertes aux talents locaux (dossards / visite médicale / équipement)
• Formation au secourisme pour des guides de montagne

Environnemental :

• Échange de bouteilles vides contre des pleines
• Couverts réutilisables pour les repas
• Entretien des sentiers abîmés
• Découverte du patrimoine et visites guidées (village berbère, gravures rupestres, Parc national du Toubkal ou encore expédition au Mont Toubkal – 4167m – sont proposés sur réservation).

Pour plus d’informations sur l’Atlas Quest, des photos et des vidéos, c’est par ICI

Atlas Quest_Seul dans l'immensité de l'Atlas - Photo R. Couret
Seul dans l’immensité de l’Atlas. Photo R. Couret

Les derniers articles

En plus des Foulées de la Soie, course mythique par étapes organisée depuis 2016, et fort de son expérience dans les compétitions à l’étranger, Jean-Claude Le Cornec a mis sur pied avec le soutien d’Esprit Trail et de Jogging International une épreuve au cœur du plus grand site archéologique religieux du monde à Angkor, au Cambodge. Alors si vous cherchez une expérience de course à pied unique en son genre, mêlant histoire, nature et aventure, ne cherchez pas : c’est l’Ultra Trail Angkor, dont la 8ème édition aura lieu le 18 janvier 2025. Relevez le défi, explorez l’inconnu, et laissez-vous emporter par la magie de cette aventure épique au cœur de l’Empire Khmer.

Ultra Trail Angkor : au-delà d’une course, une immersion dans un autre monde

Bienvenue dans le monde envoûtant de l’Ultra Trail Angkor, une aventure de course à pied qui transcende les frontières géographiques pour devenir une expérience inoubliable. La précédente édition a vu la participation massive de 51 pays, un témoignage éloquent de la renommée internationale et de l’attrait grandissant de cet événement unique.

Imaginez-vous au lever du soleil, au pied de la majestueuse Terrasse des Éléphants, une esplanade d’apparat royal qui renferme l’histoire des événements célèbres de la cité d’Angkor, prêt à vous lancer dans une épopée qui mêle l’histoire millénaire à l’effort humain. Avec 1500 coureurs originaires du monde entier, vous vous retrouverez au cœur d’une véritable symphonie de cultures, de langues et de sourires partagés par des passionnés venus des quatre coins du globe.

L’Ultra Trail d’Angkor n’est pas seulement une course, c’est une immersion dans le patrimoine culturel du Cambodge. Les sentiers sinueux traversent des décors à couper le souffle, vous emmenant à travers des temples anciens, des rizières verdoyantes et des villages pittoresques où l’hospitalité khmère vous réchauffera le cœur. Chaque foulée devient un voyage à travers l’histoire, chaque ravitaillement une opportunité de découvrir la richesse des saveurs de la cuisine locale.

Lire aussi l’article 3 bonnes raisons de courir l’Ultra Trail d’Angkor par Sylvain Kinnen, ultra-runner ICI

UTA 2024
UTA 2024. Photo SPDO

Ultra Trail Angkor : célébrer l’esprit d’aventure

La diversité des pays représentés ajoute une magie particulière à cette expérience. Vous partagerez le sentier avec des coureurs du monde entier, échangeant des histoires, des conseils et des encouragements dans un langage universel de passion pour la course. L’Ultra Trail d’Angkor devient ainsi un véritable melting-pot d’énergie positive, où la compétition se mêle à la camaraderie pour créer des souvenirs impérissables.

Les défis physiques et mentaux de l’Ultra Trail d’Angkor sont récompensés par des moments de pure félicité. Chaque temple que vous traversez, chaque contact humain que vous établissez, chaque kilomètre que vous parcourez est une victoire personnelle et une célébration de l’esprit d’aventure qui réside en chacun de nous.

Relever le défi de l’Ultra Trail d’Angkor n’est pas seulement une course, c’est une aventure transcendante qui nourrit l’âme et élargit les horizons. Que vous soyez un coureur aguerri ou un amateur en quête de nouvelles expériences, cette course offre bien plus qu’une simple ligne d’arrivée : elle vous offre la chance de vous connecter avec une communauté mondiale de coureurs, de découvrir la magie du Cambodge et de repousser vos propres limites.

Ultra Trail Angkor : 6 distances de 8 à 100 km, et des séjours à la carte

Afin de rendre cette épreuve accessible à tous, l’organisation propose 6 distances dont le départ est donné le même jour, samedi 18 janvier 2025 : 8, 18, 32, 42, 64 et 100 km.

Parcours 100KM UTA
Le parcours du 100km, qui passe par des sites incontournables d’Angkor.

Bien entendu, vous n’allez pas faire plus de 10 heures d’avion dans le simple but de courir 8, ou même 18 kilomètres au Cambodge. C’est la raison pour laquelle la société SDPO, précurseur de l’association du sport et de la culture depuis bientôt 30 ans, vous propose différentes formules permettant d’allier tourisme en amont des épreuves et participation aux courses à des prix super compétitifs. De 3 jours à 10 jours sur place, une façon d’allier trail et découverte qui vous enrichira au plus haut point.

Informations supplémentaires et inscriptions ICI

ultratraildangkor_b2
Photo SDPO
Les derniers articles

La 3ème édition de l’ULTRA SPIRIT organisé par Carline et François D’Haene vient de se terminer dans le Beaufortain. 3 jours d’aventure, de partage et d’émotions inoubliables, concoctés et servis « frais et aérés » par le vainqueur du Tor des Géants 2024 et son épouse.

ULTRA SPIRIT by D’Haene Family : un concept à part

La D’Haene Family, c’est Carline et François D’Haene. Omniprésents du matin au soir, du réveil au creux de la nuit, à 5 ou 6 endroits sur le parcours savamment étudé, en animation des ateliers… On aurait pu croire François émoussé par sa récente – et magnifique – victoire sur le Tor des Géants, eh bien non, le « Grand » est au top ! Pas une douleur, pas un bobo, mais plutôt un large sourire communicatif, et cette belle envie de partager avec chacun des 135 coureurs présents sur cette édition « parfaitement parfaite » !  

Lire l’article sur la victoire de François D’Haene sur le Tor des Géants ICI

©PaulViard_ULTRASPIRIT_024_VGL0943
Photo Paul Viard

Un ULTRA SPIRIT 2024 « ébouriffant »

Et si cette édition a été ébouriffante, ce n’est pas seulement du fait du vent frais omniprésent sur les trois jours ! Les 45 équipes de 3 coureurs se sont en effet engagées sur un tracé technique de 120 km et 8000 m de D+, avec pour chacun des trois jours un tronçon trail, et sur l’ensemble de l’aventure, 17 défis ateliers « décoiffants », dont les résultats ont été pris en compte dans le classement final. Grandes tyroliennes, course d’orientation, passages sur des poutres instables surplombant des rivières, évaluation « pifométrique » du poids d’une meule de Beaufort, ces épreuves originales n’ont pas manqué de divertir les compétiteurs.

Lire l’interview de François D’Haene organisateur de l’ULTRA SPIRIT ICI

©DamienRosso_ULTRASPIRIT_024_DRO5301
L’épreuve de tyrolienne. Photo Damien Rosso

Sur l’ULTRA SPIRIT, les derniers arrivent avec les premiers !

C’est une des formules magiques de l’ULTRA SPIRIT : 3 ou 4 raccourcis qui coupent le parcours en fonction des barrières horaires, et qui permettent à tous les concurrents de terminer quasiment ensemble chaque journée de trail, pour mieux partager les fins d’étapes. Par exemple, le premier jour, le tracé se déployait sur 45 km et 2800m de D+, dans du terrain technique. Avec les coupes, certains n’ont couru que 35 km et 2000m de D+. Une règle plébiscitée par tous, car grâce à ce système, pas plus de 30mn séparent l’ensemble des coureurs sur la ligne d’arrivée. Au final des 3 jours, les traileurs ont couru en moyenne 100 km pour 6000m de D+. Seuls 15% des inscrits ayant couvert la totalité du tracé.

©DamienRosso_ULTRASPIRIT_024_DRO5705
Photo Damien Rosso

ULTRA SPIRIT et convivialité : une priorité

Pour le côté sportif de l’ULTRA SPIRIT, les classements prennent bien en compte ces coupes. Mais sur l’ULTRA SPIRIT, la hiérarchie des coureurs selon leur niveau de performance devient « secondaire ». Car c’est le partage et la convivialité qui sont les principaux mots d’ordre de cette épreuve pas comme les autres. Ainsi, chaque jour, une opportunité de rencontre est proposée sur le ravitaillement principal en milieu de course, ou une durée d’arrêt est imposée, qui offre à chaque coureur le temps d’échanger et de se restaurer de produits locaux du Beaufortain !

ULTRA SPIRIT : une aventure partagée soutenue par 110 bénévoles !

110 bénévoles sont à pied d’œuvre durant cette aventure, pour 135 coureurs. Et parmi ces bénévoles, certains ne passent pas inaperçus. On a ainsi pu apercevoir Jim Walmsley en chasuble bleu fluo guider les coureurs à une intersection, tout comme le champion local William Bon Mardion, ou bien Alice Bausseron. Et tout ce beau monde, 250 personnes en tout, bivouaquait ensemble à 1920 m d’altitude, avec comme fond de décor le lac de Roselend ! Magique !

©PaulVIARD_ULTRASPIRIT_024_VGL0343
Le bivouac. Photo Paul VIARD

ULTRA SPIRIT : une satisfaction contagieuse

Après ces 3 jours d’aventure, ce sont des gens heureux qui ont refermé cette parenthèse enchantée et repris le chemin de leur vie.

Carline D’Haene : « Vraiment un grand merci à tous, nous avons eu beaucoup de plaisirs à vivre ces trois jours avec vous, sur la course ou le bivouac. Des moments très forts qui resteront dans nos souvenirs. »

Serge, concepteur à Annecy : « Pourquoi je viens ? Parce qu’avec ses parcours différents et uniques, François nous ouvre à chaque édition de nouveaux horizons, et ce millésime est le plus beau ! »

Robin, enseignant à Bordeaux : « C’est formidable ! Tu pars sans savoir où tu vas, tu ne sais pas si tu as bifurqué, tu ne sais pas où tu en es, et de ce fait tu n’es pas stressé par le résultat. Le balisage est parfait, c’est génial, aucun regret ! »

Plus d’informations ICI

©PaulVIARD_ULTRASPIRIT_024_VGL9260
L’atelier Chaussures. Photo Paul VIARD
Les derniers articles

Difficile de passer à côté ! Alors que le film Kaizen, 1 an pour gravir l’Everest, relatant l’aventure d’Inoxtag, Youtubeur aux 8,5 millions d’abonnés, a franchi la barre des 25 millions de vues en 5 jours, nous avons interrogé Kilian Jornet au lendemain de son exploit dans les Alpes sur ce que lui inspire ce défi du jeune Français. Sans juger de la performance purement sportive d’Inoxtag, il en profite pour appeler à une réflexion sur le tourisme d’altitude.

Voir le film Kaizen ICI

Kilian Jornet, recordman de la montée de l’Everest sans oxygène

L’Everest, le Catalan le connaît bien. Très bien, même. Si bien qu’il est le détenteur du record d’ascension la plus rapide. Les 21 et 22 mai 2017, Kilian Jornet a ainsi établi le record de l’ascension la plus rapide de l’Everest depuis le monastère de Rombuk (5 100m), en mettant 26 heures pour rejoindre le sommet par la Face Nord (8848m), et 38 h pour l’aller/retour. Cet exploit, réalisé sans oxygène, était la dernière touche de son projet Summits of my Life entamé en 2012. Il était alors accompagné jusqu’à 7 600 m par Seb Montaz.

À peine 6 jours plus tard, le 27 mai, il réussissait une nouvelle ascension, devenant le seul homme à avoir enchaîné 2 ascensions sans oxygène en une semaine. Pourquoi deux ascensions ? Parce que le permis de grimper délivré par les autorités chinoises était encore valable ! Histoire de ne pas gâcher du temps de montagne disponible, en quelque sorte !

Everest : une ascension dangereuse et des morts par dizaines

L’ascension de l’Everest reste un véritable danger, tant pour des raisons de conditions météo et de neige, que pour des raisons de possibles défaillances physiques. Chaque année, entre mai et juin (dates d’ouverture officielle de la période d’ascension), ce sont environ 600 alpinistes et porteurs qui atteignent le sommet, mais aussi quelques-uns qui meurent. 18 personnes en 2023, contre 8 seulement cette année, particulièrement clémente en matière de décès. Selon les données de l’Himalayan Database, plus de 340 personnes auraient trouvé la mort en tentant de gravir l’Everest. Le taux de mortalité obtenu en divisant le nombre de décès par le nombre total de personnes qui ont tenté leur chance sur la montagne est d’environ 1,2 %. Par ailleurs, vu la difficulté d’évacuer les cadavres, il y aurait environ 200 corps sans vie sur la montagne.

L’Everest, Kilian Jornet en connaît également les dangers. Et il sait parfois que, quel que soit le projet et ce qu’il coûte et engage, il faut savoir renoncer. Ainsi, le 22 mai 2023, alors qu’il tentait d’atteindre le sommet en solitaire et sans oxygène par une voie difficile, rarement empruntée, Kilian Jornet a dû renoncer. Brassé par des vents violents puis pris dans une avalanche à quelques centaines de mètres du sommet de l’Everest, le Catalan a préféré faire demi-tour.

Kilian Jornet : « La dernière fois que j’y suis allé au printemps, ça m’a vraiment dégoûté ! »

« Je n’ai pas trop suivi le projet, mais je connais un petit peu Mathis Dumas (le guide de haute montagne, photographe, cameraman qui a accompagné Inoxtag dans ce projet, NDLR) et j’ai envie de voir le film pour voir quelle est l’approche qu’ils ont eue. Après, l’Everest, et même aujourd’hui le K2 ou d’autres sommets, par la voix normale, c’est vraiment très fréquenté… Moi je suis toujours allé en Himalaya hors saison, quand c’est encore un peu l’hiver, ou au mois d’août, ou en automne… La dernière fois que j’y suis allé au printemps, ça m’a vraiment dégoûté. L’ambiance qu’il y avait au camp de base, c’est pas de la montagne, c’est juste mettre une ligne sur le CV. Les gens n’en ont rien à foutre de la montagne. Et c’est un peu dommage parce que c’est bien d’apprendre le métier. Mais je pense qu’Inoxtag est allé avec Mathis en pleine montagne avant pour apprendre un peu la montagne, avant d’aller dire “on va à l’Everest”. »

kilianjornet-1140x808
Kilian Jornet au pied de l’Everest. Photo Kilian Jornet

Kilian Jornet : « On doit avoir une réflexion sur ce qu’est le tourisme d’altitude ! »

« Après, je pense que l’Himalaya, nécessite une réflexion sur quel est le modèle de tourisme d’altitude, le modèle d’ascension, parce que ça devient quand même très dangereux par rapport aux capacités qu’ont les gens. Et puis aussi pour les sherpas, les porteurs. Et puis au niveau environnemental également. Il y a des hélicos qui tournent tout le temps et laissent les gens aux camps d’altitude ou viennent les sortir de là… Ça atteint des limites qui sont, je pense dangereuses, et négatives par rapport à l’environnement. Même par rapport aux villages, puisque les gens vont directement au camp de base en hélicoptère, sans faire le trekking d’approche. Il n’y a donc pas d’argent qui reste sur les villages !

Je n’ai donc pas suivi de près l’expé d’Inoxtag, je vais regarder le film, mais cette vision de l’altitude et des gens qui y vont pour faire une ligne sur leur CV, c’est en train de créer beaucoup de problèmes sociaux et environnementaux sur ces montagnes. »

Poubelle Everest
Le film Kaizen ne cache pas certaines réalités, comme les monceaux de détritus qui s’accumulent sur les camps d’altitude. Source Kaizen

A propos du film Kaizen, 1 an pour gravir l’Everest

Quoi que l’on pense de la personnalité d’Inoxtag, une chose est sûre : ce film de 2h25 est passionnant, avec des images absolument somptueuses, et ne masque rien de la réalité de ce que fut la préparation de cette expédition durant un an. Le point de départ, les premiers tests physiques (sera-t-il apte à supporter l’altitude ?), la découverte de la montagne avec le guide Mathis Dumas pendant 3 semaines du côté de Chamonix, puis l’arrivée au Népal, l’approche, le premier sommet avant l’Everest, la détermination sans faille du Youtubeur, ses doutes aussi, puis enfin l’assaut du toit du monde, et l’émotion de la réussite. Bien sûr, on ne peut pas prétendre devenir « alpiniste » en un an, et derrière ce défi, il y a un business, mais force est de constater qu’Inoxtag s’est arraché physiquement et moralement pour parvenir à atteindre son but.

Voir le film Kaizen, 1 an pour gravir l’Everest

Les derniers articles

À peine rentré en Norvège après son exploit dans les Alpes, où il a relié les 82 sommets de plus de 4000 mètres en 19 jours, Kilian Jornet, reposé et détendu, est revenu sur sa performance. Interview.

Kilian, comment te sens-tu aujourd’hui ?

Kilian Jornet : Franchement, ça va ! Je suis rentré directement en Norvège et j’ai pris quelques jours de repos, et physiquement je pense qu’on a bien géré le truc parce que je n’ai pas perdu de poids. J’ai le même poids au début de Sierre-Zinal qu’à la fin des Écrins, donc ça veut dire que sur le plan métabolique j’ai réussi à bien récupérer de jour en jour. Donc, sur le plan physique, en dehors d’une côte cassée durant une traversée, ça va, je n’ai eu aucune douleur dans les pieds ou dans les mains.

Est-ce que tu t’étais fixé un objectif en nombre de jours ?

Kilian Jornet : Je n’avais pas fixé d’objectif, parce que ça dépend tellement des conditions. J’avais prévu des temps de passage qui étaient possibles avec des conditions parfaites, et qui se faisait en 15 jours. Et c’est en fait ce qui s’est passé si on enlève les jours de mauvais temps et les jours où j’ai dû changer de parcours à cause du mauvais temps, comme dans l’Oberland. Après, je savais bien que je n’aurais jamais jamais des conditions parfaites tout le long, du beau temps, de la glace dure, de la roche qui ne se détache pas trop… C’est impossible. C’est pour ça que je n’avais pas d’objectif de temps, mais uniquement des prévisions pour savoir où est-ce que je pourrais prendre un peu de temps pour manger ou dormir… 

Comment te sentais-tu le dernier jour, sur le plan énergie ?

Kilian Jornet : Physiquement, j’aurais pu continuer. La journée au Grand Paradis par exemple, je me sentais très bien, très en forme. Même aux Écrins, ça allait. Mais il y a aussi aussi un côté plus mental, émotionnel. Le plus dur, quand on met à part le côté physique, mais je m’étais entraîné pour ça, c’est de rester attentif et être très concentré tout le long. Ça demande beaucoup d’énergie ! À la fin de l’étape du Mont-Blanc, par exemple, j’étais bien content de finir. 

Alpine Connections - Stage 6 Valais - A Visuals
Alpine Connections – Stage 6 Valais – A Visuals

As-tu eu le sentiment de prendre des risques ?

Kilian Jornet : Je n’ai pas l’impression d’avoir pris des risques incontrôlés, j’ai essayé de tout contrôler, mais c’est vrai que les étapes de l’Aiguille Verte et des Droites, c’était bien chaud toute la journée, avec pas mal d’éboulements et des décisions un peu chaudes. Mais je savais bien que les conditions en fin d’été seraient ainsi. Ce qui était positif dans le fait de faire ce projet en fin de saison, c’est que sur les glaciers, on voyait bien les trous et les crevasses. Mais d’un autre côté, au niveau des rimayes et de la stabilité des cailloux, c’était bien pourri. Je savais que j’allais rencontrer ces risques-là, c’est pour ça que ces journées-là, j’étais content quand elles se finissaient. Et je n’avais pas envie de les refaire.

Quel est le niveau d’escalade le plus dur que tu aies effectué en degré technique ?

Kilian Jornet : Je pense que c’est la traversée des Aiguilles du Diable, c’est du 5C. Après c’est du super bon rocher donc ça passe très bien. Après il y a des endroits comme par exemple, sur l’arête des Droites, pour bien rester sur le fil, ou sur sur le Grand Pilier d’Angle, pour éviter les zones d’éboulement et rester bien protégé, c’était des endroits assez techniques et dangereux. 

Noa Barrau-ALPS-Stage-14-2
Noa Barrau-ALPS-Stage-14

Est-ce que tu peux envisager un enchaînement similaire en Himalaya ?

Kilian Jornet : Oui, ça serait faisable et j’y pense souvent. Peut-être pas avec la même distance parce qu’avec l’altitude tu avances beaucoup plus lentement, mais dans la philosophie, c’est envisageable de faire des projets comme ça à l’avenir.

Pourquoi es-tu resté aussi discret sur ce projet Alpine Connexions ? Tu n’en as pas parlé avant début août !

Kilian Jornet : Je voulais rester concentré sur Sierre-Zinal, et je savais que si je parlais de ce projet on aurait discuté que de ça, et je n’aurais pas pu me concentrer sur la course. J’ai donc préparé Sierre-Zinal et après la course, j’ai coupé les réseaux donc je ne savais pas ce que les gens disaient. (Rires.)

Justement, il y a des rumeurs qui disaient que tu voulais hacker l’UTMB en faisant ton projet aux mêmes dates… 

Kilian Jornet : Je pense que ce sont des conneries ! Déjà, vouloir faire une comparaison entre ce projet qui comporte des risques énormes, et une course comme l’UTMB, c’est n’importe quoi. Je n’allais pas jouer ma vie pour ça. Dans ma décision de faire ce projet à cette période, il y avait le fait que je voyageais avec ma famille à Sierre-Zinal, et que je voulais profiter de ce voyage pour faire ça, et que je le faisais en fonction de la météo. Donc, après la course, j’ai attendu d’avoir une fenêtre météo plus ou moins favorable pour me lancer.

Et le choix de le faire à la fin de saison, comme je le disais, c’était par rapport aux glaciers. Comme j’ai fait la plupart des étapes tout seul, je préférerais que les glaciers soient secs pour voir un peu plus les trous et les crevasses, même si je savais qu’au niveau des rimayes et des chutes de pierres, ce serait un peu plus compliqué. 

Kilian Jornet Alpine Connections
Alpine Connections

Ouvrir de nouvelles voix, comme le fait Benjamin Védrine, avec beaucoup de technicité, est-ce que cela t’intéresse ?

Kilian Jornet : Moi j’aime quand il y a du mouvement, donc quand ce n’est pas trop difficile et qu’on peut bouger. 

Qu’est-ce que tu retires de cette expérience au niveau personnel, en tant qu’homme et coureur ?

Kilian Jornet : Il y a des moments, comme la montée du Weisshorn avec le coucher de soleil, la sensation de fuir, les paysages, c’est ça que je retiens : ce sont des instants précieux. 

Tu as accumulé de nombreux datas au cours de ces 19 jours. Qu’est-ce que tu en attends ?

Kilian Jornet : On a pris énormément de données, que ce soit au niveau du microbiote, au niveau sanguin, des données cognitives avec la pupillométrie, On va mettre plusieurs mois à rassembler tous ces datas, et plusieurs mois encore à tous les analyser, mais ça va être intéressant d’essayer de comprendre où est-ce que physiologiquement, métaboliquement et cognitivement on change. Est-ce qu’on change au niveau épigénétique ? Y a-t-il des adaptations pendant ce type d’effort ? Je n’attends rien de précis, j’attends de voir si cela montre quelque chose.

Quand tu as parlé de ce projet à tes amis alpiniste, Matheo Jacquemoud, Michel Lanne, comment ont-ils réagi ? Ont-ils essayé de te dissuader ?

Kilian Jornet : Non, pas du tout. J’avais déjà bien travaillé le parcours et quand je l’ai expliqué, c’était déjà bien réfléchi. Je les ai consultés plus pour savoir ce qu’ils pensaient de certains passages que j’avais imaginés, eux, ils connaissaient mieux les sommets que moi et pouvaient me donner des conseils sur par où passer, comment aborder par exemple l’arête du Diable. C’était vraiment des choses très concrètes, plus qu’un avis sur l’ensemble du projet. 

Alpine Connections - Stage 5 - A Visuals 3
Alpine Connections – Stage 5 – A Visuals

Comment expliques-tu qu’un alpiniste comme le Suisse Ueli Steck, qui était vraiment très rapide, ait mis 62 jours pour gravir les 82 sommets, et toi seulement seulement 19 ? Pourquoi une telle différence ?

Kilian Jornet : Déjà, je pense que parler de record n’a pas beaucoup de sens sur des projets comme ça, car c’est toujours toujours différent par rapport aux conditions et aux façons d’aborder le projet. Ueli avait utilisé le parapente par exemple. En terme de projet, ça ressemble plus à Nicolini et Giovannini (les deux alpinistes italiens Franco Nicolini et Diego Giovannini ont mis 60 jours pour grimper les 82 4000 dans les mêmes conditions que Kilian Jornet, sans utiliser de véhicule motorisé, en 2008, NDLR).

Mais la grosse différence, elle est plus dans le concept. La façon dont ils ont abordé la chose, c’était d’aller dans un massif et d’en grimper tous les sommets. Bien sûr, il y avait quelques enchaînements logiques, mais ensuite ils allaient dans un autre massif, et ils montaient tous les sommets. Bon, il y a des sommets isolés, comme Piz Bernina, Combin, Grand Paradiso et Écrins, mais le reste, ça fait trois gros massifs, Oberland, Valais et massif du Mont-Blanc. Et dans ces massif, pour moi, l’idée, c’était de trouver une ligne qui me permettait, à partir du moment où je quittais la vallée, de rester tout le temps en montagne et de faire un parcours assez logique en suivant les crêtes pour ne redescendre que quand les sommets étaient faits.

Cela supposait que je dormais dans des refuges ou des bivouacs, mais je ne redescendais jamais en vallée. Cela permet d’aller beaucoup plus vite, parce que tu parcours beaucoup moins de distance. Mais d’un autre côté, ce sont des journées beaucoup plus longues parce que tu ne peux pas descendre et dormir, et ce sont des conditions plus difficiles, parce que tu ne parcours pas tout le temps des voies normales, et qu’il y a des portions que tu dois faire de nuit, d’autres quand il fait trop chaud. Je pense donc que la différence de temps n’est pas par rapport au physique, mais à la conception du projet.

Tu as fait une partie des sommets accompagné. C’était ceux que tu ne connaissais pas ? 

Kilian Jornet : J’ai dû faire entre 35 et 40% de sommets accompagné, le reste tout seul. Et les parties que je ne connaissais pas, comme l’Oberland où je n’étais jamais allé à part sur la face Nord de l’Eiger que j’avais fait avec Ueli Steck, mais qui ne faisait pas partie du projet, je les ai faites tout seul. Le fait d’être accompagné, c’était aussi pour me changer mentalement, pour être plus relaxe, et ne pas avoir à réfléchir tout le temps au parcours. Cela m’a permis d’avoir un relâchement mental qui était important. 

Comment as-tu réussi à rester concentré et précis pendant 19 jours avec si peu de sommeil ?

Kilian Jornet : C’est un de mes acquis que de savoir rester calme et concentré pendant longtemps dans des situations comme ça. Je suis très habitué à aller seul en montagne en Norvège, donc j’ai cette habitude de faire attention tout le temps. Pour moi c’est une des clés de ce type de projet. Mais cela peut aussi être dangereux, car quand tu es seul tout le temps, tu apprends à trouver les solutions pour te sortir de certaines situations, mais d’un autre côté, la prise de risque existe.

Nick Danielson-ALPS-Stage-7-Valais2-25
Nick Danielson-ALPS-Stage-7-Valais

Quel est ton regard sur l’état des Alpes et des glaciers ?

Kilian Jornet : Cela faisait sept ou huit ans que je n’étais pas venu dans les Alpes pour grimper, et j’ai quand même été bien étonné par le changement qu’il y a eu, notamment par rapport aux courses qui étaient toujours en neige ou en glace, comme par exemple l’arête de Bionnassay ou la partie finale de la Dent Blanche, et qui sont maintenant mi-rocher. Cela m’a quand même bien surpris. J’ai été aussi surpris par les éboulements et les chutes de pierres. Ça a toujours existé, c’est très fréquent, mais pour certains sommets comme la Verte, la Droite, ça a complètement changé la physionomie de la montagne. L’arête du Moine n’existe plus, c’est du sable !

Dans les années 80, il y avait des alpinistes qui étaient précurseurs et allaient très très vite dans les ascension des faces Nord, comme Christophe Profit ou Éric Escoffier. À l’époque, ça avait suscité une polémique, parce que finalement ils réduisaient l’ascension d’une face Nord à 24 heures et certains les avaient accusés d’avoir tué l’alpinisme. Est-ce qu’en réduisant la traversée des Alpes à 19 jours, tu ne tues pas un peu le rêve ?

Kilian Jornet : C’est une discussion qui existe depuis toujours, on voyait déjà ça dans les récits du début du siècle précédent. L’homme aime bien discuter, même si le fond de la discussion n’est pas important. Là, je pense que c’est juste pour discuter. Dans l’alpinisme, on parle beaucoup de difficulté, et la vitesse est un des moyens d’accéder à cette difficulté. 

As-tu suivi une préparation spécifique pour ce projet ?

Kilian Jornet : Pas spécifique dans le sens où, les cinq dernières semaines avant le départ, on prépare ça ça et ça. C’est une préparation au long terme, qui demande d’acquérir les capacités techniques et de savoir-faire avec les cordes, les crampons. C’est beaucoup d’expérience, ça prend des dizaines d’années pour être capable de maîtriser ces techniques, et au niveau mental, d’être capable de faire du solo quand il fait mauvais et que les conditions sont un peu pourries. En Norvège, on s’entraîne souvent souvent dans du mauvais temps donc je me suis habitué à être confortable dans ces situations. Après, il faut être en forme. Mais ça, c’est comme pour les courses. J’avais fait une préparation spécifique pour Sierre-Zinal, mon hygiène de vie était bonne, ma santé était bonne, et j’ai continué juste après la course donc ça allait. 

Nick Danielson-ALPS-Stage-10-GrandCombin-13
Nick Danielson-ALPS-Stage-10-GrandCombin

Quand tu pars sur des étapes de 30 à 32 heures, comment gères-tu la nutrition ?

Kilian Jornet : C’est une des difficultés parce que dans un sac de montagne, tu ne peux pas amener grand-chose. Donc on essayait de manger bien et beaucoup quand on était en bas, avec des aliments, anti-inflammatoires, de la protéine de qualité, des aliments riches en probiotiques, et quand j’étais en montagne, je partais avec 1 litre d’eau qui, parfois, pouvait me durer 20 heures, parfois moins, et je remplissais dans les refuges.

J’ai essayé surtout de manger par rapport au rythme circadien. Par rapport à une course où il faut manger tout le temps beaucoup beaucoup beaucoup, ici comme c’est très long j’essayais de manger quatre ou cinq fois dans la journée, en partant avec des choses qui allaient bien, comme des sandwiches spéciaux avec une crème à base de légumes, des fruits secs, du fromage frais… Et après, il y avait aussi ce qu’on trouvait dans les refuges. Mais je savais que je n’arriverais jamais à manger ce que j’avais dépensé en calories.

Quand on a accompli des performances pareilles, a-t-on encore la motivation pour aller courir un Zegama ou un Sierre-Zinal ?

Kilian Jornet : Oui, et ce qui me motive pour aller faire des courses comme ça, c’est qu’il y a toujours un gros niveau. Ça me motive de pouvoir dire « allez les jeunes, on est encore là ! » et ça me motive aussi pour m’entraîner. Après, c’est pas la même émotion qu’il y a 20 ans de gagner ces courses-là. Et c’est pour ça que je ne fais pas 20 courses dans l’année. Mais cette année, à Sierre-Zinal c’était top, avec une belle bagarre jusqu’à la fin.

Tu as déjà une énorme carrière derrière toi. Comment tu te projettes dans 10 ans ?

Kilian Jornet : Je ne me projette pas. Je profite au jour le jour, et j’aimerais bien continuer à profiter de la montagne, mais plus lentement, c’est sûr.

Kilian Jornet Connections
Alpine Connections
Les derniers articles

Le 13 août 2024, Kilian Jornet s’est lancé dans le projet le plus difficile de sa carrière sur les plans physique, mental et technique. En 19 jours, il a gravi les 82 sommets de plus de 4000 mètres répertoriés dans les Alpes, tout en ayant parcouru 1207 kilomètres et avalé 75344 mètres de D+ en 267 heures d’activité sans utiliser de véhicules motorisés. C’est dans les Écrins qu’il a achevé le 31 août un voyage qui restera à jamais gravé dans sa mémoire, l’un des plus grands défis qu’il ait jamais relevés en raison de l’exposition, de la difficulté technique et de la concentration qu’il a nécessité.

Dans un mélange de course à pied, d’alpinisme, d’escalade et de cyclisme, Kilian Jornet a réuni dans ce projet tout ce qui le passionne : admirer la majesté des montagnes, embrasser l’inconnu, rendre hommage à l’alpinisme et à ses mentors et continuer la recherche physiologique ainsi que le dépassement de ses limites physiques et mentales, tout en partageant l’expérience avec ses amis et sa communauté. En attendant le film de cet exploit retentissant, qui devrait sortir en 2025, nous vous partageons 6 séquences issues des premiers rushs de cette aventure hors du commun, aimablement transmises par l’équipe du Patron. Du Kilian comme on l’aime, simple, humble et déterminé.

Pour tout savoir sur les précédents records des 82 4000m, c’est ICI

19 jours pour 82 sommets de plus de 4000m : un exploit « impossible »

Partant du Piz Bernina (4049 m) en Suisse et terminant à la Barre des Écrins (4102 m) en France, Kilian Jornet a repoussé ses limites physiques et mentales dans une démonstration de technique, de planification, de précision et d’adaptation difficile à comprendre pour ceux qui n’ont jamais fait d’alpinisme. En chemin, le Patron a gravi certaines des montagnes les plus emblématiques des Alpes, comme le Mont Rose (4634 m), le Cervin (4478 m), l’Aiguille Verte et le plus haut de tous, le Mont Blanc (4809 m).

Lorsque Kilian Jornet s’est élancé dans le village de Saint-Moritz, en Suisse, le 13 août, il ne savait pas jusqu’où il pouvait aller. Son objectif était bien de relier tous les sommets, mais il a décidé de le faire au jour le jour. C’est ce qui l’a amené à structurer le projet en étapes, lui permettant de les gérer physiquement, mentalement et logistiquement.

Lire l’article consacré à cette aventure ICI

Noa Barrau-ALPS-Stage-14-2
Certains sommets ont nécessité une grande maîtrise de l’alpinisme sur rocher. Photo Noa Barrau.

Alpine Connections : Michel Lanne admiratif

Lorsque Kilian Jornet a parlé à son projet à son ami alpiniste et traileur de très haut niveau Michel Lanne, victorieux de la CCC en 2016, de la TDS en 2017 et sauveteur en montagne au sein du PGHM, celui-ci s’est interrogé. Il raconte le côté démentiel du défi, mais aussi l’homme incroyable qu’est le Patron, et l’immense respect qu’il lui inspire :

« Ce printemps, quand il m’explique le détail de ce projet, je suis à la fois conquis par l’idée, mais assez perplexe quant à la faisabilité d’un tel exploit. Sauf que ce vieux pote avait tout prévu, absolument tout ! Il m’envoie alors les itinéraires, les timings, les sommets, l’équipement prévu, et même son plan de nutrition pour un peu plus de 2 semaines. Connaissant l’animal, je comprends que sa détermination est totale, que ce projet de titan lui correspond complètement, et qu’il est le seul capable de réaliser un tel exploit. Dans le milieu, on parle souvent de chasse aux 4000. En ce qui concerne Kiki, cet enchaînement semblait tellement logique et naturel, que je qualifierais ça de cueillette de 4000 !

Les chiffres permettent peut-être de comprendre l’ampleur de ce qu’il vient de réaliser… Mais au-delà de la performance physique colossale, c’est l’aspect mental et psychologique qui m’a le plus frappé. Malgré des journées monstrueusement longues et éprouvantes, malgré la fatigue et le peu de sommeil, il a su faire preuve d’une vigilance de chaque instant, a su gérer la tension nerveuse, le risque et l’effort, en gardant en permanence une lucidité, une clairvoyance, une anticipation et une vigilance hors norme. Et repartir chaque nuit avec le sourire, heureux et avide de profiter de la montagne. Et ce dont je suis certain aujourd’hui, c’est que pendant ces 19 jours, tu as déroulé cette magnifique partition sans aucune fausse note. Tu étais simplement à ta place, dans ton milieu naturel. Chapeau bas l’ami ! »

Kilian Jornet Alps
Malgré la fatigue, un homme heureux. Photo Alpine Connections / DR

Alpine Connections : un projet scientifique

La passion de Kilian Jornet pour la science et les connaissances scientifiques l’a également amené à surveiller et mesurer rigoureusement divers paramètres physiques qui, une fois analysés, permettront de mieux comprendre les réactions du corps dans des situations comme celles qu’il a vécues et d’utiliser les données pour de futures études. La Fondation Kilian Jornet a également joué un rôle important dans ce vaste projet. Les Alpes sont un excellent exemple qui illustre les impacts du changement climatique et de la dégradation de l’environnement. Le projet Alpine Connections est donc également un moyen de créer une prise de conscience et de réfléchir à notre rôle dans cette transformation.

Ainsi, au cours du parcours de Kilian, la fondation a collaboré avec plusieurs experts dans des domaines tels que les glaciers, le permafrost, l’alpinisme et la pollution de l’air, pour contribuer à fournir des informations sur les effets du changement climatique et la dégradation des ressources naturelles, ce dont Kilian Jornet a fait l’expérience directe. Au cours de ce voyage intense, il a constaté une fois de plus que la protection des écosystèmes uniques des Alpes garantit que les générations futures pourront continuer à tester leurs limites dans ces paysages inspirants, comme il l’a fait au cours des 19 derniers jours.

Source Instagram Kilian Jornet
Source Instagram Kilian Jornet

Alpine Connections étape 4 : salade de cailloux et enchaînement vélo [vidéos]

Une petite séquence de descente dans les cailloux, filmée en drone. Ce jour-là, Kilian Jornet, accompagné de Mathéo Jacquemoud, sont partis à 3h30 du matin pour gravir le Lagginhorn par la voie sud (4010m), puis le Weissmies (4017m), parcourant 30 km et 3381m D+ en 8h, malgré des conditions climatiques peu favorables. Après ces 2 sommets, Kilian Jornet a rejoint son point de rendez-vous pour une courte pause restauration, puis a enchaîné avec un déplacement en vélo pour rallier le point de départ de l’étape suivante. Hélas, il a dû stopper sa progression tout le reste de l’après-midi, le temps s’étant dégradé. À la fin de cette journée, il totalisait alors 12 sommets.
Vidéo Joel Badia / Alpine Connections

Voir la vidéo de la descente dans les cailloux ICI

Voir la vidéo de l’enchaînement running / vélo ICI

Source Instagram Kilian Jornet 2
Source Instagram Kilian Jornet

Alpine Connections étape 6 : gros rythme et mauvais temps [vidéo]

Pour sa deuxième étape dans le Valais, Kilian Jornet a commencé avec de nouveau Mathéo Jacquemoud en reliant les sommets du Lenzspitze (4294m), du Dom (4545m) et du Täschhorn (4491m), avant de rejoindre le guide et traileur catalan Genis Zapater. Ils ont gravi ensemble 4 sommets supplémentaires, puis se sont arrêtés à la cabane du Monte Rosa, un refuge de montagne du Club alpin suisse situé à 2882 m d’altitude dans le canton du Valais. Dans cette séquence, on peut voir Kilian en compagnie de sa mère, puis évoquant l’enchaînement Lenzspitze / Dom / Täschhorn, le plus technique du jour, avant de partir sous la pluie à l’assaut des montagnes. Cette étape de 48 km et plus de 6000m D+ a duré 21 heures non stop. Elle a permis à Kilian Jornet d’ajouter 7 sommets supplémentaires à son actif, pour atteindre 23.
Vidéo Nick Danielson / Alpine Connections

Voir la vidéo du départ de l’étape 6 ICI

Source Instagram Kilian Jornet 3
Source Instagram Kilian Jornet

Alpine Connections étape 8 : en route vers le Cervin [vidéo]

C’est avec un énorme « morceau » que Kilian Jornet a débuté sa 8ème étape : le mythique Cervin (4478m), aussi connu sous le nom de Matterhorn. Le Patron connaissait ce sommet pour l’avoir déjà gravi par sa face nord lors de sa dernière venue dans la région en 2013, en 2h 52mn 02s, mais celle-ci, extrêmement technique, n’était bien sûr pas au programme du jour. Parti à 7h du matin du refuge de Hörnlihütte, situé sur la crête nord-est du Cervin à une altitude de 3 262 mètres, il a gravi le Cervin en solitaire puis a été ensuite rejoint par Mathéo Jacquemoud pour gravir la Dent d’Hérens (4173m) et Genis Zapater pour la Dent Blanche (4358m) et la descente vers le refuge de Schönbielhütte.

Une étape de plus de 18 heures et 3 sommets gravis pour porter son total à 44 depuis le début de l’aventure Alpine Connections. Dans cet extrait vidéo, on peut voir la préparation au refuge et le départ de Kilian Jornet en direction du Cervin, accompagné un temps par le caméraman Nick Danielson, qui laissera ensuite Kilian grimper seul vers le sommet.
Vidéo Nick Danielson / Alpine Connections

Voir la vidéo de l’étape 8 et du départ vers le Cervin ICI

Source Instagram Kilian Jornet 4
Source Instagram Kilian Jornet

Alpine Connections étape 10 : la traversée du Grand Combin [vidéo]

Kilian Jornet a commencé sa journée par un trajet à vélo de 110 km de Zinal à Bourg Saint-Pierre, ce qui lui a pris la plus grande partie de la matinée. C’est ensuite accompagné du Suisse Alan Tissières, ancien coureur en ski alpinisme maintenant guide de haute montagne, qu’il a gravi le Grand Combins, plus technique que ce qu’il pensait. La montagne, que Kilian décrit comme très belle, est en effet également très dangereuse en raison de nombreuses chutes de roches, rendant la navigation peu aisée.

Dans cette vidéo, on peut voir le Patron se préparant à partir avec Alan Tissières juste après sa liaison en vélo, après avoir laissé ce dernier au van d’assistance. Les images somptueuses permettent d’accompagner les deux hommes jusqu’au Combin de Valsorey au coucher du soleil. Ils ont ensuite poursuivi de nuit sur le glacier jusqu’au Grand Combin et au Combin de la Tsessette, pour inscrire 3 nouveaux sommets au compteur de Kilian Jornet, avant de redescendre à Bourg Saint-Pierre vers 2h30 du matin. Le projet Alpine Connections affichait alors 51 sommets et Kilian s’apprêtait à quitter les Alpes valaisannes pour rejoindre le massif du Mont-Blanc.
Vidéo Nick Danielson / Alpine Connections

Voir la vidéo de l’étape 10 du Grand Combin ICI

Alpine Connections : le bilan de Kilian Jornet [vidéo]

C’est un Kilian Jornet détendu qui, après 19 jours d’efforts d’une rare intensité, est apparu pour une courte déclaration. Celle d’un homme calme, posé, qui vient de réaliser l’un des plus grands exploits de l’alpinisme de vitesse. En reliant les 82 sommets de plus de 4000 mètres des Alpes en 19 jours sans utiliser de véhicules motorisés, Kilian Jornet a pulvérisé l’ancien record détenu depuis 2008 par deux alpinistes italiens, qui était de… 60 jours.

Voir la déclaration finale de Kilian Jornet ICI

Source Alpine Connections / DR
Les derniers articles

Parti le 13 août de Pontresina, en Suisse, pour son projet Alpine Connections visant à relier un maximum de sommets de plus de 4000 mètres des Alpes par ses seuls moyens physiques (marche / running / escalade et vélo), Kilian Jornet a terminé son aventure le 31 août dans le Massif des Écrins, soit les 82 sommets répertoriés en seulement 19 jours. Le précédent record était de 60 jours. Tout simplement surhumain !

Kilian Jornet de cime en cime

Il y a des « coïncidences » qui en disent long. Le 31 août 2024, alors que le monde du trail était réuni à Chamonix pour découvrir le nom des vainqueurs de l’UTMB 2024, Kilian Jornet a tutoyé les cieux et est entré un peu plus dans la légende en mettant la touche finale à l’un des exploits les plus retentissants de ce siècle d’alpinisme. Qui aurait pu imaginer cela, le 13 août dernier, 3 jours après sa 10ème victoire à Sierre-Zinal ? Alors laissez-vous emporter et savourez l’exploit du Patron, jour après jour…

La première étape de son périple au départ de Pontresina, le 13 août, lui a permis de réaliser son premier sommet, et de parcourir 242km et 6557m D+ en plus de 15h30 d’activité (marche / course / escalade / vélo), s’octroyant 4 heures de sommeil seulement. Il a enchaîné dans l’Oberland pour une deuxième étape de 37,5 km, 4496m D+ à pied et 3 sommets supplémentaires, bouclés en un peu plus de 17h, avec 3h30 de sommeil. Kilian Jornet a ensuite enchaîné 34h45 d’activités (dont du vélo), 143km et 8778m D+, entrecoupés de seulement 3h15 de sommeil, pour collecter 6 sommets de plus dans l’Oberland, portant son total à 10 en 4 jours.

Alpine connections_stage 1_Nick Madelson3
Alpine connections_stage 1_Nick Madelson

Quittant l’Oberland, Kilian Jornet est parti vers les Weissmies, pour la première d’une longue série d’étapes dans les Alpes valaisannes, où il a parcouru 35,5km et 3641m D+ pour ajouter 2 sommets à son total. Sagement, il s’est octroyé 7 heures de sommeil avant de continuer en Valais, où se situe une grande quantité de sommets de plus de 4000 mètres. Sa seconde étape, en 8h40, lui a permis de conquérir 4 sommets de plus, sur 23,75km et avec 3245m D+, puis une troisième de 21h30 avec 7 sommets supplémentaires, 47,7km parcourus et 6140m D+. Côté compteur, 23 sommets étaient alors validés, pour 532km de déplacement et 32857m D+ en 7 jours.

Alpine connections_stage 3_Nick Madelson1
Alpine connections_stage 3_Nick Madelson
Alpine connections_stage 4_DAVID ARINO1
Alpine connections_stage 4_DAVID ARINO

Kilian Jornet et le Spaghetti Tour

Mais c’est surtout la quatrième étape en Valais, longue de 46,5km et 4907m D+, qui a étonné tout le monde, avec 18 sommets conquis en 17h45 d’activités et 3 heures de sommeil. Comment une telle prouesse était-elle possible ? Tout simplement parce que cette étape correspondait au « Spaghetti Tour », une randonnée d’alpinisme bien connue en Valais qui permet de grimper 18 sommets et se fait généralement en 4 ou 5 jours pour des alpinistes confirmés.

Avec un Spaghetti Tour réalisé en une journée, Kilian Jornet a atteint un total de 41 sommets, soit la moitié des 82 sommets de plus de 4000 mètres que comptent les Alpes. Le projet Alpine Connections, initialement présenté comme l’idée de connecter « le plus de 4000m possible » dans les Alpes par les seuls moyens physiques (à pied et en vélo), devenait de plus en plus clair : le « Patron » avait en tête de battre le record de 60 jours détenu par les alpinistes italiens Franco Nicolini et Diego Giovannini depuis 2008. Et, avec 41 sommets en 9 jours, il était bien parti pour pulvériser ce record, même si les sommets les plus techniques, dans le Massif du Mont-Blanc, l’attendaient encore.

Alpine Connections - Stage 5 Valais - Nick Danielson
Alpine Connections – Stage 5 Valais – Nick Danielson
Alpine Connections - Stage 6 Valais - A Visuals
Alpine Connections – Stage 6 Valais – A Visuals

Dernières étapes en Valais avant la traversée du Grand Combin

7 sommets restaient alors à gravir en Valais. C’est ce qu’a fait Kilian Jornet en 2 étapes. Lors de sa 8ème étape, longue de 30,8km et 4142m D+ et réalisée en 18h08, il en a conquis 3, puis 4 de plus lors de la 9ème étape, longue de 36,8km pour 4297m D+ et réalisée en 18h30. Avec respectivement 3 et 2 heures de sommeil seulement, Kilian Jornet venait de boucler tous les 4000 du Valais et affichait au compteur un total de 48 sommets pour une distance totale parcourue de 646km et 46203m D+ en 11 jours.

Nick Danielson-ALPS-Stage-7-Valais2-25
Nick Danielson-ALPS-Stage-7-Valais

La 10ème étape, basée sur 134km de déplacement (avec du vélo) et 4276m D+, a permis à Kilian Jornet d’effectuer la traversée du Grand Combin et de totaliser 3 pics supplémentaires avant de faire une « petite » étape de transition de 45km pour rejoindre le massif du Mont-Blanc. Le Catalan s’est alors offert une journée de repos complet au Camping « La Sorgente » à Courmayeur, avant de reprendre les choses sérieuses dans la nuit du 13ème au 14ème jour.

Nick Danielson-ALPS-Stage-10-GrandCombin-13
Nick Danielson-ALPS-Stage-10-Grand Combin

Kilian Jornet à l’assaut des grandes Jorasses

C’était une des étapes les plus redoutables et redoutées par le Patron. Mardi 27 août, pour sa 12ème étape et première dans le massif du Mont-Blanc, Kilian Jornet a conquis 8 sommets de plus de 4000 mètres, dont ceux des fameuses Grandes Jorasses. Accompagné de trois amis alpinistes chevronnés, il a gravi entre autres la Pointe Walker, la Pointe Whymper et la Pointe Croz, pour porter son total de sommets de plus de 4000 mètres à 59.

Kilian Jornet a ensuite poursuivi mercredi pour une 13ème étape en solo et conquis 4 sommets de plus. Parmi eux, l’Aiguille Verte et Les Droites, pour un score total grimpant à 63 sommets ! « On dit que vous devenez un alpiniste quand vous avez gravi l’Aiguille Verte, a commenté Kilian dans une vidéo qu’il a lui-même réalisée et postée sur les réseaux sociaux. J’y suis déjà venu, et c’est toujours aussi beau », s’est-il réjoui en filmant son arrivée et le panorama exceptionnel qu’il a pu découvrir, par un temps totalement dégagé. Il ne lui restait alors plus « que » 19 sommets à conquérir pour boucler son incroyable aventure.

Photo Nick Danielson
Photo Nick Danielson

Kilian Jornet en mode turbo sur le toit de l’Europe

Lors de sa 14ème étape, tout s’est accéléré ! Le patron a mis le turbo pour conquérir le toit de l’Europe et tous les 4000 alentours, soit 41km et 4950m D+ en 29h30 pour conquérir 16 sommets !

L’étape a débuté à 4h45 du matin avec Mathéo Jacquemoud et Noa Barrau sur la crête du Diable, que Kilian a décrite comme l’une des plus belles ascensions qu’il ait jamais faites, à la fois très technique et visuellement époustouflante. Cet itinéraire a amené l’équipe à franchir la Corne du Diable (4064 m), la Pointe Chaubert (4074 m), la Pointe Médiane (4097 m), la Pointe Carmen (4109 m) et L’Isolée (4114 m). De là, ils ont continué jusqu’au Mont Blanc (4808 m), le sommet le plus haut et sans doute le plus emblématique des Alpes. Avant de l’atteindre, ils ont gravi le Mont Blanc du Tacul (4248 m) et le Mont Maudit (4465 m). Ils ont ensuite gravi le Dôme du Goûter (4304 m) et l’Aiguille de Bionnassay (4052 m), avant que Jacquemoud et Noa Barrau terminent leur partie du voyage.

Noa Barrau-ALPS-Stage-14-2
Noa Barrau-ALPS-Stage-14
Nick Danielson-ALPS-Stage-14-3
Nick Danielson-ALPS-Stage-14

Un deuxième Mont Blanc en solo pour le Patron

Kilian Jornet a continué en solo pendant la deuxième partie de l’étape, gravissant à nouveau le sommet du Mont Blanc au retour pour descendre ensuite via la crête du Brouillard, qui comprend le Monte Bianco de Courmayeur (4748 m), le Picco Luigi Amedeo (4467 m), le Mont Brouillard (4069 m) et la Punta Baretti (4013 m). « Le coucher du soleil là-haut est un moment que je n’oublierai jamais », a déclaré le Catalan, toujours sensible à la beauté du monde. Après 20 heures de montée, Kilian a fait une pause de 4 heures au bivouac d’Eccles, en attendant de meilleures conditions avant d’attaquer quelques passages techniques sur le Grand Pilier d’Angle (4243 m) et l’Aiguille Blanche de Peuterey (4112 m).

Kilian Jornet a terminé l’étape en retournant au Camping « La Sorgente » à Courmayeur, propriété de l’alpiniste Matteo Pellin, qui l’a grandement aidé par sa connaissance de la région. Après 14 étapes, Kilian Jornet pouvait être satisfait : à un rythme d’enfer, il avait gravi 79 des 82 sommets des Alpes, parcouru 918km et 64657m D+ en 17 jours, avec une moyenne globale de 4h47 de sommeil par jour.

Le Grand Paradis de Kilian Jornet

Au cours de la 15ème étape du projet Alpine Connections, Kilian Jornet a atteint le sommet du Grand Paradis (4061 m), un sommet situé dans le Parc National du Grand Paradis, qui s’étend sur les régions de la Vallée d’Aoste et du Piémont. Kilian Jornet est parti tôt le matin avec Mathéo Jacquemoud et Vivien Bruchez, un ami de longue date avec qui il a partagé de nombreuses expéditions et skié en step quelques couloirs emblématiques des montagnes qu’il traverse aujourd’hui dans son projet. Après la section vélo, Vivien Bruchez, qui se remettait d’une blessure, est parti et le groupe a été rejoint par le coureur de trail Henry Aymond et la championne du monde de ski-alpinisme Emily Harrop.

Ensemble, ils se sont mis en route pour gravir le 80ème sommet de ce périple, qu’ils ont atteint en seulement 4 heures. Ce sommet était nettement moins technique que les sections rencontrées il y a quelques jours dans le massif du mont Blanc, qui permettaient des montées et des descentes rapides. Kilian Jornet a ensuite couru 21 km pour rentrer en France. Une fois à Val d’Isère, il s’est reposé pendant 7 heures, avant de partir vers le massif des Écrins écrire la fin de cette légendaire aventure.

David Arino-ALPS-Stage-15-7
Repos pour Kilian Jornet, et discussion avec sa mère et fidèle supportrice. Photo David Arino

82 sommets en 20 jours, un exploit absolu

C’est donc 19 jours après avoir quitté Pontresina, que Kilian Jornet a gravir les 2 derniers sommets de son aventure Alpine Connections dans le massif des Écrins, la Barre des Écrins (4101m) et le Dôme de Neige des Écrins (4015m), en compagnie de Benjamin Védrines. Tout un symbole, d’être accompagné par ce guide iconique du Massif des Écrins, détenteur du record de vitesse d’ascension du K2 au Pakistan, l’un des sommets les plus durs du monde culminant à 8611 mètres, en 10h 59mn 59s (le précédent record, 23h, était détenu depuis 1986 par Benoît Chamoux). En achevant son périple avec cet autre extra-terrestre des cimes, Kilian Jornet a réalisé l’un des exploits les plus retentissants de ce siècle en matière d’alpinisme, pulvérisant le record détenu depuis 2008 par la paire d’alpinistes italiens Franco Nicolini et Diego Giovannini, qui étaient venus à bout des 82 sommets de + de 4000 mètres en ne se déplaçant qu’à la force physique, à pied ou à vélo, en 60 jours, du 26 juin au 24 août.

Le Patron aura « juste » mis 3 fois moins de temps.

No comment.

Kilian Alpine Connections
Photo NNormal
Les derniers articles

C’est le 13 août, 3 jours après avoir remporté pour la 11ème fois la course Sierre-Zinal, que Kilian Jornet s’est élancé de Pontresina, en Suisse, pour son projet Alpine Connections. Bien sûr, il n’a jamais officiellement déclaré qu’il essayait de relier les 82 sommets de plus de 4000 mètres répertoriés dans les Alpes. Il essayait simplement, a-t-il annoncé, « d’explorer ses limites physiques, techniques et mentales en reliant les sommets de 4 000 mètres des Alpes ». Mais il est clair aujourd’hui que le Patron est parti à la conquête d’un nouveau record. Et, après 15 jours et 59 sommets gravis, il est évident qu’il va le pulvériser. Une performance inouïe, qui laisse la communauté de l’alpinisme sans voix. 

Kilian Jornet en approche du mont Blanc

Après une journée de repos du côté de Courmayeur, Kilian Jornet a repris son aventure alpine à mardi 27 août à minuit. Il avait alors gravi 51 sommets de plus de 4000 mètres et attaquait le massif du Mont-Blanc et ses 28 sommets, avant d’aller faire les 2 du massif des Écrins et de se diriger vers le Grand Paradis, en Italie, terme de sa quête. Ce départ de Courmayeur était un jour particulier, puisque le Catalan était entouré d’un groupe d’amis qui l’ont rejoint pour affronter les terrains redoutables de la route emblématique des Grandes Jorasses, point d’entrée imposé avant de filer vers le mont Blanc.

Une 12e étape de tous les dangers

Cette étape a été difficile et très technique, mais Kilian Jornet a tout de même réussi à gravir 8 nouveaux sommets de plus de 4000 mètres en un peu plus de 18 heures, couvrant plus de 28 kilomètres d’escalade et 4199m D+. Parmi les sommets qu’ils a gravis lors de cette étape figurent notamment la Pointe Walker (4208m), la Pointe Whymper (4184 m) et la Pointe Croz (4110 m). Les Grandes Jorasses posaient des défis techniques en raison de leur nature rocheuse et de leurs crêtes exposées. C’est la raison pour laquelle Kilian Jornet s’était entourés d’amis expérimentés connaissant bien la région, et destinés à l’accompagner pour les ascensions techniques du jour. Cette équipe, formée par Michel Lanne, entre autres vainqueur de la CCC en 2016 et de la TDS en 2017, Mathéo Jacquemoud et Bastien Lardat, a accompagné Kilian Jornet jusqu’au Refuge Torino, en Italie, proche de la pointe Helbronner, où tous les alpinistes ont décidé de s’arrêter et de laisser Kilian continuer en solo jusqu’au Refuge Couvercle, sur la commune de Chamonix. Unanimement, ils ont été étonnés de voir à quel point il était difficile de suivre Kilian Jornet, même après les 12 étapes d’efforts qu’il avait dans les jambes.

Comment Kilian Jornet s’est préparé ? 

En début d’année, Kilian Jornet avait annoncé son objectif : disputer 2 courses majeures, Zegama et Sierre-Zinal, et effectuer un « projet », sans donner plus de détails ; L’an dernier, il avait déjà effectué un « projet », en décidant au dernier moment, fin septembre, d’enchaîner 177 sommets des Pyrénées sur 485 km et 43000m D+ en 8 jours. Cet hiver, Kilian Jornet a donc mis sur pied un entraînement cohérent, ayant bénéficié d’un temps magnifique sur la côte ouest de la Norvège, avec de très bonnes conditions d’escalade sur glace et d’alpinisme qui lui ont permis de beaucoup grimper pendant 2 mois, avant de reprendre la course à pied au printemps, exceptionnellement chaud, sur des sentiers secs. Le choix de ne faire que 2 courses, fussent-elles mythiques, a également permis à Kilian Jornet d’en faire « moins ». « Quand je vais sur des courses, explique-t-il, il y a beaucoup de choses à faire. Et comme je suis introverti, être avec les gens me demande beaucoup d’énergie. En faisant moins de courses, je peux mieux m’entraîner, plus longtemps. Et cela me permet d’être plus concentré quand je viens sur une épreuve. » On a vu le résultat, avec 2 victoires sur les 2 courses disputées, dont un record tombé pour moins d’une seconde à Sierre-Zinal.

Kilian Jornet, la polyvalence pour mieux performer

Être capable de performer à la fois sur des courses très relevées et sur des projets comme les Pyrénées 2023, les ascensions himalayennes ou Alpine Connections cette année, demande une extrême polyvalence. Mais c’est justement cette polyvalence qui le rend plus fort. « La polyvalence, cela se travaille sur le long terme, explique le Patron. C’est le résultat d’années d’entraînement. Ensuite, quand je veux me préparer pour un projet, j’ai besoin d’avoir de la spécificité. Mais la spécificité, c’est à court terme. Pour être en très bonne forme pour une course ou un projet spécifique, des adaptations spécifiques ne prennent pas plus de 6 à 8 semaines. Avec ces 6 à 8 semaines d’entraînement spécifique, je sais que je peux donner le meilleur de moi-même. Je peux donc faire des entraînements spécifiques plusieurs fois par an et réaliser différents types de projets. Et au final, je pense que c’est ce qui me motive autant. Parce que si je faisais seulement de la course, je n’aimerais pas ça. Et si je faisais uniquement des choses en montagne, je serais probablement plus lent et mes capacités en montagne diminueraient également. »

Connaître les limites du corps humain

Au-delà de l’exploit sportif, et des records qu’il accumule, sur les courses comme lors d’ascensions, Kilian Jornet est également passionné par l’exploration scientifique, et ce depuis sa jeunesse. «J’ai étudié les sciences du sport à l’école, raconte-t-il. Quand j’avais 16 ou 17 ans, je faisais déjà des tests. Du genre “Je veux essayer ça et voir ce que cela implique. Comment puis-je analyser cela d’un point de vue scientifique ?” Cela a toujours été en moi, d’une manière plus exploratoire que prescriptive. Bien sûr, quand je vais à une course, comme par exemple Zegama, où j’ai couru 12 fois, il n’y a pas beaucoup d’exploration. Mais aller en montagne et y faire des projets, c’est bien pour explorer les choses et ensuite voir ce qui s’y passe. »

Alors qu’au soir du 28 août, 15 jours après le début de son aventure Alpine Connections, il ne reste à Kilian Jornet « que » 23 sommets de plus de 4000 mètres à gravir pour pulvériser le record de 60 jours détenu par 2 alpinistes italiens, une chose est sûre : il aura prouvé qu’il est capable de pousser les limites de la résistance physique et de l’endurance humaine en haute altitude au-delà de tout ce que l’on pouvait imaginer. Un extra-terrestre, définitivement.

Les derniers articles

Après 10 jours et 51 sommets de plus de 4000 m gravis sur les 82 que comptent les Alpes, Kilian Jornet semble parti pour pulvériser le record de 60 jours détenu par deux alpinistes italiens depuis 2008. Mes attention, le Patron arrive maintenant dans le massif du Mont-Blanc, où l’attendent les ascensions les plus compliquées de son aventure. Et, la fatigue aidant, il va devoir redoubler de vigilance ! 

Alpine Connections : le massif du Mont-Blanc, massif de tous les dangers

Après avoir débuté par le Piz Bernina, seul 4000 du massif de la Bernina (4049m), Kilian Jornet a écumé les 4000 des Alpes Bernoises et des Alpes Valaisannes, pour porter son total à 51 sommets en 10 jours, dont 18 d’un coup avec le fameux Spaghetti Tour, une célèbre randonnée pour alpinistes aguerris que le Catalan a gravis en moins de 18 heures lors de sa 7ème étape.

Mais les 31 sommets restants promettent un autre niveau de difficulté. Il faudra aller chercher le Grand Paradis, isolé en Italie, les 2 sommets du Massif des Écrins (la Barre des Écrins, à 4101m, et le Dôme de Neige des Écrins, à 4015m), et surtout les 28 sommets du Massif du Mont Blanc, dont quelques-uns sont parmi les plus redoutables.

En effet, il faut tenir compte des difficultés d’ascension. Parmi les plus difficiles, Kilian Jornet a déjà gravi le Cervin (cotation AD), le Schreckhorn (AD+). Mais la partie la plus redoutable de son aventure sera certainement la traversée des Grandes Jorasses (D), l’Aiguille Blanche de Peuterey (D), le Grand Pïlier d’Angle (D). Sans oublier les terribles Aiguilles du Diable, cotées D+. Et sans oublier non plus que ces cotations sous-entendent des conditions météo parfaites, ce qui ne sera sans doute pas le cas…

Cervin
Le Cervin, gravi la semaine dernière. Photo Nick Danielson / NNormal

Alpine Connections : le mont Blanc, une connaissance

Contrairement à ce que le néophyte pourrait imaginer, le plus redoutable ne sera pas le mont Blanc et ses 4809m, car le toit de l’Europe ne nécessite pas de pratiquer l’alpinisme à haut niveau. C’est d’ailleurs un sommet que Kilian Jornet connaît très bien, pour être le détenteur du record de vitesse d’ascension aller-retour au départ de l’église de Chamonix, environ 3800m plus bas… Il a établi ce record le 11 juillet 2013, avec un chrono de 4h 57mn 40s (pour 28 km).

Pour la petite histoire, Kilian Jornet a effectué l’ascension avec son ami Mathéo Jacquemoud (qui l’a accompagné sur quelques étapes de cet Alpine Connections). Les 2 hommes sont arrivés ensemble au sommet du mont Blanc en 3h30 en passant par la Jonction et les Grands Mulets, mais seul Kilian est redescendu sur les chapeaux de roue pour établir le chrono record, Mathéo Jacquemoud ayant été victime d’une chute sans gravité qui l’a retardé dans sa descente.

Kilian Jornet Alpine Connections
Photo Nick Danielson / NNormal

Alpine Connections : les 5 pointes des Grandes Jorasses

L’arête des Grandes Jorasses, longue d’environ un kilomètre, est une arête faîtière marquant la frontière entre la France et l’Italie. Elle domine du côté français le glacier de Leschaux, affluent de la Mer de Glace, et du côté italien le Val ferret et la vallée de Courmayeur, bien connue des coureurs de l’UTMB et de la CCC.

Sur cette arête se détachent successivement six pointes, dont 5 dépassent les 4000m : la pointe Walker (4208m, point culminant des Grandes Jorasses), la pointe Whymper (4184m), la pointe Croz (4110m), la pointe Hélène (4045m), la pointe Marguerite (4065m) et la pointe Young (3996m). La face Nord des Grandes Jorasses (versant français) est l’une des plus grandes faces granitiques des Alpes, avec 1200m de haut sur près d’un kilomètre de long. L’ascension de cette face fut considérée comme l’un des plus grands défis des Alpes, jusqu’à la première les 28 et 29 juin 1935 par les alpinistes allemands Martin Meier et Rudolf Peters.

Photo Nick Danielson
Photo Nick Danielson / NNormal

Alpine Connections : l’épouvantail des Aiguilles du Diable

La traversée des Aiguilles du Diable est aujourd’hui l’une des grandes classiques du massif du Mont Blanc, qui permet de passer par 6 sommets de plus de 4000m d’un coup si l’on respecte l’itinéraire original à partir du col du Diable. Cette course d’alpinisme pur se déroule sur un rocher magnifique, dans un cadre grandiose, et consiste en un enchaînement d’escalade de 5 aiguilles rocheuses : la Corne du Diable (4064m), la Pointe Chaubert (4074m), la Pointe Médiane (4097m), la Pointe Carmen (4109m) et la Pointe Blanchet, ou de l’Isolée (4114m), avant d’atteindre le sommet du mont Blanc du Tacul, à 4247m.

Cette section cotée D+ sera certainement la plus technique que devra affronter Kilian Jornet, avec de longs passages de niveau 5 (inclinaison à 85/90°) en rocher, avec une approche sérieuse en neige et glace. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si les Aiguilles du Diable sont les derniers sommets de plus de 4000m des Alpes à avoir été gravis, de 1923 à 1926, essentiellement sous l’impulsion d’un grand guide chamoniard de l’époque, Armand Charlet. L’enchaînement des 5 aiguilles, appelée traversée des Aiguilles du Diable, a quant à elle été réalisée pour la première fois le 4 août 1928.

Aiguilles_du_Diable. Source Wikipedia
Les Aiguilles du Diable. Source Wikipedia / DR

Alpine Connections : fatigue et privation de sommeil

Au moins aussi importantes que les difficultés techniques qui vont se présenter dans les prochaines étapes du projet Alpine Connections, la fatigue accumulée sera un paramètre qui va jouer un grand rôle.

En effet, depuis son départ, Kilian Jornet enchaîne des journées d’efforts de 16 à 18 heures sans relâche, avec quelques courtes nuits de récupération de 3 à 4h et, tous les 3 jours, une vraie pause de 7 heures. S’il est attentivement suivi par tout un staff médical (explorer les limites de la résistance physique étant un des thèmes de son aventure hors normes), il est évident, et les photos le montrent, que l’accumulation d’efforts impacte sur l’état de forme physique et mentale de Kilian Jornet. Or, avec l’arrivée d’ascensions très techniques, ou aucune place ne devra être laissée au hasard, le patron va devoir redoubler de vigilance.

Personne n’a oublié la disparition du très expérimenté guide Patrick Berhault, mort accidentellement lors de l’effondrement d’une corniche entre le Dom et le Täschhorn, en Haut-Valais, en 2004, alors qu’il s’était lancé dans ce même défi de gravir les 82 sommets de plus de 4000m des Alpes.

Et Kilian Jornet n’a certainement pas oublié non plus ce jour de juin 2012 où, lors d’une tentative de traversée à skis du massif du Mont-Blanc d’Ouest en Est, avec 8 sommets au programme, l’un de ses compagnons de cordée, Stéphane Brosse, a fait une chute mortelle suite à la rupture d’une corniche de neige au sommet de l’Aiguille d’Argentière.

La montagne a toujours raison…

Kilian Jornet Alpine Connections Photo Nick Danielson 2
Photo Nick Danielson / NNormal
Les derniers articles