Avec 6 titres de champion du monde obtenus par ses athlètes – dont le dernier par Blandine L’Hirondel en Thaïlande en novembre 2022 -, Philippe Propage, ancien sélectionneur de l’équipe de France de trail entre 2009 et 2021 et actuel team manager de la Women Team d’Evadict, fait figure « d’homme aux mains d’or ». Au fil des années, il a mis au point une « Méthode Propage » infaillible pour faire progresser les coureurs, quel que soit leur niveau de départ, du débutant au confirmé. Rencontre avec le moustachu le plus coté du coaching, qui nous livre 5 vérités.

Vérité n°1 : Prendre en compte les capacités d’entraînement

Philippe Propage : La première règle, c’est de comprendre que c’est la disponibilité qui va définir l’entraînement, et non pas l’inverse. Prenons un exemple tout simple : 2 femmes qui valent 40 minutes sur 10km, donc qui courent déjà bien, à 15km/h de moyenne. Elles ont 30 ans. Si je les mets côte à côte, ce sont les mêmes. Sauf que l’une est prof agrégée – donc 15 heures de cours par semaine -, travaille à mi-temps, est célibataire et vit chez ses parents, tandis que l’autre est mariée, 3 enfants, est infirmière et fait des nuits. Si je suis entraîneur et que je ne m’occupe que de la partie sportive, j’ai les deux mêmes athlètes et je vais donc les entraîner plus ou moins de la même façon. Mais si je suis coach, je vais prendre en compte à la fois leurs capacités sportives, mais aussi leur vie familiale et professionnelle.

La prof à mi-temps, sa limite, elle est physiologique. Elle pourrait s’entraîner 6 ou 7 fois par semaine, c’est son corps qui dira stop. À l’inverse, l’infirmière, si je lui propose de s’entraîner 5 fois par semaine, elle va mettre en difficulté son couple, sa vie de famille ou sa vie professionnelle. Elle-même me dira au bout d’un certain temps qu’elle n’y arrive pas, et elle pourrait culpabiliser, se sentir dévalorisée et s’affaiblir psychologiquement. Donc elle, même si dans mon esprit d’entraîneur j’avais pensé l’entraîner 5 fois par semaine, je ne vais lui proposer que 3 séances par semaine. Si elle est en capacité de les faire, elle sera psychologiquement plus forte.

Le rôle du coach

Philippe Propage : Bien sûr, il y a une réalité : celle qui a du temps pour s’entraîner a plus de chances de réussir que celle qui n’en a pas. On va par exemple aller sur moins de volume pour celle qui peut moins s’entraîner, et aller à l’essentiel. Et ce sera d’autant plus compliqué qu’il faudra tenir compte de sa fatigue due à son emploi et sa situation familiale. Mais il faut faire avec. C’est ça, le coaching. Mieux vaut partir sur un entraînement à 3 séances par semaines et s’apercevoir qu’au final on peut en faire 5, plutôt que l’inverse. Cette approche adaptative est essentielle, c’est l’entraînement qui doit coller au mode de vie, pas l’inverse.

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Philippe Propage et la team Evadict Woman, avec juste derrière lui Blandine L’Hirondel, double championne du monde de trail. Photo Evadict / DR

L’exemple de Blandine L’Hirondel

Philippe Propage : Prenons l’exemple de Blandine L’Hirondel, qui est gynécologue et qui enchaîne parfois des gardes jusqu’à 3 jours de suite pour se libérer du temps ensuite. Si tu regardes son plan d’entraînement sans savoir ça, tu vas voir que pendant 4 jours elle ne va presque rien faire, et qu’ensuite elle va s’entraîner 2 fois par jour pendant 3 jours qui suivent. Et tu vas te dire que le coach qui lui fait faire cet entraînement est fou. Mais quand tu connais sa situation, tu comprends que je m’adapte à ses disponibilités, en chargeant les jours où elle ne travaille pas, et en faisant le minimum syndical les jours où elle est de garde et le jour de repos qui suit.

Vérité n°2 : Mieux vaut une séance de moins qu’une séance de trop

Philippe Propage : C’est un point essentiel que j’essaie d’inculquer à ceux que j’entraîne. Vouloir à tout prix faire une séance, sur de la fatigue, alors que c’est parfois un simple footing tranquille, n’est pas forcément bénéfique. Cela signifie qu’il ne faut pas que les athlètes soient trop dépendants des consignes données par les coachs, qu’ils sachent aussi écouter leur corps. Ça peut paraître tout bête, mais c’est parfois compliqué. Sans prétendre être un gourou, je dois prendre en compte le fait que les athlètes, quand je leur demande de faire telle ou telle séance et qu’ils ne peuvent pas, se sentent presque coupables. Alors qu’entre nous, rater une séance de footing d’une heure, ça ne va pas changer la face du monde. Mais eux, comme ils ont une grosse confiance en moi, ils ont du mal à accepter de ne pas suivre mes instructions à la lettre.

Par exemple, Blandine m’envoie souvent des textos en m’expliquant qu’à cause des accouchements, elle ne pourra pas faire telle ou telle séance parce qu’elle est fatiguée. Et quand je lui dis « pas de problème », je m’aperçois le lendemain qu’elle a culpabilisé et qu’elle a quand même fait la séance en question, parce qu’elle s’est dit que si je lui avais prescrit cette séance ce jour-là, c’était incontournable, il fallait qu’elle la fasse.

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Blandine L’Hirondel, sacrée championne du monde de trail long à Chiang Mai, Thaïlande, en novembre 20022. PHOTO DR

L’exemple de Thomas Cardin

Philippe Propage : Thomas Cardin est un des rares qui est capable de m’envoyer un texto pour me dire qu’il se sent fatigué et qu’il ne fera pas l’entraînement. J’aime ça. Si je lui dis qu’il faut le faire quand même, il le fera, mais ça ne sera pas profitable. Donc cet entraînement qu’il n’a pas fait, soit c’était un simple footing et je ne dis rien, ce n’est pas grave, soit il était essentiel à mes yeux et je vais le reprogrammer. Pas le lendemain ni le surlendemain, pour ne pas chambouler tout le plan d’entraînement, mais il va le retrouver une semaine ou deux plus tard, quand il sera dans de bonnes conditions.

Vérité n°3 : Savoir rester simple

Philippe Propage : La course à pied est le sport le plus simple du monde, c’est naturel. Il ne faut donc pas trop vouloir compliquer les choses. 98% du peloton vient faire du trail pour le plaisir, pas pour se creuser la tête. C’est donc avec des mots simples que j’explique aux athlètes (par athlète, j’entends personne qui court, que que soit son niveau) comment progresser et s’améliorer, sans forcément vouloir faire de la compétition. La majorité des gens cherche à être finisher, ce qui ne signifie pas juste finir, mais finir dans de bonnes conditions. Arriver sans marcher avec des béquilles, quoi.

Je ne suis pas un scientifique, je n’ai même pas mon bac. Je ne sais pas comment ça se passe à l’intérieur de l’organisme, je ne vais pas dans les labos faire des essais, ce n’est pas mon truc. Cela fait 35 ans que j’entraîne. Je faisais des trails dans les années 98-99, et ensuite j’ai commencé à m’intéresser à l’entraînement trail. Comme j’avais des bases d’entraînement marathon, je les ai reprises pour les adapter au trail. Et tout de suite, des gens qui avaient eu des résultats avec moi sur la route et qui sont passés à trail m’ont fait confiance. C’est ensemble, avec ces athlètes, qu’on a tout mis en place. Et ce qu’on fait aujourd’hui, c’est globalement la même chose que ce que je faisais au début du siècle sans rien savoir, mais en appliquant au trail ce que j’avais mis au point sur la route.

Vérité n°4 : Mettre de la progressivité et structurer les entraînements

Philippe Propage : Je pense qu’on peut faire progresser les gens, quel que soit leur but, simplement en structurant un peu leur entraînement. Et ça commence par la progressivité. On ne s’entraîne pas toutes les semaines de la même façon. On monte progressivement, de semaine en semaine, aussi bien sur du volume que de l’intensité, et au bout de la 3e semaine, on va faire une semaine de récupération, automatiquement. Et ensuite on va repartir sur 3 semaines en montant, puis une semaine où l’on redescend, et ainsi de suite. La progression n’est pas quelque chose de linéaire, il faut accepter de redescendre pour pouvoir repartir sur un nouveau cycle. Cela s’appelle structurer un entraînement.

Parfois, en restructurant ce que les gens ont l’habitude de faire, mais en l’aménageant de façon différente, selon une façon qui leur est propre, on peut obtenir de bons résultats. Par exemple, en mettant une séance au bon endroit dans la semaine. Ou en conseillant de couper un peu avant une compétition, pour pouvoir courir avec plus de fraîcheur. Certains sont de très bons coureurs, mais ils s’entraînent tellement jusqu’au dernier moment pour se rassurer qu’au final, ils arrivent fatigués et n’obtiennent pas les résultats qu’ils comptaient. Et ils ne comprennent pas, parce qu’ils se sont bien entraînés.

L’exemple de Ludovic Pommeret

Philippe Propage : Chez les élites, prenons l’exemple de Ludovic Pommeret, qui est significatif. Il est venu me voir en 2015, il avait déjà la quarantaine et courait bien, mais il n’avait pas de structure dans son entraînement. Il partait de chez lui et il courait, c’est tout. Comme c’est quelqu’un qui est physiologiquement au-dessus de la moyenne, comme tous les grands champions, il avait des résultats. Mais il avait une marge de progression.

Je me suis donc contenté de structurer son entraînement. Je lui ai dit de courir un peu moins, mais à des moments plus ciblés. Parfois de courir un peu plus vite, au lieu de courir vite tout le temps. Et parfois un peu plus lentement. Et ça a marché, forcément… Depuis, il a fait de gros résultats, il a gagné l’UTMB en 2016, il a fait 5 fois les Championnats du Monde, il a gagné la Diagonale des Fous en 2021, la TDS en 2022, à 47 ans !

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Ludovic Pommeret à l’arrivée de la TDS, en août 2022. Photo Organisation UTMB / DR

Vérité n°5 : Savoir s’adapter en course, clé de la performance

Philippe Propage : À un moment donné, on établit une stratégie de course. Mais cette stratégie peut être bouleversée, pour plein de raisons. Par exemple, si les jambes ne sont pas au rendez-vous, il faut être capable de trouver une autre solution. Ou si d’autres athlètes n’adoptent pas la stratégie qu’on attendait d’eux, s’ils attaquent très tôt par exemple alors qu’on pensait faire une course d’attente… Cette faculté de s’adapter quand une stratégie a été mise en place mais ne se déroule pas comme prévu est essentielle. Par exemple, avec Thomas Cardin, sur la SaintéLyon 2021, j’ai raté un ravitaillement où il devait changer de lampe frontale. Du coup, il n’avait plus de lumière et il a dû rester et courir avec d’autres coureurs jusqu’à ce que je le retrouve.

Certains athlètes savent s’adapter, d’autres non. Quand tout est aligné, ils sont imbattables, mais si il y a un truc de travers, tout s’écroule. Ça m’arrive d’ailleurs régulièrement de voir des athlètes qui ont tout dans la caisse à outils pour performer et qui passent régulièrement à côté des rendez-vous. Et je me dis qu’il y a quelque chose qui ne va pas avec leur coach. C’est au coach d’avoir le bon discours avec telle ou telle personne. L’entraîneur aide l’athlète à être plus performant, le coach aide l’athlète à s’épanouir. Or un athlète qui n’est pas épanoui ne pourra pas être performant.

Philippe Propage vu par « ses » athlètes

Thomas Cardin
« Je pense qu’une des grandes forces de Philippe est qu’il sait très vite comment optimiser celui ou celle dont il s’occupe. Il a un don particulier pour saisir très rapidement quelles sont les qualités préexistantes d’un coureur. Celles sur lesquelles il va pouvoir s’appuyer et du coup en déduire des potentialités de progression tout en ciblant les éventuels « défauts » ou « faiblesses » sur lesquelles travailler. »

Ludovic Pommeret
« L’idée générale était principalement d’atteindre des pics de forme sur des moments précis de la saison, calés en fonction de mes objectifs définis en début d’année. Tout le travail que j’ai à fournir n’a alors qu’un but : être à mon optimum le jour J ! Les recettes concoctées par Philippe sont toujours à mon menu et mes résultats semblent, aujourd’hui encore, démontrer la pertinence de tout le travail accompli en commun. »

Blandine L’Hirondel
« Dans une course, le mental c’est 80% ! Pas facile à croire, et pourtant… Et puis il sait comment éviter les stress inutiles. Pas d’injonctions, pas de chiffres, il ne précise jamais l’intensité. Il laisse plus les sensations parler. Mais lui, il sait où j’en suis ! Grâce à ce travail en commun, je me connais de mieux en mieux, j’ai appris à utiliser au mieux les mauvais moments, à m’en servir de façon positive. J’ai compris tant de choses sur moi. Après ma victoire aux Mondiaux (allusion à sa victoire en 2019 en Argentine, NDLR), ma belle aventure avec Philippe n’a jamais cessé et les bons souvenirs continuent de s’accumuler. »

Source : La méthode Propage

La méthode Propage, le livre

Dans cet ouvrage, vous retrouverez :
– Les grands principes de la méthode Propage, illustrée par des témoignages de coureurs ;
– 30 plans d’entraînement synthétiques pour préparer tout type d’épreuve de trail ;
– 60 questions/réponses pour conseiller et répondre aux interrogations courantes liées à la progression du coureur.
La méthode Propage – Les secrets du coach le plus titré du trail ! Par Philippe Propage et Arnaud Serre. Turbulences Editions. 25 €.

couv livre Philippe Propage
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Si le trail est une activité de course à pied caractérisée par le fait qu’elle se déroule en milieu naturel sur un parcours matérialisé formé notamment de chemins ou sentiers, cette activité regroupe plusieurs disciplines et formats de course. Trail découverte, trail court, trail long, ultra-trail, kilomètre vertical, skyrunning, course en montagne, une classification très précise est donnée par le Ministère des Sports. On vous explique tout.

La course en montagne

Comme son nom l’indique, la course en montagne se déroule en terrain montagneux, avec des dénivellations importantes. Selon le Ministère des Sports, « une course en montagne doit présenter un minimum de 500 m de montée et 300 m de dénivelé minimum entre le point haut et le point bas ». Attention, il ne faut pas confondre course en montagne et alpinisme. D’ailleurs, le Ministère stipule que « le parcours ne doit pas présenter de passages rocheux nécessitant l’utilisation des mains, ni de portions au sol très instable (éboulis), ni de passages neigeux ». Dernier point fixé par le Ministère dans sa définition de la course en montagne, elle doit comprendre 20% maximum de route goudronnée.

Les 2 catégories d’épreuves de course en montagne

On peut distinguer 2 types de courses en montagne : la course en montagne en montée, et la course en montagne en montée et descente.

Lors des championnats du monde de course en montagne 2022 qui se sont déroulés à Chiang Mai, en Thaïlande, le parcours de la course en montée était de 8,5km avec 1065 mètres de dénivelé positif. C’est le Kényan Patrick Kipngeno qui s’est imposé, devenant le premier athlète kényan masculin sacré champion du monde de course en montagne. Chez les femmes, c’est l’Américaine Allie McLaughlin qui l’a emporté, la Française Christel Dewalle se classant 8e.

Le parcours de la course en montagne en montée et descente des championnats du monde 2022 s’est déroulé sur un parcours de 11,2km avec 475 mètres de dénivelé positif et négatif. Ce sont les athlètes ougandais qui se sont imposés, Samuel Kibet chez les hommes, Rebecca Cheptegei chez les femmes.

Si les distances sont courtes, les courses en montagne sont très exigeantes car l’effort est intense de bout en bout, en montée comme en descente. Le cardio est très sollicité. Une préparation spécifique est nécessaire pour performer sur ce type de course.

Montée du Nid d'Aigle OPEN Photo Marco Gulberti
La Montée du Nid d’Aigle est une célèbre épreuve de course en montagne se déroulant au pied du Mont-Blanc. Photo Marco Gulberti

Le skyrunning

Le skyrunning est une version extrême de la course à pied en montagne. En effet, l’activité se déroule de préférence à une altitude supérieure à 2000 mètres, et au moins 5 % du parcours doit avoir une pente supérieure à 30%. Attention cependant, comme pour la course en montagne, il ne faut pas confondre avec de l’escalade. La difficulté d’escalade ne doit d’ailleurs pas dépasser le deuxième degré (soit une progression en marchant avec éventuellement les mains pour s’équilibrer ou négocier le terrain. Une corde est rarement nécessaire).

Selon le règlement établi par la Fédération internationale de skyrunning, les épreuves peuvent passer à travers des pierriers, sur des glaciers ou de la neige. Les routes goudronnées doivent représenter moins de 15 % du parcours. Pour les épreuves organisées en des endroits où le relief ne dépasse pas 2000 mètres d’altitude, le parcours doit atteindre les sommets locaux les plus élevés.

Les 3 catégories d’épreuves de skyrunning 

Le format Sky. La distance de l’épreuve doit être comprise entre 20 et 49 kilomètres, avec au minimum 1200 mètres de dénivelé positif. Les épreuves se tenant à plus de 4000 mètres peuvent être plus courtes, mais doivent au moins faire 10 kilomètres. Lors des championnats du monde de skyrunning 2022, en Italie, Frédéric Tranchand a remporté l’argent en terminant second derrière Roberto De Lorenzi.

Voir le résumé vidéo de la Sky des championnats du monde 2022 ICI

Le format SkyUltra. La distance de l’épreuve doit être comprise entre 50 et 99 kilomètres avec au minimum 3000 mètres de dénivelé positif. Le temps de course ne doit pas dépasser 16 heures. Les championnats du monde de skyrunning 2022 ont consacré les Italiens, grands spécialistes, avec Cristian Minoggio chez les hommes et Giuditta Turini chez les femmes.

Voir le résumé vidéo de la SkyUltra des championnats du monde 2022 ICI

Le format Vertical. Appelé aussi Kilomètre Vertical ou KV. Le dénivelé doit être de 1000 mètres pour une distance maximale de 5 kilomètres. La pente moyenne doit être supérieure à 20%, et au minimum 5% du parcours doit avoir une pente supérieure à 33%. Lors des championnats du monde de skyrunning 2022, c’est l’Américain Jospeh DeMoor qui s’est imposé. Le premier Français, Vincent Loustau, a terminé 5e. Chez les femmes, la Suissesse Maude Mathys et la Française Christel Dewalle ont franchi la ligne d’arrivée main dans la main, mais la Suissesse a été désignée gagnante pour 35 centièmes de seconde.

Voir le résumé vidéo de la Verticale des championnats du monde 2022 ICI

Photo Skyrace des Matheysins : DR
La Skyrace des Matheysins est une des principales courses de skyrunning en France. Photo Skyrace des Matheysins / DR

Les différents formats de trail

Les différentes appellations de trail dépendent de la distance des parcours. Au niveau des championnats du monde, seuls le trail court et le trail long sont concernés.

Le trail découverte

Le trail découverte est le premier des formats répertoriés en trail. Il comprend un parcours d’une distance inférieure à 21 kilomètres. À noter que la plupart des manifestations organisées en France proposent ce type de format, généralement entre 10 et 15 kilomètres, afin de s’adresser au plus grand nombre.

Le trail court

L’appellation « trail court » concerne les parcours compris entre 21 et 42 kilomètres, avec des dénivelés pouvant atteindre 1500 à 2500 mètres pour les plus exigeants. La difficulté du trail court est qu’il nécessite de courir plus vite et surtout plus souvent que sur un trail long, où l’on peut prendre le temps de récupérer, voire même de faire des petites pauses sur les ravitaillements.

Sur la plupart des 3500 manifestations françaises annuelles, le trail court représente la pus longue des distances proposées aux concurrents. La dénomination « trail élite » est même souvent attribuée aux parcours de plus de 30 kilomètres, du fait qu’ils nécessitent en moyenne plus de 3 heures de course.

Lors des championnats du monde de trail court 2022 à Chiang Mai, le parcours proposé était de 38 km avec 2400 de dénivelé positif et négatif. C’est le Norvégien Stian Angermund qui s’est imposé chez les hommes, alors que le Français Thomas Cardin a fini 6e. A noter que la France a pris la médaille d’argent par équipe. Chez les femmes, c’est la Roumaine Denisa Dragomir qui l’a emporté.

Participer à un trail court demande un minimum de préparation et d’entraînement, surtout lorsque le dénivelé est important. Si un trail court de 21 à 25 kilomètres peut se gérer assez facilement, il n’en va pas de même pour un trail approchant les 40 kilomètres. Un bon entraînement est alors nécessaire, particulièrement pour bien gérer les montées et les descentes, et être capable de relancer sur le plat.

Le trail long

Le Ministère des Sports classe sous cette appellation les courses dont la distance est comprise entre 42 et 80 km. Cependant, il est évident qu’entre un trail long de 45 kilomètres et un de 75 kilomètres, l’endurance nécessaire n’est pas la même. La plupart des athlètes considèrent à ce titre qu’au-delà de 60 kilomètres, on entre dans une autre dimension où le mental prend une part de plus en plus importante au fur et à mesure que s’allonge la distance. Autre paramètre important dans le trail long, la gestion de l’alimentation. Il s’agit de pouvoir accompagner un effort de plusieurs heures et d’éviter au maximum les baisses d’énergie.

Lors des championnats du monde de trail long 2022 à Chiang Mai, le parcours proposé était de 78 km avec 4807 mètres de dénivelé positif et négatif. C’est le jeune Américain Adam Peterman, qui participait à sa première épreuve internationale, qui a décroché le titre mondial. Il a devancé le Français Nicolas Martin. La France a pris également la médaille d’argent par équipe. Chez les femmes, la Française Blandine L’Hirondel a réussi un superbe doublé, après son titre de championne du monde acquis en 2019 en Argentine. La France a également décroché le titre par équipe.

Participer à un trail long demande un apprentissage progressif pour être capable d’allonger la distance. Les principales qualités ne seront pas forcément la vitesse, mais plutôt l’endurance, la capacité à courir longtemps, la bonne gestion de son alimentation et son hydratation, et un mental à toute épreuve pour réussir à surmonter tous les coups durs et baisses de régime.

Trail long Photo Brian Erickson
Au-delà de la distance d’un marathon, le trail court devient trail long. Photo Brian Erickson

L’ultra-trail

L’ultra-trail est la discipline la plus médiatique du trail, parce qu’elle consacre des coureurs capables de courir pendant des heures et d’avaler des dénivelés impressionnants. On parle d’ultra-trail à partir d’une distance supérieure à 80 kilomètres, même si pour la plupart des gens l’ultra-trail correspond plus ou moins à la distance de 160 kilomètres, soit 100 miles. Les grandes courses les plus médiatisées ont longtemps été des ultras, à commencer par l’UTMB. Certains ultras, comme le Tor des Géants en Italie, font plus de 300 kilomètres, voire 450 pour le Tor des Glaciers.

Parmi les ultras les plus prestigieux, on note la Western States Endurance Run et la Hardrock 100 aux États-Unis, le Grand Raid de La Réunion, aussi nommé Diagonale des Fous, l’Ultra-Trail du Mont-Blanc à Chamonix.

L’Espagnol Kilian Jornet est l’ultra-traileur le plus connu du monde. Il détient depuis 2022 le record sur l’UTMB, en moins de 20 heures. Côté français, François D’Haene et Xavier Thévenard, plusieurs fois vainqueurs de l’UTMB, font partie des ultra-traileurs les plus connus.

Avant de s’engager sur un ultra-trail, il faut avoir acquis une grande expérience du trail long. En effet, au-delà de 100 kilomètres, le coureur s’engage dans un univers totalement spécifique, qui demande une très grande résistance physique et mentale, et une capacité à s’alimenter bien éprouvée. Il faut donc des années d’entraînement avant de se lancer dans une telle expérience.

Trail long Photo INOV-8
Un ultra-trail comprend généralement une nuit de course. Photo INOV-8

L‘urban trail

Sur le papier, « urban » et « trail » peuvent sembler antinomiques. En effet, la « course nature » n’a rien à faire en milieu urbain. Pourtant, de plus en plus d’épreuves fleurissent et rencontrent du succès, principalement auprès des populations urbaines n’ayant pas forcément la possibilité de courir en milieu naturel.

L’urban trail peut proposer à la fois des passages dans des espaces verts (parcs, forêts en périphérie des villes) et des obstacles urbains de type escaliers, côtes goudronnées, etc. L’Ecotrail de Paris et le Lyon Urban Trail sont les deux événements trail en milieu urbain les plus populaires.

Bien qu’un urban trail ne soit pas réellement un trail, il demande des capacités physiques proches de celles du trail, avec notamment des gestions de changement d’allure et de tempo. Il demande également des qualités de coureur sur route, et pour ceux qui veulent performer une capacité à aller vite et à bien relancer, donc de la puissance.

Urban Trail Photo Alexander Redl
Dans la ville, on peut aussi faire du trail. Si si ! Photo Alexander Redl
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Faut-il courir plus longtemps ou plus vite ? La question est vieille comme le monde et tous les athlètes de haut niveau se sont un jour demandé comment améliorer leur préparation. L’entraînement polarisé peut être une solution. On vous explique pourquoi. Et comment faire.

Polarisation : 75 à 80% d’endurance fondamentale

Nous avons une fâcheuse tendance à croire qu’en faire plus permet de faire mieux. Et, en conséquence, à vouloir en faire trop. Résultat ? Endurance, fractionné, seuil, allure… des intensités différentes, des séances difficiles à agencer, et au final une fatigue accrue. Pour progresser, nous devrions peut-être en faire un peu moins et mieux cibler nos entraînements. De nombreuses études ont d’ailleurs démontré qu’une meilleure répartition du volume et de l’intensité permettait d’améliorer significativement le niveau de performance global. L’idée est séduisante, mais en pratique comment savoir quels types d’effort privilégier ? Faut-il travailler l’endurance, le seuil ou la vitesse maximale aérobie (VMA) ? Une chose est sûre, les sorties tranquilles, endurance ou récupération, sont essentielles. Idéalement, l’endurance fondamentale devrait représenter de 75 à 80 % du volume global d’entraînement.

Polarisation : misez sur l’entraînement aux pôles

Si nous devrions dans l’idéal consacrer une majeure partie de notre entraînement aux séances dites « tranquilles », ce type de sortie en endurance ou en récupération ne fait pas tout. Les séances à hautes intensités (fractionné court à VMA) jouent aussi un rôle fondamental. Le principe de l’entraînement polarisé est justement de s’entraîner beaucoup en endurance et un peu en VMA, et de réduire les séances au seuil ou à allure. L’objectif de la polarisation est donc de s’entraîner d’abord aux deux extrêmes : dans le bas et dans le haut de la zone aérobie. L’entraînement aux pôles – voire en anaérobie pour la zone haute – améliorerait donc significativement le niveau de performance global. Selon certaines études publiées ces dernières années, l’organisation idéale de l’entraînement donnerait à peu près la répartition suivante :

polarisation TABLEAU 1

Une telle distribution permettrait donc de favoriser une progression tout en limitant les effets négatifs (surentraînement, fatigue, blessure). Dans la pratique, beaucoup de champions suivent ce type d’entraînement déséquilibré, dit « polarisé ». Ils consacrent environ 75 % de leur préparation à des sorties faciles (endurance et récupération), 10% aux sorties au seuil, et 15% à la qualité (VMA). Les coureurs kényans, eux, font encore plus d’endurance. Ils font 85% du volume dans des vitesses inférieures à celle de leur allure de course. Les séances entre les seuils SV1 et SV2 restant assez limitées (5%), tout comme les entraînements en VMA (5%).

Le seuil en question

Contrairement aux idées reçues, privilégier l’endurance ne veut pas dire pour autant se transformer en diesel. Il s’agit plutôt d’alterner judicieusement un gros travail foncier et des séances à hautes intensités. Avec la polarisation, en passant successivement d’un pôle à l’autre, on favorise une meilleure adaptation physiologique dans toutes les zones. Ainsi l’utilisation de la zone basse permet au niveau cellulaire d’agrandir le réseau capillaire et d’augmenter le nombre de mitochondries – considérées comme l’usine à fabriquer l’énergie utilisée par nos muscles. Le travail en zone haute va quant à lui améliorer la qualité des échanges et la production d’énergie. Conclusion : le volume d’entraînement en zone 1 induit donc des effets bénéfiques pour la zone 3, et vice versa.

Reste la question du seuil. Pourquoi ce type d’intensité est-il encore largement recommandé dans tous les plans d’entraînement ? Tout simplement car l’entraînement polarisé demande plus de temps. Or difficile de consacrer deux heures par jour à sa préparation. Les champions ont forcément plus de facilité pour courir beaucoup et plus souvent. Mais pour Monsieur Tout Le Monde, le seuil ou l’allure course permettent d’optimiser le temps d’entraînement en incorporant qualité et endurance.

Malgré tout, cette intensité ne doit pas pour autant être oubliée. En effet, l’objectif de l’entraînement est de se préparer aux conditions réelles. Le seuil et l’allure de course restent donc des entraînements importants pour s’habituer à l’effort en compétition. Si l’entraînement polarisé est évidemment un plus, il n’y a donc pour autant jamais de recette miracle. L’essentiel étant toujours de varier les séances pour éviter la fatigue, et surtout pour progresser plus vite.

A lire : Réussir votre séance au seuil en version trail

Exemple de polarisation

Exemple d’une semaine d’entraînement (hors préparation spécifique). Pour chaque jour sont donnés le temps d’effort passé dans chaque zone et le type de séance à réaliser. Tableau indicatif en fonction de chacun (âge, entraînement, etc).

polarisation TABLEAU 2

Moins de fractions, plus de récupération

Pour contrôler votre effort et rester dans la zone d’endurance, le cardiofréquencemètre est l’outil indispensable. Même si l’allure vous semble facile ou trop lente, restez toujours calé à 70 % de votre FCM et gardez à l’esprit que toutes les séances ont leur utilité, les rapides comme les plus lentes. Pour améliorer vos séances de qualité, une des solutions consiste à réduire le nombre de fractions et à prendre plus de récupération entre les intervalles. Vous pourrez ainsi augmenter l’intensité des fractions. Principal intérêt : des séances d’intensité plus efficaces, donc plus bénéfiques.

Par exemple, au lieu de courir 6 x 1 000 mètres, avec 2 minutes de repos, essayez plutôt 4 x 1 000 mètres avec 3 minutes de récupération, en courant chaque 1 000 mètres au moins 5 secondes plus vite. Répétez la séance toutes les deux semaines en diminuant progressivement le temps de récupération, ou en ajoutant un 1 000 mètres jusqu’à ce que vous soyez revenu à votre séance initiale (6 x 1 000 mètres). Cette fois, vous soutiendrez une intensité plus efficace.

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Jim Walmsley était annoncé comme le grand favori de l’UTMB 2022, et il a mené la course pendant plus de 120 kilomètres avant de connaître une immense défaillance. Dans la 3ème partie du documentaire WALMSLEY, replongez au cœur de l’épreuve en compagnie de l’athlète Hoka et de sa femme Jessica Brazeau.

L’UTMB, une obsession américaine

Le chemin est long, mais l’homme est patient. Unanimement considéré comme l’un des athlètes d’ultra-endurance les plus rapides du monde, Jim Walmsley continue de rêver d’une seule chose : être le premier Américain à remporter l’UTMB. Après 3 tentatives dont une 5ème place en 2017 et 2 abandons en 2018 et 2021, le « missile » avait mis toutes les chances de son côté, s’installant en France, dans le Beaufortain, à proximité de François D’Haene dès le mois de mai 2022 pour préparer sa course à Chamonix « comme un Français ». Hélas, on connaît l’histoire. Parti en tête, longtemps talonné par Kilian Jornet, se détachant à la mi-course, Jim Walmsley allait connaître une défaillance colossale anéantissant toutes ses ambitions pour terminer finalement au pied du podium.

Relisez le récit de la course et la victoire record de Kilian Jornet ICI

UTMB 2022 : un échec pour mieux grandir

C’est en ce début d’année 2023, alors que Jim Walmsley est toujours installé en France du côté de Chamonix, que sort la troisième partie du grand documentaire intitulé WALMSLEY qui raconte l’homme, son ambition, sa préparation et, dans ce troisième opus, son UTMB. Sur les réseaux sociaux, l’Américain, pour annoncer la sortie de cette vidéo, commente : « L’UTMB 2022 ne s’est pas du tout passé comme je l’espérais, mais c’est peut-être tout ce dont j’avais besoin pour grandir en tant qu’ultra-runner. Il s’avère qu’il contribue à ma croissance et à mon développement. Je continue d’ajouter des couches à ma propre complexité et de faire partie d’un projet plus important et inachevé. La motivation à continuer à creuser et les raisons de continuer à creuser ne cessent d’augmenter, de même que continue de grandir ma passion pour les montagnes. »

Revivez les moments forts de l’UTMB 2022 de Jim Walmsley en vidéo

Il faut scruter son visage, ses sourires qui peu à peu disparaissent alors que le doute s’installe. A chaque ravitaillement (Saint-Gervais, Courmayeur, Champex-Lac, Trient…), la caméra fixe l’athlète, le sonde, et nous raconte son état physique et mental. Parallèlement, elle s’attarde sur sa femme, son repère, chargée de ses ravitaillements, mais aussi de recueillir ses confidences. Dès Champex-Lac, alors qu’il est largement en tête, avec plus de 8 minutes d’avance sur Kilian Jornet, Jim Walmsley évoque d’ailleurs des problèmes d’alimentation, soufflant à sa femme qu’il peut juste boire. Mais à ce moment-là, elle n’y fait guère attention, tant son homme semble héroïque et intouchable.

Plus tard arrivent les moments les plus émouvants de la vidéo, lorsqu’un Jim Walmsley a la voix cassée évoque ces instants de détresse où Kilian Jornet est revenu sur lui et lui a demandé s’il était OK, et où il ne pouvait plus avancer. Puis le retour de Mathieu Blanchard. Ces moments où il sait qu’il a perdu l’UTMB.

On découvre également l’inquiétude de sa femme, si confiante à Champex lorsque Jim caracolait en tête. Elle semble tellement perdue à Trient lorsqu’elle attend son mari sans savoir ce qui lui arrive, tandis que Kilian Jornet et Mathieu Blanchard sont passés depuis 10 minutes déjà…

Mais c’est surtout l’analyse par le coureur de sa propre défaillance et de ses difficultés à avancer (vous n’aurez jamais vu Jim Walmsley courir aussi lentement !) qui valent le détour. De même que son admirable mental, qui l’a empêché de jeter l’éponge et lui a permis de terminer l’épreuve. Sans parler de l’accueil du public à Chamonix, qui a su honorer le grand champion qu’il est.

Voir la vidéo WALMSLEY PART 3

Voir la vidéo WALMSLEY PART 1 ICI

Voir la vidéo WALMSLEY PART 2 ICI

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Enchaîner les 2 plus fameux ultras américains l’été prochain, à 3 semaines d’intervalle, voilà quel est le défi de Courtney Dauwalter, incontestablement la meilleure athlète d’ultra-endurance actuelle. Et son impressionnante victoire sur la Bandera 100k, premier grand trail couru cette année aux USA, en dit long sur son ambition…

Bandera 100 K : un Golden Ticket pour la Western States 100 en jeu

Quand Courtney Dauwalter veut quelque chose, elle se donne les moyens de l’obtenir. Et c’est avec une ambition bien précise que l’Américaine s’est alignée sur la Bandera 100k, au Texas, le 8 janvier 2023. En effet, ce parcours composé d’une boucle de 50 km et 2050m D+ à réaliser deux fois permettait aux 2 premiers du classement masculin et aux 2 premières du classement féminin d’obtenir un « Golden Ticket » pour la Western States Endurance Run, l’une des courses les plus mythiques des États-Unis, au nombre de places strictement limité.

Vous vous en doutez, Courtney Dauwalter n’a pas laissé passé l’occasion d’obtenir son ticket. En remportant la course féminine et en terminant 6e au scratch, l’athlète du team Salomon, aujourd’hui âgée de 37 ans, a montré toute l’étendue de son talent. Et comme si cela ne lui suffisait pas, elle est la première femme à descendre sous les 9 heures (8h 59mn). Malgré le terrain rendu boueux et glissant par les pluies, elle a réalisé l’exploit de battre de 9 minutes le précédent record détenu depuis 2017 par Stephanie Howe. Impressionnante !

Courtney Dauwalter à l’arrivée de la Bandera 100k 2023, record battu. Photo Organisation / DR

« On a réussi ! », a commenté modestement l’Américaine sur ses réseaux sociaux ! « Mes raisons de courir la Bandera 100K étaient de m’amuser, d’explorer le Texas et d’essayer une course que je n’avais jamais faite… mais surtout je voulais vraiment un ticket d’or pour Western States 100 cet été. Incroyablement excitée d’avoir la chance de courir à nouveau ce 100 miles entre Olympic Valley et Auburn ! »

courtney dauwalter chaud Photo DR
L’été sera chaud pour Courtney Dauwalter ! Photo DR

Enchaîner Western States 100 et Hardrock 100, un défi de taille

« Faire le doublé Western States – Hardrock attise ma curiosité depuis quelques années », avoue Courtney Dauwalter. « Deux courses de 100 miles complètement différentes à seulement trois semaines d’intervalle semble être un défi complètement fou que j’aimerais tenter. Et je suis très excitée d’avoir la chance de pouvoir le faire ! »

Le calendrier est effectivement implacable : avec une Western States programmée en Californie le 24 juin et une Hardrock dans le Colorado le 14 juillet, la période de récupération sera très mince. Mais Courtney Dauwalter, qui s’est largement imposée sur la Hardrock l’an dernier en battant le record de l’épreuve, aime se confronter à ce genre de défi. On a pu apprécier sa détermination pour sa première participation à la Diagonale des Fous 2022, sur un parcours qu’elle découvrait et dans une course qu’elle a animé de bout en bout pour finir au pied du podium. Remporter une course ne lui suffit plus, elle vise désormais des doublés.

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C’est une démarche rare dans l’univers du trail, qui détonne et risque de faire hurler les spécialistes. Ça tombe bien, Alexandre Boucheix, alias Casquette Verte, adore la provoc’. Et son planning 2023 ressemble à un poisson d’avril, avec quelques mois d’avance : refaire quasiment les mêmes courses qu’en 2022 (dont un certain nombre qu’il a gagnées !), mais sans objectif de performance. Explications.

Casquette Verte 2022 : une saison exceptionnelle

S’aligner sur 9 ultras et en gagner 4, telle est la performance remarquable réalisée par Alexandre Boucheix en 2022. Des résultats qui lui ont même valu de monter sur la troisième marche du podium des Esprit Trail Awards, récompense décernée par les membres de la communauté Facebook d’Esprit Trail aux athlètes dont les performances les ont les plus marqués dans l’année. Avec son 3e succès d’affilée sur la Lyon-SaintéLyon, Casquette Verte a rassemblé 12,7% des suffrages, certains ayant tenu à saluer « l’ensemble de son œuvre ».

Casquette Verte 2023 : on prend presque les mêmes et on recommence

Prenez le calendrier des courses de Casquette Verte en 2022, remplacez en avril l’Istria 100 en Croatie par les 115 km du MIUT (Madeira Island Ultra Trail), mettez un point d’interrogation sur le mois de décembre et vous avez son planning 2023. Pourquoi refaire presque la même chose ? Le traileur parisien l’explique sur ses réseaux sociaux :

« Parce que j’aime profondément les courses que j’ai pu faire (j’y ai des amis et des facilités logistiques) + J’aime refaire les choses dans la vie (Hamstéritude) + Je n’ai pas assez de congés pour faire d’autres courses que j’aurais aimé faire + Mon budget est déjà ultra ric-rac. »

Parmi les courses laissées de côté, Boucheix de mentionner le Restonica Trail en Corse, la VVX en Auvergne, le Québec Méga Trail, l’Ultra Marin dans le Golfe du Morbihan ou encore le Trail du Mont d’Or. Mais on ne peut pas tout faire…

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“Casquette, petite casquette, veux-tu prendre du plaisir en 2023 ? – Oui papa !” Photo Instagram Alexandre Boucheix / DR

Casquette Verte 2023 : l’été de tous les “U”

On retrouvera donc Alexandre Boucheix sur les grands rendez-vous trails suivants : la Trace des Maquisards en février dans l’Ain, l’EcoTrail de Paris en mars, le MIUT en avril. Ensuite, après une pause faite de courses OFF en mai, on le retrouvera pour un été de tous les défis. Ou plutôt de toutes les balades, puisque, rappelons-le, sans objectif de performance…

Bref, un été qui commence par des U. Premier U en juin avec l’Ultra01 et ses 175 km, déjà remporté en 2021 et 2022. Second U en juillet avec l’Ut4M et ses 180 km sur les 4 massifs autour de Grenoble, où il s’est imposé en 2022. Et enfin le gros U pour fin août-début septembre avec l’UTMB, qu’il a brillamment terminé à la 18e place en 2022. Et un U qui sentira le fromage pour finir, avec La Renarde, l’une des courses de l’UTMJ dans le Jura. Une Renarde qu’il a également déjà remportée en 2022.

C’est tout ? Bien sûr que non ! Après la déception d’une 100e place en 2022, Boucheix reviendra en octobre à La Réunion pour la Diagonale des Fous. Puis, comme en 2022, il filera en novembre en Suède pour l’Ultra 100 Miles de Kullamannen, histoire de retrouver cette course gagnée haut la main l’an dernier, record de l’épreuve en prime.

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Casquette Verte, maillot vert, signalétique verte : l’Ultra01 2022 n’a jamais été aussi vert. Photo DR

Casquette Verte 2023 : le “0 objectif” expliqué aux puristes – et aux autres

Évidemment, annoncer un tel planning et revenir disputer autant de courses où il s’est imposé en prétendant ne pas avoir d’objectif de performance mérite quelques explications. Alexandre Boucheix les donne lui-même sur ses réseaux sociaux. Avec ce verbe haut qui le caractérise.

« Qu’est-ce que je veux dire par là ? Ne plus me donner le moindre objectif pour les courses… de temps, de classement. Mettre du dossard et partir en off sans aucune ambition autre que de faire ce que je sais faire, comme je sais le faire. Oublier totalement les principes de recherche de performances, fuir les démons qui m’attirent dans la compétition, se vautrer dans l’espace confortable de la prise de plaisir. Bref… Beaucoup ne comprendront pas. D’autres diront que c’est du bullshit. « Prendre du plaisir… » ouin-ouin. Qu’ils aillent, avec leur manque d’ouverture d’esprit, se faire cuire le cul. Bref. Plus d’objectifs en 2023. Et ne plus autoriser quiconque de se permettre de m’en donner. C’est fini les pronostics de comptoir. »

Du commentaire cash, comme le personnage. Mais comment en est-il arrivé là ? Il semble y être arrivé tout seul, comme il l’avoue. « J’ai la drôle de sensation d’avoir déjà fait le tour des choses dans l’ultra sur 2021, 2022. Enlevons la charge mentale, et amusons-nous un peu plus encore en 2023. »

Santé !

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Nouveau coup de théâtre autour des résultats de la course Sierre-Zinal du 13 août 2022. Après la suspension pour dopage du vainqueur masculin de l’épreuve, Mark Kangogo, c’est au tour de la gagnante féminine, Esther Chesang, de risquer d’être déclassée. En cause, une suspension provisoire de l’athlète kényane, qui datait du 11 mai 2022. Et qui aurait dû lui interdire de courir.

Sierre-Zinal 2022 : Esther Chesang était sous le coup d’une suspension

Décidément, la course des cinq 4000 n’en finit pas d’être sous les feux de l’actualité. Sauf que là où les amateurs de trail aiment à parler d’exploits, de records, c’est le dopage qui, une fois encore, vient alimenter les débats. Après la suspension de Mark Kangogo pour contrôle anti-dopage positif révélé en octobre, c’est au tour de sa compatriote Esther Chesang d’être montrée du doigt en ce début d’année. Pourtant, son contrôle anti-dopage d’après course, réalisé le 13 août, avait été négatif. Une information confirmée par l’Unité d’Intégrité de l’Athlétisme en octobre 2022.

Sierre-Zinal 2022 : « Un délai de communication intolérable »

Hélas pour elle, l’agence kényane de contrôle anti-dopage, l’Antidoping Agency of Kenya, vient de se réveiller. Elle a révélé début janvier que l’athlète était sous le coup d’une suspension provisoire pour présomption de dopage. La sanction, infligée le 11 mai 2022, interdisait donc en théorie à la coureuse de prendre le départ de l’emblématique course suisse. Sauf que l’agence kényane n’a communiqué sa décision que le 7 janvier 2023. Soit près de 8 mois après les faits. Un délai jugé “déloyal” et “intolérable” par le comité d’organisation de Sierre-Zinal, qui déplore ce manque de transparence. Néanmoins, le comité de course a décidé de suspendre le classement de son édition 2022.

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Maude Mathys, 2e de l’édition 2022 derrière Esther Chesang, pourrait être déclarée vainqueure. Photo Philip Reiter / GTWS

Sierre-Zinal 2022 : rappel du classement féminin

Pour rappel, l’édition 2022 de Sierre-Zinal avait été remportée par Esther Chesang, 31 petites secondes seulement devant la Suissesse Maude Mathys. Cette dernière, détentrice du record de l’épreuve, pourrait donc être déclarée vainqueure pour la 4ème fois. Ce sont deux autres Kényanes, Philiaries Kinsang et Omosa Teresiah Kwamboka, qui monteraient sur les deuxième et troisième marches du podium.

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Vous l’attendez avec impatience pour savoir où courir en 2023, il est là ! Au menu, 3500 trails en France et à l’étranger. Et en bonus, les trails incontournables que vous devez impérativement cocher sur votre calendrier, soit pour y participer, soit pour les suivre en live.

Le plus complet des calendriers de trail vous attend. Cette année encore, il comporte plus de 3500 épreuves répertoriées, classées par ordre chronologique et par département, pour une plus grande facilité d’utilisation. Où que vous résidiez, et à quelque période que vous le souhaitiez, vous vous apercevrez qu’il y a toujours un trail près de chez vous. Ou pas loin… Quelles distances, quels dénivelés, comment s’inscrire… Laissez-vous guider et… faites vos jeux. Bonnes courses !

Où courir en 2023 : les 12 trails incontournables passés à la loupe

Voici la liste des trails incontournables de 2023 sélectionnés par la rédaction d’Esprit Trail, et dont vous trouverez tout ce qu’il faut savoir dans ce numéro.
– Le THP (Trail de Haute Provence) du 19 au 21 mai
– La 6000D du 27 au 29 juillet
– La Maxi-Race du lac d’Annecy du 26 au 28 mai
– Le Marathon du Mont-Blanc du 22 au 25 juin
– L’Ultra-Marin Raid Golfe du Morbihan du 29 juin au 2 juillet
– L’Ut4M du 20 au 23 juillet
L’Échappée Belle du 25 au 27 août
– La Terre des Dieux en Corse du 19 au 22 juillet
– L’UTMB du 28 août au 3 septembre
– Le 100 Miles Sud de France du 6 au 8 octobre
Le Grand Trail de Serre-Ponçon du 15 au 17 septembre
– Le Grand Raid de La Réunion du 19 au 22 octobre

Esprit Trail Hors-Série N°22 Spécial Trails 2023, un guide indispensable disponible chez tous les bons marchands de journaux. Vous pouvez également le commander en version papier ou numérique sur le site aboriva.com

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Vous avez aimé leurs performances et vous avez voté majoritairement pour eux ! Beñat Marmissolle chez les hommes pour sa victoire à la Diagonale des Fous et Blandine L’Hirondel chez les femmes pour son titre de championne du monde de trail long remportent les Esprit Trail Awards 2022 catégorie athlètes français. Kilian Jornet et Courtney Dauwalter l’emportent dans la catégorie athlètes étrangers. Résultat complet des votes de la communauté Facebook d’Esprit Trail ici.

Esprit Trail Awards 2022 : Beñat Marmissolle loin devant

Si, pour s’imposer sur la Diagonale des Fous, Beñat Marmissolle a dû attendre les derniers kilomètres pour se détacher, lors des votes des membres de la communauté Facebook d’Esprit Trail, il a fait la course largement en tête. Le Basque s’impose avec 52,7% des suffrages exprimés. Certains votants précisent que si leur vote récompense sa performance sur le Grand Raid, c’est la saison toute entière de l’athlète du team Asics Running qu’il convient de saluer. Avec, entre autres, sa belle 6e place à l’UTMB. Mais aussi sa victoire sur la Restonica. Et, au-delà des performances sportives, la personne et les valeurs qu’il véhicule.

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Photo DR

Esprit Trail Awards 2022 : Mathieu Blanchard et Casquette Verte sur le podium

Derrière Beñat Marmissolle, la deuxième marche du podium est occupée par Mathieu Blanchard. Son combat héroïque face à Kilian Jornet et sa superbe seconde place à l’UTMB, avec un chrono inférieur à 20 heures à la clé, ont récolte 23,6% des suffrages. Une belle récompense pour cet aventurier dans l’âme, qui s’affirme au fil des saisons comme un des tout meilleurs ultra-traileurs du monde. On le suivra avec attention dans son principal objectif 2023, la mythique Western States Endurance Run, où il faudra qu’il soit très rapide pour espérer un résultat.

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Photo UTMB / DR

Tout comme Beñat Marmissolle, c’est plus les résultats d’une saison entière qu’une performance sur la Lyon-SaintéLyon qui valent à Alexandre Boucheix, alias Casquette Verte, de monter sur la troisième marche du podium. En récoltant 12,7% des suffrages, l’ultra-traileur parisien est récompensé non seulement pour sa victoire sur la course lyonnaise, qu’il remporte pour la 3e année consécutive, mais aussi pour l’ensemble de son “œuvre”.

Il faut dire que Boucheix a remporté 5 des 9 ultras sur lesquels il s’est aligné en 2022 : l’Ultra 01, l’Ut4M 160 Xtrem, la Renarde de l’Ultra Trail des Montagnes du Jura, l’Ultra 100 Miles de Kullamannen et la Lyon-SaintéLyon. Et qu’il a pris de belles places sur la plupart des autres : 8e de l’EcoTrail Paris, 5e de l’Istria 100, 18e de l’UTMB. L’homme à la casquette verte a ainsi démontré une endurance hors norme sur l’ensemble de la saison. Et une volonté à toute épreuve, pour finir une Diagonale des Fous malgré un sévère handicap lié à des côtes cassées…

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Photo DR

Esprit Trail Awards 2022 : Martin et Pommeret 4e ex-aequo

Derrière ces 3 hommes, les deux autres athlètes sur lesquels les votes se sont portés terminent à égalité. D’un côté Nicolas Martin, salué pour son titre de vice-champion du monde de trail long acquis à Chiang Mai, en Thaïlande. De l’autre Ludovic Pommeret, distingué pour sa victoire royale sur la TDS au mois d’août. Chacun des 2 athlètes remporte 5,5% des suffrages.

Esprit Trail Awards 2022 : Blandine L’Hirondel haut la main

A l’image des hommes, les votes pour la meilleure performance féminine de l’année ont largement distingué une athlète parmi l’ensemble des nominées. Il s’agit sans grande surprise de Blandine L’Hirondel. Sa superbe victoire lors des championnats du monde de trail long à Chiang Mai a marqué les esprits. Déjà élue « athlète féminine de l’année » par la Fédération Française d’Athlétisme, la leader du team Evadict récolte 60,1% des suffrages. Une large victoire pour celle qui aura subi une grosse opération en début de saison, et aura su revenir à son meilleur niveau durant l’été. Jugez plutôt : elle a remporté le titre aux championnats d’Europe de trail aux Canaries début juillet, puis la CCC fin août à Chamonix (son premier ultra!), et enfin son second titre mondial d’affilée en Thaïlande en novembre. Chapeau !

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Photo DR

Esprit Trail Awards 2022 : Anne-Lise Rousset Séguret distinguée

Un peu à l’image de sa Diagonale des Fous, Anne-Lise Rousset Séguret prend une très belle seconde place. Si, à La Réunion, elle n’a pu rivaliser avec Courtney Dauwalter, sur ces Awards, elle n’a rien pu faire face à Blandine L’Hirondel. Mais elle termine remarquable deuxième. Avec 27,4% des suffrages, l’athlète Scott Running prouve qu’au-delà des performances en course, certains exploits marquent les esprits. Et son record sur le GR20 établi en juin dernier fait partie de ces moments de dépassement de soi qui méritent tout autant d’être salués qu’une victoire sur une épreuve du circuit. Surtout lorsqu’on arrive, comme Anne-Lise, à concilier l’exigence d’un entraînement pour une telle performance avec l’exigence, tout aussi chronophage, une vie de jeune maman. Respect.

Photo Scott Running / DR

Blandine L’Hirondel et Anne-Lise Rousset Séguret ayant trusté à elles deux 87,5% des suffrages, il ne restait pas grand chose pour les autres nominées. Christel Dewalle, la « machine à grimper » de l’équipe de France, récolte 5,9% des suffrages pour son titre de vice-championne du monde catégorie « Kilomètre Vertical » aux Championnats du monde de Skyrunning en Italie. Elle monte ainsi sur la 3e marche de notre podium Esprit Trail Awards 2022.

Jocelyne Pauly, qui ne faisait pas partie des nominées, a tout de même suscité les suffrages de 3,9% des votants. Une belle manière de saluer la performance de cette grande dame de l’ultra qui, à 49 ans, a porté pour la première fois le maillot de l’équipe de France en Thaïlande (et a été classée 16e) après avoir terminé 4e féminine de l’UTMB en août. Les 2% restants sont allés à Camille Bruyas, pour sa victoire sur l’Ultra-Trail Cape Town.

christel Dewalle
Photo DR

Esprit Trail Awards 2022 : carton plein pour Kilian Jornet et Courtney Dauwalter

C’est sans surprise que Kilian Jornet et Courtney Dauwalter ont été distingués pour leurs performances 2022. Avec 100% des suffrages pour l’un comme pour l’autre, l’Espagnol et l’Américaine ont marqué la saison grâce notamment à leurs succès sur l’UTMB pour le premier, record à la clé, et sur la Diagonale des Fous pour la seconde. Une distinction somme toute logique pour ces athlètes, qui au fil des années restent les meilleurs dans leur discipline et parmi les plus humbles dans leur pratique.

Kilian Jornet Photo UTMB Mont-Blanc Paul-Brechu
Photo UTMB Mont-Blanc / Paul Brechu
Courtney Dauwalter
Photo DR
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Spécialiste de l’ultra-trail, vainqueur entre autres à 4 reprises de l’Ultra-Trail du Mont-Blanc et du Grand Raid de La Réunion, François D’Haene a connu une fin d’année 2022 compliquée, ponctuée de blessures. Alors qu’il assistait en spectateur à la Diagonale des Fous, il s’est confié à Serge Moro. La Diag’ 2022, les résultats, Courtney Dauwalter, les blessures, la professionnalisation du trail aujourd’hui, il répond à tout.

ESPRIT TRAIL : Le Grand Raid de la Réunion 2022 était ton objectif de fin de saison. Tu as dû y assister en spectateur. Tes impressions ?

François D’Haene : C’est une course qui me tient à cœur parce que c’est une vraie course d’ultra, c’est-à-dire une course âpre, où il faut s’adapter en permanence aux conditions changeantes de sol ou de climat. C’est une vraie aventure, tu ne sais pas ce qu’il va se passer un peu plus loin sur le sentier. Sur le Grand Raid, en fin de saison, tu ne sais pas non plus qui est le favori, car ce n’est pas le plus fort qui gagne, mais le plus frais, dans son corps et dans sa tête. Je l’ai déjà vécu ici, entre autres avec Kilian Jornet. Sur cette édition 2022, entre ceux qui comme moi ou d’autres n’ont pas pu prendre le départ et ceux qui ont abandonné, le résultat final était difficile à prévoir.

Pour la première fois, j’ai vécu la course de l’extérieur. J’ai vu les corps qui évoluaient au fur à mesure, les foulées qui se rétrécissaient, les visages qui se marquaient… Et même quelqu’un comme Courtney, qui avait pourtant une grosse marge, je l’ai vu douter, je l’ai vu chuter, galérer, j’ai cru qu’elle n’irait pas au bout… C’est vraiment une course où il faut s’adapter en permanence, dans la chaleur, dans le froid. C’est une sacrée belle course d’ultra…

DHAENE GIRONDEL Photo M. Mussard Team Asics Trail
Avec Benoît Girondel lors de leur victoire commune, en 2018. Photo M. Mussard / Team Asics Trail

Avec la difficulté du Grand Raid, en course, arrives-tu à apprécier le site ?

F D’H :Oui, même en tête de course, j’arrive à vibrer lors de la traversée de Mafate… J’ai vraiment le temps d’apprécier l’instant, de vivre la traversée de ces villages improbables au milieu de nulle part. À chaque Grand Raid, j’ai vécu l’entrée dans les cirques comme un nouveau voyage. En plus, cela me permettait de découper ma course en différentes parties. À chaque fois, tu ressens cette atmosphère, tu es happé par l’émotion.

Quand le départ était à Cap Méchant, tu quittais la chaleur et la liesse du bord de l’île pour monter là-haut, au plus près du volcan… Ensuite, tu rentres dans Cilaos au petit matin, dans ce lieu bouillant qui vibre de chaleur humaine, avec toutes ces cases multicolores… Puis tu bascules dans Mafate, après le Col du Taïbit. Là, tu sais que tu pénètres dans un endroit sauvage où tu ne vas plus voir personne… Enfin, à un moment tu en sors, et tu retrouves la civilisation… Le parcours du Grand Raid t’offre en accéléré toutes les émotions de l’Île de La Réunion, avec ses contrastes, ses couleurs et ses sonorités !

PAYSAGE GRAND RAID REUNION
Des paysages uniques pour un ultra unique en son genre. Photo DR

Quelle est ton analyse des résultats de ce millésime 2022 ?

F D’H : Beñat Marmissolle a réussi à gérer l’enchaînement UTMB-GRR, comme quelques grands champions avant lui. En 2014, j’ai aussi fait cet enchaînement, avec une saison avec trois ultras programmés, dont l’UTMB et la Diagonale. Cet enchaînement UTMB-Diagonale est plus facile que celui de la Hardrock suivie de l’UTMB, que ce soit en termes de délai entre les deux courses, de décalage horaire et de difficulté de parcours. Côté performance pure sur cette Diagonale, je me refuse à comparer les chronos, car chaque édition est différente : tracé avec des portions différentes, conditions climatiques, aléas de course… Tout est différent à chaque édition, et les comparaisons ne tiennent pas. Disons que les deux premiers n’ont pas connu de défaillance majeure, ont fait course commune, et au final, le chrono est très bon.

Pour revivre la Diagonale des Fous 2022, c’est ici

Comment apprécies-tu la performance de Courtney Dauwalter, la première femme ?

F D’H : Ici, Courtney a été à son niveau ! Il n’y a pas encore beaucoup de femmes au niveau international en ultra-trail, j’espère que cela changera d’ailleurs. Mais en terminant à un peu plus d’1h30 des vainqueurs, Courtney est à sa place. Elle démontre ce qu’une femme peut réaliser en s’entraînant à haut niveau. D’autres coureuses peuvent parvenir à ce niveau, il n’y a rien de stratosphérique dans cette 4e place.

Pour moi, la surprise, c’était plutôt à la Hardrock, où je l’ai vue à 5h de Kilian et moi-même. Sur l’UTMB 2021, où je n’avais pas fait une grosse course, elle était à 1h45mn. Donc, ici, l’écart est dans les normes. Après, ce n’est pas la course de sa vie non plus ! C’était sa première Diagonale, et sa marge de progression est réelle ici !

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Courtney Dauwalter à l’arrivée de la Diagonale 2022, 1ère féminine et 4ème au général, à moins de 1h30 de Beñat Marmissolle. Photo DR

Cette situation en fin de saison est inédite pour toi : tu es au repos complet !

F D’H : Dans ma carrière, j’ai souvent eu des petits bobos que je suis toujours parvenu à gérer, en faisant du vélo, du ski alpinisme, etc. J’avais souffert de petites entorses à la cheville, mais j’ai quand même pu gagner la Diagonale avec… J’ai toujours essayé de gérer mes douleurs pour ne pas aller jusqu’à la grave blessure. J’ai toujours essayé d’écouter mon corps. Et là, c’est vrai, je me suis fait surprendre. J’ai fait une chute fin juin, et entre-temps, j’avais eu l’impression de faire une légère entorse interne à l’arrière du pied. J’ai traité ça comme une blessure classique, alors qu’en fait, il s’agissait déjà d’un hématome osseux. C’est vrai que j’ai tiré dessus pour faire la Hardrock, cela s’est passé sans trop de souci, et j’ai pris mon repos classique après cet ultra, qui d’habitude me permet d’obtenir une franche guérison. Mais quand j’ai repris, j’ai senti que ce n’était pas normal. J’ai quand même réussi à reprendre et faire l’Échappée Belle. C’est tout de même 26h dans les cailloux ! Et sans presque aucune douleur. Et puis quelques jours après, à force de tirer dessus, en septembre, ça a lâché…

Quel est le diagnostic de ta blessure ?

F D’H : C’est un hématome osseux à l’arrière du pied, avec un trait de fracture. Le seul remède, c’est la mise au repos complet. Plus de tension sur cet os. Donc, c’est 5 semaines de repos complet. Pas de vélo, pas de rando, du repos… C’est nouveau pour moi ! Ça me fait un peu bizarre… Mais 5 semaines dans une vie, ce n’est rien, il y a des choses bien plus graves. Les médecins sont hyper optimistes, la blessure ne peut pas se déplacer, et cela ne peut que se consolider. En plus, on est en fin de saison de trail, j’avais déjà beaucoup couru… Après ce repos, je reprendrai par le ski alpinisme, c’est beaucoup plus doux, il y a moins d’impacts…

Depuis cette interview, François D’Haene s’est de nouveau blessé. Toutes les infos ICI

Selon toi, l’ultra-trail à haut niveau est-il un sport à risque pour le corps ?

F D’H : D’abord, je tiens à dire que je ne me suis jamais considéré comme un athlète de haut niveau, ou même comme un athlète tout court. Je pense que c’est un peu ça le secret de l’ultra-trail. C’est ça qui fait que tu dures, c’est ça qui fait que tu peux vraiment pousser à fond et aller très loin… J’ai discuté avec de nombreux athlètes comme Jim Walmsley ou Thibaut Garrivier : ils sont très forts physiquement sur des 100km, mais quand tu dois dépasser les 20h de course, cela devient un autre monde. Il y a vraiment d’autres paramètres qui entrent en jeu, et tu dois être en capacité d’adopter une attitude différente lorsque tu passes au-delà des 20h. C’est un dialogue intérieur, tout va parler en toi…

La Diagonale, c’est encore autre chose. Presque 24h de course… Il faut s’immerger dans une autre dimension. Plus que du haut niveau, c’est surtout la gestion de soi dans des conditions extérieures hostiles dont il est question. S’y adapter… Et oui, il faut savoir se taper dedans le jour J. L’expérience de l’ultra, des gars comme Antoine Guillon ou Julien Chorier la possèdent. Alors qu’ils ne sont plus à leur niveau d’antan, ils rentrent dans le Top 10 ici, grâce à une gestion de leur potentiel de l’instant, en écho à la réalité du moment. Chapeau à eux ! Ils s’adaptent aux conditions extérieures et à leur corps. Des gars plus jeunes, plus forts et hyper motivés, ont abandonné sur cette Diagonale. Pas eux…

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Antoine Guillon, toujours performant sur le Grand Raid, malgré les années qui passent. Photo DR

Penses-tu que le professionnalisme est indispensable pour réussir en ultra-trail aujourd’hui ?

F D’H : Pour revenir sur l’exemple d’Antoine et Julien, l’aptitude à performer est plus une aptitude personnelle intérieure qu’un statut avec des heures innombrables d’entraînement. Cette attitude-là, cette capacité à se gérer, c’est d’abord savoir se concentrer sur soi, écouter son corps plus que scruter les paramètres de sa montre et de son Smartphone. Je considère aujourd’hui qu’un jeune traileur qui a envie d’être professionnel, doit d’abord se former, faire des études, avoir une vie sociale, tout en s’entraînant et en cherchant à s’améliorer. S’il gagne des courses, s’il s’épanouit dans ce sport, ce sont les partenaires qui viendront à lui. Et pas le contraire.

Pour ma part, même si désormais je suis un professionnel du sport, je passe beaucoup de temps avec mes enfants et mon épouse, je m’investis dans un événement que j’ai créé, j’étais vigneron, et aujourd’hui je vends encore mon vin. Sans oublier qu’à la base, j’ai une formation de kinésithérapeute, métier que j’ai exercé jusqu’en 2012. J’ai toujours voulu avoir des activités à côté, pour relativiser cette pression tout autour de la victoire.

Je crois que la clé, pour ceux qui sont des professionnels du trail, c’est qu’en fait à la base ce n’était pas une volonté d’avoir ce statut-là. C’est venu avec les résultats. Moi, ma volonté, c’était de faire de faire des courses qui me plaisaient, et d’être le plus performant possible dans ces courses-là !

DHAENE GRAND RAID
Photo DR

Tu as intégré un team assez vite !

F D’H : Oui, cela s’est fait naturellement. J’ai eu la chance de pouvoir intégrer le Team Salomon et d’en avoir des retombées, qu’elles soient médiatiques ou financières. Mais j’insiste : en fait, moi, je me suis d’abord entraîné pour faire les courses de trail qui me faisaient rêver. Je ne me suis jamais entraîné pour en faire un métier. C’est vraiment toute la nuance.

En 2009, après ma première Diagonale des Fous, Jean-Michel Faure-Vincent est venu me voir, il m’a proposé d’entrer dans le Team Salomon. Je n’ai pas tout de suite dit oui. Je n’avais pas envie de perdre ma liberté, je voulais choisir mes courses, je voulais m’habiller comme je veux, m’entraîner comme je veux, manger ce que j’aime… Jean-Michel a dit oui à tout. On avait la même vision des choses. On l’a toujours d’ailleurs. Il m’a dit qu’il était là pour m’accompagner et pour essayer d’optimiser la façon dont je m’entraîne, de me fournir un matériel adapté à mes besoins… Il voulait m’accompagner dans ma quête vers l’ultra et on connaît les résultats depuis.

13 ans après, Jean-Michel est toujours dans le cercle très restreint des personnes avec lesquelles je travaille. Je choisis mes courses. Si j’ai un team international, c’est aussi pour choisir des courses internationales… Bien sûr, j’en discute avec la marque, mais en fait c’est vraiment moi qui décide. D’ailleurs, pour moi, le contrat est vraiment en engagement moral, comme quand on se tape dans la main. Je fais de belles courses, je porte leur équipement, on se respecte, et tout cela me va bien.

François D’Haene : ses principaux résultats 2021-2022

Francois D'Haene résultats
Source UTMB Index

Cette interview est parue dans le magazine Esprit Trail N°128.

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