Pour sa 3e édition, le Nature Trail Film Festival, unique festival de cinéma consacré à la course à pied nature, propose 6 films inspirants à découvrir dans une des 18 villes de la tournée française. 2h30 de pur trail, d’aventures, d’émotions, de beauté et d’effort. Les dates : du 8 mars au 1er avril. On vous présente le programme.
CONFINÉ – Mathieu Blanchard
Sans course à l’international pour 2020, Mathieu Blanchard s’est donné comme défi de traverser la Gaspésie en empruntant l’arrière-pays. De la vallée de la Matapédia, en passant par les Chic-Chocs, jusqu’au bout du monde à Forillon, son objectif est de franchir au pas de course les 650 km et 30 000 m de dénivelé positif… en une semaine. Il sera confronté à ses limites physiques et mentales et devra affronter des sentiers dignes de Jurassic Park. Ce film a fait partie de la Sélection officielle du Festival de films d’aventure de Banff.
CANADA – 1h – Version française. Réalisé par Jérôme Binette
HIELO – Fernanda Maciel
Hielo Continental est l’un des plus grands champs de glace du monde et le cœur des Andes patagoniennes. L’itinéraire de randonnée de 7 jours, qui commence à El Chaltén, emmène les gens au plus profond des montagnes. Il y a 10 ans, Fernanda Maciel, ultrarunneuse de The North Face, a rêvé de parcourir cet itinéraire épique en une seule fois, mais la météo mit un frein à sa courageuse tentative. Dans HIELO, Fernanda revient avec sa coéquipière Kaytlyn Gerbin pour affronter ce glacier sauvage et isolé en courant autour des montagnes emblématiques des massifs de Torre et Fitzroy, mettant leur force, leur endurance et leurs capacités techniques à l’épreuve.
ARGENTINE – 9 min 30 – Version originale sous-titrée
KILIAN JORNET, BIEL RÀFOLS : MORCEAUX CHOISIS
Suivez Biel Ràfols dans son travail de caméraman auprès de Kilian Jornet lors de Zegama et de l’ultra Pireneu : frissons garantis !
ESPAGNE – 6 min – Version originale sous-titrée. Réalisé par Biel Ràfols
ULTRA-SIMPLE
Mat est un pur ultra-traileur Valaisan qui, pour ses 50 ans et après un AVC, a décidé de faire plus de 750 km en 7 semaines sur 3 courses mythiques (UTMB, Tor des Géants et Marathon des Sables). Et c’est ce moment de sa vie qui vous sera conté, entre exploit hors du commun et leçon de vie. Une simple aventure.
SUISSE – 56 min – Version française. Réalisé par Arnaud Cailloux
DETRÁS DE LA CÁMARA
L’histoire de Biel Ràfols, cameraman et coureur de trail. Biel Ràfols est l’un des premiers et des meilleurs réalisateurs de films de trail au monde. Il a suivi de près et filmé des coureurs de renom tels que Kilian Jornet, Judith Wyder et Stian Argemund. Dans ce documentaire, il révèle ce qui se cache derrière certaines des images les plus connues de l’histoire des courses de montagne. Son travail, plus compliqué qu’on ne l’imagine, mêle exploits sportifs et technicité, pour nous faire profiter des plus grands moments du trail.
ESPAGNE – 11 min 40 – Version originale sous-titrée. Réalisation : Jabalcuza Films
LIFE ON THE FELLS
Ce film suit la vie d’Adam Briggs, un fell runner passionné qui a une histoire unique à raconter. Poussé par les événements du passé et l’attraction constante des montagnes, Adam cherche à tirer le meilleur parti du don qui lui a été fait. Sa vie dans les montagnes vous emmènera dans un voyage à travers les éléments. Un voyage qui élargira l’esprit, renforcera le corps et donnera du pouvoir à l’esprit. Life on the Fells a remporté le prix du meilleur film amateur au Trail Running Film Festival de 2017.
ANGLETERRE – 5 min 13 – Version originale sous-titrée. Réalisation : James Stevens
Nature Trail Film Festival : toutes les dates de la tournée
DIJON – 8 MARS 2023 LYON – 9 MARS 2023 CLERMONT-FERRAND – 10 MARS 2023 TOULOUSE – 13 MARS 2023 PAU – 14 MARS 2023 BORDEAUX – 15 MARS 2023 NANTES – 16 MARS 2023 BREST – 17 MARS 2023 RENNES – 20 MARS 2023 PARIS – 21 MARS 2023 LILLE – 22 MARS 2023 BRUXELLES – 23 MARS 2023 STRASBOURG – 24 MARS 2023 ANNECY-RUMILLY – 27 MARS 2023 GENÈVE – 28 MARS 2023 GRENOBLE – 29 MARS 2023 NICE – 31 MARS 2023 MONTPELLIER – 1er AVRIL 2023
https://www.esprit-trail.com/wp-content/uploads/2023/02/NATURE-TRAIL-FILM-FESTIVAL-OPEN-1.png6421000redacteur esprit trailhttps://www.esprit-trail.com/wp-content/uploads/2025/02/ET-logo-vert-noir-300x87.pngredacteur esprit trail2023-02-27 05:05:002023-02-21 10:01:07Nature Trail Film Festival : le trail fait son cinéma
Comme tous les débuts d’année, la question se pose de vos ambitions en course à pied à moyen et long terme. Et des moyens de vous entraîner que vous vous donnerez pour les atteindre. Un record premier trail long ? Un record perso sur une course que vous connaissez par cœur ? Un trail de montagne ? Un ultra ? Quels que soient vos objectifs, ils nécessiteront, en plus d’un physique affûté, un mental à toute épreuve. Alors que se profile la fin de votre hibernation, nous vous proposons ce test en 10 questions pour faire le point sur votre capital motivation.
Prenez un papier et notez pour chaque question la lettre correspondant à votre réponse. Par exemple, 1A, 2C, 3B… Vous ferez le compte à la fin, selon le tableau des points fourni.
1 – Courir, pour vous, c’est :
A Une source de plaisir intense. B Un besoin presque vital. C Une envie plutôt ponctuelle. D Une corvée la plupart du temps.
2 – Lorsque vous êtes en plein effort :
A Vous souffrez. B Vous pensez au résultat final, c’est votre moteur. C Vous êtes autant dans l’effort que dans le plaisir. D Vous êtes heureux(se) à l’idée de vous dépasser.
3 – Une semaine sans sport, c’est comme :
A Une semaine sans sexe. B Une semaine où vous vous sentez mal dans votre peau. C Impossible, tous les moyens sont bons pour bouger. D Du repos et de la détente parfois nécessaire.
4 – Vous choisissez le parcours et la durée de votre sortie en fonction :
A De l’envie du moment. B De ce qui est prévu sur votre planning d’entraînement. C Des ami(e)s qui vous accompagnent. D Peu importe, vous avisez en route, l’important, c’est de courir.
5 – Pour vous, un rythme d’entraînement régulier, c’est :
A Une fois par semaine. B Deux ou trois fois par semaine. C Tous les jours ou presque. D Quelques fois par mois.
Photo Cimalp
6 – Après une sortie, vous vous sentez :
A Fier(e) de vous. B Reboosté(e), encore plus en forme. C Fatigué(e). D Détendu(e) et content(e).
7 – Vous pratiquez la course à pied :
A Pour entretenir votre corps. B Par plaisir. C Pour perdre vos kilos en trop. D Par obligation.
8 – Pour chausser les baskets, vous avez besoin :
A De vous motiver en pensant aux résultats. B D’être coaché pour tenir les séances. C D’y retrouver des ami(e)s. D Vous avez juste besoin de courir.
9 – Pour vous, course à pied rime avec :
A Effort, ça vous épuise parfois à l’avance. B Ressort, c’est pour vous un moyen de recharger les batteries. C Réconfort, ça vous rassure sur votre forme physique. D Confort, c’est pour vous une hygiène de vie indispensable.
10 – Vous aimez plutôt les séances :
A Intenses, celles qui sollicitent les muscles et le cardio en profondeur. B Tranquilles, elles vous permettent de vous entretenir sereinement. C D’endurance, celles qui s’attaquent aux graisses et affinent la silhouette. D De groupe, car seul(e) vous prenez moins de plaisir.
Capital motivation, les résultats
Pour connaître votre « capital motivation », additionnez tous les points obtenus à chaque question et reportez-vous aux profils correspondants.
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10
A 4 1 3 1 2 2 3 4 1 5
B 5 3 4 4 4 5 4 3 5 2
C 2 5 5 2 5 1 5 2 2 3
D 1 4 1 5 1 3 1 5 3 1
Profil 1 – Vous avez entre 40 et 50 points
Le(a) passionné(e) : une motivation dévorante
Vous entretenez avec la course à pied une relation passionnelle, charnelle, clairement physique et hormonale. Vous avez besoin de l’adrénaline et de l’endorphine que la course vous procure. C’est votre drogue, vous ne pouvez pas vous en passer. Vous en avez besoin, comme on a besoin d’air pour respirer. On ne peut pas réellement parler de motivation, puisque le besoin et le plaisir dépassent la simple envie de faire du sport. Vous recherchez l’intensité, le dépassement de soi, de vos limites. Vous ressentez dans l’effort une satisfaction telle qu’elle renouvelle votre désir en permanence.
Profil 2 – Vous avez entre 30 et 40 points
Le(a) battant(e) : un capital de guerrier(e)
Votre motivation est intrinsèque, elle n’est pas influencée par les autres mais uniquement par votre envie personnelle de vous dépenser. Vous aimez bouger, expérimenter de nouvelles choses, et vous avez besoin d’aller courir régulièrement pour vous sentir bien dans votre peau et dans votre corps. Vous choisissez vos séances en fonction de vos goûts et de vos besoins du moment et n’êtes pas simplement motivé(e) par le fait d’entretenir votre corps mais par le goût et l’effort du mouvement. Pour vous, la course à pied est une hygiène de vie à part entière dont on ne peut pas se priver. Sans elle, vous n’êtes pas bien dans votre corps, pas au top de votre forme, pas pleinement épanoui(e).
Profil 3 – Vous avez entre 15 et 30 points
Le(a) tonique : une détermination à 2 visages
Vous avez une motivation intérieure claire : avoir un beau physique, l’entretenir, l’affiner, le fuseler. Mais d’où vient réellement votre motivation de fond ? Même si votre objectif final est d’avoir un corps tonique, le faites-vous réellement pour vous ou pour répondre aux canons de beauté, aux diktats sociaux, pour que votre apparence satisfasse le plus possible l’autre ? Plus vous êtes proche des 30 points, plus votre motivation est intrinsèque et solide ; plus vous êtes proche des 15 points, plus elle est fragile et liée aux aléas du regard de l’autre. Pour renforcer votre motivation, il est indispensable de vous centrer sur votre désir profond, sur le corps que vous souhaitez avoir et de choisir les séances de course à pied qui vous amèneront à cet objectif, sans excès, sans agir pour l’autre mais pour vous.
Profil 4 – Vous avez moins de 15 points
Le(a) tenace : une envie versatile
Un jour oui, un jour non ! Votre motivation fluctue au gré de vos envies et de vos fréquentations. Elle n’est pas une exigence intérieure, mais une obligation extérieure. Vous êtes OK avec l’idée d’entretenir votre corps, mais vous n’avez pas un réel goût pour l’effort. Cela peut s’expliquer peut-être par le fait que vous n’appréciez pas forcément la façon dont vous pratiquez la course à pied. Si l’endurance vous ennuie, essayez le fractionné. Si la route vous ennuie, essayez le trail… Certes, vous réussissez à vous motiver en sortant en groupe, mais vous parviendriez sans doute à une motivation plus forte en prenant du plaisir à courir.
Dans la lignée de son engagement pour la préservation des montagnes, Kilian Jornet et sa marque Nnormal, fondée avec Camper, lancent le No Trace Program. Il s’agit d’une campagne en faveur du recyclage des équipements de sport de toutes marques. Une initiative de plus pour inciter les gens à profiter de la nature et à la respecter.
No Trace Program : contribuer à préserver la planète
On estime que 20 milliards de paires de chaussures sont vendues chaque année dans le monde. 90 % des chaussures achetées ne finissent jamais par être recyclées. Et une grande partie finit dans des décharges. Ou, pire, elles sont abandonnées dans la nature, puisqu’on en retrouve même sur des plages sauvages et reculées. Avec certaines paires qui peuvent mettre plus de 1000 ans à se décomposer. Un cauchemar.
Photo DR
Fidèle à sa philosophie, la marque Nnormal lancée il y a un an par Kilian Jornet et Camper propose de s’atteler à cette problématique. Ils viennent de lancer le No Trace Program. Une initiative qui invite les sportifs à recycler de manière simple et gratuite les chaussures, vêtements et accessoires de sport qu’ils n’utilisent plus ou qui ont déjà terminé leur cycle de vie. Et ce, quelle que soit la marque.
Photo extraite du film No Lost Shoes.
No Trace Program : simple et gratuit
Avec cette campagne, NNormal vise à récupérer le plus grand nombre possible de chaussures, vêtements et accessoires de sport utilisés pour leur donner une deuxième vie ou les recycler. Les consommateurs peuvent ainsi recycler leur matériel de sport de manière simple, gratuite et accessible à tous en seulement trois étapes :
1- Rassembler tout le matériel sans distinction de marque ni d’état. Les équipes dédiées au programme récupéreront votre équipement d’extérieur usagé quel que soit l’état du produit, et le répareront / recycleront afin de lui donner une seconde vie.
2- Apposer l’étiquette prépayée. Enregistrez-vous sur le site de Nnormal, dans l’espace dédié, renseignez les informations concernant les produits à recycler, et imprimez l’étiquette prépayée.
3- Se rendre dans un point de collecte. La liste des points de collecte et des magasins sélectionnés peut être consultée sur le site de Nnormal.
No Lost Shoes : le film qui alerte signé Max Romey
L’activiste Max Romey connaît bien évidemment le monde du trail. Il a d’ailleurs réalisé de nombreux films pour différents acteurs et actrices du domaine. Partenaire de l’aventure NNormal, cet habitant d’Anchorage raconte : « Ce qui m’a excité dans le projet de NNormal dès que j’en ai entendu parler, c’est la conviction de cette énergie des petits pas qui peuvent mener à de grandes choses. »
Max Romey. Photo Nnormal / DR
Mais au-delà du sport, le travail de Max Romey est avant tout un avertissement pour protéger tous les magnifiques endroits que nous aimons traverser. « À côté de chez moi, raconte-t-il, se trouve un immense paysage magnifique de glace bleue. Et je souhaite sincèrement que ce que je fais permette aux générations suivantes d’avoir la même nature autour d’eux…. C’est la raison pour laquelle je cours, je dessine ou je sors. Quand je dessine, je peux exprimer des choses pour lesquelles les mots ne suffisent pas. Et il est si facile de considérer que ces éléments ne changeront pas, alors qu’ils sont menacés. Pouvoir travailler avec une société qui met la priorité sur ces choses est donc une vraie chance. »
Photo DR
Le film de 11 minutes No Lost Shoes met en évidence l’ampleur du problème de la pollution au cœur des mers et océans. Avec ce film, NNormal invite les consommateurs à réfléchir et à recycler tous les équipements de sport qu’ils n’utilisent plus. L’objectif est clair : contribuer à la préservation de la planète.
https://www.esprit-trail.com/wp-content/uploads/2023/02/NO-TRACE-PROGRAM-NNORMAL-4.jpg5631000Patrick Guerinethttps://www.esprit-trail.com/wp-content/uploads/2025/02/ET-logo-vert-noir-300x87.pngPatrick Guerinet2023-02-18 12:00:002023-02-16 17:08:17No Trace Program : Kilian Jornet et Nnormal s’engagent pour le recyclage de tous les équipements de sport
Ingénieur de formation, moniteur de plongée sous-marine, aventurier iconique de l’émission Koh-Lanta : Les 4 Terres, Mathieu Blanchard, dauphin de Kilian Jornet lors du fantastique UTMB 2022 avoue avoir trouvé son bonheur grâce à la course à pied, qu’il décline tant lors d’épreuves chronométrées qu’en dehors des sentiers. Et sa courbe d’épanouissement personnel ne semble pas avoir de limite. Rencontre avec un ultra-aventurier.
Tu découvres le trail en 2016, et tu es sélectionné dès mars 2017 pour intégrer la Salomon Ultra Running Academy. Avoir choisi l’ultra-trail d’entrée, c’est plutôt gonflé, non ?
Mathieu Blanchard : Lorsque je fais ma toute première expérience de trail, c’est un ultra de 80km et je me sens tellement bien à l’arrivée que je me suis dit que j’étais fait pour les longues distances. (Mathieu Blanchard remporte la course, l’Ultra-Trail Harricana du Canada, 80 km et 2400 m de D+ en moins de 8h, NDLR.)
Ce n’est pas un parcours classique ! Tous les entraîneurs te diront qu’il faut mettre de la progressivité…
Mathieu Blanchard : Je suis entièrement d’accord et d’ailleurs, étant également coach, jamais je ne donnerais à quelqu’un que j’accompagne un tel conseil pour débuter la course. Avant le trail, quand j’ai commencé la course sur route, j’ai aussi tout de suite démarré par des marathons, sans passer par les cases 5K, 10K, semi-marathon… Ça a d’ailleurs été une relation assez malsaine avec le sport au début, parce que j’avais tout le temps mal partout. J’avais fait de ces douleurs une normalité, mais c’était juste parce que je n’y connaissais rien. C’est pour ça que quand je suis arrivé dans les ultras, je me suis dit, comme pour les marathons, que ça faisait mal mais que c’était normal. Ce n’est qu’après que j’ai fini par apprendre que ce n’était pas normal…
Photo UTMB / DR
Comment en es-tu venu à mettre un peu de sagesse après cela ?
Mathieu Blanchard : J’ai eu une prise de conscience quand j’ai commencé l’ultra trail, et quand j’ai signé un petit contrat de sponsoring avec Salomon. Je me suis dit que ça devenait un peu plus sérieux. Alors, en lisant des bouquins, en échangeant avec des experts, des coachs, j’ai appris qu’effectivement, la progressivité, la constance et la gestion de la charge doivent se faire de manière calculée. Et puis, toujours avec Salomon, j’ai pu avoir accès à des experts, échanger avec d’autres athlètes professionnels du team, et ils m’ont expliqué comment ils fonctionnaient, comment ils progressaient, comment ils se faisaient coacher…
Sur ton site, on peut lire : « Je courais toujours pour aller partout, mais je ne pensais pas pour autant que ça allait me mener quelque part », une phrase extraite du film Forrest Gump.Toi, tu penses aller où ?
Mathieu Blanchard : C’est une phrase que j’aime beaucoup parce qu’elle résume un peu ma vie au sens propre comme au sens figuré. D’un point de vue professionnel, ces dernières années, j’ai essayé beaucoup de choses dans l’ingénierie. Je suis allé dans les télécommunications, ça ne m’a pas super plu ; je suis allé dans l’aérospatiale, ça ne m’a pas super plu ; dans le nucléaire, ça ne m’a pas super plu ; dans la thermique lors de ma dernière expérience professionnelle au Canada, ça ne m’a pas super plu…
Tout ça pour dire que je courais un peu partout pour aller quelque part, mais au final, j’étais en train de courir derrière un certain bonheur ou épanouissement de vie que je n’arrivais pas à trouver. Et finalement, c’est la course à pied qui a donné un sens à ma vie. À partir du jour où j’ai trouvé ma direction, j’ai commencé à enclencher ma courbe d’épanouissement et de bonheur que je n’avais jamais trouvé auparavant. C’est arrivé assez tard dans ma vie, j’avais 30 ans.
Tom Hanks dans Forrest Gump. Photo DR
Ta trajectoire de vie ne se résume pas qu’à la course à pied, il y a des envies d’explorer le monde… Un peu à l’image d’un Kilian Jornet, il te faut d’autres choses, d’autres émotions…
Mathieu Blanchard : Exact. Quand on voit des images de courses comme l’UTMB, on pourrait se dire que ma vie tourne autour de la performance, mais pas du tout. En fait, la performance est un petit pourcentage de ce qui me passionne dans la course à pied. Et finalement, la performance, c’est plutôt une conséquence de tout le reste. J’ai des motivations de courir qui me poussent à me lever tôt le matin, et à force de m’entraîner énormément, je suis devenu performant. Mais ce n’est pas la performance qui me motive à me lever tôt le matin. Je m’entraîne aussi beaucoup pour cette casquette d’aventurier, et comme je m’entraîne en courant, mon niveau physique et mental s’améliore, ce qui me permet de le transposer sur des aventures de type polaire, désert, vélo, peu importe.
Le grand public a découvert l’aventurier Mathieu Blanchard sur TF1, en 2020, lorsque tu as tourné Koh Lanta – Les 4 Terres aux Fidji. Tu avais renoncé à courir La Diagonale des Fous pour cette émission. Rétrospectivement, qu’est-ce que cela t’a apporté ?
Mathieu Blanchard : C’était une belle aventure qui m’a apporté de l’expérience, m’a permis de tester ma résistance dans certaines circonstances, en particulier au niveau de la faim. Et puis à titre personnel, depuis tout petit, le roman Robinson Crusoé et le mythe de l’île déserte sur laquelle il faut survivre m’a toujours fasciné. Mais c’est une aventure plus facile que celles que l’on réalise soi-même. Il y a un cadre, un filet de sécurité…
Photo TF1 / DR
Filet de sécurité qui n’existait pas dans l’aventure que tu as vécue en Gaspésie, en août 2020, quand tu es parti pour effectuer le record de la traversée du GR A1, le premier sentier de grande randonnée d’Amérique du Nord, avec ses 650km et 30000m D+ en forêt, en milieu hostile, que tu as avalés en 7 jours et 12h, là où les randonneurs mettent en moyenne près dun mois et demi… (Le film Confiné raconte cette aventure, NDLR.)
Mathieu Blanchard : Ça c’est une vraie aventure ! Parce que je pars d’une feuille blanche, et c’est à moi de dessiner tout le cadre. Et là, ça devient beaucoup plus compliqué puisqu’on est sans aucune garantie de succès.
Certains ont parlé de défi, d’autres de folie. C’est quoi exactement, un besoin de te tester, une soif d’adrénaline ?
Mathieu Blanchard : C’est un tout. C’est l’exploration du potentiel humain, qui est quelque chose qui me passionne et que je le teste un peu sur moi. Aujourd’hui, j’ai pris conscience que notre potentiel physique et mental est bien plus élevé que ce que l’on nous apprend ou que nous raconte la société actuelle. On n’utilise même pas 10% de la capacité de notre cerveau, et au niveau physique, c’est la même chose. Comprendre que l’on est capable de courir 500 à 600 kilomètres d’affilée, cela casse complètement le paradigme des capacités du corps humain.
Et il y a d’autres critères que j’ai pu explorer, comme la résistance au sommeil, ou la perturbation du système nutritionnel basé sur trois repas par jour, avec un certain nombre de calories à ingérer, ou encore la gestion de l’énergie. Et au milieu de tout ça, il y avait aussi une histoire de performance, aller d’un point A a un point B le plus vite possible. Toucher du doigt tous ces paramètres et tenter de les maîtriser et les optimiser est quelque chose qui me passionne.
Lors de ton expédition polaire à skis dans des conditions extrêmes réalisée au Québec en février/mars 2022 avec son ami Loury Lag, et retracée par le film Uapapunan qui vient d’être présenté au public en France et au Canada, tu as pu expérimenter ta résistance au froid. Conclusion ?
Mathieu Blanchard : Contrairement à la chaleur, à laquelle le corps peut physiologiquement s’adapter, par exemple en augmentant la capacité de sudation, ou du volume sanguin, il n’y a pas d’adaptation physiologique au froid. L’adaptation ne peut donc être que mentale. C’est l’accoutumance à la douleur. Et il y a également des techniques ancestrales, que l’on a pu découvrir avec les populations autochtones lors de notre expédition. Eux sont habitués à sortir tous les jours par -40° en hiver et ça ne leur pose pas de problème. Aujourd’hui, notre société a tendance à nous maintenir dans notre canapé, avec une température de 25°, en nous expliquant que le milieu désertique est hostile, que le milieu polaire est hostile, qu’il vaut mieux rester enfermés à l’intérieur. Moi je veux montrer que pas du tout…
Mathieu Blanchard et son complice Loury Lag lors de leur expédition polaire Uapapunan. Photo DR
Revenons à tes performances sur l’UTMB. 3e en 2021 derrière François D’Haene et Aurélien Dunand-Pallaz, 2e en 2022 derrière Kilian Jornet… La victoire pour 2023 ?
Mathieu Blanchard : Je suis encore entrain de penser à ma saison 2023. Cette année, je veux aussi voir un peu des nouvelles choses, parce que le monde des ultra-trails est assez vaste en terme de courses, les années passent et je veux tenter d’expérimenter les plus grandes courses du monde à mon plein potentiel. Je ne veux pas faire ça quand j’aurais 50 balais !
Mathieu Blanchard : Je ne sais pas encore. Pour ma première partie de saison, je vais mettre le focus sur la Western States, aux États-Unis, qui est la course la plus mythique là-bas. J’ai eu la chance d’avoir un « golden ticket », c’est-à-dire un accès direct sans passer par la loterie, grâce à l’UTMB l’année dernière, donc je vais en profiter. Ensuite, à partir de juillet, ce sera une deuxième partie de saison que je construirai en fonction de comment je ressortirai de la Western States. Si, 10 jours après la course, je me sens bien et capable d’attaquer un nouveau bloc de préparation pour l’UTMB, j’irai éventuellement à Chamonix. Ou alors peut-être au Grand Raid de La Réunion…
Mathieu Blanchard à l’arrivée de l’UTMB. Il est le 2e homme à descendre sous la barre des 20h, quelques minutes après Kilian Jornet. Photo UTMB / DR
Comment comptes-tu préparer ta Western States ?
Mathieu Blanchard : Je vais tout donner et faire un programme très spécifique en première partie de saison pour être capable de gagner en vitesse. Cela signifie beaucoup courir à plat, ce que je n’ai pratiquement pas fait pendant 3 ans. Je vais aller faire un stage au Kenya pendant un mois, pour m’entraîner avec les coureurs kényans. Je vais également faire le Marathon de Paris…
A propos de Kényans, comment as-tu réagi face à l’annonce du contrôle positif du vainqueur de Sierre-Zinal, Marc Kangogo ? Es-tu surpris ? Est-ce logique ?
Mathieu Blanchard : Non, cela ne me surprend pas, parce que on le sait tous, le dopage arrive avec l’argent. Tant qu’il n’y a pas d’argent, le risque de dopage est assez limité. Bien sûr, il y a toujours des exceptions, des types qui sont capables de se doper pour aller gagner un saucisson dans une course de village, mais cela reste quand même très rare. Maintenant, il faut savoir que les Kényans, que je commence à connaître un petit peu, n’ont pas le même niveau de vie que nous et que remporter de telles courses peut littéralement changer leur vie et celle de leur famille, voire même de leur village. Alors pour eux, le risque de se doper est moins grave qu’en Europe, où un sportif qui se fait prendre peut voir sa carrière ruinée, son image salie. Il va être pointé du doigt, c’est une honte dans notre société.
Alors que là-bas, le mec, s’est fait choper, il s’en fout un peu. Maintenant, comme le trail a complètement explosé ces dernières années, que les rémunérations et les bourses de course commencent à être très intéressantes, il va forcément y avoir des gens qui vont avoir envie de tricher. J’espère sincèrement que les contrôles vont venir avec, qu’il y aura un programme complet et sérieux de suivi, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui où il y a quelques contrôles avant et après les courses, mais pas de contrôle inopiné, comme on peut en avoir pour les coureurs du Tour de France par exemple.
Mark Kangogo, vainqueur de Sierre-Zinal en août, puis déclassé pour contrôle positif en octobre. Photo DR
Sens-tu une pression lorsque tu arrives sur une course ?
Mathieu Blanchard : Bien sûr, car quand tu es coureur professionnel, tu as une pression de résultat. Quand tu as 15 médias qui te questionnent sur tes ambitions durant les trois jours qui précèdent la course, que tu sais que tu es observé, regardé par tes partenaires, tu as forcément un objectif de performance, ne serait-ce que pour continuer tes contrats. Mais je pense qu’être capable de gérer cette pression-là fait partie du métier, c’est ce qui fait la différence entre un champion et un autre. Tu as beau être super fort physiquement et être très bon à l’entraînement, si derrière tu perds toutes tes capacités de transposer ton potentiel en course, il manque une ligne dans les compétences de ton CV. C’est quelque chose dont je suis conscient et sur lequel je travaille, parce que ça fait partie aussi de l’équation.
François D’Haene disait lors d’une interview qu’au-delà de 20 heures de course, l’athlète entre dans une autre dimension où le mental prend le relais du physique. Toi, dans quoi vas-tu puiser mentalement ?
Mathieu Blanchard : Déjà, je dirais que ça commence un petit peu plus tôt que 20 heures. Moi, dès la sixième heure de courses, je suis déjà pas mal entamé, j’ai déjà mal partout. Et là, il faut prendre le dessus pour continuer à avancer. Il y a pas mal de techniques, mais avant tout, il faut savoir pourquoi on est en train de faire ça, avoir réfléchi en amont de l’événement aux raisons qui font qu’on va prendre le départ et qu’on va se motiver à aller au bout. Ça peut être des raisons personnelles, familiales… Et puis il faut aussi avoir analysé ce qui nous fait du bien actuellement, ce qui nous rend heureux, pour pouvoir pendant les moments difficiles de la course avoir une sorte de discours interne qui va tout de suite dans le positivisme.
Ce sont ces raisons familiales, avec l’accident de ton frère, amputé d’une jambe à la suite d’un accident de la route, qui t’ont poussé à aller au bout de ton premier UTMB en 2018 ?
Mathieu Blanchard : Exactement, c’est un exemple très concret, une raison qui est arrivée sur une course et qui n’arrivera pas forcément sur une autre course.
En fin d’année dernière, tu as amené ton petit frère Luca sur le Half MDS en Jordanie, et il a fait sa première course en milieu désertique. Ce partage, cette inclusion dans une épreuve difficile, ça a été un grand moment
Mathieu Blanchard : Oui, car en fait, l’UTMB 2018, c’était le point de départ. Il n’avait que 15 ans à l’époque, c’était un jeune ado qui avait besoin de grandir, et moi je lui avais dit après cette course que quand il serait devenu adulte, on partirait ensemble à l’aventure. Et on l’a fait. Des projets d’inclusion de ce type, c’est ce qui me pousse aussi à m’entraîner. Pouvoir montrer que même si on est pas en forme physiquement à un moment donné de notre vie, ou si on a un handicap, ça ne signifie pas que l’on ne peut pas avoir la chance de vivre des choses extraordinaires.
C’est une histoire assez inspirationnelle, qui peut motiver des gens dans les mêmes situations à se dépasser pour vivre de telles choses. C’est même tellement inspirant que Salomon a décidé de pousser un peu plus loin le projet d’inclusion en montant une team Handi, avec les différents sports das lesquels ils sont investis, et avec Luca comme ambassadeur pour la course à pied.
Luca, frère de Mathieu Blanchard, lors du Half MDS en Jordanie. Photo Organisation / DR
Pour en revenir à ton programme 2023, ce sera donc tout pour la vitesse, dès le début de l’année ?
Mathieu Blanchard : Non, car mon début d’année est assez chargé. Je dois d’abord m’occuper de la tournée de mon film en janvier-février (film sur son expédition polaire à ski dans des conditions extrêmes, intitulée Uapapunan, réalisée au Québec en février/mars 2022 avec son ami Loury Lag, NDLR). Ensuite, je vais faire le Kilimandjaro début mars, puis le stage d’entraînement au Kenya. Je dois également m’occuper de la sortie de mon livre fin mars, une autobiographie sur laquelle je travaille depuis plus d’un an. Je vais devoir assurer toute la partie relations médias, aller sur les plateaux télé, les dédicaces… Il y aura le Marathon de Paris, et j’irai peut-être au Marathon des Sables fin avril. Et ensuite les États-Unis pour la Western States, fin juin…
Et dans ce programme de folie, tu auras encore de la place pour une « aventure » hors course ?
Mathieu Blanchard : Si il y a une aventure, ce sera plutôt en automne-hiver, en pur trail. Comme traverser un pays de long en large, peut-être du côté d’Israël, ou de la Mongolie, ou d’un de ces pays qui finissent par « stan »… Kurdistan, Ouzbékistan. Il y a quelques trucs sympas à faire par là-bas, et qui ne sont pas trop connus. J’ai aussi d’autres idées d’expéditions polaires, parce que j’ai adoré mon aventure début 2022. Et des projets autour du café, aussi, qui m’amèneront à courir en Amérique Centrale ou en Afrique. Et encore d’autres projets pour connecter l’océan à la montagne… Les idées sont là, elles ne manquent pas, mais rien n’est fixé. Sachant que pour tout préparer sérieusement, c’est 6 mois de travail, donc c’est énorme…
Une trajectoire type Mike Horn, c’est quelque chose qui te tente ?
Mathieu Blanchard : Tout à fait. Venant d’un monde cartésien, ingénieur de bureau avec des objectifs assez cadrés, j’ai mis du temps à accepter la casquette de coureur professionnel. Le monde du sport professionnel était assez irrationnel à mes yeux. Aujourd’hui, j’accepte de dire que je suis coureur professionnel et que c’est mon métier. Maintenant, je suis dans un travail pour pouvoir me dire qu’un jour, je pourrai aussi être reconnu comme un aventurier professionnel. Je me dis ça parce que j’ai réussi à construire des aventures qui peuvent être concrètes en terme de rémunération, car il ne faut pas se mentir, pour être professionnel, il faut pouvoir en vivre.
Aujourd’hui, j’ai vu comment l’aventure peut devenir aussi une activité professionnelle, de par les conférences qu’on va donner, les livres qu’on va écrire, les films qu’on va tourner… Dans quelques années, je serai peut-être capable de faire des aventures qui dureront plusieurs mois, qui auront des impacts beaucoup plus gros. Et c’est quelque chose qui me permettra de continuer de faire ce que j’aime et d’exploiter mon potentiel physique, à une période de ma vie où je ne serai peut-être plus capable de courir assez vite pour me dire que je suis un coureur professionnel.
Mike Horn, aventurier iconique et référence. Photo DR
https://www.esprit-trail.com/wp-content/uploads/2023/01/Mathieu-Blanchard-arrivee-UTMB-2022-Photo-UTMB-DR.jpg6751200Patrick Guerinethttps://www.esprit-trail.com/wp-content/uploads/2025/02/ET-logo-vert-noir-300x87.pngPatrick Guerinet2023-02-16 23:03:002023-02-16 23:01:59La tête et les jambes, épisode 8 – Mathieu Blanchard, l’ultra-aventurier
À peine âgée de plus de 30 ans, la Roumaine Denisa Dragomir a été sacrée championne du monde de Sky Marathon et de trail court en 2022. Ses spécialités : la course en montagne et le Skyrunning. Là où il faut courir vite, affronter sans crainte les parties techniques et accélérer encore sans tomber. Le rédacteur en chef d’Esprit Trail Serge Moro l’a rencontrée. Séquence vitaminée avec une sportive au palmarès impressionnant qui aime vivre vite et fort !
Quand as-tu commencé à courir ?
Denisa Dragomir : À l’âge de 11 ans. Lorsque ma cousine a été sélectionnée pour participer à une compétition, j’ai voulu pouvoir y participer également. J’étais trop jeune pour être inscrite, alors j’ai couru en « pirate », et j’ai terminé 3e.. L’année suivante, cette fois inscrite officiellement, j’ai aussi fini en 3e position. J’ai aimé courir, je me suis inscrite dans un club d’athlétisme et j’ai commencé à pratiquer le 1500m steeple. J’ai remporté la médaille d’argent aux championnats de Roumanie jeunesse dès ma première saison, puis l’or l’année suivante, avant de passer au 3000m steeple.
Comment es-tu venue à la course en montagne ?
Denisa Dragomir : C’est à 18 ans que je me suis essayée avec succès à la course en montagne. J’ai remporté le championnat d’Europe junior. En 2010, je suis également devenue championne junior de Roumanie de 3000m steeple. L’année suivante, j’ai gagné mon second titre de championne d’Europe junior de course en montagne. Dans la foulée, j’ai remporté également la médaille de bronze junior aux championnats du monde de course en montagne.
Photo Livigno SkyMararthon – Oriol Batista
Tu t’es aussi lancée dans le Skyrunning !
Denisa Dragomir : Oui, en 2014. J’ai participé à ma première épreuve de Skyrunning, la Retezat Sky Race. J’ai eu la surprise de gagner en battant le record féminin du parcours de 10mm, en 3h48mn30s, et en terminant 6e du classement général. Durant cette course, j’ai fait la connaissance de Ionut Zinc, membre du club italien Valetudo Skyrunning, qui m’a félicitée pour ma course. Il m’a invitée à rejoindre son club, et à participer à Sierre-Zinal. J’ai terminé 7e de cette mythique course suisse. J’ai remporté de nombreuses épreuves de Skyrunning en Italie les années suivantes. Ma « carrière » dans le Skyrunning était lancée, et cela m’a beaucoup plu !
Tu as tenté les plus longues distances…
Denisa Dragomir : Oui, en 2017. C’était toujours dans le cadre fédéral, en décrochant une médaille de bronze aux championnats du monde de course en montagne longue distance, portés par la WMRA (NDLR: la structure qui gère la course en montagne fédérale au niveau international) et disputés dans le cadre du Giir di Mont, une fameuse course Italienne avec une ambiance de folie. Grâce à mes victoires aux Sky Races de Trenta Passi, Pizzo Stella, La Veia, Zac Up et au Cielo Sky Marathon, j’ai ainsi remporté le classement Sky de la Skyrunner Italy Series.
Tu sembles avoir franchi un palier en 2019, avec une consécration en 2021 ?
Denisa Dragomir : Oui en terminant 5e des championnats du monde de trail à Miranda do Corvo. En 2019, je remporte la Sky Race des Championnats d’Europe de Skyrunning : ce fut mon premier titre majeur. A partir de là, je me suis spécialisée avec bonheur dans le Skyrunning, et j’ai enchaîné les saisons en Skyrunner World Series. Après deux années particulières liées au COVID, tout a repris fort en 2021, et j’ai eu le plaisir d’aligner une longue série de victoires en battant régulièrement les records féminins des épreuves. Par exemple, le 19 juin 2021, sur la première manche de la Skyrunner World Series au Livigno Sky Marathon, j’ai remporté la victoire avec 20mn d’avance sur ma plus proche rivale, la Norvégienne Eli Anne Dvergsdal.
Et pour clore la saison 2021, malgré une course difficile pour moi à Gorbeia Suzien, où j’ai longtemps lutté avec la coureuse locale Onditz Iturbe. Ce n’est qu’à mi-parcours que je suis passée en tête pour l’emporter. J’ai pris part à la finale de la Skyrunner World Series à la Limone Extreme. C’est dur d’être favorite à chaque départ avec beaucoup d’attente. Alors j’ai crânement imposé mon rythme et cela a matché ! J’ai gagné devant la Suédoise Johanna Åströmet. 5 victoires sur 5 participations, c’est une belle satisfaction pour moi.
Photo RedBull / DR
En 2022, tu as continué sur ta lancée !
Denisa Dragomir : Oui. J’aime courir chez moi en début de saison. Le 14 mai, j’ai gagné les championnats des Balkans de course en montagne à Câmpulung Moldovenesc… Mais j’ai connu une alerte avec une blessure au tendon d’Achille ! J’ai passé mon été en repos, soins et sports alternatifs ! J’ai fait mon retour à la compétition avec succès en m’imposant sur la Rosetta Sky Race le 4septembre. Une bonne remise en jambes pour me remettre en confiance avant l’épreuve du Sky Marathon des championnats du monde de skyrunning à Bognanco mi-septembre. Une fois de plus, on m’avait collé l’étiquette de favorite. J’ai laissé la Suédoise Lina El Kott mener la première partie de course. À la mi-course, j’ai repris la tête et j’ai gagné en 3h29mn51s. Mon premier titre mondial. C’est un pur bonheur… Puis en Thaïlande, j’ai remporté le championnat du monde de trail court ! Une belle année !
As-tu envisagé de te tester sur des distances plus longues comme l’ultra-trail, et des courses comme l’UTMB te font-elles rêver?
Denisa Dragomir : Mon rêve est bien sûr de gagner un jour l’UTMB, mais je ne dois pas brûler les étapes. Après avoir remporté la série mondiale de skyrunning et le championnat de skyrunning, mon grand objectif est maintenant de gagner l’OCC. C’est la distance qui me convient le mieux avec mes qualités actuelles. L’ultra est une discipline différente qui demande à développer d’autres qualités que je dois acquérir patiemment. Je suis sûre qu’un jour je pourrai courir de longues distances et je ferai de mon mieux pour bien courir ce genre de courses. Avec bien sûr l’envie de l’emporter !
Tu es soutenue et accompagnée par des partenaires comme Merrell. Es-tu professionnelle, ou souhaites-tu le devenir ?
Denisa Dragomir : Être à haut niveau demande un investissement temps – et mental – total. Je suis une coureuse professionnelle et, oui, je suis soutenue par Merrell. Il est très important d’avoir un sponsor avec soi, une équipe qui vous soutient tout le temps, une équipe qui croit en vous et vous aide à atteindre tous les objectifs. J’ai beaucoup de chance de faire partie de cette équipe. Sans son soutien et tous les sponsors complémentaires qui m’accompagnent, je n’aurais pas pu atteindre ce niveau. Et y rester !
Cette interview est parue dans le magazine Esprit Trail N°129.
https://www.esprit-trail.com/wp-content/uploads/2023/01/Denisa-Dragomir-3-Photo-RedBull-DR.png5901200redacteur esprit trailhttps://www.esprit-trail.com/wp-content/uploads/2025/02/ET-logo-vert-noir-300x87.pngredacteur esprit trail2023-02-10 05:00:002023-01-30 14:16:35La tête et les jambes, épisode 7 – Denisa Dragomir, la performeuse
Le trail a-t-il changé quelque chose dans votre alimentation ? Posez la question autour de vous… et écoutez les réponses. Vous verrez, on vous parlera surtout de qualité : peu d’aliments transformés, artificiels, industriels, une alimentation dite « naturelle », riche en fruits et légumes. Éventuellement pauvre en viande, en produits laitiers et en produits sucrés. Ou encore exempte de gluten. Mais combien de femmes répondront spontanément : « Depuis que je pratique, j’ai augmenté les quantités » ? Presque aucune. Et c’est sans doute une erreur. Valérie Pfister et Clothilde Mora, diététicienne au sein du service Sports et pathologies du CHU de Grenoble, vous expliquent pourquoi il faut oser manger plus.
Manger plus : pas simple à accepter
Manger plus ! L’option n’est pas simple à envisager, quand on sait que la minceur et le faible poids sont des idéaux socioculturels spécifiques aux femmes. Il suffit d’observer les publicités pour s’en rendre compte. Pas simple à envisager non plus, quand on pratique un sport d’endurance où la légèreté et la minceur sont des facteurs – apparents – de performance. Pas simple encore, lorsqu’on vit dans une société où la performance est une exigence de tous les instants : au travail, à la maison, au lit. La performance touche même la parentalité. Et particulièrement la maternité. Pas simple, enfin, lorsque nombre de personnes (famille, partenaire de vie, partenaire de course, ami(e)s, collègues…) se permettent des réflexions sur notre poids ou notre apparence et/ou notre manière de manger.
Attention aux diktats de “beauté” : la ligne silhouette fine, c’est peut-être bien pour instagram, mais le déficit énergétique peut avoir des conséquences sévère sur la santé. Photo DR
Les risques de déficit énergétique
De nombreux facteurs invitent les femmes à se restreindre au niveau alimentaire. Dans le cadre plus spécifique d’une pratique sportive, l’invitation quasi constante à transformer la masse grasse en masse maigre complète ce tableau. Manger peu et « transformer la graisse en muscle »… Avec cette injonction, la porte est grande ouverte au déficit énergétique.
On ne s’étonnera donc pas que les femmes soient surreprésentées dans les troubles du comportement alimentaire (9 cas sur 10). Et ceci bien que ces troubles aient des causes multifactorielles et qu’il existe des liens étroits entre ces derniers et les sports d’endurance. Sauf que pour être forte, pour être endurante justement, il faut… des calories. Et on peut aller plus loin encore dans la provocation. Pour préserver sa santé osseuse et sa santé cardiovasculaire, une femme a besoin de sa masse grasse !
Attention, danger !
Une masse grasse insuffisante et un nombre de kcal (par jours et par kilo de masse maigre) trop faible vont ralentir voire arrêter le fonctionnement des ovaires. De prime abord, ce ne sont pas les organes dont on pense avoir besoin quand on court. Mais des ovaires – et par conséquence des règles – qui ralentissent, qui s’arrêtent, c’est une ménopause artificielle qui s’installe. Et avec elle son cortège de problèmes : – altération de la santé osseuse à moyen terme (fracture de fatigue) et long terme (ostéopénie, voire ostéoporose). – altération de la santé cardiovasculaire (augmentation du « mauvais cholestérol », moindre utilisation des graisses sur les efforts longs alors que c’est un avantage propre aux femmes…) – risque d’infertilité, invalidant si on nourrit un projet de maternité.
Au niveau sportif, un déficit énergétique a également des conséquences. Il augmente le risque de blessure, fait baisser la capacité d’endurance, la force musculaire, la réponse à l’entraînement… La liste est longue.
Plus vous faites d’efforts en trail, plus la ration d’effort est nécessaire. Photo DR
Comment avoir une ration suffisante en énergie ?
Il faut prévoir une ration qui suffit à encaisser le quotidien. Et il est souvent « sportif » pour les femmes en raison de leur triple ou quadruple journée, à laquelle se rajoute la ration d’effort, très souvent négligée. Oui, la ration d’effort, c’est en plus ! Au quotidien, prévoir trois repas par jour peut être un bon début. Nous n’avons aucun recul sur les conséquences à long terme du jeûne intermittent ou des stratégies de type « low carb », « train low » ou « sleep-low ». Mais on sait ce qu’induit le déficit énergétique.
Féculents et matières grasses à chaque repas, c’est la deuxième étape. Même chose pour les protéines : à prévoir à chaque repas. Le corps n’est pas conçu pour jeûner plus de 4-5 heures en période d’éveil. Ainsi les collations (par exemple à 11h et/ou 17h) ne sont pas réservées aux plus jeunes. Elles peuvent être adaptées selon qu’elles précèdent l’effort (raisins secs – pain d’épices) ou s’inscrivent dans la récupération (amandes / produit laitier – chocolat noir – banane – thé vert).
À l’entraînement, la « ration d’effort » ainsi que la boisson d’effort sont à envisager à partir d’une heure. Les aliments protéinés (jambon, fromage, oléagineux…) peuvent être intégrés dès la première heure. En termes d’hydratation, une pincée de sel ainsi que le rajout de glucides dans votre flasque (avec du miel, du sirop de fruit, du jus de raisin ou tout simplement du sucre) vont favoriser l’absorption de l’eau au niveau digestif.
Oubliez l’IMC, ce n’est pas un bon indicateur de la composition corporelle, surtout chez les personnes sportives. Les troubles du transit sont un premier indicateur : ballonnements et constipation chroniques sont les signes d’un organisme qui tire tout ce qu’il peut du (trop) peu qu’on lui apporte.
Se référer au cycle menstruel peut être intéressant, bien que chez certaines femmes il ne soit pas régulier. Un allongement supérieur à 35 jours (spanioménorrhée) ou un arrêt des cycles (aménorrhée) ne doivent vraiment pas être négligés ni sous-estimés, même si c’est une situation vécue comme confortable.
Les blessures à répétition, quelles qu’elles soient, les rhumes chroniques, les difficultés d’endormissement et/ou des réveils nocturnes peuvent être causés par un déficit énergétique. Un dîner trop pauvre en féculents et en protéines va perturber votre nuit, votre organisme restant en hyper vigilance, en mode « survie ».
Réhabiliter le plaisir de manger
La nutrition se concentre trop souvent sur les nutriments, les calories, sur le « sans » : sans sucre, sans graisse, sans sel, sans gluten, sans viande, sans produits laitiers… Quand on n’a plus rien à mettre dans son assiette, pas étonnant que le jeune intermittent ait le vent en poupe.
Sauf que le cerveau déteste les régimes, qu’ils aient ou non une coloration « sportive ». Il va se défendre en modifiant l’expression de certains gènes. L’appétit va augmenter, le métabolisme va diminuer. C’est bien pour cela que 95% des personnes qui font un régime reprennent ensuite du poids, les 5% de « réussite » relevant des troubles alimentaires.
C’est également pour cela qu’il est fondamental de redonner sa place au plaisir dans l’alimentation : plaisir de manger ou goûter ceci ou cela, d’écouter ses envies et leurs intensités, et d’y céder aussi. Que ce plaisir soit salé, sucré, protéiné, végan, carné ou gras.
Conclusion : ne mangez pas moins, surtout si vous pratiquez un sport exigeant comme le trail… mais mangez mieux !
Respecter son appétit et ses envies est la règle n°1. Mais évitez de faire n’importe quoi. On vous guide.
En termes de matières grasses Huile – 1 à 2 cuillères à soupe par repas : huile d’olive en cuisson, aliments riches en oméga 3 (huile de colza/noix) en assaisonnement… et à conserver au réfrigérateur ! Poissons gras type sardines, maquereau, hareng, anchois – 2 à 3 fois par semaine. Noix de Grenoble – 4 à 5 par jour. Une tablette individuelle de beurre par jour (10gr)
En termes de féculents Riz, pain au levain, pain d’épices… Lors du repas, on peut tendre vers une proportion de 2/3 de féculents et 1/3 de légumes
En termes de protéines Œuf à la coque, poisson blanc et poisson gras, viande blanche, viande rouge, abats…
En termes de légumes 1 à 2 petits « poings » légumes par repas. La “main comme mesure”, avec le recours au poing, au pouce, à la paume et à la poignée, est une méthode qui permet de quantifier ses apports facilement, du moins plus facilement que le comptage de calories ou l’autorégulation par la pleine conscience…
https://www.esprit-trail.com/wp-content/uploads/2023/02/MANGER-PLUS-TRAIL-OPEN.png475800Patrick Guerinethttps://www.esprit-trail.com/wp-content/uploads/2025/02/ET-logo-vert-noir-300x87.pngPatrick Guerinet2023-02-07 05:00:002023-02-04 18:29:40Trail et alimentation chez les femmes : osez manger plus !
Élu performeur de l’année 2022 par la communauté d’Esprit Trail, le Basque Beñat Marmissolle vient de révéler le programme de sa saison 2023. Au menu, des défis XXL et une casquette de favori qu’il va falloir assumer.
Beñat Marmissolle : « réaliser ses rêves »
C’est par un court message sur ses réseaux sociaux que l’ultra-traileur basque a révélé le programme de sa saison 2023. Mais le début de ce message est tout un symbole. Jugez plutôt : « Reste couché pour rêver, mais lève-toi pour réaliser tes rêves… » Et ceux de Marmissolle, visiblement, riment avec ultra-défis. Mais si l’homme a de grandes ambitions, il a montré en 2022 qu’il avait les moyens de ces ambitions-là.
Beñat Marmissolle à l’arrivée de la Diagonale des Fous 2022, victoire en poche. Photo Organisation / DR
4 mars 2023 : rendez-vous en terrain connu
C’est sur un terrain désormais connu que le Basque débutera sa campagne 2023, avec un premier rendez-vous sur le Black Mountain Trail qu’il a découvert l’an dernier. Et particulièrement apprécié. Outre la rencontre avec Pau Capell – et la victoire partagée -, c’est le parcours en dents de scie, très exigeant, qui avait conquis Marmissolle. Calé en fin de printemps en 2022, l’épreuve est revenue cette année à sa date habituelle, en tout début de saison. Ce sera donc le 4 mars que Beñat Marmissolle prendra le départ de la Coupo Cambo, ses 63km et 3800m D+.
22 avril 2023 : le MIUT, rendez-vous des élites
C’est ensuite du côté de l’île de Madère, le 22 avril, que le Basque se rendra, pour participer au Madeira Island Ultra Trail, le fameux MIUT. Une course très prisée des élites, programmée en début de saison, et qui fait pour beaucoup d’entre elles figure de grand rendez-vous de reprise. On se souvient que l’an dernier, c’est cette épreuve que Jim Walmsley avait choisi pour faire sa rentrée. Particularité du MIUT : son côté « casse-pattes », avec de très gros dénivelés et des marches à n’en plus finir. Mais Marmissolle, en vainqueur du Grand Raid, connaît désormais la musique.
Le MIUT, un parcours montagneux exigeant. Photo Organisation / DR
Les 3 plus prestigieux 160K du monde au programme !
Une fois les « hors d’œuvres » avalés, viendra le temps des plats principaux. Beñat Marmissolle en a prévu 3, et non des moindres : la Hardrock Hundred Endurance Run, l’UTMB et la Diagonale des Fous. Autrement dit, les trois courses de 160 kilomètres les plus prestigieuses du monde. Rien que ça !
Premier défi, la Hardrock sera une véritable découverte pour ce coureur qui n’avait jusque-là que très peu couru à l’étranger. Tiré au sort en décembre dernier, le Basque fera donc partie des 147 « élus » qui se lanceront dans la course en juillet prochain dans le Colorado. Il retrouvera là-bas 4 autres Français, dont Anne-Lise Rousset-Séguret, mais aussi et surtout Courtney Dauwalter, qui visera certainement un podium au scratch, en l’absence de Kilian Jornet et François D’Haene.
Embrasser le rocher de la Hardrock 100, le rêve américain de Marmissolle… Photo DR
Puis viendra le temps de l’UTMB, début septembre. Si, en 2022, pour sa première participation, Marmissolle était parti prudemment, gageons que cette année, il se livrera sans doute un peu plus. Une casquette de favori sur la tête, ça change la donne.
En tant que tenant du titre, Beñat Marmissolle terminera son année 2023 sur les sentiers de son exploit 2022, sur le Grand Raid à La Réunion. Un parcours qu’il connaît désormais bien, mais sur lequel quelques-unes des élites absentes l’an dernier seront présentes. À commencer par Benoît Girondel, qui ne rêve que de ça…
Membre du Team Asics Elite, Marie Goncalves, vice-championne de France de trail long 2022 n’a qu’une idée en tête : performer aux France de Trail le 18 mars prochain à Montpellier-le-Vieux. Avec ce rêve d’intégrer les rangs de l’équipe tricolore pour aller mouiller le maillot lors des Mondiaux qui se disputeront à Innsbruck, en Autriche, début juin. Portrait d’une bosseuse acharnée de 25 ans, future avocate, déterminée à ne rien lâcher.
Quand as-tu débuté dans le trail ?
Marie Goncalves : Je viens d’une famille sportive, avec une mère qui pratique le trail, aussi je suis venue rapidement à la course à pied. J’ai commencé l’athlétisme à l’âge de 7 ans. J’ai peu à peu abandonné les sports de saut et lancer, qui ne me convenaient pas, pour me consacrer au demi-fond et au cross. Je n’ai véritablement débuté le trail qu’un peu avant le confinement. Mais je continue de pratiquer le cross et reviendrai certainement à la route dans le futur, ne serait-ce que pour travailler ma vitesse, qui est un de mes points faibles.
Tu fais partie de la Team Asics Elite, comment as-tu été repérée ?
Marie Goncalves : J’ai eu la chance de participer à la Trail Elite Factory organisée par Asics en 2021. Et j’ai gagné. Cela m’a permis de décrocher un contrat avec eux, et de pouvoir mieux m’organiser pour concilier entraînement, courses et vie professionnelle, puisque je poursuis parallèlement des études pour devenir avocate. J’ai d’ailleurs réussi mon concours d’entrée et suis désormais élève-avocate, et deviendrai avocate à part entière d’ici 1 an et demi.
Concilier ces études, très prenantes, avec tes entraînements n’est-il pas trop compliqué ?
Marie Goncalves : Ce n’est pas facile. L’année dernière a été assez chargée, mais c’est justement le trail qui m’a permis de ne pas avoir que la préparation du concours, et de penser à autre chose. Ne pas être que dans les bouquins. Je pense que cet équilibre projet sportif / projet professionnel est important.
Marie Goncalves : Tout dépend de ce qui va se passer sur les France de Trail qui se dérouleront à La Cité des Pierres, à Montpellier-le-Vieux, le 18 mars. Je vais tout donner pour obtenir un résultat qui me permettrait d’être retenue en équipe de France. J’avais été sélectionnée pour participer aux Championnats du Monde en 2021, mais ils avaient été annulés à cause du COVID. Et en 2022, je n’ai pas été retenue. Obtenir cette sélection est mon objectif majeur.
Tu as expérimenté l’OCC, le « petit » format de l’UTMB, l’été dernier, où tu as pris la 16e place du classement féminin, terminant 2e Française derrière Esther Eustache. Te reverra-t-on du côté de Chamonix début septembre ?
Marie Goncalves : C’est compliqué, parce qu’avec leur nouveau système de qualification, je n’ai pas les points. Alors j’aimerais bien être à Chamonix, mais je ne sais pas si Chamonix me voudra. Je suis en train de voir avec mon entraîneur si on peut trouver une course qualificative par rapport à mon planning, pour pouvoir refaire l’OCC, mais rien n’est moins sûr. Et encore une fois, tout dépendra de si je suis prise ou non en équipe de France…
Marie Gonclaves à l’arrivée de l’OCC 2022. Photo Colin Olivero
Tu performes sur des distances allant de 25 à 55/60 kilomètres. Es-tu tentée par l’ultra ?
Marie Goncalves : Pour l’instant, le format OCC, qui équivaut à 6 ou 7 heures de course, me convient bien. Après, tentée, oui, et j’y viendrai sans doute un jour. Mais pour l’instant, je ne suis pas prête. Il faut respecter une certaine progression, valider chaque étape. Le passage des 60 kilomètres, des 80, des 100… Pour l’instant, avec mon entraîneur Fabien Antolinos, on fait ça plutôt bien. Je ne veux pas brûler les étapes.
Tu as récemment publié un post sur Instagram où tu dis « Quand ça commence à être “dur dur”, je fermes les yeux ». Et quand tu les fermes, il se passe quoi dans ta tête ?
Marie Goncalves : Je repense à tous les moments qui ont été très durs à l’entraînement, et je me dis que si j’ai tant souffert pour en arriver là, ce n’est pas le moment de lâcher. Je ferme les yeux, mais je visualise quand même les filles qui sont devant et qu’il faut aller chercher.
Tu es du genre battante, guerrière ?
Marie Goncalves : On dit de moi que je suis une acharnée. Ça ne veut pas dire que ça passe tout le temps, mais généralement, quand je veux quelque chose, j’essaie toujours de l’obtenir…
Comme ce maillot bleu de l’équipe de France… Dernière question : tu as remporté les formats SaintExpress en 2021 et SaintéSprint en 2022. Te verra-t-on sur le grand format SaintéLyon en 2023 ?
Marie Goncalves : Si tout se passe bien, oui. C’est au programme, mais comme cela arrive très tard dans la saison, il est toujours difficile de prévoir dans quel état de forme on sera. Mais c’est un objectif.
https://www.esprit-trail.com/wp-content/uploads/2023/01/MARIE-GONCALVES-PHOTO-DR.png6571000Patrick Guerinethttps://www.esprit-trail.com/wp-content/uploads/2025/02/ET-logo-vert-noir-300x87.pngPatrick Guerinet2023-02-03 05:00:002023-02-03 07:43:46La tête et les jambes, épisode 6 – Marie Goncalves, le rêve bleu
L’Espagnol Kilian Jornet, l’Italien Francesco Puppi et le Suisse Pascal Egli en parlaient depuis 2020, c’est maintenant chose faite. À l’initiative du champion Catalan, ils ont créé fin 2022 la Pro Trail Runners Association (PTRA). Il s’agit d’une sorte de syndicat destiné à défendre les intérêts des traileurs professionnels. Très rapidement, plus de 120 athlètes de 35 pays différents ont rejoint l’association en tant que membres. Parmi eux, les plus grands noms du trail, notamment Jim Walmsley, Courtney Dauwalter, Maude Mathys, Sara Alonso, Ruth Croft, et les Français François D’Haene, Mathieu Blanchard, Blandine L’Hirondel, Élise Poncet, Frédéric Tranchand, Thibaut Baronian… Genèse d’une naissance et objectifs.
Une première tentative avortée en 2020
La première tentative de création d’une association d’athlètes a commencé début 2020. Un petit groupe mené par Kilian Jornet, quadruple vainqueur de l’UTMB, Francesco Puppi, skyrunner italien de niveau mondial, et Pascal Egli, champion du monde de skyrunning 2018, a commencé à discuter de ce à quoi pourrait ressembler un syndicat de trail running. Mais si la conversation a suscité l’enthousiasme parmi les athlètes, aucune entité légitime n’est née de ces discussions. Jusqu’à ce que les événements de l’année 2022 rebattent les cartes…
2022 et les premières grosses alertes
Pour de nombreux fans, coureurs professionnels et organisateurs d’événements, des problèmes qui couvaient depuis des années sont passés au premier plan en 2022, menaçant à leurs yeux l’avenir du sport. « Notre sport se développe très rapidement, et lorsque vous grandissez très vite, il y a des problèmes », a déclaré Albert Jorquera, le nouveau secrétaire général de la Pro Trail Runners Association. « C’est comme une ville, si vous construisez des bâtiments trop rapidement et que vous ne vous arrêtez pas pour réfléchir à la façon dont la ville est organisée, vous risquez de créer une ville super laide. »
Le premier problème ayant émergé en 2022 est l’expansion massive des courses labellisées UTMB. Soutenu par le groupe Ironman, l’UTMB a certes fait un effort cohérent et évident pour contrôler le calendrier des courses. Mais en construisant un système qui incite (certains diraient « oblige ») les athlètes à ne courir que dans les courses estampillées UTMB, l’entité a fermé la porte à de nombreux athlètes. En effet, afin de participer à la finale de l’UTMB à Chamonix, les élites doivent désormais impérativement participer à une épreuve de la Série mondiale de l’UTMB, alors qu’auparavant elles pouvaient miser sur un score ITRA élevé pour une entrée automatique.
Kilian Jornet, membre fondateur de la PTRA. Photo NNormal / DR
2022, dopage et équité sportive
L’année 2022 a également vu les premiers gros cas de dopage à Sierre-Zinal. Les deux vainqueurs de cette course historique ont été disqualifiés. Le Kényan Mark Kangogo a été testé positif aux substances interdites. Sa compatriote Esther Chesang était quant à elle sous le coup d’une suspension pour dopage. Ces incidents ont envoyé des ondes de choc dans le monde du trail. Et ont vu de nombreuses personnes remettre en question l’efficacité de la réglementation antidopage. La question de l’équité a également été très présente dans les débats entre coureurs tout au long de l’année. Par exemple avec la polémique sur l’équilibre entre les sexes lors de courses comme la Hardrock 100…
« Les gens qui s’intéressent au sport et qui le connaissent partagent tous des points de vue similaires en termes d’accessibilité, de lutte contre le dopage, de professionnalisation, d’impact environnemental, etc. Mais il y a un décalage entre ces enjeux et la réalité des décisions qui affectent le statu quo actuel », a expliqué Francesco Puppi, membre fondateur de la PTRA.
Mark Kangogo, contrôlé positif lors de la course Sierre-Zinal, a accéléré sans le savoir le processus de création de la PTRA. Photo DR
Tout le monde en rêvait, Kilian Jornet l’a fait
Bien que de nombreux athlètes partagent des préoccupations concernant la représentation, la lutte contre le dopage et les horaires des courses, l’absence d’un organisme organisateur cohérent a toujours entravé la capacité d’exprimer collectivement leurs préoccupations. « Je pense qu’une voix collective à notre époque est super importante », a expliqué Hillary Allen, athlète de trail professionnelle et membre de la PTRA. « Il suffit de regarder Martina Valmossoi qui essaie de faire pression sur l’UTMB sur les réseaux sociaux pour être payée équitablement pour sa victoire sur la TDS en août dernier. Sans une voix collective, nous n’avons pas le poids pour faire la différence. »
Pour Kilian Jornet, le scandale du dopage à Sierre-Zinal a été un signal d’alarme. Il lui a donné une nouvelle motivation pour relancer la conversation autour d’une association de coureurs de trail. « Kilian m’a appelé immédiatement après la course pour voir si je voulais reprendre la conversation sur la création d’une association pour le sport », se souvient Francesco Puppi. Avant de rallier d’autres athlètes autour de la mission, Jornet, Puppi et Egli ont commencé à travailler tout au long de l’automne pour former la structure de l’organisation. Le 13 novembre 2022, ils ont officiellement fondé la Pro Trail Runners Association (PTRA), une entité à but non lucratif basée en Suisse.
La page d’accueil du site internet de la PTRA…
PTRA : fédérer les athlètes
La deuxième étape clé consistait à s’assurer que la communauté élargie des athlètes professionnels était prête à s’engager dans une telle organisation. Le 18 novembre, Kilian Jornet a donc envoyé un e-mail aux 150 meilleurs athlètes du sport, identifiés par leurs scores ITRA. Il les invitait à rejoindre la nouvelle Pro Trail Runners Association (PTRA). L’e-mail décrivait les problèmes que la communauté des athlètes devait résoudre. Etaient évoqués l’augmentation des cas de dopage, le changement climatique, la préservation des valeurs et de l’éthique du sport, ainsi que la représentation globale et le pouvoir de négociation collective des athlètes. Le courriel concluait : « C’est pourquoi nous avons créé la Pro Trail Runners Association, où les athlètes professionnels peuvent faire entendre leur voix au même niveau que les autres parties (fédérations, circuits, sponsors…). Nous pouvons travailler pour rendre le sport plus juste, équitable et protéger nos droits en tant qu’athlètes. »
Une première réunion de la PTRA en décembre 2022
Le 15 décembre 2022, la première assemblée générale de la PTRA s’est tenue en visio-conférence. Une phrase-clé, prononcée par Kilian Jornet, a alors émergé des débats : « Nous n’avons pas l’intention de faire grève, mais maintenant nous le pouvons si nous en avons besoin. » L’Espagnol a ensuite expliqué que, bien qu’il n’y ait pas de plans immédiats pour passer à l’action, la PTRA a aujourd’hui la certitude que pour la première fois une coalition suffisamment forte a été formée pour qu’une grève soit possible et efficace. Une déclaration audacieuse et qui a fait tourner beaucoup de têtes. Et qui pourrait préfigurer le poids et la puissance potentiels de l’organisation.
« Le pouvoir de frapper est notre arme ultime, celle que nous espérons ne jamais avoir à utiliser », a précisé Francesco Puppi. « Pendant des années, les athlètes ont eu peu ou pas de pouvoir dans le sport, craignant que le fait d’exprimer leurs préoccupations aux sponsors, aux courses ou aux organismes d’organisation ne conduise à des réactions négatives et ne mette leur carrière en danger. Maintenant, une préoccupation exprimée par la PTRA portera le poids de chaque athlète professionnel, leur donnant immédiatement un siège puissant à la table de chaque discussion majeure. »
Assemblée Générale de la PTRA en visio-conférence, avec Kilian Jornet à la manœuvre. Photo PTRA
Les 3 piliers de la Pro Trail Runners Association
L’association est ouverte à tout coureur de trail sous contrat de sponsoring ou classé dans le top 30 des classements ITRA, UTMB, WMRA ou GTWS, c’est-à-dire tout athlète de trail professionnel. Elle met en avant 3 piliers qui constituent sa feuille de route.
1 – Un sport équitable « Le trail running est un sport très diversifié en termes de distances et d’ambiance des compétitions. Et c’est une des grandeurs de notre sport qu’il faut préserver. Néanmoins, nous voulons travailler pour un sport qui partage certaines valeurs clés à travers toutes les différentes compétitions. Nous voulons en particulier un sport sans dopage, avec plus de contrôles pour une compétition équitable, et assurant le respect des autres athlètes et de la communauté autour des événements. »
2 – Les droits des athlètes « Nous voulons promouvoir et célébrer le sport, mettant en valeur le rôle et la réalité des athlètes d’élite, leur passion, leur talent, leur détermination, leurs luttes et leurs réalisations. Nous cherchons à développer et à réaliser le sport à son plus haut niveau, en restant toujours fidèles à nos valeurs (fair-play, durabilité, égalité) et en inspirant les gens au sein de la communauté du trail running et à l’extérieur. »
3 – Protégez le terrain de jeu « Nous avons un rôle important à jouer dans la pérennité du sport et la protection de l’environnement dans lequel nous pratiquons. Il ne s’agit pas d’être de parfaits écologistes, mais plutôt de marcher vers un modèle sportif plus vert. Nous voulons encourager et éduquer tous les athlètes, organisateurs, décideurs et fédérations à réduire leur empreinte environnementale et à s’engager dans des mesures pour assurer la durabilité du sport. »
Un Français au conseil d’administration de la PTRA
Lors de la première réunion de la PTRA, l’organisation a voté pour la nomination de sept membres du conseil d’administration. Chacun est élu pour un mandat de deux ans. Le conseil d’administration inaugural comprend Francesco Puppi, Pascal Egli, Corrine Malcolm, Kaytlyn Gerbin, Pau Capell, Eszter Csillag et le Français Frédéric Tranchand. De plus, l’assemblée générale a voté sur quatre domaines clés sur lesquels l’organisation se concentrera : les droits des athlètes, la lutte contre le dopage, les compétitions et l’environnement. Chaque membre du conseil d’administration aidera à superviser les groupes de travail, en interaction avec les membres généraux de l’association pour former des points d’action sur les questions clés de la PTRA.
Frédéric Tranchand, membre du conseil d’administration. Photo Scott / DR
Quel sera l’impact de la PTRA ?
Si développer un groupe organisé est un premier pas qui était nécessaire, le mot « syndicat » peut être une arme à double tranchant. Et on peut légitimement s’interroger sur sa signification pour l’avenir du sport. Corrine Malcom, coureuse de trail professionnelle et membre du conseil d’administration de la PTRA, a expliqué la vision de l’association et a mis en perspective la déclaration initiale de Kilian Jornet. « L’objectif n’est pas de frapper, mais d’avoir un moyen de communiquer en tant qu’entité cohérente d’une seule voix », a-t-elle déclaré. « Nous devons réfléchir à ce qui est le mieux pour notre sport dans 10 à 15 ans, pas seulement à ce qui est le mieux pour l’année prochaine. »
L’avenir nous dira quel impact l’association aura sur le développement et la professionnalisation du sport, mais pour l’instant, ce n’est qu’un début. « Bien que l’association se consacre aux athlètes d’élite, j’aimerais penser que les impacts seront ressentis par tous les athlètes du sport », a déclaré Francesco Puppi. « Nous espérons rendre le sport meilleur pour tout le monde, pas seulement pour les élites. »
https://www.esprit-trail.com/wp-content/uploads/2023/02/PTRA-KILIAN-JORNET.png5751200Patrick Guerinethttps://www.esprit-trail.com/wp-content/uploads/2025/02/ET-logo-vert-noir-300x87.pngPatrick Guerinet2023-02-02 05:00:002023-02-02 16:08:24Création de la PTRA, 1er syndicat de traileurs professionnels imaginé par Kilian Jornet
Avec 6 titres de champion du monde obtenus par ses athlètes – dont le dernier par Blandine L’Hirondel en Thaïlande en novembre 2022 -, Philippe Propage, ancien sélectionneur de l’équipe de France de trail entre 2009 et 2021 et actuel team manager de la Women Team d’Evadict, fait figure « d’homme aux mains d’or ». Au fil des années, il a mis au point une « Méthode Propage » infaillible pour faire progresser les coureurs, quel que soit leur niveau de départ, du débutant au confirmé. Rencontre avec le moustachu le plus coté du coaching, qui nous livre 5 vérités.
Vérité n°1 : Prendre en compte les capacités d’entraînement
Philippe Propage : La première règle, c’est de comprendre que c’est la disponibilité qui va définir l’entraînement, et non pas l’inverse. Prenons un exemple tout simple : 2 femmes qui valent 40 minutes sur 10km, donc qui courent déjà bien, à 15km/h de moyenne. Elles ont 30 ans. Si je les mets côte à côte, ce sont les mêmes. Sauf que l’une est prof agrégée – donc 15 heures de cours par semaine -, travaille à mi-temps, est célibataire et vit chez ses parents, tandis que l’autre est mariée, 3 enfants, est infirmière et fait des nuits. Si je suis entraîneur et que je ne m’occupe que de la partie sportive, j’ai les deux mêmes athlètes et je vais donc les entraîner plus ou moins de la même façon. Mais si je suis coach, je vais prendre en compte à la fois leurs capacités sportives, mais aussi leur vie familiale et professionnelle.
La prof à mi-temps, sa limite, elle est physiologique. Elle pourrait s’entraîner 6 ou 7 fois par semaine, c’est son corps qui dira stop. À l’inverse, l’infirmière, si je lui propose de s’entraîner 5 fois par semaine, elle va mettre en difficulté son couple, sa vie de famille ou sa vie professionnelle. Elle-même me dira au bout d’un certain temps qu’elle n’y arrive pas, et elle pourrait culpabiliser, se sentir dévalorisée et s’affaiblir psychologiquement. Donc elle, même si dans mon esprit d’entraîneur j’avais pensé l’entraîner 5 fois par semaine, je ne vais lui proposer que 3 séances par semaine. Si elle est en capacité de les faire, elle sera psychologiquement plus forte.
Le rôle du coach
Philippe Propage : Bien sûr, il y a une réalité : celle qui a du temps pour s’entraîner a plus de chances de réussir que celle qui n’en a pas. On va par exemple aller sur moins de volume pour celle qui peut moins s’entraîner, et aller à l’essentiel. Et ce sera d’autant plus compliqué qu’il faudra tenir compte de sa fatigue due à son emploi et sa situation familiale. Mais il faut faire avec. C’est ça, le coaching. Mieux vaut partir sur un entraînement à 3 séances par semaines et s’apercevoir qu’au final on peut en faire 5, plutôt que l’inverse. Cette approche adaptative est essentielle, c’est l’entraînement qui doit coller au mode de vie, pas l’inverse.
Philippe Propage et la team Evadict Woman, avec juste derrière lui Blandine L’Hirondel, double championne du monde de trail. Photo Evadict / DR
L’exemple de Blandine L’Hirondel
Philippe Propage : Prenons l’exemple de Blandine L’Hirondel, qui est gynécologue et qui enchaîne parfois des gardes jusqu’à 3 jours de suite pour se libérer du temps ensuite. Si tu regardes son plan d’entraînement sans savoir ça, tu vas voir que pendant 4 jours elle ne va presque rien faire, et qu’ensuite elle va s’entraîner 2 fois par jour pendant 3 jours qui suivent. Et tu vas te dire que le coach qui lui fait faire cet entraînement est fou. Mais quand tu connais sa situation, tu comprends que je m’adapte à ses disponibilités, en chargeant les jours où elle ne travaille pas, et en faisant le minimum syndical les jours où elle est de garde et le jour de repos qui suit.
Vérité n°2 : Mieux vaut une séance de moins qu’une séance de trop
Philippe Propage : C’est un point essentiel que j’essaie d’inculquer à ceux que j’entraîne. Vouloir à tout prix faire une séance, sur de la fatigue, alors que c’est parfois un simple footing tranquille, n’est pas forcément bénéfique. Cela signifie qu’il ne faut pas que les athlètes soient trop dépendants des consignes données par les coachs, qu’ils sachent aussi écouter leur corps. Ça peut paraître tout bête, mais c’est parfois compliqué. Sans prétendre être un gourou, je dois prendre en compte le fait que les athlètes, quand je leur demande de faire telle ou telle séance et qu’ils ne peuvent pas, se sentent presque coupables. Alors qu’entre nous, rater une séance de footing d’une heure, ça ne va pas changer la face du monde. Mais eux, comme ils ont une grosse confiance en moi, ils ont du mal à accepter de ne pas suivre mes instructions à la lettre.
Par exemple, Blandine m’envoie souvent des textos en m’expliquant qu’à cause des accouchements, elle ne pourra pas faire telle ou telle séance parce qu’elle est fatiguée. Et quand je lui dis « pas de problème », je m’aperçois le lendemain qu’elle a culpabilisé et qu’elle a quand même fait la séance en question, parce qu’elle s’est dit que si je lui avais prescrit cette séance ce jour-là, c’était incontournable, il fallait qu’elle la fasse.
Blandine L’Hirondel, sacrée championne du monde de trail long à Chiang Mai, Thaïlande, en novembre 20022. PHOTO DR
L’exemple de Thomas Cardin
Philippe Propage : Thomas Cardin est un des rares qui est capable de m’envoyer un texto pour me dire qu’il se sent fatigué et qu’il ne fera pas l’entraînement. J’aime ça. Si je lui dis qu’il faut le faire quand même, il le fera, mais ça ne sera pas profitable. Donc cet entraînement qu’il n’a pas fait, soit c’était un simple footing et je ne dis rien, ce n’est pas grave, soit il était essentiel à mes yeux et je vais le reprogrammer. Pas le lendemain ni le surlendemain, pour ne pas chambouler tout le plan d’entraînement, mais il va le retrouver une semaine ou deux plus tard, quand il sera dans de bonnes conditions.
Vérité n°3 : Savoir rester simple
Philippe Propage : La course à pied est le sport le plus simple du monde, c’est naturel. Il ne faut donc pas trop vouloir compliquer les choses. 98% du peloton vient faire du trail pour le plaisir, pas pour se creuser la tête. C’est donc avec des mots simples que j’explique aux athlètes (par athlète, j’entends personne qui court, que que soit son niveau) comment progresser et s’améliorer, sans forcément vouloir faire de la compétition. La majorité des gens cherche à être finisher, ce qui ne signifie pas juste finir, mais finir dans de bonnes conditions. Arriver sans marcher avec des béquilles, quoi.
Je ne suis pas un scientifique, je n’ai même pas mon bac. Je ne sais pas comment ça se passe à l’intérieur de l’organisme, je ne vais pas dans les labos faire des essais, ce n’est pas mon truc. Cela fait 35 ans que j’entraîne. Je faisais des trails dans les années 98-99, et ensuite j’ai commencé à m’intéresser à l’entraînement trail. Comme j’avais des bases d’entraînement marathon, je les ai reprises pour les adapter au trail. Et tout de suite, des gens qui avaient eu des résultats avec moi sur la route et qui sont passés à trail m’ont fait confiance. C’est ensemble, avec ces athlètes, qu’on a tout mis en place. Et ce qu’on fait aujourd’hui, c’est globalement la même chose que ce que je faisais au début du siècle sans rien savoir, mais en appliquant au trail ce que j’avais mis au point sur la route.
Vérité n°4 : Mettre de la progressivité et structurer les entraînements
Philippe Propage : Je pense qu’on peut faire progresser les gens, quel que soit leur but, simplement en structurant un peu leur entraînement. Et ça commence par la progressivité. On ne s’entraîne pas toutes les semaines de la même façon. On monte progressivement, de semaine en semaine, aussi bien sur du volume que de l’intensité, et au bout de la 3e semaine, on va faire une semaine de récupération, automatiquement. Et ensuite on va repartir sur 3 semaines en montant, puis une semaine où l’on redescend, et ainsi de suite. La progression n’est pas quelque chose de linéaire, il faut accepter de redescendre pour pouvoir repartir sur un nouveau cycle. Cela s’appelle structurer un entraînement.
Parfois, en restructurant ce que les gens ont l’habitude de faire, mais en l’aménageant de façon différente, selon une façon qui leur est propre, on peut obtenir de bons résultats. Par exemple, en mettant une séance au bon endroit dans la semaine. Ou en conseillant de couper un peu avant une compétition, pour pouvoir courir avec plus de fraîcheur. Certains sont de très bons coureurs, mais ils s’entraînent tellement jusqu’au dernier moment pour se rassurer qu’au final, ils arrivent fatigués et n’obtiennent pas les résultats qu’ils comptaient. Et ils ne comprennent pas, parce qu’ils se sont bien entraînés.
L’exemple de Ludovic Pommeret
Philippe Propage : Chez les élites, prenons l’exemple de Ludovic Pommeret, qui est significatif. Il est venu me voir en 2015, il avait déjà la quarantaine et courait bien, mais il n’avait pas de structure dans son entraînement. Il partait de chez lui et il courait, c’est tout. Comme c’est quelqu’un qui est physiologiquement au-dessus de la moyenne, comme tous les grands champions, il avait des résultats. Mais il avait une marge de progression.
Je me suis donc contenté de structurer son entraînement. Je lui ai dit de courir un peu moins, mais à des moments plus ciblés. Parfois de courir un peu plus vite, au lieu de courir vite tout le temps. Et parfois un peu plus lentement. Et ça a marché, forcément… Depuis, il a fait de gros résultats, il a gagné l’UTMB en 2016, il a fait 5 fois les Championnats du Monde, il a gagné la Diagonale des Fous en 2021, la TDS en 2022, à 47 ans !
Ludovic Pommeret à l’arrivée de la TDS, en août 2022. Photo Organisation UTMB / DR
Vérité n°5 : Savoir s’adapter en course, clé de la performance
Philippe Propage : À un moment donné, on établit une stratégie de course. Mais cette stratégie peut être bouleversée, pour plein de raisons. Par exemple, si les jambes ne sont pas au rendez-vous, il faut être capable de trouver une autre solution. Ou si d’autres athlètes n’adoptent pas la stratégie qu’on attendait d’eux, s’ils attaquent très tôt par exemple alors qu’on pensait faire une course d’attente… Cette faculté de s’adapter quand une stratégie a été mise en place mais ne se déroule pas comme prévu est essentielle. Par exemple, avec Thomas Cardin, sur la SaintéLyon 2021, j’ai raté un ravitaillement où il devait changer de lampe frontale. Du coup, il n’avait plus de lumière et il a dû rester et courir avec d’autres coureurs jusqu’à ce que je le retrouve.
Certains athlètes savent s’adapter, d’autres non. Quand tout est aligné, ils sont imbattables, mais si il y a un truc de travers, tout s’écroule. Ça m’arrive d’ailleurs régulièrement de voir des athlètes qui ont tout dans la caisse à outils pour performer et qui passent régulièrement à côté des rendez-vous. Et je me dis qu’il y a quelque chose qui ne va pas avec leur coach. C’est au coach d’avoir le bon discours avec telle ou telle personne. L’entraîneur aide l’athlète à être plus performant, le coach aide l’athlète à s’épanouir. Or un athlète qui n’est pas épanoui ne pourra pas être performant.
Philippe Propage vu par « ses » athlètes
Thomas Cardin « Je pense qu’une des grandes forces de Philippe est qu’il sait très vite comment optimiser celui ou celle dont il s’occupe. Il a un don particulier pour saisir très rapidement quelles sont les qualités préexistantes d’un coureur. Celles sur lesquelles il va pouvoir s’appuyer et du coup en déduire des potentialités de progression tout en ciblant les éventuels « défauts » ou « faiblesses » sur lesquelles travailler. »
Ludovic Pommeret « L’idée générale était principalement d’atteindre des pics de forme sur des moments précis de la saison, calés en fonction de mes objectifs définis en début d’année. Tout le travail que j’ai à fournir n’a alors qu’un but : être à mon optimum le jour J ! Les recettesconcoctées par Philippe sont toujours à mon menu et mes résultats semblent, aujourd’hui encore, démontrer la pertinence de tout le travail accompli en commun. »
Blandine L’Hirondel « Dans une course, le mental c’est 80% ! Pas facile à croire, et pourtant… Et puis il sait comment éviter les stress inutiles. Pas d’injonctions, pas de chiffres, il ne précise jamais l’intensité. Il laisse plus les sensations parler. Mais lui, il sait où j’en suis ! Grâce à ce travail en commun, je me connais de mieux en mieux, j’ai appris à utiliser au mieux les mauvais moments, à m’en servir de façon positive. J’ai compris tant de choses sur moi. Après ma victoire aux Mondiaux (allusion à sa victoire en 2019 en Argentine, NDLR), ma belle aventure avec Philippe n’a jamais cessé et les bons souvenirs continuent de s’accumuler. »
Source : La méthode Propage
La méthode Propage, le livre
Dans cet ouvrage, vous retrouverez : – Les grands principes de la méthode Propage, illustrée par des témoignages de coureurs ; – 30 plans d’entraînement synthétiques pour préparer tout type d’épreuve de trail ; – 60 questions/réponses pour conseiller et répondre aux interrogations courantes liées à la progression du coureur. La méthode Propage – Les secrets du coach le plus titré du trail ! Par Philippe Propage et Arnaud Serre. Turbulences Editions. 25 €.
https://www.esprit-trail.com/wp-content/uploads/2023/01/Philippe-Propage.png6601000Patrick Guerinethttps://www.esprit-trail.com/wp-content/uploads/2025/02/ET-logo-vert-noir-300x87.pngPatrick Guerinet2023-01-27 14:32:102023-01-27 14:42:29La tête et les jambes, épisode 5 : Philippe Propage, le “coach-gourou” du trail