Il en rêvait, mais son rêve s’est brisé. 3ème en 2021, 2ème en 2022, beaucoup le voyaient déjà sur la première marche du podium pour cette édition anniversaire de l’UTMB. Et lui-même y croyait sans doute aussi. Malgré la déception d’une 4ème place et d’une médaille en chocolat, Mathieu Blanchard a fait vivre à ses supporters et au public tout entier de belles émotions. Séquence hommage en 10 photos.
Mathieu Blanchard et le trail, une passion dévorante
Sur son compte instagram, au lendemain de sa 4ème place, Mathieu Blanchard a publié un commentaire en forme de déclaration d’amour pour ce sport qu’est le trail. Il y raconte brièvement sa course, et surtout la force que lui a donné le public pour aller au bout de la souffrance. La voici dans son intégralité.
« Pour moi, les médailles ne doivent pas être un objectif central mais plutôt être la conséquence d’une passion dévorante qui me pousse à passer de longues heures sur les sentiers, à défier mes limites, à partager de merveilleux moments avec d’autres passionnés, et à continuer d’apprendre.
Cette année, j’ai décidé de relever un défi monumental en tentant le combo Western States + UTMB, et je suis incroyablement fier de l’avoir fait. Les sensations étaient plutôt bonnes en début de course, et mes temps de passages étaient très proches de ceux de l’année dernière. Tout semblait se dérouler parfaitement jusqu’au kilomètre 50, aux Chapieux, où les choses ont pris un tournant… »
« Des douleurs atroces dans les jambes sont apparues. Avec l’expérience, j’ai pensé que c’était juste une phase difficile et que de bonnes sensations allaient revenir. J’ai donc continué en patientant, mais cette fois-ci, je suis resté dans le creux de la vague pendant 15 heures. Calvaire, avec l’envie d’abandonner qui m’a traversé l’esprit mille fois !
Ce qui m’a vraiment maintenu en course, ce sont les visages et les mots de mes proches. Il y avait aussi tous ces encouragements le long du parcours. C’était comme si j’étais dans un couloir d’humains, qui me poussaient à rester au centre de ce couloir de la bienveillance, impossible d’en sortir. Leur énergie m’a porté et m’a rappelé pourquoi je faisais cela. »
À l’arrivée, les larmes… de souffrance
« À l’arrivée, j’ai versé d’énormes larmes. Des larmes qui ne représentaient absolument pas une déception vis-à-vis de mon résultat, mais plutôt le reflet de la souffrance que j’ai endurée dans cette course. Elles exprimaient aussi le combat que j’ai dû mener pour rejoindre cette ligne d’arrivée et ne pas abandonner. C’est aussi ça la beauté du sport.
Bravo à toutes et tous ceux qui se sont dépassés durant cette folle semaine, peu importe le résultat, tant que vous avez intensifier votre existence. Je tiens à remercier du fond du cœur ma famille, mes amis, mes partenaires, les bénévoles incroyables, le staff et toute la communauté de passionnés pour les émotions exceptionnelles que nous vivons ensemble, et qui rendent notre vie si belle. »
L’UTMB 2023 de Mathieu Blanchard en 10 photos
1. Dès le départ, Mathieu Blanchard, plein centre, dossard 9, s’élance dans les rues de Chamonix. Photo Organisation UTMB2. En route vers Saint-Gervais, avec Thomas Evans, qui abandonnera à Courmayeur, victime de crampes. Au fond, la casquette de Jim. Photo DR3. Mathieu Blanchard à Notre-Dame de la Gorge, dans le “tunnel de lumière” Hoka. Photo UTMB4. Passage dans l’étroit sentier après Notre-Dame de la Gorge, en route vers la Croix du Bonhomme. Photo DR5. Au ravito de Courmayeur, le baiser d’Alix, sa compagne et assistante. Photo UTMB6. Sur la feuille de route d’Alix, au ravito de Courmayeur. Photo UTMB Stéphane Demard7. Passage au Col de la Forclaz, Mathieu Blanchard fendant la foule. Photo UTMB8. À l’arrivée, dans les bras d’Alix. Déception, souffrance, Mathieu Blanchard craque. Photo UTMB Stéphane Demard9. L’accolade de François D’Haene, partenaire du team Salomon et quadruple vainqueur de l’épreuve. Photo UTMB10. Un cœur pour remercier le public et en finir avec cet UTMB 2023. Photo UTMB
Grandissime favorite de la 20ème édition de l’UTMB, l’Américaine Courtney Dauwalter s’est imposée dans la douleur. Après 2019 et 2021, elle remporte sa 3ème victoire en 3 participations. Et réalise un triplé historique avec les premières places de la Western States Endurance Run, la Hardrock 100 et l’UTMB en moins de 3 mois. Et ce après avoir remporté la Diagonale des Fous en novembre 2022. Du jamais vu dans l’univers du trail !
Courtney Dauwalter championne à l’applaudimètre
Il fallait être sur la ligne de départ de l’UTMB, place du triangle de l’Amitié, à Chamonix, pour mesurer l’immense cote de popularité de Courtney Dauwalter. Ou encore au 35e kilomètre, au passage de Notre-Dame de la Gorge, l’Alpe d’Huez du trail, pour embrasser la folle ferveur que déclenche son apparition, sourire aux lèvres comme il se doit. Courtney Dauwalter est un phénomène mondial, une icône du trail. Blandine L’Hirondel, pourtant double championne du monde de la discipline, dit tout simplement qu’il est « impossible de se comparer à elle tant est est hors norme ».
On pouvait tout de même légitimement s’interroger sur sa capacité à remporter cet UTMB, l’Américaine arrivant en France assez émoussée après son doublé historique Western States Endurance Run / Hardrock 100 réalisé en juin / juillet aux États-Unis. Un mois et demi après sa victoire à Silverton le 15 juillet, aurait-elle suffisamment de fraîcheur pour batailler avec les autres favorites ? Car il y avait de sérieuses clientes sur la ligne de départ. Parmi elles, la Tchèque Eszter Csillag, l’Italienne Martina Valmassoi, l’Espagnole Claudia Tremps et les Françaises Blandine L’Hirondel, qui débute sur 100 miles, et Manon Bohard-Cailler, 3ème des championnats du monde de trail long en juin à Innsbruck
Courtney Dauwalter, nouveau record de la Western States en juin 2023. Photo Organisation.
Courtney Dauwalter tout de suite devant
La réponse n’a pas tardé à arriver. Après un départ prudent où elle a laissé filer la Suissesse Emma Pooley,Courtney Dauwalter a pris les commandes avant d’attaquer la montée du Col du Bonhomme et ne les a plus lâchées. Un temps rattrapée par Blandine L’Hirondel venue la challenger, elle a peu à peu creusé l’écart, résistant à la pression de la Française et de l’étonnante chinoise Fuzhao Xiang.
Il n’y a que Courtney Dauwalter pour prendre le temps de se laver les dents sur les bases de vie. Photo DR
Comme chez les hommes, la nuit allait être cruelle pour certaines des favorites. C’est d’abord la Tchèque Eszter Csillag qui stoppait dès Les Contamines, victime d’ennuis gastriques. C’était ensuite l’Italienne Martina Valmassoi, pas dans le coup, qui jetait l’éponge aux Chapieux, après 50km de course. Emma Pooley, leader en tout début de course, abandonnait également dans la nuit au Lac Combal. L’hecatombe continuait avec l’abandon de l’Espagnole Claudia Tremps à Arnouvaz. Enfin Manon Bohard-Cailler, qui réalisait une très belle course et était passée 2ème à 22 minutes de Courtney Dauwalter à Courmayeur, allait ensuite chuter violemment, se tordre la cheville (sans gravité semble-t-il) et finir par rendre son dossard à La Fouly.
Manon Bohard-Cailler était 2ème avant de chuter lourdement, puis d’abandonner quelques kilomètres plus loin. Photo DR
Blandine L’Hirondel dans l’inconnu
A Courmayeur, à mi-course, Courtney Dauwalter possédait 22 minutes d’avance sur Manon Bohard-Cailler, 26 sur une Blandine L’Hirondel encore en forme et 36 sur la Chinoise Fuzhao Xiang, impressionnante de régularité. En embuscade, l’Allemande Katharina Hartmuth suivait à 5 minutes, attendant son heure.
Katharina Hartmuth a fait une superbe remontée. Photo UTMB 2023
C’est dans la deuxième partie de la course que l’Américaine allait faire le trou, même si elle allait connaître de sérieux soucis d’alimentation. Tout comme Blandine L’Hirondel, qui une fois la barre des 100 kilomètres passés, s’aventurait pour la première fois dans l’inconnu. La Française allait avoir un sérieux coup de mou, en partie dû à des problèmes d’alimentation, et se faire rattraper d’abord par la Chinoise, puis par l’Allemande.
Fuzhao Xiang au ravitaillement, soupe chinoise avec baguettes de rigueur. Photo UTMB 2023
Blandine L’Hirondel passait aux Tseppes, à 25 kilomètres de l’arrivée, avec 8 minutes de retard sur la Chinoise et 13 sur l’Allemande, revenue à la seconde place. Devant, Courtney Dauwalter était déjà dans l’ultime ascension, avec plus d’une heure d’avance, et ne pouvait plus être rattrapée.
Blandine L’Hirondel dans l’inconnu, au-delà de 100km de course. Photo UTMB 2023
3ème UTMB pour Courtney Dauwalter, Blandine L’Hirondel sur le podium
L’incroyable Américaine s’impose finalement dans la douleur à Chamonix avec un chrono de 23h 29mn 14s qui la place 25ème au classement général, elle qui est habituée aux Top 10. Elle se contente cette année d’une modeste 17ème place correspondant à son état de forme bien compréhensible, après les exploits réalisés cet été.
“A chaque fois que nous avons l’opportunité de faire quelque chose de difficile et de complètement fou, nous devrions le faire”, a-t-elle commenté lorsqu’on lui a posé la question de savoir pourquoi elle était venue se challenger sur cette course cette année. En difficulté à la sortie de Champex-Lac, où elle a été à deux doigts de vomir tout ce qu’elle venait de prendre au ravito, Courtney a dû puiser très loin. Elle a commenté : “Je n’en pouvais plus, mon corps n’en pouvait plus. Mais Kevin, mon compagnon, était là, et je savais que ma famille et tout le public m’attendaient sur la ligne d’arrivée, et tout le monde m’a tellement encouragé, le public, les bénévoles… C’est ce qui m’a permis d’aller jusqu’au bout.”
Derrière, si Katharina Hartmuth a assuré sa 2ème place (24h 10mn 52s), Blandine L’Hirondel a pu se refaire une santé et revenir dans les pas de Fuzhao Xiang. Séparées de seulement 2 minutes à la sortie de Vallorcine, Blandine L’Hirondel parvenait à doubler la Chinoise dans la montée de La Flégère avant de filer sur Chamonix pour s’offrir la 3ème marche du podium, moins de 10 minutes après l’Allemande. Une sacrée performance pour une première expérience !
Moins de sourires, plus de grimaces de douleur, mais une persévérance exceptionnelle. Photo UTMB
Il en rêvait, il y est enfin parvenu. Et de la plus belle des manières. Après 4 tentatives infructueuses, Jim Walmsley remporte enfin l’UTMB, devenant le 1er Américain à s’imposer à Chamonix. Une victoire amplement méritée, fruit d’une persévérance et d’une résilience remarquables, qui ne peut que réjouir le monde du trail. Mais que la lutte aura été dure et la course palpitante, avec de nombreux rebondissements, du suspense et des Français exceptionnels.
UTMB 2023 : un plateau élite impressionnant
Il n’en manquait que 3 pour que la fête de cette 20ème édition de l’UTMB soit totale. Kilian Jornet bien sûr, quadruple vainqueur et recordman de l’épreuve, inscrit mais blessé (œdème osseux) et incapable de courir une telle distance sans prendre de gros risques pour son avenir. François D’Haene ensuite, quadruple vainqueur également, qui se remet lentement de sa blessure à la cheville fin 2022. Et enfin Xavier Thévenard, triple vainqueur, toujours aux prises avec sa maladie de Lyme. Mais ces absents n’ont pas fait d’ombre à la formidable ligne de départ, sur laquelle s’alignaient les meilleurs actuels. En tête du box office, 3 hommes : le Britannique Tom Evans, 3ème l’an dernier et vainqueur en juin de la Western States Endurance Run, Jim Walmsley bien sûr, le plus « alpin » des Américains, et Mathieu Blanchard, 2ème l’an dernier derrière l’ « ultra-terrestre » Kilian Jornet.
D’autres noms revenaient parmi les favoris et potentiels candidats au podium, comme l’Américain Zach Miller, 5ème en 2022, l’Espagnol Pau Capell, vainqueur en 2019 en 20h19, le Suisse Jean-Philippe Tschumi, 2ème de la Diagonale des Fous en novembre dernier. Mais aussi l’escadron français composé de Beñat Marmissolle, Thibaut Garrivier, Germain Grangier, Ludovic Pommeret (vainqueur de la TDS 2022) et Arthur Joyeux-Bouillon, qui avait même les faveurs des pronostics de Xavier Thévenard. Sans oublier l’Américaine Courtney Dauwalter, qui après sa 4ème place au scratch sur la Diagonale des Fous 2022 et la Hardrock 100 2023, finira bien un jour par monter sur un podium.
Les élites sur la ligne, à quelques minutes du départ, avec tout à gauche Mathieu Blanchard et tout à droite Pau Capell. Photo Esprit Trail
UTMB 2023 : Jim Walmsley prêt comme jamais
2022 aurait pu être son année, tant il avait réalisé un début de couse exceptionnel, passant au Grand Col Ferret, au 103ème kilomètre, avec 15 minutes d’avance sur Kilian Jornet. Hélas, des problèmes d’alimentation l’avaient plombé ensuite, le faisant rétrograder à la 4ème place. Installé depuis mai 2022 à Arêches-Beaufort, à proximité de son ami François D’Haene, Jim Walmsley ne s’entraîne depuis que pour cet objectif. Ayant appris de ses précédentes courses, il n’a de cesse d’affiner ses stratégies d’entraînement et d’alimentation pour enfin y parvenir.
Parmi les résolutions de Jim Walmsley cette année, il avait prévenu qu’il ne partirait pas en mode missile, comme il a pu le faire par le passé, mais avec sagesse, comme il l’a appris, en essayant de gérer au maximum pour éviter le coup de bambou intempestif dont il est coutumier. « Je veux faire cet UTMB comme j’en ai l’habitude, c’est-à-dire en contrôle, en gérant bien ma course comme je sais le faire, avec une bonne nutrition et des attaques au bon moment. Mais je ne peux pas annoncer que je vais faire un podium en partant à fond devant. Ce serait un trop gros risque et ça ne marche quasiment jamais. »
Le profil de l’UTMB 2023
Résister à la pression
De son côté, Jessica Brazeau, sa femme et supportrice n°1, s’employait à transformer la pression médiatique exceptionnelle autour de Jim en énergie : « Je pense qu’il est prêt. Cette année, avec toute l’énergie générale autour de lui, il est vraiment plus relax que l’année d’avant, où on était tous les deux très stressés. Aujourd’hui, je sens que Jim est très concentré. Il fait plus de blagues, il est plus détendu au quotidien. Il est moins silencieux. Toute son énergie est différente par rapport à l’année dernière. Il est plus prêt mentalement. » Une déclaration qui se traduisait sur la ligne de départ, où l’on a pu voir un Jim Walmsley beaucoup plus détendu que certains de ses adversaires, discutant calmement avec une athlète tandis que Pau Capell, Tom Evans ou Mathieu Blanchard étaient figés, fermés, dans leur bulle.
Jim Walmsley serein, saluant la foule à son arrivée sur la ligne de départ, très applaudi par le public. Photo UTMB
Un début de course prévisible, un trio se détache
Sur une première partie de course très rapide jusqu’au mythique passage de Notre-Dame de la Gorge, au 34ème kilomètre, Tom Evans, Jim Walmsley et Zach Miller ont pris les devants. Arthur Joyeux-Bouillon et Mathieu Blanchard suivaient quelques secondes plus loin, concentrés, tout comme Thibaut Garrivier et Germain Grangier, tandis que Beñat Marmissolle avait le masque des mauvais jours. Ludovic Pommeret, parti bien plus lentement, pointait quant à lui assez loin, à la 57ème place à La Balme, au KM40. Mais avec ce spécialiste des remontadas, difficile d’y voir un signe. Surtout quand on se souvient de sa remontée fantastique de 2016, où il était en perdition dans le col du Bonhomme, prêt à abandonner, avant de l’emporter quelques heures plus tard à Chamonix.
Le groupe de favoris, emmené par Tom Evans et Mathieu Blanchard. Photo UTMB
UTMB 2023 : les abandons de la nuit
Première surprise de taille, l’abandon de Tom Evans à Courmayeur. Victime de crampes violentes, le Britannique a préféré jeter l’éponge. Beñat Marmissolle a également abandonné dans la nuit au même endroit, sans doute insuffisamment remis de sa performance à la Hardrock 100 mi-juillet, où il avait pris une belle 2ème place derrière Aurélien Dunand-Pallaz. Le Basque, qui rêvait d’un tryptique inédit Hardrock 100 / UTMB / Diagonale des Fous, n’ira pas au bout de sa quête.
La surprise Zach Miller au petit matin
Tout le monde attendait de voir quelle stratégie Jim Walmsley allait adopter après la base de vie de Courmayeur, située au KM 81. C’est là, en effet, que l’on dit que « commence la course ». Les meilleurs ont alors pas loin de 9 heures de course dans les jambes, il est aux environs de 2h30 du matin et le bloc de remontée vers Arnouvaz puis le Grand Col Ferret, point culminant de la course à 2534m d’altitude, fait figure d’épouvantail. L’an dernier, c’est sur cette portion que l’Américain avait placé son attaque, pour distancer Kilian Jornet de 15 minutes avant de connaître le passage à vide que l’on sait.
Et c’est de l’étonnant Zach Miller qu’est venue la surprise. Parti en même temps que Jim Walmsley de Courmayeur, le petit moustachu américain, connu pour sa façon très « inattendue » de s’alimenter en course (il mange de tout, un peu n’importe quand) et même de courir (il est capable d’accélérer puis de ralentir de façon apparemment décousue), a fait le spectacle. Se détachant petit à petit, il passait au sommet du Grand Col Ferret avec 4 minutes d’avance sur Jim Walmsley, tandis que le 3ème, Germain Grangier, était distancé à 13 minutes.
Zach Miller, héroïque dans la nuit. Photo UTMB
Incroyable : Germain Grangier reprend Jim Walmsley à Champex-Lac, Zach Miller s’envole
Contre toute attente, non seulement Jim Walmsley ne parvenait pas suivre Zach Miller dans la très longue descente vers La Fouly, plutôt favorable à ses grandes foulées, puis la remontée vers Champex. Il se faisait même rejoindre par Germain Grangier, étonnant de facilité. Les 2 hommes arrivaient au coude à coude à la base de vie de Champex-Lac, avec 11 minutes de retard sur Zach Miller. Sans s’affoler, Jim Walmsley prenait le temps de changer de chaussures et de tee-shirt, troquant son maillot noir pour un plus clair en prévision du soleil et de la chaleur, avant de repartir derrière Grangier, qu’il reprenait immédiatement. Allait-il se refaire une santé et pouvoir revenir sur Zach Miller ? Le suspense était total.
Sortie de Champex-Lac, Germain Grangier sur les talons de Jim Walmsley, reboosté par ce retour inattendu. Photo Stéphane Demard / Esprit Trail
Le coup d’éclat de Jim Walmsley
« C’est avec le soleil que Jim Walmsley retrouve la forme. » Cette phrase, entendue ça et là dans les commentaires des spécialistes, allait devenir le mantra de sa victoire. Piqué au vif par le retour de Grangier, JimWalmsley allait se refaire une santé en direction de La Giète pour combler son retard sur Zach Miller, pourtant toujours régulier. Au ravito de La Giète, le moustachu de la team The North Face ne comptait plus qu’une minute d’avance sur son compatriote du team Hoka, qui fondait sur lui. Et ce qui devait arriva : Jim Walmsley reprenait la tête dans la descente vers Trient pour passer au ravito avec 2mn30 d’avance sur un Zach Miller résigné. Germain Grangier, de son côté, avait concédé 14 minutes, mais pouvait toujours espérer revenir sur Miller.
Jim Walmsley de nouveau leader. Photo UTMB
Les 4 Français Fantastiques
Derrière ce trio de tête, qui sauf accident composerait le podium à l’arrivée, les Français étaient éclatants de panache. Arthur Joyeux-Bouillon, Mathieu Blanchard, Ludovic Pommeret et Thibaut Garrivier pointaient aux 4, 5, 6 et 7èmes places à La Giète (KM 138), séparés de seulement 3 petites minutes. La lutte pour les places d’honneur promettait d’être intense, tandis que d’autres Tricolores brillaient également, avec Baptiste Chassagne en 10ème position à Champex-Lac, Clément Desille en 15ème et Alexandre Boucheix, alias Casquette Verte, en 16ème position. Quant à Courtney Dauwalter, elle continuait sa remontée, mais pointait à la 19ème place, beaucoup trop loin pour espérer rentrer dans le Top 10.
Arthur Joyeux-Bouillon, grand animateur de la course côté français, longtemps 4ème avant de céder en fin de parcours. Photo UTMB
Vallorcine : un ravito express avec François D’Haene
Aux Tseppes, après 147 kilomètres de course, et à moins de 25 kilomètres de l’arrivée, Jim Walmsley pouvait commencer à savourer son succès. Il venait de réaliser une superbe montée très rythmée dans les pentes à parfois plus de 25% et passait en tête au sommet, avec 9 minutes d’avance sur Zach Miller et 20 sur Germain Grangier. Sans se départir, il continuait avec une foulée impressionnante pour foncer dans la descente vers Vallorcine, creusant un écart de plus en plus conséquent. Moment émouvant, sur ce dernier ravitaillement, au lieu d’être assisté par sa femme, c’est son mentor et ami François D’Haene qui était présent.
Un ravito express, Jim debout, une accolade chaleureuse, et il repartait vers La Flégère, dernière difficulté du parcours avant le plongeon vers l’arrivée. Avec, en tête, les mots prononcés par le quadruple vainqueur de l’UTMB : “Don’t take any risk now” (Ne prends aucun risque maintenant). Il en ressortait avec 14 minutes d’avance sur Zach Miller et 24 sur Germain Grangier, et 16 kilomètres à parcourir. De quoi voir venir…
À Vallorcine, l’assistance et l’accolade de François D’Haene. Photo DR
La consécration pour Jim Walmsley
Creusant sans cesse l’écart sur ses poursuivants, Jim Walmsley prouve enfin qu’il a adopté la bonne stratégie en dosant son effort de bout en bout. Après avoir laissé partir Zach Miller et avoir accepté le retour de Germain Grangier, l’Américain a fait preuve de lucidité en maîtrisant ses émotions sans se laisser abattre. Sûr de ses forces, il a pu maintenir un rythme soutenu là où les autres ont fini par faiblir. L’émotion était palpable au passage du dernier ravitaillement, à La Flégère, où une foule immense était venue l’acclamer. Après 19h00 de course, il pouvait enfin plonger vers Chamonix et la ligne d’arrivée. Zach Miller le suivait à 23 minutes, et Germain Grangier à 33 minutes. Ils ne pouvaient plus être rejoints et n’avaient plus qu’a assurer leur 2ème et 3ème places sur le podium.
2 Américains et un Français, le podium de cet UTMB 2023. Photo Stéphane Demard / Esprit Trail
Il s’impose finalement en 19h 37mn 43s et peut enfin laisser éclater son bonheur. Son chrono, exceptionnel, ne peut cependant être comparé à celui de Kilian Jornet l’an dernier (19h 49mn 32s), car le parcours a été modifié au dernier moment, avec le passage de La Tête aux Vents tronqué. Les spécialistes estiment que ce tracé a permis un gain de temps de 20 à 30 minutes par rapport au parcours complet de 2022. Mais cela n’enlève rien à l’exploit de l’Américain. Gagner l’UTMB, c’est enfin fait. Et pour l’édition anniversaire des 20 ans, en prime ! Champion à jamais.
Jim Walmsley, gagnant de l’UTMB 2023. Photo Instagram Jim Walmsley / DR
Magnifique tir groupé des Français
C’est un Mathieu Blanchard extrêmement déçu, en larmes, qui termine au pied du podium, acclamé par la foule. Son chrono : 20h 54mn 25s. Lui qui y avait tant cru, donné favori après sa 3ème place de 2021 et sa seconde place de 2022, devra digérer cette 2ème déconvenue, après celle de la Western States Endurance Run, et certainement se pencher sur ses choix de préparation pour la saison prochaine, après une année 2022 un peu folle.
Ludovic Pommeret prend la 5ème place en 21h 00mn 54s, tandis que son compère de la team Hoka Thibaut Garrivier termine 6ème. L’Américain Tyler Green et l’Allemand Hannes Namberger prennent les 7ème et 8ème places. Arthur Joyeux-Bouillon, 9ème, et Baptiste Chassagne, 10ème, complètent le Top 10. 6 Français dans les 10 premiers, un résultat inespéré.
Il est parti après le 1er kilomètre, en se calant sur les temps de passage de François D’Haene en 2017. Nul ne l’a suivi… ni revu ! Lors de l’UTMB 2019, Pau Capell a fait un voyage en solitaire pendant 20h 19mn 05s, avec en récompense ultime le record sur le parcours complet, détenu depuis 2015 par Xavier Thévenard (21h 09mn 15s).
UTMB 2019 : le départ tonitruant de Pau Capell
Celui qui sait le goût de la fatigue après tant d’heures de course ne peut que rester admiratif devant la foulée encore dynamique du Catalan Pau Capell. Nous sommes à l’entame de la dernière montée, la brute, la raide, celle de la Tête aux Vents. Après elle, le plateau rocailleux qui guide vers la Flégère. Puis l’ultime descente libératrice vers le chaudron magique de Chamonix. Celui qui sait le niveau de Xavier Thévenard lors de ses précédentes victoires, ne peut que saluer cet homme tout de jaune vêtu qui s’en va battre de 50 mInutes le record du jeune Jurassien établi en 2015.
10 kilomètres après le départ, juste en-dessous du col de Voza, le contraste était saisissant sur la piste raide qui mène à la crête sommitale basculant vers St Gervais. Opposition d’image entre Xavier Thévenard, parti très prudemment puis passant en marche rapide avec le sourire, accompagné de son frère, et le rythme de course de Pau Capell, déjà concentré sur son sujet.
« Trop vite, trop tôt », c’est ce que la plupart des observateurs ont cru en voyant ainsi le Catalan ! Car même l’autre si fameux Catalan, victorieux ici à 3 reprises, Monsieur Kilian Jornet en personne, n’était pas parti si tôt en solitaire pour affronter la longue nuit de traversée entre Notre-Dame de la Gorge et Courmayeur. Au premier poste important, à St Gervais, Pau Capell déployait sa foulée énergivore et pointait déjà avec 4 minutes d’avance. Derrière, les favoris suivaient plus ou moins loin, dans des temps annonçant la prudence et la crainte de cette nuit à venir.
Photo DR
UTMB 2019 : Pau Capell intouchable
Même avant la nuit, on constatait que les Américains n’étaient pas dans le coup. Tim Tollefson perdait pied d’emblée. Zach Miller sombrait, et ainsi de suite… Un à un, ils décrochaient le dossard. Les observateurs n’avaient plus qu’à suivre la longue balade solitaire de Pau Capell et parier sur le retour attendu de Xavier Thévenard, le triple vainqueur. Le jeune Jurassien accélérait le rythme dans la montée du col du Bonhomme pour rejoindre le premier peloton de chasse derrière le Catalan, qui comptait 20 minutes d’avance au sommet du col. La nuit allait ainsi passer, dans l’attente du juge de paix au petit matin, le Grand Col Ferret.
Et là, surprise : c’est toujours Pau Capell qui est devant. Et très loin devant. L’œil clair et la foulée toujours puissante. Allait-il réussir son UTMB en solitaire ? Sur les larges pistes suisses menant à Champex, puis sur les sentiers rapides vers le Col de la Forclaz, il ne montrait aucun signe de faiblesse. Il prenait le temps de s’alimenter avec de brèves baisses de rythme, pour assimiler ce qu’il ingérait. À Trient, avant les dernières montées, il avait presque une heure d’avance. Un exploit immense. Une fois dans Chamonix, Paul Capell fendait littéralement la foule, se heurtant à de nombreux spectateurs, éclaboussant de son grand bonheur le public venu le célébrer. 20h 19mn 05s, record de l’épreuve. Il avait gagné son pari insensé.
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UTMB 2019 : Xavier Thévenard en dauphin
Xavier Thévenard sait que l’on attend beaucoup de lui. Avec 6 victoires sur l’une ou l‘autre des épreuves de l’UTMB, il est à Chamonix un peu chez lui. Il faut les citer pour comprendre l’ampleur de l’exploit : 3 victoires sur l’UTMB (2013, 2015, 2018), 1 victoire sur la CCC (2010), 1 victoire sur la TDS (2014) et 1 victoire sur l’OCC (2016).
Sa seconde place de 2019 derrière Pau Capell, il la prend avec philosophie : « Il n’y a pas de déception. Franchir la ligne d’arrivée d’un ultra-trail, on ne peut pas le minimiser. Je m’étais fixé de faire le parcours en 21h10. Je fais 21h07. De toute façon, c’était clair dès le départ, je ne visais pas de 4ème victoire, même si tout le monde m’en parlait. Mon but, c’était de faire ma course avec mes sensations du jour. C’est ce que j’ai réussi à faire. Je ne vois pas ce que je peux regretter. Pau Capell était tout simplement énorme ! Cette 2ème place vaut aussi de l’or. »
UTMB 2019 : le respect de Xavier Thévenard pour Pau Capell
Xavier Thévenard poursuit : « L’ambiance était incroyable. Comme mes dernières courses disputées ici se sont bien passées, je ressens un engouement particulier. À l’applaudimètre, j’étais bien noté. Je ne sais pas combien de fois j’ai entendu mon prénom, mais c’était génial. » Beau joueur, il tient aussi à saluer la victoire de Pau Capell : « C’est un ultra-trail. Tout le monde peut avoir des défaillances, mais je n’ai pas l’impression qu’il en ait eues beaucoup. J’ai tout fait pour rester dans mon tempo, pour ne pas perdre trop de temps en cas de coup dur. Puis, quand je suis passé à un tempo soutenu pour espérer lui reprendre un peu de temps, je n’étais pas assez fort. Respect à lui ! Partir d’aussi loin, ça restera historique dans l’histoire de l’UTMB. »
https://www.esprit-trail.com/wp-content/uploads/2023/08/UTMB-2019-Pau-Capell-open.jpg7081260Patrick Guerinethttps://www.esprit-trail.com/wp-content/uploads/2025/02/ET-logo-vert-noir-300x87.pngPatrick Guerinet2023-08-24 05:00:002023-08-19 18:01:36UTMB STORY : 2019, le solo héroïque de Pau Capell
La France s’est mise à l’honneur en 2016 ! Les courses majeures de la semaine ont été remportées par les leaders français de l’ultra-trail de cette année-là, avec Ludovic Pommeret et Caroline Chaverot en prime time. Retour sur un UTMB bleu blanc rouge.
UTMB 2016 : sans Kilian ni François, avec Lorblanchet et Pommeret
Si les Américains sont historiquement aux avant-postes de l’ultra-trail format 100 miles, avec la Western States Endurance Run (WSER) depuis 1977 et la Hardrock 100 depuis 1992, la France a réussi, avec l’UTMB, à prendre une place centrale, s’auto-décernant le titre de « Sommet Mondial du Trail ». Preuve de ce succès, le Tour du Mont-Blanc est devenu la course star, celle dont le monde entier parle, et le vainqueur, quel qu’il soit, est « le » champion incontesté, chez les hommes comme chez les femmes. Quant aux absents, ils ont forcément tort, à l’aune de la médiatisation et la rentabilité ultérieure.
En cette année 2016, rares furent d’ailleurs les observateurs à remarquer l’absence au départ d’anciens vainqueurs récents chez les hommes. On ne trouvera ainsi pas de trace de regret de l’absence de Kilian Jornet, parti vers le toit du monde, ni même de François D’Haene, multi-vainqueur lui aussi. La densité de l’élite de l’ultra est alors telle, avec Thomas Lorblanchet et Ludovic Pommeret en têtes d’affiche côté français, que, même en l’absence des « stars » de la discipline, les deux vainqueurs homme et femme seront forcément considérés comme les champions de l’année, la victoire sur les 170km du Tour du Mont-Blanc l’emportant sur tout le reste.
Le départ de l’UTMB 2016. Vangelis, Conquest of Paradise, évidemment…
UTMB 2016 : une édition suffocante, un Pommeret à l’agonie
Suffocante à tous points de vue. Déjà, parce qu’à la canicule régnant dans les cieux depuis le lundi a succédé une grosse période orageuse le samedi soir, compliquant la tâche du gros du peloton encore engagé dans la montagne. Au niveau du suspense ensuite, car l’UTMB 2016 a proposé un scénario de course incroyable et indécis, tant chez les hommes que sur la course féminine.
À 41 ans, Ludovic Pommeret a réalisé une course tout en courage pour remporter de très loin son plus retentissant succès. Le coureur savoyard était proche de l’abandon, lorsque vers minuit vendredi soir, il a dû marcher entre les Contamines et les Chapieux, vaincu par des maux de ventre et naviguant aux alentours de la 50ème place. Il semblait à ce point en perdition que l’entraîneur national Philippe Propage enjoignit même son assistance de le contraindre à l’abandon pour sauvegarder sa santé.
UTMB 2016 : la remontée fantastique de Ludovic Pommeret
Quelle surprise alors, plusieurs heures plus tard, de voir Ludovic Pommeret remonter une cinquantaine de places dans la nuit, et le retrouver l’avant de la course. Au contraire de nombre de favoris, tels que Alberto Hernando (ESP), Miguel Heras (ESP), Ryan Sandes (AFS), Jason Schlarb (USA), Thomas Lorblanchet (FRA), Tofol Castanyer (ESP), Diego Pazos (SUI), Didrik Hermansen (NOR), tous contraints à l’abandon (comme plus de 42% des partants), “Ludo” est parvenu à se refaire une santé au fil des kilomètres.
À 30km de l’arrivée, il a ainsi réussi à rejoindre l’Américain Zach Miller, qui caracolait en tête depuis le départ, ainsi que le Lituanien Gediminas Grinius, avant de les « déposer » dans la montée vers Catogne. Il a ensuite accentué son avance dans la montée vers la Tête aux Vents (km 158) par plus de 30°C, avant de filer vers la victoire en 22h et 2 petites secondes, devant Gediminas Grinius et l’Américain Tim Tollofson, auteur d’une fin de course phénoménale.
UTMB 2016 POMMERET
UTMB 2016 : Caroline Chaverot au bout du suspense
Cette victoire renversante de Pommeret, indécise jusqu’à son terme, est à l’image de la course féminine. Caroline Chaverot, que l’on pensait largement au-dessus du lot, voire même capable de faire un top 3 au scratch, et Andrea Huser (SUI) se sont en fait livrées un combat de plus de 25 heures. Les deux favorites n’ont jamais été éloignées de plus de 20 minutes durant les 170km de course, Caroline conservant toujours la tête.
Cette avance fondait à 7 minutes à La Forclaz (km 147), puis bientôt 4 minutes. On craignait alors de voir se reproduire le scénario catastrophe de 2015 pour Caroline Chaverot (abandon à Vallorcine après avoir mené toute la course). Mais dans la montée vers Catogne (km 145), puis dans celle de la Tête aux Vents, la Française se reconstruisait une avance plus confortable d’une dizaine de minutes, pour boucler victorieusement l’épreuve en 25h 15mn 40s, devançant l’infirmière suisse de 45 ans.
Caroline Chaverot : “J’ai fait le deuil de la victoire…”
« Comme l’an dernier j’ai eu des crampes, mais cette fois-ci, j’ai pu continuer jusqu’au bout », racontera Caroline Chaverot. « Cette victoire a vraiment une saveur particulière, car ce fut un combat constant avec Andrea. Ce n’est pas comme si j’avais eu 2 heures d’avance… À un moment, j’ai même fait le deuil de la victoire quand elle est revenue très près de moi. Je me disais que 2ème, finalement, ce ne serait pas si mal… J’ai vraiment puisé au fond de moi comme jamais pour construire ce succès. »
Alors que les trombes d’eau s’abattaient sur le parcours en début de soirée du samedi, une bataille analogue avait lieu entre l’Espagnole Uxue Fraile et la Française Juliette Blanchet, pour la 3ème place. Mais l’Iséroise lâcha prise dans les 20 derniers kilomètres, pour laisser la dernière marche du podium à l’Espagnole.
La victoire au bout du suspense. Photo Dario Rodriguez
https://www.esprit-trail.com/wp-content/uploads/2023/08/caroline-chaverot-ludovic-pommeret-utmb-2016-1.jpg6751200Patrick Guerinethttps://www.esprit-trail.com/wp-content/uploads/2025/02/ET-logo-vert-noir-300x87.pngPatrick Guerinet2023-08-22 05:00:002023-08-19 18:04:29UTMB STORY : 2016, Ludovic Pommeret et Caroline Chaverot au sommet
2012, 2014, 2017 et 2021 : par 4 fois, François D’Haene s’est imposé sur l’UTMB. Si sa première victoire se dessina sur un parcours tronqué, les 3 suivantes ne souffrent d’aucune contestation. Surtout la 3ème, en 2017, face à Kilian Jornet. Un choc des titans qui reste dans les annales…
UTMB 2011 : François D’Haene comme un débutant
Il est venu un première fois en 2010, pour apprendre, mais la course a été arrêtée aux Contamines, pour des raisons météo. Un deuxième départ est donné le lendemain de Courmayeur, pour un UTMB transformé en CCC bis, mais François D’Haene n’en est pas. Il revient en 2011, remonté comme jamais, dans une forme époustouflante après avoir passé son été à se préparer. Manque de chance, il se retrouve de nouveau avec des conditions météo épouvantables.
Le départ, repoussé de 5 heures, est tout de même donné. Dans le froid et la pluie, il suit les meilleurs, dont l’OVNI Kilian Jornet, et se prend à rêver de podium. Hélas, il commet une erreur de débutant : en changeant plusieurs fois de chaussures, il modifie ses appuis et finit par se blesser à l’insertion du tendon d’Achille. François D’Haene n’a alors d’autre solution que d’abandonner, à 40 kilomètres de l’arrivée, alors qu’il est encore 6ème et rêve de boucler son premier Tour du Mont-Blanc. Ce sera pour 2012, et il ne fera pas les choses à moitié !
UTMB 2012 : François D’Haene dans la tourmente
Pour la 3ème année consécutive, les conditions sont dantesques ce jour de fin août à Chamonix. Sur la ligne de départ, 2000 coureurs patientent, dans le froid et sous la pluie. Ils attendent l’arrivée de Tofol Castaner, qui remporte la CCC juste au moment où eux-mêmes sont censés s’élancer. Mais les organisateurs ne peuvent se résoudre à envoyer les concurrents dans la montagne dans des conditions pareilles. Le froid, la neige et la grêle prévus, sans espoir d’amélioration, les incitent à proposer un itinéraire alternatif en France. 110km et 5 600m D+. Et il fait encore nuit quand François D’Haene franchit la ligne d’arrivée à Chamonix en vainqueur. Ce n’est certes pas un UTMB complet, mais c’est tout de même une victoire. Sa première. Qui en appelle d’autres.
Photo Organisation / DR
UTMB 2014 : François D’Haene s’invente en maestro de l’ultra
Après son premier succès en 2012 et son triomphe sur le Grand Raid de la Réunion en 2013, le viticulteur du Beaujolais fait désormais figure de maître incontesté de la distance de l’ultra-trail au niveau mondial, très loin devant les autres Français. Cerise sur le gâteau, malgré un terrain glissant suite aux fortes pluies de la fin de journée et de la nuit du vendredi, il réalise le meilleur temps sur le parcours de l’UTMB, avec un chrono de 20h 11mn 44 s. Un sol plus sec et un temps plus clément l’auraient sans nul doute conduit en moins de 20h à Chamonix. Mais revenons sur la course…
Le départ est donné sous des trombes d’eau, tandis que des milliers de litres se déversent sur les sentiers, les rendant terriblement piégeux sous la semelle des traileurs. « On aurait pu aller encore plus vite, mais à certains endroits, c’était impossible de courir, expliquera le vainqueur. On s’enfonçait dans la boue, les appuis étaient très instables, on était trempés.. »
François D’Haene mène le ba mais doit affronter les à-coups des deux seuls athlètes capables de l’accompagner au fil des kilomètres, ses propres coéquipiers, les Espagnols Tofol Castaner, vainqueur de la CCC en 2012, et Iker Karrera, dauphin de Jornet en 2011 et vainqueur du Tor des Géants 2013. Chacun à leur tour, les Ibériques tentent de surprendre le flegmatique champion français de 28 ans. « À Courmayeur (km 77), Iker Karrera a mis une forte accélération. Je me suis efforcé d’amortir, de temporiser. Je n’étais pas mal, mais je me disais qu’on n’était qu’au 80èmekm, et qu’il restait un bon bout de chemin », racontera François.
UTMB 2014 : une nuit à 3, un matin en solo
Au petit matin, avec le retour d’un temps sec et rasséréné par « une belle nuit passée ensemble », François D’Haene produit son effort. « J’ai senti que notre rythme commençait à baisser et j’ai voulu éviter un retour éventuel d’autres coureurs. J’ai profité de mes bonnes jambes pour accélérer. Je voulais faire la différence. C’était à La Fouly ou à Champex qu’il fallait tenter quelque chose, car la suite du tracé est compliquée pour faire des écarts. » Une stratégie payante, mise en place finalement à La Fouly (km 108). Une foulée qui s’allonge, des traits qui se creusent, le mental qui se durcit, et des adversaires qui cèdent…
Au passage à Trient (km 139), François est renseigné sur son avance. Environ 35 minutes. « J’ai alors pensé que je pouvais gagner et j’ai essayé de bien gérer ma fin de parcours. Globalement ma course a été régulière, mais difficile après un départ rapide et un parcours technique rendu boueux et glissant. » À Vallorcine (km 149), l’écart est toujours de 35 minutes entre le Français et le duo espagnol qui a fait course commune. Il le sera jusqu’à la Place du Triangle de l’Amitié de Chamonix où François D’Haene remporte son deuxième UTMB, le premier sur parcours complet, dans l’émotion et la liesse générale.
Derrière lui, Iker Karrera, visiblement plus en jambes que Tofol Castaner, n’a pas voulu rompre l’union sacrée avec son compatriote, et l’a attendu en haut de La Flégère. Les deux hommes finiront main dans la main ex-æquo à la 2ème place.
Photo Damien Rosso / www.droz-photo.com
UTMB 2017 : le choc des titans
Lédition 2017, c’est la promesse d’un grand combat. Sur la ligne de départ, trois anciens vainqueurs aux styles très différents, et tous si attachants. Kilian Jornet tout d’abord, déjà 3 fois vainqueur de l’UTMB. François D’Haene ensuite, 2 victoires dans sa besace. Et le petit Mozart du trail, Xavier Thévenard, lui aussi 2 fois triomphant ici, et qui a fait de cette semaine de l’UTMB son jardin d’excellence avec des victoires sur toutes les distances compétitives proposées. L’affiche était déjà très belle avec ces trois gaillards. Elle l’est encore plus avec celui dont on a fait l’épouvantail, la fusée américaine Jim Walmsley. L’homme qui, en peu d’années, a explosé la plupart des records des principaux standards US de l’ultra.
UTMB 2017 : et c’est parti pour le show !
Le premier tiers de la course a vite placé les débats au plus haut niveau. Si Kilian Jornet prend son temps sur les premiers kilomètres de course en toute décontraction, usant surtout de son Smartphone pour partager cet instant si intense avec pas moins de 38 000 « followers », il va vite se résoudre à suivre le rythme imposé par François D’Haene, Xavier Thévenard et Jim Walmsley. Et il a fallu attendre le col du Bonhomme (km43) pour voir un premier favori, Xavier Thévenard, décrocher légèrement. Les trois autres leaders continuent leur périple nocturne dans le froid et l’humidité.
À Courmayeur, vers 2h30 du matin, Jim Walmsley possède 5 minutes d’avance sur le duo Jornet-D’Haene. Habitué à des départs tonitruants, l’Américain, dont c’est la première expérience sur l’épreuve, a cette fois-ci adopté une stratégie plus sage. « Contrairement à ses habitudes, il s’est arrêté sur les premiers ravitaillements pour attendre les autres, être moins seul dans la nuit et se faire plaisir. La course commencera vraiment au lever du jour… », assure son team.
UTMB 2017 : le couperet du Grand Col Ferret
Après l’ascension du Grand Col Ferret (km102) soumis à un vent tempétueux et à des chutes de neige qui ont rendu la progression dantesque, Walmsley et D’Haene passent en tête. Derrière, Jornet digère « un coup de moins bien » ressenti depuis Courmayeur. La longue descente vers la Fouly scelle le sort de l’Américain, transi de froid et victime de grosses ampoules. Ses arrêts prolongés à la Fouly, puis à Champex-Lac, le décrochent définitivement de la tête de course. Devant, les visages marqués de D’Haene et Jornet n’indiquent pas forcément une forme vraiment meilleure, mais leur plus grande expérience de la montagne et de la course va les avantager…
À Trient, l’avance de D’Haene sur Jornet laisse entrevoir une issue favorable au coureur français. Il l’emportera « C’était fabuleux. On était vraiment fatigués quand le jour s’est levé, mais il fallait en finir, raconte François D’Haene, désormais triple lauréat. Et là, ça s’est compliqué. Heureusement, il y avait du monde partout sur le parcours, malgré la pluie, pour t’encourager, c’était juste incroyable… Ce n’était pas forcément une bataille contre les autres, mais plutôt contre soi. Quand j’ai attaqué la descente du Grand Col Ferret, on ne voyait rien, on était gelés, on avait les jambes toutes dures. »
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UTMB 2017 : l’hommage de Kilian Jornet
Beau joueur, Kilian Jornet, qu’on n’a pas l’habitude de retrouver sur la 2ème marche d’un podium, salue la prestation de son équipier de team. « C’était une compétition très dure, qui est partie vite tout de suite. Après Courmayeur, j’ai essayé de conserver un écart raisonnable avec François. À Champex, j’ai un peu récupéré, mais pas assez pour le rattraper François. C’était un super moment, une grande compétition entre nous. Je savais que François serait mon principal adversaire, il a toujours montré beaucoup de classe et de talent sur les longues distances, et il mérite largement cette victoire. »
Les États-Unis placent l’un de leurs représentants sur la 3ème marche du podium, en la personne de Tim Tollefson, toujours aussi à l’aise sur la fin de course. Il devance Xavier Thévenard, auteur lui aussi d’une belle fin de parcours, qui a repris Jim Walmsley dans le col des Montets et termine cette édition au pied du podium.
Photo Damien Rosso / www.droz-photo.com
UTMB 2021 : le retour du rêve (et de François D’Haene)
L’édition 2020 a été annulé, mais l’UTMB 2021 a offert un spectacle de toute beauté. Tout était là pour que l’alchimie réussisse : la ferveur sans entrave du public, l’émotion des milliers de traileurs sur chacune des épreuves, l’entrain inoxydable des speakers, la musique envoûtante, la course en direct sur grand écran… Et un niveau de compétition inégalé dans la galaxie mondiale du trail.
Malgré les contraintes sanitaires, intégrées par toutes et tous, la fréquentation n’a pas été impactée à la baisse, et la liesse fut au rendez-vous. L’effet de la crise sanitaire se nicha plutôt dans le niveau plus faible de préparation des coureurs de milieu de peloton, ce que soulignent les observateurs aguerris. « On n’a pas eu plus d’abandons, mais la vitesse de progression des coureurs était plus lente cette année pour la masse du peloton. Et du côté de l’activité médicale, on a réalisé plus d’interventions qu’à l’accoutumée », expliquait alors Isabelle Viseux-Poletti, directrice de l’UTMB.
UTMB 2021 : la passe de 4 pour François D’Haene
6 semaines seulement après avoir remporté et établi un nouveau record sur la course américaine de la Hardrock 100, disputée à plus de 3 000m d’altitude, François D’Haene décroche son 4ème UTMB, après 20h 45mn de course. Lors des premières heures, il regarde les autres coureurs lancer d’incessantes banderilles. Lui reste dans son rythme, contrôlant ses adversaires tout au long du parcours. Tour à tour, les abandons se succèdent. Au cœur de la nuit, François D’Haene passe en tête avec l’autre grand favori désigné, son ami américain Jim Walmsley. Jim et François franchissent l’un dans la foulée de l’autre les cols du Bonhomme, de la Seigne et l’Arête du Mont-Favre.
Mais Jim a subi le rythme de François, maître de l’allure, et il décroche dans la dernière partie avant la base de vie de Courmayeur. À la sortie de cette base de vie, de l’autre côté du Mont-Blanc, en Italie, peu avant la mi-course, D’Haene compte 3 minutes d’avance. Plus personne ne le reverra. Jim Walmsley perd toute illusion dans la longue ascension du Grand Col Ferret et jette l’éponge. En arrivant en Suisse, le combat devenait franco-français, avec l’expérimenté François face à la jeune génération des ultra-traileurs, représentée par Aurélien Dunand-Pallaz et Germain Grangier.
Photo Franck Oddoux
UTMB 2021 : 12 minutes d’avance à Champex, 15 à Chamonix
De l’extérieur, en regardant les images, personne ne se doutait que le grand François avait les jambes dures. Avec 20 minutes de retard à Courmayeur, et un peu plus encore à Champex, le tempo initial construit sur un chrono final de 19h50 devait être recalculé. Il allait falloir gérer cette fatigue. François s’avançait au bord du lac de la douce cité helvète avec une avance qu’il n’augmentera que de très peu jusqu’à l’arrivée.
Dans la montée des Tseppes, Mathieu Blanchard reprenait Germain Grangier pour compléter le podium. Venu à l’ultra en 2017, il aura effectué un apprentissage express de la distance. « Je n’arrive pas à réaliser, dira-t-il sur la ligne d’arrivée. Ce podium sur l’UTMB, c’était un rêve ; je ne pensais pas qu’il arriverait aussi tôt. Je suis sur une autre planète ! Tout s’est aligné aujourd’hui. J’ai eu l’impression de voler sur tout le parcours. Mon niveau d’énergie est resté constant et m’a permis de pousser tout au long de la course ! »
Quant à François D’Haene, il devient recordman de victoires, avec 4 unités : « Après un début de saison difficile, j’ai su me remotiver pour ce challenge. Cette victoire, je l’ai vraiment savourée, elle a été très dure à aller chercher. J’ai eu les jambes dures assez vite. Avant Courmayeur, on a bien joué avec Jim Walmsley, et il l’a payé. De Courmayeur à Champex, j’ai souffert. Ce fut une course vraiment intense. »
Le 14 juillet 2023 à 6h du matin, Anne-Lise Rousset est sur la ligne de départ de la Hardrock 100, à Silverton, Colorado. Pour la première fois, la Française, détentrice du record du GR20 depuis juin 2022, s’attaque à ce mythe américain, ses 160 et 10000m de D+. Bien plus qu’un récit de course, ce film de 18 minutes retrace une aventure humaine exceptionnelle.
Anne-Lise Rousset à l’assaut de la Hardrock 100
La boucle, qui emprunte les sentiers qu’arpentaient les mineurs dans les montagnes au XIXème siècle, est redoutable. Des montées vertigineuses. Des descentes abruptes. Mais aussi des torrents à traverser. Et un passage au Handies Peak, à près de 4300 mètres d’altitude ! Après trois semaines d’acclimatation en famille et avec des amis, Anne-Lise Rousset se lance dans l’aventure avec l’ambition de faire un podium. Voire mieux. Comme le dit son mari, Adrien Séguret, sélectionneur de l’équipe de France, « terminer 3ème en 27 heures, ce serait magnifique, terminer 1ère en 30 heures, ce serait encore mieux ! »
Face à Anne-Lise Rousset, Courtney Dauwalter
Mais l’Américaine Courtney Dauwalter est également sur la ligne de départ. Et c’est une concurrente redoutable. Sns doute la meilleure ultra-runneuse en activité sur ce type de format de 100 miles. L’an dernier, les 2 femmes se sont affrontées sur la Diagonale des Fous, la traversée de l’ïle de la Réunion du sud au Nord. Et l’Américaine s’est largement imposée, devançant la Française de plus de 2 heures. Très motivée, Courtney Dauwalter vient de remporter 3 semaines plus tôt la Western States Endurance Run, l’autre ultra-trail mythique des Etats-Unis, en réalisant une performance incroyable. Et elle rêve de réaliser le doublé…
À mi-course, Courtney Dauwalter et Anne-Lise Rousset discutent, au coude à coude. Source Kisses from Silverton
La Hardrock 100 d’Anne-Lise Rousset en 18 minutes chrono
En 18 minutes, ce film raconte ce qu’est la Hardrock 100 et propose des images magnifiques de la compétition, avec cet incroyable mano a mano entre Anne-Lise Rousset et Courtney Dauwalter durant plus de la moitié de la course. On y découvre le stress, l’excitation, les doutes, la souffrance, l’humilité de la Française. Et à la fin, la délivrance. À voir absolument.
Un film réalisé par Mouss Films et possible grâce à Scott Sports France, Scott Running, i-Run, Sidas et Garmin France.
2011, 2015 et 2018 : en 3 éditions de l’UTMB, Xavier Thévenard a écrit sa légende et est devenu le « Petit Prince du trail ». Et par 3 fois, il a fait preuve d’une maîtrise et d’une régularité comme seuls des champions d’exception en sont capables. Retour sur 3 exploits majeurs.
UTMB 2011, la première de Xavier Thévenard
2011. Chamonix est devenue la capitale mondiale du trail. Et pas seulement la semaine où se déroulent les événements qui gravitent autour de l’UTMB. Ce territoire est devenu la Mecque des traileurs, ces mangeurs infatigables de kilomètres et de dénivelé. Les Japonais rêvent de Chamonix, les Américains se préparent pour Chamonix, et sur les dossards avec les drapeaux de nationalité, c’est une vraie Tour de Babel qui s’écrit sur les sentiers du Tour du Mont-Blanc. L’édition 2013 confirme le mythe et courir l’UTMB est devenu le graal du traileur mondial.
Ce vendredi de fin août, Xavier Thévenard est arrivé sans se presser sur la ligne de départ… Il avait déjà ravi les observateurs lors de sa victoire « surprise » sur la CCC en 2010, alors qu’il ne pratiquait le trail que pour se préparer aux saisons de ski de fond, lui le jeune « Made in Jura ». Ce qui marqua les observateurs lors de ce départ de l’UTMB, c’est la sérénité de Xavier, contrastant avec l’apparente envie d’en découdre immédiatement des autres leaders, qui prirent le départ comme pour un trail court.
Deux grosses dizaines d’heures plus tard, la victoire du « gamin » de 25 ans a fait l’unanimité dans le monde du trail, et bien au-delà. Un fait qui tient d’abord à la personnalité de ce jeune homme attachant et souriant, qui croque la vie à pleine dents, avec un mélange de détachement et de volonté de réussir qui dessine un homme vrai. Son arrivée sur la Place du Triangle de l’Amitié à Chamonix avait une belle authenticité : il était heureux, épanoui, savourant l’instant en se donnant le temps de franchir la ligne par un saut symbolique et de lever les bras vers le ciel. Mais revenons au départ.
Photo DR
Au col de la Voza, les leaders son déchaînés
Le départ de l’UTMB est le premier piège a déjouer pour celui qui vise une performance, voire la gagne. Du plat, des relances et, avant le 15ème kilomètre, la montée au Col de Voza à partir des Houches. Une côte sur piste forestière de plusieurs kilomètres qui permet de courir aux plus aguerris, suivie d’une descente rapide vers St Gervais… Ce n’est qu’après, au-dessus de Notre-Dame de La Gorge, que l’UTMB commence vraiment. Quand on rentre enfin sur les sentiers de montagne et que l’on s’enfonce dans la nuit, à l’assaut du terrible col du Bonhomme. L’énergie se perd ou se préserve dans ces deux à trois premières heures de course.
Juste au niveau du Col de Voza, un passage montre deux types de gestions de course. Les deux premiers, Julien Chorier et Manu Gault, courent sur un virage à 20% de pente et coupent au creux de la courbe, les mâchoires serrées, l’appui dynamique. Quelques minutes plus tard, Xavier Thévenard passe en marchant, s’aidant des bâtons, souriant au photographe, écartant sa trajectoire pour s’éviter le gros du pourcentage. Xavier raconte à l’arrivée : « J’avais pour consigne de rester tranquille jusqu’à Courmayeur, car c’est là qu’une deuxième course commence,. C’est ce que j’ai fait. »
Concentré, Xavier Thévenard file vers sa première victoire. Photo DR
10 hommes devant, Xavier Thévenard tranquille
Le plus impressionnant chez Xavier Thévenard, c’est sa régularité. En le voyant passer, on pense qu’il chemine tranquillement. Mais si on cherche à le suivre un moment, on constate que non seulement son rythme est élevé, mais surtout qu’il est hyper régulier et qu’il se joue des obstacles. Sans jamais accélérer, celui que l’on baptisera « le petit prince du trail » construit une chevauchée fantastique. Il revient sur tous les leaders, et passe en tête inexorablement. Très technique et rapide en descente, il creuse l’écart sans offrir à ses concurrents le temps de reprendre du terrain.
Xavier, toujours dans le texte : « Ça donne confiance d’être en tête. Je me sentais bien, même si c’est une course de barges et que ça fait mal ! » Marqué sur le final entre le Col des Montets et Chamonix, il se concentre sur son effort dans les pièges des sentiers altiers de la Tête aux Vents à la Flégère et devient, dans un Chamonix en liesse comme jamais, le 2ème Français à remporter l’UTMB® sur son tracé intégral, après Vincent Delebarre en 2004. Il lui aura fallu 20h 34mn 57s pour dompter le tour du Mont-Blanc.
2011 : 1ère victoire. Photo Jocelyn Chavy / UTMB
UTMB 2015, deuxième victoire pour Xavier Thévenard
Sur cet UTMB 2015, la liste des prétendants à la victoire est impressionnante, tant chez les hommes que chez les femmes. Sage et sûr de lui, Xavier Thévenard va cheminer tel un métronome tout au long des 170 km et 10 000m de dénivelé de cette édition. En 21h 09mn 15s, il dominera largement ses adversaires du jour. Luis Alberto Hernando (Espagne) terminera 2ème à 49 minutes, et Dave Laney (USA) 3ème 1mn30 plus tard. L’athlète jurassien rejoint l’Italien Marco Olmo et le Français François D’Haene au rang des doubles vainqueurs de l’épreuve. Il ne reste plus alors qu’une longueur d’avance à l’Espagnol Kilian Jornet, triple vainqueur (2008, 2009 et 2011).
Tout au long des 170km du parcours, Xavier a épuisé ses adversaires. En tête à La Fouly (km 110), il s’échappe pour ne plus jamais être inquiété. « Quand je revis ma course de cette année, je me dis que c’est quasiment une copie conforme de celle de 2013, dans son scénario et dans ses conditions. Sauf que cette année, je ne me suis pas trop préoccupé de l’adversité, mais de mon seul chrono. Je m’étais fixé des temps de passage au fil du parcours, et me suis attaché à tenter de les respecter, pour bien rester dans ma course. » Retour sur son exploit.
La tête dans le guidon
Le passage à St Gervais est toujours l’occasion de faire un premier point sur la forme du jour. On retrouve 6 coureurs en tête : le Français Clavery, les Espagnols Castaner, Hernando, Héras et Garcia, ainsi que l’Américain Canaday. Xavier Thévenard pointe alors à la 8ème place, à 1mn50 des leaders. Rien d’alarmant. Il réussit d’ailleurs à boucher cet écart sur le faux-plat qui mène aux Contamines. C’est un premier signe qui ne trompe pas : le Français est en forme ! Ils sont alors 7 à l’approche du col du Bonhomme, les choses sérieuses peuvent commencer.
Clavery perd 8 minutes dans l’ascension, Garcia en perd 6. La course est lancée, les hommes forts sont devant. Au passage en Italie par le col de la Seigne, la nuit est parfaite, pleine lune, étoiles. Au km 65, l’Américain Canaday tombe violemment sur une pierre. Sa course s’arrête alors subitement. Ils ne sont plus que 4 en tête, qui arrivent à la base de vie de Courmayeur. Thévenard est le plus rapide à se changer, il repart décidé et annonce en sortant de la base de vie : « J’accélère dans la prochaine ascension ! »
Il est 3h du matin quand il attaque effectivement dans la courte mais sèche ascension vers le refuge de Bertone. La mi-course n’est pas encore franchie, le Français attaque-t-il trop tôt ? Il paraissait si facile en arrivant sur la base de vie, que cette première banderille permet finalement de tester ses adversaires. Castaner est le seul à s’accrocher, Hernando perd 3 minutes, Heras 6. Les Espagnols doutent, Héras abandonne. Hernando passe au sommet du Col Ferret à 9 minutes de Thévenard et Castaner qui prennent le large en montant le col à un impressionnant 845m D+/h.
Xavier Thévenard magique en solitaire
Certains disent que la course commence à la Fouly. Encore faut-il y arriver en bonne position et avec le bon niveau de fraîcheur. Thévenard passe avec 2mn d’avance sur Castaner qui grimace. L’Espagnol est tombé, il est strappé, il souffre. Thévenard semble toujours facile, il sourit, il relance. Il a 110 km dans les jambes, 13h de course dont une nuit blanche, et le Français semble réellement s’amuser ! Il compte 2 minutes d’avance à la Fouly, puis 11 à Champex. Le Français s’envole. Castaner doit même se résoudre à abandonner tellement la douleur est insupportable.
Thévenard possède alors 56 minutes d’avance à Trient. La route est libre. À moins d’une énorme défaillance sur les 30 derniers kilomètres, il a mis tout le monde KO. L’ambiance à son entrée dans Chamonix est incroyable, il arrive avec un drapeau du Jura dans chaque main, les larmes aux yeux… C’est fait ! C’est un grand moment, Xavier Thévenard remporte pour la deuxième fois l’UTMB. Hernando prend la 2ème place, l’Américain Laney monte sur la 3ème marche du podium.
2015 : et de 2 ! Photo UTMB / DR
UTMB 2018, le triplé pour Xavier Thévenard
Chaque édition est inédite, et tous les scénarios écrits à l’avance volent en éclats, pulvérisés façon puzzle par le fracas de la lutte des hommes et des femmes venus cette année de 101 nations. Cette discipline si particulière qu’est l’ultra-trail n’a rien d’une science exacte, et elle s’avère rétive au moindre pronostic. C’est sûrement la leçon à retenir de cette édition 2018. Mimmi Kotka (Suède) l’avait annoncé : « Un traileur ne peut pas avoir d’ego, car la montagne a vite fait de le remettre à sa place. » Xavier Thévenard rappelait lui aussi l’humilité à afficher avant une telle épopée. « L’ultra, c’est une épreuve à part. On ne peut pas écrire ce qu’il va se passer en avance. »
Ainsi, alors que tout le monde annonçait un duel entre Jim Walmsley et Kilian Jornet, celui-ci a tourné court, pour laisser place au triomphe émouvant du « Petit Prince de l’UTMB ». La montagne et ses conditions difficiles (ressenti -10°C aux cols et humidité) ont été implacables pour la majorité des grands favoris de cette édition, tout comme pour une grande partie du peloton. La nuit a vu une hécatombe au sein des favoris annoncés. Jim Walmsley est parti comme d’habitude tambour battant : 1h44mn pour les 21 premiers kilomètres, 2h40mn pour atteindre le km 30. Aux Contamines (km 31), les premiers comptaient déjà 10 minutes d’avance sur les horaires les plus rapides imaginés, et ce alors que la pluie accompagnait les coureurs depuis le départ. Cette avance est même montée jusqu’à 15 minutes, avant de descendre sensiblement.
Après avoir longtemps mené, Jim Walmsley a connu une énorme défaillance, le rétrogradant en 19ème position au km 80, à Courmayeur. Dans des conditions favorables aux montagnards purs et durs (froid, vent, pluie, limite pluie neige à 2500m), la coqueluche américaine a ensuite poursuivi sa descente aux enfers au fil des kilomètres. Mais la première des séquences fortes en émotions fut le moment où Kilian Jornet dut s’arrêter. Car cet UTMB 2018 a aussi prouvé que « l’ultra-terrestre » reste un humain, ce que ses performances stratosphériques de ces derniers temps sur toutes les courses où il s’était aligné avaient eu tendance à faire oublier.
Ce jour-là, le Catalan n’a pas pu concrétiser sa domination sur le trail mondial. Piqué par une guêpe trois heures avant le départ, Kilian Jornet a fait une forte réaction allergique le contraignant à rebrousser chemin au sommet du grand Col Ferret. Dans cette course à élimination, Xavier Thévenard a été le seul ténor à s’en sortir indemne, fidèle à son plan de course et après un duel épique avec Zach Miller. Un Zach Miller qui fit montre ensuite d’un courage immense, silhouette à la dérive, titubant jusqu’au bout de la douleur pour enfin stopper son calvaire.
Xavier Thévenard et le chrono
C’est finalement un étonnant Roumain, Robert Hajnal, pantalon noir et veste de pluie jaune trop grande, qui terminera 2ème, à plus d’une demi-heure du Français, devant le fougueux Espagnol Jordi Gamito. Xavier Thévenard a bouclé les 170km et 9800m de dénivelé du parcours en 20h 44mn 16s. « Mon objectif est clair : faire le tour du Mont-Blanc le plus rapidement possible, sans me préoccuper de la concurrence. Mon objectif est d’abord chronométrique, car je sais que si je l’atteins, je ne serai pas très loin de la victoire », avait-il expliqué avant le départ…
https://www.esprit-trail.com/wp-content/uploads/2023/08/UTMB-2018.png7741200Patrick Guerinethttps://www.esprit-trail.com/wp-content/uploads/2025/02/ET-logo-vert-noir-300x87.pngPatrick Guerinet2023-08-11 05:00:002023-08-07 20:17:23UTMB STORY : les 3 victoires de Xavier Thévenard
Ils se prénomment Dawa, Colette, Krissy, Vincent, Marco, Liz, Karine, Christophe, Nikki, et même Kilian et François… Et ils se sont fait un nom ici, sur cette place du Triangle de l’Amitié qui a scellé leur victoire sur l’une ou l’autre des 10 premières éditions de l’UTMB. Sous les hourras de la foule, dynamités par la voix de Ludovic Collet, accueillis par l’accolade de Catherine Poletti. Bien plus qu’un souvenir ou une ligne sur un palmarès, on vous embarque pour revivre la grande Histoire de l’UTMB et en rencontrer les figures de légende.
UTMB 2003 : la première levée pour Dawa et Krissy
L’UTMB s’élance pour la première fois. Pour moins effrayer les coureurs, il est possible de choisir d’arrêter sa course et d’être classé, soit à mi-parcours à Courmayeur, soit au tiers du chemin à Champex, soit sur le tour complet à Chamonix. Dans des conditions de pluie, de froid et même de grêle qui ne permettent qu’aux mieux préparés – alors équipés de bric et de broc – de terminer, c’est celui qui va devenir la première icône du trail moderne qui l’emporte : le Népalais Dawa Sherpa. Chez les filles, l’Américaine Krissy Moehl inaugure une belle série de victoires pour ces dames venues d’outre-Atlantique. Sur le tour complet, seuls 67 coureurs parviennent à terminer ! Ils sont à tous jamais les pionniers que suivront des dizaines de milliers d’autres valeureux finishers…
Dawa Sherpa, 1er vainqueur de l’UTMB. Photo UTMB / DR
UTMB 2004 : Vincent, Colette et les autres…
Il court des 100 kilomètres sur route, s’illustre aux Templiers, fait du triathlon et surtout il est guide de haute-montagne. Le Chamoniard Vincent Delebarre remporte en local de l’étape le 2e UTMB. Il s’imposera ensuite sur bien d’autres épreuves comme la Diagonale des Fous. Il devient le premier entraîneur du club de course à pied de la vallée et initie aux plaisirs du trail de nombreux membres qui deviendront des passionnés aguerris. Chez les femmes, en voisine valaisanne, la Suissesse Colette Borcard ajoute l’UTMB à sa longue liste de victoires en course de montagne, du Kilomètre Vertical de Fully à l’ultra-trail.
Vincent Delebarre s’impose chez lui pour la 2ème édition. Photo DR
UTMB 2005 : Jacquerod croque la course et Lizzy Hawker inaugure une longue série
Il est celui que l’on place en favori à toutes les courses où il s’aligne en 2005. Le discret Suisse Christophe Jacquerod confirme les pronostics et remporte ce 3e UTMB. Chez les femmes, le monde du trail découvre la très réservée Britannique Elisabeth Hawker, surnommée Lizzy, qui détient aujourd’hui le record absolu sur l’UTMB avec 6 victoires. Une personnalité attachante, aussi magistrale sur le sentier qu’effacée dans la vie courante…
UTMB 2006 : la leçon de Marco et l’éclectisme de Karine
Les Américains avaient pronostiqué haut et fort leur victoire… Mais en économe, pas après pas, mains dans le dos dès qu’il s’agit de grimper une pente raide, c’est le vénérable Italien Marco Olmo qui l’emporte, à 58 ans, chaussé d’un modèle de route et avec un sac bricolé de ses mains. Chez les dames, Karine Herry, la multiple vainqueur (9 victoires) de la Grande Course des Templiers, par ailleurs championne de France des 100km, l’emporte haut la main. Pour l’histoire, on notera que la première édition de la désormais fameuse CCC est emportée au scratch par Corinne Favre, devant un certain… Julien Chorier.
UTMB 2007 : Marco confirme et Nikki l’emporte
On n’y croyait pas. Et pourtant ! L’inexorable régularité d’Olmo lui offre, à 59 ans, sa 2e victoire sur l’UTMB, cette fois avec des chaussures de trail et un sac moderne. Mais toujours avec sa fidèle épouse et ses « pasta al dente » aux ravitos ! Chez les dames, l’ombrageuse Nikki Kimball devient la 2e Américaine à remporter l’UTMB, malgré ce type de course si différent des fameux 100 miles organisés de l’autre côté de l’océan. Sur la CCC, Julien Chorier gagne une place et l’emporte, entamant une belle carrière toujours d’actualité en 2023.
Marco Olmo, 2 victoires d’affilée à près de 60 ans ! Photo Alice Buffoni
UTMB 2008 : et Kilian réinventa l’ultra-trail
On croyait l’ultra-trail réservé aux « anciens », comme venait de le prouver Marco Olmo en s’imposant 2 années de suite, dont la dernière fois à près de 60 ans ! Et voilà un jeune homme frêle qui fonce sur le sentier, très légèrement équipé, exploitant à fond un règlement qui créera une jurisprudence Kilian ! À seulement 20 ans, le plus jeune inscrit à l’UTMB, le déjà prodige Catalan Kilian Jornet éclabousse de sa classe l’événement en s’échappant dès l’entame de la nuit aux Contamines. Il ne sera jamais rejoint, malgré quelques contrôles inopinés de matériel obligatoire qui le ralentiront. Chez les femmes, la grande dame Lizzy Hawker grimpe pour la 2e fois sur la plus haute marche du podium.
Un inconnu de 20 ans, en tenue minimaliste, remporte l’UTMB. Il est espagnol et s’appelle Kilian Jornet. Photo UTMB / DR
UTMB 2009 : la grande chaleur n’atteint pas Kilian
Cette année-là, la température prend des allures tropicales et s’aventure vers les 30°C. Durant la course, un coureur capte toutes les attentions et la faveur des médias et du public. Kilian Jornet possède les bons codes, et sa victoire semble presque facile. Côté féminin, pour sa 2e participation à l’UTMB, Krissy Moehl l’emporte à nouveau !
UTMB 2010 : une édition raccourcie qui prend l’eau
Les conditions météorologiques sont un élément primordial pour les trails en montagne. Les meilleurs météorologues sont au chevet de l’UTMB et, après avoir repoussé d’une demi-heure le départ des coureurs, acceptent de les délivrer à 18h30. Mais la perturbation évolue plus rapidement que prévu : les torrents débordent et les chutes de pierre rendent la montagne dangereuse. La course est arrêtée aux Contamines. Les leaders se retirent et Kilian Jornet prend même la route durant la nuit, pour aller disputer une autre épreuve le lendemain en Italie.
Pourtant, un deuxième départ est donné le samedi de Courmayeur, pour un UTMB transformé en CCC. Jezz Bragg en profite pour gagner la course de sa vie, et Lizzy Hawker aligne une autre victoire. Sur la vraie CCC, un jeune Jurassien inconnu l’emporte avec le sourire, proposant même un impromptu de guitare sur la ligne d’arrivée. Il s’appelle Xavier Thévenard !
Lizzy Hawker, une humilité à toute épreuve. Photo Alo Belluscio / The North Face
UTMB 2011 : une brindille d’herbe pour Kilian
Il pleut et repleut toute la journée du vendredi… Les organisateurs retardent le départ de la course à 23h pour avoir une fenêtre de calme météo relatif. Une très longue journée pour les coureurs en attente du start. Dès le premier tiers de course, un quatuor affronte ensemble la nuit : les Espagnols Kilian Jornet, Iker Karrera et Miguel Heras, ainsi que le Haut-savoyard Sébastien Chaigneau. Ces quatre-là ne vont pas se lâcher jusqu’à Martigny, le parcours de la course ayant évité quelques points hauts. Aperçu une brindille d’herbe entre les dents, arborant un grand sourire et prenant le temps d’admirer les montagnes, Kilian se remet à son rythme en arrivant en France et passe la ligne d’arrivée seul et en souplesse. Chez les femmes, la « Reine » Lizzy Hawker s’offre sa 4e victoire.
UTMB 2012 : le peloton de départ de l’UTMB attend Tofol !
L’image est forte : Tofol Castaner emporte la CCC sur une ligne d’arrivée où patientent les 2000 coureurs de l’UTMB… Une fois de plus, un temps très tourmenté crée des conditions dantesques (neige, froid, grêle…) sans espoir de s’améliorer. Un itinéraire alternatif en France est proposé avec 110km et 5 600m D+. Et il fait encore nuit quand François D’Haene franchit la ligne d’arrivée à Chamonix en vainqueur. C’est sa première, il y en aura 3 autres. Deux heures plus tard, c’est une victoire de plus pour Lizzy Hawker…
2012, la première victoire de François D’Haene. Photo UTMB / DR
https://www.esprit-trail.com/wp-content/uploads/2023/08/UTMB-10-ANS-OPEN.png7371200redacteur esprit trailhttps://www.esprit-trail.com/wp-content/uploads/2025/02/ET-logo-vert-noir-300x87.pngredacteur esprit trail2023-08-09 05:00:002023-08-07 20:18:29UTMB STORY : de 2003 à 2012, tout savoir sur les 10 premières éditions
Avec un temps de 2h25 réalisé en 2019, Kilian Jornet détient le record de vitesse de la course de montagne Sierre-Zinal, réputée comme l’une des plus rapides et prestigieuses du circuit mondial. Si ce chrono est déjà exceptionnel pour un parcours de 31 kilomètres et 2200m D+ parcouru à une vitesse réelle de 12,83km/h, il revêt une toute autre dimension si l’on applique la règle du kilomètre-effort. Kilian Jornet aurait alors couru à une vitesse relative supérieure à celle du Kényan Eliud Kipchoge lors de son record du monde du marathon à Berlin en septembre 2022. Explications.
Les traileurs de plus en plus rapides
Au vu des records d’épreuves qui ne cessent de tomber ces dernières années, il est clair que la vitesse à laquelle courent les meilleurs traileurs du monde ne cesse d’augmenter. Et ce, que ce soit chez les hommes ou chez les femmes. Meilleure préparation, meilleure alimentation, meilleur matériel, meilleure assistance, les raisons sont multiples mais les faits sont là. Et les progrès sont très spectaculaires. Là où l’on parle de secondes grignotées pour un marathonien sur route, on parle de minutes sur des trails courts, voire de dizaines de minutes sur des trails longs et ultras.
En récupérant le record de l’UTMB sur le parcours intégral en 19h 49mn 30s, Kilian Jornet a ainsi battu en 2022 son record perso, datant de 2011, de plus de 45 minutes (20h 36mn 43s). Et il y a quelques semaines, l’Américaine Courtney Dauwalter battait de 2 heures sa meilleure performance sur la Western States Endurance Run, qui datait de 2018, en claquant un chrono de 15h 29mn 33s. Une progression énorme en seulement 5 ans !
Courtney Dauwalter à l’arrivée de la Western States Endurance Run 2023, record pulvérisé. Photo Instagram Courtney Dauwalter
Sierre-Zinal, la course référence
« Sierre-Zinal est une des rares courses de trail où l’on cite son meilleur chrono avant son meilleur classement, expliquait en 2019 Grégory Vollet, team manager de Salomon. Le chrono réalisé sur Sierre-Zinal est devenu une marque de référence, comme un meilleur temps sur marathon ou semi-marathon pour un coureur de trail. » Il faut dire que cette course ne permet aucun relâchement, et ce pendant 31 kilomètres.
Le profil de Sierre-Zinal.
Le parcours peut se résumer en 3 actes. D’abord une première bosse très verticale, la montée de Ponchette, un véritable mur de 8km et 1300m de dénivelé positif. Ensuite l’équivalent en distance d’un semi-marathon sur un terrain vallonné à flanc de montagne. Enfin une descente très raide vers l’arrivée. En 2019, Kilian Jornet a parcouru cette montée de Ponchette à une vitesse ascensionnelle de… 1657m D+/h ! Il a ensuite parcouru son kilomètre le plus rapide, le KM 11, la descente juste avant Chandolin, en 3mn 08s. Soit plus de 19km/h ! Et a terminé les 500 derniers mètres à plus de 21km/h. Stratosphérique !
Kilian Jornet, 9 fois vainqueur de Sierre-Zinal. Photo DR
Le kilomètre-effort, une formule reconnue
La vitesse à laquelle les traileurs courent une épreuve dépend de facteurs aléatoires, tels que la météo, mais aussi et surtout de facteurs établis tels que la distance qu’ils ont à parcourir, le dénivelé positif et négatif total et le profil général de la course. Ainsi, afin de pouvoir comparer les performances de vitesse entre les différentes épreuves, on fait appel au km-effort. La règle du km-effort est une formule reconnue en trail running qui prend en compte la distance et le dénivelé positif. Ainsi, le km-effort est calculé en ajoutant 1 kilomètre pour 100 mètres de dénivelé positif à la distance totale de la course. Par exemple, une course de 50 km avec 2000 mètres de dénivelé positif correspond à 70km-effort. Une SaintéLyon, avec ses 78km et 2050m D+, correspond à 98km-effort. Et un UTMB, avec ses 171km et ses 9900m D+, correspond à 270km-effort.
Bonne nouvelle : la règle du kilomètre-effort n’interdit pas de tirer la langue ! Photo DR
Sierre-Zinal VS Marathon de Berlin : Kilian Jornet VS Eliud Kipchoge
En prenant en compte le km-effort, Sierre-Zinal, avec ses 31km et 2200m D+, correspond à 53km-effort. En ayant établi le record en 2019 en 2h 25mn 35s, Kilian Jornet a parcouru la distance à une vitesse relative de 21,85km/h. Du côté du Marathon de Berlin, l’un des plus rapides du monde car très plat, les 42,195km et 28m D+ correspondent à 42,475km-effort. En établissant le record du monde du marathon en 2h 01mn 09s en septembre 2022, le Kényan Eliud Kipchoge a couru à une vitesse relative de 21,06km/h. Soit près de 0,8km/h plus lentement que Kilian Jornet, pour un kilométrage-effort inférieur de près de 10 kilomètres !
Kilian Jornet à l’arrivée de Sierre-Zinal en 2019, record en poche. Photo DREliud Kipchoge lors de son record du monde du marathon, en septembre 2022 à Berlin. Photo DR
Sierre-Zinal VS Marathon de Berlin : Maude Mathis VS Gladys Cherono
En suivant ce raisonnement, on peut également comparer les performances relatives du côté des femmes. Détentrice du record de Sierre-Zinal, la Suissesse Maude Mathis a établi en 2021 un chrono de 2h 49mn 20s. Soit, pour les 53km/effort correspondants, une vitesse relative de 18,78km/h. Du côté des marathoniennes, c’est la Kényane Gladys Cherono qui détient le record du marathon de Berlin, avec un chrono de 2h 18mn 11s réalisé en 2018. Ce qui correspond à une vitesse relative de 18,44km/h. Là encore, Sierre-Zinal s’avère plus rapide que Berlin.
En revanche, si l’on compare la vitesse relative de Maude Mathis à Sierre-Zinal à celle de la détentrice du record du monde du marathon, le résultat est inversé. Avec un chrono de 2h 14min 4s réalisé le 13 octobre 2019 lors du marathon de Chicago, qui présente un D+ de 91 mètres, la Kényane Brigid Kosgei a couru la distance correspondant à 43,1km/effort à une vitesse relative de 19,30 km/h. L’honneur des marathoniennes est sauf !
Maude Mathis en 2021, lors de son record de Sierre-Zinal. Photo DRGladys Cherono, détentrice du record du marathon de Berlin depuis 2018. Photo DR
https://www.esprit-trail.com/wp-content/uploads/2023/08/Sierre-Zinal-Berlin-Open.png6141200Patrick Guerinethttps://www.esprit-trail.com/wp-content/uploads/2025/02/ET-logo-vert-noir-300x87.pngPatrick Guerinet2023-08-08 07:43:302023-08-08 07:43:32Sierre-Zinal, plus rapide que le marathon de Berlin !