Pour la première fois de leur vie, Philemon Kiriago et Patrick Kipngeno vont pouvoir participer à une course aux États-Unis. Une opportunité qu’ils n’auraient certainement jamais pu avoir sans la Golden Trail Series, notamment à cause de la difficulté pour les athlètes kényans d’obtenir un visa pour entrer sur le sol américain. Mais pour que le rêve américain devienne réalité, les deux athlètes espèrent terminer sur le podium des deux dernières courses de la saison, avant la finale en Italie.

Vous avez tous les deux couru votre première course de la Golden Trail World Series 2023 à Sierre-Zinal. Vous terminez respectivement premier et deuxième. Comment avez-vous vécu cette course ? 

Patrick Kipngeno : Sierre-Zinal est une course magnifique et cette année ça a été une bonne course pour nous avec ce doublé. L’ambiance était également très bonne avec beaucoup de gens qui poussaient et nous encourageaient sur le bord des sentiers. Pour moi la partie en montée s’est très bien déroulée, mais j’ai eu plus de mal dans la descente. 

Philemon Kiriago : L’année dernière la course s’était mal passée pour moi (5ème place après la disqualification de Mark Kangogo pour contrôle anti-dopage positif, NDLR) mais j’en ai tiré des leçons et je suis très content d’avoir pu remporter cette édition. Les gens sur le bord des sentiers n’ont pas arrêté de nous encourager et forcément ça aide à trouver un petit peu plus d’énergie.

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Patrick Kipngeno dans le “virage des Suisses” à Sierre-Zinal 2023. Photo Martina Valmassoi / GTWS 2023

Est-ce qu’il y a des coureurs qui vous ont impressionnés sur cette course ? 

Patrick Kipngeno : Beaucoup d’athlètes étaient en très bonne forme à Sierre-Zinal et c’est un véritable plaisir de courir avec eux sur ces courses. Je suis vraiment content d’être ici aux États-Unis pour les affronter à nouveau. 

Philemon Kiriago : Je préfère ne pas me dire que quelqu’un est plus fort que moi parce qu’après je vais rentrer dans un schéma négatif et perdre en confiance si cette personne me double. Je préfère me concentrer sur moi et faire de mon mieux sans regarder les autres.

On annonçait un combat entre vous et Rémi Bonnet sur Sierre-Zinal… Un combat qui n’a finalement pas eu lieu puisque Rémi a dû abandonner, diminué par un virus. Comment l’avez-vous vécu ?

Patrick Kipngeno : Sincèrement, on était très content avec Philemon parce que Rémi était avec nous dans la montée et on formait un bon groupe de trois. Mais au sommet, il a disparu et on était triste de se dire que l’un de nous avait des problèmes… C’est à ce moment que j’ai dit à Philemon que l’on devrait essayer de pousser pour aller chercher un temps, on savait que si on n’avait pas de problème, on gagnerait certainement la course.  

Philemon Kiriago : Oui, c’est dommage pour la course mais ce sont des choses qui arrivent.

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Le podium élargi de Sierre-Zinal 2023, avec au centre 3 Kényans. Photo the.adventure.bakery / GTWS

Vous êtes désormais aux États-Unis pour les deux dernières courses de la saison avant la finale en Italie. Mais avant de parler des courses, comment vivez-vous cette première expérience sur le sol américain ?

Patrick Kipngeno : Je suis vraiment content d’être ici, c’est la première fois pour moi et je ne m’étais pas vraiment imaginé ça… Je pensais que c’était un peu comme en Europe mais les montagnes ici sont bien plus hautes. Au Kenya, je vis à 2500 mètres d’altitude mais ici ça monte jusqu’à 4300 mètres. On a essayé de s’adapter doucement avec Philemon, on verra comment ça se passe.  

Philemon Kiriago : Pour ma part je n’avais rien imaginé, mais c’est vrai que c’est différent de l’Europe. Je passe pas mal de temps en Autriche et les montagnes sont hautes mais pas comme ici. L’altitude est un facteur important mais on s’est un peu entraîné pour s’adapter tranquillement. J’ai hâte de voir ce que cela va donner mais je me dis que si je souffre, les autres aussi souffrent et que c’est finalement celui qui aura le plus gros mental qui gagnera à la fin !

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Pikes Peak Ascent, un profil en montée sèche et une arrivée à plus de 4300 mètres ! Photo GTWS

Quels sont vos objectifs sur ces deux prochaines courses ? Est-ce que Pikes Peak Ascent, qui est une montée sèche, correspond davantage à votre style de course que le Mammoth 26K, qui est une montée/descente ?

Patrick Kipngeno : En ce qui me concerne, je ne suis pas bon en descente… Donc clairement Pikes Peak est mon objectif. Ça sera peut-être différent pour Philemon. 

Philemon Kiriago : Quand tu vas à la guerre, tu dois être prêt à mourir ! Je ferai de mon mieux si je ne suis pas en position de gagner, mais je sais que je vise la victoire. 

Vous savez certainement que Rémi va tenter le record de la course à Pikes Peak, un record qui tient depuis 30 ans. Et vous ? 

Lire aussi Rémi Bonnet, son étonnante préparation pour Pikes Peak

Patrick Kipngeno : Rémi est un athlète très costaud et je crois sincèrement en ses capacités. De notre côté, on espère vraiment faire un podium et si on est dans de bonnes conditions, on tentera aussi le record. 

Philemon Kiriago : Tu ne peux pas essayer de tuer un éléphant si tu n’as jamais tué de lapin… Je ne connais même pas le parcours de la course, c’est ma première fois ici, donc je ne fais pas du record une priorité ! Je vais d’abord faire de mon mieux pour gagner la course et ensuite je verrai combien de temps il me manque pour essayer d’obtenir ce record. J’essaierai d’analyser où est-ce que j’ai perdu du temps, où est-ce que je peux en gagner, je me préparerai mieux et je reviendrai l’année prochaine !

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Rémi Bonnet Photo Jordi Saragossa
Rémi Bonnet en pleine préparation de Pikes Peak Ascent 2023. Photo Jordi Saragossa / GTWS 2023

Quel est votre objectif sur la Golden Trail Series 2023, en ce qui concerne le classement général ?

Patrick Kipngeno : Ça dépendra des résultats sur ces courses américaines, mais je vais faire tout mon possible pour atteindre le top 5 à la fin de la saison. 

Philemon Kiriago : Si je ne suis pas en mesure de remporter la Series, j’espère clairement pouvoir jouer le podium.

Que pensez-vous du niveau des athlètes que vous affrontez sur cette saison de la Golden Trail Series, vous qui avez l’habitude de courir sur d’autres formats.

Patrick Kipngeno : C’est ma première saison sur la Golden Trail Series et j’apprécie vraiment ces moments. On rencontre plein de gens vraiment sympa qui nous encouragent et nous poussent pour les entraînements. Le niveau est très élevé, peut-être le plus élevé que j’ai pu voir, les courses sont très relevées, mais je sais que je peux performer sur ce circuit !

Philemon Kiriago : La Series possède un niveau très relevé. Il ne suffit pas de savoir courir ici… Il faut arriver préparé spécialement pour ça. C’est ce que j’ai fait et j’ai hâte de voir le résultat !

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Objectif clair pour Philemon Kiriago : s’imposer de nouveau, comme à Sierre-Zinal en août. Pour le record, il faudra d’abord “tuer un lapin”… Photo the.adventure.bakery / GTWS 2023
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Rémi Bonnet est connu pour être le meilleur grimpeur au monde. Après avoir remporté l’édition 2022 de la Pikes Peak Ascent – 21km et 2382 m D+, 5e étape de la Golden Trail World Series – il est de retour cette année avec dans un coin de sa tête l’objectif d’aller chercher l’impressionnant record de Matt Carpenter (2h01’06 réalisé en 1993). Et il s’est préparé pour, de façon pour le moins étonnante. À quelques jours de la course, il a accepté de revenir pour nous sur sa préparation et ses objectifs sur la Golden Trail Series cette année. Entretien.

Avant toute chose Rémi, peux-tu nous expliquer ce qu’il s’est passé à Sierre-Zinal ? Pourquoi as-tu abandonné et comment t’es-tu remis de cet abandon ?

Rémi Bonnet : Je pense que j’étais dans la meilleure forme de ma vie avant Sierre-Zinal… Je m’étais très bien préparé, c’était l’objectif de la saison… Mais, deux jours avant la course, j’ai commencé à sentir que toute mon énergie s’en allait. Je ne me sentais pas dans mon assiette, vidé, malade même. J’ai d’abord cru que c’était la pression mais il s’avère que j’ai attrapé un virus avant la course qui m’a rendu complètement malade pendant 5 jours après la course. Je n’ai pas eu de chance cette fois-ci mais c’est comme ça… Ça fait aussi partie du sport, c’est ce qui fait que le sport à haut-niveau est si dur : même si tu es bien préparé, tu n’es jamais sûr que ça va payer.

Lire le récit de Sierre-Zinal 2023 ICI

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Photo Jordi Saragossa / Golden Trail World Series 2023

Parlons maintenant de la Pikes Peak Ascent, vises-tu officiellement le record ? 

Rémi Bonnet : Je sais que je peux être plus rapide que l’année dernière et c’est ça l’objectif principal, gagner la course avec un meilleur record. Je suis bien mieux préparé à l’altitude et je devrais donc faire mieux. Maintenant, si je vois que je suis sur les temps du record, il est certain que je vais essayer d’aller le chercher, mais ce n’est pas l’objectif principal. On verra comment se déroule la course. 

On voit d’ailleurs que tu es prêt puisque tu viens d’améliorer ton propre record sur l’Incline, cette montée en escaliers de plus de 600 mètres de dénivelé qui se situe au même endroit que la course. 

Rémi Bonnet : Oui, c’est un bon aperçu de ma forme, ça prouve que je suis prêt pour faire une bonne course samedi. Après, est-ce que ça se traduira par un record, je ne sais pas.

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Rémi Bonnet lors de son record sur le Manitou Incline. Photo Jordi Saragossa / Golden Trail World Series 2023

Tu dis être mieux préparé à l’altitude cette année, qu’est-ce que tu as changé ?

Rémi Bonnet : J’ai fait installer une chambre hypoxique à la maison dans laquelle je m’entraîne et je dors. Ça me permet de simuler des altitudes importantes pour mes entraînements et mon sommeil. Je me suis entraîné dans cette chambre pendant 20 jours et j’ai bien réagi puis, je suis venu aux États-Unis pour terminer la préparation. 

Peux-tu nous parler de ce record détenu par Matt Carpenter et qui tient depuis 30 ans ? Quelles sont tes chances de le battre selon toi ? 

Rémi Bonnet : Certains disent que ce record est impossible à battre mais moi je me dis que si quelqu’un l’a déjà fait alors je peux le faire ! Après, c’est certain qu’il ne sera pas du tout facile à aller chercher. Ça dépend aussi des conditions météo… Ils annoncent peut-être de la neige samedi ce qui peut te ralentir. Mais je pense surtout que l’altitude est la clé parce que si tu regardes le temps de Matt et que tu ramènes ça à nos altitudes en Europe, ce n’est pas si impressionnant que ça. C’est même en dessous des meilleures références européennes. Je pense que Matt était le meilleur en altitude et de loin. Maintenant, comme je l’ai dit, je me suis bien préparé pour ça donc on verra. 

As-tu prévu un plan d’action pour t’approcher du record ? 

Rémi Bonnet : Je pense que je vais rester sur le même rythme que l’année dernière jusqu’à Barr Camp (à la moitié de la montée) mais j’espère ensuite que l’entraînement en altitude me permettra de conserver ce rythme pour la partie supérieure jusqu’au sommet. Si j’y arrive, alors le temps devrait être intéressant.

Est-ce que tu seras déçu si tu n’arrives pas à battre ce record ? 

Rémi Bonnet : Non, mon objectif principal étant de gagner la course en réalisant un meilleur chrono que l’année dernière (2h 07mn 02s, NDLR). Mais il est certain que si je peux aller le chercher je ne vais pas m’en priver !

Lire le compte-rendu de la course de 2022 ICI

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Rémi Bonnet à l’arrivée en 2022. Photo Jordi Saragossa

Y a-t-il un athlète pour te tenir tête sur cette course ? 

Rémi Bonnet : Les deux Kényans, Patrick et Philemon, sont évidemment parmi les meilleurs grimpeurs au monde. Ils vont partir vite comme toujours, je verrai si je reste avec eux ou pas en fonction de l’allure. Je ne sais juste pas comment ils réagiront à l’altitude, je sais juste que je suis prêt pour cette partie, donc je pense que je serai meilleur sur la deuxième moitié de la course. Après, on ne sait jamais avec Joe Gray… On ne l’a pas vu de la saison mais je sais qu’il est très bien préparé pour l’altitude aussi… 

Revenons maintenant sur ta saison 2023, il semble qu’elle soit un peu moins régulière que ta fin de saison en 2022 où tu semblais intouchable, avec notamment une 4e place à Zegama et cet abandon à Zinal, comment expliques-tu cela ? 

Rémi Bonnet : Je ne pense pas que je sois moins bon que l’année dernière, au contraire ! À Zegama j’étais exactement dans la forme que je voulais être aussi tôt dans la saison, c’est juste que c’est une course qui ne colle pas vraiment avec mon profil, très technique et les conditions étaient horribles pour moi cette année. À Zinal, comme je l’ai dit, j’ai attrapé ce virus qui est venu un peu tout gâcher, mais j’ai remporté le Marathon du Mont-Blanc confirmant ainsi que ma forme est bonne cette année. Maintenant, à moi de le montrer sur ces deux courses américaines. 

Quels sont désormais tes objectifs pour la fin de saison sur la Golden Trail Series ? Est-ce que ce serait une déception si tu ne gagnes pas ? 

Rémi Bonnet : Je vais essayer de remporter les deux courses américaines pour être le mieux positionné avant la finale, puis de tout donner en Italie. L’objectif est bien sûr de remporter la GTWS cette année encore, mais si quelqu’un est plus fort que moi je serai très content pour lui. Si je ne suis pas le plus fort je serai très heureux d’être le deuxième et je ne vais pas être déçu, mais si je suis au top de ma forme, forcément je vais viser la victoire.

Départ à 7h00 (UTC-6) le 16 septembre 2023 à Manitou Springs (États-Unis)

À suivre sur le compte Instagram @goldentrailseries

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Photo Jordi Saragossa / Golden Trail World Series 2023
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Philips, spécialiste de l’électroménager et du son, propose depuis l’été 2023 un nouveau casque à conduction osseuse : le TAA 7607. Collaborateur de Jogging International et d’Esprit Trail, je me suis dévoué pour le tester tout au long des 42 kilomètres du Marathon du Mont-Blanc. Mon avis sur le produit.

La conduction osseuse, tendance dans le trail

Si on voyait déjà quelques casques à conduction osseuse parmi les traileurs, la tendance s’est nettement accélérée ces derniers mois, de plus en plus de coureurs préférant arpenter les sentiers en ayant les oreilles libres pour profiter des bruits de la nature, ou tout simplement ne pas être totalement coupés de leur environnement. Le nombre de coureurs équipés de casque à conduction osseuse lors des épreuves de l’UTMB était très significatif. Mais ces caques tiennent-ils bien autour de la tête quand on court ? Même dans la caillasse ? Le son est-il aussi bon que pour un casque couvrant les oreilles ? Et l’autonomie ? Autant de questions auxquelles j’ai pu répondre. Let’s PLAY !

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La folie de Notre-Dame de la Gorge, et puis plus personne. La nuit, le brouillard, le froid, la solitude, la fatigue. Franchir le Col du Bonhomme, atteindre les Chapieux, puis affronter le Col de la Seigne, les Pyramides Calcaires, l’Arête du Mont Favre, avant d’enfin atteindre la base de vie de Courmayeur. Se changer, se réchauffer, repartir… Si, pour les élites, l’UTMB commence réellement à Courmayeur, pour beaucoup, c’est une très longue nuit, la première, qui en appelle une autre, au bout de l’effort. En 11 photos, revivez les moments forts de cette nuit de furie.

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Un serpent de lumière dans la nuit. Photo Organisation UTMB
6: Mathieu Blanchard
Mathieu Blanchard à Notre-Dame de la Gorge, dernier instant de liesse populaire avant le silence de la nuit. Photo DR
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Jim Walmsley surgit au beau milieu de la nuit, concentré comme jamais. Photo Organisation UTMB
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Se reposer, coûte que coûte. Photo Organisation UTMB
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Le maillot jaune de Courtney Dauwalter, en route vers la passe de 3, WSER, Hardrock et UTMB ! Photo Organisation UTMB
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Une lumière dans la nuit, mais qui ne progresse plus. Photo Organisation UTMB
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Zach Miller à Courmayeur, sandwich, coca, speed. Du grand Zach comme on l’aime ! Photo Organisation UTMB
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Jim Walmsley, beaucoup plus posé, qui prend le temps de se changer. Marqué, mais déterminé. Photo Organisation UTMB
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Germain Grangier, déterminé, prêt à attaquer. Photo Organisation UTMB
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Mathieu Blanchard, fatigué, jambes douloureuses, mais volontaire. Photo Organisation UTMB

Voir aussi Mathieu Blanchard : son UTMB 2023 en 10 photos

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Dormir à tout prix. Photo Organisation UTMB
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9ème en 2019, 5ème en 2021, 3ème en 2023, Germain Grangier, du team The North Face, se rapproche petit à petit du haut du podium de l’UTMB. Et il a bien cru que c’était son tour lorsqu’il a rattrapé Jim Walmsley au 127ème kilomètre, dans la montée menant à Champex-Lac. Récit d’une course folle.

Esprit Trail : 23h16 en 2019, 21h52 en 2021, 20h10 en 2023, tu t’attendais à signer un tel chrono ?

Germain Grangier : C’est vrai que depuis les 4 dernières éditions je reviens sur l’UTMB, et à chaque fois c’est une meilleure place, un meilleur chrono, une meilleure course. Donc c’est sûr qu’il est difficile de ne pas imaginer revenir. En 2022, j’ai eu le COVID, j’ai quand même tenté de faire la course mais je me suis arrêté à Courmayeur, donc je pense que c’est pour ça qu’il y a un gros bond dans le chrono. 1h42 de moins, ça fait beaucoup, mais c’est parce qu’il y a une année qui manque au milieu !

ET : Comment as-tu vécu cette course ?

Germain Grangier : J’ai eu de suite de très bonnes sensations en partant de Chamonix pour aller aux Houches, et j’ai essayé de rester en accord avec ces sensations et de ne pas forcer mon allure. Je me suis du coup retrouvé dans le groupe des favoris jusqu’à quasiment les Contamines. Et là, ils sont partis à 3 devant, avec Tom [Evans], Zach [Miller] et Jim [Walmsley]. Ils ont pris très rapidement 8 à 10 minutes dans la petite section entre Notre-Dame de la Gorge et Les Chapieux.

Après, il n’y a plus trop eu de gros écarts, on était sur des allures similaires, avec Mathieu [Blanchard] vers Les Chapieux puis ensuite avec Petter [Engdahl] dans le Col de la Seigne. Là, on s’est entraidés pour aller ensemble jusqu’à Courmayeur. Petter ne voyait pas très bien dans les descentes avec le brouillard, mais il avait un bon rythme en montée, donc je faisais les descentes, lui les montées…

Lire aussi : Jim Walmsley remporte enfin l’UTMB

ET : Petter, c’est un coureur que tu connais bien…

Germain Grangier : Oui, on se côtoie l’hiver sur le ski-alpinisme, c’est quelqu’un que je connais bien, à l’année, et on s’est très bien entendus jusqu’à Courmayeur. Mais en sortant de la ville, il a eu un petit coup de mou et je me suis retrouvé tout seul. C’est la partie que je préfère donc je me suis concentré sur mes sensations et à Arnouvaz (KM 99) on m’a dit que j’étais entrain de réduire l’écart avec la tête de course. À La Fouly, je n’avais plus que 3 minutes de retard sur Jim et 12 sur Zach. Puis 10 à Champex, où j’ai rattrapé Jim. Et alors là…

ET : Rattraper Jim, ça a dû être un grand moment ?

Germain Grangier : Je l’avais déjà rattrapé en 2021 mais c’était différent parce qu’il était complètement perdu, un peu au-dessus de Bertone. Il avait pris un départ tonitruant et il était carrément assis, dans la nuit, au bord du sentier, donc je n’avais aucun doute sur le fait qu’il ne pourrait pas suivre, tandis que là c’était différent. Entre-temps, il y a une amitié qui s’est construite avec Jim, puisque justement en 2021 il était venu 5/6 jours à la maison, chez nous, dans le Mercantour, parce qu’il était entrain de repérer les endroits où il voulait peut-être s’installer…

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Quand Jim redécolle, sur les bords du lac, après le ravito de Champex… Photo Stéphane DEMARD

ET : Il a finalement choisi le Beaufortain…

Germain Grangier : Oui, il avait trouvé notre coin super, mais c’est très sauvage, et il avait quand même besoin d’une ville pas trop loin, et d’une communauté qui pouvait parler anglais. Et à part Katie [Schide] qui parle anglais, à la maison, il n’y a personne. Et ensuite on s’est côtoyés au ski, puisqu’il a fait une saison, donc il y a eu des échanges de regards et de sourires entre nous… Au final j’ai dû lui donner un petit peu de mon énergie pour qu’il reparte, même si j’ai essayé de lui mettre la pression.

Lire aussi : L’UTMB de Mathieu Blanchard en 10 photos

ET : Vous vous êtes parlés ?

Germain Grangier : On s’est dit « Good job », ou un truc comme ça, mais c’est vrai qu’on restait plutôt concentrés sur nos sensations. Après, je suis parti du ravito avant lui, pour lui mettre la pression, mais il m’a vite rattrapé et il a accéléré fort. Je me sentais bien, je n’avais pas vraiment l’impression d’exploser, et du coup je suis passé d’un moment où je me suis dit « OK, je rattrape Jim, Zach n’est plus qu’à 8 minutes, connaissant leurs 2 finishs habituellement, je suis dans la potentialité de gagner l’UTMB, y’a moyen que ce soit mon tour », à un revirement de situation où en le voyant partir vraiment fort, j’ai pensé « Soit il est dans le jour de sa vie, soit je le retrouve complètement mort dans un champ dans les alpages au-dessus ». Mais je ne pouvais pas me permettre de le suivre à cette allure-là…

ET: Jim a changé de chaussures à Champex, mais pas toi. Tu as couru avec quel modèle de The North Face ?

Germain Grangier : Des chaussures hybrides. On a la chance de travailler avec une agence locale à Annecy qui conceptualise les chaussures performance de The North Face, que ce soit sur la partie alpinisme ou le running. J’ai commencé à travailler en janvier/février sur ma chaussure de l’UTMB. C’est un modèle hybride entre la Vectiv Sky et la Vectiv Pro, avec une plaque carbone, une semelle un peu poncée parce que je voulais un stack moins élevé, un mesh réduit parce que j’aime bien qu’il soit plus près du pied…

Après, si je n’ai pas changé de chaussures, c’est parce que je l’avais fait l’an dernier et je n’avais pas trouvé ça super utile. Cette année on a eu un peu de boue, et même de la neige au Col du Bonhomme, mais je n’avais pas les pieds trempés. C’est vrai qu’à Champex, quand j’ai vu Jim changer de chaussures et la façon dont il a décollé derrière, je me suis dit que ce n’aurait peut-être pas été une mauvaise idée d’avoir une mousse un peu plus neuve, plus réactive…

ET : Quand il est reparti à fond, tu t’es dit « si je le suis, je me crame derrière » ?

Germain Grangier : J’ai voulu essayer de tamponner sur cette partie plate après Champex, qui est assez longue pour aller chercher le pied de la montée de Bovine. Je pensais arriver avec 1mn, 1mn30 au pied et après je pensais pouvoir revenir sur Jim dans la partie raide, puisque c’est comme ça que j’étais revenu sur lui avant Champex. J’ai donc fait l’effort dans cette partie-là et quand j’arrive en haut, j’apprends que c’est Zach qui est juste devant moi. Et là je me dis OK, Jim a repris 10 minutes à Zach en une heure, c’est énorme, je ne peux pas contrôler ça, donc concentre-toi sur Zach et on verra après.

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Photo Organisation UTMB

ET : Tu as pensé pouvoir reprendre Zach ?

Germain Grangier : On me disait qu’il était complètement mort, mais je connais bien Zach, on court pour la même marque, j’ai déjà couru avec lui, on dirait qu’il est tout le temps mort mais c’est son style. J’ai essayé de pousser pour revenir, mais je suis resté toujours entre 7 et 10 minutes derrière. Jusqu’à La Flégère, où on m’annonce 9 minutes. J’ai su que c’était fini, je ne pourrais pas rentrer sur lui dans la descente de 30mn vers Chamonix.

Alors j’ai géré pour ne pas me blesser. Je savais que derrière c’était à 45 minutes, donc je ne risquais rien. C’est d’ailleurs pour ça que j’ai pu pousser pour essayer de revenir. Je savais que même si j’explosais dans la montée de La Flégère, j’avais suffisamment d’avance pour finir 3ème.

ET : C’est important, quand tu fais un effort, d’avoir les écarts avec les autres concurrents ?

Germain Grangier : Oui, mais ce n’est pas vraiment fiable. A un moment, dans la dernière montée, on m’a dit que derrière, ça revenait à 5 minutes. J’ai mis un peu de temps à comprendre que c’était n’importe quoi. Il y a énormément de monde, mais les écarts qu’on te communique ne sont pas forcément les bons, ce sont ceux du dernier ravito, une heure avant, parfois pire.

ET : On va finir par avoir des oreillettes, comme sur le Tour de France ?

Germain Grangier : Je suis surpris que personne ne l’ai encore fait, car ce n’est écrit nulle part dans le règlement. Tu pourrais avoir une radio, 5 ou 6 gars répartis sur le parcours qui t’informeraient en permanence, la météo, les écarts, le terrain… Mais ça gâcherait complètement la course et ce pour quoi j’aime ce sport. Il faudrait cadrer ça avant que ça arrive…

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Photo Organisation UTMB
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Il fallait être très motivé pour prendre le départ de la TDS, dans la nuit du 28 au 29 août 2023. L’organisation avait pris les devants, en activant le « Kit mauvais temps ». Froid, pluie, neige à partir de 2000 mètres, une sorte d’enfer était promis aux 1649 concurrents qui s’élançaient pour 145km et 9100m D+ entre Courmayeur et Chamonix. Respectivement première et troisième de la course féminine, Maryline Nakache et sa camarade de la team Cimalp Flavie Bruyneel racontent.

Maryline, après la CCC en 2019 (5e) et l’UTMB en 2021 (6e), que retiendras-tu de cette TDS ?

Maryline Nakache : J’étais venue parce qu’on m’avait dit que la TDS était la plus jolie des courses de l’UTMB, mais en fait je n’ai rien vu. Dans ces conditions, il ne fallait pas sortir de sa bulle et commencer à réfléchir… Du coup, j’étais centrée sur moi-même et mes émotions ont été multipliées par 100.

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Nuit, froid, neige, la TDS 2023 dans toute sa splendeur. Photo UTMB 2023

Fiona Porte est partie très rapidement et tu as compté jusqu’à 40 minutes de retard à Beaufort, au km 98, avant de faire une remontée impressionnante. Comment as-tu géré ta course ?

Maryline Nakache : Je ne suis dans aucune gestion, c’est juste que je ne sais pas partir vite. Après, sur des ultras de ce type, où ce n’est pas roulant, ce qui compte c’est la patience. Je savais que j’allais grappiller petit à petit, mais rattraper Fiona, je ne m’y attendais pas.

Lire le récit de la course ICI

Flavie, tu avais déjà fait la TDS en 2021 et terminé 9e féminine. Qu’est-ce qui a changé sur cette édition ?

Flavie Bruyneel : En 2021, j’avais très mal vécu la course. Je manquais d’expérience, je n’arrivais pas à m’alimenter, j’étais dans la souffrance, j’avais terminé au mental et je m’étais dit qu’un jour, je reviendrais prendre ma revanche. Et là, pour le coup, la revanche, je l’ai eue ! Le départ de nuit m’a plu, j’ai vite pu me mettre dans mon aventure. Après, il y a eu des moments très durs. Le pire, ça a été de passer le Cormet de Roselend. Il y avait de la neige, il faisait froid, ça montait non stop, je n’en pouvais plus. Heureusement j’ai pu me reprendre en pensant à tout ce que mes proches m’avaient dit…

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Flavie Bruyneel en mode “avancer coûte que coûte”… Photo UTMB 2023

Maryline, comment as-tu vécu cette victoire ?

Maryline Nakache : Plus que d’avoir gagné, c’est le fait d’être arrivée qui m’a soulagée. J’ai tellement souffert sur les derniers kilomètres, et j’avais tellement peur que Fiona me rattrape que j’ai tout donné jusqu’au bout. C’est une course qui a été dure mentalement et physiquement. Il y avait beaucoup de gadoue, dans les montées je glissais et redescendais. Je me suis tellement demandé ce que je faisais ici… C’est peut-être la plus belle des courses de l’UTMB, mais je ne la referai pas dans ces conditions !

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Plus que la joie, le soulagement à l’arrivée à Chamonix. Photo UTMB 2023

Vous vous êtes croisées à un moment sur un ravito. Maryline, qu’as-tu dit à Flavie ?

Maryline Nakache : Quand on m’a dit que Flavie arrivait, j’étais contente que ce soit elle, mais en même temps je ne voulais pas qu’elle me rattrape. C’est l’esprit de compétition. Alors je me suis dépêchée de partir. Je suis passé à côté d’elle, je lui ai dit Bravo et j’ai filé.

Flavie Bruyneel : J’étais dans ma bulle, j’ai vu qu’elle me parlait, mais je n’ai même pas eu le temps de réagir. Je ne lui ai même pas répondu en fait !

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Flavie et Maryline à l’arrivée : la joie des filles de la Team Cimalp ! Photo UTMB 2023
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Il en rêvait, mais son rêve s’est brisé. 3ème en 2021, 2ème en 2022, beaucoup le voyaient déjà sur la première marche du podium pour cette édition anniversaire de l’UTMB. Et lui-même y croyait sans doute aussi. Malgré la déception d’une 4ème place et d’une médaille en chocolat, Mathieu Blanchard a fait vivre à ses supporters et au public tout entier de belles émotions. Séquence hommage en 10 photos.

Mathieu Blanchard et le trail, une passion dévorante

Sur son compte instagram, au lendemain de sa 4ème place, Mathieu Blanchard a publié un commentaire en forme de déclaration d’amour pour ce sport qu’est le trail. Il y raconte brièvement sa course, et surtout la force que lui a donné le public pour aller au bout de la souffrance. La voici dans son intégralité.

« Pour moi, les médailles ne doivent pas être un objectif central mais plutôt être la conséquence d’une passion dévorante qui me pousse à passer de longues heures sur les sentiers, à défier mes limites, à partager de merveilleux moments avec d’autres passionnés, et à continuer d’apprendre.

Cette année, j’ai décidé de relever un défi monumental en tentant le combo Western States + UTMB, et je suis incroyablement fier de l’avoir fait. Les sensations étaient plutôt bonnes en début de course, et mes temps de passages étaient très proches de ceux de l’année dernière. Tout semblait se dérouler parfaitement jusqu’au kilomètre 50, aux Chapieux, où les choses ont pris un tournant… 
»

Lire l’article : Jim Walmsley remporte enfin l’UTMB

Le calvaire de Mathieu Blanchard

« Des douleurs atroces dans les jambes sont apparues. Avec l’expérience, j’ai pensé que c’était juste une phase difficile et que de bonnes sensations allaient revenir. J’ai donc continué en patientant, mais cette fois-ci, je suis resté dans le creux de la vague pendant 15 heures. Calvaire, avec l’envie d’abandonner qui m’a traversé l’esprit mille fois !

Ce qui m’a vraiment maintenu en course, ce sont les visages et les mots de mes proches. Il y avait aussi tous ces encouragements le long du parcours. C’était comme si j’étais dans un couloir d’humains, qui me poussaient à rester au centre de ce couloir de la bienveillance, impossible d’en sortir. Leur énergie m’a porté et m’a rappelé pourquoi je faisais cela. »

À l’arrivée, les larmes… de souffrance

« À l’arrivée, j’ai versé d’énormes larmes. Des larmes qui ne représentaient absolument pas une déception vis-à-vis de mon résultat, mais plutôt le reflet de la souffrance que j’ai endurée dans cette course. Elles exprimaient aussi le combat que j’ai dû mener pour rejoindre cette ligne d’arrivée et ne pas abandonner. C’est aussi ça la beauté du sport.

Bravo à toutes et tous ceux qui se sont dépassés durant cette folle semaine, peu importe le résultat, tant que vous avez intensifier votre existence. Je tiens à remercier du fond du cœur ma famille, mes amis, mes partenaires, les bénévoles incroyables, le staff et toute la communauté de passionnés pour les émotions exceptionnelles que nous vivons ensemble, et qui rendent notre vie si belle. »

L’UTMB 2023 de Mathieu Blanchard en 10 photos

Départ. Photo Organisation UTMB
1. Dès le départ, Mathieu Blanchard, plein centre, dossard 9, s’élance dans les rues de Chamonix. Photo Organisation UTMB
3: Groupe départ
2. En route vers Saint-Gervais, avec Thomas Evans, qui abandonnera à Courmayeur, victime de crampes. Au fond, la casquette de Jim. Photo DR
Blanchard à Notre-Dame de la Gorge Photo UTMB
3. Mathieu Blanchard à Notre-Dame de la Gorge, dans le “tunnel de lumière” Hoka. Photo UTMB
6: Mathieu Blanchard
4. Passage dans l’étroit sentier après Notre-Dame de la Gorge, en route vers la Croix du Bonhomme. Photo DR
Ravito de Courmayeur. Photo UTMB
5. Au ravito de Courmayeur, le baiser d’Alix, sa compagne et assistante. Photo UTMB
8: UTMB S.DEMARD AOUT 2023 -7904
6. Sur la feuille de route d’Alix, au ravito de Courmayeur. Photo UTMB Stéphane Demard
Col de la Forclaz Mathieu Blanchard UTMB
7. Passage au Col de la Forclaz, Mathieu Blanchard fendant la foule. Photo UTMB
10: UTMB S.DEMARD AOUT 2023 -8220
8. À l’arrivée, dans les bras d’Alix. Déception, souffrance, Mathieu Blanchard craque. Photo UTMB Stéphane Demard
Photo UTMB
9. L’accolade de François D’Haene, partenaire du team Salomon et quadruple vainqueur de l’épreuve. Photo UTMB
Photo UTMB
10. Un cœur pour remercier le public et en finir avec cet UTMB 2023. Photo UTMB

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Grandissime favorite de la 20ème édition de l’UTMB, l’Américaine Courtney Dauwalter s’est imposée dans la douleur. Après 2019 et 2021, elle remporte sa 3ème victoire en 3 participations. Et réalise un triplé historique avec les premières places de la Western States Endurance Run, la Hardrock 100 et l’UTMB en moins de 3 mois. Et ce après avoir remporté la Diagonale des Fous en novembre 2022. Du jamais vu dans l’univers du trail !

Courtney Dauwalter championne à l’applaudimètre

Il fallait être sur la ligne de départ de l’UTMB, place du triangle de l’Amitié, à Chamonix, pour mesurer l’immense cote de popularité de Courtney Dauwalter. Ou encore au 35e kilomètre, au passage de Notre-Dame de la Gorge, l’Alpe d’Huez du trail, pour embrasser la folle ferveur que déclenche son apparition, sourire aux lèvres comme il se doit. Courtney Dauwalter est un phénomène mondial, une icône du trail. Blandine L’Hirondel, pourtant double championne du monde de la discipline, dit tout simplement qu’il est « impossible de se comparer à elle tant est est hors norme ».

On pouvait tout de même légitimement s’interroger sur sa capacité à remporter cet UTMB, l’Américaine arrivant en France assez émoussée après son doublé historique Western States Endurance Run / Hardrock 100 réalisé en juin / juillet aux États-Unis. Un mois et demi après sa victoire à Silverton le 15 juillet, aurait-elle suffisamment de fraîcheur pour batailler avec les autres favorites ? Car il y avait de sérieuses clientes sur la ligne de départ. Parmi elles, la Tchèque Eszter Csillag, l’Italienne Martina Valmassoi, l’Espagnole Claudia Tremps et les Françaises Blandine L’Hirondel, qui débute sur 100 miles, et Manon Bohard-Cailler, 3ème des championnats du monde de trail long en juin à Innsbruck

courtney dauwalter
Courtney Dauwalter, nouveau record de la Western States en juin 2023. Photo Organisation.

Courtney Dauwalter tout de suite devant

La réponse n’a pas tardé à arriver. Après un départ prudent où elle a laissé filer la Suissesse Emma Pooley, Courtney Dauwalter a pris les commandes avant d’attaquer la montée du Col du Bonhomme et ne les a plus lâchées. Un temps rattrapée par Blandine L’Hirondel venue la challenger, elle a peu à peu creusé l’écart, résistant à la pression de la Française et de l’étonnante chinoise Fuzhao Xiang.

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Il n’y a que Courtney Dauwalter pour prendre le temps de se laver les dents sur les bases de vie. Photo DR

Comme chez les hommes, la nuit allait être cruelle pour certaines des favorites. C’est d’abord la Tchèque Eszter Csillag qui stoppait dès Les Contamines, victime d’ennuis gastriques. C’était ensuite l’Italienne Martina Valmassoi, pas dans le coup, qui jetait l’éponge aux Chapieux, après 50km de course. Emma Pooley, leader en tout début de course, abandonnait également dans la nuit au Lac Combal. L’hecatombe continuait avec l’abandon de l’Espagnole Claudia Tremps à Arnouvaz. Enfin Manon Bohard-Cailler, qui réalisait une très belle course et était passée 2ème à 22 minutes de Courtney Dauwalter à Courmayeur, allait ensuite chuter violemment, se tordre la cheville (sans gravité semble-t-il) et finir par rendre son dossard à La Fouly.

Manon Bohard
Manon Bohard-Cailler était 2ème avant de chuter lourdement, puis d’abandonner quelques kilomètres plus loin. Photo DR

Blandine L’Hirondel dans l’inconnu

A Courmayeur, à mi-course, Courtney Dauwalter possédait 22 minutes d’avance sur Manon Bohard-Cailler, 26 sur une Blandine L’Hirondel encore en forme et 36 sur la Chinoise Fuzhao Xiang, impressionnante de régularité. En embuscade, l’Allemande Katharina Hartmuth suivait à 5 minutes, attendant son heure.

Katharina Hartmuth Photo UTMB 2023
Katharina Hartmuth a fait une superbe remontée. Photo UTMB 2023

C’est dans la deuxième partie de la course que l’Américaine allait faire le trou, même si elle allait connaître de sérieux soucis d’alimentation. Tout comme Blandine L’Hirondel, qui une fois la barre des 100 kilomètres passés, s’aventurait pour la première fois dans l’inconnu. La Française allait avoir un sérieux coup de mou, en partie dû à des problèmes d’alimentation, et se faire rattraper d’abord par la Chinoise, puis par l’Allemande.

Chinoise UTMB 2023
Fuzhao Xiang au ravitaillement, soupe chinoise avec baguettes de rigueur. Photo UTMB 2023

Blandine L’Hirondel passait aux Tseppes, à 25 kilomètres de l’arrivée, avec 8 minutes de retard sur la Chinoise et 13 sur l’Allemande, revenue à la seconde place. Devant, Courtney Dauwalter était déjà dans l’ultime ascension, avec plus d’une heure d’avance, et ne pouvait plus être rattrapée.

Blandine Photo UTMB 2023
Blandine L’Hirondel dans l’inconnu, au-delà de 100km de course. Photo UTMB 2023

3ème UTMB pour Courtney Dauwalter, Blandine L’Hirondel sur le podium

L’incroyable Américaine s’impose finalement dans la douleur à Chamonix avec un chrono de 23h 29mn 14s qui la place 25ème au classement général, elle qui est habituée aux Top 10. Elle se contente cette année d’une modeste 17ème place correspondant à son état de forme bien compréhensible, après les exploits réalisés cet été.

“A chaque fois que nous avons l’opportunité de faire quelque chose de difficile et de complètement fou, nous devrions le faire”, a-t-elle commenté lorsqu’on lui a posé la question de savoir pourquoi elle était venue se challenger sur cette course cette année. En difficulté à la sortie de Champex-Lac, où elle a été à deux doigts de vomir tout ce qu’elle venait de prendre au ravito, Courtney a dû puiser très loin. Elle a commenté : “Je n’en pouvais plus, mon corps n’en pouvait plus. Mais Kevin, mon compagnon, était là, et je savais que ma famille et tout le public m’attendaient sur la ligne d’arrivée, et tout le monde m’a tellement encouragé, le public, les bénévoles… C’est ce qui m’a permis d’aller jusqu’au bout.”

Derrière, si Katharina Hartmuth a assuré sa 2ème place (24h 10mn 52s), Blandine L’Hirondel a pu se refaire une santé et revenir dans les pas de Fuzhao Xiang. Séparées de seulement 2 minutes à la sortie de Vallorcine, Blandine L’Hirondel parvenait à doubler la Chinoise dans la montée de La Flégère avant de filer sur Chamonix pour s’offrir la 3ème marche du podium, moins de 10 minutes après l’Allemande. Une sacrée performance pour une première expérience !

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Moins de sourires, plus de grimaces de douleur, mais une persévérance exceptionnelle. Photo UTMB
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Il en rêvait, il y est enfin parvenu. Et de la plus belle des manières. Après 4 tentatives infructueuses, Jim Walmsley remporte enfin l’UTMB, devenant le 1er Américain à s’imposer à Chamonix. Une victoire amplement méritée, fruit d’une persévérance et d’une résilience remarquables, qui ne peut que réjouir le monde du trail. Mais que la lutte aura été dure et la course palpitante, avec de nombreux rebondissements, du suspense et des Français exceptionnels.

UTMB 2023 : un plateau élite impressionnant

Il n’en manquait que 3 pour que la fête de cette 20ème édition de l’UTMB soit totale. Kilian Jornet bien sûr, quadruple vainqueur et recordman de l’épreuve, inscrit mais blessé (œdème osseux) et incapable de courir une telle distance sans prendre de gros risques pour son avenir. François D’Haene ensuite, quadruple vainqueur également, qui se remet lentement de sa blessure à la cheville fin 2022. Et enfin Xavier Thévenard, triple vainqueur, toujours aux prises avec sa maladie de Lyme. Mais ces absents n’ont pas fait d’ombre à la formidable ligne de départ, sur laquelle s’alignaient les meilleurs actuels. En tête du box office, 3 hommes : le Britannique Tom Evans, 3ème l’an dernier et vainqueur en juin de la Western States Endurance Run, Jim Walmsley bien sûr, le plus « alpin » des Américains, et Mathieu Blanchard, 2ème l’an dernier derrière l’ « ultra-terrestre » Kilian Jornet.

D’autres noms revenaient parmi les favoris et potentiels candidats au podium, comme l’Américain Zach Miller, 5ème en 2022, l’Espagnol Pau Capell, vainqueur en 2019 en 20h19, le Suisse Jean-Philippe Tschumi, 2ème de la Diagonale des Fous en novembre dernier. Mais aussi l’escadron français composé de Beñat Marmissolle, Thibaut Garrivier, Germain Grangier, Ludovic Pommeret (vainqueur de la TDS 2022) et Arthur Joyeux-Bouillon, qui avait même les faveurs des pronostics de Xavier Thévenard. Sans oublier l’Américaine Courtney Dauwalter, qui après sa 4ème place au scratch sur la Diagonale des Fous 2022 et la Hardrock 100 2023, finira bien un jour par monter sur un podium.

DEPART UTMB 2023 - OPEN
Les élites sur la ligne, à quelques minutes du départ, avec tout à gauche Mathieu Blanchard et tout à droite Pau Capell. Photo Esprit Trail

UTMB 2023 : Jim Walmsley prêt comme jamais

2022 aurait pu être son année, tant il avait réalisé un début de couse exceptionnel, passant au Grand Col Ferret, au 103ème kilomètre, avec 15 minutes d’avance sur Kilian Jornet. Hélas, des problèmes d’alimentation l’avaient plombé ensuite, le faisant rétrograder à la 4ème place. Installé depuis mai 2022 à Arêches-Beaufort, à proximité de son ami François D’Haene, Jim Walmsley ne s’entraîne depuis que pour cet objectif. Ayant appris de ses précédentes courses, il n’a de cesse d’affiner ses stratégies d’entraînement et d’alimentation pour enfin y parvenir.

Parmi les résolutions de Jim Walmsley cette année, il avait prévenu qu’il ne partirait pas en mode missile, comme il a pu le faire par le passé, mais avec sagesse, comme il l’a appris, en essayant de gérer au maximum pour éviter le coup de bambou intempestif dont il est coutumier. « Je veux faire cet UTMB comme j’en ai l’habitude, c’est-à-dire en contrôle, en gérant bien ma course comme je sais le faire, avec une bonne nutrition et des attaques au bon moment. Mais je ne peux pas annoncer que je vais faire un podium en partant à fond devant. Ce serait un trop gros risque et ça ne marche quasiment jamais. »

PROFIL UTMB 2023
Le profil de l’UTMB 2023

Résister à la pression

De son côté, Jessica Brazeau, sa femme et supportrice n°1, s’employait à transformer la pression médiatique exceptionnelle autour de Jim en énergie : « Je pense qu’il est prêt. Cette année, avec toute l’énergie générale autour de lui, il est vraiment plus relax que l’année d’avant, où on était tous les deux très stressés. Aujourd’hui, je sens que Jim est très concentré. Il fait plus de blagues, il est plus détendu au quotidien. Il est moins silencieux. Toute son énergie est différente par rapport à l’année dernière. Il est plus prêt mentalement. » Une déclaration qui se traduisait sur la ligne de départ, où l’on a pu voir un Jim Walmsley beaucoup plus détendu que certains de ses adversaires, discutant calmement avec une athlète tandis que Pau Capell, Tom Evans ou Mathieu Blanchard étaient figés, fermés, dans leur bulle.

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Jim Walmsley serein, saluant la foule à son arrivée sur la ligne de départ, très applaudi par le public. Photo UTMB

Un début de course prévisible, un trio se détache

Sur une première partie de course très rapide jusqu’au mythique passage de Notre-Dame de la Gorge, au 34ème kilomètre, Tom Evans, Jim Walmsley et Zach Miller ont pris les devants. Arthur Joyeux-Bouillon et Mathieu Blanchard suivaient quelques secondes plus loin, concentrés, tout comme Thibaut Garrivier et Germain Grangier, tandis que Beñat Marmissolle avait le masque des mauvais jours. Ludovic Pommeret, parti bien plus lentement, pointait quant à lui assez loin, à la 57ème place à La Balme, au KM40. Mais avec ce spécialiste des remontadas, difficile d’y voir un signe. Surtout quand on se souvient de sa remontée fantastique de 2016, où il était en perdition dans le col du Bonhomme, prêt à abandonner, avant de l’emporter quelques heures plus tard à Chamonix.

Groupe départ
Le groupe de favoris, emmené par Tom Evans et Mathieu Blanchard. Photo UTMB

UTMB 2023 : les abandons de la nuit

Première surprise de taille, l’abandon de Tom Evans à Courmayeur. Victime de crampes violentes, le Britannique a préféré jeter l’éponge. Beñat Marmissolle a également abandonné dans la nuit au même endroit, sans doute insuffisamment remis de sa performance à la Hardrock 100 mi-juillet, où il avait pris une belle 2ème place derrière Aurélien Dunand-Pallaz. Le Basque, qui rêvait d’un tryptique inédit Hardrock 100 / UTMB / Diagonale des Fous, n’ira pas au bout de sa quête.

La surprise Zach Miller au petit matin

Tout le monde attendait de voir quelle stratégie Jim Walmsley allait adopter après la base de vie de Courmayeur, située au KM 81. C’est là, en effet, que l’on dit que « commence la course ». Les meilleurs ont alors pas loin de 9 heures de course dans les jambes, il est aux environs de 2h30 du matin et le bloc de remontée vers Arnouvaz puis le Grand Col Ferret, point culminant de la course à 2534m d’altitude, fait figure d’épouvantail. L’an dernier, c’est sur cette portion que l’Américain avait placé son attaque, pour distancer Kilian Jornet de 15 minutes avant de connaître le passage à vide que l’on sait.

Et c’est de l’étonnant Zach Miller qu’est venue la surprise. Parti en même temps que Jim Walmsley de Courmayeur, le petit moustachu américain, connu pour sa façon très « inattendue » de s’alimenter en course (il mange de tout, un peu n’importe quand) et même de courir (il est capable d’accélérer puis de ralentir de façon apparemment décousue), a fait le spectacle. Se détachant petit à petit, il passait au sommet du Grand Col Ferret avec 4 minutes d’avance sur Jim Walmsley, tandis que le 3ème, Germain Grangier, était distancé à 13 minutes.

Zach miller
Zach Miller, héroïque dans la nuit. Photo UTMB

Incroyable : Germain Grangier reprend Jim Walmsley à Champex-Lac, Zach Miller s’envole

Contre toute attente, non seulement Jim Walmsley ne parvenait pas suivre Zach Miller dans la très longue descente vers La Fouly, plutôt favorable à ses grandes foulées, puis la remontée vers Champex. Il se faisait même rejoindre par Germain Grangier, étonnant de facilité. Les 2 hommes arrivaient au coude à coude à la base de vie de Champex-Lac, avec 11 minutes de retard sur Zach Miller. Sans s’affoler, Jim Walmsley prenait le temps de changer de chaussures et de tee-shirt, troquant son maillot noir pour un plus clair en prévision du soleil et de la chaleur, avant de repartir derrière Grangier, qu’il reprenait immédiatement. Allait-il se refaire une santé et pouvoir revenir sur Zach Miller ? Le suspense était total.

Jim Walmsley
Sortie de Champex-Lac, Germain Grangier sur les talons de Jim Walmsley, reboosté par ce retour inattendu. Photo Stéphane Demard / Esprit Trail

Le coup d’éclat de Jim Walmsley

« C’est avec le soleil que Jim Walmsley retrouve la forme. »  Cette phrase, entendue ça et là dans les commentaires des spécialistes, allait devenir le mantra de sa victoire. Piqué au vif par le retour de Grangier, Jim Walmsley allait se refaire une santé en direction de La Giète pour combler son retard sur Zach Miller, pourtant toujours régulier. Au ravito de La Giète, le moustachu de la team The North Face ne comptait plus qu’une minute d’avance sur son compatriote du team Hoka, qui fondait sur lui. Et ce qui devait arriva : Jim Walmsley reprenait la tête dans la descente vers Trient pour passer au ravito avec 2mn30 d’avance sur un Zach Miller résigné. Germain Grangier, de son côté, avait concédé 14 minutes, mais pouvait toujours espérer revenir sur Miller.

Jim 4
Jim Walmsley de nouveau leader. Photo UTMB

Les 4 Français Fantastiques

Derrière ce trio de tête, qui sauf accident composerait le podium à l’arrivée, les Français étaient éclatants de panache. Arthur Joyeux-Bouillon, Mathieu Blanchard, Ludovic Pommeret et Thibaut Garrivier pointaient aux 4, 5, 6 et 7èmes places à La Giète (KM 138), séparés de seulement 3 petites minutes. La lutte pour les places d’honneur promettait d’être intense, tandis que d’autres Tricolores brillaient également, avec Baptiste Chassagne en 10ème position à Champex-Lac, Clément Desille en 15ème et Alexandre Boucheix, alias Casquette Verte, en 16ème position. Quant à Courtney Dauwalter, elle continuait sa remontée, mais pointait à la 19ème place, beaucoup trop loin pour espérer rentrer dans le Top 10.

Arthur Joyeux-Bouillon
Arthur Joyeux-Bouillon, grand animateur de la course côté français, longtemps 4ème avant de céder en fin de parcours. Photo UTMB

Vallorcine : un ravito express avec François D’Haene

Aux Tseppes, après 147 kilomètres de course, et à moins de 25 kilomètres de l’arrivée, Jim Walmsley pouvait commencer à savourer son succès. Il venait de réaliser une superbe montée très rythmée dans les pentes à parfois plus de 25% et passait en tête au sommet, avec 9 minutes d’avance sur Zach Miller et 20 sur Germain Grangier. Sans se départir, il continuait avec une foulée impressionnante pour foncer dans la descente vers Vallorcine, creusant un écart de plus en plus conséquent. Moment émouvant, sur ce dernier ravitaillement, au lieu d’être assisté par sa femme, c’est son mentor et ami François D’Haene qui était présent.

Un ravito express, Jim debout, une accolade chaleureuse, et il repartait vers La Flégère, dernière difficulté du parcours avant le plongeon vers l’arrivée. Avec, en tête, les mots prononcés par le quadruple vainqueur de l’UTMB : “Don’t take any risk now” (Ne prends aucun risque maintenant). Il en ressortait avec 14 minutes d’avance sur Zach Miller et 24 sur Germain Grangier, et 16 kilomètres à parcourir. De quoi voir venir…

Ravito François D'Haene
À Vallorcine, l’assistance et l’accolade de François D’Haene. Photo DR

La consécration pour Jim Walmsley

Creusant sans cesse l’écart sur ses poursuivants, Jim Walmsley prouve enfin qu’il a adopté la bonne stratégie en dosant son effort de bout en bout. Après avoir laissé partir Zach Miller et avoir accepté le retour de Germain Grangier, l’Américain a fait preuve de lucidité en maîtrisant ses émotions sans se laisser abattre. Sûr de ses forces, il a pu maintenir un rythme soutenu là où les autres ont fini par faiblir. L’émotion était palpable au passage du dernier ravitaillement, à La Flégère, où une foule immense était venue l’acclamer. Après 19h00 de course, il pouvait enfin plonger vers Chamonix et la ligne d’arrivée. Zach Miller le suivait à 23 minutes, et Germain Grangier à 33 minutes. Ils ne pouvaient plus être rejoints et n’avaient plus qu’a assurer leur 2ème et 3ème places sur le podium.

Podium hommes
2 Américains et un Français, le podium de cet UTMB 2023. Photo Stéphane Demard / Esprit Trail

Il s’impose finalement en 19h 37mn 43s et peut enfin laisser éclater son bonheur. Son chrono, exceptionnel, ne peut cependant être comparé à celui de Kilian Jornet l’an dernier (19h 49mn 32s), car le parcours a été modifié au dernier moment, avec le passage de La Tête aux Vents tronqué. Les spécialistes estiment que ce tracé a permis un gain de temps de 20 à 30 minutes par rapport au parcours complet de 2022. Mais cela n’enlève rien à l’exploit de l’Américain. Gagner l’UTMB, c’est enfin fait. Et pour l’édition anniversaire des 20 ans, en prime ! Champion à jamais.

Jim Walmsley winner UTMB 2023
Jim Walmsley, gagnant de l’UTMB 2023. Photo Instagram Jim Walmsley / DR

Magnifique tir groupé des Français

C’est un Mathieu Blanchard extrêmement déçu, en larmes, qui termine au pied du podium, acclamé par la foule. Son chrono : 20h 54mn 25s. Lui qui y avait tant cru, donné favori après sa 3ème place de 2021 et sa seconde place de 2022, devra digérer cette 2ème déconvenue, après celle de la Western States Endurance Run, et certainement se pencher sur ses choix de préparation pour la saison prochaine, après une année 2022 un peu folle.

Ludovic Pommeret prend la 5ème place en 21h 00mn 54s, tandis que son compère de la team Hoka Thibaut Garrivier termine 6ème. L’Américain Tyler Green et l’Allemand Hannes Namberger prennent les 7ème et 8ème places. Arthur Joyeux-Bouillon, 9ème, et Baptiste Chassagne, 10ème, complètent le Top 10. 6 Français dans les 10 premiers, un résultat inespéré.

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Il est parti après le 1er kilomètre, en se calant sur les temps de passage de François D’Haene en 2017. Nul ne l’a suivi… ni revu ! Lors de l’UTMB 2019, Pau Capell a fait un voyage en solitaire pendant 20h 19mn 05s, avec en récompense ultime le record sur le parcours complet, détenu depuis 2015 par Xavier Thévenard (21h 09mn 15s).

UTMB 2019 : le départ tonitruant de Pau Capell

Celui qui sait le goût de la fatigue après tant d’heures de course ne peut que rester admiratif devant la foulée encore dynamique du Catalan Pau Capell. Nous sommes à l’entame de la dernière montée, la brute, la raide, celle de la Tête aux Vents. Après elle, le plateau rocailleux qui guide vers la Flégère. Puis l’ultime descente libératrice vers le chaudron magique de Chamonix. Celui qui sait le niveau de Xavier Thévenard lors de ses précédentes victoires, ne peut que saluer cet homme tout de jaune vêtu qui s’en va battre de 50 mInutes le record du jeune Jurassien établi en 2015.

10 kilomètres après le départ, juste en-dessous du col de Voza, le contraste était saisissant sur la piste raide qui mène à la crête sommitale basculant vers St Gervais. Opposition d’image entre Xavier Thévenard, parti très prudemment puis passant en marche rapide avec le sourire, accompagné de son frère, et le rythme de course de Pau Capell, déjà concentré sur son sujet.

« Trop vite, trop tôt », c’est ce que la plupart des observateurs ont cru en voyant ainsi le Catalan ! Car même l’autre si fameux Catalan, victorieux ici à 3 reprises, Monsieur Kilian Jornet en personne, n’était pas parti si tôt en solitaire pour affronter la longue nuit de traversée entre Notre-Dame de la Gorge et Courmayeur. Au premier poste important, à St Gervais, Pau Capell déployait sa foulée énergivore et pointait déjà avec 4 minutes d’avance. Derrière, les favoris suivaient plus ou moins loin, dans des temps annonçant la prudence et la crainte de cette nuit à venir.

UTMB 2019 Pau Capell 2
Photo DR

UTMB 2019 : Pau Capell intouchable

Même avant la nuit, on constatait que les Américains n’étaient pas dans le coup. Tim Tollefson perdait pied d’emblée. Zach Miller sombrait, et ainsi de suite… Un à un, ils décrochaient le dossard. Les observateurs n’avaient plus qu’à suivre la longue balade solitaire de Pau Capell et parier sur le retour attendu de Xavier Thévenard, le triple vainqueur. Le jeune Jurassien accélérait le rythme dans la montée du col du Bonhomme pour rejoindre le premier peloton de chasse derrière le Catalan, qui comptait 20 minutes d’avance au sommet du col. La nuit allait ainsi passer, dans l’attente du juge de paix au petit matin, le Grand Col Ferret.

Et là, surprise : c’est toujours Pau Capell qui est devant. Et très loin devant. L’œil clair et la foulée toujours puissante. Allait-il réussir son UTMB en solitaire ? Sur les larges pistes suisses menant à Champex, puis sur les sentiers rapides vers le Col de la Forclaz, il ne montrait aucun signe de faiblesse. Il prenait le temps de s’alimenter avec de brèves baisses de rythme, pour assimiler ce qu’il ingérait. À Trient, avant les dernières montées, il avait presque une heure d’avance. Un exploit immense. Une fois dans Chamonix, Paul Capell fendait littéralement la foule, se heurtant à de nombreux spectateurs, éclaboussant de son grand bonheur le public venu le célébrer. 20h 19mn 05s, record de l’épreuve. Il avait gagné son pari insensé.

UTMB 2019 Pau Capell
Photo DR

UTMB 2019 : Xavier Thévenard en dauphin

Xavier Thévenard sait que l’on attend beaucoup de lui. Avec 6 victoires sur l’une ou l‘autre des épreuves de l’UTMB, il est à Chamonix un peu chez lui. Il faut les citer pour comprendre l’ampleur de l’exploit : 3 victoires sur l’UTMB (2013, 2015, 2018), 1 victoire sur la CCC (2010), 1 victoire sur la TDS (2014) et 1 victoire sur l’OCC (2016).

Sa seconde place de 2019 derrière Pau Capell, il la prend avec philosophie : « Il n’y a pas de déception. Franchir la ligne d’arrivée d’un ultra-trail, on ne peut pas le minimiser. Je m’étais fixé de faire le parcours en 21h10. Je fais 21h07. De toute façon, c’était clair dès le départ, je ne visais pas de 4ème victoire, même si tout le monde m’en parlait. Mon but, c’était de faire ma course avec mes sensations du jour. C’est ce que j’ai réussi à faire. Je ne vois pas ce que je peux regretter. Pau Capell était tout simplement énorme ! Cette 2ème place vaut aussi de l’or. »

UTMB 2019 : le respect de Xavier Thévenard pour Pau Capell

Xavier Thévenard poursuit : « L’ambiance était incroyable. Comme mes dernières courses disputées ici se sont bien passées, je ressens un engouement particulier. À l’applaudimètre, j’étais bien noté. Je ne sais pas combien de fois j’ai entendu mon prénom, mais c’était génial. » Beau joueur, il tient aussi à saluer la victoire de Pau Capell : « C’est un ultra-trail. Tout le monde peut avoir des défaillances, mais je n’ai pas l’impression qu’il en ait eues beaucoup. J’ai tout fait pour rester dans mon tempo, pour ne pas perdre trop de temps en cas de coup dur. Puis, quand je suis passé à un tempo soutenu pour espérer lui reprendre un peu de temps, je n’étais pas assez fort. Respect à lui ! Partir d’aussi loin, ça restera historique dans l’histoire de l’UTMB. »

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