Pour travailler la vitesse, rien de mieux que le fractionné. Or qui dit fractionné dit accélérations entrecoupées de temps de récupération. Mais dans les faits, combien de temps faut-il pour récupérer entre deux courses à vitesses rapides ? Et surtout, quels sont les bénéfices réels de ces phases de récupération au niveau de la progression ? Nos coachs répondent à ces questions et vous proposent des séances types adaptées à tous les niveaux.
Type d’entraînement et phases de récup’
L’expérience de l’entraînement permet de connaître ses différentes allures de course et les efforts à fournir pour courir plus vite et plus longtemps. Mais nous oublions souvent de travailler sur les temps de récupération. Or la récup’ lors des séances de fractionné ou de seuil fait intégralement partie de l’exercice.
Le temps de récupération se calcule en fonction de quatre critères : la durée, l’intensité (passive ou active, en jogging), la distance et la régularité. On définit généralement trois grands types de séances d’entraînement, nécessitant chacun un temps de repos spécifique : le fractionné court, le fractionné long et le seuil. Voici comment optimiser les bénéfices de vos temps de repos en fonction de ces trois fondamentaux de la course à pied.
Fractionné court et récupération courte : 30 à 60 secondes
Des intervalles de récupération ultra-courts, équivalents à des efforts intenses et courts, ont pour objectif de conserver une intensité de travail élevée. Et ce, même lors des phases de récupération. Cela a l’avantage de booster au maximum votre entraînement. Votre organisme reste en effet très sollicité, aussi bien sur le plan musculaire que sur le plan respiratoire. On privilégiera donc une récup’ active entre les fractions, pour justement éviter la baisse d’intensité entre chaque fractionné.
Développer sa vitesse de récupération permet d’améliorer son aptitude à récupérer rapidement pendant un effort. Cela permet par exemple d’être capable de donner un coup de collier ou d’enchaîner une nouvelle difficulté dans un trail de montagne. Travailler la récupération courte est également utile pour solliciter toutes les filières énergétiques (vitesse, endurance, soutien).
Fractionné long et récupération moyenne : 2 à 4 minutes
En général, sur le fractionné long (800 à 2 000 mètres), le temps de récup’ correspond à la moitié du temps d’effort. De cette manière, l’organisme va développer une bonne résistance à la fatigue et vous travaillerez plus efficacement votre endurance sur votre vitesse moyenne.
Pour commencer, on récupère généralement de façon passive (en marchant), mais l’idée est de passer progressivement sur une récup’ active, de manière à solliciter simultanément les filières anaérobies et aérobies. À la fin du temps de récupération, vous avez autant récupéré que si vous étiez au milieu d’un entraînement cool.
Séance au seuil et récupération longue : 4 à 10 minutes
Le travail au seuil se situe à la limite où l’organisme ne peut plus évacuer l’acide lactique accumulé dans les muscles, mais l’effort doit rester soutenable. L’objectif est de préparer le corps à recycler plus efficacement ces déchets et à poursuivre l’effort malgré l’accumulation de toxines dans les muscles. Dans ce cas, si vous vous arrêtez suffisamment longtemps, vous allez permettre à votre organisme de retrouver un niveau de récupération tel que vous pourrez redémarrer un nouvel effort au seuil dans les mêmes conditions que le précédent.
Courez, récupérez et recommencez
Découvrez ici nos séances-types pour entraînements en vitesse, seuil et aérobie en fonction de votre niveau.
https://www.esprit-trail.com/wp-content/uploads/2023/12/Trail-rando-2022-HD@FOCUS-OUTDOOR-0089.jpg7991200Patrick Guerinethttps://www.esprit-trail.com/wp-content/uploads/2025/02/ET-logo-vert-noir-300x87.pngPatrick Guerinet2023-12-16 05:00:002023-12-18 12:56:57Comment optimiser vos phases de récupération pour progresser
À partir d’un certain rythme ou d’une certaine intensité, nous avons tous tendance à courir trop vite. Et ce, au risque de devoir abréger ou interrompre la séance. Ou pire, d’abandonner s’il s’agit d’une course. La séance type d’entraînement au seuil que nous vous proposons ici a pour but d’apprendre à améliorer votre résistance à l’effort. Pour cela, vous allez vous entraîner à repousser la limite de l’épuisement et de la fatigue.
Fractionné et seuil : ne pas confondre !
La séance au seuil est un fondamental de l’entraînement que de nombreux coureurs ont du mal à mettre en pratique. Un mélange d’intensité et de durée, toujours à la limite de l’épuisement et de la dette d’oxygène, mais sans pour autant être en endurance.
Beaucoup ont tendance à aller trop vite et à confondre séance de fractionné et sortie de seuil. Or ce n’est pas la même chose. La première est faite pour travailler la vitesse, alors que la seconde permet d’améliorer la résistance. La difficulté est de réussir à apprivoiser la bonne allure. Pas trop lentement, mais pas trop vite non plus.
Photo Cimalp / Nicolas ACLOQUE
Amélioration de la résistance à l’effort : le principe
En règle générale, le seuil anaérobie se situe à 85-90% de la vitesse maximale aérobie (VMA), soit environ de 80 à 90% de votre fréquence cardiaque maximum (FCM). Le but de cet entraînement est de s’habituer à soutenir un effort important le plus longtemps possible, malgré la poussée d’acide lactique. Et ce jusqu’au moment où les muscles n’arrivent plus à recycler ces lactates, un phénomène appelé « acidose » qui survient généralement après trois quarts d’heure au seuil, signal de la baisse obligatoire de la performance. Grâce à cet exercice, en prenant soin de maintenir l’organisme un peu sous tension, vous allez pouvoir trouver le bon réglage.
Photo Cimalp / Nicolas ACLOQUE
Amélioration de la résistance à l’effort : tromper le tempo
Divisez votre séance en plusieurs petites fractions d’une minute chacune, en alternant chaque fois seuil et endurance active. Soit une minute au seuil, suivie d’une minute en endurance active, afin de continuer à solliciter l’organisme. La durée totale sera comprise entre 20 minutes et 40 minutes.
La bonne formule pour commencer est de 10 répétitions. Puis augmentez progressivement pour arriver à 25 ou 30 répétitions. Au fil des entraînements, vous constaterez que les minutes courues en endurance active vont progressivement se transformer en minutes au seuil. C’est l’objectif : faire en sorte que peu à peu vous maîtrisiez la bonne allure pour réussir à courir au seuil sur des durées plus longues, et donc plus productives.
Au fil des semaines, vous arriverez à courir l’intégralité de l’entraînement au seuil sans être obligé de fractionner en minutes et, au final, vous apprendrez à rester plus longtemps dans la bonne zone de travail.
Amélioration de la résistance à l’effort : ce qu’il faut retenir de cette séance
1/ Lors de votre séance, rappelez-vous que la minute de récupération doit être courue en endurance active. Si vous courez trop lentement, vous risquez d’être tenté de rattraper la vitesse lors de la prochaine minute au seuil. Ce qui n’est pas du tout l’objectif. Petit à petit, vous remarquerez que le rythme aura tendance à s’uniformiser. C’est la preuve que vous intégrez progressivement la bonne allure.
2/ Essayez toujours de programmer un certain nombre de répétitions afin de garder le contrôle de l’allure. Commencez par 10 x 1mn, mais augmentez progressivement le rythme pour arriver à 20 ou 30 x 1mn.
3/ Utilisez cet entraînement comme la première séance d’une préparation spécifique. Il vous aidera à repartir dans le bon tempo et vous donnera une idée de votre forme, sans forcément courir à l’épuisement.
4/ Un des principaux avantages de cet entraînement est sa simplicité. Qu’importent le parcours, le temps disponible ou la distance, il suffit d’une montre pour commencer et de quelques semaines pour progresser sensiblement.
Photo Jose Miguel Munoze / SCARPA Ribelle Run Kalibra HT
https://www.esprit-trail.com/wp-content/uploads/2023/12/Photo-Cimalp-Nicolas-ACLOQUE.jpg7731200Patrick Guerinethttps://www.esprit-trail.com/wp-content/uploads/2025/02/ET-logo-vert-noir-300x87.pngPatrick Guerinet2023-12-13 05:00:002023-12-13 10:10:51Séance type pour à améliorer votre résistance à l’effort
Comment courir mieux ? C’est la question que tout le monde se pose. Faut-il s’entraîner plus pour performer plus ? Pas forcément ! Surtout si vous n’en avez pas le temps. Nous avons demandé à nos experts leurs astuces et secrets pour conserver leurs acquis, voire progresser, même lorsque le chrono est serré. Des conseils simples à mettre en œuvre, et qui pourraient bien vous accompagner tout au long de votre vie de coureur.
Astuce N°1 : Raccourcissez vos foulées
On entend parfois dire qu’il n’existe pas de technique particulière pour courir. Faux ! Vous pouvez tout à fait améliorer votre gestuelle. Par exemple, en augmentant la fréquence de votre foulée. Avec des enjambées plus courtes et en maintenant votre prise d’appui sous votre centre de gravité, vous allez réduire le temps d’impact au sol et rendre votre geste plus économique. Et surtout moins traumatisant. Imaginez-vous en train de courir sur des œufs, ou des charbons ardents. Essayez d’abord en marchant, puis en courant. Progressivement, vous allez acquérir un geste adapté. Et souvenez-vous qu’en effectuant des foulées plus longues, vous augmentez les risques de blessures et impactez davantage vos articulations.
Photo Jame Poole
Conseil N°2 : Renforcez vos muscles et vos tendons
Pas besoin de passer des heures à la salle pour suivre ce conseil. Voici un exercice simple pour renforcer les tendons d’Achille et les muscles des hanches. Cet exercice en position de squats profonds sera d’autant plus important si vous êtes assis derrière un bureau durant des heures. En effet, à la longue, vos muscles peuvent se contracter et entraîner une amplitude de mouvement moindre, préjudiciable pour la course.
L’exercice : Placez-vous en position accroupie en gardant le poids du corps sur l’avant des pieds, et soulevez vos talons du sol. Pas d’inquiétude, cela peut prendre du temps avant d’y parvenir. Maintenez votre dos aussi droit que possible et votre buste vers l’avant. Gardez les coudes à l’intérieur des genoux et tendez vos mains vers l’avant, comme si vous vouliez vous réchauffer devant un feu. Maintenez la position durant 1 minute dans un premier temps, puis essayez d’arriver jusqu’à des squats de 10 minutes chacun.
Astuce N°3 : Pour courir mieux, vérifiez votre posture
Une bonne posture participe à une meilleure efficacité de course. Allez courir avec un ou une partenaire. Après 3 ou 4 kilomètres, demandez à cette personne de vous observer et d’effectuer un check-up rapide des points suivants. Cela vous permettra de vous assurer que vous courez le plus efficacement possible.
Les points à surveiller : > Allez vers l’avant de préférence avec votre bassin et non avec vos pieds. > Essayez toujours d’atterrir avec votre pied directement sous vos hanches, et non pas devant vous. > Concentrez-vous sur l’action de vos muscles antérieurs, comme les ischio-jambiers, plutôt que d’essayer de pousser sur les quadriceps. > Prenez de la hauteur. Imaginez-vous tiré par le haut. > Gardez un contact furtif du pied sur le sol. La fréquence de votre foulée doit être supérieure à 90 pas/min.
Conseil N°4 : Testez le fractionné express
Si, comme beaucoup de coureurs, vous avez du mal à trouver du temps pour fractionner et faire des exercices de renforcement, testez ce circuit rapide dans un parc ou sur piste cyclable. 30 minutes suffisent. Un exercice combiné très efficace pour travailler la vitesse, le renforcement et la posture.
L’exercice : > 400 m en courant (très rapide) > 5 pompes (en appui sur la pointe des pieds) > 30 levées sur une marche ou un banc (pas trop haut) > 15 levées avec les bras, dos au banc (travail des triceps) > 400 m en courant (très rapide) > 15 sauts en squat, le plus haut possible > 20 abdominaux > 15 pompes les mains rapprochées (en appui sur la pointe des pieds) > 400 m en courant (très rapide)
Repos 1 minute. Répétez la série 2 fois de suite.
Photo James Lee
Astuce N°5 : Trouvez le bon équilibre
Saviez-vous que vous avez plein d’opportunités de progresser dans votre pratique tout au long de la journée ? Et ce, même lorsque vous faites autre chose. Par exemple, lorsque vous êtes coincé dans une file d’attente aux caisses d’un supermarché – ou à la poste. Profitez de ce « moment perdu » pour travailler l’équilibre en restant debout, en appui sur une seule jambe et les yeux fermés. Pourquoi ? Parce que lorsque vous courez, votre centre de gravité est toujours en déplacement. La moitié de votre énergie vous sert à avancer, l’autre moitié à vous empêcher de tomber. Travailler l’équilibre prend alors tout son sens, et vous permettra une course plus économique. Commencez par 10-20 secondes sur chaque jambe et persévérez jusqu’à 2 minutes.
Conseil N°6 : Pour courir mieux, restez zen
Ne pensez pas sans arrêt à votre niveau et à votre préparation. Prenez le temps de vous détendre ! Le stress engendre une crispation des mâchoires, des épaules et du dos. Et ces contractions non naturelles agissent sur votre posture de course. Essayez de vous relaxer régulièrement, en respirant profondément, en relâchant vos bras et vos épaules.
Conseil N°7 : Libérez votre course
Lorsque vous sentez arriver la fatigue, concentrez-vous sur vos bras. Vos bras et vos jambes travaillent toujours en harmonie. Quand vos bras vont vite, vos jambes suivent la cadence. Cette astuce vous permettra également de moins vous focaliser sur vos jambes et d’oublier, dans une certaine mesure, les douleurs musculaires.
Les points à prendre en compte : Les coudes fléchis de 60 à 90 degrés en conservant vos bras près du corps, gardez un mouvement de balancier le plus souple possible. Idéalement, il ne faudrait pas ressentir d’effort. Faites monter les mains à hauteur de poitrine. Dans un deuxième mouvement, elles doivent redescendre à hauteur du bas de votre short. Dans tous les cas, gardez les épaules les plus décontractées possible, car ce sont elles qui agissent, entre autres, sur votre posture générale.
Astuce N°8 : Faites travailler vos pieds
Le renforcement des pieds peut apporter un plus, surtout pour ceux qui ont l’habitude de courir sur l’avant du pied. Vos orteils jouent un rôle important dans la phase de propulsion et d’atterrissage, ainsi que dans le contrôle de la trajectoire. Mettre en place des exercices réguliers pour reconnecter vos orteils avec votre cerveau peut vous faire gagner en efficacité et devenir plus rapide.
Voici trois exercices rapides pour améliorer votre entraînement, que vous pouvez facilement faire au bureau lors d’une pause, ou pendant le déjeuner.
Les exercices : 1- En position debout, asseyez-vous en utilisant qu’une seule jambe, sans vos bras. Cela augmente la charge sur les fessiers, les quadriceps et les ischio-jambiers. Vous travaillerez les deux jambes pour éviter les déséquilibres musculaires.
2- Dans les escaliers, essayer de monter deux ou trois marches à la fois, en limitant le plus possible le temps de contact au sol. Cela permet une contraction rapide des fibres musculaires et améliore la puissance de vos jambes.
3- Pendant que vous faites couler votre café à la machine, restez debout sur une jambe et basculez d’avant en arrière, sur le talon et les orteils. Vous travaillez la proprioception et renforcez les chevilles et les mollets. 10 répétitions de chaque côté.
Astuce N°10 : Pour courir mieux, bondissez
Un petit exercice très utile que vous pouvez faire n’importe où, n’importe quand. Les petits rebonds sur un ou deux pieds simulent la proprioception (l’intuition naturelle de la position de votre corps dans l’espace et sur le sol). Cela aidera votre cheville à faire face à l’impact. Le temps de contact au sol sera plus court, donc votre course plus légère et plus rapide.
Astuce N°11 : Travaillez la position du coureur immobile
Renforcez vos fessiers et améliorez la stabilité de vos chevilles en faisant cet exercice 5 minutes chaque soir.
L’exercice : > Tenez-vous debout, en appui sur votre jambe droite avec la jambe gauche repliée. Tenez votre genou aussi haut que possible, tout en restant dans une position confortable. > Placez ensuite vos bras comme vous le feriez en position de course habituelle. Tenez la position pendant 2 secondes. Puis, sans sauter, inversez rapidement la pose sans modifier votre centre de gravité et sans perdre l’équilibre. > Maintenez à nouveau la position durant 2 secondes, puis inversez à nouveau.
Commencez par 4 x 10 répétitions, et augmentez progressivement jusqu’à 4 séries maximum.
Conseil N°12 : Pour courir mieux, reposez-vous
On ne le dira jamais assez : le repos fait partie de l’entraînement. Et c’est aussi grâce à lui que l’on progresse. Pour éviter une fatigue excessive ou une blessure, vous devez suffisamment récupérer entre chaque séance d’intensité. Pour cela, le sommeil est essentiel. Mettez en place un rituel pour favoriser l’endormissement, comme lire ou écouter un morceau relaxant. Détendez-vous et écoutez votre respiration. Progressivement, vous dormirez plus tôt et surtout beaucoup mieux.
Concevoir un programme d’entraînement axé sur la course n’est pas aussi simple qu’une progression linéaire liée à une augmentation basique de fréquence, volume et intensité. Il faut en effet savoir incorporer le principe de spécificité et de temps d’adaptation, en faisant coïncider étroitement l’entraînement et les exigences de la course objectif. Explications.
Gestion des adaptations et temporalité
Si les adaptations spécifiques de l’entraînement sont à privilégier au cours des dernières semaines précédant un événement, cela ne signifie pas que le travail « de fond » (amélioration du seuil lactique ou du VO2 max) est sans importance. Il faut prendre en compte la notion de progressivité et de temporalité, essentielles pour parvenir à vos objectifs.
Considérons par exemple un programme d’entraînement pour un ultra avec un dénivelé moyen, type SaintéLyon (78km et 2200m D+). Pour performer sur une telle épreuve, il faut être capable de maintenir un effort prolongé à un pourcentage relativement faible de votre VO2 max. Si vous souhaitez mettre en place un cycle d’entraînement spécifique pour cette épreuve, une bonne approche consistera à donner la priorité aux adaptations d’endurance dans les dernières semaines avant la course. Sachant que ces adaptations peuvent prendre jusqu’à 8 semaines pour se manifester pleinement, il devient logique de consacrer les 2 derniers mois à mettre l’accent sur un volume plus élevé à des intensités plus faibles, afin d’imiter les exigences du jour de la course.
Prendre le départ de la SaintéLyon ne s’improvise pas. Si 8 semaines de spécifique permettent d’adapter son entraînement, la base doit être solide. Photo DR
Une construction lente mais raisonnée
Pourtant, il ne faut pas s’imaginer qu’un entraînement spécifique privilégiant l’endurance pendant 8 semaines sera suffisant pour performer sur une telle épreuve. Votre horizon doit s’étendre au-delà de cette fenêtre de 8 semaines. L’entraînement doit être compris comme un processus à long terme, une lente construction où, au fil des mois, vous ajoutez des couches de compétences physiologiques. Ainsi, si vous décidez d’allouer une période de 6 mois à votre préparation, vous pourrez mettre l’accent sur différentes adaptations, en commençant par l’amélioration du seuil lactique et du VO2 max au début du cycle.
Même si ces adaptations n’ont pas la spécificité de l’endurance, leur intérêt reste capital, vous donnant un plafond plus élevé pour développer votre endurance. Gardez à l’esprit que votre VO2 max fixe la limite supérieure de vos performances. Or le seuil lactique et l’endurance nécessitent suffisamment d’espace sous ce plafond pour vous permettre de progresser efficacement. En résumé, votre entraînement pour une épreuve comme la SaintéLyon devra prendre en compte les subtilités et les délais de manifestation dans le temps des adaptations de début, de milieu et de fin de programme. Il consistera en un mélange complet de travail d’intensité à court terme et d’endurance à long terme.
Seule cette approche stratégique, fondée sur la prise en compte de la temporalité des délais d’adaptation et ancrée dans la physiologie de l’exercice, vous permettra d’établir un plan d’entraînement bien calibré, où chaque outil (fréquence, volume, intensité) contribue à un parcours cumulatif débouchant sur l’optimisation des performances.
Photo UTMJ 2022 Ben Becker
Suivi des progrès et ajustement de l’entraînement
S’intéresser au suivi des progrès et redéfinir ses stratégies en fonction des délais d’adaptation nécessaires constitue la base fondamentale d’un entraînement efficace. De nos jours, les coureurs disposent de nombreux outils pour suivre leur progression, leur permettant de mieux comprendre leur entraînement et d’optimiser leurs efforts. Grâce aux montres et applications, chacun peut mesurer ses propres critères de performance : temps de course, rythme, facteurs d’intensité et dynamique de la fréquence cardiaque.
Par exemple, un coureur peut examiner précisément l’évolution de son temps de course au fil des cycles d’entraînement, et identifier les résultats qui indiquent des progrès en matière de condition physique. Bien sûr, une simple analyse des chronos sur des segments Strava fréquemment empruntés peut s’avérer utile. Si vous remarquez une tendance mois après mois à être plus rapide sur des itinéraires réguliers dans des conditions similaires, vous êtes dans la bonne voie. Mais pour une analyse plus complète et détaillée, l’utilisation d’une application devient essentielle pour étudier l’évolution des différents critères de la performance individuelle et suivre les tendances à long terme.
Fréquence cardiaque et ressenti
Ainsi, en parallèle des chronos, les données de fréquence cardiaque apparaissent comme un critère essentiel, reflet de la charge interne. En distinguant les différentes intensités de fréquence cardiaque au cours des entraînements et des courses, les coureurs obtiennent des informations précieuses sur leur efficacité cardiovasculaire et la progression globale de leur condition physique. Ces mesures, parfaitement quantifiables avec n’importe quel cardio-fréquencemètre, fournissent une indication tangible des adaptations physiologiques durant l’effort.
Attention cependant, cela ne signifie pas qu’il faille les utiliser aveuglément comme base pour une séance d’intensité ou lors d’une course. En effet, de multiples variables physiologiques entrent en jeu, comme le stress, qui peuvent faire varier les mesures. Mais ces données de fréquence cardiaque sont précieuses pour acquérir une certaine compréhension du fonctionnement de votre stress interne.
Le suivi des progrès va cependant au-delà des données numériques. Le biofeedback est tout aussi important. Par biofeedback, nous entendons les données de perception de l’effort et de la récupération. En notant minutieusement votre perception subjective de l’effort, définie par les mesures de RPE de l’échelle de Borg, vous pourrez distinguer des nuances dans les charges d’entraînement et les gains d’endurance. Quant aux indicateurs de récupération, allant de la qualité du sommeil aux douleurs musculaires, ils reflètent une représentation complexe de la réponse de votre corps aux stimuli d’entraînement. L’interprétation de ces différentes données de ressenti vous permet, en complément des données chiffrées, de vous faire une idée complète de votre progression.
Photo UTMJ 2022 Ben Becker
Stagnation, paliers et adaptations
L’intérêt du suivi précis (par données numériques et par ressenti) est qu’il permet de distinguer des « paliers », qui sont détectables par la stagnation ou la diminution des mesures de performance. Ils sont naturels, et doivent servir de jalons dans le processus de progression. Confrontés à un palier, les coureurs doivent s’engager dans un processus dynamique d’ajustement et d’innovation. C’est à ce moment précis que leur plan d’entraînement doit être adapté pour surmonter ces paliers et créer un nouvel élan.
Cela peut se faire par un changement d’environnement d’entraînement, des variations de volume, d’intensité ou de stratégies de récupération. Par exemple, si un coureur remarque une stagnation des temps de course ou des mesures de performance malgré un entraînement constant, des séances par intervalles ou de répétitions en côte (intensité) pourront être intégrés au plan d’entraînement pour relancer la dynamique de progression. Ou, à l’inverse, il s’agira peut-être d’inclure davantage de périodes de repos dans le programme.
Sachant que ces paliers de stagnation peuvent intervenir à des moments très variables, et que connaître les raisons pour lesquelles la réponse du corps à l’entraînement est infiniment complexe, il est donc essentiel de suivre vos progrès et d’être prêt à effectuer des ajustements d’entraînement à tout moment. C’est dans la bonne interprétation de cette interaction complexe entre données quantifiables et ressenti, et des besoins d’adaptation aux bons moments, que se situe toute la subtilité de l’entraînement. Un entraîneur maîtrise cet aspect des choses. Mais vous, l’athlète, pouvez aussi l’apprendre.
Photo UTMJ 2022 Ben Becker
Adaptations physiques et résilience mentale
Comprendre les délais d’adaptation de l’organisme a un effet sur divers aspects de l’entraînement. Sur le contenu des séances bien sûr, mais aussi sur les stratégies de récupération et les choix nutritionnels. Les coureurs peuvent ainsi adapter leurs protocoles de récupération, garantissant suffisamment de temps au corps pour se réparer et se développer. Améliorer la qualité du sommeil, gérer adéquatement le stress et le repos, planifier stratégiquement les apports en nutriments et maintenir des niveaux optimaux d’hydratation et d’électrolytes sont des facteurs prépondérants pour promouvoir et accélérer des stratégies d’adaptation.
La préparation mentale constitue également un pilier dans le domaine de l’ultra-trail, au même titre que la préparation physique. Avec ses distances extrêmes et son terrain implacable, l’ultra-endurance nécessite un état d’esprit caractérisé par la patience, la résilience et la détermination. Si le corps physique subit des adaptations progressives pour être capable d’encaisser de telles distances, la résilience mentale requise pour relever ces défis est tout aussi impérative. Ainsi, le fait de reconnaître et d’accepter psychologiquement que les adaptations physiologiques sont progressives, permet aux coureurs de se doter d’un outil puissant pour gérer efficacement leurs attentes. Comprendre que des gains d’endurance substantiels, un développement musculaire et des améliorations cardiovasculaires nécessitent du temps et des efforts sur un temps long favorise un état d’esprit patient. « Vous ne pouvez pas changer ce dont vous n’êtes pas conscient. »
Accepter la nature progressive des adaptations
Avoir une base solide de compréhension des processus de développement physiologique, y compris de la façon dont un plan d’entraînement est conçu pour avoir un impact sur les adaptations physiques en fonction d’un objectif, est un point de départ essentiel. Cette vision raisonnée permet aux coureurs d’éviter les pièges de la surestimation ou de l’épuisement prématuré, et favorise une approche durable de l’entraînement et de la compétition.
De plus, cette reconnaissance d’une adaptation progressive s’intègre parfaitement dans le développement de la force mentale. Les épreuves d’ultra-running ne doivent pas être abordées comme des cas isolés, mais le résultat d’une séquence cumulative de défis qui testent la détermination d’un athlète. Tout comme le corps s’adapte et se renforce lentement avec le temps, l’esprit aussi. Adhérer à la nature progressive du processus engendre la force mentale – la capacité de persévérer malgré l’inconfort, de surmonter les barrières mentales et d’avancer même face à l’adversité.
C’est en allant puiser au fond d’elle que Maryline Nakache, dans des conditions extrêmes, s’est imposée sur la TDS 2023. Photo UTMB Groupe 2023
Comprendre la relation entre adaptations physiologiques et résilience
La question n’est pas de savoir si un athlète ressent de la fatigue, de l’inconfort ou un désir croissant d’arrêter, mais plutôt quand. Et savoir quoi faire lorsque cela arrive. Nous avons cette incroyable opportunité de nous entraîner mentalement de la même manière que nous nous entraînons physiquement : en élaborant un programme d’entraînement et en étant discipliné pour travailler ces compétences de manière cohérente.
Votre esprit est avec vous, peu importe où vous allez. Les athlètes qui développent une conscience profonde du fonctionnement de leur esprit et qui développent des compétences en matière de force mentale, de détermination, de contrôle de l’attention et d’efficacité personnelle réussissent à vivre des expériences plus positives et à avoir de meilleurs résultats le jour de la course que celles qui laissent le jeu mental au hasard. Plus particulièrement dans l’ultrarunning, où la relation entre l’évolution progressive des adaptations physiologiques et la résilience mentale est étroite. Les coureurs qui sont capables de saisir cette synergie se donnent une marge de progression significative.
En étant pleinement conscient de la temporalité nécessaire aux adaptations physiologiques, et en adoptant l’art de l’entraînement stratégique, vous pourrez vous entraîner avec détermination et précision et effectuer des progrès importants, non seulement les sentiers mais aussi au niveau de votre propre potentiel.
https://www.esprit-trail.com/wp-content/uploads/2023/11/2110_BEN_BECKER_utmj_samedi_1092.jpg8001200Patrick Guerinethttps://www.esprit-trail.com/wp-content/uploads/2025/02/ET-logo-vert-noir-300x87.pngPatrick Guerinet2023-11-14 05:00:002023-11-13 17:43:35Entraînement et objectif de course : apprenez à bien gérer les adaptations
Que vous soyez débutant en trail ou coureur occasionnel, si vous décidez de vous entraîner sérieusement et d’avoir une progression cohérente, il est nécessaire d’élaborer d’un plan d’entraînement bien structuré. La fréquence et le volume interviendront dans un premier temps, avant que le coureur s’intéresse à l’intensité. Explications et exemple de programme adapté.
Fréquence, volume et intensité : l’approche stratégique
Savoir adapter un programme d’entraînement en fonction de son niveau, de sa progression et de ses objectifs de course nécessite une approche stratégique. Entre les coureurs débutants qui vont commencer par modifier leur fréquence d’entraînement et les coureurs plus aguerris qui vont jouer sur l’intensité, les trois facteurs que sont la fréquence, le volume et l’intensité jouent un rôle essentiel. Et le suivi de la progression devient un processus dynamique, avec des informations basées à la fois sur des données précises et des informations subjectives telles que le ressenti, afin de pouvoir effectuer les bons ajustements et franchir des paliers.
De plus, il faut intégrer dans le parcours d’un athlète une dimension supplémentaire, qui est la résilience physique et mentale. En effet, tout autant que les paramètres physiques purs, la patience, la force mentale et la compréhension de la notion d’adaptation progressive créent une relation synergique qui permet aux coureurs d’atteindre leurs objectifs. Pour les coureurs débutants, ou qui pratiquent occasionnellement et souhaitent franchir un palier, voici comment agir :
Photo The North Face / Jame Poole
Fréquence et volume pour débuter
Nombreux sont les individus qui décident de se mettre à la course à pied pour retrouver (ou garder) la forme, ou qui pratiquent occasionnellement et souhaitent progresser. Pour ces coureurs, l’accent doit d’abord être mis sur la fréquence. Vous commencerez donc par augmenter progressivement le nombre de séances. En termes simples, si votre rythme actuel est de deux ou trois sorties de une heure par semaine, passez progressivement à quatre, puis éventuellement cinq ou six, avec une sortie dite longue de 2 ou 3 heures.
Dans un second temps, vous vous concentrerez sur le volume en augmentant la charge d’entraînement. C’est ce qui vous permettra d’acquérir des compétences aérobie plus importantes. POur cela, une fois que vous arrivez à effectuer sans problème cinq ou six séances par semaine, vous pourrez augmenter la durée de votre sortie longue (4 ou 5 heures), et intégrer des sorties prolongées d’environ 2 heures consécutives dans votre programme.
Avant de travailler l’intensité, jouez sur la fréquence et le volume. Photo Compressport / Ben Becker
Initiation à l’intensité
En travaillant d’abord sur la fréquence et le volume, vous allez passer du stade de coureur débutant vers les stades de coureur intermédiaire, puis avancé. Il sera alors temps de s’intéresser à l’intensité. Vous allez devoir programmer des entraînements ciblés se concentrant sur des caractéristiques physiologiques distinctes. Les deux principales dont nous parlerons ici sont le seuil lactique et le VO2 max, qui vous permettront d’augmenter vos capacités cardiovasculaires.
Le seuil lactique est l’intensité d’effort à laquelle le lactate (acide lactique) commence à s’accumuler dans le sang.
Le VO2max correspond au volume maximal d’oxygène que l’organisme peut prélever dans l’air, puis transporter et consommer par unité de temps. Ce VO2max est atteint lorsqu’un athlète ne peut plus augmenter sa consommation d’oxygène malgré l’augmentation de la charge de travail musculaire. La puissance alors développée correspond à la puissance maximale aérobie au-delà de laquelle l’organisme va faire appel au métabolisme anaérobie, qui va limiter rapidement l’effort.
Si vous cherchez à progresser dans ces domaines d’intensité spécifiques, la bonne stratégie consiste à consacrer du temps à cette intensité précise, en équilibrant judicieusement les intervalles de travail et de repos pour en tirer un maximum de gains. Explications :
Repousser le seuil lactique
L’amélioration du seuil lactique consiste à repousser le moment précis où vos muscles commencent à se fatiguer rapidement et où la fatigue commence à augmenter à un rythme accéléré. L’entraînement du travail lactique consiste donc à habituer l’organisme à ressentir la douleur, repousser les limites de la tolérance et adapter l’organisme à l’acidose et à une concentration en lactate plus importante. Pour travailler cet objectif, il sera nécessaire d’effectuer des séances d’entraînement à intensité proche ou égale à votre seuil lactique. Pour connaître ce seuil en fonction de votre allure, il faut réaliser en amont un test VMA, sachant que c’est à partir de 80 % de votre VMA que vous produisez plus d’acide lactique que vous ne pouvez en recycler.
Des entraînements au seuil (15 à 30 minutes au rythme seuil ou juste en dessous) permettront de développer le débit cardiaque, ainsi que la densité capillaire et la fonction mitochondriale. En permettant aux mitochondries de produire et véhiculer plus d’ATP aux endroits des cellules où la demande en énergie est forte, la fatigue musculaire sera repoussée.
La séance seuil lactique type 3 x 10 minutes à 90% du rythme seuil, avec cinq minutes de récupération entre les deux. Intégrer cette séance au milieu d’une sortie de 75 à 120 minutes.
Less séances dites au seuil lactique permettent de repousser les limites de la fatigue musculaire. Photo Buff
Estimez votre VMA sans test encadré
Si vous n’avez pas la possibilité d’effectuer un test VMA encadré sur piste ou sur tapis roulant, vous pouvez la calculer approximativement de façon simple. Elles correspond en gros à la vitesse maximale que vous êtes capable de tenir sur 2km (1,5km pour les débutants). Le plus simple est donc de vous chronométrer sur cette distance. Cette évaluation ne sera pas extrêmement précise, mais suffisamment cependant pour vous permettre de progresser.
Choisissez 1,5 ou 2km bien étalonnés (sur une piste d’athlétisme ou sur la route) et courez-les au maximum de vos possibilités et le plus régulièrement possible. Prenez votre temps de passage si possible tous les 500m, en essayant de garder le même chrono sur tous les intervalles. Pensez à ne pas attaquer à froid : échauffez-vous environ 20mn et faites quelques accélérations avant de démarrer. A partir de votre temps final, faites une règle de 3, pour avoir votre temps au kilomètre à votre Vitesse Maximale Aérobie. Si par exemple vous mettez 6mn pour courir 1,5km à fond, ou 8mn pour 2km, c’est que votre VMA se situe autour de 4mn/km, c’est-à-dire 15km/h.
Amélioration du VO2max
L
Pour améliorer votre VO2max, des séances de quatre à cinq minutes à fond entrecoupées de récupérations à temps égal, répétées trois à cinq fois, sont efficaces. Elles permettent de développer des variables telles que le volume systolique (la quantité de sang éjectée par un ventricule cardiaque) et le débit cardiaque, donc d’avoir un « moteur » plus puissant. Ce type de séance permet également de développer la fonction mitochondriale.
La séance VO2maxtype 4 x 4 minutes à l’intensité maximale, avec 4 minutes de récup entre les deux. Intégrer cette séance au milieu d’une sortie de 60 à 90 minutes, avec un échauffement et une récupération appropriés.
https://www.esprit-trail.com/wp-content/uploads/2023/11/Intensite-et-volume-Photo-Jame-Poole.jpg8001200Patrick Guerinethttps://www.esprit-trail.com/wp-content/uploads/2025/02/ET-logo-vert-noir-300x87.pngPatrick Guerinet2023-11-08 05:00:002023-11-07 13:33:28Fréquence, volume et intensité : 3 outils pour piloter la progression en trail
Si pour certains la fin de l’automne correspond à une période de semi-hibernation, avec moins d’entraînements et moins de courses, pour d’autres, elle marque le début de la saison des cross. Un bon calcul pour ne pas tout couper, « avoir la caisse » et arriver plus fort la saison prochaine. Nos coachs vous expliquent pourquoi et vous proposent un plan d’entraînement de 4 semaines pour préparer votre premier cross.
Le cross est un retour aux fondamentaux. Une véritable école de la course à pied, très appréciée des entraîneurs. C’est une épreuve à part, très complète et formatrice. On y travaille toutes les qualités importantes pour le coureur : les appuis, les trajectoires, la concentration, le mental… Généralement, il s’agit une course en pleine nature à travers champs et sous-bois, et sur des distances relativement courtes. De 4 kilomètres (cross court) à 12 kilomètres (cross long), souvent sous forme de plusieurs boucles incluant des bosses, des passages techniques et pas mal de relances.
La saison débute en novembre et se termine en mars de l’année suivante. Malgré son côté hors stade et la nature du terrain, le cross n’a rien à voir avec le trail. Ce dernier se court sur des distances plus longues et demande un effort moins continu. En cross, il ne suffit pas d’être finisher, c’est une vraie compétition, un coude-à-coude avec les autres coureurs durant tout le parcours, où chacun cherche à aller plus vite dans une ambiance qui reste tout de même ludique.
Photo Leah Hetteberg
Le cross, pour arriver plus fort au printemps
Si le cross est exigeant, les bénéfices tirés valent largement tous les efforts consentis. Un coureur ayant fait la saison hivernale de cross arrivera toujours plus fort au printemps. D’ailleurs, aujourd’hui encore, le cross reste un des principaux moyens pour détecter les futurs champions. Beaucoup de coureurs élites ont commencé par le cross avant d’attaquer des distances plus longues, sur route ou en trail. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si le titre de champion de France de cross décerné en mars de chaque année est un des plus convoités en athlétisme. Beaucoup de coureurs qui se lancent à l’assaut des champs de gadoue en hiver et enchaînent avec une saison de trail au printemps visent la performance, ou tout du moins la progression.
Ainsi, Cécile Jarousseau, 2ème des championnats de France de cross à Carhaix le 12 mars 2023, s’est adjugé le titre de championne de France de course en montagne deux mois plus tard au Dévoluy. Et la double championne du monde de trail long Blandine L’Hirondel s’est illustrée sur ces France de cross en terminant 4ème, et 3ème Française, avant d’aller gagner dans le mois qui a suivi le 36km du Lyon Urban Trail et le 69km du Istria 100 by UTMB.
Cécile Jarousseau, Championne de France de course en montagne en 2023. Photo DR
Des courses pour « avoir la caisse »
Le cross n’est pas réservé aux seuls champions. Il est largement ouvert, peu importe le niveau. Son intérêt est d’abord d’apporter une excellente préparation sur toutes les distances, qu’il s’agisse des formats découverte, du trail court et jusqu’au maratrail (ainsi que pour la course sur route). Il permet de maintenir un niveau de sollicitation important dans une période où les compétitions se font rares et les entraînements en qualité un peu moins fréquents. Notamment en ce qui concerne le renforcement musculaire et l’ensemble de la filière aérobie. Ce qui s’appelle « avoir la caisse ».
En étant tout le temps « en prise », il faut constamment relancer et attaquer. Car si les distances sont courtes, elles sont assez intenses. Le coureur progresse ainsi en résistance, en temps de soutien et améliore sa vitesse de base. Et dans tous les cas, il récoltera les fruits de ses efforts en cross lors de la préparation de sa prochaine saison de trail.
Photo Leah Hetteberg
Votre plan de préparation cross en 4 semaines
La préparation est destinée aux coureurs expérimentés et habitués à 3 ou 4 sorties hebdomadaires. Elle leur permettra d’aborder un premier cross sans difficultés, tout en se faisant plaisir. Repos les lundis, mercredis et vendredis.
Définitions
Parcours de cross pour l’entraînement Sur un parcours de 500 mètres : plat sur 100 mètres, 3 à 4 côtes sur 150 mètres, 150 mètres de slalom, 1 à 2 sauts (haies), 100 mètres de plat.
Récupération – 20 pulsations Exercice à intensité demandée et récupération en footing. Le cardio doit afficher 20 pulsations en moins que pendant l’exercice.
Issu du milieu sportif (judo puis football), Sylvain Perrin est enseignant d’EPS. Pratiquant le trail depuis 2010, il s’est d’abord consacré à des formats courts de type 25 à 40km entre 25 et 30 ans. Il est ensuite passé sur des formats de 40 à 60km les 5 années suivantes. Aujourd’hui, il performe sur des longues distances. Très progressif dans sa propre évolution, Sylvain Perrin aime à rappeler qu’il faut donner du temps au temps. Il est monté sur les podiums sur les courses les plus prestigieuses : UTCAM, UT4M, MaXiRace d’Annecy, Nord Trail Monts de Flandres… Il vous révèle ici les 4 points essentiels à travailler pour progresser en endurance tout en éprouvant du plaisir à courir et garder de la motivation.
Progresser en endurance : courez longtemps
Il s’agit de séances de travail en endurance fondamentale, c’est-à-dire entre 55/60 et jusqu’à 70% de sa VMA. Ou, comme la VMA est une notion qui évolue, entre 65 et 75% de sa FC Max, la fréquence cardiaque maximale étant aujourd’hui facile à déterminer avec les technologies disponibles. Pour un coureur expérimenté, il s’agira de tenir ce rythme d’endurance fondamentale sur des sorties de 1h30 à 2h.
Bien sûr, pour un débutant, courir longtemps n’aura pas la même signification, et il sera même sans doute amené à marcher. Mais la finalité reste la même : c’est d’améliorer sa façon d’utiliser l’oxygène et muscler son cœur, afin de diminuer sa fréquence cardiaque. Ces séances représentent environ 70% de ma part d’entraînement hebdomadaire.
Photo Trail Pict
Progresser en endurance : sachez doser le travail de fractionné
Le fractionné est souvent présenté comme un incontournable pour progresser en endurance. Par fractionné, j’entends variations d’allures, entre phases où l’on court rapidement et phases de récupération. L’objectif sera d’améliorer son endurance et sa VMA. Pour ma part, avec le recul, je trouve que le travail de fractionné est assez sollicitant : ce sont des allures soutenues qui sollicitent les filières énergétiques et musculaires, et peuvent entraîner des petits pépins physiques. Il faut donc bien se connaître et apprendre à doser avant d’inclure de telles séances dans ses entraînements, même si elles sont plaisantes car elles permettent de courir à des allures importantes et de voir sa progression, ce qui est toujours motivant.
Photo Cyrille Quintard
Progresser en endurance : ne négligez pas le renforcement musculaire
Les exercices de renforcement musculaire permettent de prévenir les blessures et d’augmenter un peu sa coordination. On peut travailler sur les différents groupes musculaires sollicités chez le traileur, comme les fessiers, les mollets, les ischios, les quadris, et tout ce qui est musculature du tronc avec le gainage, abdos, lombaires… Ce travail est très important pour avoir une bonne posture, afin de pouvoir gagner en puissance et en résistance, donc en endurance.
On parle beaucoup de faire du renforcement musculaire en période hivernale, mais selon moi il est utile de le pratiquer régulièrement, surtout lorsqu’on avance en âge ou qu’on a des fragilités, type chevilles. 10 minutes de gainage ou de proprioception par jour, cela ne prend pas de temps et peut éviter pas mal de petits soucis.
Progresser en endurance : optez pour l’entraînement croisé
Il faut idéalement intégrer des activités portées afin de soulager la fatigue articulaire. Cela peut être du vélo, du VTT, de la natation… Par exemple, en phase de préparation d’un trail long, il peut être intéressant d’enchaîner une séance de 2 heures de vélo de route ou de VTT et d’1h30 de course à pied. Cela fait un joli bloc de 3 ou 4 heures qui sera moins sollicitant que s’il avait été fait uniquement en course à pied.
https://www.esprit-trail.com/wp-content/uploads/2023/10/Sylvain-Perrin-1-Photo-Trail-Pict.png7761200Patrick Guerinethttps://www.esprit-trail.com/wp-content/uploads/2025/02/ET-logo-vert-noir-300x87.pngPatrick Guerinet2023-10-31 05:00:002023-11-03 07:50:46Progresser en endurance avec Sylvain Perrin
Les trails « de nuit » attirent de plus en plus de coureurs. Mais attention : s’il est plaisant de courir dans l’obscurité, il faut éviter certains pièges. Apprendre à courir la nuit vous sera également utile lors des ultras qui impliquent fréquemment des portions de parcours nocturnes. Suivez nos conseils spécifiques et découvrez le principe de la SSTN, ou Séance Spécifique Trail Nocturne.
Bien choisir sa frontale
Pour courir de nuit, la première chose à prévoir est bien entendu un bon éclairage. Si vous voulez faire une vraie préparation à un trail nocturne et trouver vos repères à la fois statiques et dynamiques, il vous faut donc investir dans un système d’éclairage performant et vous habituer à courir avec. Pour bien choisir votre frontale, ne vous précipitez pas et sachez dénicher le bon modèle, celui qui vous correspondra. Malgré des offres diverses, comme des lampes sur des sangles de poitrine ou sur les bretelles du sac, voire des lampes torches légères intégrées à un gantelet, c’est encore la frontale classique qui s’adapte le mieux aux besoins du coureur.
Pour autant, il faut que le port en soit confortable et l’autonomie suffisante. Les dernières innovations, avec une adaptation automatique du faisceau lumineux sont jugées assez perturbantes par de nombreux coureurs. À vous de juger. Optez en tous cas pour un modèle équipé d’une batterie intégrée rechargeable par prise USB, c’est beaucoup plus économique que des piles à l’usage. Mesurez bien l’autonomie de votre lampe et pensez à vous doter d’un rechargeur portable, même à l’entraînement… Sachez que le froid vif provoque un déchargement plus rapide des batteries.
Courir avec une frontale, mode d’emploi
Pensez à vous habituer très progressivement au port d’une frontale, sinon vous risquez de fortes douleurs cervicales, liées tant au poids qu’à la rigidité du cou qu’il implique. Placez votre faisceau lumineux en mode « économie », suffisant dans la plupart des cas, surtout par temps humide ou de brouillard qui provoque un effet de voile. Pointez le faisceau de lampe vers le haut, pour ne pas avoir un halo trop près de vous, ce qui vous occasionnerait assez vite des troubles oculaires, voire même des vertiges statiques.
Lorsque vous courez la nuit, vous devez bien sûr commencer en mode doux, mais il est aussi très important de tester votre éclairage à diverses allures, surtout en descente où le risque de chute est plus grand.
Kilian Jornet à l’entraînement. Photo Moonlight / DR
Apprendre à gérer son sommeil
Votre organisme réagit souvent mal au fait de courir à une heure où d’habitude vous dormez. Gérer l’avant-course et les jours d’après un trail qui implique une nuit blanche, demande un minimum de méthode pour ne pas souffrir durablement d’une fatigue invalidante. Le corps est réglé par une horloge interne, et un certain nombre de paramètres dépendent de votre propre chronobiologie : sécrétions hormonales, récupération cellulaire, « reset » mental par les différentes phases de sommeil.
En rompant volontairement et de façon trop abrupte ce rythme « jour/nuit », vous vous exposez à une situation de « jet lag », le fameux décalage horaire. En bref, se contraindre pour le plaisir du sport à ne pas dormir une nuit pour aller courir dans la campagne est assez périlleux pour quelqu’un qui travaille à temps plein, qui veut conserver sa forme, et mener un minimum de vie familiale et sociale. Cette nuit blanche peut mener à de vrais soucis de santé. Pour estomper les effets vaporeux d’une nuit sportive, il y a quelques trucs à connaître – et à appliquer – pour ne pas trop souffrir de cette privation ponctuelle de sommeil.
On ne peut pas faire des provisions de sommeil comme on accumule des réserves d’énergie dans ses muscles les jours avant la course. Mais on peut être en dette chronique de sommeil, et là, c’est la détresse garantie à court terme. La semaine précédant la course, couchez-vous de bonne heure, évitez les écrans, et si possible, essayez de faire une sieste de quelques minutes en début d’après-midi, éventuellement sur votre lieu de travail si vous pouvez vous isoler quelques instants. La nuit la plus importante est celle de l’avant-veille, mais même si vous ne dormez pas, restez tranquille, rêvez à l’aventure qui vient, faites le plein d’images positives.
Comment gérer un départ après 22 heures ?
Pour un départ vers 22h par exemple, prenez un repas riche en glucides « lents » (pâtes, riz, etc.) vers 19h, et prévoyez une boisson d’attente pour la dernière heure. Réfléchissez à la façon dont vous allez vous ravitailler durant votre épreuve. Prévoyez vos gels, barres et/ou boissons énergétiques. Habillez-vous en fonction des conditions météo, toujours froides en montagne au cours de la nuit, même en dehors des périodes hivernales. Il est prudent d’enfiler un collant long et un maillot à manches longues, de vous couvrir la tête et les mains, de mettre des guêtres adaptées sur vos chaussures, et d’emporter un coupe-vent ainsi que le plan du parcours.
Pour votre sécurité, il est primordial d’être vu par les autres, et surtout par les automobilistes pour les portions de parcours qui croisent les routes. Pour cela, votre frontale ne suffit pas. Pensez à porter une veste ou un gilet comportant du tissu réfléchissant à l’avant et à l’arrière. Attention également à l’euphorie d’un départ de nuit qui bouscule vos repères. Si vous partez trop vite, vous le payerez tôt ou tard… Soyez prudent aussi dans les descentes, même anodines, qui peuvent être traitres à tout instant, et qui rendront votre fin de course douloureuse si vous les négociez trop vite. Enfin, restez toujours très vigilant pour ne pas vous égarer, surtout par temps de brouillard.
François D’Haene et Camille Bruyas au départ de la Diagonale des Fous 2023. Photo Organisation
Faites des SSTN, ou Séances Spécifiques Trail Nocturne
Ces séances sont destinées à vous habituer à courir de nuit, ainsi qu’aux changements de pente et de rythme auxquels vous allez être confronté. Pour une séance complète, vous allez enchaîner une portion de plat (ou mieux de faux-plat montant), une côte et une descente, qui se fera souvent sur la montée que vous venez d’effectuer, c’est plus pratique. Les durées sont variables, avec une côte limitée à 1mn15 afin que vous puissiez trouver un circuit adapté près de chez vous, pratiquement dans n’importe quelle région de France.
Si vous avez la chance d’avoir une côte plus longue (jusqu’à 5mn), vous pouvez allonger cette portion, ainsi que celle en descente (à condition que la pente ne soit pas trop raide), tout en réduisant le nombre des répétitions en fonction de vos disponibilités horaires et de votre niveau d’entraînement de départ. En général, ce parcours aura donc la forme d’un aller-retour, avec la portion montée qui sera redescendue ensuite, et la récupération sur le plat pour retourner au point de départ.
Effectuez de préférence cette séance lorsqu’il fait nuit noire et non à la tombée du jour, afin de vous habituer aux sensations très spéciales que cela procure, et de tester votre système d’éclairage. La portion plate sera effectuée à environ 80 à 85% de VMA ; la côte et la descente suivantes seront courues à la même sensation d’intensité d’effort, même si le cœur monte un peu plus. Ne démarrez pas trop vite la séance : vous devez être capable de faire toutes les répétitions au moins aussi vite que la première, sans marcher pendant les récupérations.
Jean-Philippe Tschumi sur la Diagonale 2023, après une chute en pleine nuit. Photo DR
Votre programme pour le jour J
Un seul mot d’ordre le jour J : protégez-vous le plus possible de l’excitation ! La matinée sera consacrée au déplacement vers le lieu de départ, aux préparatifs, et à la mise en place de votre protocole personnel de « mise en situation de course ». L’idéal est de prévoir une longue sieste dans l’après-midi, et un dîner pas trop tardif. Une fois arrivé sur le site de départ, isolez-vous, au moins mentalement. Mettez-vous dans un coin, allongez-vous, posez un bandeau sur vos yeux et des bouchons antibruit dans vos oreilles, et somnolez jusqu’à une heure avant le départ, en ayant pris soin de vous faire réveiller si besoin. Après, il ne vous reste plus qu’à aller affronter la nuit.
Certaines études récentes sur la physiologie de l’exercice montrent une amélioration rapide des performances chez les athlètes élites introduisant seulement quelques semaines de séances d’intervalles de 30 secondes dans leur programme d’entraînement. Et ce même en diminuant dans le même temps leur volume d’entraînement. Mais cette progression en terme de vitesse pourrait-elle bénéficier à des coureurs moins réguliers ? On a mené l’enquête.
Entraînement de vitesse : tout le monde est concerné
Gagner de la vitesse a toujours été un objectif pour les coureurs à pied, surtout lorsqu’ils font du trail court. Mais on l’a vu aux Templiers cette année avec la performance de Jonathan Albon, même sur le long, il faut savoir courir vite. 12km/h de moyenne sur 81,6km avec 3550m D+, c’est tout simplement monstrueux. Si cet aspect de l’entraînement concerne tout le monde, les moyens de parvenir à gagner de la vitesse divergent amplement d’un pays à l’autre. Ou même d’un coach à l’autre. Ainsi Rémy Brassac, athlète élite du team CimAlp, nous confiait récemment à propos de ses séances de vitesse : “Mon coach Patrick Bringer est très inventif, et depuis qu’il m’entraîne, je pense ne jamais avoir fait 3 fois la même séance !”
Longtemps citée comme exemple et utilisée par la plupart des Américains, la « méthode norvégienne » a de moins en moins d’adeptes. Principal grief : entre éprouvantes séances d’entraînement au seuil à intensité contrôlée, longues séances de vitesse matin et soir et travail spécifique ciblé, le volume est trop contraignant et n’est pas tenable sur une saison. Aussi, la perspective d’améliorer rapidement ses performances sans chambouler profondément son programme d’entraînement ne laissera aucun coureur indifférent.
Examinons maintenant 3 études sur la physiologie de l’exercice qui montrent des résultats étonnants.
En courant à plus de 12km/h de moyenne pendant plus de 80km, Jonathan Albon a battu le record du Grand Trail des Templiers. Photo Cyrille Quintard
Séances de vitesse : une première étude étonnante…
En 2018, un article dans le Journal of Strength and Conditioning Research met le feu aux poudres. L’objet de l’étude était la façon dont seulement 2 semaines d’entraînement de vitesse pouvaient influencer les performances des coureurs de trail de bon niveau. Les cobayes : 12 hommes et 4 femmes entraînés à raison d’au moins 50 km par semaine au cours des 3 années précédentes.
Dans le cadre de cette étude, les participants ont effectué 3 séances de vitesse par semaine. Donc 6 au total des 2 semaines. Ces séances étaient très simples, composées de 4 à 7 courses rapides en « navette » d’une durée de 30 secondes avec 4 minutes de récupération entre chacune. Le principe de la navette est de courir 5 mètres en avant, puis de se retourner rapidement pour effectuer 5 mètres en sens inverse, puis 10 mètres en avant, puis 10 mètres en sens inverse, puis 15…, et ainsi de suite pendant 30 secondes.
Quant aux tests d’avant et après expérience, il y en avait 3. Le premier consistait en un test de vitesse aérobie maximale commençant à 8 km/h et augmentant de 1 km/h toutes les 2 minutes. Le second était un test de temps jusqu’à l’épuisement à 90% de la vitesse aérobie maximale. Le troisième, enfin, un contre-la-montre de 3 km.
… et des résultats inattendus
Sur le papier, il peut paraître peu probable qu’en 6 séances réparties sur 2 semaines seulement, des coureurs entraînés puissent tirer un bénéfice réel. Surtout lorsque ces séances d’une durée si courte ont pour objet un exercice en navette, non spécifique de la discipline. Or, les résultats ont de quoi laisser perplexe. Sur l’ensemble des participants, la vitesse aérobie maximale a été améliorée de 2,8%, le temps de course jusqu’à l’épuisement à 90 % de la vitesse aérobie maximale a été amélioré de 159 secondes et le temps de contre-la-montre de 3 km amélioré de 5,7 %. En 2 semaines seulement ! De quoi bousculer toutes les certitudes !
Grâce à sa vitesse, Blandine L’Hirondel est aujourd’hui capable de performer sur court, et sur long grâce à son endurance. Photo DR
Séances de vitesse : une méta-étude qui confirme
Pourtant, ces résultats ne sont pas anormaux. En creusant un peu, on s’aperçoit que de nombreuses études antérieures ont donné des résultats similaires. Ainsi, un article paru en 2014 dans la revue Sports Medicine faisait état d’une méta-étude compilant les résultats de 16 études différentes. Cette méta-étude impliquant 318 participants ayant effectué des intervalles de 30 secondes. Résultat : ils affichaient une amélioration globale de leur capacité aérobie de… 8% !
Les auteurs de l’étude de 2018 désignent plusieurs critères intervenant à des degrés différents pour expliquer leurs résultats. Ils citent ainsi l’augmentation de l’activité enzymatique du système aérobie, l’augmentation des marqueurs du métabolisme aérobie, ou encore les améliorations de la navette lactate et une capacité neuro-musculaire accrue… Mais quelle que soit la cause, ils constatent que ces séances d’intervalles courts permettent d’améliorer les économies de fonctionnement en peu de temps, avec des rendements élevés nécessitant moins d’énergie. Bref, de quoi mieux courir sur toutes les distances avec un entraînement basique.
Séances de vitesse : une 3ème étude encore plus étonnante
Une troisième étude publiée en 2018 dans Physiological Reports est encore plus étonnante. Elle est basée sur 20 athlètes entraînés (14 hommes et 6 femmes) ayant suivi un programme de 40 jours. Durant cette période, ces volontaires ont baissé leur volume d’entraînement hebdomadaire habituel de 36% mais intégré 10 séances de vitesse (une tous les 4 jours) impliquant à chaque séance entre 5 et 10 fois 30 secondes de course à vitesse maximale, avec 3mn30 de récupération entre chacune.
Avant et après ce programme, les participants ont effectué plusieurs tests afin de pouvoir comparer les données. Il y avait un test de temps jusqu’à épuisement, deux tests de 10 km (dont un avec déplétion en glycogène) précédés de 2 fois 6 minutes d’intervalle à 60 % de VO2 max, ainsi qu’une série de biopsies musculaires et de tests sanguins pour mesurer les variations au niveau cellulaire et systémique.
Les résultats ont été stupéfiants. L’économie de course pendant le 10km a progressé de 2,1%, et de 1,7% pendant les intervalles à 60% de VO2 max. En d’autres termes, les athlètes se sont améliorés tant dans les efforts difficiles que dans les efforts faciles. Et ce tout en ayant réduit de plus d’un tiers leur volume d’entraînement hebdomadaire ! Comment est-ce possible ? C’est ici que l’étude devient passionnante.
Photo CimAlp
Séances de vitesse : les mécanismes d’amélioration
Le test d’épuisement du glycogène 10km a été conçu pour pouvoir mesurer distinctement les modifications des fibres musculaires à contraction lente par rapport aux fibres à contraction rapide. En cas d’épuisement, les fibres à contraction rapide devraient en théorie être forcées de supporter une plus grande charge (comme à la fin d’un marathon ou d’un ultra). Mais étant donné l’absence de changement dans les résultats des tests d’épuisement, les chercheurs ont émis l’hypothèse que les améliorations observées étaient principalement liées aux modifications des fibres musculaires à contraction lente.
Ils ont en effet constaté une augmentation de l’expression de la protéine dystrophine, qui expliquerait une amélioration de l’intégrité structurelle des fibres musculaires, donc l’économie de fonctionnement. Une hypothèse qui devrait intéresser au plus haut point tous les coureurs d’endurance, car ce sont justement ces fibres qui permettent des performances sur de longues distances.
Les responsables de l’étude ont par ailleurs noté que les fibres à contraction rapide pourraient également avoir joué un rôle dans la réduction de la consommation d’énergie. En effet, ils ont observé que l’expression de la protéine musculaire SERCA1 (une protéinequi joue un rôle dans la re-capture du calcium nécessaire au relâchement musculaireaprès une contraction) a diminué de 22 % dans ces fibres. Or cette protéine est connectée à un processus pouvant utiliser jusqu’à 50 % de l’énergie. La diminution de son expression pourrait donc induire une réduction du renouvellement énergétique pendant l’exercice, donc une économie de fonctionnement.
Rémi Bonnet, vainqueur pour la 2ème année consécutive de la GTWS, est un des plus rapides du circuit mondial. Photo Lise Neukomm / GTWS 2023
Séances de vitesse : une équation complexe
L’analyse scientifique est cependant complexe, car l’introduction de courtes séances de vitesse dans les programmes des athlètes entraîne la modification de dizaines de variables physiologiques qui peuvent expliquer des différences de performance, et que l’on regroupe sous le terme générique d’ « économie de course ». Dans le détail, certaines de ces variables peuvent être mesurées et d’autres non, des cellules aux muscles en passant par les systèmes circulatoire et cardiovasculaire. Vous l’aurez compris, aller plus vite est un algorithme terriblement complexe, sachant qu’il reste un million de questions ouvertes.
Séances de vitesse : des questions, encore et toujours
La première de ces questions, concernant l’introduction de ces séances de vitesse de 30 secondes, est de savoir si ces adaptations physiologiques, qui se produisent rapidement, se poursuivent à long terme ? Dans quelle mesure ces séances de vitesse, expérimentées sur des périodes courtes (2 semaines pour la première étude, 40 jours pour la troisième) doivent-elles être prolongées ? Ces adaptations rapides évolueront-elles lorsqu’elles seront intégrées à un programme d’entraînement complet sur plusieurs mois ? Si oui, vers quoi évolueront-elles ? Par ailleurs, les études utilisent souvent des intervalles de 30 secondes, mais qu’en est-il d’intervalles de 20 secondes ? Ou alors d’efforts soutenus d’une minute ? Les athlètes pourraient-ils bénéficier des mêmes avantages avec des séances d’intervalles plus longs, mais sans aucune séance à grande vitesse ?
Photo Saucony
Séances de vitesse : toute l’année c’est mieux…
Les résultats de ces études, plutôt que donner des clés pour augmenter rapidement votre vitesse sur une durée aléatoire, confirment la théorie de l’utilité de travailler sa vitesse régulièrement, tout au long de l’année. Que ce soit des séances courtes en montée comme le font les Norvégiens sur leurs collines, les diagonales et autres sprints des Kényans, des systèmes de type Lydiard avec un long conditionnement aérobie avant le travail de force et de vitesse puis la finition anaérobie, les séances de vitesse réparties tout au long de l’année sont un élément presque universel.
Même si l’augmentation rapide de l’expression des protéines musculaires montrée par les études ci-dessus représente un intérêt certain pour des athlètes confirmés, et peut leur être utile dans le cadre de la préparation d’une course spécifique, le débit mécanique, l’efficacité neuromusculaire/biomécanique, le débit cardiaque et le développement aérobie interagissent tous de manière très complexe et difficile à prédire. Que faire face à cet algorithme complexe qui régit les changements de performances au fil du temps ? Surtout si vous n’êtes pas armé pour étudier au mieux les variations des différents paramètres et trouver des solutions ?
Séances de vitesse : que faire pour les coureurs réguliers ?
Il semble préférable, pour des coureurs réguliers, de garder un cadre aussi simple que possible en intégrant à leur entraînement aérobique constant, des séances d’intervalles courts et rapides tout au long de l’année. En augmentant durablement la synthèse des protéines musculaires, qui est rappelons-le provoquée par les stimuli de l’entraînement (stimuli qui signalent au corps que vous avez besoin de plus de muscles) et débute peu après celui-ci, la plupart des coureurs augmenteront leurs performances dans tous les domaines, que ce soit pour des sprints courts (90 à 95 % de FC max) ou des ultras (pourcentages beaucoup plus faibles de FC max).
Mais rien ne vous empêche d’intégrer quelques semaines de séances d’intervalles de 30 secondes dans votre programme d’entraînement avant votre prochain objectif…
https://www.esprit-trail.com/wp-content/uploads/2023/10/Photo-Lise-Neukomm-GTWS-2023.jpg8001200Patrick Guerinethttps://www.esprit-trail.com/wp-content/uploads/2025/02/ET-logo-vert-noir-300x87.pngPatrick Guerinet2023-10-25 05:00:002023-10-24 16:08:37Entraînement de vitesse : les étonnantes révélations des récentes études
Sabine Ehrström, athlète Cimalp, est entraîneuse spécialisée trail et professeure en physiologie et biomécanique. Elle est à ce point passionnée par la course nature qu’elle en a fait le sujet de sa thèse. Plus précisément sur le thème des facteurs de performance en trail courte distance. Ce qui ne l’empêche pas de performer sur plus long. Elle a ainsi signé cette année une belle troisième place sur le 55km du Trail du Nivolet-Revard. Pour Esprit Trail, elle détaille les meilleurs exercices pour développer sa force physique, essentielle à la performance en course.
L’endurance musculaire, facteur clé de la performance en trail
Installée à Lans-en-Vercors, Sabine Ehrström accompagne au mieux les sportifs qu’elle entraîne et les étudiants en STAPS. Pour elle, ce qui fait la spécificité du trail, même si ce n’est pas forcément dans la définition, c’est le dénivelé, avec une foulée qui va être modifiée par rapport à la course sur route. La sollicitation musculaire va être double : en montée on va parler de contractions concentriques, et en descente des contractions à prédominante excentriques.
Or, comme elle l’a démontré dans sa thèse, un des facteurs clés de la performance en trail est l’endurance musculaire. D’où l’intérêt de la travailler bien sûr en début de saison, mais aussi tout au long de l’année. Si les coureurs qui habitent en montagne pourront facilement travailler leur force physique avec du dénivelé positif et négatif, les autres vont devoir chercher des astuces pour reproduire les contraintes musculaires du trail avec peu de dénivelé à disposition. Sabine Ehrström leur propose ici quelques séances spécifiques.
Sabine Ehrström lors du Trail de la Muzelle 2023. Photo Organisation
Meilleurs exercices pour développer sa force physique : les séances en côtes
Sabine Ehrström préconise des exercices d’accélérations et de sprints en côtes, et des exercices de foulées bondissantes en côtes. Par rapport à des accélérations sur le plat, les vitesses sont moins élevées et les chocs moins importants, donc la coordination est plus facile et moins risquée au niveau des blessures. C’est un travail exigeant, qui doit se faire avec des récupérations longues et un faible volume pour le faire toujours avec un geste de qualité, insiste-t-elle.
Exemple de séance en côte : – 20 minutes de footing, puis une série de foulées bondissantes à effectuer sans précipitation, 5 fois 20s dans la côte, récup footing en descente + 30s passif en bas. – Enchaîner avec 6 accélérations progressives de 20s, récup footing en descente + 30s passif en bas. – Terminer la séance avec 20 minutes de footing. Une telle séance ne laisse pas de traces musculaires et permet de bien se dynamiser dans son footing.
Alternative : Inclure 10 sauts de grenouille (squat jump) entre les séries de montée/descente, en s’aidant des bras et en allant chercher le plus haut possible. Faire une récupération plus longue, 40s à 1mn avant d’attaquer la série suivante. Peut aller jusqu’à 15 sauts de grenouille selon le niveau.
Photo Jose Miguel Munoze / Scarpa
Meilleurs exercices pour développer sa force physique : les séances en bosse en vélo de route
Ce type de séance est conseillé par Sabine Ehrström car il permet de reproduire les efforts musculaires des montées raides. La limite est que cela ne permet pas de travailler les contractions excentriques. De plus, pour les coureurs utilisant des bâtons, on ne travaille pas les bras.
Exemple de séance en bosse : – En premier lieu, faire attention à la circulation puisqu’il s’agit de faire des allers-retours. – Effectuer 8 montées de 3 minutes sur des pentes entre 5 et 12%, avec récupération en descente « lente » pour qu’elle dure au moins 1 minute, qui est le temps de récupération minimal. – Alterner une montée assis sur la selle en force (environ 60 tours par minute) et une montée en danseuse.
Photo Ekoi
Meilleurs exercices pour développer sa force physique : les exercices de pliométrie à plat
Tous les exercices de pliométrie sont pertinents pour travailler la foulée. Sabine Ehrström préconise des exercices simples, qui ne nécessitent pas d’adaptations posturales particulières, de sorte que chacun peut faire cela sans un coach pour corriger le geste. Son exercice préféré est là encore les foulées bondissantes, car elles donnent de l’énergie à la foulée. Ce sont des séances assez scolaires, qu’elle programme à raison d’une par semaine, pas plus.
Exemple de séance pliométrie : – 20 minutes de footing puis enchaînement de 3 répétitions de 20s des exercices suivants : montées de genoux, talons/fesses, jambes tendus et foulées bondissantes. – Finir par 5 lignes droites en accélérations progressives, en cherchant le geste de qualité.
Ne pas oublier : les exercices de gainage à la maison (à faire toute l’année)
Les exercices de gainage sont utiles pour tous les coureurs, à raison de 2 ou 3 fois un quart d’heure par semaine. Il existe de nombreux exemples d’exercices de gainage au poids du corps en ligne, squats, planches, etc. Ceux qui ont un swissball peuvent faire des exercices un peu plus élaborés. Pour ceux qui aiment faire de la musculation, il peut être intéressant de périodiser, en faisant hors saison un travail de prise de masse musculaire (exercices d’extenseurs de jambes, type presse à cuisses), et à l’approche des compétitions un travail d’explosivité (charges un peu moins lourdes). Sabine Ehrström recommande de ne plus faire de séance de musculation à partir de 10 jours avant la course, pour éviter la fatigue musculaire.
https://www.esprit-trail.com/wp-content/uploads/2023/10/DEVELOPPER-FORCE-PHYSIQUE-Photo-New-Balance.png8321200Patrick Guerinethttps://www.esprit-trail.com/wp-content/uploads/2025/02/ET-logo-vert-noir-300x87.pngPatrick Guerinet2023-10-18 05:00:002023-10-17 23:07:37Les meilleurs exercices pour développer sa force pour le trail