Le 13 août 2024, Kilian Jornet s’est lancé dans le projet le plus difficile de sa carrière sur les plans physique, mental et technique. En 19 jours, il a gravi les 82 sommets de plus de 4000 mètres répertoriés dans les Alpes, tout en ayant parcouru 1207 kilomètres et avalé 75344 mètres de D+ en 267 heures d’activité sans utiliser de véhicules motorisés. C’est dans les Écrins qu’il a achevé le 31 août un voyage qui restera à jamais gravé dans sa mémoire, l’un des plus grands défis qu’il ait jamais relevés en raison de l’exposition, de la difficulté technique et de la concentration qu’il a nécessité.

Dans un mélange de course à pied, d’alpinisme, d’escalade et de cyclisme, Kilian Jornet a réuni dans ce projet tout ce qui le passionne : admirer la majesté des montagnes, embrasser l’inconnu, rendre hommage à l’alpinisme et à ses mentors et continuer la recherche physiologique ainsi que le dépassement de ses limites physiques et mentales, tout en partageant l’expérience avec ses amis et sa communauté. En attendant le film de cet exploit retentissant, qui devrait sortir en 2025, nous vous partageons 6 séquences issues des premiers rushs de cette aventure hors du commun, aimablement transmises par l’équipe du Patron. Du Kilian comme on l’aime, simple, humble et déterminé.

Pour tout savoir sur les précédents records des 82 4000m, c’est ICI

19 jours pour 82 sommets de plus de 4000m : un exploit « impossible »

Partant du Piz Bernina (4049 m) en Suisse et terminant à la Barre des Écrins (4102 m) en France, Kilian Jornet a repoussé ses limites physiques et mentales dans une démonstration de technique, de planification, de précision et d’adaptation difficile à comprendre pour ceux qui n’ont jamais fait d’alpinisme. En chemin, le Patron a gravi certaines des montagnes les plus emblématiques des Alpes, comme le Mont Rose (4634 m), le Cervin (4478 m), l’Aiguille Verte et le plus haut de tous, le Mont Blanc (4809 m).

Lorsque Kilian Jornet s’est élancé dans le village de Saint-Moritz, en Suisse, le 13 août, il ne savait pas jusqu’où il pouvait aller. Son objectif était bien de relier tous les sommets, mais il a décidé de le faire au jour le jour. C’est ce qui l’a amené à structurer le projet en étapes, lui permettant de les gérer physiquement, mentalement et logistiquement.

Lire l’article consacré à cette aventure ICI

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Certains sommets ont nécessité une grande maîtrise de l’alpinisme sur rocher. Photo Noa Barrau.

Alpine Connections : Michel Lanne admiratif

Lorsque Kilian Jornet a parlé à son projet à son ami alpiniste et traileur de très haut niveau Michel Lanne, victorieux de la CCC en 2016, de la TDS en 2017 et sauveteur en montagne au sein du PGHM, celui-ci s’est interrogé. Il raconte le côté démentiel du défi, mais aussi l’homme incroyable qu’est le Patron, et l’immense respect qu’il lui inspire :

« Ce printemps, quand il m’explique le détail de ce projet, je suis à la fois conquis par l’idée, mais assez perplexe quant à la faisabilité d’un tel exploit. Sauf que ce vieux pote avait tout prévu, absolument tout ! Il m’envoie alors les itinéraires, les timings, les sommets, l’équipement prévu, et même son plan de nutrition pour un peu plus de 2 semaines. Connaissant l’animal, je comprends que sa détermination est totale, que ce projet de titan lui correspond complètement, et qu’il est le seul capable de réaliser un tel exploit. Dans le milieu, on parle souvent de chasse aux 4000. En ce qui concerne Kiki, cet enchaînement semblait tellement logique et naturel, que je qualifierais ça de cueillette de 4000 !

Les chiffres permettent peut-être de comprendre l’ampleur de ce qu’il vient de réaliser… Mais au-delà de la performance physique colossale, c’est l’aspect mental et psychologique qui m’a le plus frappé. Malgré des journées monstrueusement longues et éprouvantes, malgré la fatigue et le peu de sommeil, il a su faire preuve d’une vigilance de chaque instant, a su gérer la tension nerveuse, le risque et l’effort, en gardant en permanence une lucidité, une clairvoyance, une anticipation et une vigilance hors norme. Et repartir chaque nuit avec le sourire, heureux et avide de profiter de la montagne. Et ce dont je suis certain aujourd’hui, c’est que pendant ces 19 jours, tu as déroulé cette magnifique partition sans aucune fausse note. Tu étais simplement à ta place, dans ton milieu naturel. Chapeau bas l’ami ! »

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Malgré la fatigue, un homme heureux. Photo Alpine Connections / DR

Alpine Connections : un projet scientifique

La passion de Kilian Jornet pour la science et les connaissances scientifiques l’a également amené à surveiller et mesurer rigoureusement divers paramètres physiques qui, une fois analysés, permettront de mieux comprendre les réactions du corps dans des situations comme celles qu’il a vécues et d’utiliser les données pour de futures études. La Fondation Kilian Jornet a également joué un rôle important dans ce vaste projet. Les Alpes sont un excellent exemple qui illustre les impacts du changement climatique et de la dégradation de l’environnement. Le projet Alpine Connections est donc également un moyen de créer une prise de conscience et de réfléchir à notre rôle dans cette transformation.

Ainsi, au cours du parcours de Kilian, la fondation a collaboré avec plusieurs experts dans des domaines tels que les glaciers, le permafrost, l’alpinisme et la pollution de l’air, pour contribuer à fournir des informations sur les effets du changement climatique et la dégradation des ressources naturelles, ce dont Kilian Jornet a fait l’expérience directe. Au cours de ce voyage intense, il a constaté une fois de plus que la protection des écosystèmes uniques des Alpes garantit que les générations futures pourront continuer à tester leurs limites dans ces paysages inspirants, comme il l’a fait au cours des 19 derniers jours.

Source Instagram Kilian Jornet
Source Instagram Kilian Jornet

Alpine Connections étape 4 : salade de cailloux et enchaînement vélo [vidéos]

Une petite séquence de descente dans les cailloux, filmée en drone. Ce jour-là, Kilian Jornet, accompagné de Mathéo Jacquemoud, sont partis à 3h30 du matin pour gravir le Lagginhorn par la voie sud (4010m), puis le Weissmies (4017m), parcourant 30 km et 3381m D+ en 8h, malgré des conditions climatiques peu favorables. Après ces 2 sommets, Kilian Jornet a rejoint son point de rendez-vous pour une courte pause restauration, puis a enchaîné avec un déplacement en vélo pour rallier le point de départ de l’étape suivante. Hélas, il a dû stopper sa progression tout le reste de l’après-midi, le temps s’étant dégradé. À la fin de cette journée, il totalisait alors 12 sommets.
Vidéo Joel Badia / Alpine Connections

Voir la vidéo de la descente dans les cailloux ICI

Voir la vidéo de l’enchaînement running / vélo ICI

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Source Instagram Kilian Jornet

Alpine Connections étape 6 : gros rythme et mauvais temps [vidéo]

Pour sa deuxième étape dans le Valais, Kilian Jornet a commencé avec de nouveau Mathéo Jacquemoud en reliant les sommets du Lenzspitze (4294m), du Dom (4545m) et du Täschhorn (4491m), avant de rejoindre le guide et traileur catalan Genis Zapater. Ils ont gravi ensemble 4 sommets supplémentaires, puis se sont arrêtés à la cabane du Monte Rosa, un refuge de montagne du Club alpin suisse situé à 2882 m d’altitude dans le canton du Valais. Dans cette séquence, on peut voir Kilian en compagnie de sa mère, puis évoquant l’enchaînement Lenzspitze / Dom / Täschhorn, le plus technique du jour, avant de partir sous la pluie à l’assaut des montagnes. Cette étape de 48 km et plus de 6000m D+ a duré 21 heures non stop. Elle a permis à Kilian Jornet d’ajouter 7 sommets supplémentaires à son actif, pour atteindre 23.
Vidéo Nick Danielson / Alpine Connections

Voir la vidéo du départ de l’étape 6 ICI

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Source Instagram Kilian Jornet

Alpine Connections étape 8 : en route vers le Cervin [vidéo]

C’est avec un énorme « morceau » que Kilian Jornet a débuté sa 8ème étape : le mythique Cervin (4478m), aussi connu sous le nom de Matterhorn. Le Patron connaissait ce sommet pour l’avoir déjà gravi par sa face nord lors de sa dernière venue dans la région en 2013, en 2h 52mn 02s, mais celle-ci, extrêmement technique, n’était bien sûr pas au programme du jour. Parti à 7h du matin du refuge de Hörnlihütte, situé sur la crête nord-est du Cervin à une altitude de 3 262 mètres, il a gravi le Cervin en solitaire puis a été ensuite rejoint par Mathéo Jacquemoud pour gravir la Dent d’Hérens (4173m) et Genis Zapater pour la Dent Blanche (4358m) et la descente vers le refuge de Schönbielhütte.

Une étape de plus de 18 heures et 3 sommets gravis pour porter son total à 44 depuis le début de l’aventure Alpine Connections. Dans cet extrait vidéo, on peut voir la préparation au refuge et le départ de Kilian Jornet en direction du Cervin, accompagné un temps par le caméraman Nick Danielson, qui laissera ensuite Kilian grimper seul vers le sommet.
Vidéo Nick Danielson / Alpine Connections

Voir la vidéo de l’étape 8 et du départ vers le Cervin ICI

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Source Instagram Kilian Jornet

Alpine Connections étape 10 : la traversée du Grand Combin [vidéo]

Kilian Jornet a commencé sa journée par un trajet à vélo de 110 km de Zinal à Bourg Saint-Pierre, ce qui lui a pris la plus grande partie de la matinée. C’est ensuite accompagné du Suisse Alan Tissières, ancien coureur en ski alpinisme maintenant guide de haute montagne, qu’il a gravi le Grand Combins, plus technique que ce qu’il pensait. La montagne, que Kilian décrit comme très belle, est en effet également très dangereuse en raison de nombreuses chutes de roches, rendant la navigation peu aisée.

Dans cette vidéo, on peut voir le Patron se préparant à partir avec Alan Tissières juste après sa liaison en vélo, après avoir laissé ce dernier au van d’assistance. Les images somptueuses permettent d’accompagner les deux hommes jusqu’au Combin de Valsorey au coucher du soleil. Ils ont ensuite poursuivi de nuit sur le glacier jusqu’au Grand Combin et au Combin de la Tsessette, pour inscrire 3 nouveaux sommets au compteur de Kilian Jornet, avant de redescendre à Bourg Saint-Pierre vers 2h30 du matin. Le projet Alpine Connections affichait alors 51 sommets et Kilian s’apprêtait à quitter les Alpes valaisannes pour rejoindre le massif du Mont-Blanc.
Vidéo Nick Danielson / Alpine Connections

Voir la vidéo de l’étape 10 du Grand Combin ICI

Alpine Connections : le bilan de Kilian Jornet [vidéo]

C’est un Kilian Jornet détendu qui, après 19 jours d’efforts d’une rare intensité, est apparu pour une courte déclaration. Celle d’un homme calme, posé, qui vient de réaliser l’un des plus grands exploits de l’alpinisme de vitesse. En reliant les 82 sommets de plus de 4000 mètres des Alpes en 19 jours sans utiliser de véhicules motorisés, Kilian Jornet a pulvérisé l’ancien record détenu depuis 2008 par deux alpinistes italiens, qui était de… 60 jours.

Voir la déclaration finale de Kilian Jornet ICI

Source Alpine Connections / DR
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Parti le 13 août de Pontresina, en Suisse, pour son projet Alpine Connections visant à relier un maximum de sommets de plus de 4000 mètres des Alpes par ses seuls moyens physiques (marche / running / escalade et vélo), Kilian Jornet a terminé son aventure le 31 août dans le Massif des Écrins, soit les 82 sommets répertoriés en seulement 19 jours. Le précédent record était de 60 jours. Tout simplement surhumain !

Kilian Jornet de cime en cime

Il y a des « coïncidences » qui en disent long. Le 31 août 2024, alors que le monde du trail était réuni à Chamonix pour découvrir le nom des vainqueurs de l’UTMB 2024, Kilian Jornet a tutoyé les cieux et est entré un peu plus dans la légende en mettant la touche finale à l’un des exploits les plus retentissants de ce siècle d’alpinisme. Qui aurait pu imaginer cela, le 13 août dernier, 3 jours après sa 10ème victoire à Sierre-Zinal ? Alors laissez-vous emporter et savourez l’exploit du Patron, jour après jour…

La première étape de son périple au départ de Pontresina, le 13 août, lui a permis de réaliser son premier sommet, et de parcourir 242km et 6557m D+ en plus de 15h30 d’activité (marche / course / escalade / vélo), s’octroyant 4 heures de sommeil seulement. Il a enchaîné dans l’Oberland pour une deuxième étape de 37,5 km, 4496m D+ à pied et 3 sommets supplémentaires, bouclés en un peu plus de 17h, avec 3h30 de sommeil. Kilian Jornet a ensuite enchaîné 34h45 d’activités (dont du vélo), 143km et 8778m D+, entrecoupés de seulement 3h15 de sommeil, pour collecter 6 sommets de plus dans l’Oberland, portant son total à 10 en 4 jours.

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Alpine connections_stage 1_Nick Madelson

Quittant l’Oberland, Kilian Jornet est parti vers les Weissmies, pour la première d’une longue série d’étapes dans les Alpes valaisannes, où il a parcouru 35,5km et 3641m D+ pour ajouter 2 sommets à son total. Sagement, il s’est octroyé 7 heures de sommeil avant de continuer en Valais, où se situe une grande quantité de sommets de plus de 4000 mètres. Sa seconde étape, en 8h40, lui a permis de conquérir 4 sommets de plus, sur 23,75km et avec 3245m D+, puis une troisième de 21h30 avec 7 sommets supplémentaires, 47,7km parcourus et 6140m D+. Côté compteur, 23 sommets étaient alors validés, pour 532km de déplacement et 32857m D+ en 7 jours.

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Kilian Jornet et le Spaghetti Tour

Mais c’est surtout la quatrième étape en Valais, longue de 46,5km et 4907m D+, qui a étonné tout le monde, avec 18 sommets conquis en 17h45 d’activités et 3 heures de sommeil. Comment une telle prouesse était-elle possible ? Tout simplement parce que cette étape correspondait au « Spaghetti Tour », une randonnée d’alpinisme bien connue en Valais qui permet de grimper 18 sommets et se fait généralement en 4 ou 5 jours pour des alpinistes confirmés.

Avec un Spaghetti Tour réalisé en une journée, Kilian Jornet a atteint un total de 41 sommets, soit la moitié des 82 sommets de plus de 4000 mètres que comptent les Alpes. Le projet Alpine Connections, initialement présenté comme l’idée de connecter « le plus de 4000m possible » dans les Alpes par les seuls moyens physiques (à pied et en vélo), devenait de plus en plus clair : le « Patron » avait en tête de battre le record de 60 jours détenu par les alpinistes italiens Franco Nicolini et Diego Giovannini depuis 2008. Et, avec 41 sommets en 9 jours, il était bien parti pour pulvériser ce record, même si les sommets les plus techniques, dans le Massif du Mont-Blanc, l’attendaient encore.

Alpine Connections - Stage 5 Valais - Nick Danielson
Alpine Connections – Stage 5 Valais – Nick Danielson
Alpine Connections - Stage 6 Valais - A Visuals
Alpine Connections – Stage 6 Valais – A Visuals

Dernières étapes en Valais avant la traversée du Grand Combin

7 sommets restaient alors à gravir en Valais. C’est ce qu’a fait Kilian Jornet en 2 étapes. Lors de sa 8ème étape, longue de 30,8km et 4142m D+ et réalisée en 18h08, il en a conquis 3, puis 4 de plus lors de la 9ème étape, longue de 36,8km pour 4297m D+ et réalisée en 18h30. Avec respectivement 3 et 2 heures de sommeil seulement, Kilian Jornet venait de boucler tous les 4000 du Valais et affichait au compteur un total de 48 sommets pour une distance totale parcourue de 646km et 46203m D+ en 11 jours.

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Nick Danielson-ALPS-Stage-7-Valais

La 10ème étape, basée sur 134km de déplacement (avec du vélo) et 4276m D+, a permis à Kilian Jornet d’effectuer la traversée du Grand Combin et de totaliser 3 pics supplémentaires avant de faire une « petite » étape de transition de 45km pour rejoindre le massif du Mont-Blanc. Le Catalan s’est alors offert une journée de repos complet au Camping « La Sorgente » à Courmayeur, avant de reprendre les choses sérieuses dans la nuit du 13ème au 14ème jour.

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Nick Danielson-ALPS-Stage-10-Grand Combin

Kilian Jornet à l’assaut des grandes Jorasses

C’était une des étapes les plus redoutables et redoutées par le Patron. Mardi 27 août, pour sa 12ème étape et première dans le massif du Mont-Blanc, Kilian Jornet a conquis 8 sommets de plus de 4000 mètres, dont ceux des fameuses Grandes Jorasses. Accompagné de trois amis alpinistes chevronnés, il a gravi entre autres la Pointe Walker, la Pointe Whymper et la Pointe Croz, pour porter son total de sommets de plus de 4000 mètres à 59.

Kilian Jornet a ensuite poursuivi mercredi pour une 13ème étape en solo et conquis 4 sommets de plus. Parmi eux, l’Aiguille Verte et Les Droites, pour un score total grimpant à 63 sommets ! « On dit que vous devenez un alpiniste quand vous avez gravi l’Aiguille Verte, a commenté Kilian dans une vidéo qu’il a lui-même réalisée et postée sur les réseaux sociaux. J’y suis déjà venu, et c’est toujours aussi beau », s’est-il réjoui en filmant son arrivée et le panorama exceptionnel qu’il a pu découvrir, par un temps totalement dégagé. Il ne lui restait alors plus « que » 19 sommets à conquérir pour boucler son incroyable aventure.

Photo Nick Danielson
Photo Nick Danielson

Kilian Jornet en mode turbo sur le toit de l’Europe

Lors de sa 14ème étape, tout s’est accéléré ! Le patron a mis le turbo pour conquérir le toit de l’Europe et tous les 4000 alentours, soit 41km et 4950m D+ en 29h30 pour conquérir 16 sommets !

L’étape a débuté à 4h45 du matin avec Mathéo Jacquemoud et Noa Barrau sur la crête du Diable, que Kilian a décrite comme l’une des plus belles ascensions qu’il ait jamais faites, à la fois très technique et visuellement époustouflante. Cet itinéraire a amené l’équipe à franchir la Corne du Diable (4064 m), la Pointe Chaubert (4074 m), la Pointe Médiane (4097 m), la Pointe Carmen (4109 m) et L’Isolée (4114 m). De là, ils ont continué jusqu’au Mont Blanc (4808 m), le sommet le plus haut et sans doute le plus emblématique des Alpes. Avant de l’atteindre, ils ont gravi le Mont Blanc du Tacul (4248 m) et le Mont Maudit (4465 m). Ils ont ensuite gravi le Dôme du Goûter (4304 m) et l’Aiguille de Bionnassay (4052 m), avant que Jacquemoud et Noa Barrau terminent leur partie du voyage.

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Noa Barrau-ALPS-Stage-14
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Nick Danielson-ALPS-Stage-14

Un deuxième Mont Blanc en solo pour le Patron

Kilian Jornet a continué en solo pendant la deuxième partie de l’étape, gravissant à nouveau le sommet du Mont Blanc au retour pour descendre ensuite via la crête du Brouillard, qui comprend le Monte Bianco de Courmayeur (4748 m), le Picco Luigi Amedeo (4467 m), le Mont Brouillard (4069 m) et la Punta Baretti (4013 m). « Le coucher du soleil là-haut est un moment que je n’oublierai jamais », a déclaré le Catalan, toujours sensible à la beauté du monde. Après 20 heures de montée, Kilian a fait une pause de 4 heures au bivouac d’Eccles, en attendant de meilleures conditions avant d’attaquer quelques passages techniques sur le Grand Pilier d’Angle (4243 m) et l’Aiguille Blanche de Peuterey (4112 m).

Kilian Jornet a terminé l’étape en retournant au Camping « La Sorgente » à Courmayeur, propriété de l’alpiniste Matteo Pellin, qui l’a grandement aidé par sa connaissance de la région. Après 14 étapes, Kilian Jornet pouvait être satisfait : à un rythme d’enfer, il avait gravi 79 des 82 sommets des Alpes, parcouru 918km et 64657m D+ en 17 jours, avec une moyenne globale de 4h47 de sommeil par jour.

Le Grand Paradis de Kilian Jornet

Au cours de la 15ème étape du projet Alpine Connections, Kilian Jornet a atteint le sommet du Grand Paradis (4061 m), un sommet situé dans le Parc National du Grand Paradis, qui s’étend sur les régions de la Vallée d’Aoste et du Piémont. Kilian Jornet est parti tôt le matin avec Mathéo Jacquemoud et Vivien Bruchez, un ami de longue date avec qui il a partagé de nombreuses expéditions et skié en step quelques couloirs emblématiques des montagnes qu’il traverse aujourd’hui dans son projet. Après la section vélo, Vivien Bruchez, qui se remettait d’une blessure, est parti et le groupe a été rejoint par le coureur de trail Henry Aymond et la championne du monde de ski-alpinisme Emily Harrop.

Ensemble, ils se sont mis en route pour gravir le 80ème sommet de ce périple, qu’ils ont atteint en seulement 4 heures. Ce sommet était nettement moins technique que les sections rencontrées il y a quelques jours dans le massif du mont Blanc, qui permettaient des montées et des descentes rapides. Kilian Jornet a ensuite couru 21 km pour rentrer en France. Une fois à Val d’Isère, il s’est reposé pendant 7 heures, avant de partir vers le massif des Écrins écrire la fin de cette légendaire aventure.

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Repos pour Kilian Jornet, et discussion avec sa mère et fidèle supportrice. Photo David Arino

82 sommets en 20 jours, un exploit absolu

C’est donc 19 jours après avoir quitté Pontresina, que Kilian Jornet a gravir les 2 derniers sommets de son aventure Alpine Connections dans le massif des Écrins, la Barre des Écrins (4101m) et le Dôme de Neige des Écrins (4015m), en compagnie de Benjamin Védrines. Tout un symbole, d’être accompagné par ce guide iconique du Massif des Écrins, détenteur du record de vitesse d’ascension du K2 au Pakistan, l’un des sommets les plus durs du monde culminant à 8611 mètres, en 10h 59mn 59s (le précédent record, 23h, était détenu depuis 1986 par Benoît Chamoux). En achevant son périple avec cet autre extra-terrestre des cimes, Kilian Jornet a réalisé l’un des exploits les plus retentissants de ce siècle en matière d’alpinisme, pulvérisant le record détenu depuis 2008 par la paire d’alpinistes italiens Franco Nicolini et Diego Giovannini, qui étaient venus à bout des 82 sommets de + de 4000 mètres en ne se déplaçant qu’à la force physique, à pied ou à vélo, en 60 jours, du 26 juin au 24 août.

Le Patron aura « juste » mis 3 fois moins de temps.

No comment.

Kilian Alpine Connections
Photo NNormal
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C’est le 13 août, 3 jours après avoir remporté pour la 11ème fois la course Sierre-Zinal, que Kilian Jornet s’est élancé de Pontresina, en Suisse, pour son projet Alpine Connections. Bien sûr, il n’a jamais officiellement déclaré qu’il essayait de relier les 82 sommets de plus de 4000 mètres répertoriés dans les Alpes. Il essayait simplement, a-t-il annoncé, « d’explorer ses limites physiques, techniques et mentales en reliant les sommets de 4 000 mètres des Alpes ». Mais il est clair aujourd’hui que le Patron est parti à la conquête d’un nouveau record. Et, après 15 jours et 59 sommets gravis, il est évident qu’il va le pulvériser. Une performance inouïe, qui laisse la communauté de l’alpinisme sans voix. 

Kilian Jornet en approche du mont Blanc

Après une journée de repos du côté de Courmayeur, Kilian Jornet a repris son aventure alpine à mardi 27 août à minuit. Il avait alors gravi 51 sommets de plus de 4000 mètres et attaquait le massif du Mont-Blanc et ses 28 sommets, avant d’aller faire les 2 du massif des Écrins et de se diriger vers le Grand Paradis, en Italie, terme de sa quête. Ce départ de Courmayeur était un jour particulier, puisque le Catalan était entouré d’un groupe d’amis qui l’ont rejoint pour affronter les terrains redoutables de la route emblématique des Grandes Jorasses, point d’entrée imposé avant de filer vers le mont Blanc.

Une 12e étape de tous les dangers

Cette étape a été difficile et très technique, mais Kilian Jornet a tout de même réussi à gravir 8 nouveaux sommets de plus de 4000 mètres en un peu plus de 18 heures, couvrant plus de 28 kilomètres d’escalade et 4199m D+. Parmi les sommets qu’ils a gravis lors de cette étape figurent notamment la Pointe Walker (4208m), la Pointe Whymper (4184 m) et la Pointe Croz (4110 m). Les Grandes Jorasses posaient des défis techniques en raison de leur nature rocheuse et de leurs crêtes exposées. C’est la raison pour laquelle Kilian Jornet s’était entourés d’amis expérimentés connaissant bien la région, et destinés à l’accompagner pour les ascensions techniques du jour. Cette équipe, formée par Michel Lanne, entre autres vainqueur de la CCC en 2016 et de la TDS en 2017, Mathéo Jacquemoud et Bastien Lardat, a accompagné Kilian Jornet jusqu’au Refuge Torino, en Italie, proche de la pointe Helbronner, où tous les alpinistes ont décidé de s’arrêter et de laisser Kilian continuer en solo jusqu’au Refuge Couvercle, sur la commune de Chamonix. Unanimement, ils ont été étonnés de voir à quel point il était difficile de suivre Kilian Jornet, même après les 12 étapes d’efforts qu’il avait dans les jambes.

Comment Kilian Jornet s’est préparé ? 

En début d’année, Kilian Jornet avait annoncé son objectif : disputer 2 courses majeures, Zegama et Sierre-Zinal, et effectuer un « projet », sans donner plus de détails ; L’an dernier, il avait déjà effectué un « projet », en décidant au dernier moment, fin septembre, d’enchaîner 177 sommets des Pyrénées sur 485 km et 43000m D+ en 8 jours. Cet hiver, Kilian Jornet a donc mis sur pied un entraînement cohérent, ayant bénéficié d’un temps magnifique sur la côte ouest de la Norvège, avec de très bonnes conditions d’escalade sur glace et d’alpinisme qui lui ont permis de beaucoup grimper pendant 2 mois, avant de reprendre la course à pied au printemps, exceptionnellement chaud, sur des sentiers secs. Le choix de ne faire que 2 courses, fussent-elles mythiques, a également permis à Kilian Jornet d’en faire « moins ». « Quand je vais sur des courses, explique-t-il, il y a beaucoup de choses à faire. Et comme je suis introverti, être avec les gens me demande beaucoup d’énergie. En faisant moins de courses, je peux mieux m’entraîner, plus longtemps. Et cela me permet d’être plus concentré quand je viens sur une épreuve. » On a vu le résultat, avec 2 victoires sur les 2 courses disputées, dont un record tombé pour moins d’une seconde à Sierre-Zinal.

Kilian Jornet, la polyvalence pour mieux performer

Être capable de performer à la fois sur des courses très relevées et sur des projets comme les Pyrénées 2023, les ascensions himalayennes ou Alpine Connections cette année, demande une extrême polyvalence. Mais c’est justement cette polyvalence qui le rend plus fort. « La polyvalence, cela se travaille sur le long terme, explique le Patron. C’est le résultat d’années d’entraînement. Ensuite, quand je veux me préparer pour un projet, j’ai besoin d’avoir de la spécificité. Mais la spécificité, c’est à court terme. Pour être en très bonne forme pour une course ou un projet spécifique, des adaptations spécifiques ne prennent pas plus de 6 à 8 semaines. Avec ces 6 à 8 semaines d’entraînement spécifique, je sais que je peux donner le meilleur de moi-même. Je peux donc faire des entraînements spécifiques plusieurs fois par an et réaliser différents types de projets. Et au final, je pense que c’est ce qui me motive autant. Parce que si je faisais seulement de la course, je n’aimerais pas ça. Et si je faisais uniquement des choses en montagne, je serais probablement plus lent et mes capacités en montagne diminueraient également. »

Connaître les limites du corps humain

Au-delà de l’exploit sportif, et des records qu’il accumule, sur les courses comme lors d’ascensions, Kilian Jornet est également passionné par l’exploration scientifique, et ce depuis sa jeunesse. «J’ai étudié les sciences du sport à l’école, raconte-t-il. Quand j’avais 16 ou 17 ans, je faisais déjà des tests. Du genre “Je veux essayer ça et voir ce que cela implique. Comment puis-je analyser cela d’un point de vue scientifique ?” Cela a toujours été en moi, d’une manière plus exploratoire que prescriptive. Bien sûr, quand je vais à une course, comme par exemple Zegama, où j’ai couru 12 fois, il n’y a pas beaucoup d’exploration. Mais aller en montagne et y faire des projets, c’est bien pour explorer les choses et ensuite voir ce qui s’y passe. »

Alors qu’au soir du 28 août, 15 jours après le début de son aventure Alpine Connections, il ne reste à Kilian Jornet « que » 23 sommets de plus de 4000 mètres à gravir pour pulvériser le record de 60 jours détenu par 2 alpinistes italiens, une chose est sûre : il aura prouvé qu’il est capable de pousser les limites de la résistance physique et de l’endurance humaine en haute altitude au-delà de tout ce que l’on pouvait imaginer. Un extra-terrestre, définitivement.

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Après 10 jours et 51 sommets de plus de 4000 m gravis sur les 82 que comptent les Alpes, Kilian Jornet semble parti pour pulvériser le record de 60 jours détenu par deux alpinistes italiens depuis 2008. Mes attention, le Patron arrive maintenant dans le massif du Mont-Blanc, où l’attendent les ascensions les plus compliquées de son aventure. Et, la fatigue aidant, il va devoir redoubler de vigilance ! 

Alpine Connections : le massif du Mont-Blanc, massif de tous les dangers

Après avoir débuté par le Piz Bernina, seul 4000 du massif de la Bernina (4049m), Kilian Jornet a écumé les 4000 des Alpes Bernoises et des Alpes Valaisannes, pour porter son total à 51 sommets en 10 jours, dont 18 d’un coup avec le fameux Spaghetti Tour, une célèbre randonnée pour alpinistes aguerris que le Catalan a gravis en moins de 18 heures lors de sa 7ème étape.

Mais les 31 sommets restants promettent un autre niveau de difficulté. Il faudra aller chercher le Grand Paradis, isolé en Italie, les 2 sommets du Massif des Écrins (la Barre des Écrins, à 4101m, et le Dôme de Neige des Écrins, à 4015m), et surtout les 28 sommets du Massif du Mont Blanc, dont quelques-uns sont parmi les plus redoutables.

En effet, il faut tenir compte des difficultés d’ascension. Parmi les plus difficiles, Kilian Jornet a déjà gravi le Cervin (cotation AD), le Schreckhorn (AD+). Mais la partie la plus redoutable de son aventure sera certainement la traversée des Grandes Jorasses (D), l’Aiguille Blanche de Peuterey (D), le Grand Pïlier d’Angle (D). Sans oublier les terribles Aiguilles du Diable, cotées D+. Et sans oublier non plus que ces cotations sous-entendent des conditions météo parfaites, ce qui ne sera sans doute pas le cas…

Cervin
Le Cervin, gravi la semaine dernière. Photo Nick Danielson / NNormal

Alpine Connections : le mont Blanc, une connaissance

Contrairement à ce que le néophyte pourrait imaginer, le plus redoutable ne sera pas le mont Blanc et ses 4809m, car le toit de l’Europe ne nécessite pas de pratiquer l’alpinisme à haut niveau. C’est d’ailleurs un sommet que Kilian Jornet connaît très bien, pour être le détenteur du record de vitesse d’ascension aller-retour au départ de l’église de Chamonix, environ 3800m plus bas… Il a établi ce record le 11 juillet 2013, avec un chrono de 4h 57mn 40s (pour 28 km).

Pour la petite histoire, Kilian Jornet a effectué l’ascension avec son ami Mathéo Jacquemoud (qui l’a accompagné sur quelques étapes de cet Alpine Connections). Les 2 hommes sont arrivés ensemble au sommet du mont Blanc en 3h30 en passant par la Jonction et les Grands Mulets, mais seul Kilian est redescendu sur les chapeaux de roue pour établir le chrono record, Mathéo Jacquemoud ayant été victime d’une chute sans gravité qui l’a retardé dans sa descente.

Kilian Jornet Alpine Connections
Photo Nick Danielson / NNormal

Alpine Connections : les 5 pointes des Grandes Jorasses

L’arête des Grandes Jorasses, longue d’environ un kilomètre, est une arête faîtière marquant la frontière entre la France et l’Italie. Elle domine du côté français le glacier de Leschaux, affluent de la Mer de Glace, et du côté italien le Val ferret et la vallée de Courmayeur, bien connue des coureurs de l’UTMB et de la CCC.

Sur cette arête se détachent successivement six pointes, dont 5 dépassent les 4000m : la pointe Walker (4208m, point culminant des Grandes Jorasses), la pointe Whymper (4184m), la pointe Croz (4110m), la pointe Hélène (4045m), la pointe Marguerite (4065m) et la pointe Young (3996m). La face Nord des Grandes Jorasses (versant français) est l’une des plus grandes faces granitiques des Alpes, avec 1200m de haut sur près d’un kilomètre de long. L’ascension de cette face fut considérée comme l’un des plus grands défis des Alpes, jusqu’à la première les 28 et 29 juin 1935 par les alpinistes allemands Martin Meier et Rudolf Peters.

Photo Nick Danielson
Photo Nick Danielson / NNormal

Alpine Connections : l’épouvantail des Aiguilles du Diable

La traversée des Aiguilles du Diable est aujourd’hui l’une des grandes classiques du massif du Mont Blanc, qui permet de passer par 6 sommets de plus de 4000m d’un coup si l’on respecte l’itinéraire original à partir du col du Diable. Cette course d’alpinisme pur se déroule sur un rocher magnifique, dans un cadre grandiose, et consiste en un enchaînement d’escalade de 5 aiguilles rocheuses : la Corne du Diable (4064m), la Pointe Chaubert (4074m), la Pointe Médiane (4097m), la Pointe Carmen (4109m) et la Pointe Blanchet, ou de l’Isolée (4114m), avant d’atteindre le sommet du mont Blanc du Tacul, à 4247m.

Cette section cotée D+ sera certainement la plus technique que devra affronter Kilian Jornet, avec de longs passages de niveau 5 (inclinaison à 85/90°) en rocher, avec une approche sérieuse en neige et glace. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si les Aiguilles du Diable sont les derniers sommets de plus de 4000m des Alpes à avoir été gravis, de 1923 à 1926, essentiellement sous l’impulsion d’un grand guide chamoniard de l’époque, Armand Charlet. L’enchaînement des 5 aiguilles, appelée traversée des Aiguilles du Diable, a quant à elle été réalisée pour la première fois le 4 août 1928.

Aiguilles_du_Diable. Source Wikipedia
Les Aiguilles du Diable. Source Wikipedia / DR

Alpine Connections : fatigue et privation de sommeil

Au moins aussi importantes que les difficultés techniques qui vont se présenter dans les prochaines étapes du projet Alpine Connections, la fatigue accumulée sera un paramètre qui va jouer un grand rôle.

En effet, depuis son départ, Kilian Jornet enchaîne des journées d’efforts de 16 à 18 heures sans relâche, avec quelques courtes nuits de récupération de 3 à 4h et, tous les 3 jours, une vraie pause de 7 heures. S’il est attentivement suivi par tout un staff médical (explorer les limites de la résistance physique étant un des thèmes de son aventure hors normes), il est évident, et les photos le montrent, que l’accumulation d’efforts impacte sur l’état de forme physique et mentale de Kilian Jornet. Or, avec l’arrivée d’ascensions très techniques, ou aucune place ne devra être laissée au hasard, le patron va devoir redoubler de vigilance.

Personne n’a oublié la disparition du très expérimenté guide Patrick Berhault, mort accidentellement lors de l’effondrement d’une corniche entre le Dom et le Täschhorn, en Haut-Valais, en 2004, alors qu’il s’était lancé dans ce même défi de gravir les 82 sommets de plus de 4000m des Alpes.

Et Kilian Jornet n’a certainement pas oublié non plus ce jour de juin 2012 où, lors d’une tentative de traversée à skis du massif du Mont-Blanc d’Ouest en Est, avec 8 sommets au programme, l’un de ses compagnons de cordée, Stéphane Brosse, a fait une chute mortelle suite à la rupture d’une corniche de neige au sommet de l’Aiguille d’Argentière.

La montagne a toujours raison…

Kilian Jornet Alpine Connections Photo Nick Danielson 2
Photo Nick Danielson / NNormal
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En 9 jours, Kilian Jornet a déjà réussi un exploit hors normes en parvenant à gravir 48 des 82 sommets de plus de 4000 mètres répertoriés dans les Alpes. Point d’orgue, sa 7ème étape, où il a gravi 18 sommets de + de 4000m dans la même journée, en moins de 18 heures. Zoom sur le phénomène.

Alpine Connections : un projet énigmatique

Lorsqu’il a annoncé le 14 août 2024, après sa magistrale victoire sur la course Sierre-Zinal, record de l’épreuve battu de quelques dixièmes de secondes, se lancer dans le projet Alpine Connections, Kilian Jornet n’a pas donné de détails. Volontairement. Il disait simplement vouloir « explorer ses limites physiques, techniques et mentales en reliant des sommets de plus de 4000 mètres dans les Alpes en comptant uniquement sur ses forces physiques ». Rien de plus, rien de moins. Aucun détail sur le parcours envisagé, ni le nombre de sommets qu’il souhaitait gravir, uniquement sur le mode de déplacement, qui serait à pied ou en vélo. Avec, autour de lui, toute une équipe d’assistance pour l’intendance, le suivi médical et les prises de vues . Car il y aura un film, bien entendu !

Pourtant, très vite, il a fallu se rendre à l’évidence : quand Kilian Jornet se lance dans une aventure, c’est généralement pour réaliser une performance hors norme. Normal (sans jeu de mots), le Catalan a des capacités hors normes. Il l’a déjà prouvé par le passé, en s’emparant du record d’ascension du Mont-Blanc en aller-retour depuis Chamonix, ou celui de l’Everest en aller-retour depuis le camp de base. L’an dernier, il avait surpris tout le monde en réalisant une performance sportive inattendue, en reliant tous les sommets de plus de 3000 mètres des Pyrénées en moins de 8 jours. Alors forcément, Alpine Connections devait recéler une tentative de record.

Voir la vidéo de la présentation du projet Alpine Connections sur le blog NNormal

Kilian Alpine Connections
Photo NNormal

Alpine Connections : un record à battre

En fouillant dans les archives, l’objectif est vite apparu : il existe 82 sommets de plus de 4000 mètres dans les Alpes, et le record d’ascension en une saison de ces 82 sommets est détenu par 2 alpinistes italiens depuis 2008. Leurs noms : Franco Nicolini et Diego Giovannini. Leur exploit : avoir relié les 82 sommets en 60 jours, entre le 26 juin et le 24 août. Mais un autre record est certainement dans l’esprit de Kilian Jornet : celui des 82 sommets en 62 jours réalisé en 2015 par celui qui fut surnommé « La Machine », l’alpiniste suisse Ueli Steck, célèbre pour ses ascensions express partout dans le monde, et qui est hélas décédé le 30 avril 2017 au Népal sur les pentes du Nuptse.

Lire aussi l’article Le défi des 4000 alpins : que cherche réellement Kilian Jornet

Alpine Connection : 23 sommets en 6 jours

Durant les 3 premières étapes (Bernina et Oberland), qu’il a enchaînées jour et nuit, Kilian Jornet a parcouru 424 km et 19831m D+ pour gravir 10 sommets de plus de 4000 mètres en ne dormant que 3h30 jours (pour 67h30 d’activités !).

Après une grosse nuit réparatrice (7h30 de sommeil !, Kilian Jornet est reparti à l’assaut des sommets alpins. Durant les 3 étapes suivantes, il a gravi 13 sommets de plus de 4000 mètres supplémentaires, portant son total à 23.

Kilian Jornet Alps
Photo NNormal

Alpine Connection : 18 sommets le 7ème jour !

Mais c’est lors de la 7ème étape que tout s’est emballé : 18 sommets en une seule journée de 17h50, une performance qui a scotché tous les fans de Kilian Jornet. Ce circuit des 18 sommets n’est pas une inconnue. Il est réputé en Valais, et a pour nom le Spaghetti Tour. Ce parcours doit son nom aux refuges italiens qui offrent hébergement et nourriture aux alpinistes en route. Il s’agit en fait d’une célèbre randonnée de 30 km et 4400m D+, incluant le plus haut sommet de la Suisse, la Dufourspitze, qui culmine à 4634 mètres, au départ du refuge Monte Rosa à Zermatt.

Ce parcours, incluant de nombreuses sections d’escalade, se réalise généralement en 3 à 5 jours par des alpinistes expérimentés. Mais il fait également l’objet de records de vitesse. Ainsi, en l’athlète suisse du team Dynafit Andy Steindl, 35 ans, a réalisé l’itinéraire en solo en seulement 7h 45mn 44s, battant le précédent record qui appartenait à Benjamin Védrines en 9h 18mn depuis 2021.

Si Kilian Jornet n’a pas approché ce record légendaire, réaliser le Spaghetti Tour en 17h50 avec déjà une semaine d’activités intenses dans les jambes, et la fatigue qui va avec, reste une performance de très haut vol.

Photo Dynafit
Andy Steindl. Photo Dynafit

Alpine Connection : 48 sommets au bout de 9 jours !

Lors de la 8ème étape, Kilian Jornet a gravi 3 sommets supplémentaires, dont la fameuse pyramide du mythique Cervin, à 4478 mètres d’altitude.

L’étape 9 a été particulière pour Kilian Jornet, après 5 jours en Valais, en Suisse, et 19 heures d’activité en moyenne. En effet, cette 9ème étape l’a ramené à Zinal, deux semaines après avoir remporté la mythique course de montagne de Sierre-Zinal. Pour cette dernière journée en Valais, Kilian Jornet a enregistré 4 nouveaux sommets de + de 4000m : l’Ober Gabelhorn (4064m), le Zinalrothorn (4221m), le Bishorn (4151m) et le Weisshorn (4506m), sommet qu’il attendais avec impatience depuis le début du projet.

De retour à Zinal, il explique : « Pour moi, c’était l’épreuve la plus spéciale et j’avais vraiment hâte d’y être. C’était la fin d’une étape de cinq jours en Valais, j’étais très fatigué et c’était le tronçon le plus technique dans une région très sauvage avec beaucoup de prises de décisions et de difficultés de navigation. Le Weisshorn est pour moi l’une des plus belles montagnes des Alpes. Prendre le soleil pour gravir l’arête sud du Weisshorn était particulier car j’avais assez peur d’entrer dans la face dans le noir car c’est une grosse montée, très technique et très longue et il me fallait auparavant parcourir toutes les arêtes avec du rocher très pauvre et très exigeant.

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Le fameux Weisshorn, tant redouté par Kilian Jornet. Photo Nick Danielson / NNormal

Mais ensuite, la montée au Weisshorn a été l’un des meilleurs moments de ma vie ! Grimper là-bas avec ce rocher qui est magnifique et juste voir le coucher de soleil et le spectre brisé. J’étais fluide, je ne ressentais aucune fatigue, rien. C’était super, super spécial. Et puis aller à Zinal qui est un endroit spécial pour toutes les courses que j’ai faites ici, c’était une journée très spéciale. » À Zinal, son équipe et sa mère l’attendaient, avant de repartir pour une nouvelle liaison vélo.

Après 9 étapes soigneusement préparées, Kilian Jornet a donc déjà parcouru 646 km, grimpé 46 200m de D+ et gravi 48 des 82 sommets de plus de 4000 mètres d’altitude en 160 heures, 33 minutes et 54 secondes d’activité. Un phénomène.

Kilian Jornet
Photo NNormal
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En annonçant le 14 août se lancer dans le projet « Alpine Connections » où il va tenter de relier le plus grand nombre possible de sommets de plus de 4000 mètres des Alpes en comptant uniquement sur ses propres capacités, Kilian Jornet marche sur les traces de quelques alpinistes ayant déjà réussi l’exploit de gravir les 82 sommets existants. Alors, que cherche le « Patron » ? À battre le record en solitaire détenu depuis 2015 par Ueli Steck ? Ou le record absolu détenu par 2 alpinistes italiens depuis 2008 ? État des lieux.

Après les 3000 des Pyrénées, les 4000 des Alpes

177 sommets, 485km, 43000m D+ : du 2 au 8 octobre 2023, Kilian Jornet avait surpris tout le monde en réalisant l’exploit de rallier les 177 sommets de plus de 3000 mètres des Pyrénées dans un temps record, alors qu’une blessure l’avait tenu écarté des grandes courses de l’été. « J’avais cette envie, mais je ne savais pas si c’était un défi réalisable ou une pure folie. Après avoir consulté des personnes connaissant bien les sentiers pyrénéens, j’ai décidé de me lancer », avait-il expliqué alors. De là à voir le défi alpin comme une suite logique…

Lire l’article Le retour fracassant de Kilian Jornet dans les Pyrénées ICI

KILIAN-JORNET Pyrénées NNormal
Kilian Jornet lors de son périple pyrénéen de 2023. Photo NNormal

Les 4000 des Alpes : 82 sommets qui font rêver les alpinistes

Ce projet de gravir les 82 sommets de plus de 4000 mètres de l’arc alpin n’est pas nouveau. Et il a déjà fait de tristes dégâts. Ainsi, en 2004, alors qu’il s’est lancé dans ce défi, le célèbre guide Patrick Berhault meurt accidentellement lors de l’effondrement d’une corniche entre le Dom et le Täschhorn, en Haut-Valais.

C’est en 2008 que la paire d’alpinistes italiens Franco Nicolini et Diego Giovannini réussit l’exploit de venir à bout des 82 sommets en ne se déplaçant qu’à la force physique, à pied ou à vélo. Du 26 juin au 24 août, la cordée met 60 jours, ce qui constitue aujourd’hui encore le record absolu.

En 2015, c’est le métronome suisse Ueli Steck, tragiquement décédé le 30 avril 2017 au Népal sur les pentes du Nuptse, qui réalise l’exploit d’escalader les 82 sommets en solitaire, avec lors de quelques ascensions des compagnons d’aventure « invités ». Il met alors 62 jours, entre le 11 juin et le 11 août ! L’alpiniste star, surnommé « la Machine », adepte du « speed climbing », s’était fixé pour objectif de relier tous les sommets en moins de 80 jours, sans moyens motorisés entre les étapes, effectuées à pied et à vélo. Son exploit est hélas endeuillé par la mort le 23 juillet de l’alpiniste néerlandais Martijn Seuren, l’un de ses compagnons de route, lors d’une ascension commune sur le mont Blanc.

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Ueli Steck lors de son projet des 4000 en 2015. Photo DR

Les 4000 des Alpes : l’aventure de Liv Sansoz

Célèbre à la fin des années 90 pour avoir été l’une des premières grimpeuses à venir à bout d’une paroi coté 8c+, Liv Sansoz était alors obsédée par la performance. Mais en 2001, une chute brisa ses ambitions : blessée aux vertèbres, elle disparut des magazines. Pour réapparaître 16 ans plus tard, en mars 2017, lorsqu’à 40 ans elle annonça se lancer dans un projet fou : gravir les 82 sommets alpins de plus de 4000 mètres à la seule force physique, c’est-à-dire à pied ou en vélo, sans avoir recours aux remontées mécaniques, avec uniquement le ski et le parapente pour compléter les séances d’alpinisme.

Et surtout, en faisant cela à sa manière, en partageant l’aventure avec ses amis, sans souci de chrono ou de record. Ainsi, de mars 2107 à septembre 2018, en l’espace d’un an et demi, l’alpiniste a réalisé son rêve, avec une interruption de plus de 7 semaines au milieu de son aventure lorsqu’elle tomba dans une crevasse et, oubliant de bouger ses pieds, eut les orteils gelés en attendant les secours en hélicoptère.

Voir le film de l’aventure de Liv Sansoz ICI

Liv Sansoz Photo Ben Tibbets : Salomon
L’alpiniste française Liv Sansoz en 2017. Photo Ben Tibbets / Salomon

Les 4000 des Alpes : un record qui tient toujours

En 2021, les aspirant-guides italiens Nicola Castagna et Gabriel Perenzoni ont également réalisé les ascensions des 82 4000 des Alpes, mais en 80 jours, et en effectuant les liaisons en voiture.

Enfin, en 2022, le guide de haute montagne néerlandais Roeland van Oss a lui aussi gravi tous les 4000 des Alpes en utilisant ses propres forces physiques et morales. Son objectif était surtout d’alerter l’opinion sur les conséquences du réchauffement climatique. Il a mis 78 jours pour gravir les 82 sommets.

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Les Italiens Castagna et Perenzoni en 2021. Photo Castagna / Perenzoni.

Les 4000 des Alpes : quel projet pour Kilian Jornet ?

Il est difficile d’imaginer que Kilian Jornet se soit lancé dans l’aventure sans objectif, même inavoué. « Gravir le plus de 4000 possible » ne lui ressemble pas, et il y a fort à parier que son objectif est de battre le record de 60 jours des 2 alpinistes italiens. Une forme d’hommage aussi, certainement, à l’exploit en solitaire d’Ueli Steck.

On se souviendra d’ailleurs qu’en novembre 2015, Ueli Steck et Kilian Jornet, qui s’étaient rencontrés le mois précédent au Népal et avaient effectué une « petite » sortie ensemble, s’étaient retrouvés en Suisse pour s’offrir un aller-retour express sur la face nord de l’Eiger au départ de Grindelwald. Un peu plus de 10 heures et 2 minutes.

Jornet Steck Facebook
Le post Facebook d’Ueli Steck après sa sortie avec Kilian Jornet sur l’Eiger.
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Anne-Lise Rousset, championne de France de trail long 2023, est impressionnante : record féminin du GR20 en Corse en juin 2022, 2ème de la Diagonale des Fous quelques mois plus tard, 2ème de la Hardrock en juillet 2023, 2ème du MIUT 115 en avril de cette année, depuis 4 ans, quand elle prend le départ d’une course, elle finit invariablement sur le podium. Cet été, elle relève un nouveau défi en s’attaquant à son premier UTMB. Rencontre avec cette championne du team Scott, avant tout vétérinaire et maman, qui vit à fond et sans pression.

En avril, tu as terminé 2ème du MIUT (115 km et 6850 mD+) à Madère, une course que tu as décrite comme brutale, et où l’on t’a vu perdre ton légendaire sourire. Raconte-nous…

Anne-Lise Rousset : Disons que ce n’était pas ce à quoi je m’attendais. Cette course m’a marquée car j’ai pris zéro plaisir. Quand on pense Madère, on pense plutôt soleil, mais là, les conditions étaient vraiment difficiles. Faire 40 bornes sous la pluie, ça passe, mais tout un ultra c’était moins rigolo. J’étais complètement à l’ouest, mais il fallait finir. Cela a été compliqué, loin de l’objectif chrono qu’on s’était fixés. C’est toujours déroutant quand on voit tout ce qu’on fait pour s’entraîner et que cela se passe comme ça. Mais cela fait aussi partie du jeu…

Ton gros objectif de l’année, c’est l’UTMB. Tu as déjà gagné la CCC en 2014, et fait 4ème en 2018. Qu’est-ce qui t’a donné envie de revenir à Chamonix ?

A-L R : L’UTMB, c’est le graal de tout coureur, la grosse référence en matière d’ultra. Quand on a la chance de pouvoir courir ces distances-là, faire le tour du mont Blanc, c’est un objectif qu’on a envie de cocher dans sa vie. Cette année, c’était pour moi le moment d’y aller.

À quoi t’attends-tu sur ce sommet mondial du trail ?

A-L R : J’en ai discuté avec Adri (Adrien Séguret, son mari, coach et sélectionneur de l’équipe de France de trail, NDLR), car je ne suis pas vraiment à guetter les start-list. C’est important pour moi de ne pas m’en préoccuper mais bon, je ne suis pas naïve, je sais un peu qui s’y alignera. Je pense qu’en termes de densité chez les femmes, il y a rarement eu autant de filles qui peuvent être très proches et espérer faire de bons chronos. Même s’il n’y aura pas Courtney, cela promet d’être très chouette !

Quel sera ton objectif ?

A-L R : Faire du mieux que je peux ! (Rires.) Après, la place, on verra… La concurrence sera rude. Il y a des filles très costaudes et c’est une course complexe. C’est moins technique que la Corse, qu’une Diagonale des Fous ou même que Madère, mais pas forcément plus facile. Le parcours demande beaucoup de qualités. Il y a des grosses côtes cassantes qui font mal, mais aussi du plat, et il faut pouvoir avancer.

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Lors de la Hardrock 2023. Photo Cyrille Quintard

En battant le record du GR 20 en Corse en 2022 (35h50 pour 170 km et 13 000m D+, NDRL) moins d’un an après la naissance de ton petit garçon, tu as épaté tout le monde. Comment analyses-tu cet exploit ?

A-L R : Je ne sais pas vraiment car je ne me rends pas compte. Ce que je sais c’est que la Corse, c’était l’aventure de ma vie. Je ne sais pas si je serai capable de refaire un truc pareil aujourd’hui. C’était tellement chouette, même si cela a aussi été une énorme préparation axée sur cet objectif. Forcément si Courtney s’aligne dessus, elle va dégommer ce chrono mais je suis contente d’avoir réussi à faire ça. Et oui, c’était culotté de le faire 11 mois après la naissance de Faustin, mais cela nous a réussi.

Au fait, comment est né ce défi sur le GR20 ?

A-L R : Nous avons eu un coup de cœur pour le parcours en faisant ce sentier en vacances sur 4 jours, et Adrien a eu l’idée d’un projet off. Cela me paraissait tout simplement impossible de faire 170 bornes non stop mais j’avais envie d’essayer. En même temps, on avait aussi le projet d’avoir un enfant. Le calendrier était incertain, on va dire…

Depuis ce record, tu as pris goût aux 100 miles, avec une 2ème place sur la Diagonale des Fous dans la foulée, et une nouvelle 2ème place sur Hardrock 100 en 2023… Qu’en as-tu retiré ?

A-L R : La Diag’, c’était un peu un pêché de gourmandise car je n’avais pas récupéré suffisamment du GR20. Je ne l’ai pas bien vécue car j’étais cramée, pas vraiment certaine de prendre le départ. Finalement, on y est allés mais cela a été complexe. La Hardrock, ça a été une belle aventure où j’ai appris des choses. Un ultra est toujours une expérience car on ne peut pas le reproduire à l’entraînement et c’est dans l’instant de l’effort que l’on apprend, et c’est assez magique. 

Depuis la naissance de ton fils en juillet 2021, rien ne semble te résister. Dirais-tu qu’être maman t’a rendue plus forte, plus endurante ?

A-L R : Difficile de répondre à cette question… D’un point de vue physique, je pense que j’ai passé un cap grâce à ma grossesse. Enceinte, j’ai pu garder beaucoup d’entraînement et faire du renforcement tout en prenant mon poids normalement. Mine de rien, la force que j’ai acquise à ce moment-là m’a énormément servi pour la suite. On va dire qu’à un an post-partum, c’était le top. Depuis j’ai perdu en force. Donc oui, physiquement, être maman m’a donné un plus, et cela donne aussi bien sûr des ailes, mais à côté de cela, mentalement, c’est à double tranchant car je culpabilise de plus en plus de laisser mon fils pendant mes longs entraînements.

Photo Cyrille Quintard
Photo Cyrille Quintard

D’autant qu’en plus d’être maman, tu es aussi vétérinaire à plein temps, un travail très prenant…

A-L R : Oui, comme j’aime bien les défis un peu compliqués (Rires.), je me suis associée l’année où j’ai eu Faustin car j’ai eu une opportunité et je ne pouvais pas rater le coche. Du coup, je travaille à plein temps comme mes collèges associés, avec des astreintes, une garde fixe toutes les semaines et certains week-ends. C’est chargé, il n’y a pas de place pour l’imprévu, mais cela se fait.

Comment organises-tu ton entraînement ?

A-L R : Je m’entraîne entre midi et deux en semaine, en y mettant la qualité pour optimiser ce petit créneau. Je double souvent le soir avec de la musculation, on a un espace aménagé à la maison pour gagner du temps. Ensuite, je profite des mercredis où je ne travaille pas et des week-ends pour faire mes sorties longues. En semaine, je ne touche pas terre, mais je me ménage des coupures, sans quoi je ne tiendrais pas. J’ai coupé 15 jours après le MIUT, j’en avais besoin. L’hiver, je coupe 3 semaines. Je prends ce temps et je ne mets pas des objectifs tous les week-ends non plus car au quotidien, la récupération est assez brève.

Le fait d’avoir un mari entraîneur et sélectionneur de l’équipe de France de trail, c’est une force ou c’est une source de pression ?

A-L R : Disons qu’en fait, je ne l’envisage tout simplement pas autrement. C’est grâce à Adri que je fais tout ça. C’est lui qui m’a fait découvrir ce sport, qui m’a permis de faire tout ce que j’ai pu faire aujourd’hui, donc pour moi, il est indissociable de ma pratique. Je pense aussi qu’il n’y a que lui qui soit capable de m’entraîner vu mes contraintes professionnelles et familiales, et c’est aussi grâce à lui que je peux tout concilier.

Est-il plus exigeant avec toi qu’avec d’autres athlètes ?

A-L R : Clairement, oui il est exigeant ! Pas forcément plus envers moi qu’avec d’autres, mais disons qu’il a de fortes attentes. Et moi aussi d’ailleurs. Au MIUT, ma plus grosse déception, ce n’est pas forcément de ne pas avoir profité mais d’avoir peur de le décevoir, parce que j’ai toujours envie de faire du mieux que je peux pour lui aussi. Pour l’UTMB c’est pareil, j’ai envie de faire une belle perf aussi pour lui.

Anne-Lise Rousset et son mari Adrien Séguret
Anne-Lise Rousset en détresse avec son mari Adrien Séguret lors du MIUT 2024. Photo DR

Quel est ton point fort ?

A-L R : Difficile de répondre… C’est peut-être un paradoxe car d’un côté, j’aime le très technique qui n’avance pas, les passages où il faut mettre les mains et grimper, et d’un autre côté, j’aime courir aussi et je suis un peu frustrée quand on arrive à 120 km et que cela n’avance plus…

La polyvalence, en quelque sorte ! Ça tombe bien, c’est une qualité requise pour briller sur l’UTMB ! Et ton point faible alors ?

A-L R : Ce qui me manque, c’est ce que j’avais acquis pendant ma grossesse : la puissance sur les longues montées. C’était d’ailleurs assez marqué sur la Hardrock l’an dernier : sur du très technique, très raide, cela allait très bien, par contre quand la pente est à 10-15% et qu’il faut courir longtemps en côte, je suis une quiche. Et pourtant, bizarrement, j’ai beaucoup de cela dans mes entraînements… D’ailleurs, Adrien vient de me dire que j’allais recevoir un cadeau à la clinique : un gilet lesté de 10 kilos. J’ai hâte ! (Rire jaune.)

Passer « pro » en tant qu’athlète de haut niveau, tu y penses ?

A-L R : Non parce que j’ai besoin de mes « trois vies », c’est mon équilibre. Courir pour courir et n’avoir que ce graal-là, ce n’est pas ce que j’envisage. D’abord parce que j’aime mon travail et que cela fait relativiser les choses. La course se passe bien, tant mieux, mais si cela n’était plus le cas, ce ne serait pas grave. Quand tout se concentre sur la course et que cela devient une source de rémunération, la pression n’est pas la même, l’impact n’est pas le même. Clairement, je n’ai pas envie de ça.

Revenons-en au commencement. Comment t’es-tu mise à courir ?

A-L R : J’ai fait mon premier trail en 2010 et on va dire que ma vraie première saison, c’était en 2013. Plus jeune, j’avais fait de l’athlé au collège-lycée en UNSS, j’aimais bien courir sans pour autant vouloir me mettre en club. Plus tard, en rentrant à l’école vétérinaire, j’ai découvert le raid aventure et ai rencontré Adrien, qui en faisait pas mal en Occitanie. C’est comme ça que, de fil en aiguille, j’ai découvert le trail et la montagne.

Aujourd’hui, entre trail court et trail long, ton cœur balance ?

A-L R : C’est sûr qu’avec mon travail et ma vie de famille, du format un poil plus court serait plus adapté. 80 à 100 km, c’est peut-être là que je serai le mieux. D’un côté, plus j’avance, plus je vieillis, plus j’ai du mal à me dire que je ferai ça longtemps. Et d’un autre côté, j’ai encore envie d’en profiter quelques années, de cocher de belles courses, de voir ce que cela donne sur du long avant de lever le pied.

A part l’UTMB, y a-t-il un autre 100 miles te fait rêver ?

A-L R : J’aimerais bien refaire une belle Diagonale des Fous, comme il faut !

Cet article est paru dans le magazine Esprit Trail N°138. Vous pouvez vous le procurer en version papier ou numérique ICI

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Impressionnante ! Lorsqu’on regarde le carnet de courses de Claire Bannwarth ces trois derniers mois, on est pris d’une irrésistible envie de se coucher. Entre Minorque, la tentative de FKT sur le Long Trail aux USA, le passage par la Guadeloupe, le Québec Mega Trail et la Hardrock 100, ce sont des milliers de kilomètres au compteur. Là où tout athlète « normal » aurait besoin de repos, une semaine après avoir terminé le mythique ultra dans les montagnes du Colorado (31ème au scratch, 8ème féminine), Claire Bannwarth est allée se frotter au terrible Crossing Switzerland, une traversée intégrale de la Suisse de 390 km et 25000m D+. 93 heures et 47 minutes plus tard, elle déboulait à Montreux, terminant 8ème au scratch et première féminine. Moins de 4 jours pour traverser tout le pays par ses sommets ! Une aventure qu’elle a raconté sur les réseaux sociaux, et que nous ne pouvons résister au plaisir de vous partager. Car Claire Bannwarth, au-delà des performances, c’est aussi une plume à déguster. Récit d’une « petite balade pas très dure », dixit l’intéressée.

Le Crossing Switzerland de Claire Bannwarth en quelques chiffres

94 heures
8ème scratch
1ère femme
7 jours après la Hardrock 100
2 paires de Topo MTN Racer 3,
10 paires de chaussettes Decathlon à 3 euros
2 tee-shirts Raidlight Ultralight
Un short et un pantacourt Raidlight défoncés,
20 gaufres Näak
6 paquets de crakers
5 cafés
Des litres de coca
Des litres de Rivella (miam !) (boisson suisse à base de lactosérum, NDLR)
Une bande de strapping
Un paquet de pansements
Un pot de vaseline
Une paire de Léki qui n’a miraculeusement pas pété, pour une fois !

Crossing Switzerland
Crossing Switzerland, la traversée intégrale de la Suisse sur 390 km et 30000m D+

Crossing Switzerland Section 1 : 78 km, 5500 D+ – Vaduz – Linthal

Départ 22h dans la rue principale de Vaduz. On est quand même plus de 300 (trois fois plus qu’il y a deux ans !), ce qui pour un 200 miles est plutôt beaucoup. (Punaise, je ne m’imaginais pas qu’autant de monde voulait faire cette connerie !). Les 20 premiers kilomètres sont très roulants, faut courir, je les torche tranquilou en 2h. Ce sera ma section la plus rapide de la course ! Peu après, je me fais dépasser par Denise, puis Anita. Bon, c’est pas très étonnant, il y a du niveau chez les femmes cette année et les « usual suspectes » ont l’air en forme.


Quelques jardinages, en partie de ma faute, et en partie en voulant suivre d’autres coureurs, me font perdre un peu de temps, mais bon, vu qu’on est parti pour 4 jours ce n’est pas bien grave. Cela finit par monter un peu. Cool, la marche bâtons, c’est la vie ! Le jour finit par se lever, et je peux profiter des paysages magnifiques, et des vaches, meuhhh ! Première bosse passée, il en reste une deuxième, les jambes commencent à couiner un peu, mais j’ai tendance à rattraper des gens plutôt qu’à me faire rattraper donc cela me rassure.

Il y a un peu de neige au sommet. Je ne trouve pas le ravito (je suis certainement passée devant sans le voir…) et devrai faire les 27 derniers km sans manger, et sous une pluie de m***e… Après une trèèèèsss longue descente où je dois bien jouer des bâtons (sans les casser cette fois !) et où je dois me retenir de ne pas croquer dans le cul des vaches, j’arrive à la base vie, au bout d’environ 12h30 de course, ce qui ne me paraît pas si mal surtout avec ma jambe en mousse ! (Claire Bannwarth souffre d’un


Bien entendu je défonce le ravito et j’engloutis deux assiettes de pâtes. Puis je me maudis d’avoir autant chargé mon sac d’allègement quand je dois aller le récupérer. Je croise Denise, puis Anita arrive, puis Céline… Damn, on est encore si proches ! Je croise également Fabien qui n’a pas l’air bien… Changement de chaussures et chaussettes car les pieds ont bien douillé avec toute cette flotte ! MTN Racer 3 pas neuves vs MTN Racer 3 neuves, et c’est reparti mon kiki !

Crossing Switzerland Section 2 : 76 km, 4500 D+ – Linthal – Trübsee

On commence fort par une belle montée de bâtard… et après on redescend tout tout tout au fond de la vallée. Une partie un peu plate le long de la rivière permet de délier les jambes. Je fais le yoyo avec un gars qui court très bien le plat mais que je retrouve assez souvent en PLS sur un rocher dans les montées. Il se met à pleuvoir à fond, je suis trempée, mes pieds aussi. Un ravito bienvenu me permet de me changer et de refaire mes bandages. J’y retrouve Denise, que je pensais super loin devant… Cela me rassure. Je me rends compte aussi que ma balise était éteinte depuis mon départ de la base vie ! Je la rallume dare-dare, et je comprends pourquoi mon téléphone vibrait toute les demi-heures depuis mon départ de la base vie !

Puis on se retape une autre montée de la mort, toujours sous la pluie, mais cette fois la nuit tombe, et on finit par devoir chercher son chemin dans le brouillard et au milieu des névés… Heureusement, je ne suis pas seule et me retrouve dans un petit groupe, ce qui aide à ne pas se perdre. Peu avant la fin de la montée, je rattrape une frontale : c’était Denise, visiblement zombifiée. Je ne fais pas trop la maligne, je suis dans le même état !

Cela fait plaisir de basculer en descente et d’enfin avoir l’impression d’avancer. Une dernière remontée bien raide, où je me fais rattraper par Denise, et c’est enfin la base vie, en 29h environ. Je suis contente d’y voir Wouter, il est sur le point de partir, mais je peux le saluer. Il y a aussi un Japonais et deux trois autres gars, mais globalement c’est calme. Les écarts sont enfin là !

Je décide d’aller m’allonger 15 minutes, pas parce que j’en ai particulièrement besoin, mais parce que je viens de passer 17h avec les pieds mouillés par la pluie, la neige, la boue et les rivières et que j’ai besoin que cela sèche un peu… Je suis surprise de ne pas trouver Denise dans le dortoir femmes… J’apprendrai plus tard qu’elle a raté la base vie, glups ! Je me refais un bandage, change de chaussettes et repars rapidos, après avoir inondé tout le ravito en remplissant ma flasque d’eau dans un beau epic fail !

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Photo Montreux Trail Festival

Crossing Switzerland Section 3 : 76 km, 4500 D+ – Trübsee – Lauterbrunnen

Je m’endors dans la montée qui suit. Je tente plusieurs micro-siestes, mais rien n’y fait, j’ai du mal à garder les yeux ouverts. Heureusement, le jour arrive vite, et un premier ravito au pied d’un joli lac (le Tannensee). Autant dire que je défonce le stock de coca et passerai les kilomètres suivants à roter. Je me fais rattraper dans la montée suivante par un mec. J’arrive à m’accrocher dans la descente et à rester avec lui jusqu’en bas (une dizaine de km cette descente, lonnnnggggg). Je retrouve Denise au ravito de Meiringen. Heureusement pour elle, il était en dur et avec tout ce qui fallait pour dormir et elle a pu s’y reposer. Je m’occupe de mon côté encore et toujours de mes pieds et repars un peu avant elle.

J’ai à peine fait 1km qu’elle me rattrape déjà… Bon, de toute manière, je m’en fiche, je fais ma course. Mais j’avoue pour l’instant avoir passé une grande partie de la course à me faire déposer par elle en montée, en essayant de trouver pourquoi elle avançait deux fois plus vite que moi (où est caché le moteur bordel ? ;-).

La suite m’est familière: c’est les sentiers de l’Eiger. C’est lonnnnnng, et c’est la mud fest. On traverse quelques torrents et c’est un peu le casse-tête pour gardert les pieds secs, puis pour traverser tout court…Ensuite, au lieu de remonter vers le Maennliche comme sur l’Eiger, on redescend sur Lauterbrunnen. Une des bénévoles, qui a aussi fait le balisage, nous dit d’être vigilants au niveau de la gare… C’est bien sûr le moment où la batterie de ma montre me lâche et où je dois naviguer au téléphone. Et donc j’arrive bien sûr à me planter et dois tirer tout droit dans le pentu et traverser les voies de chemin de fer et des arbustes pour retrouver le bon sentier.

Je ne suis alors pas encore rendue, il reste encore 6km avant Lauterbrunnen et la navigation sur gpx viewer me file des boutons. Je réussis à arriver à la base vie sans avoir à ressortir la frontale – il est 22h et quelque ! Là encore, Wouter est sur le départ alors que je m’installe pour manger la première de mes trois assiettes de quiches. Et Denise est également là, elle est visiblement arrivée quelques instants avant moi.

Je ne sais pas trop quoi faire. J’ai encore les pieds défoncés, et comme on est à la mi-course et qu’on attaque le début de la troisième nuit – et d’une section de maboule, cf le D+ – je sais que c’est le moment idéal pour faire un bon cycle de sommeil. Problème : je n’ai pas particulièrement envie de roupiller. Je décide quand même de me poser 1h15 dans la salle de repos. Au bout d’une demi-heure à faire la crêpe, je comprends que c’est mort, je n’arriverai jamais à dormir. J’arrête donc de perdre mon temps et change totalement de plan : ce sera opération caféine et zéro sommeil jusqu’à la fin de course. Quatre jours sans dormir ne me font pas peur, je l’ai déjà fait sur la Spine sans (trop de) problèmes. Je me demande juste si cela va passer avec les montées… On verra !

Crossing Switzerland Section 4 : 81 km, 7500 D+ – Lauterbrunnen – Lenk (et non, il n’y a pas d’erreur, c’est bien le bon D+ !)

Ça grimpe secos d’entrée, puis c’est un peu plus roulant et je me surprends à courir (heu, courotter disons !), puis on se prend un beau mur dans la tronche. Que je reconnais d’ailleurs, je l’avais fait en rando avec mon mari. Je suis surprise de rattraper Denise dans la montée, c’est la première fois que je vais plus vite qu’elle dans une partie ascendante… Il fait nuit et il y a du brouillard, et comme je navigue toujours au téléphone, au chou total, c’est un peu la galère pour rester sur le bon sentier. Mais j’arrive néanmoins vers la fin de la montée : une série de marches bien raides pour bien t’achever !

Je sais qu’on doit normalement descendre. Seulement après quelques minutes, j’arrive dans un pierrier dégueulasse, et ne vois plus aucune marque. Mon téléphone me met hors trace, et le « chemin » devient carrément dangereux. Je me demande alors si il ne fallait pas continuer encore un peu plus haut (il y avait un sentier marqué blanc et rouge qui remontait encore un peu) et décide de faire demi-tour. Je retrouve Denise qui venait juste de finir l’ascension des marches. Je lui dis que je ne sais pas trop où il faut passer, et qu’en bas c’est vraiment dégueulasse…

On remonte un peu en suivant le sentier balisé, mais on s’éloigne de la trace… J’appelle alors le PC course, histoire juste d’être sûre du bon chemin. Cela ne me dérange pas de faire mumuse dans un pierrier hyper raide à 4h du mat’ (ça me rappelle la Hardrock), à condition d’être sûre que ce soit bien par là qu’il faille aller ! On me confirme que c’est bien par là. Bon, bah c’est reparti pour 20 minutes de glissades non contrôlées dans la pierraille.

On ne voit absolument rien dans la nuit et le brouillard. Aucune trace, aucune voie qui ressemble à un sentier… Je passe sur les fesses, complètement hors sentier, et finis par retomber sur la trace. Denise retrouve également un vrai sentier et je suis soulagée. Je me taille dans la descente (enfin, cela roule, youpi !). Je n’ai surtout plus d’eau et plus de bouffe et il me tarde d’arriver au ravito refaire le stock. Je ne peux d’ailleurs pas attendre pour la flotte : je remplis ma flasque dans un ruisseau en espérant que pas trop de vaches n’aient pissé dedans.

Le jour se lève, et j’arrive enfin au ravito. J’y soigne mes pieds pour la énième fois et repars juste quand Denise arrive. Elle me demande ce que je fous encore là, et lui explique que mes pieds sont en charpie. Allez, encore une bonne grosse bobosse, et surtout une descente bien foireuse sur des sentiers qui n’en étaient pas, et Kandersteg et son ravito est en vue !

Pareil, je dois une nouvelle fois changer de chaussettes. J’en profite pour engloutir trois assiettes de croziflette (ultimeeeeee !) et me barre fissa. Une nouvelle bobosse m’attend. J’y passe une paire d’heures et suis de nouveau affamée, j’attends avec impatience le ravito d’Adelboden. Je traverse toute la ville sans rien voir… Bon, cela doit être un peu plus loin… Je sors littéralement de la civilisation pour commencer à grimper et comprends que je l’ai raté… Je mange mon ultime gaufre Näak. Il reste encore 20 km avant Lenk, avec certainement une longue descente. Je devrais survivre…

J’arrive à Lenk vers 21h avec une faim de loup et des pieds de biche (ie défonce). La base vie est énorme et remplie de gamins qui crient et courent partout… Le plan est simple : engloutir un max de calories et un max de caféine dans le moins de temps possible. J’hésite à changer de chaussures mais bon, on ne change pas une équipe qui marche (moyen). Je profite de l’écran où le live tracking est affiché pour checker ma position et les écarts pour la première fois de la course : je suis 8ème scratch et 1ère femme. Denise est dans la descente et ne devrait pas tarder à arriver. Le 5ème est très loin, et le 6ème, mon ami Wouter, et le 7ème sont également à la base vie, certainement en train de roupiller. Raison de plus pour ne pas trop traîner ! Un dernier café et je bouge mes miches, prête à torcher cette (normalement) dernière nuit de course. Il est 22h passées. La nuit va donc être longue.

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Photo Montreux Trail Festival

Crossing Switzerland Section 5 : 30 km, 1500 D+ – Lenk – Rossinière

J’ai un peu de mal à repartir, ma foulée ressemble plus à celle de Terminator que celle de Bip Bip le Coyote, mais ça revient vite et tant mieux car il y a une bonne section de plat, avant d’entamer l’une des dernières grosses montées de la course. Je profite d’être seule pour chanter à tue-tête histoire de rester éveillée – pauvres vaches ! Puis je suis complètement paumée pendant une bonne demie-heure (je pense que quelqu’un de mal intentionné à volontairement changé le balisage pour faire une boucle et perdre les coureurs…). Ismaël, le 7ème, me rattrape et me remet sur le bon chemin et je peux voir à quel endroit ça a merdé. On fera une grande partie de la montée ensemble, mais il finira par me dépasser et me distancer.

Dans la descente, Wouter me rattrape également, il semble voler ! On discute brièvement, mais il est beaucoup plus rapide que moi et me laisse rapidement à mes pensées. Je le retrouve, ainsi qu’Ismaël, au ravito de Turbach. Ils repartent ensemble, et je choisis de prendre mon temps pour bien manger. Je sais que je ne les reverrai pas. Il reste alors 11 km de faux plat descendant jusqu’à la base vie, et il est 4h du mat’.

Je jette un coup d’œil au live tracking pour voir où est Denise. Elle vient juste de partir de Lenk, je dois donc avoir environ 2h d’avance. Je repars donc gaiement, cependant je me rends compte rapidement que je n’arrive pas à garder les yeux ouverts. Je tente une première micro sieste, puis une seconde, mais rien à faire, je suis un vrai zombie. Je passe une bonne heure à faire je ne sais pas trop quoi, toujours est-il que vers 5h15 du mat’ j’ai la mauvaise surprise de me retrouver… au ravito de Turbach ! Je m’excuse auprès de la pauvre bénévole que j’ai dû affoler : voir un zombie marmonner « oups, la boulette, je me suis trompée de sens » à 5h du mat’ doit être assez traumatisant. Cela a au moins l’avantage de me réveiller entièrement et de me faire galoper jusqu’à la base vie. Je passe les 11km suivants à me maudire et essayer de me rappeler à quel moment j’ai bien pu merder et me tromper de sens… En vain.

Crossing Switzerland Section 6 : 50 km, 3000 D+ – Rossinière – Montreux

À la base vie, je regarde le live tracking pour voir à quel point c’est la cata. Wouter et Ismaël sont maintenant à 2h et 1h30 respectivement, et je dois toujours avoir 1h d’avance sur Denise. Bon, c’est pas si grave. Il fait jour maintenant, je devrais moins m’endormir… J’engloutis mon cheese burger frites, vide tous les trucs inutiles de mon sac et repars pour les 50 derniers km… Si proche et à la fois si loin !

La première section est bien chiante, faut courir ! Mais la section d’après est carrément horrible : je passe une heure à enjamber des racines puis à barboter dans la boue…. On redescend un peu pour regrimper ensuite… Heureusement que la vue est belle car les sentiers sont bien pourris. Bref, c’est interminable, et je commence à me demander combien de temps je vais mettre pour finir.

J’entends ensuite un gros bourdonnement : c’est un drone. Les photographes de la course sont en train de bien faire mumuse, et je suppose qu’ils me filment en train de descendre avec la grâce et l’agilité d’un pachyderme vers le dernier ravito… J’y mange un raclette (une course en suisse sans raclette, ça aurait été un scandale!), et rechecke le tracking pour voir si je peux finir en moonwalk… Je peux !
Je finirai donc la dernière montée vers les rochers de Nayes et la dernière descente vers Montreux tranquilou, non sans manquer de me péter la gueule trois fois car c’est une vraie diablerie.

Et voilou, binz bouclé en un peu moins de 94h – tant mieux, car je n’avais pris que trois jours de congés ! Des bonnes sensations tout du long, sauf durant mon moment d’absence de la dernière nuit. Toujours une jambe en mousse, mais qui peut tenir 390km. On a un mois pour corriger tout ça avant l’UTMB Mont-Blanc ! Un grand merci à l’orga pour cette course de ouf parfaitement bien organisée (quoique, les ravitos étaient trop bons, moi qui voulais sécher avant l’UTMB, c’est raté… Scandaleux !)

Comme d’hab, merci les sponsors trop forts: Topo Athletic, Raidlight, Go’Lum, Näak

Claire Bannwarth Photo DR
Photo DR
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Tous ceux qui ne s’y sont jamais frottés ne peuvent pas se l’imaginer, et se contentent de dire que les paysages sont exceptionnels, d’après les photos qui circulent sur les réseaux. Et ils ont raison ! Mais les photos ne disent pas tout. Et tous ceux qui l’ont couru peuvent en témoigner : c’est une des courses les plus dures qu’ils aient jamais faites. Jusqu’à dire qu’à côté, la Diagonale des Fous serait “roulante” ! Esprit Trail était sur cette édition de l’Ultra Trail di Corsica, grand format de la Restonica. Retour en photos et explications.

Ultra Trail di Corsica : ce qu’en disent les champions

Ceux qui n’y ont jamais couru peuvent difficilement les imaginer, mais les sentiers corses méritent amplement leur surnom de « salades de cailloux ». La technicité est telle que même les coureurs les plus chevronnés, élites en tête, peinent à progresser et affichent des moyennes horaires bien en deçà de leurs performances habituelles sur des distances et des dénivelés similaires. 7,5km/h pour le record sur le 110, 10,6km/h pour celui sur le 33, les chronos référence se situent quasiment 2km/h plus bas que la « normale » constatée sur les courses aux spécificités de distance et de dénivelé similaires.

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Louison Coiffet à l’arrivée de la course la plus dure de sa vie. Photo Organisation

« C’est la plus dure course de toute ma vie », a reconnu Louison Coiffet, expert en skyrunning et vainqueur de l’UTC 2024, qui découvrait les sentiers corses. Sébastien Camus, 4ème de l’épreuve à 2h36 du vainqueur, était tout aussi affirmatif : « En toute honnêteté, je ne m’attendais pas à ce que cela soit aussi exigeant. C’est un véritable chantier, pas un caillou dans le bon sens ! Ce qui est sûr, c’est que cette épreuve est tout juste unique, rétrogradant la Diagonale à une course roulante ! »

Julien Absalon, qui était également sur l’UTC, a de son côté commenté : « On m’avait prévenu que cette course était un “chantier”, avec des passages ultra raides et interminables dans les cailloux, il faut quelques fois plus d’une heure pour faire un kilomètre ! ». Le double champion olympique et quintuple champion du monde de VTT-cross country a mis près de 22 heures pour boucler les 112 km et décrocher la 30ème place.

110 km en 22h00 pour le 30ème, imaginez le reste du peloton, avec 427 coureurs derrière Absalon. 319 finiront l’aventure, pour 138 abandons. Le dernier finsiher, Alban Torres, aura mis 48h 07mn 33s pour boucler sa boucle. 2,3km/h de moyenne, avec uniquement 2h24 de temps de repos. Nous étions sur la ligne lorsqu’il est arrivé. Titubant. Détruit. Mais héroïque.

Ultra Trail di Corsica : une mise en route qui fait mal

Alors, pourquoi cet ultra est-il si dur ? Suivez-nous, on vous le raconte.

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Un profil en dents de scie, avec des montées terribles.

Au départ de Corte, la mise en route est violente : 1600m D+ sur les 6 premiers kilomètres, en pleine nuit (départ donné à 23h du cours Paoli, aux lueurs des fumigènes, ambiance garantie). Bien sûr, les corps sont encore pleins de vigueur, et la température clémente. Courir n’est pas envisageable, mais marcher vite, oui.

Une fois le PC1 de Padule atteint, après seulement 7,2km, c’est la délivrance. Un dernier coup de cul sur la crête, en plein vent, et il est temps d’allonger la foulée, et de courir, enfin. Jusqu’au PC de Boniacce, c’est l’autoroute : 6 km d’une large piste sans aucun relief. Il faut en profiter, car c’est un des derniers moments de grâce avant… longtemps.

La suite n’est qu’un long chemin parsemé de pierre. Des rondes, des plates, des instables. Y courir, en pleine nuit, est risqué. Mais il faut bien avancer. Les raidillons sont cruels, techniques, mais courts. Les descentes sont abruptes, mais gérables. D’ailleurs, la plupart des coureurs sortiront indemnes de ces 30 premiers kilomètres de course, qui, finalement, laissent espérer une fin heureuse. Certes, la progression est lente, parfois moins de 2 km/h, mais les kilomètres défilent tandis que le jour s’est installé.

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La première montée, à la lueur des frontales. Photo Organisation

Ultra Trail di Corsica : l’enfer de Bocca Crucetta

Un plein d’eau, et c’est le début de l’enfer. La montée jusqu’à Bocca Crucetta s’annonce, 11,1 km et 1657m D+ d’un seul coup, dont une fin d’ascension terrible, dans un pierrier instable. Plus personne ne rigole, le soleil écrase tout, le peloton se disloque. Certains posent tout en se plongent dans les lacs pour se rafraîchir, d’autres pleurent, assis, épuisés et cramés par le soleil.

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Se rafraîchir. Photo Organisation

Mais il n’y a pas d’alternative ! Une fois engagé dans cette montée, il faut atteindre le sommet, coûte que coûte. Les derniers mètres sont épiques, la progression se fait mètre par mètre, deux pas en avant, une glissage en arrière, moins d’1km/h sur cette section.

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Ne jamais se décourager. Photo Organisation

Et puis, en s’aidant des bâtons, des mains, de tout ce que l’on trouve, on arrive enfin au point culminant du parcours, à plus de 2400 mètres d’altitude. Délivrance. Et bonheur ! S’arrêter, pour souffler, mais aussi pour contempler la Méditerranée, au loin.

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Bâtons, mains, tout y passe pour progresser. Photo Organisation

Ultra Trail di Corsica : voir Ciattarinu et dormir

Tous ceux qui ont pensé avoir vaincu l’enfer en franchissant Bocca Crucetta vous le diront : la descente, c’est pire. Un mur de terre et de cailloux, où prendre appui est quasiment impossible. Alors il faut chercher des solutions, trouver la meilleure trajectoire possible pour ne pas fusiller ses cuisses, qui commencent à chauffer sévère. Beaucoup chuteront ici, sur les fesses, sur le dos, en avant. Ils se feront peur, jureront tous les Dieux que plus jamais, mais n’auront pas le choix : avancer, encore et toujours.

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Après les montées infernales, les descentes, encore pires. Photo Organisation

Une fois la descente infernale achevée, guère de répit. Des bergeries de Ballone, au PC6, le chemin se fait plat quelque temps avant qu’une nouvelle muraille de pierre ne se dresse devant les yeux, répétition de la précédente. En moins longue, bien sûr, 3 « petits » kilomètres et 674m D+ « seulement », mais avec une pente tellement obscène que le découragement se fait sentir. D’autant qu’en haut de cette barrière de pierre, à Bocca Foggiale, ce ne sont que 53 kilomètres qui auront été avalés. Même pas la moitié du parcours. 53 kilomètres, que certains auront mis près de 20 heures à parcourir !

Et puis enfin, au bout d’une descente de 6 km dans la haute vallée du Golo puis la forêt de Valdoniello, la base de vie de Ciattarinu. Les plus chanceux retrouvent leur assistance, d’autres simplement leur sac de délestage. Ici, l’ultra-traileur amateur se pose, se change, boit, mange, dort, et s’interroge. Continuer ? C’est le moment de convoquer les forces mentales, de constituer les groupes de braves, ceux qui vous entraîneront plus loin, alors que pour certains la deuxième nuit se profile déjà. Ne pas regarder ceux qui rendent leur dossard, épuisés : ils pourraient vous tenter !

Ultra Trail di Corsica : l’épouvantail de Bocca Alle Porte

De Ciattarinu, il faut traverser la vallée pour entamer la montée vers les rives du lac du Ninu, où paissent les chevaux, vaches et cochons. Du plat relatif au début, mais courir lorsqu’on est épuisé est… épuisant. Et puis enfin se profilent les bergeries de l’Inzecche, sur le mythique GR20. Ici, tout est aéré, sans ombre, mais relativement plat. On respire sur ce plateau herbeux, en direction du refuge de Manganu. La rivière coule, les jambes tirent, mais le moral tient.

Et puis soudain, on arrête de parler. Droit devant, une nouvelle muraille de pierre. Le terrible col de Bocca Alle Porte. Plutôt que parler de col, il faudrait parler de minuscule brèche dessinée dans un énorme rempart, un univers minéral austère qu’il va falloir escalader. Il n’y a plus guère de chemin, juste des cailloux, par milliers. Et de chercher ceux enduits des fameux coups de pinceau rouge et blanc pour trouver son chemin, mètre par mètre.

UTC 6
Atteindre la brèche, tout là-haut. Photo Esprit Trail

Ultra Trail di Corsica : quand y’en a plus, y’en a encore

Franchir cette brèche de Bocca Alle Porte, encouragé par les bénévoles qui crient pour indiquer le chemin, est une petite victoire. Une de plus. Surtout que la vue, de jour, est exceptionnelle, avec les plus hauts sommets de l’île partout alentour et les lacs d’altitude de Capitellu et Melu à vos pieds.

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Les lacs de Capitellu et Melu. Photo Esprit Trail

Aucune trêve en revanche du côté du sentier, qui continue obstinément d’être fait de cailloux de toutes tailles, instables au possible. Lever le nez impose de s’arrêter, sous peine de chute assurée. Une fois le PC11 atteint, à Bocca Soglia, une longue descente toujours aussi technique et piègeuse n’offre aucun répit jusqu’aux bergeries de Grutelle, où un ravito riche de fromages et charcuteries vous fera enfin sourire de nouveau.

Il ne reste « que » 20 kilomètres à parcourir pour rejoindre Corte et la banderole d’arrivée. 20 km, c’est peu. Mais 20 km à une moyenne de 3 ou 4 km/h, c’est encore 5 à 6 heures de course, alors que vos jambes hurlent de douleur.

Cette fin, que l’on voudrait en descente, le long de la Restonica, pourrait être tellement sympa, si les organisateurs n’avaient pas prévu une dernière difficulté. 800M de D+ sur 3 km, la punition pour monter au plateau d’Alzu. Y arriver, c’est avoir course gagnée. Là-haut, l’ambiance est de feu, et les kinés vous attendent pour vous donner les forces nécessaires pour finir. A la vitesse d’un escargot prudent, vous mastiquez les derniers kilomètres d’une épopée comme jamais vous n’aviez imaginer en vivre une.

C’était l’UTC…

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En pleine dynamique, la nouvelle organisation du Marathon des Sables The Legendary et des MDS présente un concept inédit : le MDS Trek. Accessible à tous, chronométrée, international et mixte, cette nouvelle épreuve, contrairement aux autres MDS, ne se fera pas en autosuffisance et permettra ainsi de s’acclimater aux différents paramètres du désert (7 nuits durant !) et se dépasser en oubliant l’aspect gestion de l’autonomie que tant redoutent. Première édition dès le mois d’octobre sur les parcours du légendaire MDS.

MDS Trek Maroc : entre 70 et 120km en 4 étapes

La première édition du MDS Trek se déroulera au Maroc, du 20 au 29 octobre 2024. Mystérieux, envoûtant et apaisant, le MDS Trek Maroc proposera des paysages variés : reliefs montagneux, terrains rocheux, dunes, oueds ou encore lacs asséchés et empruntera les parcours mythiques de son grand frère, le mythique Marathon des Sables. Le parcours fera entre 70 et 120km, divisé en 4 étapes chronométrées, dont une étape « longue » répartie sur 2 jours, avec un bivouac au milieu. Les distances seront variables, permettant de choisir pendant l’étape de faire une plus ou moins longue distance.

Lors des étapes, les participants devront porter dans leur sac leur ration du jour et de l’eau. La capacité minimale sera d’1,5 litres d’eau. Le reste du matériel restera au bivouac. Sur le parcours, des ravitaillements en eau seront proposés. Il n’y aura aucune barrière horaire, ce qui permettra d’aller à son rythme. En cas de difficulté, si un participant ne parvient pas à terminer une des étapes chronométrées, il pourra être rapatrié au camp et prendre le départ des étapes suivantes.

MDS TREK 2024 3
MDS TREK 2024


Voici la répartition approximative des distances par étapes :
1 :
14 ou 24km
2 : 12 ou 15km
Étape 3 – jour 1 : 19 ou 31km
Étape 3 – jour 2 : 19 ou 26km
4 : 13 ou 24km

MDS TREK 2024 étapes
Les étapes du MDS TREK

MDS Trek Maroc : un bivouac unique et une étape longue avec la Star Night

Le MDS Trek Maroc proposera un lieu de bivouac unique avec un niveau de confort optimal pour le désert. Les participants seront hébergés dans des tentes doubles équipées de matelas séparés, permettant de venir à plusieurs, entre amis, en famille, en couple ou même seul. Après les étapes, il sera possible de prendre une douche berbère, de se détendre avec des massages, de profiter de boissons fraîches grâce au bar mis à disposition et de partager des moments de convivialité.

La grande originalité sur ce trek se déroulera lors de l’étape longue avec la Star Night. À mi-parcours, les participants s’arrêteront pour passer la nuit dans un campement nomade à la belle étoile. Célébré par un grand buffet, ce moment hors du temps permettra de profiter du désert de manière authentique tout en se reposant et se ressourçant. Lors de cette étape, les participants devront emmener leur duvet.

MDS Trek Maroc : une préparation minimale

Les distances au choix ainsi que l’équipement à transporter réduit du MDS Trek permettront de rejoindre l’aventure avec une préparation en amont minimale, sans avoir à se soucier en particulier de l’autonomie alimentaire ni du poids du sac. Evidemment, pour celles et ceux qui ont déjà participé à un MDS, la connaissance du désert pourra être utile et leur permettra de vivre une aventure différente, que ce soit à la recherche d’un chrono ou pour entraîner des proches sur une expérience plus accessible.

Le MDS Trek proposera par ailleurs la possibilité de participer à des ateliers conférences sur le bien-être physique et mental dans le sport tels que « Le jeûne sportif – Ses forces et faiblesses », « Le glucose et la gestion de la glycémie dans nos vies », « Le Yoga » ou encore « Le pouvoir de la respiration ».

MDS Trek Maroc : le programme détaillé du 20 au 29 octobre 2024

20 octobre : Rendez-vous à Ouarzazate, transfert jusqu’au bivouac, première nuit au bivouac.
21 octobre : Contrôles techniques, atelier conférence, nuit au bivouac.
22 octobre : Première étape de 14ou 24km, nuit au bivouac.
23 octobre : Deuxième étape de 12 ou 15km, atelier conférence, nuit au bivouac.
24 octobre : Début troisième étape de 19 ou 31km, Star Night.
25 octobre : Fin troisième étape de 19 ou 26km, nuit au bivouac.
26 octobre : Journée de repos, atelier conférence, nuit au bivouac.
27 octobre : Quatrième étape de 13 ou 24km, nuit à l’hôtel.
28 octobre : Journée à l’hôtel, soirée de Gala, nuit à l’hôtel.
29 octobre : Fin de l’aventure MDS Trek Maroc

Plus d’infos et inscriptions ICI

MDS TREK 2024
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