Dimanche 16 juin, Rémi Bonnet a remporté la course de montagne Neirivue-Moléson. Jusque-là, rien d’étonnant, le Suisse étant le tenant du titre et l’un des meilleurs grimpeurs du monde. Mais au-delà de la victoire, il a surtout atomisé le record de l’épreuve et réalisé la plus grande performance de l’histoire du trail en terme de cote ITRA. Explications.

Cote ITRA : comment ça marche ?

Pour chaque épreuve de trail, l’International Trail Running Association, ou ITRA, calcule une cote en fonction de la performance chronométrique réalisée sur un parcours donné. Le parcours est lui-même évalué en fonction de sa longueur, son dénivelé et sa technicité. C’est ensuite le chrono réalisé qui compte, pas le classement du coureur. La valeur maximale de l’indice ITRA d’une épreuve est de 1000 points, un nombre qui correspond à la performance maximale théorique sur le parcours en question. Par exemple, si le marathon avait une cote ITRA, l’indice de 1000 points serait attribué à un chrono de 2 heures. Autant dire que plus on se rapproche des 1000 points, plus la performance est exceptionnelle.

Coureurs et indice de performance ITRA

La cote, ou indice de performance ITRA de chaque coureur dans les différentes catégories est calculée en fonction des 5 meilleures cotes obtenues par l’athlète au cours des 36 derniers mois. Chez les hommes, une cote supérieure à 900 correspond au top du top. Chez les femmes, cette valeur est de 800. Fin juin 2023, c’est l’Espagnol Kilian Jornet qui domine toujours le classement ITRA masculin, avec 949 points. De son côté, l’Américaine Courtney Dauwalter domine le classement féminin avec 843 points.

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Le Top 3 du classement ITRA des athlètes, dans lequel figure désormais Rémi Bonnet après sa perf du 18 juin. Source ITRA

Neirivue-Moléson 2023 : le chrono canon de Rémi Bonnet

Dimanche 18 juin, 563 coureurs se sont affrontés sur le redoutable parcours de 10,6 kilomètres pour 1 290 mètres de dénivelé positif de la 44ème édition de cette course historique. Vainqueur en 2022 et détenteur du record, le Suisse Rémi Bonnet a réalisé un chrono exceptionnel de 55mn 41s, battant son précédent temps de 1mn 26s. Un écart considérable à ce niveau ! Le Canadien Alexandre Ricard, 2ème, a terminé à plus de 4 minutes de Rémi Bonnet, en 59mn 55s (un indice de performance ITRA de 901). Et c’est un autre Canadien, Rémi Leroux, qui a terminé 3ème en 1h 1mn 9s (indice de performance ITRA de 883). Derrière eux, on retrouve dans le top 10 nos spécialistes tricolores Baptiste Ellmenreich, Julien Rancon, Anthony Felber ou encore Simon Gosselin.

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Rémi Bonnet lors de la course. Photo Lise Neukomm

Côté féminin, c’est également une grande spécialiste française de la montée, Christel Dewalle, qui s’est imposée en 1h 09mn 12s. Elle a totalement dominé la course pour devancer la Suissesse Simone Troxler de plus de 8 minutes (1h 17mn 42s) . Et c’est une autre Française, Julia Combe, qui a terminé 3ème, en 1h 21mn 29s.

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Le Top 10, dans lequel Julien Rancon hérite par erreur de la nationalité suisse… Source Organisateur

La plus grande performance de l’histoire du trail selon l’ITRA

Avec son chrono exceptionnel, Rémi Bonnet a établi ce qui peut être considéré comme la plus grande performance de l’histoire du trail, avec une cote ITRA de… 970 ! Il devance désormais l’Américain Matt Carpenter, qui avait établi une cote de 968 lors de la Pikes Peak Ascent il y a 30 ans, en… 1993 ! Plus récemment, l’Américain Jim Walmsley avait réalisé une performance cotée 966 lorsqu’il avait établi son record sur la Western States Endurance Run, en 2019. Il avait alors parcouru les 160 kilomètres et 5360 mètres de dénivelé positif en 14h09.

Quant à Kilian Jornet, actuel leader du classement ITRA, il a obtenu sa meilleure cote lors de la course de Sierre-Zinal en 2019. Elle était de 964 pour son chrono de 2h 25mn 35s pour parcourir les 31km et 2190m D+. Une performance qu’il a été proche d’égaler lors de son record sur le marathon de Zegama-Aizkorri en 2022. Il a alors établi une perf cotée 961 grâce à son chrono de 3h 36mn 40s pour parcourir les 42km et 2560m D+.

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L’Américain Matt Carpenter, champion du monde de course en montagne longue distance en 2006. Photo DR

Une cote ITRA contestable

Bien sûr, les spécialistes diront que ces performances ne sont absolument pas comparables. Rien à voir en effet entre un effort court d’une heure, un effort de 3 heures et un effort de plus de 10 heures. Et ils auront raison de le souligner. L’ITRA a beau avoir mis des coefficients de lissage pour pouvoir avoir un indice le plus juste possible entre les différentes épreuves, les disciplines sont tellement différentes qu’une comparaison aussi large peut laisser circonspect. D’ailleurs, l’ITRA elle-même classe les épreuves dans 7 catégories, allant de XXS (0 à 24km) jusqu’à XXL (plus de 210km). C’est donc dans la catégorie XXS que la performance de 970 de Rémi Bonnet a le plus de sens. Même si elle se classe également en tête dans la catégorie générale, qui regroupe l’ensemble des résultats.

Rémi Bonnet flashé à 16km/h… en montée !

Pour réaliser une telle performance, le Suisse a couru à une allure moyenne de 5mn26 au kilomètre, malgré les 1290m de D+. Selon « Les Genoux dans le Gif », qui a analysé cette performance, Rémi Bonnet a parcouru le premier kilomètre avec 80 mètres de dénivelé positif en 3mn 48s, soit près de 16 km/h. Et il a même enchaîné le deuxième kilomètre à la même allure, avec 100 mètres de dénivelé positif ! Tout simplement bluffant.

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Il en a fait un de ses objectifs majeurs de la saison, et au vu de ses performances récentes, on peut tout attendre de lui. Mais Mathieu Blanchard, qui va découvrir la Western States Endurance Run, l’un des 2 ultras mythiques des États-Unis (avec la Hardrock 100), est-il armé pour l’emporter ? Quels seront ses principaux concurrents lors de cette 50ème édition ? Et chez les femmes, Courtney Dauwalter va-t-elle réussir la première manche de son incroyable pari ?

Western States Endurance Run, une course mythique

Avec ses 160km et 5000m D+, le parcours de la Western States Endurance Run suit la partie médiane du célèbre Western States Trail, un sentier de randonnée qui va de Salt Lake City, dans l’Utah, à Sacramento, en Californie. Elle est considérée comme l’une des épreuves de course à pied les plus dures des États-Unis, car elle est très rapide et se court souvent sous de très fortes chaleurs.

Après un départ donné à Olympic Valley, site des Jeux olympiques d’hiver de 1960, le tracé monte immédiatement du fond de la vallée jusqu’au col Emigrant, puis suit les sentiers originaux utilisés par les mineurs d’or et d’argent des années 1850. Il s’achève à Auburn, une petite ville au cœur du pays historique de l’or en Californie, où est jugée l’arrivée. La majeure partie du sentier traverse un territoire sauvage, isolé et accidenté, accessible uniquement à pied, à cheval ou… en hélicoptère !

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Un profil descendant mais avec des côtes redoutables, pour l’un des ultras les plus rapides et durs du monde.

Western States Endurance Run, une édition 2022 surprenante

En l’absence du maître de la course, Jim Walmsley, triple vainqueur de la Western 100, détenteur du record de l’épreuve mais occupé à arpenter les montagnes de Chamonix pour préparer son UTMB, de nombreux Américains rêvaient d’inscrire leur nom au palmarès du plus vieil ultra-trail des USA, dont c’était la 49ème édition. Mais c’est un jeune athlète du team Hoka Adam Peterman, 26 ans seulement, qui avait créé la surprise. Pour sa première participation, celui qui n’avait jamais couru un ultra s’était largement imposé devant son compatriote Hayden Hawks. Mais tout de même à plus d’une heure du record de Maître Jim (15h 13mn 47s contre 14h 09mn 28s pour Jim Walmsley en 2019).

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Jim Walmsley lors de sa 3e victoire consécutive, en 2021. Photo Hoka

Un autre Américain, Arlen Glick, s’était hissé sur la 3e marche du podium. Pour la petite histoiire, quelques mois plus tard, ce même Adam Peterman avait remporté les Mondiaux de Trail Long à Chiang Maï, en Thaïlande.

Western States Endurance Run 2022 : l’exploit de Ruth Croft

Côté féminin, 2 ans seulement après être passée du format court à l’ultra-long, la Néo-Zélandaise Ruth Croft, deuxième en 2021, s’était largement imposée, terminant 12ème au scratch et réalisant la 3e meilleure performance féminine sur la Western 100. Elle avait dominé de plus de 24 minutes la Canadienne Ailsa MacDonald. La première Américaine, Marianne Hogan, avait terminé 3e de l’épreuve, pour son premier 100 miles !

Côté français, 4 de nos athlètes élites étaient partis découvrir le grand Ouest américain. Ludovic Pommeret s’était distingué, ayant même mené durant près de 50km en début de course. Rattrapé après 60 km de course dans les parties plus roulantes, le Savoyard de 46 ans avait pris la 6ème place, juste devant Vincent Viet, 7ème. Quant à l’Alsacien Sébastien Spehler, qui avait accompagné Pommeret au début, il avait été contraint à l’abandon au 80ème kilomètre. Enfin, pour Camille Bruyas, la Western 100 avait surtout été l’occasion de partir à l’aventure, sa préparation n’ayant pas pu être celle espérée pour jouer devant. Elle avait terminé 10e féminine, à plus de 2 heures de Ruth Croft.

Western States Endurance Run : Mathieu Blanchard face aux USA

Installé depuis près de 2 mois dans le Colorado, Mathieu Blanchard a pris le temps de repérer minutieusement chaque portion du parcours. Pour mémoire, il a également effectué un stage de vitesse au Kenya et avalé le marathon de Paris en 2h 22mn 36s, afin d’être prêt à affronter efficacement les portions roulantes de la Western 100. Il a aussi expérimenté la chaleur extrême lors du Marathon des Sables, qu’il a terminé 1er non marocain, en 3ème position. Il s’est par ailleurs adjoint un pacer de luxe, en la personne de son coéquipier chez Salomon Running, le champion de France et 4ème des championnats du monde de trail court 2023 Thibaut Baronian. Autant dire que le Français a mis tous les atouts de son côté pour performer, et ne cache pas son objectif de podium.

Mais pour aller chercher la plus haute marche, il va falloir batailler fort. Et devancer l’impressionnante armada américaine, qui rêve comme toujours de s’imposer sur ses terres. Parmi les favoris, et en l’absence de Adam Peterman, blessé, on retrouve les 2ème et 3ème de l’an dernier, Hayden Hawks et Arlen Glick. Mais il faudra aussi compter sur Dakota Jones, vainqueur de la Transvulcania il y a moins de 2 mois. Il faudra également surveiller Tyler Green, 4ème en 2022 et 2ème en 2021, Drew Holmen, 5ème l’an dernier et Cole Watson, 16ème l’an dernier et vainqueur du 100 km de The Canyons Endurance Runs fin avril, vainqueur du 50 km de The Canyons Endurance Runs 2023.

Parmi les non Américains, on suivra particulièrement Ludovic Pommeret, de retour après sa 6e place l’an dernier, prêt à mettre le feu à la course. Et le Britannique Tom Evans, 3ème de l’UTMB 2023 derrière… Kilian Jornet et Mathieu Blanchard.

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Photo Instagram Mathieu Blanchard

Western States Endurance Run : Courtney Dauwalter en pole

Chez les femmes, tous les regards seront tournés vers l’Américaine Courtney Dauwalter, favorite de l’épreuve. Son objectif 2023 est clair : enchaîner (et gagner) les 2 plus grands ultra-trails des États-Unis, la Western 100 et la Hardrock 100, avec tout juste 3 semaines d’intervalle entre les 2 courses. Véritable star de l’ultra, Courtney est assurément armée pour réussir son pari. Elle est, rappelons-le, la seule athlète avec Kilian Jornet à avoir réussi à remporter les 4 ultras les plus prestigieux au monde, la Western States, la Hardrock 100, l’UTMB et la Diagonale des Fous.

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Courtney Dauwalter a déjà remporté 2 fois l’UTMB. Photo DR

Mais elle devra tout de même se méfier de la concurrence. À commencer par la Canadienne Marianne Hogan, 3ème l’année dernière, avant de finir 2ème de l’UTMB. Seront également au départ la Zimbabwéenne Emily Hawgood, 5ème en 2022, les Américaines Leah Yingling, 6ème, Taylor Nowlin, 7ème, Camille Herron, 8ème et Katie Asmuth, 9ème. Et comme si cela ne suffisait pas, Courtney devra aussi se méfier de Katie Schide, gagnante du dernier UTMB et assurément sérieuse rivale pour le podium. On regardera aussi la redoutable Keely Henninger, qui avait été contrainte à l’abandon l’an dernier mais s’est récemment imposée sur les 100 km la Black Canyon Ultras. Et pourquoi pas Devon Yanko, 3ème de la course en… 2016 ?

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Marianne Hogan et sa “collègue” Courtney Dauwalter lors d’un stage d’entraînement de leur équipementier Salomon. Photo Salomon
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Samedi 17 juin, l’Américaine Hillary Gerardi, athlète Black Diamond, a établi un nouveau temps de référence de l’ascension du mont Blanc, en mettant 7h 25mn pour faire l’aller-retour Chamonix-Chamonix en passant par le toit de l’Europe. Retour en vidéo sur son exploit.

Lire notre article sur l’exploit d’Hillary Gerardi ICI

Voir le film de Seb Montaz-Rosset


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Après le marathon de Zegama-Aizkorri, et la page des Championnats du monde de trail et course en montagne d’Innsbruck à peine tournée, la 2ème étape de la Golden Trail World Series 2023 arrive à grands pas. Au programme du 25 juin, le prestigieux Marathon du Mont-Blanc va de nouveau faire battre le cœur de la planète trail, avec près de 2500 coureurs sur la ligne de départ. Et les meilleurs mondiaux seront encore là pour viser le podium. Mais qui montera en haut de la boîte ?

Marathon du Mont-Blanc 2023 : les records de Jonathan Albon et Sara Alonso à battre

C’était la grande nouveauté de l’édition 2022 : le mythique 42 km du Mont-Blanc proposait un D+ de 2540m et une finish line au centre de Chamonix. Une bonne initiative pour pouvoir partager le spectacle avec le public. De fait, les anciens records de l’épreuve, détenus par le Norvégien champion du monde de trail court 2023 Stian Angermund (3h 18mn 8s) et la Suissesse Maude Mathys (3h 51m 4s), font désormais parie des archives et ne peuvent plus être pris en considération. Les nouveaux temps de référence ont donc été établis par les vainqueurs de l’édition 2022, Jonathan Albon et Sara Alonso, qui se sont imposés en respectivement 3h 35mn 20s et 4h 14mn 49s.

Départ Marathon du Mont-Blanc 2022 Photo Organisation
Départ du Marathon du Mont-Blanc 2022. Photo Organisation

Découvrez le parcours du 42km du Marathon du Mont-Blanc en vidéo

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Le profil de la course. Source Organisation

Marathon du Mont-Blanc 2023 : Manuel Merillas attendu

Après sa victoire sur le marathon de Zegama-Aizkorri 2023, où il a devancé le Marocain Elhousine Elazzaoui et le Britannique Jonathan Albon, l’Espagnol Manuel Merillas, 5ème en 2014 sur l’ancien parcours, se présentera sur la ligne de départ avec la casquette de leader de la GTWS et de favori. Mais la concurrence sera rude. À commencer par celle du tenant du titre, Jonathan Albon. 3ème à Zegama, le Britannique vient de terminer à la 5ème place des Championnats du monde de trail court, à Innsbruck. Capable du meilleur comme du pire, ses capacités en descente pourraient lui permettre de s’imposer, s’il a suffisamment récupéré et qu’il arrive à suivre les meilleurs en montée.

Parmi les « meilleurs » en question, on retrouvera le Suisse Rémi Bonnet, vainqueur de la GTWS 2022, et l’Italien Davide Magnini, 2ème à Chamonix l’an dernier, qui joueront également la gagne. Il faudra également compter sur les habituels performeurs de la GTWS, le Marocain Elhousine Elazzaoui, 4e du Marathon du Mont-Blanc en 2022, et le Kényan Robert Pkemoi. A surveiller également les performances du Suédois Petter Engdahl, de l’Espagnol Daniel Osanz, du Polonais Bart Przedwojewski, de l’Américain Eli Hemming ou encore de l’Italien Cristian Minoggio.

Côté français, le grand absent est le champion de France Thibaut Baronian, 5ème l’an dernier et 4ème des championnats du monde de trail court il y a quelques jours. Il sera le même jour de l’autre côté de l’Atlantique, servant de pacer à son ami et compère du Team Salomon Mathieu Blanchard sur la Western States Endurance Run. Les espoirs de podium reposeront sur un contingent tricolore de haut niveau, avec Loïc Robert, Arnaud Bonin, Anthony Felber (8ème l’an dernier), Kevin Vermeulen et Johann Baujard.

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Jonathan Albon à l’arrivée à Chamonix en 2022. Photo Jordi Saragossa

Marathon du Mont-Blanc 2023 : Nienke Brinkman imbattable ?

Difficile d’imaginer qui pourra battre Nienke Brinkman, tant la Néerlandaise fait figure de super favorite. Blessée et absente à Zegama, celle qui vise la victoire finale sur cette GTWS 2023 aura à cœur de marquer des gros points dès cette étape. Seul frein possible à une super performance de cette athlète hors norme, le fait qu’elle ne connaisse pas le terrain. Face à elle, les meilleures de Zegama seront là pour contrarier ses plans. À commencer par le trio qui est monté sur le podium au Pays Basque, l’Allemande Daniela Oemus, 6ème du trail court à Innsbruck, la Néo-Zélandaise Caitlin Fielder, 2ème l’an dernier à Chamonix derrière Sara Alonso et 12ème du trail court à Innsbruck, et la Suissesse Theres Lebœuf, 8ème l’an dernier.

Parmi les autres candidates au podium de cette course très ouverte, il faudra suivre la Chinoise Miao Yao, l’Américaine Sophia Laukli, la Népalaise Sunmaya Budhia, la Tchèque Marcela Vasinova, 5ème l’an dernier et 12ème du trail long à Innsbruck, et l’Italienne Fabiola Conti, 7ème en 2022 et 18ème du trail court à Innsbruck.

Côté français, on attend avec impatience le retour sur le devant de la scène d’Anaïs Sabrié, qui après avoir fait jeu égal avec Sara Alonso dans la première partie de course, avait fini au pied du podium l’an dernier. Sans oublier Mathilde Sagnes, qui après avoir abandonné à Zegama, vient de s’imposer sur le format 50K du Trail du Saint-Jacques by UTMB et découvrira le parcours.

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Nienke Brinkman lors de sa victoire au marathon de Zegama, en 2021, record à la clé. Photo GTWS
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Avec 11 médailles, dont 6 en or, la France a terminé à la première place au classement des nations des Championnats du monde de trail 2023 qui se sont déroulés à Innsbruck du 6 au 10 juin. Retour sur leurs déclarations d’après course, en live ou sur les réseaux sociaux.

Benjamin Roubiol, champion du monde de trail long en individuel et par équipe

« J’ai fait très peu d’erreurs aujourd’hui, je peux être fier du résultat. Je me suis interdit de penser à la victoire presque jusqu’au bout. J’avais besoin d’être dans le moment présent et concentré au maximum sur mes sensations, pour assurer mon alimentation, mon hydratation, ne pas paniquer, et profiter à fond. »

À propos de la dernière montée du parcours, dans laquelle il va rattraper et doubler l’Italien Andreas Reiterer, leader de la course : « Je me sentais vraiment très mal au pied de cette montée, je n’aurais jamais pensé pouvoir le rattraper à ce moment-là. Ça m’a redonné un peu d’énergie, il fallait que j’achève le boulot. »

BENJAMIN ROUBIOL WINNER mondiaux de trail 2023
Photo WMTRC 2023 / DR

Thibaut Garriver, 4ème du trail long en individuel, champion du monde par équipe

« Je n’étais pas dans un très bon jour, j’ai senti de la fatigue dès le début. Je suis resté vraiment en retrait, et quand ça a commencé à bien sauter devant, j’ai pu récupérer quelques places. Sur les trois dernières heures de course, j’avais une grosse douleur à la poitrine, mais comme on jouait le titre par équipes, je me suis fait violence. »

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Photo WMTRC 2023 / DR

Baptiste Chassagne, 15e du trail long en individuel, champion du monde par équipe

« C’est pas une course, c’est une Odyssée. Et moi, aujourd’hui, je me sens comme Ulysse, heureux d’avoir vécu un si beau voyage. Courir pour son pays procure une détermination indicible. Après 4h30 de plaisir absolu, je suis allé explorer une terre de souffrance jusqu’alors inconnue. Grâce à la fraternité de mes coéquipiers, un par un ; grâce à l’amour de mes proches, regard après regard ; et grâce au soutien fabuleux de toute l’équipe de France, mot après mot ; j’en suis revenu. Jamais je n’ai expérimenté aussi puissamment la force du collectif. Petit pays et tous les petits bipèdes qui t’habitent, je t’aime fort. Petit sport et tous les passionnés que tu animes, je te kiffe de ouf. Grande équipe et toutes les championnes et champions inspirants que tu m’as fait côtoyer, je vais me reposer, travailler et me battre pour te retrouver bientôt. Merci. »

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Photo WMTRC 2023 / DR

Marion Delespierre, championne du monde de trail long en individuel et par équipe

À propos de ses crampes dans la dernière descente : « J’ai eu peur de me retrouver comme dans les films, incapable de courir dans les derniers mètres. J’ai essayé de rester lucide et de bien m’hydrater. J’en ai presque occulté que j’allais terminer première. C’est quand on m’a donné le drapeau que j’ai réalisé que c’était gagné. (…) Mon objectif numéro 1 était le titre collectif, pour le garder un peu plus longtemps que sept mois (référence au titre acquis en novembre dernier en Thaïlande). À titre individuel, j’espérais un top 5, et je rêvais d’un podium, mais la victoire, non ! Peut-être qu’en reprenant le boulot lundi, je réaliserai… »

MARION DELESPIERRE mondiaux de trail 2023
Photo WMTRC 2023 / DR

Manon Bohard Cailler, 3ème du trail long en individuel, championne du monde par équipe

« La journée a été belle, même si la fin a été très difficile pour moi. J’ai été malade après le 60ème kilomètre, mais je me suis refait un peu la cerise pour maintenir ma troisième place, qui est inespérée. (…) Ce passage à vide, je ne l’appréhendais même pas. Pour une fois j’ai visualisé la réussite plus que l’échec, j’ai poussé fort au moment où je le sentais, j’ai pris du recul dans les moments plus complexes. J’ai su mettre à profit la combativité, la détermination et la patience pour passer une à une les étapes et réaliser une course pleine, dans l’acceptation de mes capacités du jour. (…)

Encore une fois, l’expérience et les opportunités me prouvent que l’on a ses propres ressources intérieures, son bagage mental, son histoire, ses craintes et ses victoires. Mais dans les moments durs, s’appuyer sur l’extérieur, l’entourage, ce pour quoi on se lève tous les jours, ceux pour qui on donnerait tout, comme l’équipe d’une aventure sur ces Mondiaux d’Innsbruck-Stubai 2023, mais aussi l’équipe du quotidien, nous aide à flirter avec le curseur des limites, tenter sans rien lâcher, utiliser la force des autres pour se réaliser… Pour l’équipe, mais aussi pour soi. Merci à toutes celles et ceux qui ont contribué à cette aventure, j’en ressors grandie, fière et accomplie. (…) Avec la médaille d’or de Marion, celle de l’équipe, et celles des garçons, c’est une sensation indescriptible. »

MANON PENHOAT CAILLER mondiaux de trail 2023
Photo WMTRC 2023 / DR

Audrey Tanguy, 10ème du trail long, championne du monde par équipe

«J’ai dû aller chercher plus loin que jamais, physiquement et mentalement, les ressources nécessaires pour parachever le tableau d’ensemble. Hormis la première ascension, tout a été dur, et les sensations ne sont jamais revenues. C’est en croisant tous mes copains, juste avant le replat, que je me suis relancée. J’ai tenté le tout pour le tout dans les trente derniers kilomètres, mais c’était très, très, très dur.

Peut-être que certains d’entre vous, après avoir vu ce résultat brut, se sont dit que la performance n’est pas vraiment à saluer, et je leur accorde que, sur le plan personnel, ce n’est pas vraiment ce que je suis venue chercher sur ce championnat du monde. Pourtant, cette dixième place est tellement plus que ça. Bien courir dans un bon, voir un grand jour est toujours difficile. Pour faire un grand résultat, comme l’a fait Marion, il faut ce petit supplément d’âme, cette détermination qui nous pousse à faire fi de la douleur, de la peur d’échouer pour aller chercher la victoire.

Néanmoins, tout donner et se pousser jusqu’au bout quand tout va mal est encore plus difficile, car là aussi il faut dépasser cette douleur, cette peur de l’échec, mais en plus il n’y a pas cet appât de la victoire pour nous aider… Sauf s’il on court pour son équipe ! Et c’est ce que j’ai fait… De toute mon âme et de toutes les forces qu’il me restait.

Ce qui est difficile également, sur ce type de championnat, c’est que lors d’un coup de moins bien, ce ne sont pas 10 ou 15 personnes qui vous passent devant, mais 30 à 40 ! Tous les coureurs présents sont des coureurs aguerris ayant fait leurs preuves dans leur pays respectif. Il faut donc mettre son orgueil de côté et continuer son propre chemin. Ce chemin qui s’annonçait tout tracé jusqu’environ le km 54 où Jocelyne me rattrape. Première pensée : super, ça me fait plaisir de la voir. Elle a l’air encore solide (je peine à la suivre en descente). Seconde pensée : bon, du coup je ne compterai pas pour l’équipe et devrai me contenter d’une 20ème place individuelle, ce qui est très loin de mes espérances.

C’était sans compter sur mes copains de la team France qui sont venus en nombre au km 55 pour nous hurler dessus, avec toute leur fougue, d’aller chercher l’Allemande à environ 10 minutes de nous, pour obtenir le titre par équipe. Première réaction, dans l’état dans lequel je suis, impossible d’accélérer. Puis tout se bouscule dans ma tête. Je sais que Jocelyne n’est pas loin. Jocelyne c’est un roc, je sais que je peux compter sur elle pour conserver cette médaille d’argent par équipe que nous avons pour le moment. C’est à moi maintenant de prendre mes responsabilités, et quitte à exploser (et peut-être à devoir abandonner) je dois tout tenter pour aller chercher cette victoire en équipe. Je quitte donc mes copains avec une énergie folle, je suis transcendée par cette perspective, oui, je vais aller chercher cette victoire.

Environ 3 ou 4 km plus loin, je croise alors Blandine, les larmes aux yeux, qui me dit : « Aller Audrey, je sais que c’est dur mais s’il te plaît, vas la chercher pour nous, vas la chercher pour moi ! » Là de nouveau, petit shoot d’énergie. Bien sûr Blandine que je vais tout donner pour vous offrir cette victoire… Je vous dois bien ça ! Elle m’apprend que Marion et Manon sont respectivement 1ère et seconde, je ne peux pas les décevoir. Jocelyne mérite aussi cette médaille, et Blandine, qui a toujours tout fait pour cette équipe. C’est à moi de leur faire ce cadeau. Alors je continue cette partie de relance, avec des kilomètres à 4mn/km, ce que je n’aurais jamais cru possible quelques minutes auparavant.

Et au bout d’environ 9km, j’aperçois mon Allemande. Je ne m’emballe pas car j’ai déjà beaucoup puisé sur ces 9km (et tous les précédents) et il en reste encore 20, dont une ascension de 1200m+. J’arrive au ravitaillement « équipe » avec Ida, qui ne semble pas du tout prête à me laisser faire. Je dis alors aux copains sur place que je ne sais vraiment pas comment je vais venir à bout de ces 20km restants, mais une fois de plus, leur enthousiasme me booste et je repars déterminée. J’attaque l’ascension de ces 1200 m+ en courant, pour envoyer un message fort à mon adversaire du jour : si tu veux cette médaille par équipe, il va falloir te transcender car je ne vais pas t’en faire cadeau.

Au bout d’environ 200 m+ parcourus, les crampes arrivent. D’abord irrégulières, puis à chaque pas. Je continue à avancer malgré la vive douleur, ayant certainement parfois une démarche très particulière avec la jambe tendue à cause d’une crampe au quadriceps ou au mollet. Je dois même m’arrêter à un moment car j’ai les deux jambes raides qui refusent de se plier. Alors je crie de douleur, mais continue, coûte que coûte. Je ne suis pas seule, j’ai à ce moment-là la sensation d’avoir toute l’équipe avec moi, qui me porte. Je n’ai qu’une crainte, que ces crampes soient également présentes dans la dernière descente, ce qui me verrait contrainte à de nombreux arrêts, voire une incapacité de courir et ainsi, inévitablement, au retour d’Ida.

Mais non. En descente, bien que la démarche soit loin d’être fluide, je peux continuer à pousser et à courir. Ce que je fais… Jusqu’au bout ! Je ne crois pas avoir déjà été fière d’un de mes résultats sportifs, pourtant là je le suis. J’ai apporté avec ma sueur, ma douleur et mon cœur cette victoire à mon équipe. J’ai pu faire briller les filles de l’ombre d’un jour, et récompenser la magnifique course des deux autres. Et ça, c’est ma plus grande fierté. Cette dixième place anecdotique restera donc, dans mon cœur, comme l’une de mes plus belles victoires. »

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Photo WMTRC 2023 / DR

Blandine L’Hirondel, abandon sur blessure au 17ème kilomètre sur le trail long

« Abandonner sur un objectif n’est pas la décision la plus facile. Très très fière des filles, Marion, Manon, Audrey et Jocelyne qui ont brillé ! Vous avez mis le plus beau pansement sur ma plaie, vous êtes championnes du monde ! Et au fond de moi, je ne me sens pas légitime de cette médaille. Et que dire de ce titre de championne du monde de Marion ? Tu auras transformé mes larmes de tristesse en larmes de joie. MAGNIFIQUE !

Je veux remercier l’ensemble du collectif France, que ce soit pour vos mots réconfortants, votre bienveillance, votre présence dans les très bons moments mais aussi dans les moments plus difficiles comme aujourd’hui, et je remercie plus particulièrement les kinésithérapeutes pour avoir tout, mais vraiment tout fait pour me remettre « sur pied ». Mais ce dernier en a voulu autrement. Maintenant l’objectif est de bien soigner cette aponévrosite plantaire. Touchée oui, mais pas coulée. »

Blandine L'Hirondel : Photo Romain Aubion
Facebook Blandine L’Hirondel / Photo Romain Aubion

Clémentine Geoffray, championne du monde de trail court en individuel et par équipe

Quand l’Allemande Laura Hottenrott l’a rattrapée puis dépassée juste avant la mi-course : « Ça m’a mis un petit coup au moral, mais en même temps, ça m’a remise dedans. Je me suis dit que si elle arrivait à courir dans la montée, alors je pouvais le faire aussi. Peu de temps après, je l’ai reprise dans la descente et j’ai adoré les kilomètres suivants, assez roulants. Je voyais que je remontais sur Judith Wyder, et quand je demandais où ça en était derrière, tout le monde me disait que c’était devant que ça se jouait. Il y avait tellement de monde pour me pousser, c’était fou !

Dans la dernière descente, je ne savais pas trop comment était l’écart, donc j’attendais de passer la ligne pour vraiment savourerJ’ai envoyé, envoyé, envoyé, jusqu’à voir l’arche d’arrivée. J’étais bien tout le long, concentrée, j’ai plutôt bien géré mon alimentation. Je savais que j’étais en forme, mais de là à gagner… Je ne m’attendais pas à ça, c’était incroyable ! J’ai pensé très fort à tous mes proches. Et puis le parcours était magnifique : courir dans un tel décor, c’était génial. La montagne, c’est mon dada, j’ai pris beaucoup de plaisir ! »

BILAN MONDIAUX DE TRAIL TRAIL COURT
Photo WMTRC 2023 / DR

Louise Serban Penhoat, 10ème en individuel et championne du monde par équipe

« Ça montre bien que quand on se bat pour une équipe, on arrive vraiment à se surpasser. L’année dernière, avec ma 28ème place, j’étais loin d’imaginer me battre pour le Top 10. Et quand, en plus, on vous annonce dans la dernière descente que c’est Clémentine qui a gagné, ça vous pousse à fond. »

LOUISE SERBAN mondiaux de trail 2023
Photo Alanis Duc / Scott

Thibaut Baronian, 4ème du trail court en individuel, 3ème par équipe

« Je n’ai aucun regret, j’ai donné tout ce que j’avais. J’aurais aimé que la dernière descente soit sèche pour pouvoir pousser autant que je le voulais, mais avec la pluie, j’étais sur des œufs. Cela dit, l’écart était déjà fait au sommet, il aurait fallu que Luca (Del Pero) craque pour que le podium puisse être jouable. C’était une grosse, grosse bataille, on était cinq à se jouer la troisième place. J’ai tenté, et j’ai un peu craqué sur le haut de la dernière bosse. L’enfer sur Terre, mais quel plaisir ! »

THIBAUT BARONIAN mondiaux de trail 2023
Photo WMTRC 2023 / DR

Frédéric Tranchand, 9ème du trail court en individuel et 3ème par équipe

« Mon objectif pendant toute la course était de me battre pour l’équipe, parce que je savais que tout seul, ce serait difficile d’obtenir quelque chose. J’ai fait ce que je pouvais avec les jambes que j’avais, je ne me sentais pas très bien, notamment dans la deuxième côte. J’ai essayé de me concentrer sur moi, sans regarder les autres autour. Je voulais économiser de l’énergie pour la fin, car je pensais reprendre des concurrents par la suite, mais je n’ai repris personne. 

Je suis surtout satisfait d’avoir l’impression d’avoir tout donné, pour la performance individuelle et surtout le classement par équipe, avec la breloque à la clé. Il y a encore du boulot pour se rapprocher des meilleurs, mais la motivation est là et je ne crois pas avoir dit mon dernier mot en Trail. »

FREDERIC TRANCHAND mondiaux de trail 2023
Photo WMTRC 2023 / DR

Thomas Cardin, 16ème du trail court en individuel et 3ème par équipe

« L’Autriche à la sauce aigre-douce ! Aigre car je n’ai pas réussi à faire une course à mon meilleur niveau. J’ai pris des risques au début, ça paraissait presque trop facile. Puis d’un coup, l’interrupteur a basculé de on à off. Pendant une heure et demie, c’était une souffrance, j’étais à deux doigts de l’abandon. Plus d’énergie, crampes mais aussi une belle fracture du mental. Une déception d’autant plus grande que l’investissement personnel pendant la prépa avait été très important.

Douce, car j’arrive à me remobiliser sur la fin de course grâce à l’intervention de Loïc Robert au 30ème km. C’est dans une situation comme celle-ci qu’on mesure l’esprit d’équipe ! J’ai pu faire une belle fin de course, qui donne une médaille par équipe à l’arrivée. Douce aussi, car j’ai été accompagné par ma famille qui me soutient, par des coéquipiers et un staff en qui j’ai confiance. Douce enfin, parce que les résultats individuels et collectifs de l’équipe de France ont été exceptionnels. Si je n’ai pas été un athlète hors-pair, j’espère au moins avoir été un supporter convenable ! 11 médailles dont 6 en or, ça donne envie de continuer l’aventure bleu-blanc-rouge ! »

THOMAS CARDIN mondiaux de trail 2023
Photo WMTRC 2023 / DR
DEBRIEF ATHLETES MONDIAUX TRAIL
Photo Alanis Duc / FFA
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L’Américaine Hillary Gerardi, athlète Black Diamond, a établi ce 17 juin un nouveau temps de référence de l’ascension du Mont Blanc en 7h 25mn.

7h25 pour un aller-retour sur le toit de l’Europe

C’est à 2h du matin que Hillary Gerardi s’est élancée de l’église de Chamonix, gonflée à bloc, le sourire aux lèvres, sa marque de fabrique. 7 heures et 25 minutes plus tard, elle était de retour au point de départ, après une course de32,67 km et 3877 mètres de dénivelé positif. Elle établit anisi un nouveau temps de référence sur l’itinéraire de de l’arête nord, battant celui établi en 2018 par Emelie Forsberg, via l’itinéraire classique. Hillary Gerardi a en effet choisi de passer par l’arête nord, plus raide, car elle est moins exposée aux séracs, avant de rattraper l’itinéraire normal par l’arête des Bosses qui a néanmoins vu s’ouvrir une crevasse ces dernières années, rendant le passage plus délicat.

Hillary gerardi Mont blanc 2023 photo DR
Photo DR

L’histoire de l’exploit

Entourée d’autres athlètes féminines, c’est avec Valentine Fabre, sa compagne de cordée pour le record en ski-alpinisme Chamonix-Zermatt (2021), qu’Hillary s’est élancée sur les premiers glaciers. Et c’est avec la traileuse sud-africaine Meg Mackenzie qu’elle a couru une partie de sa descente. Une belle performance pour cette athlète qui souhaite attirer l’attention sur les conséquences du changement climatique sur les sommets et notamment sur le toit de l’Europe et est témoin en première ligne de ces évolutions…

Exploit d’Hillary Gerardi : ses impressions à l’arrivée

« Je suis hyper heureuse et super étonnée de battre le record sur cette variante d’itinéraire. Nous avons eu beaucoup de vent sur le sommet mais j’y suis arrivée avec près de 20 minutes d’avance. La descente fut un peu moins rapide que prévue, à cause des conditions de neige. Je suis aussi contente car j’ai prouvé que cet itinéraire alternatif qui nécessite plus de matériel et peut paraître plus long, n’empêche pas de performer.”

Un premier temps de référence féminin signé Emelie Forsberg en 2018

Le 21 juin 2018, la Norvégienne Emelie Forsberg établissait le temps de référence de l’ascension du mont Blanc par l’itinéraire historique par les Grands Mulets et le Grand Plateau. Une première puisqu’avant elle aucune femme n’avait revendiqué un quelconque chrono. Partie du parvis de l’église de Chamonix (1037m d’altitude) à 2h57 du matin, elle était de retour 7h 53mn et 12 secondes plus tard, après avoir parcouru près de 29 km, avalé 4000 mètres de dénivelé positif et foulé le plus haut sommet des Alpes, à 4810m d’altitude. Témoin, de son exploit, Kilian Jornet, qui l’avait accompagné pour assurer sa « sécurité » dans les zones de crevasses, avait souligné avoir été impressionné par sa vitesse dans les 400 derniers mètres d’ascension en altitude, alors qu’elle avait débarqué la veille de sa Norvège, au niveau de la mer.

Emelie_Forsberg Photo Kilian Jornet
Emelie Forsberg en 2018. Photo Kilian Jornet

Un record absolu établi par Kilian Jornet en 2013

Kilian Jornet a pu apprécier la performance d’Emelie Forsberg à sa juste valeur, étant lui-même détenteur du record absolu depuis le 12 juillet 2013. Ce jour-là, le Catalan, accompagné de Mathéo Jacquemoud dans la montée, avait mis 4h 57mn et 34s pour faire l’aller-retour depuis le parvis de l’église de Chamonix. Jacquemoud s’était blessé dans la descente et n’avait pu terminer avec Kilian Jornet, qui se retrouvait du coup seul crédité de ce chrono historique, sous la barre des 5 heures. Il venait d’effacer des tablettes le record établi en 1990 par Pierre-André Gobet en 5h 10mn et 44s.

kilian Jornet Photo DR
Kilian Jornet en 2013. Photo DR

Hillary Gerardi, Chamonix comme terre d’accueil

Originaire du Vermont (États-Unis), Hillary Gerardi vit aujourd’hui dans la vallée de Chamonix, au plus près de sa passion pour le trail et la montagne. Amatrice de ski, d’escalade et d’alpinisme, elle a véritablement commencé à courir il y a 6 ans et a fait de sa passion sa profession l’année dernière en devenant athlète pro. C’est en 2018 que sa carrière décolle lorsqu’elle remporte la première place de 3 courses les plus difficiles de la discipline : Trofeo Kima (Italie), Tromso Skyrace (Norvège) et Glencoe Skyline (Ecosse).

Témoin du réchauffement climatique et ayant une forte implication dans le respect de la montagne qu’elle parcourt assidument, elle a toujours été convaincue que chacun a un rôle à jouer. Avant de devenir athlète pro, elle travaillait au Centre de Recherches sur les écosystèmes d’Altitude qui étudie l’impact du réchauffement climatique sur le vivant en montagne. Pour elle, le plogging (jogging + ramassage de déchets) a toujours fait partie de son quotidien, tout comme s’impliquer auprès d’associations, comme Une Bouteille à la mer, qui sensibilisent au respect de l’environnement. Avec son autre partenaire Scarpa, elle a également élaboré une chaussure de trail technique, performante et durable avec 100% de matières recyclées pour la partie supérieure et 45% pour sa semelle : la Spin Planet.

Le palmarès d’Hillary Gerardi

Vice-championne du monde du Skyrunning 2018 (1ère à Trofeo Kima, Tromso Skyrace et Glencoe Skyline en 2018)
3 fois vainqueur de la Pierra Menta été, 2016, 2017 et 2018
1ère au Monte Rosa Skymarathon, 2018
Record de vitesse Sentiero Roma, Italie, 2020
1ère au Marathon du Mont Blanc 90km, 2021

Hillary gerardi
Photo Dan Patitucci
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Kilian Jornet a toujours pensé au-delà de ce qui est possible. Au-delà de sa carrière d’athlète. Avec la Fondation Kilian Jornet pour la préservation des montagnes, son terrain de jeu, tout comme avec la co-fondation de NNormal et son désir de construire une entreprise de vêtements techniques et durables. Dans ce nouveau film Sketching the Future, que l’on pourrait traduire par « Esquisser le futur », Kilian Jornet revient sur sa formidable saison 2022, mais aussi sur son enfance, d’où est né son amour profond pour les montagnes et ses réflexions pour l’avenir.

Dans les carnets d’enfant de Kilian Jornet

Ce sont les premières images du film. On y découvre les carnets d’enfant de Kilian Jornet. Et ils sont déjà pleins de dessins de montagne et de… chaussures ! Des modèles pour courir, bien sûr, avec des semelles bien cramponnées, des éléments pour plus de durabilité. Car la montagne, Kilian Jornet l’a ancrée dans le cœur, depuis tout petit. Photos, extraits vidéo d’époque, souvenirs de ses sorties avec ses parents, de ses premières courses, parallèle avec ses filles en Norvège, le décor est planté.

CHAUSSURE KILIAN JORNET
Dans les carnets d’enfant de Kilian Jornet, des croquis de chaussures. Déjà !

Une seule paire pour 4 courses mythiques

Durant le film, Kilian Jornet revient sur les quatre courses emblématiques de sa saison 2022 : Zegama-Aizkorri au Pays Basque, la Hardrock 100 dans le Colorado, Sierra-Zinal en Suisse et l’UTMB autour du mont Blanc. Comme tout le monde le sait, il en a remporté trois sur quatre. Et établi de nouveaux records de parcours sur trois d’entre elles ! Mais le Catalan, promotion oblige, souligne qu’il a également couru les quatre courses avec… la même paire de chaussures. Le modèle Kjerag, qu’il a conçu en collaboration avec Camper. La preuve par le résultat qu’il était possible de concevoir une chaussure durable capable de répondre à un si large éventail de conditions. Des images inédites, des réflexions, un document à voir.

KILIAN JORNET FILM
Kilian Jornet lors de l’UTMB 2022, au moment où il décroche Mathieu Blanchard.

Sketching the Future, avec Kilian Jornet

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En 2018, Noémie était une randonneuse qui ne savait pas que l’on pouvait courir en montagne. En 2023, la bientôt trentenaire est désormais titulaire de l’équipe de France pour les prochains championnats du monde de trail court à Innsbruck. Serge Moro a rencontré cette sportive qui a de qui tenir !

Noémie Vachon, 5e des France de Trail Court 2023

Vachon, c’est un nom qui résonne dans le monde du sport. Le père de Noémie fut champion d’Europe de judo en 1981, médaillé aux mondiaux la même année, et a participé à deux Jeux Olympiques en 1984 et 1988. Une carrière qui a bien dû venir aux oreilles de sa fille Noémie, née en 1993… Mais qui est cette sportive solide et radieuse qui vient d’arracher sa place en Équipe de France en terminant 5ème lors des derniers Championnats de France de Trail Court à la Cité des Pierres en mars dernier ? Il faut déjà savoir qu’elle résidait depuis quelques années en Colombie, où elle a appris à aimer le trail, et à performer. Et que si elle semble vouloir revenir en France, c’est d’abord pour l’adversité sportive, consciente que le niveau est bien plus élevé en Europe.

Noémie Vachon Ecotrail Colombia
Noémie Vachon lors d’un Ecotrail en Colombie. Photo Organisation / DR

ESPRIT TRAIL : Que dire de Noémie Vachon en préambule ?

Noémie Vachon : Je suis française et j’ai récemment déménagé à Font-Romeu, dans les Pyrénées Orientales, pour pratiquer le trail et la course en montagne dans les meilleures conditions. Je suis relativement nouvelle sur la scène du trail running, surtout en Europe. Mon expérience de course à pied est assez curieuse et inhabituelle. Toute mon histoire personnelle est atypique. Après mon Master de commerce international, j’ai décidé de voyager en Amérique du Sud… et je n’ai plus eu envie de rentrer en France. Mon diplôme me destinait à un job sédentaire en grande entreprise, mais l’envie d’ailleurs et de voyage m’a engloutie. Je n’ai jamais pu envisager de m’enfermer 8 heures par jour dans un bureau !

Après un joli périple, je me suis installée en Colombie, à Bogota, que j’adore, à 2600m d’altitude. Quelle surprise que cette population si accueillante. Ne connaissant pas de Français sur place, j’ai tout de suite été immergée au cœur de la vie locale. Mais je n’avais pas de projet de vie sur place, il me fallait trouver un sens à ma présence là-bas. J’avais tout à construire. J’ai été « volontaire », c’est à dire bénévole engagée dans une Organisation Non Gouvernementale qui vient en aide aux victimes des conflits armés. J’ai adoré ces missions, et j’y ai côtoyé des gens fantastiques, malgré le contexte difficile et parfois périlleux. Cela m’a donné une forte raison de vivre et de rester dans ce pays. Aujourd’hui, je retourne régulièrement en Colombie, même si je réside à Font-Romeu.

ET : Et dans ce contexte, comment deviens-tu une traileuse ?

NV : C’est vrai que je n‘étais pas vraiment sportive, même si mes deux parents ont été des sportifs de haut niveau. J’avais déjà fait une brève rencontre avec le monde du trail en 2018 lors d’une randonnée dans les Pyrénées… J’étais sur le sentier balisé du challenge du Montcalm, où j’avais vu des coureurs sur le chemin… J’avais été effarée que l’on puisse ainsi courir dans la montagne. Cela m’a titillé, et en Colombie, à Bogota où le paysage est une invitation à l’escapade, je me suis mise à courir. J’ai contacté un groupe de traileurs locaux, et cela a été un coup de foudre amical. On sortait tous les week-ends, j’avais ma deuxième famille. Ils m’ont emmenée dans des paysages incroyables, juste à côté de Bogota.

Avec eux j’ai découvert l’immensité de la cordillère des Andes. Je me suis prise de passion pour le trail, j’ai participé à des courses où j’ai d’emblée plutôt bien réussi, comme le Merrell Trail Tour, où l’on gagne des places pour Sierre-Zinal. J’ai vraiment senti que j’avais des facilités dans le trail. Pendant 6 mois, en 2019, j’ai couru à l’envie, sans plan. En janvier 2020, un entraîneur très connu de Colombie m’a appelée pour me proposer de m’entraîner. Bingo ! Il m’a entraînée de manière rude et rigoureuse. Cela ne m‘a pas déplu. J’ai progressé !

Noémie vachon Golden Trail National Series
Noémie Vachon lors des Golden Trail National Series. Photo DR

ET : Te voilà donc de retour sur le sol français ?

NV : Je suis revenue en France en 2022 pour me confronter au niveau international et maintenant je suis ici. Ce que je préfère dans les montagnes, c’est la grande variété de terrains et de paysages que vous pouvez rencontrer. Ce qui me plaît dans le trail, c’est le large éventail de compétences que vous devez développer pour être plus rapide et plus agile. J’aspire à explorer les limites de mon corps tout en profitant de la beauté infinie de la nature. En France, l’an dernier, j’ai eu des résultats très vite, comme une seconde place à la SkyRhune.

À l’issue de cette course, Benjamin, de Brooks, m’a appelée… J’ai compris que c’était l’étape supérieure, indispensable pour être performante. La structure de Brooks et les moyens qu’ils m’octroient me permettent d‘avoir un soutien précieux. Je vis ce team comme une aide au quotidien, et non pas comme une pression. On y ressent une belle cohésion d’équipe. C’est tout simplement génial.

Noémie vachon
Photo Brooks

ET : Quel est ton objectif ?

NV : Je m’investis à 100% pour le trail, et je vais chercher à être une professionnelle du trail. Je veux être coureuse à temps plein, pouvoir m’entraîner et me reposer pour progresser. À Font-Romeu, je suis conventionnée avec le CREPS. On verra plus tard si cela fonctionne durablement, je vais vivre cette expérience du trail à fond. Je vis l’instant ou mon instinct me guide. Et aujourd’hui, c’est un honneur pour moi de porter le maillot de l’équipe de France pour les prochains Championnats du Monde de Trail à Innsbruck.

Cet article est paru dans le N°131 du magazine Esprit Trail

Pour vous procurer le numéro complet en format papier ou digital, c’est ICI

ESPRIT TRAIL 131 COUVERTURE
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C’est une voie difficile, rarement empruntée, que Kilian Jornet a tenté en solitaire le 22 mai dernier. Brassé par des vents violents puis pris dans une avalanche à quelques centaines de mètres du sommet de l’Everest, le Catalan a préféré faire demi-tour. Il raconte ce jour où son rêve de suivre les traces de Tom Hornbein s’est réalisé, même s’il n’a finalement pas atteint l’objectif qu’il s’était fixé.

Everest par l’arête Ouest : un échec, mais pas que…

« Cette expédition a-t-elle été un échec ? Bien sûr ! Je n’ai pas atteint le sommet que je visais, mais tout le reste. Je crois fermement que le ‘comment’ est bien plus grand et plus important que le ‘quoi’, et en ce sens, la montée était tout simplement parfaite. Comme un grand puzzle avec toutes les pièces sauf une, celle du sommet », raconte Kilian Jornet, qui a rejoint Katmandou après avoir quitté le Khumbu, où il séjournait depuis plusieurs semaines avec sa famille.

Kilian Jornet Everest
Photo NNormal / DR

Everest par l’arête Ouest : le récit de Kilian Jornet

« En 1963, les défunts Tom Hornbein et Willi Unsoeld ont fait une première ascension de cette belle route. Ce fut un plaisir de suivre un peu leurs traces. J’ai emprunté un couloir très raide pour atteindre l’épaule ouest de l’Everest, mais les conditions là-haut étaient horribles, avec de la glace bleue sous une couche de neige épaisse. Je faisais 2 pas en avant pour un un pas en arrière, et ce pendant 1000 mètres d’ascension. Quand j’ai atteint la crête, il y avait beaucoup de vent. Je suis resté à l’abri sous une corniche pendant 3h pour me reposer et me calmer, et j’en ai profité pour regarder les files d’attente des grimpeurs des voies normales népalaises et tibétaines qui progressaient vers le sommet.

Kilian Jornet Everest 5
Photo Kilian Jornet / NNormal / DR

Après que le vent se soit un peu calmé, j’ai continué sur la crête et traversé un terrain mixte de roche et de neige vers le pied du couloir Hornbein. Là, je me sentais bien et les conditions étaient parfaites. Mais après quelques centaines de mètres dans le couloir, une masse de neige fraîche, accumulée je suppose par les vents du matin, s’est détachée et a provoqué une avalanche qui m’a emporté sur environ 50m. À ce moment, j’ai hésité entre continuer ou faire demi-tour, et j’ai décidé de renoncer. La descente était intéressante. Les fortes chutes de neige m’ont obligé à utiliser la fonction ‘retour au départ’ de ma montre Coros pour rentrer, car la visibilité était de 2-3 mètres et mes traces de la montée avaient disparu sous la neige épaisse. »

Kilian Jornet sur l’arête Ouest, la vidéo

Le couloir Hornbein, une voie difficile et exposée

C’est par ces mots que Kilian Jornet résume le voyage de plus de 30 heures qui lui a permis de voir de découvrir un itinéraire dont il rêvait depuis un certain temps et dont il connaissait très peu de détails, en dehors des photographies ou des descriptions dans les livres d’alpinisme. La route de la crête ouest vers l’Everest est la moins courante en raison de sa difficulté technique et de sa longue exposition à l’altitude. De plus, c’est un parcours très vertical, avec un terrain rocheux et glacé très exposé, qu’il a affronté en solitaire et sans oxygène supplémentaire. Cette route, ouverte en 1963, est connue sous le nom de Hornbein Corredor (couloir Hornbein), en l’honneur de l’un des grimpeurs qui l’a empruntée pour la première fois, ce qui était à l’époque considéré comme un événement historique très important pour l’alpinisme.

L’acclimatation de Kilian Jornet avant l’ascension

Kilian Jornet a rejoint l’Himalaya le 19 avril dernier, accompagné d’Emelie Forsberg et de leurs deux enfants. Ensemble, ils sont progressivement montés de Namche (3440m), puis à Pheriche (4371m) pour s’acclimater à l’altitude. De Pheriche, Kilian Jornet a effectué quatre rotations qui lui ont servi d’entraînement et d’acclimatation. Lors de sa dernière rotation, il a même atteint le camp 4, à 7900m d’altitude, ce qui lui a permis de constater l’état du terrain et de vérifier qu’il se sentait bien en altitude. Sa tentative d’ascension par l’arête ouest n’est intervenue qu’après plusieurs jours d’attente des meilleures conditions possibles, même si l’imprévisibilité de la météo est un facteur important à prendre en compte dans l’Himalaya.

Kilian Jornet et l’Everest, une passion

Kilian Jornet a déjà effectué plusieurs expéditions dans l’Himalaya. Son histoire avec le plus haut sommet du monde a commencé en 2016. Mais c’est surtout en 2017 que le champion espagnol a défrayé la chronique, avec une double ascension de l’Everest en une semaine, toujours en style alpin, sans assistance ni oxygène supplémentaire (autre que celui emmené avec lui). Ses deux dernières expéditions, en 2019 et 2021, l’ont aidé à explorer le terrain et à vérifier les différentes possibilités avant d’affronter cette fameuse crête ouest.

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Photo Kilian Jornet / NNormal / DR
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Une densité de population dix fois supérieure au reste du territoire français, un point le plus haut qui culmine à l’altitude vertigineuse de 216 mètres, des horaires de bureau et un trafic routier qui font rentrer chez soi à des heures indécentes, des sollicitations sociales innombrables, une offre sportive illimitée… Paris et l’Île-de-France ne semblent à première vue pas taillée pour les traileurs. Et pourtant, entre Thomas Balabaud et Casquette Verte, de purs Parisiens s’illustrent régulièrement sur les grandes courses internationales. Quel est leur secret ? Pour Esprit Trail, Frédéric Pradon a mené l’enquête.

Comment peut-on être parisien et traileur ?

C’est la question qui revient régulièrement dans la bouche des traileurs vivant en province, de préférence au pied des massifs pyrénéens, vosgiens ou alpins. Comment concilier un environnement pas franchement adapté, voire carrément hostile, avec des objectifs de performance ? Comment ces gens-là, qui n’ont que quelques escaliers et maigres collines à se mettre sous la dent, peuvent-ils espérer rivaliser avec les traileurs des pays montagneux ? En premier lieu, il faut évacuer l’idée fausse selon laquelle le territoire francilien n’est qu’urbanisation…

Trail paris Photo Bruno Nascimento
Le trail en montagne, version Île-de-France ? Photo Bruno Nascimento

L’Île-de-France, c’est 80% d’espaces ruraux !

Si les surfaces agricoles, pas passionnantes pour la pratique du trail, couvrent 50% du territoire, il reste 25% de forêts, soit environ 250 000 ha. Et ce, dès les portes de Paris. Christine Selman, l’Américaine du collectif Asics Forrunner, l’a bien compris : « J’aime le trail d’abord car j’aime la montagne. Pourtant, depuis que j’ai découvert le Bois de Vincennes il y a douze ans, c’est mon quotidien et j’adore ! J’en connais tous les singles. » Cet entraînement made in 12e arrondissement lui a permis de finir 3e de la Saintélyon 2021 et de gagner l’UT4M 100K cette année !

Alexandre Boucheix, dit Casquette Verte, incarne davantage encore cet amour contradictoire de Paris et de la course en montagne : « J’ai toujours habité près du Bois de Vincennes. Je suis le Mowgli de cette forêt. Et si je kiffe m’échapper un week-end dans les Alpes, je suis très content de retrouver Paris le lundi ! » Oui, il est donc possible de s’entraîner en pleine nature dans la capitale !

Parc Floral de Paris
Le Parc Floral de Paris, dans le Bois de Vincennes. Photo Mairie de Paris / DR

Vincennes, Boulogne, mais pas que…

Si les Bois de Vincennes et de Boulogne font le bonheur des Parisiens, on trouve également un grand ensemble des forêts dans les Hauts-de-Seine, Saint-Cloud, Chaville et Meudon, qui sont les terres de l’Ecotrail chaque mois de mars. En RER, on atteint facilement les immenses forêts de Montmorency et du Vexin au Nord, de Fontainebleau au Sud, de Rambouillet et de la vallée de Chevreuse à l’Ouest, de la vallée du Grand Morin à l’Est. Pas d’excuse donc, les terrains d’entraînement existent.

Et ces espaces sont d’une variété absolument exceptionnelle. Ainsi, le Parc naturel régional de la vallée de Chevreuse offre à lui tout seul des chemins roulants, des singles joueurs, des descentes techniques dans les chaos de grès, des points de vue époustouflants depuis les hauteurs, et un patrimoine historique rare, entre lavoirs, châteaux, anciennes carrières… C’est d’ailleurs en exploitant ce terrain des Yvelines que Jonathan Duhail, du Team Outdoor Poli, a terminé 3e des championnats de France de trail en 2016 !

Question dénivelé, en cherchant bien, on trouve !

Si certaines forêts sont désespérément plates (Rambouillet, Vincennes, Boulogne, Notre-Dame…), d’autres offrent un relief particulièrement intéressant, comme Meudon, Montmorency ou Fontainebleau… L’itinéraire le plus emblématique, en termes de ratio distance / D+ est le mythique circuit des 25 Bosses, dans le massif des Trois Pignons, en forêt de Fontainebleau. « Sur 17km de up and down, on cumule plus de 850m de dénivelé positif ! Et le terrain est particulièrement technique : du sable, des marches, des sauts, des rochers piégeux… J’adore ça, c’est vraiment un jeu ! », explique Thomas Balabaud, du Team Outdoor Poli. Suivre le balisage rouge du parcours est un exercice de fractionné en tant que tel. On n’a encore trouvé personne pour battre le record de Thomas : 1h 33mn pour le tour complet ! Les plus joueurs pourront même s’attaquer au record du nombre de boucles : 8, pour Casquette Verte.

Voir une présentation vidéo du circuit des 25 Bosses ICI

De nombreuses courses franciliennes offrent ainsi des ratios dignes des régions de montagne. Par exemple, le parcours de 43km du Trail des 40 Bosses, en forêt de Montmorency, cumulait 2 050m de D+ sur l’édition 2022. Et le Maxicross de Bouffémont, l’Imperial Trail ou le Trail des Châtaignes ne sont pas en reste…

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Parcours des 25 Bosses, dans la forêt de Fontainebleau. Photo Organisation Les 25 Bosses / DR

Comment s’entraîner pour les courses alpines ?

C’est LA question qui brûle les lèvres. Surtout quand on ne connaît pas une côte en Île-de-France offrant d’une traite 100m de D+. C’est très simple : on fait des navettes. Si l’on n’a pas la chance d’aller jouer dans les 25 Bosses, dont l’accès nécessite un véhicule, on négocie montées et descentes sur le coteau d’une forêt plus proche. Et quand on n’a pas ce profil sous la main, on fait des allers-retours sur une même côte. Alex Boucheix a ainsi rendu célèbre sur les réseaux sociaux le fameux V de Gravelle, dans le bois de Vincennes : 30m de D+ à chaque montée, à répéter… jusqu’à 200 fois dans son cas ! Agnès Duhail, la manager du Team Outdoor Poli, raconte y avoir passé des heures à s’entraîner à monter avec des bâtons ! Un exercice clairement ingrat, mais qui lui a permis de gagner la TDS en 2012.

Casquette Verte V de Gravelle
Alexandre Boucheix dans le V de Gravelle, dans le Bois de Vincennes, un de ses spots d’entraînement. Photo DR

La Butte Montmartre, spot parisien pour les séances en côtes

Et puis il y a bien sûr la Butte Montmartre, qui a son Urban Trail et même son ultra-trail (Ultra-Trail MontMartre, ou UTMM, sur Facebook). À n’importe quelle heure du jour, voire de la nuit, ignorant les hordes de touristes, on y croise des traileurs équipés pour la montagne, avec manchons de compression et gilet d’hydratation. Pour Alexandre Boucheix, habitué des lieux, ce format « navettes » peut même être un atout : « Grâce à cet entraînement, je suis habitué à tout courir. L’absence de montagne autour de chez moi ne change rien. En course, je ne perds pas de temps dans les montées. » Par ailleurs, la plupart des coureurs élites interrogés sont d’accord : ce que l’on n’a pas en terme de dénivelé pour s’entraîner, il faut le compenser par un renforcement musculaire spécifique, fondé sur le développement de la puissance.

Aurélien Collet, du team Hoka, venait du monde du VTT avant d’atterrir dans le Val d’Oise. Il explique avoir mis trois ans à adapter son corps à l’effort spécifique du trail running. « Mes meilleures perfs, analyse-t-il, je les ai réalisées sans avoir effectué aucune séance de vitesse, mais en ayant travaillé ma puissance tout l’hiver. » Il parle de semaines à 6000m de D+ derrière chez lui, dans la forêt de Montmorency, où la côte la plus raide n’offre pas plus de 60m de D+ ! C’est là qu’il organise la course de référence de la région, le Maxicross de Bouffémont, qui rassemble chaque année plus de 3000 adeptes des bains de boue…

UTMM Photo organisation
Concurrents de l’UTMM, l’ultra-trail de la Butte Montmartre. Photo Organisation

Thomas Balabaud : « Optez pour les entraînements croisés »

« Quand j’ai commencé à courir, j’enquillais jusqu’à 150km par semaine », raconte pour sa part Thomas Balabaud, qui a à son palmarès des 2e places sur le format 85km (et 4780m D+) du Madeira Island Ultra-Trail (MIUT), sur le 73km (et 3870m D+) du Tour des Glaciers de la Vanoise ou encore sur le Grand Trail du Sancy (63km et 3500m D+) en 2022, pour ne citer que ses plus récents exploits.

« Puis suite à un TFL, j’ai été contraint d’intégrer du vélo à mes entraînements, pour me préserver. L’effet a été immédiat : j’ai progressé en course à pied ! En 2020, suite à une périostite et limité par le confinement, je me suis mis au crossfit. À haute dose. J’ai passé six mois sans faire une séance sérieuse de running, mais j’ai tellement gagné en puissance que j’ai franchi un énorme cap dans le D+ ! Maintenant, une semaine normale, c’est trois séances de course à pied et trois séances de crossfit/vélo. »

Thomas Balabaud Poli Photo DR
Thomas Balabaud, du Team Outdoor Poli. Photo DR

Vincent Viet : « À Paris, une ingrate séance de navettes, ça ne peut être que sérieux ! »

Vincent Viet, ancien du team New Balance qui vient d’intégrer les équipes de Salomon, insiste aussi sur l’importance du vélo : « C’est un sport porté, donc beaucoup moins traumatisant. On peut rouler 200 km et faire une séance de seuil le lendemain sans risquer la blessure. C’est aussi fondamental pour la récupération : pour enchaîner les séances de qualité, il faut savoir récupérer. » En outre, cette discipline un peu contrainte permet de développer une qualité fondamentale en trail, et plus encore quand on prétend à l’ultra : le mental.

En quittant la région parisienne pour s’installer du côté d’Annecy, Vincent Viet explique qu’il a découvert que les locaux s’entraînaient moins que ce qu’il imaginait : « L’accès à la montagne est presque trop facile, et beaucoup de traileurs se contentent d’aller courir, portés par le plaisir, oubliant finalement de s’entraîner. » À Paris, on ne peut pas se laisser dominer par la contemplation. Une ingrate séance de navettes, ça ne peut être que sérieux ! Le coureur y gagne forcément en rigueur et l’entraînement en efficacité.

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Vincent Viet, tête d’affiche du film Ultra Dad racontant sa Western States 2022. Photo DR

Casquette Verte, un cas à part

En région parisienne, impossible de reproduire l’effort correspondant à grimper d’une traite 1000m de D+. C’est encore plus problématique en ce qui concerne le D- : « On ne peut pas travailler réellement l’aspect physique propre à la descente, ainsi que la gestion de l’appréhension, regrette Alex Boucheix. Contrairement à ce qu’on pourrait penser, la perte de temps dans le très technique est marginale. C’est aux descentes roulantes et longues que notre entraînement ne peut pas nous préparer. »

Pour pallier à cela, les élites franciliennes sont unanimes : il faut s’organiser plusieurs « week-ends chocs » dans l’année. Cela consiste à enchaîner les sorties alpines intenses pendant 3 ou 4 jours. « Sans ça, en course, tu es foutu ! », rigole Thomas Balabaud. Alexandre Boucheix fait cependant exception : ses week-ends chocs, ce sont les courses. Son entraînement quotidien consiste à faire du volume sans vitesse, et à multiplier les séances de navettes comme seul travail réellement qualitatif. La multiplication des ultras dans son programme annuel suffit pour compenser l’absence de montagne à Saint-Mandé.

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Pour Casquette Verte, pas de week-end choc mais des ultras chocs ! Photo Facebook Ultra01 / DR

L’Île-de-France, un terrain idéal pour travailler sa vitesse

Agnès Duhail préfère faire d’un inconvénient un avantage. Les traileurs franciliens sont moins bons en descente, faute de terrain de jeu adéquat ? Ils seront meilleurs que les savoyards sur les portions roulantes ! « Notre VMA, c’est notre force ! En réalité, on peut travailler plus de choses chez nous qu’en montagne, et s’appuyer sur notre vitesse. » Céline Finas, qui a intégré l’année dernière le Team Evadict de Philippe Propage, tient le même discours : « J’étais sur le circuit national de course d’orientation avant de commencer le trail. J’ai donc moins besoin de travailler le tout-terrain. À Paris, je me concentre sur ma vitesse, car c’est mon point faible. Philippe m’a fait réduire mon volume, fait faire plus de qualité. »

Nicolas Duhail, du Team Outdoor Poli, assume complètement les contraintes de son terrain d’entraînement. En travaillant sa vitesse, il a réalisé en 2022 la 9ème performance française de tous les temps sur 100 km route, en 6h 46mn. Si sa victoire en 2022 sur les 80km de l’Ecotrail, qui n’offre que 1500mD+, s’inscrit dans cette dynamique roulante, il s’est montré capable de transférer ses qualités sur des terrains beaucoup plus techniques. En 2018, il avait fini 7e de la TDS. Et sûrement pas grâce son agilité en descente !

Parisien et excellent traileur, c’est possible !

Pour Agnès Duhail, il suffit d’y croire : « La seule barrière est mentale. » C’est aussi ce qu’affirme Vincent Viet, qui s’est longtemps entraîné dans les forêts de l’Ouest parisien. « Je performais en habitant en Île-de-France, puisque j’ai fait 5ede la CCC en 2016. Il suffit de s’en donner les moyens, en n’oubliant pas de faire de la musculation. Travail excentrique et pliométrie sont indispensables. Une séance de 45mn en salle, sous la presse, c’est un gain immense. »

C’est avec cette idée de prouver que le trail, même de haut niveau, est un sport francilien à part entière, que David Mathieu a créé l’UBBC – Ultra Boucles Buttes Chaumont. « On voulait inventer quelque chose qui ait la forme d’un gros événement, avec une com calquée sur celle de l’UTMB, mais qui garde avant tout l’esprit du « off ». On voulait que les coureurs viennent vivre une expérience vraiment dure, mais officieuse, et surtout sans aucun sponsor. Pour la première édition, en 2015, sans aucune autorisation formelle, on avait donné rendez-vous dans le parc des Buttes Chaumont depuis Facebook, pensant regrouper 15 copains. Résultat, on était 150 ! Depuis, tous les ans, on passe la nuit à tourner sur une boucle hors sentier, avec un solide dénivelé et des passages nature qui ressemblent à du vrai trai ! »

L’événement est formidablement convivial. « À chaque boucle, qui fait 5km, les coureurs passent au ravito qu’ils ont eux-mêmes contribué à alimenter : chacun amène du fromage, de la charcuterie, des gâteaux maison… Il y a toujours trois fois trop. Au matin, on distribue tout ce qui reste aux SDF du quartier. » Un message à passer ? « On cherche des bénévoles pour nous rejoindre et permettre à cet événement unique de perdurer ! »

Parcours ultra boucles buttes chaumont
Le parcours de l’Ultra Boucles Buttes Chaumont. Photo DR

Trail à Paris : la meilleure solution pour se motiver : courir en groupe !

Reste le problème de la motivation. Car aller courir du côté de Paris, dans la grisaille, en rentrant (tard) du boulot ou après s’être tapé des heures d’embouteillage, il faut le vouloir. Le secret, c’est alors le groupe. Avec 250 adhérents, le Team Trail Paris est le plus gros club d’athlétisme intra-muros. Et il est pourtant exclusivement consacré au trail running. « On pourrait être le double, explique son président, Samuel Urtado. On est obligé de refuser du monde ! » Depuis sa création en 2014, le club s’est structuré et offre aujourd’hui un programme efficace d’entraînements collectifs. « Il y a trois séances hebdomadaires, gérées par des coachs diplômés, et quatre stages annuels loin de Paris. On est un club fédéral qui promeut la performance, pas un organisateur de social runs ! Pour développer la culture trail parisienne, on organise des conférences avec des pros, on diffuse des films… »

Il revient lui-aussi sur les sollicitations de la vie parisienne : « On veut faire de notre faiblesse une force. Si l’environnement social peut te piéger dans tes ambitions sportives, nous, on fait en sorte qu’il t’aide ! » C’est également ce que promeut Christine Selman dans son groupe Asics Frontrunner : « On se retrouve une fois par semaine, on est une petite famille ! Voir des amis qui se dépassent, ça te pousse. » Cette émulation collective est aussi un fondement du Team Outdoor Poli. « J’appartiens au TOP depuis 4 ans, raconte Thomas Balabaud, et j’adore. Quand on voit les autres performer, ça pousse à aller s’entraîner. Même quand tu es blessé, tu restes dans la dynamique du groupe. Mon passage de 766 à 865 ITRA, c’est aussi le TOP. Ça lève des verrous ! » Son palmarès récent en témoigne…

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Courir en groupe, une motivation supplémentaire. Photo DR

“Franciliens, mobilisez-vous !” L’appel de Casquette Verte

Le dernier conseil sera donné par Casquette Verte : « Il faut s’inscrire à des ultras, ne pas hésiter. C’est 70% du chemin. Une fois enregistré, tu es bien obligé d’aller courir. Et si tu prends une claque la première fois, tu t’entraînes davantage pour la prochaine ! J’en appelle à la mobilisation. Ii faut des jeunes Franciliens de plus en plus forts pour aller défier les montagnards sur leur terrain ! »

Cet article est paru dans le magazine Esprit Trail N°130.

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Photo Instragram Casquette Verte / DR
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