La France s’est mise à l’honneur en 2016 ! Les courses majeures de la semaine ont été remportées par les leaders français de l’ultra-trail de cette année-là, avec Ludovic Pommeret et Caroline Chaverot en prime time. Retour sur un UTMB bleu blanc rouge.
UTMB 2016 : sans Kilian ni François, avec Lorblanchet et Pommeret
Si les Américains sont historiquement aux avant-postes de l’ultra-trail format 100 miles, avec la Western States Endurance Run (WSER) depuis 1977 et la Hardrock 100 depuis 1992, la France a réussi, avec l’UTMB, à prendre une place centrale, s’auto-décernant le titre de « Sommet Mondial du Trail ». Preuve de ce succès, le Tour du Mont-Blanc est devenu la course star, celle dont le monde entier parle, et le vainqueur, quel qu’il soit, est « le » champion incontesté, chez les hommes comme chez les femmes. Quant aux absents, ils ont forcément tort, à l’aune de la médiatisation et la rentabilité ultérieure.
En cette année 2016, rares furent d’ailleurs les observateurs à remarquer l’absence au départ d’anciens vainqueurs récents chez les hommes. On ne trouvera ainsi pas de trace de regret de l’absence de Kilian Jornet, parti vers le toit du monde, ni même de François D’Haene, multi-vainqueur lui aussi. La densité de l’élite de l’ultra est alors telle, avec Thomas Lorblanchet et Ludovic Pommeret en têtes d’affiche côté français, que, même en l’absence des « stars » de la discipline, les deux vainqueurs homme et femme seront forcément considérés comme les champions de l’année, la victoire sur les 170km du Tour du Mont-Blanc l’emportant sur tout le reste.
Le départ de l’UTMB 2016. Vangelis, Conquest of Paradise, évidemment…
UTMB 2016 : une édition suffocante, un Pommeret à l’agonie
Suffocante à tous points de vue. Déjà, parce qu’à la canicule régnant dans les cieux depuis le lundi a succédé une grosse période orageuse le samedi soir, compliquant la tâche du gros du peloton encore engagé dans la montagne. Au niveau du suspense ensuite, car l’UTMB 2016 a proposé un scénario de course incroyable et indécis, tant chez les hommes que sur la course féminine.
À 41 ans, Ludovic Pommeret a réalisé une course tout en courage pour remporter de très loin son plus retentissant succès. Le coureur savoyard était proche de l’abandon, lorsque vers minuit vendredi soir, il a dû marcher entre les Contamines et les Chapieux, vaincu par des maux de ventre et naviguant aux alentours de la 50ème place. Il semblait à ce point en perdition que l’entraîneur national Philippe Propage enjoignit même son assistance de le contraindre à l’abandon pour sauvegarder sa santé.
UTMB 2016 : la remontée fantastique de Ludovic Pommeret
Quelle surprise alors, plusieurs heures plus tard, de voir Ludovic Pommeret remonter une cinquantaine de places dans la nuit, et le retrouver l’avant de la course. Au contraire de nombre de favoris, tels que Alberto Hernando (ESP), Miguel Heras (ESP), Ryan Sandes (AFS), Jason Schlarb (USA), Thomas Lorblanchet (FRA), Tofol Castanyer (ESP), Diego Pazos (SUI), Didrik Hermansen (NOR), tous contraints à l’abandon (comme plus de 42% des partants), “Ludo” est parvenu à se refaire une santé au fil des kilomètres.
À 30km de l’arrivée, il a ainsi réussi à rejoindre l’Américain Zach Miller, qui caracolait en tête depuis le départ, ainsi que le Lituanien Gediminas Grinius, avant de les « déposer » dans la montée vers Catogne. Il a ensuite accentué son avance dans la montée vers la Tête aux Vents (km 158) par plus de 30°C, avant de filer vers la victoire en 22h et 2 petites secondes, devant Gediminas Grinius et l’Américain Tim Tollofson, auteur d’une fin de course phénoménale.
UTMB 2016 POMMERET
UTMB 2016 : Caroline Chaverot au bout du suspense
Cette victoire renversante de Pommeret, indécise jusqu’à son terme, est à l’image de la course féminine. Caroline Chaverot, que l’on pensait largement au-dessus du lot, voire même capable de faire un top 3 au scratch, et Andrea Huser (SUI) se sont en fait livrées un combat de plus de 25 heures. Les deux favorites n’ont jamais été éloignées de plus de 20 minutes durant les 170km de course, Caroline conservant toujours la tête.
Cette avance fondait à 7 minutes à La Forclaz (km 147), puis bientôt 4 minutes. On craignait alors de voir se reproduire le scénario catastrophe de 2015 pour Caroline Chaverot (abandon à Vallorcine après avoir mené toute la course). Mais dans la montée vers Catogne (km 145), puis dans celle de la Tête aux Vents, la Française se reconstruisait une avance plus confortable d’une dizaine de minutes, pour boucler victorieusement l’épreuve en 25h 15mn 40s, devançant l’infirmière suisse de 45 ans.
Caroline Chaverot : “J’ai fait le deuil de la victoire…”
« Comme l’an dernier j’ai eu des crampes, mais cette fois-ci, j’ai pu continuer jusqu’au bout », racontera Caroline Chaverot. « Cette victoire a vraiment une saveur particulière, car ce fut un combat constant avec Andrea. Ce n’est pas comme si j’avais eu 2 heures d’avance… À un moment, j’ai même fait le deuil de la victoire quand elle est revenue très près de moi. Je me disais que 2ème, finalement, ce ne serait pas si mal… J’ai vraiment puisé au fond de moi comme jamais pour construire ce succès. »
Alors que les trombes d’eau s’abattaient sur le parcours en début de soirée du samedi, une bataille analogue avait lieu entre l’Espagnole Uxue Fraile et la Française Juliette Blanchet, pour la 3ème place. Mais l’Iséroise lâcha prise dans les 20 derniers kilomètres, pour laisser la dernière marche du podium à l’Espagnole.
La victoire au bout du suspense. Photo Dario Rodriguez
https://www.esprit-trail.com/wp-content/uploads/2023/08/caroline-chaverot-ludovic-pommeret-utmb-2016-1.jpg6751200Patrick Guerinethttps://www.esprit-trail.com/wp-content/uploads/2025/02/ET-logo-vert-noir-300x87.pngPatrick Guerinet2023-08-22 05:00:002023-08-19 18:04:29UTMB STORY : 2016, Ludovic Pommeret et Caroline Chaverot au sommet
2012, 2014, 2017 et 2021 : par 4 fois, François D’Haene s’est imposé sur l’UTMB. Si sa première victoire se dessina sur un parcours tronqué, les 3 suivantes ne souffrent d’aucune contestation. Surtout la 3ème, en 2017, face à Kilian Jornet. Un choc des titans qui reste dans les annales…
UTMB 2011 : François D’Haene comme un débutant
Il est venu un première fois en 2010, pour apprendre, mais la course a été arrêtée aux Contamines, pour des raisons météo. Un deuxième départ est donné le lendemain de Courmayeur, pour un UTMB transformé en CCC bis, mais François D’Haene n’en est pas. Il revient en 2011, remonté comme jamais, dans une forme époustouflante après avoir passé son été à se préparer. Manque de chance, il se retrouve de nouveau avec des conditions météo épouvantables.
Le départ, repoussé de 5 heures, est tout de même donné. Dans le froid et la pluie, il suit les meilleurs, dont l’OVNI Kilian Jornet, et se prend à rêver de podium. Hélas, il commet une erreur de débutant : en changeant plusieurs fois de chaussures, il modifie ses appuis et finit par se blesser à l’insertion du tendon d’Achille. François D’Haene n’a alors d’autre solution que d’abandonner, à 40 kilomètres de l’arrivée, alors qu’il est encore 6ème et rêve de boucler son premier Tour du Mont-Blanc. Ce sera pour 2012, et il ne fera pas les choses à moitié !
UTMB 2012 : François D’Haene dans la tourmente
Pour la 3ème année consécutive, les conditions sont dantesques ce jour de fin août à Chamonix. Sur la ligne de départ, 2000 coureurs patientent, dans le froid et sous la pluie. Ils attendent l’arrivée de Tofol Castaner, qui remporte la CCC juste au moment où eux-mêmes sont censés s’élancer. Mais les organisateurs ne peuvent se résoudre à envoyer les concurrents dans la montagne dans des conditions pareilles. Le froid, la neige et la grêle prévus, sans espoir d’amélioration, les incitent à proposer un itinéraire alternatif en France. 110km et 5 600m D+. Et il fait encore nuit quand François D’Haene franchit la ligne d’arrivée à Chamonix en vainqueur. Ce n’est certes pas un UTMB complet, mais c’est tout de même une victoire. Sa première. Qui en appelle d’autres.
Photo Organisation / DR
UTMB 2014 : François D’Haene s’invente en maestro de l’ultra
Après son premier succès en 2012 et son triomphe sur le Grand Raid de la Réunion en 2013, le viticulteur du Beaujolais fait désormais figure de maître incontesté de la distance de l’ultra-trail au niveau mondial, très loin devant les autres Français. Cerise sur le gâteau, malgré un terrain glissant suite aux fortes pluies de la fin de journée et de la nuit du vendredi, il réalise le meilleur temps sur le parcours de l’UTMB, avec un chrono de 20h 11mn 44 s. Un sol plus sec et un temps plus clément l’auraient sans nul doute conduit en moins de 20h à Chamonix. Mais revenons sur la course…
Le départ est donné sous des trombes d’eau, tandis que des milliers de litres se déversent sur les sentiers, les rendant terriblement piégeux sous la semelle des traileurs. « On aurait pu aller encore plus vite, mais à certains endroits, c’était impossible de courir, expliquera le vainqueur. On s’enfonçait dans la boue, les appuis étaient très instables, on était trempés.. »
François D’Haene mène le ba mais doit affronter les à-coups des deux seuls athlètes capables de l’accompagner au fil des kilomètres, ses propres coéquipiers, les Espagnols Tofol Castaner, vainqueur de la CCC en 2012, et Iker Karrera, dauphin de Jornet en 2011 et vainqueur du Tor des Géants 2013. Chacun à leur tour, les Ibériques tentent de surprendre le flegmatique champion français de 28 ans. « À Courmayeur (km 77), Iker Karrera a mis une forte accélération. Je me suis efforcé d’amortir, de temporiser. Je n’étais pas mal, mais je me disais qu’on n’était qu’au 80èmekm, et qu’il restait un bon bout de chemin », racontera François.
UTMB 2014 : une nuit à 3, un matin en solo
Au petit matin, avec le retour d’un temps sec et rasséréné par « une belle nuit passée ensemble », François D’Haene produit son effort. « J’ai senti que notre rythme commençait à baisser et j’ai voulu éviter un retour éventuel d’autres coureurs. J’ai profité de mes bonnes jambes pour accélérer. Je voulais faire la différence. C’était à La Fouly ou à Champex qu’il fallait tenter quelque chose, car la suite du tracé est compliquée pour faire des écarts. » Une stratégie payante, mise en place finalement à La Fouly (km 108). Une foulée qui s’allonge, des traits qui se creusent, le mental qui se durcit, et des adversaires qui cèdent…
Au passage à Trient (km 139), François est renseigné sur son avance. Environ 35 minutes. « J’ai alors pensé que je pouvais gagner et j’ai essayé de bien gérer ma fin de parcours. Globalement ma course a été régulière, mais difficile après un départ rapide et un parcours technique rendu boueux et glissant. » À Vallorcine (km 149), l’écart est toujours de 35 minutes entre le Français et le duo espagnol qui a fait course commune. Il le sera jusqu’à la Place du Triangle de l’Amitié de Chamonix où François D’Haene remporte son deuxième UTMB, le premier sur parcours complet, dans l’émotion et la liesse générale.
Derrière lui, Iker Karrera, visiblement plus en jambes que Tofol Castaner, n’a pas voulu rompre l’union sacrée avec son compatriote, et l’a attendu en haut de La Flégère. Les deux hommes finiront main dans la main ex-æquo à la 2ème place.
Photo Damien Rosso / www.droz-photo.com
UTMB 2017 : le choc des titans
Lédition 2017, c’est la promesse d’un grand combat. Sur la ligne de départ, trois anciens vainqueurs aux styles très différents, et tous si attachants. Kilian Jornet tout d’abord, déjà 3 fois vainqueur de l’UTMB. François D’Haene ensuite, 2 victoires dans sa besace. Et le petit Mozart du trail, Xavier Thévenard, lui aussi 2 fois triomphant ici, et qui a fait de cette semaine de l’UTMB son jardin d’excellence avec des victoires sur toutes les distances compétitives proposées. L’affiche était déjà très belle avec ces trois gaillards. Elle l’est encore plus avec celui dont on a fait l’épouvantail, la fusée américaine Jim Walmsley. L’homme qui, en peu d’années, a explosé la plupart des records des principaux standards US de l’ultra.
UTMB 2017 : et c’est parti pour le show !
Le premier tiers de la course a vite placé les débats au plus haut niveau. Si Kilian Jornet prend son temps sur les premiers kilomètres de course en toute décontraction, usant surtout de son Smartphone pour partager cet instant si intense avec pas moins de 38 000 « followers », il va vite se résoudre à suivre le rythme imposé par François D’Haene, Xavier Thévenard et Jim Walmsley. Et il a fallu attendre le col du Bonhomme (km43) pour voir un premier favori, Xavier Thévenard, décrocher légèrement. Les trois autres leaders continuent leur périple nocturne dans le froid et l’humidité.
À Courmayeur, vers 2h30 du matin, Jim Walmsley possède 5 minutes d’avance sur le duo Jornet-D’Haene. Habitué à des départs tonitruants, l’Américain, dont c’est la première expérience sur l’épreuve, a cette fois-ci adopté une stratégie plus sage. « Contrairement à ses habitudes, il s’est arrêté sur les premiers ravitaillements pour attendre les autres, être moins seul dans la nuit et se faire plaisir. La course commencera vraiment au lever du jour… », assure son team.
UTMB 2017 : le couperet du Grand Col Ferret
Après l’ascension du Grand Col Ferret (km102) soumis à un vent tempétueux et à des chutes de neige qui ont rendu la progression dantesque, Walmsley et D’Haene passent en tête. Derrière, Jornet digère « un coup de moins bien » ressenti depuis Courmayeur. La longue descente vers la Fouly scelle le sort de l’Américain, transi de froid et victime de grosses ampoules. Ses arrêts prolongés à la Fouly, puis à Champex-Lac, le décrochent définitivement de la tête de course. Devant, les visages marqués de D’Haene et Jornet n’indiquent pas forcément une forme vraiment meilleure, mais leur plus grande expérience de la montagne et de la course va les avantager…
À Trient, l’avance de D’Haene sur Jornet laisse entrevoir une issue favorable au coureur français. Il l’emportera « C’était fabuleux. On était vraiment fatigués quand le jour s’est levé, mais il fallait en finir, raconte François D’Haene, désormais triple lauréat. Et là, ça s’est compliqué. Heureusement, il y avait du monde partout sur le parcours, malgré la pluie, pour t’encourager, c’était juste incroyable… Ce n’était pas forcément une bataille contre les autres, mais plutôt contre soi. Quand j’ai attaqué la descente du Grand Col Ferret, on ne voyait rien, on était gelés, on avait les jambes toutes dures. »
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UTMB 2017 : l’hommage de Kilian Jornet
Beau joueur, Kilian Jornet, qu’on n’a pas l’habitude de retrouver sur la 2ème marche d’un podium, salue la prestation de son équipier de team. « C’était une compétition très dure, qui est partie vite tout de suite. Après Courmayeur, j’ai essayé de conserver un écart raisonnable avec François. À Champex, j’ai un peu récupéré, mais pas assez pour le rattraper François. C’était un super moment, une grande compétition entre nous. Je savais que François serait mon principal adversaire, il a toujours montré beaucoup de classe et de talent sur les longues distances, et il mérite largement cette victoire. »
Les États-Unis placent l’un de leurs représentants sur la 3ème marche du podium, en la personne de Tim Tollefson, toujours aussi à l’aise sur la fin de course. Il devance Xavier Thévenard, auteur lui aussi d’une belle fin de parcours, qui a repris Jim Walmsley dans le col des Montets et termine cette édition au pied du podium.
Photo Damien Rosso / www.droz-photo.com
UTMB 2021 : le retour du rêve (et de François D’Haene)
L’édition 2020 a été annulé, mais l’UTMB 2021 a offert un spectacle de toute beauté. Tout était là pour que l’alchimie réussisse : la ferveur sans entrave du public, l’émotion des milliers de traileurs sur chacune des épreuves, l’entrain inoxydable des speakers, la musique envoûtante, la course en direct sur grand écran… Et un niveau de compétition inégalé dans la galaxie mondiale du trail.
Malgré les contraintes sanitaires, intégrées par toutes et tous, la fréquentation n’a pas été impactée à la baisse, et la liesse fut au rendez-vous. L’effet de la crise sanitaire se nicha plutôt dans le niveau plus faible de préparation des coureurs de milieu de peloton, ce que soulignent les observateurs aguerris. « On n’a pas eu plus d’abandons, mais la vitesse de progression des coureurs était plus lente cette année pour la masse du peloton. Et du côté de l’activité médicale, on a réalisé plus d’interventions qu’à l’accoutumée », expliquait alors Isabelle Viseux-Poletti, directrice de l’UTMB.
UTMB 2021 : la passe de 4 pour François D’Haene
6 semaines seulement après avoir remporté et établi un nouveau record sur la course américaine de la Hardrock 100, disputée à plus de 3 000m d’altitude, François D’Haene décroche son 4ème UTMB, après 20h 45mn de course. Lors des premières heures, il regarde les autres coureurs lancer d’incessantes banderilles. Lui reste dans son rythme, contrôlant ses adversaires tout au long du parcours. Tour à tour, les abandons se succèdent. Au cœur de la nuit, François D’Haene passe en tête avec l’autre grand favori désigné, son ami américain Jim Walmsley. Jim et François franchissent l’un dans la foulée de l’autre les cols du Bonhomme, de la Seigne et l’Arête du Mont-Favre.
Mais Jim a subi le rythme de François, maître de l’allure, et il décroche dans la dernière partie avant la base de vie de Courmayeur. À la sortie de cette base de vie, de l’autre côté du Mont-Blanc, en Italie, peu avant la mi-course, D’Haene compte 3 minutes d’avance. Plus personne ne le reverra. Jim Walmsley perd toute illusion dans la longue ascension du Grand Col Ferret et jette l’éponge. En arrivant en Suisse, le combat devenait franco-français, avec l’expérimenté François face à la jeune génération des ultra-traileurs, représentée par Aurélien Dunand-Pallaz et Germain Grangier.
Photo Franck Oddoux
UTMB 2021 : 12 minutes d’avance à Champex, 15 à Chamonix
De l’extérieur, en regardant les images, personne ne se doutait que le grand François avait les jambes dures. Avec 20 minutes de retard à Courmayeur, et un peu plus encore à Champex, le tempo initial construit sur un chrono final de 19h50 devait être recalculé. Il allait falloir gérer cette fatigue. François s’avançait au bord du lac de la douce cité helvète avec une avance qu’il n’augmentera que de très peu jusqu’à l’arrivée.
Dans la montée des Tseppes, Mathieu Blanchard reprenait Germain Grangier pour compléter le podium. Venu à l’ultra en 2017, il aura effectué un apprentissage express de la distance. « Je n’arrive pas à réaliser, dira-t-il sur la ligne d’arrivée. Ce podium sur l’UTMB, c’était un rêve ; je ne pensais pas qu’il arriverait aussi tôt. Je suis sur une autre planète ! Tout s’est aligné aujourd’hui. J’ai eu l’impression de voler sur tout le parcours. Mon niveau d’énergie est resté constant et m’a permis de pousser tout au long de la course ! »
Quant à François D’Haene, il devient recordman de victoires, avec 4 unités : « Après un début de saison difficile, j’ai su me remotiver pour ce challenge. Cette victoire, je l’ai vraiment savourée, elle a été très dure à aller chercher. J’ai eu les jambes dures assez vite. Avant Courmayeur, on a bien joué avec Jim Walmsley, et il l’a payé. De Courmayeur à Champex, j’ai souffert. Ce fut une course vraiment intense. »
Le 14 juillet 2023 à 6h du matin, Anne-Lise Rousset est sur la ligne de départ de la Hardrock 100, à Silverton, Colorado. Pour la première fois, la Française, détentrice du record du GR20 depuis juin 2022, s’attaque à ce mythe américain, ses 160 et 10000m de D+. Bien plus qu’un récit de course, ce film de 18 minutes retrace une aventure humaine exceptionnelle.
Anne-Lise Rousset à l’assaut de la Hardrock 100
La boucle, qui emprunte les sentiers qu’arpentaient les mineurs dans les montagnes au XIXème siècle, est redoutable. Des montées vertigineuses. Des descentes abruptes. Mais aussi des torrents à traverser. Et un passage au Handies Peak, à près de 4300 mètres d’altitude ! Après trois semaines d’acclimatation en famille et avec des amis, Anne-Lise Rousset se lance dans l’aventure avec l’ambition de faire un podium. Voire mieux. Comme le dit son mari, Adrien Séguret, sélectionneur de l’équipe de France, « terminer 3ème en 27 heures, ce serait magnifique, terminer 1ère en 30 heures, ce serait encore mieux ! »
Face à Anne-Lise Rousset, Courtney Dauwalter
Mais l’Américaine Courtney Dauwalter est également sur la ligne de départ. Et c’est une concurrente redoutable. Sns doute la meilleure ultra-runneuse en activité sur ce type de format de 100 miles. L’an dernier, les 2 femmes se sont affrontées sur la Diagonale des Fous, la traversée de l’ïle de la Réunion du sud au Nord. Et l’Américaine s’est largement imposée, devançant la Française de plus de 2 heures. Très motivée, Courtney Dauwalter vient de remporter 3 semaines plus tôt la Western States Endurance Run, l’autre ultra-trail mythique des Etats-Unis, en réalisant une performance incroyable. Et elle rêve de réaliser le doublé…
À mi-course, Courtney Dauwalter et Anne-Lise Rousset discutent, au coude à coude. Source Kisses from Silverton
La Hardrock 100 d’Anne-Lise Rousset en 18 minutes chrono
En 18 minutes, ce film raconte ce qu’est la Hardrock 100 et propose des images magnifiques de la compétition, avec cet incroyable mano a mano entre Anne-Lise Rousset et Courtney Dauwalter durant plus de la moitié de la course. On y découvre le stress, l’excitation, les doutes, la souffrance, l’humilité de la Française. Et à la fin, la délivrance. À voir absolument.
Un film réalisé par Mouss Films et possible grâce à Scott Sports France, Scott Running, i-Run, Sidas et Garmin France.
2011, 2015 et 2018 : en 3 éditions de l’UTMB, Xavier Thévenard a écrit sa légende et est devenu le « Petit Prince du trail ». Et par 3 fois, il a fait preuve d’une maîtrise et d’une régularité comme seuls des champions d’exception en sont capables. Retour sur 3 exploits majeurs.
UTMB 2011, la première de Xavier Thévenard
2011. Chamonix est devenue la capitale mondiale du trail. Et pas seulement la semaine où se déroulent les événements qui gravitent autour de l’UTMB. Ce territoire est devenu la Mecque des traileurs, ces mangeurs infatigables de kilomètres et de dénivelé. Les Japonais rêvent de Chamonix, les Américains se préparent pour Chamonix, et sur les dossards avec les drapeaux de nationalité, c’est une vraie Tour de Babel qui s’écrit sur les sentiers du Tour du Mont-Blanc. L’édition 2013 confirme le mythe et courir l’UTMB est devenu le graal du traileur mondial.
Ce vendredi de fin août, Xavier Thévenard est arrivé sans se presser sur la ligne de départ… Il avait déjà ravi les observateurs lors de sa victoire « surprise » sur la CCC en 2010, alors qu’il ne pratiquait le trail que pour se préparer aux saisons de ski de fond, lui le jeune « Made in Jura ». Ce qui marqua les observateurs lors de ce départ de l’UTMB, c’est la sérénité de Xavier, contrastant avec l’apparente envie d’en découdre immédiatement des autres leaders, qui prirent le départ comme pour un trail court.
Deux grosses dizaines d’heures plus tard, la victoire du « gamin » de 25 ans a fait l’unanimité dans le monde du trail, et bien au-delà. Un fait qui tient d’abord à la personnalité de ce jeune homme attachant et souriant, qui croque la vie à pleine dents, avec un mélange de détachement et de volonté de réussir qui dessine un homme vrai. Son arrivée sur la Place du Triangle de l’Amitié à Chamonix avait une belle authenticité : il était heureux, épanoui, savourant l’instant en se donnant le temps de franchir la ligne par un saut symbolique et de lever les bras vers le ciel. Mais revenons au départ.
Photo DR
Au col de la Voza, les leaders son déchaînés
Le départ de l’UTMB est le premier piège a déjouer pour celui qui vise une performance, voire la gagne. Du plat, des relances et, avant le 15ème kilomètre, la montée au Col de Voza à partir des Houches. Une côte sur piste forestière de plusieurs kilomètres qui permet de courir aux plus aguerris, suivie d’une descente rapide vers St Gervais… Ce n’est qu’après, au-dessus de Notre-Dame de La Gorge, que l’UTMB commence vraiment. Quand on rentre enfin sur les sentiers de montagne et que l’on s’enfonce dans la nuit, à l’assaut du terrible col du Bonhomme. L’énergie se perd ou se préserve dans ces deux à trois premières heures de course.
Juste au niveau du Col de Voza, un passage montre deux types de gestions de course. Les deux premiers, Julien Chorier et Manu Gault, courent sur un virage à 20% de pente et coupent au creux de la courbe, les mâchoires serrées, l’appui dynamique. Quelques minutes plus tard, Xavier Thévenard passe en marchant, s’aidant des bâtons, souriant au photographe, écartant sa trajectoire pour s’éviter le gros du pourcentage. Xavier raconte à l’arrivée : « J’avais pour consigne de rester tranquille jusqu’à Courmayeur, car c’est là qu’une deuxième course commence,. C’est ce que j’ai fait. »
Concentré, Xavier Thévenard file vers sa première victoire. Photo DR
10 hommes devant, Xavier Thévenard tranquille
Le plus impressionnant chez Xavier Thévenard, c’est sa régularité. En le voyant passer, on pense qu’il chemine tranquillement. Mais si on cherche à le suivre un moment, on constate que non seulement son rythme est élevé, mais surtout qu’il est hyper régulier et qu’il se joue des obstacles. Sans jamais accélérer, celui que l’on baptisera « le petit prince du trail » construit une chevauchée fantastique. Il revient sur tous les leaders, et passe en tête inexorablement. Très technique et rapide en descente, il creuse l’écart sans offrir à ses concurrents le temps de reprendre du terrain.
Xavier, toujours dans le texte : « Ça donne confiance d’être en tête. Je me sentais bien, même si c’est une course de barges et que ça fait mal ! » Marqué sur le final entre le Col des Montets et Chamonix, il se concentre sur son effort dans les pièges des sentiers altiers de la Tête aux Vents à la Flégère et devient, dans un Chamonix en liesse comme jamais, le 2ème Français à remporter l’UTMB® sur son tracé intégral, après Vincent Delebarre en 2004. Il lui aura fallu 20h 34mn 57s pour dompter le tour du Mont-Blanc.
2011 : 1ère victoire. Photo Jocelyn Chavy / UTMB
UTMB 2015, deuxième victoire pour Xavier Thévenard
Sur cet UTMB 2015, la liste des prétendants à la victoire est impressionnante, tant chez les hommes que chez les femmes. Sage et sûr de lui, Xavier Thévenard va cheminer tel un métronome tout au long des 170 km et 10 000m de dénivelé de cette édition. En 21h 09mn 15s, il dominera largement ses adversaires du jour. Luis Alberto Hernando (Espagne) terminera 2ème à 49 minutes, et Dave Laney (USA) 3ème 1mn30 plus tard. L’athlète jurassien rejoint l’Italien Marco Olmo et le Français François D’Haene au rang des doubles vainqueurs de l’épreuve. Il ne reste plus alors qu’une longueur d’avance à l’Espagnol Kilian Jornet, triple vainqueur (2008, 2009 et 2011).
Tout au long des 170km du parcours, Xavier a épuisé ses adversaires. En tête à La Fouly (km 110), il s’échappe pour ne plus jamais être inquiété. « Quand je revis ma course de cette année, je me dis que c’est quasiment une copie conforme de celle de 2013, dans son scénario et dans ses conditions. Sauf que cette année, je ne me suis pas trop préoccupé de l’adversité, mais de mon seul chrono. Je m’étais fixé des temps de passage au fil du parcours, et me suis attaché à tenter de les respecter, pour bien rester dans ma course. » Retour sur son exploit.
La tête dans le guidon
Le passage à St Gervais est toujours l’occasion de faire un premier point sur la forme du jour. On retrouve 6 coureurs en tête : le Français Clavery, les Espagnols Castaner, Hernando, Héras et Garcia, ainsi que l’Américain Canaday. Xavier Thévenard pointe alors à la 8ème place, à 1mn50 des leaders. Rien d’alarmant. Il réussit d’ailleurs à boucher cet écart sur le faux-plat qui mène aux Contamines. C’est un premier signe qui ne trompe pas : le Français est en forme ! Ils sont alors 7 à l’approche du col du Bonhomme, les choses sérieuses peuvent commencer.
Clavery perd 8 minutes dans l’ascension, Garcia en perd 6. La course est lancée, les hommes forts sont devant. Au passage en Italie par le col de la Seigne, la nuit est parfaite, pleine lune, étoiles. Au km 65, l’Américain Canaday tombe violemment sur une pierre. Sa course s’arrête alors subitement. Ils ne sont plus que 4 en tête, qui arrivent à la base de vie de Courmayeur. Thévenard est le plus rapide à se changer, il repart décidé et annonce en sortant de la base de vie : « J’accélère dans la prochaine ascension ! »
Il est 3h du matin quand il attaque effectivement dans la courte mais sèche ascension vers le refuge de Bertone. La mi-course n’est pas encore franchie, le Français attaque-t-il trop tôt ? Il paraissait si facile en arrivant sur la base de vie, que cette première banderille permet finalement de tester ses adversaires. Castaner est le seul à s’accrocher, Hernando perd 3 minutes, Heras 6. Les Espagnols doutent, Héras abandonne. Hernando passe au sommet du Col Ferret à 9 minutes de Thévenard et Castaner qui prennent le large en montant le col à un impressionnant 845m D+/h.
Xavier Thévenard magique en solitaire
Certains disent que la course commence à la Fouly. Encore faut-il y arriver en bonne position et avec le bon niveau de fraîcheur. Thévenard passe avec 2mn d’avance sur Castaner qui grimace. L’Espagnol est tombé, il est strappé, il souffre. Thévenard semble toujours facile, il sourit, il relance. Il a 110 km dans les jambes, 13h de course dont une nuit blanche, et le Français semble réellement s’amuser ! Il compte 2 minutes d’avance à la Fouly, puis 11 à Champex. Le Français s’envole. Castaner doit même se résoudre à abandonner tellement la douleur est insupportable.
Thévenard possède alors 56 minutes d’avance à Trient. La route est libre. À moins d’une énorme défaillance sur les 30 derniers kilomètres, il a mis tout le monde KO. L’ambiance à son entrée dans Chamonix est incroyable, il arrive avec un drapeau du Jura dans chaque main, les larmes aux yeux… C’est fait ! C’est un grand moment, Xavier Thévenard remporte pour la deuxième fois l’UTMB. Hernando prend la 2ème place, l’Américain Laney monte sur la 3ème marche du podium.
2015 : et de 2 ! Photo UTMB / DR
UTMB 2018, le triplé pour Xavier Thévenard
Chaque édition est inédite, et tous les scénarios écrits à l’avance volent en éclats, pulvérisés façon puzzle par le fracas de la lutte des hommes et des femmes venus cette année de 101 nations. Cette discipline si particulière qu’est l’ultra-trail n’a rien d’une science exacte, et elle s’avère rétive au moindre pronostic. C’est sûrement la leçon à retenir de cette édition 2018. Mimmi Kotka (Suède) l’avait annoncé : « Un traileur ne peut pas avoir d’ego, car la montagne a vite fait de le remettre à sa place. » Xavier Thévenard rappelait lui aussi l’humilité à afficher avant une telle épopée. « L’ultra, c’est une épreuve à part. On ne peut pas écrire ce qu’il va se passer en avance. »
Ainsi, alors que tout le monde annonçait un duel entre Jim Walmsley et Kilian Jornet, celui-ci a tourné court, pour laisser place au triomphe émouvant du « Petit Prince de l’UTMB ». La montagne et ses conditions difficiles (ressenti -10°C aux cols et humidité) ont été implacables pour la majorité des grands favoris de cette édition, tout comme pour une grande partie du peloton. La nuit a vu une hécatombe au sein des favoris annoncés. Jim Walmsley est parti comme d’habitude tambour battant : 1h44mn pour les 21 premiers kilomètres, 2h40mn pour atteindre le km 30. Aux Contamines (km 31), les premiers comptaient déjà 10 minutes d’avance sur les horaires les plus rapides imaginés, et ce alors que la pluie accompagnait les coureurs depuis le départ. Cette avance est même montée jusqu’à 15 minutes, avant de descendre sensiblement.
Après avoir longtemps mené, Jim Walmsley a connu une énorme défaillance, le rétrogradant en 19ème position au km 80, à Courmayeur. Dans des conditions favorables aux montagnards purs et durs (froid, vent, pluie, limite pluie neige à 2500m), la coqueluche américaine a ensuite poursuivi sa descente aux enfers au fil des kilomètres. Mais la première des séquences fortes en émotions fut le moment où Kilian Jornet dut s’arrêter. Car cet UTMB 2018 a aussi prouvé que « l’ultra-terrestre » reste un humain, ce que ses performances stratosphériques de ces derniers temps sur toutes les courses où il s’était aligné avaient eu tendance à faire oublier.
Ce jour-là, le Catalan n’a pas pu concrétiser sa domination sur le trail mondial. Piqué par une guêpe trois heures avant le départ, Kilian Jornet a fait une forte réaction allergique le contraignant à rebrousser chemin au sommet du grand Col Ferret. Dans cette course à élimination, Xavier Thévenard a été le seul ténor à s’en sortir indemne, fidèle à son plan de course et après un duel épique avec Zach Miller. Un Zach Miller qui fit montre ensuite d’un courage immense, silhouette à la dérive, titubant jusqu’au bout de la douleur pour enfin stopper son calvaire.
Xavier Thévenard et le chrono
C’est finalement un étonnant Roumain, Robert Hajnal, pantalon noir et veste de pluie jaune trop grande, qui terminera 2ème, à plus d’une demi-heure du Français, devant le fougueux Espagnol Jordi Gamito. Xavier Thévenard a bouclé les 170km et 9800m de dénivelé du parcours en 20h 44mn 16s. « Mon objectif est clair : faire le tour du Mont-Blanc le plus rapidement possible, sans me préoccuper de la concurrence. Mon objectif est d’abord chronométrique, car je sais que si je l’atteins, je ne serai pas très loin de la victoire », avait-il expliqué avant le départ…
https://www.esprit-trail.com/wp-content/uploads/2023/08/UTMB-2018.png7741200Patrick Guerinethttps://www.esprit-trail.com/wp-content/uploads/2025/02/ET-logo-vert-noir-300x87.pngPatrick Guerinet2023-08-11 05:00:002023-08-07 20:17:23UTMB STORY : les 3 victoires de Xavier Thévenard
Ils se prénomment Dawa, Colette, Krissy, Vincent, Marco, Liz, Karine, Christophe, Nikki, et même Kilian et François… Et ils se sont fait un nom ici, sur cette place du Triangle de l’Amitié qui a scellé leur victoire sur l’une ou l’autre des 10 premières éditions de l’UTMB. Sous les hourras de la foule, dynamités par la voix de Ludovic Collet, accueillis par l’accolade de Catherine Poletti. Bien plus qu’un souvenir ou une ligne sur un palmarès, on vous embarque pour revivre la grande Histoire de l’UTMB et en rencontrer les figures de légende.
UTMB 2003 : la première levée pour Dawa et Krissy
L’UTMB s’élance pour la première fois. Pour moins effrayer les coureurs, il est possible de choisir d’arrêter sa course et d’être classé, soit à mi-parcours à Courmayeur, soit au tiers du chemin à Champex, soit sur le tour complet à Chamonix. Dans des conditions de pluie, de froid et même de grêle qui ne permettent qu’aux mieux préparés – alors équipés de bric et de broc – de terminer, c’est celui qui va devenir la première icône du trail moderne qui l’emporte : le Népalais Dawa Sherpa. Chez les filles, l’Américaine Krissy Moehl inaugure une belle série de victoires pour ces dames venues d’outre-Atlantique. Sur le tour complet, seuls 67 coureurs parviennent à terminer ! Ils sont à tous jamais les pionniers que suivront des dizaines de milliers d’autres valeureux finishers…
Dawa Sherpa, 1er vainqueur de l’UTMB. Photo UTMB / DR
UTMB 2004 : Vincent, Colette et les autres…
Il court des 100 kilomètres sur route, s’illustre aux Templiers, fait du triathlon et surtout il est guide de haute-montagne. Le Chamoniard Vincent Delebarre remporte en local de l’étape le 2e UTMB. Il s’imposera ensuite sur bien d’autres épreuves comme la Diagonale des Fous. Il devient le premier entraîneur du club de course à pied de la vallée et initie aux plaisirs du trail de nombreux membres qui deviendront des passionnés aguerris. Chez les femmes, en voisine valaisanne, la Suissesse Colette Borcard ajoute l’UTMB à sa longue liste de victoires en course de montagne, du Kilomètre Vertical de Fully à l’ultra-trail.
Vincent Delebarre s’impose chez lui pour la 2ème édition. Photo DR
UTMB 2005 : Jacquerod croque la course et Lizzy Hawker inaugure une longue série
Il est celui que l’on place en favori à toutes les courses où il s’aligne en 2005. Le discret Suisse Christophe Jacquerod confirme les pronostics et remporte ce 3e UTMB. Chez les femmes, le monde du trail découvre la très réservée Britannique Elisabeth Hawker, surnommée Lizzy, qui détient aujourd’hui le record absolu sur l’UTMB avec 6 victoires. Une personnalité attachante, aussi magistrale sur le sentier qu’effacée dans la vie courante…
UTMB 2006 : la leçon de Marco et l’éclectisme de Karine
Les Américains avaient pronostiqué haut et fort leur victoire… Mais en économe, pas après pas, mains dans le dos dès qu’il s’agit de grimper une pente raide, c’est le vénérable Italien Marco Olmo qui l’emporte, à 58 ans, chaussé d’un modèle de route et avec un sac bricolé de ses mains. Chez les dames, Karine Herry, la multiple vainqueur (9 victoires) de la Grande Course des Templiers, par ailleurs championne de France des 100km, l’emporte haut la main. Pour l’histoire, on notera que la première édition de la désormais fameuse CCC est emportée au scratch par Corinne Favre, devant un certain… Julien Chorier.
UTMB 2007 : Marco confirme et Nikki l’emporte
On n’y croyait pas. Et pourtant ! L’inexorable régularité d’Olmo lui offre, à 59 ans, sa 2e victoire sur l’UTMB, cette fois avec des chaussures de trail et un sac moderne. Mais toujours avec sa fidèle épouse et ses « pasta al dente » aux ravitos ! Chez les dames, l’ombrageuse Nikki Kimball devient la 2e Américaine à remporter l’UTMB, malgré ce type de course si différent des fameux 100 miles organisés de l’autre côté de l’océan. Sur la CCC, Julien Chorier gagne une place et l’emporte, entamant une belle carrière toujours d’actualité en 2023.
Marco Olmo, 2 victoires d’affilée à près de 60 ans ! Photo Alice Buffoni
UTMB 2008 : et Kilian réinventa l’ultra-trail
On croyait l’ultra-trail réservé aux « anciens », comme venait de le prouver Marco Olmo en s’imposant 2 années de suite, dont la dernière fois à près de 60 ans ! Et voilà un jeune homme frêle qui fonce sur le sentier, très légèrement équipé, exploitant à fond un règlement qui créera une jurisprudence Kilian ! À seulement 20 ans, le plus jeune inscrit à l’UTMB, le déjà prodige Catalan Kilian Jornet éclabousse de sa classe l’événement en s’échappant dès l’entame de la nuit aux Contamines. Il ne sera jamais rejoint, malgré quelques contrôles inopinés de matériel obligatoire qui le ralentiront. Chez les femmes, la grande dame Lizzy Hawker grimpe pour la 2e fois sur la plus haute marche du podium.
Un inconnu de 20 ans, en tenue minimaliste, remporte l’UTMB. Il est espagnol et s’appelle Kilian Jornet. Photo UTMB / DR
UTMB 2009 : la grande chaleur n’atteint pas Kilian
Cette année-là, la température prend des allures tropicales et s’aventure vers les 30°C. Durant la course, un coureur capte toutes les attentions et la faveur des médias et du public. Kilian Jornet possède les bons codes, et sa victoire semble presque facile. Côté féminin, pour sa 2e participation à l’UTMB, Krissy Moehl l’emporte à nouveau !
UTMB 2010 : une édition raccourcie qui prend l’eau
Les conditions météorologiques sont un élément primordial pour les trails en montagne. Les meilleurs météorologues sont au chevet de l’UTMB et, après avoir repoussé d’une demi-heure le départ des coureurs, acceptent de les délivrer à 18h30. Mais la perturbation évolue plus rapidement que prévu : les torrents débordent et les chutes de pierre rendent la montagne dangereuse. La course est arrêtée aux Contamines. Les leaders se retirent et Kilian Jornet prend même la route durant la nuit, pour aller disputer une autre épreuve le lendemain en Italie.
Pourtant, un deuxième départ est donné le samedi de Courmayeur, pour un UTMB transformé en CCC. Jezz Bragg en profite pour gagner la course de sa vie, et Lizzy Hawker aligne une autre victoire. Sur la vraie CCC, un jeune Jurassien inconnu l’emporte avec le sourire, proposant même un impromptu de guitare sur la ligne d’arrivée. Il s’appelle Xavier Thévenard !
Lizzy Hawker, une humilité à toute épreuve. Photo Alo Belluscio / The North Face
UTMB 2011 : une brindille d’herbe pour Kilian
Il pleut et repleut toute la journée du vendredi… Les organisateurs retardent le départ de la course à 23h pour avoir une fenêtre de calme météo relatif. Une très longue journée pour les coureurs en attente du start. Dès le premier tiers de course, un quatuor affronte ensemble la nuit : les Espagnols Kilian Jornet, Iker Karrera et Miguel Heras, ainsi que le Haut-savoyard Sébastien Chaigneau. Ces quatre-là ne vont pas se lâcher jusqu’à Martigny, le parcours de la course ayant évité quelques points hauts. Aperçu une brindille d’herbe entre les dents, arborant un grand sourire et prenant le temps d’admirer les montagnes, Kilian se remet à son rythme en arrivant en France et passe la ligne d’arrivée seul et en souplesse. Chez les femmes, la « Reine » Lizzy Hawker s’offre sa 4e victoire.
UTMB 2012 : le peloton de départ de l’UTMB attend Tofol !
L’image est forte : Tofol Castaner emporte la CCC sur une ligne d’arrivée où patientent les 2000 coureurs de l’UTMB… Une fois de plus, un temps très tourmenté crée des conditions dantesques (neige, froid, grêle…) sans espoir de s’améliorer. Un itinéraire alternatif en France est proposé avec 110km et 5 600m D+. Et il fait encore nuit quand François D’Haene franchit la ligne d’arrivée à Chamonix en vainqueur. C’est sa première, il y en aura 3 autres. Deux heures plus tard, c’est une victoire de plus pour Lizzy Hawker…
2012, la première victoire de François D’Haene. Photo UTMB / DR
https://www.esprit-trail.com/wp-content/uploads/2023/08/UTMB-10-ANS-OPEN.png7371200redacteur esprit trailhttps://www.esprit-trail.com/wp-content/uploads/2025/02/ET-logo-vert-noir-300x87.pngredacteur esprit trail2023-08-09 05:00:002023-08-07 20:18:29UTMB STORY : de 2003 à 2012, tout savoir sur les 10 premières éditions
Avec un temps de 2h25 réalisé en 2019, Kilian Jornet détient le record de vitesse de la course de montagne Sierre-Zinal, réputée comme l’une des plus rapides et prestigieuses du circuit mondial. Si ce chrono est déjà exceptionnel pour un parcours de 31 kilomètres et 2200m D+ parcouru à une vitesse réelle de 12,83km/h, il revêt une toute autre dimension si l’on applique la règle du kilomètre-effort. Kilian Jornet aurait alors couru à une vitesse relative supérieure à celle du Kényan Eliud Kipchoge lors de son record du monde du marathon à Berlin en septembre 2022. Explications.
Les traileurs de plus en plus rapides
Au vu des records d’épreuves qui ne cessent de tomber ces dernières années, il est clair que la vitesse à laquelle courent les meilleurs traileurs du monde ne cesse d’augmenter. Et ce, que ce soit chez les hommes ou chez les femmes. Meilleure préparation, meilleure alimentation, meilleur matériel, meilleure assistance, les raisons sont multiples mais les faits sont là. Et les progrès sont très spectaculaires. Là où l’on parle de secondes grignotées pour un marathonien sur route, on parle de minutes sur des trails courts, voire de dizaines de minutes sur des trails longs et ultras.
En récupérant le record de l’UTMB sur le parcours intégral en 19h 49mn 30s, Kilian Jornet a ainsi battu en 2022 son record perso, datant de 2011, de plus de 45 minutes (20h 36mn 43s). Et il y a quelques semaines, l’Américaine Courtney Dauwalter battait de 2 heures sa meilleure performance sur la Western States Endurance Run, qui datait de 2018, en claquant un chrono de 15h 29mn 33s. Une progression énorme en seulement 5 ans !
Courtney Dauwalter à l’arrivée de la Western States Endurance Run 2023, record pulvérisé. Photo Instagram Courtney Dauwalter
Sierre-Zinal, la course référence
« Sierre-Zinal est une des rares courses de trail où l’on cite son meilleur chrono avant son meilleur classement, expliquait en 2019 Grégory Vollet, team manager de Salomon. Le chrono réalisé sur Sierre-Zinal est devenu une marque de référence, comme un meilleur temps sur marathon ou semi-marathon pour un coureur de trail. » Il faut dire que cette course ne permet aucun relâchement, et ce pendant 31 kilomètres.
Le profil de Sierre-Zinal.
Le parcours peut se résumer en 3 actes. D’abord une première bosse très verticale, la montée de Ponchette, un véritable mur de 8km et 1300m de dénivelé positif. Ensuite l’équivalent en distance d’un semi-marathon sur un terrain vallonné à flanc de montagne. Enfin une descente très raide vers l’arrivée. En 2019, Kilian Jornet a parcouru cette montée de Ponchette à une vitesse ascensionnelle de… 1657m D+/h ! Il a ensuite parcouru son kilomètre le plus rapide, le KM 11, la descente juste avant Chandolin, en 3mn 08s. Soit plus de 19km/h ! Et a terminé les 500 derniers mètres à plus de 21km/h. Stratosphérique !
Kilian Jornet, 9 fois vainqueur de Sierre-Zinal. Photo DR
Le kilomètre-effort, une formule reconnue
La vitesse à laquelle les traileurs courent une épreuve dépend de facteurs aléatoires, tels que la météo, mais aussi et surtout de facteurs établis tels que la distance qu’ils ont à parcourir, le dénivelé positif et négatif total et le profil général de la course. Ainsi, afin de pouvoir comparer les performances de vitesse entre les différentes épreuves, on fait appel au km-effort. La règle du km-effort est une formule reconnue en trail running qui prend en compte la distance et le dénivelé positif. Ainsi, le km-effort est calculé en ajoutant 1 kilomètre pour 100 mètres de dénivelé positif à la distance totale de la course. Par exemple, une course de 50 km avec 2000 mètres de dénivelé positif correspond à 70km-effort. Une SaintéLyon, avec ses 78km et 2050m D+, correspond à 98km-effort. Et un UTMB, avec ses 171km et ses 9900m D+, correspond à 270km-effort.
Bonne nouvelle : la règle du kilomètre-effort n’interdit pas de tirer la langue ! Photo DR
Sierre-Zinal VS Marathon de Berlin : Kilian Jornet VS Eliud Kipchoge
En prenant en compte le km-effort, Sierre-Zinal, avec ses 31km et 2200m D+, correspond à 53km-effort. En ayant établi le record en 2019 en 2h 25mn 35s, Kilian Jornet a parcouru la distance à une vitesse relative de 21,85km/h. Du côté du Marathon de Berlin, l’un des plus rapides du monde car très plat, les 42,195km et 28m D+ correspondent à 42,475km-effort. En établissant le record du monde du marathon en 2h 01mn 09s en septembre 2022, le Kényan Eliud Kipchoge a couru à une vitesse relative de 21,06km/h. Soit près de 0,8km/h plus lentement que Kilian Jornet, pour un kilométrage-effort inférieur de près de 10 kilomètres !
Kilian Jornet à l’arrivée de Sierre-Zinal en 2019, record en poche. Photo DREliud Kipchoge lors de son record du monde du marathon, en septembre 2022 à Berlin. Photo DR
Sierre-Zinal VS Marathon de Berlin : Maude Mathis VS Gladys Cherono
En suivant ce raisonnement, on peut également comparer les performances relatives du côté des femmes. Détentrice du record de Sierre-Zinal, la Suissesse Maude Mathis a établi en 2021 un chrono de 2h 49mn 20s. Soit, pour les 53km/effort correspondants, une vitesse relative de 18,78km/h. Du côté des marathoniennes, c’est la Kényane Gladys Cherono qui détient le record du marathon de Berlin, avec un chrono de 2h 18mn 11s réalisé en 2018. Ce qui correspond à une vitesse relative de 18,44km/h. Là encore, Sierre-Zinal s’avère plus rapide que Berlin.
En revanche, si l’on compare la vitesse relative de Maude Mathis à Sierre-Zinal à celle de la détentrice du record du monde du marathon, le résultat est inversé. Avec un chrono de 2h 14min 4s réalisé le 13 octobre 2019 lors du marathon de Chicago, qui présente un D+ de 91 mètres, la Kényane Brigid Kosgei a couru la distance correspondant à 43,1km/effort à une vitesse relative de 19,30 km/h. L’honneur des marathoniennes est sauf !
Maude Mathis en 2021, lors de son record de Sierre-Zinal. Photo DRGladys Cherono, détentrice du record du marathon de Berlin depuis 2018. Photo DR
https://www.esprit-trail.com/wp-content/uploads/2023/08/Sierre-Zinal-Berlin-Open.png6141200Patrick Guerinethttps://www.esprit-trail.com/wp-content/uploads/2025/02/ET-logo-vert-noir-300x87.pngPatrick Guerinet2023-08-08 07:43:302023-08-08 07:43:32Sierre-Zinal, plus rapide que le marathon de Berlin !
Alors que Kilian Jornet vient d’annoncer sa décision de ne pas prendre le départ de la 50ème édition de Sierre-Zinal, le 12 août, en raison d’un œdème osseux, les questions se bousculent. Qu’est-ce qu’un œdème osseux ? Comment le soigner ? Kilian pourra-t-il prendre le départ de l’UTMB, le 1er septembre ? Éléments de réponses.
Kilian Jornet : “une douleur au fessier droit”
C’est l’annonce que tout le monde redoutait, mais que l’on sentait venir. Après avoir terminé 48e de l’épreuve la plus courte (16km) de l’Eiger Ultra-trail by UTMB, qu’il a courue dans le seul but de valider son ticket pour l’UTMB Mon-Blanc, Kilian Jornet avait précisé ne pas avoir pris de risque car il était « perturbé par une douleur au fessier droit ». Se voulant rassurant, le champion espagnol avait précisé : « L’entraînement se passait très bien jusqu’à ce que je me blesse il y a deux jours. Je suis content de ma forme et de la façon dont l’entraînement se déroule, donc je dois juste me remettre de ma petite blessure. »
Œdème osseux : l’annonce de Kilian Jornet
Hélas, les choses ne se sont pas arrangées depuis. Et fin juillet, la nouvelle est tombée, via son instagram, où il a publié une photo de lui en vélo, accompagné d’un texte explicatif. « Eh bien, il semble que je serai sur le vélo pendant quelques jours. Quelques jours avant Eiger Ultra-trail, j’ai commencé à ressentir des douleurs à la hanche droite. Je pensais que c’était un problème musculaire ou une tendinite qui disparaîtrait avec quelques jours d’entraînement facile, mais après un contrôle, nous avons découvert que c’est un œdème osseux.
J’ai probablement repris trop vite pour faire de très grosses semaines après l’expédition en Himalaya, d’où nous revenons toujours un peu plus faibles, surtout cette année avec le virus et l’avalanche, et je n’ai pas travaillé sur la force pour prendre soin de ma jambe gauche affaiblie. Je me sentais bien lors de mes entraînements mais bon, ça fait aussi partie de la notion de repousser les limites… Avoir cette blessure si près des courses est un mauvais timing, mais gérer les blessures et le rétablissement fait partie de la vie d’un athlète. Je vais me concentrer sur la récupération, et voir quand je pourrai courir à nouveau ! »
Logiquement, Kilian Jornet a donc annoncé son DNS pour Sierre-Zinal, dont il était l’une des principales têtes d’affiche. Une course historique qu’il a déjà gagnée 9 fois et dont il détient le record. Et le suspense reste total pour l’UTMB…
Kilian Jornet et Maude Mathys, tous 2 détenteurs des records masculin et féminin de Sierre-Zinal. Photo DR
Qu’est-ce qu’un œdème osseux ?
Un oedème osseux est une inflammation qui se produit à l’intérieur de l’os. Lorsque l’os est trop sollicité, qu’il subit des frottements ou pressions, la moelle osseuse produit une sorte de liquide inflammatoire pour le protéger. Chez les sportifs, cette augmentation de la rétention d’eau survient le plus souvent au niveau de l’articulation de la hanche, du genou ou de la cheville, et provoque une douleur très localisée, sourde, lancinante, et qui peut ensuite devenir de plus en plus présente, même lorsque le corps est au repos. Chez les coureurs à pied, les causes sont rarement dues à des traumatismes directs tels que des coups, mais plutôt à des micro-traumatismes causés par des impacts répétitifs.
Œdème osseux et risque de fracture de fatigue
C’est le gros risque auquel s’expose Kilian Jornet, et tous les athlètes souffrant d’œdème osseux. Il s’agit en effet d’une blessure sérieuse, complexe, dont l’évolution est assez lente. Si les temps de ménagement et de repos ne sont pas respectés, cela peut entraîner une fracture de fatigue.
Comment soigner un œdème osseux
Le principal traitement de l’œdème osseux est… le repos. Ou du moins, une réduction considérable de l’activité physique, et une modification profonde de l’entraînement, afin de ne plus solliciter la zone inflammée. Dans le cas de Kilian Jornet, le vélo, moins traumatisant, peut venir se substituer à la course à pied, sous réserve que l’œdème ne soit pas trop développé. Il existe par ailleurs différents traitements permettant de résorber l’œdème en lui-même, comme la radiofréquence.
Quand reprendre la compétition ?
C’est la grosse question, qui dépend de l’importance de l’œdème. En règle générale, on considère que pour qu’un œdème se résorbe totalement sans aucun autre traitement que du repos, il faut compter minimum 2 à 3 mois. Et jusqu’à 6 mois pour des œdèmes plus importants. Les divers traitements destinés à résorber l’œdème peuvent raccourcir ce temps de guérison, et permettre de continuer certains exercices, en surveillant attentivement l’évolution de la blessure.
Kilian Jornet peut-il être au départ de l’UTMB ?
Détenteur du record masculin du nombre de victoires (4), et du record de l’épreuve depuis 2022 (19h 49mn 32s) , Kilian Jornet ne prendra pas le départ de l’UTMB pour faire de la figuration. C’est donc uniquement s’il est proche de 100% qu’il sera sur la Place du Triangle de l’Amitié, à Chamonix, le 1er septembre prochain. Si, en 2022, il avait pris le départ légèrement diminué par le COVID (on se souvient qu’il était masqué sur la ligne de départ, et juste après l’arrivée), un œdème osseux partiellement résorbé n’est pas un handicap de même nature. Il ne permettrait pas à Kilian Jornet de courir normalement, encore moins sur 170 kilomètres, et lui ferai prendre des risques importants pour toute la fin de saison.
Ceci étant dit, il est difficile de se prononcer sur la participation ou non sans avoir connaissance des résultats des examens ayant déterminé la nature de l’œdème. Il s’agit d’examens par résonance magnétique ou scintigraphie osseuse, afin de pouvoir identifier la quantité de liquide interne dans l’os, qui ne peut pas être vue par simple radiographie. Si l’on fait des hypothèses, et en considérant que Kilian Jornet a identifié sa blessure après l’Eiger Ultra-trail qui se tenait le 21 juillet, il se sera écoulé 1 mois et 10 jours entre le début de son traitement et le départ de l’UTMB.
Dès la fin du mois de juillet, Kilian s’entraînait à vélo. Ce qui pourrait laisser supposer que son œdème n’est pas très important. Ou, en tout cas, insuffisamment important pour impliquer un arrêt et repos complet. Ce qui laisse une note d’espoir aux optimistes qui rêvent de le voir disputer cette 20ème édition de l’UTMB. Quant aux pessimistes, qui savent en plus que le Catalan a gagné en maturité et ne prendra aucun risque concernant sa santé, ils ont déjà tiré un trait sur sa participation.
Kilian Jornet sera-t-il parmi ces coureurs le 1er septembre 2023 ? Mystère ! Photo Buff / DR
Alors que le 1er septembre sera donné le départ de la 20ème édition de l’UTMB, voici le palmarès des 19 premières éditions et les statistiques à connaître pour être (partiellement) incollable sur le sujet.
Le palmarès et les chronos des UTMB depuis 2003
2003 : Dawa Sherpa (Népal) 20h05mn59s et (24e) Krissy Moehl (USA) 29h38mn24s (155km)
2004 : Vincent Delebarre (F) 21h06mn18s et (14e) Colette Borcard (CH) 26h08mn54s (155km)
François D’Haene, le Français le plus titré, avec 4 victoires. Photo UTMB / DR
Podiums des meilleures nations sur l’UTMB
Côté masculin 1e : France avec 18 podiums (9 victoires, 4 2es places et 5 3es places) 2e : Espagne avec aussi 18 podiums (5 victoires, 4 2es places et 5 3es places) 3e : Italie avec 3 podiums (2 victoires et une 3e place)
Côté féminin 1e : États-Unis avec 10 podiums (8 victoires et 5 2es places) 2e : Royaume-Uni avec 6 podiums (5 victoires et une 2e place) 3e : France avec 15 podiums (3 victoires, 3 2es places et 9 3es places)
UTMB : l’affiche des 20 ans
Tant de souvenirs et d’euphorie depuis 2003 ! Les organisateurs ont récolté les photos des beaux moments vécus durant ces 20 ans. Coureurs, accompagnants, bénévoles, partenaires, communes et territoires, 600 photos sont dans cette affiche exclusive…
https://www.esprit-trail.com/wp-content/uploads/2023/07/Depart-UTMB-Photo-Buff-DR.jpeg8151200Patrick Guerinethttps://www.esprit-trail.com/wp-content/uploads/2025/02/ET-logo-vert-noir-300x87.pngPatrick Guerinet2023-08-01 05:00:002023-08-01 09:52:10UTMB : palmarès, chiffres, records, toutes les statistiques à connaître
Il a gagné 10 fois Zegama, et seulement 9 fois Sierre-Zinal. Or dans sa chasse aux records, Kilian Jornet avait décidé de tout faire pour aller chercher une 10e victoire cette année. Et ce, même si l’opposition promettait d’être forte, tout le gratin mondial étant annoncé, avec un seul objectif en tête : battre le “patron” et monter sur la première marche du podium de cette 4ème manche de la Golden Trail World Series 2023. Sans doute jamais le plateau élite hommes n’aura été aussi relevé. Hélas, un œdème osseux contraint le Catalan a ne pas prendre le départ, prudence oblige, à 1 mois de l’UTMB. Kilian Jornet ne gagnera donc pas sa 10ème victoire lors de cette 50ème édition. Alors, quels sont les favoris ?
Sierre-Zinal 2023 : un plateau exceptionnel
Chaque année, Sierre-Zinal attire les meilleurs coureurs de la planète. Et ils seront plus que jamais tous présents le 12 août prochain, pour la 50ème édition de cette épreuve, l’une des plus anciennes et plus belles courses de montagne du monde. Avec 148 élites hommes et 100 élites femmes invités, le plateau annoncé est exceptionnel et promet une course fantastique, tant chez les hommes que chez les femmes. Entre ceux qui se battront pour marquer des points pour la Golden Trail World Series et ceux qui viendront pour performer et se rassurer 3 semaines avant l’UTMB, on ne peut rêver mieux.
Kilian Jornet en 2022. Photo Philipp Reiter
Sierre-Zinal, une course d’engagement total
31 km, 2200 mètres de montée, 1100 mètres de descente, le parcours de Sierre-Zinal, surnommée la course des cinq 4000 car elle permet d’admirer, pour ceux qui ont le temps de lever la tête, 5 sommets de plus de 4000 mètres, est une course d’engagement total. Aucun répit car après une montée très raide, c’est un long single de relances permanentes avant de plonger dans une descente vertigineuse vers Zinal.
Tous les coureurs qui ont déjà participé à cette épreuve le savent : aucune course d’attente n’est possible. Celles et ceux qui voudront s’économiser dans la montée pour ne pas se mettre dans le rouge ne pourront pas revenir ensuite. Et celles et ceux qui partiront trop vite exploseront avant la fin. Le dosage est donc subtil, pour être au rupteur pendant 31 kilomètres sans passer du côté obscur. Tout un art.
Sierre-Zinal 2022 : la surprise kényane, Kilian Jornet battu
En débarquant l’an dernier pour la première fois sur Sierre-Zinal, le contingent d’athlètes kényans a fait des dégâts. Sur le plan sportif d’abord, avec des performances remarquables, des victoires chez les hommes comme chez les femmes et de nombreux coureurs dans les Top 10 masculin et féminin. Et sur le plan anti-sportif plus tard, avec la sanction pour dopage qui a frappé le vainqueur masculin, Mark Kangogo, déclassé, et les soupçons concernant Esther Chesang, gagnante chez les femmes, qui, sous le coup d’une suspension, n’aurait pas dû être autorisée à prendre le départ.
Tout le monde l’attendait en 2022 pour une 10ème victoire, qui aurait été sa 6ème victoire consécutive. Mais Kilian Jornet a été battu. Par lui-même d’abord, puisqu’il n’a pas été au meilleur de sa forme, souffrant de jambes lourdes dès le départ. Par plus performant que lui ensuite, puisque que même si Mark Kangogo a été disqualifié pour dopage, l’Espagnol Andreu Blanes, déclaré vainqueur, l’a devancé de 1 minute. Sans oublier le Kényan Patrick Kipngeno, qui a également devancé le patron de 43 secondes. Et, pour l’anecdote, l’Erythréen Petro Manu, qui a battu Kilian Jornet sur le fil, d’un centième de seconde, alors que ce dernier, qui avait quelques mètres d’avance, en profitait pour saluer ses supporters. Une erreur qu’il ne risque pas de reproduire.
Mark Kangogo, vainqueur disqualifié en 2022. Photo Jordi Saragossa
Sierre-Zinal 2023 : un plateau élite hommes exceptionnel
En l’absence de Andreu Blanes, vainqueur 2022, on retrouvera sur la ligne de départ tous les athlètes classés dans le Top 10 de l’an dernier, à l’exception de Kilian Jornet et Daniel Osanz. Mais on verra également d’autres athlètes s’étant déjà illustrés ici, et des nouveaux venus très performants. Jugez plutôt : Patrick Kipngeno, 2e l’an dernier. Petro Mamu, 3e l’an dernier Philemon Kiriago, 5e l’an dernier Robert Pkemoi, 6e l’an dernier Rémi Bonnet, 8e l’an dernier en 2h 34mn 37s, 9e en 2021, 8e en 2019. Affichant une forme insolente depuis le début de la saison, il visera certainement la victoire. Robbie Simpson, 9e l’an dernier
Sierre-Zinal 2023 : attention à Jim Walmsley
Parmi ceux qui n’étaient pas là en 2022 mais connaissent bien la course, notons : Jim Walmsley, 3e en 2019 en 2h31mn 53s, qui pourrait faire un gros chrono s’il passe bien la montée. Davide Magnini, 5e en 2021, 10e en 2019, 7e en 2018 Roberto Delorenzi, 11e en 2021 en 2h 38mn 32s Francesco Puppi, 13e en 2022, 14e en 2021, 16e en 2019, 4e en 2018 en 2h 35mn 54s, 3e en 2016 Eli Hemming, 20e de Sierre-Zinal en 2022, et qui vient de faire 2e du 42km du Marathon du Mont-Blanc 2023 Elhousine Elazzaoui, 31e en 2019, mais qui vient de s’imposer brillamment sur la 3e étape des GTWS, la Dolomyths Run.
Parmi les néophytes, notons également : Tom Evans, vainqueur de la WSER 2023 Adam Peterman, USA, champion du monde de Trail Long 2022
Sierre-Zinal 2023 : les Français à suivre
Côté français, si le podium semble aléatoire, les chances de Top 10 seront réelles avec entre autres : Anthony Felber, 11e en 2022, 18e en 2021 Sylvain Cachard, 12e en 2022, 42e en 2021 Thibaut Baronian, 6e en 2021 en 2h 34mn 57s, 14e en 2019, 26e en 2018, 6e en 2017, qui en sera à sa 7ème participation. Julien Rancon, 8e en 2021, 6e en 2018, 7e en 2008, qui en sera également à sa 7ème participation.
On regardera également les performances de Thomas Cardin, qui découvrira la course, et de Mathieu Blanchard, qui était passé loin en 2022, 81e en 2h 57mn 51s.
Course femmes : qui pourra battre Nienke Brinkman ?
En l’absence de Maude Mathys, 3 victoires à son actif, blessée et en convalescence, et d’Esther Chesang, 1ère en 2022, la voie semble libre pour la Néerlandaise Nienke Brinkman, qui avait terminé 2ème en 2021 derrière Maude Mathys. Mais il faudra là aussi compter sur les femmes en forme du moment, classées dans le Top 10 en 2022 et connaissent bien le parcours : Philaries Kisang, 2e l’an dernier Sarah McCormack, 4e l’an dernier Bailey Kowalczyk, 5e l’an dernier Lucy Murigi, 6e l’an dernier Nuria Gil, 7e l’an dernier, 8e en 2021 Tabor Scholl, 9e l’an dernier
Nienke Brinkman excelle en montée. Elle pourrait bien s’imposer cette année. Photo DR
Notons également quelques élites en forme : Marcela Vasinova, 6e en 2021 Judith Wyder, 10e en 2021, 2e en 2019, et qui vient de remporter la Dolomyths Run. Oihana Kortazar, 18e en 2022 , 17e en 2021, 9e en 2019 et 1ere en 2011 ! Theres Lebœuf, 16e en 2022
D’autres athlètes en forme découvriront le parcours. Parmi elles, notons : Sophia Laukli, 1ère des 42km du Mont-Blanc 2023 Miao Yao, 2e des 42km du Mont-Blanc 2023 Allie McLaughlin Caitlin Fielder Emelie Forsberg Fabiola Conti Daniela Oemus, 1ere à Zegama 2023
Côté français, si on ne jouera pas pour le podium, on suivra tout de même les performances de : Mathide Sagnes, 13e en 2022, 12e en 2021 Louise Serban-Penhoat, 23e en 2022 Noémie Vachon Marie Goncalves Laure Paradan
https://www.esprit-trail.com/wp-content/uploads/2023/07/Sierre-Zinal-OPEN.png7041200Patrick Guerinethttps://www.esprit-trail.com/wp-content/uploads/2025/02/ET-logo-vert-noir-300x87.pngPatrick Guerinet2023-07-27 05:00:002023-08-02 19:17:11Sierre-Zinal 2023 : Kilian Jornet forfait, qui sont les favoris ?
Claire Bannwarth n’est pas une traileuse comme les autres. Elle, ce qu’elle aime avant tout, ce sont les aventures au long cours, au très long cours même ! À 34 ans, elle enchaîne les épreuves d’ultra, du « simple » 100 miles aux courses les plus folles de plus de 300km. Le 15 juillet, elle a fini 5e féminine de la Hardrock 100, la mythique épreuve d’ultra-endurance américaine, dans le Colorado, remportée par Courtney Dauwalter. Une semaine plus tard, elle vient de s’imposer sur la Tahoe 200 Miles Endurance Run, devenant la première femme à remporter le classement général de cette course, en 62h et 24 minutes. Un exploit colossal pour celle qui enchaînera avec l’UTMB début septembre, puis prendra également part en fin d’année au championnat du monde de 24h, une discipline qu’elle apprécie tout particulièrement. Il y a quelques semaines, Simon Chrétien a rencontré l’insuable championne. Rencontre avec un ultra-phénomène.
Pendant 6 ans, Claire Bannwarth a couru 40 km par jour pour aller au boulot !
Boulimique de travail ! Claire Bannwarth est un profil atypique dans le monde du trail. Alors que pour certains, l’épreuve de l’ultra-trail et ses 100 miles sont l’objectif d’une vie, elle, elle s’en coltine quasiment une chaque semaine ! Son agenda déborde. « Pour moi, accrocher un dossard, c’est une source de motivation. Une raison de me rentrer dedans, une façon de m’entraîner en quelque sorte », raconte- elle. Même si le sport fait partie de sa vie depuis toujours, rien ne la prédestinait pour autant à performer au plus niveau sur les épreuves de course à pied. Originaire de Châlons-en-Champagne, place forte de l’escrime en France, c’est naturellement au fleuret que Claire découvre dans un premier temps les joies du sport. « J’ai découvert la pratique en école maternelle et j’ai continué jusqu’à mes 23 ans. »
Malgré son haut niveau, marqué entre autre par une place dans le Top 16 mondial et un titre de championne du monde junior, la jeune prodige est contrainte de mettre sa passion de côté, faute de temps. « Quand j’ai commencé à travailler, je faisais des horaires à rallonge. Le fleuret étant un sport d’équipe, se pratiquant en club, je me suis vite rendue compte que ce n’était plus possible. » Ne lui reste donc plus qu’une solution pour continuer à se dépenser : la course à pied.
Et c’est à Paris, après des études à l’École des Mines de Saint-Etienne puis à Lyon, que Claire s’investit à fond dans le running. Si elle ne sait pas à quelle heure elle termine ses journées de travail, elle connaît l’heure où elle doit être au bureau. Elle décide donc naturellement de s’y rendre en courant. Quasi quotidiennement, pendant six ans, celle qui est actuaire dans les assurances cumule leS bornes, et pas qu’un peu : une quarantaine chaque jour. « Il faut bien avouer que j’ai toujours aimé courir, ne serait-ce que pour m’entretenir physiquement ou pour me déplacer car je n’ai pas le permis de conduire. »
Photo DR
Les dossards, une succession de concours de circonstances
C’est en 2017 seulement que Claire Bannwarth épingle son premier dossard, « un peu par hasard ». Sur route d’abord, à l’occasion du marathon de Rouen. C’est son mari qui l’entraîne dans cette aventure. Elle s’y engage donc sans la moindre prétention et pas vraiment d’entraînement spécifique. Malgré tout, elle termine l’épreuve en 3h15 et remporte la course chez les femmes. Le trail et les longs périples en montagnes viendront un peu plus tard, toujours par le fait du hasard.
« Nous étions à un mariage près de Grenoble et nous avons découvert, au fond d’une réserve, les panneaux de signalisation de l’Ut4M, une épreuve de 100 miles qui se dispute sur les massifs qui entourent Grenoble. Mes amis m’incitent alors à participer à la version Challenge, qui consiste à enchaîner quatre courses de format marathon en quatre étapes. Je me suis dit que ça ne devrait pas être pire que ce que je fais au quotidien. »
Celle qui n’avait jusqu’alors presque jamais mis un pied en montagne découvre un nouvel univers. « J’y suis vraiment allée en touriste. La preuve, la première étape, je l’ai faite avec des chaussures de running et un pantalon car j’avais mal interprété le règlement ! » Même si elle y prendra beaucoup de plaisir, elle se rend très rapidement compte que la course en montagne est bien différente de ce qu’elle pratique au quotidien à Paris. « J’ai vite compris que les descentes, c’était compliqué. Mon objectif lors de cette première expérience était donc simple : survivre ! En évitant la chute ! »
La « cadeau » de la Diagonale des Fous
Si l’expérience Ut4M Challenge lui plaît, Claire Bannwarth n’attrape pas le virus dans l’immédiat. Il faudra une énième fois un concours de circonstance pour que la machine s’enclenche pour de bon. Elle remporte ainsi, grâce à un jeu concours, un précieux sésame pour participer au Grand Raid de la Réunion, l’une des courses d’endurance les plus exigeantes au monde. « Je n’avais pas vraiment conscience de ce que c’était. Pour moi, c’était un 160km avec un peu de dénivelé… C’est sans doute ce qui m’a permis de m’y engager, sinon, je me serais mis des limites et je ne m’y serais pas mise aussi vite. »
Claire Bannwarth a moins d’un an pour se préparer. Pour être prête, elle n’a pas d’autre choix, il faut se tester en situation. Donc s’engager sur les courses. Elle commence avec le 80km de l’EcoTrail Paris, puis allonge la distance, afin de valider les étapes, les unes après les autres. Jusqu’à découvrir son premier ultra de 100 miles, quelques mois avant le Grand Raid. Ces expériences lui permettent d’apprendre de ses erreurs mais surtout de confirmer une chose : l’ultra-trail lui plaît
Octobre 2018. Un peu plus d’un an après sa découverte du trail, la voici sur la ligne de départ de la course la plus bouillonnante de l’année. Au cœur d’un terrain aussi beau que technique, Claire Bannwarth s’engage pour la traversée de l’île intense de la Réunion. Et ça va mal. Dès le 50ème kilomètre, elle ne peut plus avancer. « J’étais à 1km/h dans les montées, se souvient-elle en riant. Ça a été très long. Je la termine tout de même en 49h. » Si la souffrance domine après-coup, la jeune femme tente avant tout d’analyser sa course. « Je me suis dit : “bon, comment je peux faire pour ça se passe mieux à l’avenir’’ ? »
Claire Bannwarth à l’arrivée de l’Ultra-Trail do Marao, au Nord du Portugal. Photo DR
Toujours plus de kilomètres
Depuis ce jour, Claire Bannwarth ne s’est jamais arrêtée. Trans Gran Canaria, MIUT, Lavaredo, Endurance Trail des Templiers, celle qui s’est depuis installée en Alsace enchaîne les ultras à un rythme effréné. Jusqu’à ce qu’un nouvel événement lui fasse découvrir un univers encore plus redoutable : celui de l’ultra-endurance, où les distances dépassent les 100 miles !
En 2020, la situation sanitaire liée au Covid l’empêche de participer à l’UTMB, annulé pour l’occasion. « À cette époque, la seule façon d’accrocher un dossard était d’aller courir en Suisse. Je me suis donc naturellement rapprochée de la Swiss Peak, et tant qu’à faire, je me suis inscrite sur l’épreuve la plus longue. » Celle de 320km et ses 22500m de D+ ! « C’est là que j’ai vraiment commencé l’ultra-distance, alors que je ne maîtrisais même pas encore le format des 100 miles. Mais c’est mon côté “on verra bien’’ qui a pris le dessus. » Elle boucle l’épreuve en 86h et termine deuxième chez les femmes. « Tout s’était vraiment bien passé, j’ai adoré. »
Claire se découvre de nouvelles qualités. « Je me suis rendue compte que j’étais plus forte sur le long car je suis capable de passer trois jours sans dormir. Finalement, après avoir couru six ou sept ultras, j’avais déjà envie de voir plus. Sur le très long, il y a davantage de facteurs de gestion à prendre en compte et on peut plus prendre son temps. Je préfère finalement ce côté aventure et ce doute de savoir si je vais être capable de terminer l’épreuve ou pas. »
Les 245km de la TransGranCanaria, les 345km du Tor des Géants puis la course XXL de la Volvic Volcanic Experience suivront. Jusqu’à ce début d’année 2023 et sa victoire sur la Spin Race au Royaume -Uni, un méga-ultra de 429km remporté dans des conditions météo extrêmes. Car Claire Bannwarth n’est pas simplement amoureuse de cet effort au long cours, elle en est aussi l’une des meilleures athlètes.
Claire Bannwarth et Luca Papi, autre fou d’ultra-distance. Photo DR
Claire Bannwarth, une compétitrice
« Quand je m’engage sur ce genre de course, ce n’est pas une balade, je viens pour tout défoncer ! » L’ultra-traileuse ne se présente en effet pas sur la ligne de départ sans objectif. Terminer, elle sait déjà faire. Ce qu’elle veut, c’est performer. Et gagner ! Et pour cela, elle s’en donne les moyens. Capable de peu dormir, Lapin Duduracell, comme la surnomme son mari, n’est en effet jamais à court de batterie. En témoigne ses journées dantesques. Car après son travail dans les assurances à temps complet, Claire Bannwarth enchaîne généralement sur un gros bloc d’entraînement. Elle file à la salle pour d’intenses séances de musculation. Spinning, vélo elliptique et montées de marche, voilà son programme. Sans compter la vingtaine de kilomètres quotidiens pour se rendre sur son lieu de travail.
Malgré tout cela, elle concède ne pas avoir vraiment l’impression de s’entraîner. « Si je fais 6h de sport par jour, c’est que j’aime ça. Je le sais, je suis une vraie droguée, je suis quelqu’un qui ne tient pas en place, qui a besoin de se vider la tête. » Mais pour performer à un tel niveau sur des distances aussi longues, il n’y a pas de secret : il lui faut emmagasiner du volume, du dénivelé. Et pour cela, elle n’a pas trouvé de meilleure solution que de s’engager sur les courses. Une façon aussi de « se rentrer dedans, de trouver la motivation et courir avec des gens… ».
Bosser 40 heures par jour, et courir en plus !
Il n’empêche, après toutes ces années à haut niveau, Claire Bannwarth n’a toujours pas accédé au professionnalisme. À son plus grand regret. « Je n’ai rien à faire assise derrière un bureau à remplir des fichiers Excel », sourit-elle. Malheureusement pour elle, « les ultra-distances ne sont pas encore très démocratisées. Globalement, les gens ne se rendent pas compte de ce que représentent ces courses-aventures, en autonomie bien souvent. Et les sponsors ne sont pas encore là. Parfois, sur des courses, je me retrouve à lutter contre des athlètes professionnels. C’est rageant de se dire que eux ne font rien d’autre que de courir quand toi tu travailles 40h par semaine. Mais c’est le jeu, et c’est finalement d’autant plus méritant. »
Mais alors combien de temps va-t-elle pouvoir tenir ce rythme de vie marqué par 10 000 à 12 000 kilomètres par an ? « Moi, je me vois durer jusqu’à ce que je ne puisse plus marcher ! » Plus sérieusement, la traileuse ne se pose pas la question. « Ça fait 20 ans que je cours et que j’enchaîne les gros volumes, c’est juste qu’à l’époque, je ne mettais pas de dossard. À ceux qui me disent que je vais me cramer, j’ai envie de leur demander de fermer leur bouche ! À la base, on est fait pour courir et certains font encore plus que moi. En tout cas je ne suis pas inquiète pour la suite. Si un moment le corps ou le mental ne suivent plus, alors j’arrêterai, mais tant que je ne me blesse pas, que je prends du plaisir, alors pourquoi se priver ? On n’a qu’une seule vie, et il faut la vivre ! »
Claire Bannwarth à l’arrivée du 185km du Cami de Cavalls 2023, sur l’île de Minorque, qu’elle a remporté. Photo DR
Claire Bannwarth à propos de sa 5ème place à la Hardrock 100 2023
23ème au scratch et 5eme féminine, Claire Bannwarth a mis 34h 51mn pour boucler la boucle de la Hardrock 100. Un résultat loin de ses attentes. Elle s’en est expliquée sur ses réseaux sociaux.
« Bon, je ne vais pas le cacher… je suis hyper déçue. Il y avait moyen de choper le podium. J’étais très en forme, je prenais un plaisir fou sur ces magnifiques sentiers du Colorado, me faisais bichonner comme pas possible à chaque ravito… Je gérais super bien ma course et j’étais partie pour finir en 32h, mais à la sortie de la base de vie d’Ouray, au km 90, en route vers Kroger’s Cantine, je me rends compte que quelque chose cloche : je n’arrive pas à courir les faux-plats montants qui normalement ne devraient pas me poser problème. Je trouve vite pourquoi : j’ai la gorge complètement prise. Et c’est le début d’un rhume de l’espace. J’ai certainement pris froid à Handies Peak avec le vent malgré, les 30 degrés de la journée… (Passage à plus de 4200 mètres d’altitude, point culminant de la course, NDLR).
Avoir un rhume à 2000m ça passe, à 4000, c’est la mort… Au ravito suivant, à Telluride, au km 115, on me prend ma saturation en O2 : je suis à 82 ! Pas grand chose à faire à part espérer qu’avec le retour du jour et de la chaleur j’aurai la gorge moins contrainte… Raté ! Ce furent les 45km les plus longs de toute ma vie. Je m’étouffais à chaque montée, je me suis vraiment demandée si j’allais réussir à finir. Heureusement, je pouvais quand même trottiner un peu en descente sans cracher mes poumons. Ça m’a permis de limiter la casse et de ne perdre que trois heures. Bref… faudra revenir du coup ! »
Depuis, Claire Bannwarth s’est vengée. En devenant la première femme à s’imposer au classement général de la Tahoe 200 Miles Endurance Run, elle rentre dans l’histoire.