Saint-Denis de la Réunion, jeudi 20 octobre 2022, 20h50. H-10 mn. Dans son sas de départ, avec les 2600 partants, Pierre Robillard, traileur stéphanois, apprécie pleinement le moment. Le bonheur d’être là, la chance de pouvoir participer à une telle aventure… Il nous raconte sa première Diagonale des Fous.

Dans la nuit, au beau milieu de la foule…

L’ambiance est très festive et nous nous élançons pour une douzaine de kilomètres en bord d’océan avec la foule amassée pour nous encourager. Un mélange entre une soirée du 14 juillet et une étape de tour de France ! 35 000 personnes selon les médias locaux. Assez incroyable ! Le vivre soi-même, c’est inoubliable. Seul bémol de ce début de course, il se déroule sur le goudron pendant quasiment la première heure et demi… L’air est empli d’un mélange de barbecue et de cigarette-qui-fait-rire. À essayer chez vous pour créer une ambiance tropicale !

Un bouchon se forme quand le sentier se resserre. Au premier ravitaillement (km 14), je m’arrête à peine ; j’ai assez de réserves pour tenir largement jusqu’au prochain (km 28). L’air est humide, la nuit totale, je reste concentré sur chacun de mes pas pour éviter la chute. Je m’arrête de temps à autre pour regarder la longue file des lampes frontales derrière moi. A 3h42 du matin, je passe à « Nez de Bœuf » à 2 028m d’altitude, au 40e km. Je profite du ravitaillement et des traditionnelles soupes chaudes de vermicelle présentes sur ce genre d’ultra. Je repars.

Pierre Robillard départ nuit Photo DR
Photo DR

Première panne… de frontale

Progressivement, le faisceau de ma frontale faiblit… La boulette, je n’ai pas vérifié l’état des piles depuis mon dernier trail ! Bien joué, « l’expérimenté » ! Je suis obligé de suivre de près d’autres coureurs pour profiter de leur éclairage. Mais au bout d’un moment, ça n’est plus possible, et si ça continue, je vais sûrement me casser la figure. Je me résous à utiliser les piles neuves que l’organisation nous a obligé à emporter, entamant donc leur capital alors que la deuxième nuit sera plus longue que la première.

Nous sommes en altitude, il ne fait pas très froid, mais cela suffit à raviver mon syndrome de Raynaud qui me fait perdre toute sensibilité des doigts. J’avise une sympathique bénévole qui ouvre ma frontale et remplace les piles à ma place…

870m D+ en moins de 2km !

Il est à peine 5 h, on peut enfin lever le nez et ranger nos frontales dans nos sacs. C’est reparti. Direction le point culminant du parcours (« Coteau Kerveguen »). On va encaisser 870m de D+ en moins de 2km puis enchaîner avec 1000m de D- sur les 5km suivants. Sur le papier (c’est-à-dire le road-book fourni par l’organisation, que j’avais consulté avant mais que j’ai grand plaisir à consulter après), il est indiqué pour cette partie : « Le sentier monte tout régulièrement jusqu’au passage des échelles métalliques. ». On ne doit pas être vraiment d’accord sur le sens de l’adverbe, tandis que la présence d’échelles vous en dit long sur le caractère abrupt du passage…

Lire aussi notre article Résultat de la Diagonale des Fous, Beñat Marmissolle et Courtney Dauwalter couronnés.

Tant bien que mal, j’atteins Cilaos

Nous sommes au km 72, le village est temporairement baigné de soleil, car jusqu’à présent le ciel était bouché d’une couche nuageuse et emmêlé dans une bruine quasi permanente. Quelle frustration de ne pas pouvoir profiter du paysage et de n’avoir qu’une chose à faire : gérer la technique, regarder ses pieds, enjamber racines, cailloux, et marches taillées dans la roche ou dans les chemins, de profondeur et de hauteur inégales… À Cilaos, on a accès à notre premier sac de rechange. Pour l’instant, c’est difficile. Je gère, mais je ne m’attendais pas à autre chose. C’est parce que la course n’a pas encore commencé. On me l’avait dit, je ne les avais pas cru.

Juste avant de repartir, je fais un crochet par une échoppe pour trouver miraculeusement un paquet de piles neuves. Le road-book indique que la prochaine montée sera « raide ». Je confirme (1200m de D+ en 6km) ! Dans le dur physiquement, je pensais alors que cette portion correspondrait à ma vitesse moyenne la plus faible (2,7km/h). Mais malheureusement, l’avenir proche me montrera que ce fût pire après. Lorsqu’on pointe mon dossard à 18h33 à Marla (point médian du parcours aussi bien en distance qu’en dénivelé), la nuit vient de tomber et c’est le début du pire moment de ma vie sportive qui commence.

diagonale des fous
Le parcours et le profil de la Diagonale des Fous 2022.

Le pire moment de ma vie sportive commence…

Une tempête sous mon crâne. Depuis Marla, il n’y a que 500m de D+ et environ 8km de distance jusqu’à la Plaine des Merles, le ravitaillement suivant. Mais chaque foulée paraît être un effort incommensurable. Je m’approche des 36h sans sommeil, je suis fatigué et les hallucinations visuelles ont débarqué, complètement loufoques. Un gros bulldog en faïence (qui s’avérera être un rocher noir et blanc), des pochoirs à l’effigie de Georges Clémenceau sur les contre- marches des chemins (des tâches de mousse), une grosse trottinette électrique (quelques bambous les uns sur les autres)… L’effet « ombres chinoises » est bien entendu décuplé par le balayage du faisceau des lampes frontales, mais c’est impressionnant.

Jusque-là, et si j’ose dire, rien de particulier. Mais entendre des voix, ça, ça ne m’était jamais arrivé. Et c’est très perturbant. D’autant plus que c’est complètement absurde : des bouts de phrases aléatoires qu’on pourrait entendre dans des journaux télévisés (« Anne Hidalgo pense que… », « les policiers ont décidé de ne pas négocier avec les manifestants… », « c’est l’économie toute entière… »). Elles reviennent toutes les minutes pour aspirer mon âme… Mon cerveau est en train de partir en sucette. Quant à mes jambes, elles tentent de faire leur boulot, mais n’en mènent pas large.

2,12 km/h : aucun risque d’excès de vitesse !

Morceaux de choix : « Attention, roches glissantes », « Prenez les mains courantes », « Une rude ascension vous attend avec quelques passages délicats », « Vous prendrez un raidillon escarpé ». Oubliez tout ce que vous pensiez connaître du vocabulaire courant ; venez plutôt à la Réunion pour apprendre le dialecte ! Ici, les mots ont un sens propre. Rude, c’est vraiment terrible ; délicat, c’est horrible. Les fameuses marches, elles sont toutes de taille, de profondeur et de hauteur différentes. Et surtout, elles sont partout ! À la montée, elles vous font lever les genoux en vous obligeant à appuyer dessus avec les mains pour vous propulser. À la descente, le participant commun dont je fais partie ne veut pas les dévaler comme on descend un escalier classique. Il faut les prendre une par une, une jambe après l’autre, ce qui explique la baisse drastique de ma vitesse, la plus basse sur tout le parcours (2.12km/h sur cette portion).

Pierre Robillard 2 Photo Facebook Pierre Robillard : DR
Photo Facebook Pierre Robillard / DR

Il n’y a plus de pilote dans l’avion

Même si l’avion continue de voler grâce à l’inertie. Je mets un pied devant l’autre par automatisme. Mon instinct de survie me rappelle que je dois dormir pour reprendre des forces – surtout mentales. J’ai essayé dans deux postes de ravitaillement, car entre les hallucinations permanentes, l’effort physique, l’attention de chaque instant pour éviter la chute ou la torsion de cheville, le tout dans un petit crachin qui d’habitude vous fait apprécier le 11 novembre, je me demande pourquoi je suis là. Tous ces efforts, ce temps passé, ces sacrifices (aussi bien personnels, qu’imposés à ma famille) pour souffrir autant !? Évidemment, je savais parfaitement que ça ne serait pas une promenade de santé, mais pas que j’en baverais à ce point…

Vers 3h du matin, je trouve une place dans un des lits de camp d’une tente servant « d’hôtel » du ravitaillement local. L’idée est bien pensée : vous vous inscrivez auprès du bénévole de garde qui note votre emplacement, votre prénom et la durée prévisible de votre réveil. Seul petit souci : les organisateurs n’ont pas imaginé d’arrêter ou même de diminuer le volume de la sono qui passe en permanence des chansons locales, certainement très entraînantes pour les soirées arrosées de rhum local, mais ici assez contreproductives. À quelques mètres de l’arrivée dans le campement, une bande d’adolescents hurlent « ALLLLLLLLLEZ avec le prénom » de chaque participant qui apparaît en gros sur son dossard. Dans ces conditions, je ne peux évidemment pas dormir… La tempête psychologique reprend de plus belle. Comment vais-je terminer ? Et dans quel état ? Et enfin, à quelle heure ? Tiendrai-je le coup d’une troisième nuit dehors dans cet état d’esprit ? Certainement pas.

Recherche motivation désespérément

Mon être tout entier n’est que souffrance. Mais depuis des mois, j’ai évoqué avec de nombreux interlocuteurs ma participation à la Diagonale, suscitant des félicitations alors même que je n’avais pas encore pris le départ. De plus, le dossard m’a été offert pour mon anniversaire. Alors, je ne peux pas lâcher et je ne lâcherai pas. Des corps jonchent le sol lorsque la topographie le permet, loin du tumulte du ravitaillement : des coureurs dorment où ils peuvent. Ça fait bizarre de découvrir des corps inertes qui apparaissent soudainement dans le faisceau de la frontale. On croirait évoluer entre les gisants de la basilique Saint-Denis avec une lampe de poche. Je trouve un rocher qui fait office de dossier pour m’y asseoir un instant pour une pause d’une dizaine de minutes, je suis trop las. Insuffisant pour que la tempête se calme puisque ce n’est pas un sommeil réparateur, mais une exigence instinctive de survie.

Pierre Robillard Photo DR
Photo DR

Je me réveille dans un autre monde

Le jour se lève sur Mafate, sec et sans brouillard, dévoilant les immenses remparts constitués par les éruptions, les éboulements et l’érosion de ce site classé au patrimoine mondial de l’Unesco. L’endroit est incroyable ! C’est pour ce décor que je suis venu. Psychologiquement, tout a changé. À « Deux Bras » (km 127, 7716 D+), un ravitaillement du même type que celui de Cilaos a été installé par les militaires du deuxième régiment parachutiste d’Infanterie de Marine. J’en profite pour faire une vraie pause, en particulier me faire masser les jambes par les élèves kinés qui ont installé de nombreuses tables sous les tentes. Ça fait un bien fou, aussi bien physiquement que psychologiquement. Comme sur un appareil électronique, je maintiens enfoncé le bouton « marche forcée » de mon corps pour attaquer la grosse montée vers « Dos d’Âne » et sortir du cirque de Mafate. Après (soit 800m de D+ à parcourir en 5km), ce sera l’océan. Évidemment, c’est encore des marches, des marches et des marches, mais ma perception a totalement switché, le sommeil m’a donné un coup de boost.

Le soleil chauffe sur le « Chemin Ratineaud »

Il y a des mains courantes sans lesquelles on ne pourrait tout simplement pas passer. C’est vous dire si le chemin est « escarpé », selon la définition du road-book ! Avant d’arriver vraiment dans la ville de la Possession, on emprunte quelques kilomètres de voie goudronnée. Quel plaisir d’avoir sous les pieds un terrain lisse ! Il ne reste alors que deux difficultés sur environ 21km et 1 500m de D+, sans problème en temps normal. Mais la « normalité » n’existe pas ici !

J’allonge la foulée sur les roches volcaniques du Chemin des Anglais qui sont autant de « pavés » de cette large voie ascendante. On dirait un peu une voie romaine où la roche noire aurait remplacé le pavé gris. Rapidement, la chaleur du soleil ainsi que celle emmagasinée par les roches et qu’elles réverbèrent, me font prendre un coup de chaud aggravé par un coup de fatigue. Je dois faire une pause de quelques minutes, adossé contre un gros bloc de pierre où je ne trouve pas la moindre ombre. On finit par redescendre à « Chaloupe », il est 13h ce samedi, j’ai démarré il y a 40 heures. Mes paupières tombent, je lutte.

Pierre Robillard Photo Facebook Pierre Robillard : DR
Photo Facebook Pierre Robillard / DR

Bienvenue dans « le Colorado » !

Pour y accéder, il faut d’abord emprunter une autre partie du Chemin des Anglais. Les pierres sont encore plus brûlantes et inégales, difficile de trouver des appuis. Ce final est interminable… Cette fois-ci, il ne reste qu’un peu plus de 5km et demi jusqu’à l’arrivée dans le stade de « La Redoute » de Saint-Denis. Euphorique, je me prends à courir sur les quelques hectomètres d’une voie cimentée avant d’être rattrapé par l’implacable réalité de l’île. C’est le retour du triptyque infernal : marches, racines, cailloux éparpillés et instables.

La pente est globalement descendante, je reste extrêmement prudent, ce n’est pas le moment de se blesser. Bien sûr, je suis rattrapé et doublé par plusieurs concurrents, dont j’admire l’agilité. Je rattrape un gars avec une jambe strappée qui avance avec deux béquilles. Comment fait-il pour les poser sur ce sol ? Si près du but, je sais qu’il ira au bout, quelle que soit la durée restante…

Je pose enfin le pied sur la ligne d’arrivée après 43h 53mn 55s, soit 1 heure de moins que mon objectif le plus optimiste. 532e au général… J’essuie un fugace sanglot d’émotion ; c’était tellement dur et beau à la fois. Ce genre d’épreuve me fait me sentir totalement « vivant » ! J’y ressens des émotions extraordinaires qui donnent sa pleine valeur à la vie. De la joie et de la douleur, des rencontres avec les autres et… moi-même.

Cet article est paru dans le magazine Esprit Trail N°129.

Pour commander le magazine complet en version papier ou digitale, c’est ICI

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Pierre Robillard à son arrivée. Photo Facebook Pierre Robillard / DR
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C’est à Montpellier-le-Vieux, du côté de Millau, berceau des Templiers, que se dérouleront les 18 et 19 mars prochains les Championnats de France de trail 2023. Un rendez-vous qui arrive très tôt dans la saison, et sera déterminant pour les qualifications pour les Championnats du Monde de trail qui se tiendront du 6 au 10 juin à Innsbruck, en Autriche. Histoire d’un lieu magique.

La Cité de Pierres, un décor étonnant sorti de l’histoire

Le chaos de Montpellier-le-Vieux, renommé Cité de Pierres en 2019, est un chaos rocheux ruiniforme du causse Noir, bordé au sud par les gorges de la Dourbie, situé au nord-est de Millau et du viaduc de Millau, sur la commune de La Roque-Sainte-Marguerite. Fréquenté au Moyen-Âge, La Cité de Pierres tomba progressivement dans l’oubli et devint difficilement accessible. Ce n’est qu’en 1884 qu’Édouard Alfred Martel, déjà célèbre pour ses découvertes dans les gorges du Tarn alors qu’il n’avait que 25 ans, explora La Cité de Pierres dans tous les sens et s’enthousiasma pour cette nouvelle “Pompéi”, qu’il qualifia même d’“Acropole des Cévennes”. L’année suivante, en 11 jours, il réalisa la première carte de la Cité de Pierres avec l’aide d’Émile Foulquier.

croquis cité de pierres
Les croquis de La Cité de Pierres des carnets d’Edouard Alfred Martel. Photo Archives / DR

Au début de 1886, une conférence donnée au Club Alpin français par le conservateur du Musée d’Histoire Naturelle de Toulouse impressionna les membres de ce cercle prestigieux, qui décidèrent d’apporter leur concours au tracé et à la réalisation des premiers sentiers d’accès et de découverte du site. Des guides purent alors faire visiter La Cité de Pierres depuis le village de La Roque-Sainte-Marguerite, au fond des gorges de la Dourbie. Ils conduisaient les premiers visiteurs à dos de mules et l’expédition prenait une journée complète aller et retour.

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La Porte de Mycène de la Cité de Pierres. Photo Archives / DR

Les tracés du championnat de France de trail 2023

Championnats de France de trail court 2023 : 31km et 1600m D+
Départ samedi 18 mars à 8h30

Championnat de France de trail 2023 trail court
Le profil du trail court.

Championnats de France de trail long 2023 : 68km et 2700m D+
Départ dimanche 19 mars à 6h00

Championnat de France de trail 2023 trail long
Le profil du trail long.

Les titres décernés lors du championnat de France de trail 2023

Pour chaque épreuve (trail court et trail long), les instances nationales délivreront plusieurs titres :

  • champion de France Homme
    championne de France Femme
    champion de France Espoir Homme
    championne de France Espoir Femme
    champions de France Masters Hommes M0 à M10
    championnes de France Masters Femmes M0 à M10
    champion de France des clubs par équipe mixte (addition des temps des 4 premiers athlètes d’un même club avec au moins un homme et une femme)

Les champions de France en titre sont :

Trail court : Thimothée Bommier et Mathilde Sagnes
Trail long : Thomas Cardin et Laure Paradan

Affiche-Trail-de-la-Cite-de-Pierre-2023
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Pour sa 3e édition, le Nature Trail Film Festival, unique festival de cinéma consacré à la course à pied nature, propose 6 films inspirants à découvrir dans une des 18 villes de la tournée française. 2h30 de pur trail, d’aventures, d’émotions, de beauté et d’effort. Les dates : du 8 mars au 1er avril. On vous présente le programme.

CONFINÉ – Mathieu Blanchard

Sans course à l’international pour 2020, Mathieu Blanchard s’est donné comme défi de traverser la Gaspésie en empruntant l’arrière-pays. De la vallée de la Matapédia, en passant par les Chic-Chocs, jusqu’au bout du monde à Forillon, son objectif est de franchir au pas de course les 650 km et 30 000 m de dénivelé positif… en une semaine. Il sera confronté à ses limites physiques et mentales et devra affronter des sentiers dignes de Jurassic Park.
Ce film a fait partie de la Sélection officielle du Festival de films d’aventure de Banff.

CANADA – 1h – Version française. Réalisé par Jérôme Binette

NATURE TRAIL FILM FESTIVAL BLANCHARD

HIELO – Fernanda Maciel

Hielo Continental est l’un des plus grands champs de glace du monde et le cœur des Andes patagoniennes. L’itinéraire de randonnée de 7 jours, qui commence à El Chaltén, emmène les gens au plus profond des montagnes. Il y a 10 ans, Fernanda Maciel, ultrarunneuse de The North Face, a rêvé de parcourir cet itinéraire épique en une seule fois, mais la météo mit un frein à sa courageuse tentative. Dans HIELO, Fernanda revient avec sa coéquipière Kaytlyn Gerbin pour affronter ce glacier sauvage et isolé en courant autour des montagnes emblématiques des massifs de Torre et Fitzroy, mettant leur force, leur endurance et leurs capacités techniques à l’épreuve.

ARGENTINE – 9 min 30 – Version originale sous-titrée

NATURE TRAIL FILM FESTIVAL HIELO

KILIAN JORNET, BIEL RÀFOLS : MORCEAUX CHOISIS

​Suivez Biel Ràfols dans son travail de caméraman auprès de Kilian Jornet lors de Zegama et de l’ultra Pireneu : frissons garantis !

ESPAGNE – 6 min – Version originale sous-titrée. Réalisé par Biel Ràfols

NATURE TRAIL FILM FESTIVAL JORNET

ULTRA-SIMPLE

Mat est un pur ultra-traileur Valaisan qui, pour ses 50 ans et après un AVC, a décidé de faire plus de 750 km en 7 semaines sur 3 courses mythiques (UTMB, Tor des Géants et Marathon des Sables). Et c’est ce moment de sa vie qui vous sera conté, entre exploit hors du commun et leçon de vie. Une simple aventure.

SUISSE – 56 min – Version française. Réalisé par Arnaud Cailloux

NATURE TRAIL FILM FESTIVAL ULTRA-SIMPLE

DETRÁS DE LA CÁMARA

L’histoire de Biel Ràfols, cameraman et coureur de trail. Biel Ràfols est l’un des premiers et des meilleurs réalisateurs de films de trail au monde. Il a suivi de près et filmé des coureurs de renom tels que Kilian Jornet, Judith Wyder et Stian Argemund. Dans ce documentaire, il révèle ce qui se cache derrière certaines des images les plus connues de l’histoire des courses de montagne. Son travail, plus compliqué qu’on ne l’imagine, mêle exploits sportifs et technicité, pour nous faire profiter des plus grands moments du trail.

ESPAGNE – 11 min 40 – Version originale sous-titrée. Réalisation : Jabalcuza Films

NATURE TRAIL FILM FESTIVAL BIEL RAFOLS

LIFE ON THE FELLS

​Ce film suit la vie d’Adam Briggs, un fell runner passionné qui a une histoire unique à raconter. Poussé par les événements du passé et l’attraction constante des montagnes, Adam cherche à tirer le meilleur parti du don qui lui a été fait. Sa vie dans les montagnes vous emmènera dans un voyage à travers les éléments. Un voyage qui élargira l’esprit, renforcera le corps et donnera du pouvoir à l’esprit. Life on the Fells a remporté le prix du meilleur film amateur au Trail Running Film Festival de 2017.

ANGLETERRE – 5 min 13 – Version originale sous-titrée. Réalisation : James Stevens

NATURE TRAIL FILM FESTIVAL Adam Briggs

Voir la bande-annonce du Nature Trail Film Festival ICI

Nature Trail Film Festival : toutes les dates de la tournée

DIJON – 8 MARS 2023
​LYON – 9 MARS 2023
CLERMONT-FERRAND – 10 MARS 2023
TOULOUSE – 13 MARS 2023
PAU – 14 MARS 2023
BORDEAUX – 15 MARS 2023
NANTES – 16 MARS 2023
BREST – 17 MARS 2023
RENNES – 20 MARS 2023
PARIS – 21 MARS 2023
LILLE – 22 MARS 2023​
BRUXELLES – 23 MARS 2023
STRASBOURG – 24 MARS 2023
ANNECY-RUMILLY – 27 MARS 2023
GENÈVE – 28 MARS 2023
​GRENOBLE – 29 MARS 2023
NICE – 31 MARS 2023​
MONTPELLIER – 1er AVRIL 2023

Réservez votre place ICI

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Comme tous les débuts d’année, la question se pose de vos ambitions en course à pied à moyen et long terme. Et des moyens de vous entraîner que vous vous donnerez pour les atteindre. Un record premier trail long ? Un record perso sur une course que vous connaissez par cœur ? Un trail de montagne ? Un ultra ? Quels que soient vos objectifs, ils nécessiteront, en plus d’un physique affûté, un mental à toute épreuve. Alors que se profile la fin de votre hibernation, nous vous proposons ce test en 10 questions pour faire le point sur votre capital motivation.

Prenez un papier et notez pour chaque question la lettre correspondant à votre réponse. Par exemple, 1A, 2C, 3B… Vous ferez le compte à la fin, selon le tableau des points fourni.

1 – Courir, pour vous, c’est :

A Une source de plaisir intense.
B Un besoin presque vital.
C Une envie plutôt ponctuelle.
D Une corvée la plupart du temps.

2 – Lorsque vous êtes en plein effort :

A Vous souffrez.
B Vous pensez au résultat final, c’est votre moteur.
C Vous êtes autant dans l’effort que dans le plaisir.
D Vous êtes heureux(se) à l’idée de vous dépasser.

TEST CAPITAL MOTIVATION open

3 – Une semaine sans sport, c’est comme :

A Une semaine sans sexe.
B Une semaine où vous vous sentez mal dans votre peau.
C Impossible, tous les moyens sont bons pour bouger.
D Du repos et de la détente parfois nécessaire.

4 – Vous choisissez le parcours et la durée de votre sortie en fonction :

A De l’envie du moment.
B De ce qui est prévu sur votre planning d’entraînement.
C Des ami(e)s qui vous accompagnent.
D Peu importe, vous avisez en route, l’important, c’est de courir.

5 – Pour vous, un rythme d’entraînement régulier, c’est :

A Une fois par semaine.
B Deux ou trois fois par semaine.
C Tous les jours ou presque.
D Quelques fois par mois.

Capital Motivation Photo Cimalp
Photo Cimalp

6 – Après une sortie, vous vous sentez :

A Fier(e) de vous.
B Reboosté(e), encore plus en forme.
C Fatigué(e).
D Détendu(e) et content(e).

7 – Vous pratiquez la course à pied :

A Pour entretenir votre corps.
B Par plaisir.
C Pour perdre vos kilos en trop.
D Par obligation.

8 – Pour chausser les baskets, vous avez besoin :

A De vous motiver en pensant aux résultats.
B D’être coaché pour tenir les séances.
C D’y retrouver des ami(e)s.
D Vous avez juste besoin de courir.

TEST CAPITAL MOTIVATION

9 – Pour vous, course à pied rime avec :

A Effort, ça vous épuise parfois à l’avance.
B Ressort, c’est pour vous un moyen de recharger les batteries.
C Réconfort, ça vous rassure sur votre forme physique.
D Confort, c’est pour vous une hygiène de vie indispensable.

10 – Vous aimez plutôt les séances :

A Intenses, celles qui sollicitent les muscles et le cardio en profondeur.
B Tranquilles, elles vous permettent de vous entretenir sereinement.
C D’endurance, celles qui s’attaquent aux graisses et affinent la silhouette.
D De groupe, car seul(e) vous prenez moins de plaisir.

Capital Motivation Photo Kalen Emsley

Capital motivation, les résultats

Pour connaître votre « capital motivation », additionnez tous les points obtenus à chaque question et reportez-vous aux profils correspondants.

1 2 3 4 5 6 7 8 9 10

A 4 1 3 1 2 2 3 4 1 5

B 5 3 4 4 4 5 4 3 5 2

C 2 5 5 2 5 1 5 2 2 3

D 1 4 1 5 1 3 1 5 3 1

Profil 1 – Vous avez entre 40 et 50 points

Le(a) passionné(e) : une motivation dévorante

Vous entretenez avec la course à pied une relation passionnelle, charnelle, clairement physique et hormonale. Vous avez besoin de l’adrénaline et de l’endorphine que la course vous procure. C’est votre drogue, vous ne pouvez pas vous en passer. Vous en avez besoin, comme on a besoin d’air pour respirer. On ne peut pas réellement parler de motivation, puisque le besoin et le plaisir dépassent la simple envie de faire du sport. Vous recherchez l’intensité, le dépassement de soi, de vos limites. Vous ressentez dans l’effort une satisfaction telle qu’elle renouvelle votre désir en permanence.

Profil 2 – Vous avez entre 30 et 40 points

Le(a) battant(e) : un capital de guerrier(e)

Votre motivation est intrinsèque, elle n’est pas influencée par les autres mais uniquement par votre envie personnelle de vous dépenser. Vous aimez bouger, expérimenter de nouvelles choses, et vous avez besoin d’aller courir régulièrement pour vous sentir bien dans votre peau et dans votre corps. Vous choisissez vos séances en fonction de vos goûts et de vos besoins du moment et n’êtes pas simplement motivé(e) par le fait d’entretenir votre corps mais par le goût et l’effort du mouvement. Pour vous, la course à pied est une hygiène de vie à part entière dont on ne peut pas se priver. Sans elle, vous n’êtes pas bien dans votre corps, pas au top de votre forme, pas pleinement épanoui(e).

Profil 3 – Vous avez entre 15 et 30 points

Le(a) tonique : une détermination à 2 visages

Vous avez une motivation intérieure claire : avoir un beau physique, l’entretenir, l’affiner, le fuseler. Mais d’où vient réellement votre motivation de fond ? Même si votre objectif final est d’avoir un corps tonique, le faites-vous réellement pour vous ou pour répondre aux canons de beauté, aux diktats sociaux, pour que votre apparence satisfasse le plus possible l’autre ? Plus vous êtes proche des 30 points, plus votre motivation est intrinsèque et solide ; plus vous êtes proche des 15 points, plus elle est fragile et liée aux aléas du regard de l’autre. Pour renforcer votre motivation, il est indispensable de vous centrer sur votre désir profond, sur le corps que vous souhaitez avoir et de choisir les séances de course à pied qui vous amèneront à cet objectif, sans excès, sans agir pour l’autre mais pour vous.

Profil 4 – Vous avez moins de 15 points

Le(a) tenace : une envie versatile

Un jour oui, un jour non ! Votre motivation fluctue au gré de vos envies et de vos fréquentations. Elle n’est pas une exigence intérieure, mais une obligation extérieure. Vous êtes OK avec l’idée d’entretenir votre corps, mais vous n’avez pas un réel goût pour l’effort. Cela peut s’expliquer peut-être par le fait que vous n’appréciez pas forcément la façon dont vous pratiquez la course à pied. Si l’endurance vous ennuie, essayez le fractionné. Si la route vous ennuie, essayez le trail… Certes, vous réussissez à vous motiver en sortant en groupe, mais vous parviendriez sans doute à une motivation plus forte en prenant du plaisir à courir.

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Dans la lignée de son engagement pour la préservation des montagnes, Kilian Jornet et sa marque Nnormal, fondée avec Camper, lancent le No Trace Program. Il s’agit d’une campagne en faveur du recyclage des équipements de sport de toutes marques. Une initiative de plus pour inciter les gens à profiter de la nature et à la respecter.

No Trace Program : contribuer à préserver la planète

On estime que 20 milliards de paires de chaussures sont vendues chaque année dans le monde. 90 % des chaussures achetées ne finissent jamais par être recyclées. Et une grande partie finit dans des décharges. Ou, pire, elles sont abandonnées dans la nature, puisqu’on en retrouve même sur des plages sauvages et reculées. Avec certaines paires qui peuvent mettre plus de 1000 ans à se décomposer. Un cauchemar.

nnormal no trace program
Photo DR

Fidèle à sa philosophie, la marque Nnormal lancée il y a un an par Kilian Jornet et Camper propose de s’atteler à cette problématique. Ils viennent de lancer le No Trace Program. Une initiative qui invite les sportifs à recycler de manière simple et gratuite les chaussures, vêtements et accessoires de sport qu’ils n’utilisent plus ou qui ont déjà terminé leur cycle de vie. Et ce, quelle que soit la marque.

NO TRACE PROGRAM NNORMAL JORNET
Photo extraite du film No Lost Shoes.

No Trace Program : simple et gratuit

Avec cette campagne, NNormal vise à récupérer le plus grand nombre possible de chaussures, vêtements et accessoires de sport utilisés pour leur donner une deuxième vie ou les recycler. Les consommateurs peuvent ainsi recycler leur matériel de sport de manière simple, gratuite et accessible à tous en seulement trois étapes :

1- Rassembler tout le matériel sans distinction de marque ni d’état.
Les équipes dédiées au programme récupéreront votre équipement d’extérieur usagé quel que soit l’état du produit, et le répareront / recycleront afin de lui donner une seconde vie.

2- Apposer l’étiquette prépayée.
Enregistrez-vous sur le site de Nnormal, dans l’espace dédié, renseignez les informations concernant les produits à recycler, et imprimez l’étiquette prépayée.

3- Se rendre dans un point de collecte.
La liste des points de collecte et des magasins sélectionnés peut être consultée sur le site de Nnormal.

Pour rejoindre le No Trace Program et commencer à recycler vos propres équipements de sport en fin de vie, c’est ICI

No Lost Shoes : le film qui alerte signé Max Romey

L’activiste Max Romey connaît bien évidemment le monde du trail. Il a d’ailleurs réalisé de nombreux films pour différents acteurs et actrices du domaine. Partenaire de l’aventure NNormal, cet habitant d’Anchorage raconte : « Ce qui m’a excité dans le projet de NNormal dès que j’en ai entendu parler, c’est la conviction de cette énergie des petits pas qui peuvent mener à de grandes choses. »

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Max Romey. Photo Nnormal / DR

Mais au-delà du sport, le travail de Max Romey est avant tout un avertissement pour protéger tous les magnifiques endroits que nous aimons traverser. « À côté de chez moi, raconte-t-il, se trouve un immense paysage magnifique de glace bleue. Et je souhaite sincèrement que ce que je fais permette aux générations suivantes d’avoir la même nature autour d’eux…. C’est la raison pour laquelle je cours, je dessine ou je sors. Quand je dessine, je peux exprimer des choses pour lesquelles les mots ne suffisent pas. Et il est si facile de considérer que ces éléments ne changeront pas, alors qu’ils sont menacés. Pouvoir travailler avec une société qui met la priorité sur ces choses est donc une vraie chance. »

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Photo DR

Le film de 11 minutes No Lost Shoes met en évidence l’ampleur du problème de la pollution au cœur des mers et océans. Avec ce film, NNormal invite les consommateurs à réfléchir et à recycler tous les équipements de sport qu’ils n’utilisent plus. L’objectif est clair : contribuer à la préservation de la planète.

Découvrez le film No Lost Shoes avec Max Romey

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Ingénieur de formation, moniteur de plongée sous-marine, aventurier iconique de l’émission Koh-Lanta : Les 4 Terres, Mathieu Blanchard, dauphin de Kilian Jornet lors du fantastique UTMB 2022 avoue avoir trouvé son bonheur grâce à la course à pied, qu’il décline tant lors d’épreuves chronométrées qu’en dehors des sentiers. Et sa courbe d’épanouissement personnel ne semble pas avoir de limite. Rencontre avec un ultra-aventurier.

Tu découvres le trail en 2016, et tu es sélectionné dès mars 2017 pour intégrer la Salomon Ultra Running Academy. Avoir choisi l’ultra-trail d’entrée, c’est plutôt gonflé, non ?

Mathieu Blanchard : Lorsque je fais ma toute première expérience de trail, c’est un ultra de 80km et je me sens tellement bien à l’arrivée que je me suis dit que j’étais fait pour les longues distances. (Mathieu Blanchard remporte la course, l’Ultra-Trail Harricana du Canada, 80 km et 2400 m de D+ en moins de 8h, NDLR.)

Ce n’est pas un parcours classique ! Tous les entraîneurs te diront qu’il faut mettre de la progressivité…

Mathieu Blanchard : Je suis entièrement d’accord et d’ailleurs, étant également coach, jamais je ne donnerais à quelqu’un que j’accompagne un tel conseil pour débuter la course. Avant le trail, quand j’ai commencé la course sur route, j’ai aussi tout de suite démarré par des marathons, sans passer par les cases 5K, 10K, semi-marathon… Ça a d’ailleurs été une relation assez malsaine avec le sport au début, parce que j’avais tout le temps mal partout. J’avais fait de ces douleurs une normalité, mais c’était juste parce que je n’y connaissais rien. C’est pour ça que quand je suis arrivé dans les ultras, je me suis dit, comme pour les marathons, que ça faisait mal mais que c’était normal. Ce n’est qu’après que j’ai fini par apprendre que ce n’était pas normal…

Mathieu Blanchard arrivee UTMB 2022 Photo UTMB : DR
Photo UTMB / DR

Comment en es-tu venu à mettre un peu de sagesse après cela ?

Mathieu Blanchard : J’ai eu une prise de conscience quand j’ai commencé l’ultra trail, et quand j’ai signé un petit contrat de sponsoring avec Salomon. Je me suis dit que ça devenait un peu plus sérieux. Alors, en lisant des bouquins, en échangeant avec des experts, des coachs, j’ai appris qu’effectivement, la progressivité, la constance et la gestion de la charge doivent se faire de manière calculée. Et puis, toujours avec Salomon, j’ai pu avoir accès à des experts, échanger avec d’autres athlètes professionnels du team, et ils m’ont expliqué comment ils fonctionnaient, comment ils progressaient, comment ils se faisaient coacher…

Sur ton site, on peut lire : « Je courais toujours pour aller partout, mais je ne pensais pas pour autant que ça allait me mener quelque part », une phrase extraite du film Forrest Gump. Toi, tu penses aller où ?

Mathieu Blanchard : C’est une phrase que j’aime beaucoup parce qu’elle résume un peu ma vie au sens propre comme au sens figuré. D’un point de vue professionnel, ces dernières années, j’ai essayé beaucoup de choses dans l’ingénierie. Je suis allé dans les télécommunications, ça ne m’a pas super plu ; je suis allé dans l’aérospatiale, ça ne m’a pas super plu ; dans le nucléaire, ça ne m’a pas super plu ; dans la thermique lors de ma dernière expérience professionnelle au Canada, ça ne m’a pas super plu…

Tout ça pour dire que je courais un peu partout pour aller quelque part, mais au final, j’étais en train de courir derrière un certain bonheur ou épanouissement de vie que je n’arrivais pas à trouver. Et finalement, c’est la course à pied qui a donné un sens à ma vie. À partir du jour où j’ai trouvé ma direction, j’ai commencé à enclencher ma courbe d’épanouissement et de bonheur que je n’avais jamais trouvé auparavant. C’est arrivé assez tard dans ma vie, j’avais 30 ans.

Forrest Gump Tom Hanks
Tom Hanks dans Forrest Gump. Photo DR

Ta trajectoire de vie ne se résume pas qu’à la course à pied, il y a des envies d’explorer le monde… Un peu à l’image d’un Kilian Jornet, il te faut d’autres choses, d’autres émotions…

Mathieu Blanchard : Exact. Quand on voit des images de courses comme l’UTMB, on pourrait se dire que ma vie tourne autour de la performance, mais pas du tout. En fait, la performance est un petit pourcentage de ce qui me passionne dans la course à pied. Et finalement, la performance, c’est plutôt une conséquence de tout le reste. J’ai des motivations de courir qui me poussent à me lever tôt le matin, et à force de m’entraîner énormément, je suis devenu performant. Mais ce n’est pas la performance qui me motive à me lever tôt le matin. Je m’entraîne aussi beaucoup pour cette casquette d’aventurier, et comme je m’entraîne en courant, mon niveau physique et mental s’améliore, ce qui me permet de le transposer sur des aventures de type polaire, désert, vélo, peu importe.

Le grand public a découvert l’aventurier Mathieu Blanchard sur TF1, en 2020, lorsque tu as tourné Koh Lanta – Les 4 Terres aux Fidji. Tu avais renoncé à courir La Diagonale des Fous pour cette émission. Rétrospectivement, qu’est-ce que cela t’a apporté ?

Mathieu Blanchard : C’était une belle aventure qui m’a apporté de l’expérience, m’a permis de tester ma résistance dans certaines circonstances, en particulier au niveau de la faim. Et puis à titre personnel, depuis tout petit, le roman Robinson Crusoé et le mythe de l’île déserte sur laquelle il faut survivre m’a toujours fasciné. Mais c’est une aventure plus facile que celles que l’on réalise soi-même. Il y a un cadre, un filet de sécurité…

Mathieu blanchard Koh-Lanta Photo TF1 : DR
Photo TF1 / DR

Filet de sécurité qui n’existait pas dans l’aventure que tu as vécue en Gaspésie, en août 2020, quand tu es parti pour effectuer le record de la traversée du GR A1, le premier sentier de grande randonnée d’Amérique du Nord, avec ses 650km et 30000m D+ en forêt, en milieu hostile, que tu as avalés en 7 jours et 12h, là où les randonneurs mettent en moyenne près dun mois et demi… (Le film Confiné raconte cette aventure, NDLR.)

Mathieu Blanchard : Ça c’est une vraie aventure ! Parce que je pars d’une feuille blanche, et c’est à moi de dessiner tout le cadre. Et là, ça devient beaucoup plus compliqué puisqu’on est sans aucune garantie de succès.

Voir la bande-annonce du film ICI

Certains ont parlé de défi, d’autres de folie. C’est quoi exactement, un besoin de te tester, une soif d’adrénaline ?

Mathieu Blanchard : C’est un tout. C’est l’exploration du potentiel humain, qui est quelque chose qui me passionne et que je le teste un peu sur moi. Aujourd’hui, j’ai pris conscience que notre potentiel physique et mental est bien plus élevé que ce que l’on nous apprend ou que nous raconte la société actuelle. On n’utilise même pas 10% de la capacité de notre cerveau, et au niveau physique, c’est la même chose. Comprendre que l’on est capable de courir 500 à 600 kilomètres d’affilée, cela casse complètement le paradigme des capacités du corps humain.

Et il y a d’autres critères que j’ai pu explorer, comme la résistance au sommeil, ou la perturbation du système nutritionnel basé sur trois repas par jour, avec un certain nombre de calories à ingérer, ou encore la gestion de l’énergie. Et au milieu de tout ça, il y avait aussi une histoire de performance, aller d’un point A a un point B le plus vite possible. Toucher du doigt tous ces paramètres et tenter de les maîtriser et les optimiser est quelque chose qui me passionne.

Lors de ton expédition polaire à skis dans des conditions extrêmes réalisée au Québec en février/mars 2022 avec son ami Loury Lag, et retracée par le film Uapapunan qui vient d’être présenté au public en France et au Canada, tu as pu expérimenter ta résistance au froid. Conclusion ?

Mathieu Blanchard : Contrairement à la chaleur, à laquelle le corps peut physiologiquement s’adapter, par exemple en augmentant la capacité de sudation, ou du volume sanguin, il n’y a pas d’adaptation physiologique au froid. L’adaptation ne peut donc être que mentale. C’est l’accoutumance à la douleur. Et il y a également des techniques ancestrales, que l’on a pu découvrir avec les populations autochtones lors de notre expédition. Eux sont habitués à sortir tous les jours par -40° en hiver et ça ne leur pose pas de problème. Aujourd’hui, notre société a tendance à nous maintenir dans notre canapé, avec une température de 25°, en nous expliquant que le milieu désertique est hostile, que le milieu polaire est hostile, qu’il vaut mieux rester enfermés à l’intérieur. Moi je veux montrer que pas du tout…

Voir la bande-annonce du film ICI

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Mathieu Blanchard et son complice Loury Lag lors de leur expédition polaire Uapapunan. Photo DR

Revenons à tes performances sur l’UTMB. 3e en 2021 derrière François D’Haene et Aurélien Dunand-Pallaz, 2e en 2022 derrière Kilian Jornet… La victoire pour 2023 ?

Mathieu Blanchard : Je suis encore entrain de penser à ma saison 2023. Cette année, je veux aussi voir un peu des nouvelles choses, parce que le monde des ultra-trails est assez vaste en terme de courses, les années passent et je veux tenter d’expérimenter les plus grandes courses du monde à mon plein potentiel. Je ne veux pas faire ça quand j’aurais 50 balais !

Lire aussi notre article UTMB 2022 : Kilian Jornet “sauvé” par Mathieu Blanchard

Donc pas d’UTMB ?

Mathieu Blanchard : Je ne sais pas encore. Pour ma première partie de saison, je vais mettre le focus sur la Western States, aux États-Unis, qui est la course la plus mythique là-bas. J’ai eu la chance d’avoir un « golden ticket », c’est-à-dire un accès direct sans passer par la loterie, grâce à l’UTMB l’année dernière, donc je vais en profiter. Ensuite, à partir de juillet, ce sera une deuxième partie de saison que je construirai en fonction de comment je ressortirai de la Western States. Si, 10 jours après la course, je me sens bien et capable d’attaquer un nouveau bloc de préparation pour l’UTMB, j’irai éventuellement à Chamonix. Ou alors peut-être au Grand Raid de La Réunion…

UTMB 2022 Mathieu Blanchard Photo UTMB : DR
Mathieu Blanchard à l’arrivée de l’UTMB. Il est le 2e homme à descendre sous la barre des 20h, quelques minutes après Kilian Jornet. Photo UTMB / DR

Comment comptes-tu préparer ta Western States ?

Mathieu Blanchard : Je vais tout donner et faire un programme très spécifique en première partie de saison pour être capable de gagner en vitesse. Cela signifie beaucoup courir à plat, ce que je n’ai pratiquement pas fait pendant 3 ans. Je vais aller faire un stage au Kenya pendant un mois, pour m’entraîner avec les coureurs kényans. Je vais également faire le Marathon de Paris…

A propos de Kényans, comment as-tu réagi face à l’annonce du contrôle positif du vainqueur de Sierre-Zinal, Marc Kangogo ? Es-tu surpris ? Est-ce logique ?

Mathieu Blanchard : Non, cela ne me surprend pas, parce que on le sait tous, le dopage arrive avec l’argent. Tant qu’il n’y a pas d’argent, le risque de dopage est assez limité. Bien sûr, il y a toujours des exceptions, des types qui sont capables de se doper pour aller gagner un saucisson dans une course de village, mais cela reste quand même très rare. Maintenant, il faut savoir que les Kényans, que je commence à connaître un petit peu, n’ont pas le même niveau de vie que nous et que remporter de telles courses peut littéralement changer leur vie et celle de leur famille, voire même de leur village. Alors pour eux, le risque de se doper est moins grave qu’en Europe, où un sportif qui se fait prendre peut voir sa carrière ruinée, son image salie. Il va être pointé du doigt, c’est une honte dans notre société.

Alors que là-bas, le mec, s’est fait choper, il s’en fout un peu. Maintenant, comme le trail a complètement explosé ces dernières années, que les rémunérations et les bourses de course commencent à être très intéressantes, il va forcément y avoir des gens qui vont avoir envie de tricher. J’espère sincèrement que les contrôles vont venir avec, qu’il y aura un programme complet et sérieux de suivi, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui où il y a quelques contrôles avant et après les courses, mais pas de contrôle inopiné, comme on peut en avoir pour les coureurs du Tour de France par exemple.

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Mark Kangogo, vainqueur de Sierre-Zinal en août, puis déclassé pour contrôle positif en octobre. Photo DR

Sens-tu une pression lorsque tu arrives sur une course ?

Mathieu Blanchard : Bien sûr, car quand tu es coureur professionnel, tu as une pression de résultat. Quand tu as 15 médias qui te questionnent sur tes ambitions durant les trois jours qui précèdent la course, que tu sais que tu es observé, regardé par tes partenaires, tu as forcément un objectif de performance, ne serait-ce que pour continuer tes contrats. Mais je pense qu’être capable de gérer cette pression-là fait partie du métier, c’est ce qui fait la différence entre un champion et un autre. Tu as beau être super fort physiquement et être très bon à l’entraînement, si derrière tu perds toutes tes capacités de transposer ton potentiel en course, il manque une ligne dans les compétences de ton CV. C’est quelque chose dont je suis conscient et sur lequel je travaille, parce que ça fait partie aussi de l’équation.

François D’Haene disait lors d’une interview qu’au-delà de 20 heures de course, l’athlète entre dans une autre dimension où le mental prend le relais du physique. Toi, dans quoi vas-tu puiser mentalement ? 

Mathieu Blanchard : Déjà, je dirais que ça commence un petit peu plus tôt que 20 heures. Moi, dès la sixième heure de courses, je suis déjà pas mal entamé, j’ai déjà mal partout. Et là, il faut prendre le dessus pour continuer à avancer. Il y a pas mal de techniques, mais avant tout, il faut savoir pourquoi on est en train de faire ça, avoir réfléchi en amont de l’événement aux raisons qui font qu’on va prendre le départ et qu’on va se motiver à aller au bout. Ça peut être des raisons personnelles, familiales… Et puis il faut aussi avoir analysé ce qui nous fait du bien actuellement, ce qui nous rend heureux, pour pouvoir pendant les moments difficiles de la course avoir une sorte de discours interne qui va tout de suite dans le positivisme.

Ce sont ces raisons familiales, avec l’accident de ton frère, amputé d’une jambe à la suite d’un accident de la route, qui t’ont poussé à aller au bout de ton premier UTMB en 2018 ?

Mathieu Blanchard : Exactement, c’est un exemple très concret, une raison qui est arrivée sur une course et qui n’arrivera pas forcément sur une autre course.

En fin d’année dernière, tu as amené ton petit frère Luca sur le Half MDS en Jordanie, et il a fait sa première course en milieu désertique. Ce partage, cette inclusion dans une épreuve difficile, ça a été un grand moment

Mathieu Blanchard : Oui, car en fait, l’UTMB 2018, c’était le point de départ. Il n’avait que 15 ans à l’époque, c’était un jeune ado qui avait besoin de grandir, et moi je lui avais dit après cette course que quand il serait devenu adulte, on partirait ensemble à l’aventure. Et on l’a fait. Des projets d’inclusion de ce type, c’est ce qui me pousse aussi à m’entraîner. Pouvoir montrer que même si on est pas en forme physiquement à un moment donné de notre vie, ou si on a un handicap, ça ne signifie pas que l’on ne peut pas avoir la chance de vivre des choses extraordinaires.

C’est une histoire assez inspirationnelle, qui peut motiver des gens dans les mêmes situations à se dépasser pour vivre de telles choses. C’est même tellement inspirant que Salomon a décidé de pousser un peu plus loin le projet d’inclusion en montant une team Handi, avec les différents sports das lesquels ils sont investis, et avec Luca comme ambassadeur pour la course à pied.

HALF MDS JORDANIE LUCA
Luca, frère de Mathieu Blanchard, lors du Half MDS en Jordanie. Photo Organisation / DR

Pour en revenir à ton programme 2023, ce sera donc tout pour la vitesse, dès le début de l’année ?

Mathieu Blanchard : Non, car mon début d’année est assez chargé. Je dois d’abord m’occuper de la tournée de mon film en janvier-février (film sur son expédition polaire à ski dans des conditions extrêmes, intitulée Uapapunan, réalisée au Québec en février/mars 2022 avec son ami Loury Lag, NDLR). Ensuite, je vais faire le Kilimandjaro début mars, puis le stage d’entraînement au Kenya. Je dois également m’occuper de la sortie de mon livre fin mars, une autobiographie sur laquelle je travaille depuis plus d’un an. Je vais devoir assurer toute la partie relations médias, aller sur les plateaux télé, les dédicaces… Il y aura le Marathon de Paris, et j’irai peut-être au Marathon des Sables fin avril. Et ensuite les États-Unis pour la Western States, fin juin…

Et dans ce programme de folie, tu auras encore de la place pour une « aventure » hors course ?

Mathieu Blanchard : Si il y a une aventure, ce sera plutôt en automne-hiver, en pur trail. Comme traverser un pays de long en large, peut-être du côté d’Israël, ou de la Mongolie, ou d’un de ces pays qui finissent par « stan »… Kurdistan, Ouzbékistan. Il y a quelques trucs sympas à faire par là-bas, et qui ne sont pas trop connus. J’ai aussi d’autres idées d’expéditions polaires, parce que j’ai adoré mon aventure début 2022. Et des projets autour du café, aussi, qui m’amèneront à courir en Amérique Centrale ou en Afrique. Et encore d’autres projets pour connecter l’océan à la montagne… Les idées sont là, elles ne manquent pas, mais rien n’est fixé. Sachant que pour tout préparer sérieusement, c’est 6 mois de travail, donc c’est énorme…

Une trajectoire type Mike Horn, c’est quelque chose qui te tente ?

Mathieu Blanchard : Tout à fait. Venant d’un monde cartésien, ingénieur de bureau avec des objectifs assez cadrés, j’ai mis du temps à accepter la casquette de coureur professionnel. Le monde du sport professionnel était assez irrationnel à mes yeux. Aujourd’hui, j’accepte de dire que je suis coureur professionnel et que c’est mon métier. Maintenant, je suis dans un travail pour pouvoir me dire qu’un jour, je pourrai aussi être reconnu comme un aventurier professionnel. Je me dis ça parce que j’ai réussi à construire des aventures qui peuvent être concrètes en terme de rémunération, car il ne faut pas se mentir, pour être professionnel, il faut pouvoir en vivre.

Aujourd’hui, j’ai vu comment l’aventure peut devenir aussi une activité professionnelle, de par les conférences qu’on va donner, les livres qu’on va écrire, les films qu’on va tourner… Dans quelques années, je serai peut-être capable de faire des aventures qui dureront plusieurs mois, qui auront des impacts beaucoup plus gros. Et c’est quelque chose qui me permettra de continuer de faire ce que j’aime et d’exploiter mon potentiel physique, à une période de ma vie où je ne serai peut-être plus capable de courir assez vite pour me dire que je suis un coureur professionnel.

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Mike Horn, aventurier iconique et référence. Photo DR
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À peine âgée de plus de 30 ans, la Roumaine Denisa Dragomir a été sacrée championne du monde de Sky Marathon et de trail court en 2022. Ses spécialités : la course en montagne et le Skyrunning. Là où il faut courir vite, affronter sans crainte les parties techniques et accélérer encore sans tomber. Le rédacteur en chef d’Esprit Trail Serge Moro l’a rencontrée. Séquence vitaminée avec une sportive au palmarès impressionnant qui aime vivre vite et fort !

Quand as-tu commencé à courir ?

Denisa Dragomir : À l’âge de 11 ans. Lorsque ma cousine a été sélectionnée pour participer à une compétition, j’ai voulu pouvoir y participer également. J’étais trop jeune pour être inscrite, alors j’ai couru en « pirate », et j’ai terminé 3e.. L’année suivante, cette fois inscrite officiellement, j’ai aussi fini en 3e position. J’ai aimé courir, je me suis inscrite dans un club d’athlétisme et j’ai commencé à pratiquer le 1500m steeple. J’ai remporté la médaille d’argent aux championnats de Roumanie jeunesse dès ma première saison, puis l’or l’année suivante, avant de passer au 3000m steeple.

Comment es-tu venue à la course en montagne ?

Denisa Dragomir : C’est à 18 ans que je me suis essayée avec succès à la course en montagne. J’ai remporté le championnat d’Europe junior. En 2010, je suis également devenue championne junior de Roumanie de 3000m steeple. L’année suivante, j’ai gagné mon second titre de championne d’Europe junior de course en montagne. Dans la foulée, j’ai remporté également la médaille de bronze junior aux championnats du monde de course en montagne.

Denisa Dragomir - Photo Livigno SkyMararthon - Oriol Batista
Photo Livigno SkyMararthon – Oriol Batista

Tu t’es aussi lancée dans le Skyrunning !

Denisa Dragomir : Oui, en 2014. J’ai participé à ma première épreuve de Skyrunning, la Retezat Sky Race. J’ai eu la surprise de gagner en battant le record féminin du parcours de 10mm, en 3h48mn30s, et en terminant 6e du classement général. Durant cette course, j’ai fait la connaissance de Ionut Zinc, membre du club italien Valetudo Skyrunning, qui m’a félicitée pour ma course. Il m’a invitée à rejoindre son club, et à participer à Sierre-Zinal. J’ai terminé 7e de cette mythique course suisse. J’ai remporté de nombreuses épreuves de Skyrunning en Italie les années suivantes. Ma « carrière » dans le Skyrunning était lancée, et cela m’a beaucoup plu !

Tu as tenté les plus longues distances…

Denisa Dragomir : Oui, en 2017. C’était toujours dans le cadre fédéral, en décrochant une médaille de bronze aux championnats du monde de course en montagne longue distance, portés par la WMRA (NDLR: la structure qui gère la course en montagne fédérale au niveau international) et disputés dans le cadre du Giir di Mont, une fameuse course Italienne avec une ambiance de folie. Grâce à mes victoires aux Sky Races de Trenta Passi, Pizzo Stella, La Veia, Zac Up et au Cielo Sky Marathon, j’ai ainsi remporté le classement Sky de la Skyrunner Italy Series.

Tu sembles avoir franchi un palier en 2019, avec une consécration en 2021 ?

Denisa Dragomir : Oui en terminant 5e des championnats du monde de trail à Miranda do Corvo. En 2019, je remporte la Sky Race des Championnats d’Europe de Skyrunning : ce fut mon premier titre majeur. A partir de là, je me suis spécialisée avec bonheur dans le Skyrunning, et j’ai enchaîné les saisons en Skyrunner World Series. Après deux années particulières liées au COVID, tout a repris fort en 2021, et j’ai eu le plaisir d’aligner une longue série de victoires en battant régulièrement les records féminins des épreuves. Par exemple, le 19 juin 2021, sur la première manche de la Skyrunner World Series au Livigno Sky Marathon, j’ai remporté la victoire avec 20mn d’avance sur ma plus proche rivale, la Norvégienne Eli Anne Dvergsdal.

Et pour clore la saison 2021, malgré une course difficile pour moi à Gorbeia Suzien, où j’ai longtemps lutté avec la coureuse locale Onditz Iturbe. Ce n’est qu’à mi-parcours que je suis passée en tête pour l’emporter. J’ai pris part à la finale de la Skyrunner World Series à la Limone Extreme. C’est dur d’être favorite à chaque départ avec beaucoup d’attente. Alors j’ai crânement imposé mon rythme et cela a matché ! J’ai gagné devant la Suédoise Johanna Åströmet. 5 victoires sur 5 participations, c’est une belle satisfaction pour moi.

Denisa Dragomir run - Photo RedBull : DR
Photo RedBull / DR

En 2022, tu as continué sur ta lancée !

Denisa Dragomir : Oui. J’aime courir chez moi en début de saison. Le 14 mai, j’ai gagné les championnats des Balkans de course en montagne à Câmpulung Moldovenesc… Mais j’ai connu une alerte avec une blessure au tendon d’Achille ! J’ai passé mon été en repos, soins et sports alternatifs ! J’ai fait mon retour à la compétition avec succès en m’imposant sur la Rosetta Sky Race le 4septembre. Une bonne remise en jambes pour me remettre en confiance avant l’épreuve du Sky Marathon des championnats du monde de skyrunning à Bognanco mi-septembre. Une fois de plus, on m’avait collé l’étiquette de favorite. J’ai laissé la Suédoise Lina El Kott mener la première partie de course. À la mi-course, j’ai repris la tête et j’ai gagné en 3h29mn51s. Mon premier titre mondial. C’est un pur bonheur… Puis en Thaïlande, j’ai remporté le championnat du monde de trail court ! Une belle année !

As-tu envisagé de te tester sur des distances plus longues comme l’ultra-trail, et des courses comme l’UTMB te font-elles rêver?

Denisa Dragomir : Mon rêve est bien sûr de gagner un jour l’UTMB, mais je ne dois pas brûler les étapes. Après avoir remporté la série mondiale de skyrunning et le championnat de skyrunning, mon grand objectif est maintenant de gagner l’OCC. C’est la distance qui me convient le mieux avec mes qualités actuelles. L’ultra est une discipline différente qui demande à développer d’autres qualités que je dois acquérir patiemment. Je suis sûre qu’un jour je pourrai courir de longues distances et je ferai de mon mieux pour bien courir ce genre de courses. Avec bien sûr l’envie de l’emporter !

Tu es soutenue et accompagnée par des partenaires comme Merrell. Es-tu professionnelle, ou souhaites-tu le devenir ?

Denisa Dragomir : Être à haut niveau demande un investissement temps – et mental – total. Je suis une coureuse professionnelle et, oui, je suis soutenue par Merrell. Il est très important d’avoir un sponsor avec soi, une équipe qui vous soutient tout le temps, une équipe qui croit en vous et vous aide à atteindre tous les objectifs. J’ai beaucoup de chance de faire partie de cette équipe. Sans son soutien et tous les sponsors complémentaires qui m’accompagnent, je n’aurais pas pu atteindre ce niveau. Et y rester !

Cette interview est parue dans le magazine Esprit Trail N°129.

Pour commander le magazine complet en version papier ou digitale, c’est ICI

Denisa Dragomir - Photo RedBull : DR
Photo RedBull / DR
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Le trail a-t-il changé quelque chose dans votre alimentation ? Posez la question autour de vous… et écoutez les réponses. Vous verrez, on vous parlera surtout de qualité : peu d’aliments transformés, artificiels, industriels, une alimentation dite « naturelle », riche en fruits et légumes. Éventuellement pauvre en viande, en produits laitiers et en produits sucrés. Ou encore exempte de gluten. Mais combien de femmes répondront spontanément : « Depuis que je pratique, j’ai augmenté les quantités » ? Presque aucune. Et c’est sans doute une erreur. Valérie Pfister et Clothilde Mora, diététicienne au sein du service Sports et pathologies du CHU de Grenoble, vous expliquent pourquoi il faut oser manger plus.

Manger plus : pas simple à accepter

Manger plus ! L’option n’est pas simple à envisager, quand on sait que la minceur et le faible poids sont des idéaux socioculturels spécifiques aux femmes. Il suffit d’observer les publicités pour s’en rendre compte. Pas simple à envisager non plus, quand on pratique un sport d’endurance où la légèreté et la minceur sont des facteurs – apparents – de performance. Pas simple encore, lorsqu’on vit dans une société où la performance est une exigence de tous les instants : au travail, à la maison, au lit. La performance touche même la parentalité. Et particulièrement la maternité. Pas simple, enfin, lorsque nombre de personnes (famille, partenaire de vie, partenaire de course, ami(e)s, collègues…) se permettent des réflexions sur notre poids ou notre apparence et/ou notre manière de manger.

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Attention aux diktats de “beauté” : la ligne silhouette fine, c’est peut-être bien pour instagram, mais le déficit énergétique peut avoir des conséquences sévère sur la santé. Photo DR

Les risques de déficit énergétique

De nombreux facteurs invitent les femmes à se restreindre au niveau alimentaire. Dans le cadre plus spécifique d’une pratique sportive, l’invitation quasi constante à transformer la masse grasse en masse maigre complète ce tableau. Manger peu et « transformer la graisse en muscle »… Avec cette injonction, la porte est grande ouverte au déficit énergétique.

On ne s’étonnera donc pas que les femmes soient surreprésentées dans les troubles du comportement alimentaire (9 cas sur 10). Et ceci bien que ces troubles aient des causes multifactorielles et qu’il existe des liens étroits entre ces derniers et les sports d’endurance. Sauf que pour être forte, pour être endurante justement, il faut… des calories. Et on peut aller plus loin encore dans la provocation. Pour préserver sa santé osseuse et sa santé cardiovasculaire, une femme a besoin de sa masse grasse !

Attention, danger !

Une masse grasse insuffisante et un nombre de kcal (par jours et par kilo de masse maigre) trop faible vont ralentir voire arrêter le fonctionnement des ovaires. De prime abord, ce ne sont pas les organes dont on pense avoir besoin quand on court. Mais des ovaires – et par conséquence des règles – qui ralentissent, qui s’arrêtent, c’est une ménopause artificielle qui s’installe. Et avec elle son cortège de problèmes :
– altération de la santé osseuse à moyen terme (fracture de fatigue) et long terme (ostéopénie, voire ostéoporose).
– altération de la santé cardiovasculaire (augmentation du « mauvais cholestérol », moindre utilisation des graisses sur les efforts longs alors que c’est un avantage propre aux femmes…)
– risque d’infertilité, invalidant si on nourrit un projet de maternité.

Au niveau sportif, un déficit énergétique a également des conséquences. Il augmente le risque de blessure, fait baisser la capacité d’endurance, la force musculaire, la réponse à l’entraînement… La liste est longue.

MANGER PLUS TRAIL 3
Plus vous faites d’efforts en trail, plus la ration d’effort est nécessaire. Photo DR

Comment avoir une ration suffisante en énergie ?

Il faut prévoir une ration qui suffit à encaisser le quotidien. Et il est souvent « sportif » pour les femmes en raison de leur triple ou quadruple journée, à laquelle se rajoute la ration d’effort, très souvent négligée. Oui, la ration d’effort, c’est en plus ! Au quotidien, prévoir trois repas par jour peut être un bon début. Nous n’avons aucun recul sur les conséquences à long terme du jeûne intermittent ou des stratégies de type « low carb », « train low » ou « sleep-low ». Mais on sait ce qu’induit le déficit énergétique.

Féculents et matières grasses à chaque repas, c’est la deuxième étape. Même chose pour les protéines : à prévoir à chaque repas. Le corps n’est pas conçu pour jeûner plus de 4-5 heures en période d’éveil. Ainsi les collations (par exemple à 11h et/ou 17h) ne sont pas réservées aux plus jeunes. Elles peuvent être adaptées selon qu’elles précèdent l’effort (raisins secs – pain d’épices) ou s’inscrivent dans la récupération (amandes / produit laitier – chocolat noir – banane – thé vert).

À l’entraînement, la « ration d’effort » ainsi que la boisson d’effort sont à envisager à partir d’une heure. Les aliments protéinés (jambon, fromage, oléagineux…) peuvent être intégrés dès la première heure. En termes d’hydratation, une pincée de sel ainsi que le rajout de glucides dans votre flasque (avec du miel, du sirop de fruit, du jus de raisin ou tout simplement du sucre) vont favoriser l’absorption de l’eau au niveau digestif.

Lire aussi notre article : Glucides et course à pied ICI

Comment savoir si on est en déficit énergétique ?

Oubliez l’IMC, ce n’est pas un bon indicateur de la composition corporelle, surtout chez les personnes sportives. Les troubles du transit sont un premier indicateur : ballonnements et constipation chroniques sont les signes d’un organisme qui tire tout ce qu’il peut du (trop) peu qu’on lui apporte.

Se référer au cycle menstruel peut être intéressant, bien que chez certaines femmes il ne soit pas régulier. Un allongement supérieur à 35 jours (spanioménorrhée) ou un arrêt des cycles (aménorrhée) ne doivent vraiment pas être négligés ni sous-estimés, même si c’est une situation vécue comme confortable.

Les blessures à répétition, quelles qu’elles soient, les rhumes chroniques, les difficultés d’endormissement et/ou des réveils nocturnes peuvent être causés par un déficit énergétique. Un dîner trop pauvre en féculents et en protéines va perturber votre nuit, votre organisme restant en hyper vigilance, en mode « survie ».

Réhabiliter le plaisir de manger

La nutrition se concentre trop souvent sur les nutriments, les calories, sur le « sans » : sans sucre, sans graisse, sans sel, sans gluten, sans viande, sans produits laitiers… Quand on n’a plus rien à mettre dans son assiette, pas étonnant que le jeune intermittent ait le vent en poupe.

Sauf que le cerveau déteste les régimes, qu’ils aient ou non une coloration « sportive ». Il va se défendre en modifiant l’expression de certains gènes. L’appétit va augmenter, le métabolisme va diminuer. C’est bien pour cela que 95% des personnes qui font un régime reprennent ensuite du poids, les 5% de « réussite » relevant des troubles alimentaires.

C’est également pour cela qu’il est fondamental de redonner sa place au plaisir dans l’alimentation : plaisir de manger ou goûter ceci ou cela, d’écouter ses envies et leurs intensités, et d’y céder aussi. Que ce plaisir soit salé, sucré, protéiné, végan, carné ou gras.

Conclusion : ne mangez pas moins, surtout si vous pratiquez un sport exigeant comme le trail… mais mangez mieux !

Lire aussi notre article Alimentation : les 9 fondamentaux à connaître en course à pied ICI

Propositions concrètes pour manger plus

Respecter son appétit et ses envies est la règle n°1. Mais évitez de faire n’importe quoi. On vous guide.

En termes de matières grasses
Huile – 1 à 2 cuillères à soupe par repas : huile d’olive en cuisson, aliments riches en oméga 3 (huile de colza/noix) en assaisonnement… et à conserver au réfrigérateur !
Poissons gras type sardines, maquereau, hareng, anchois – 2 à 3 fois par semaine.
Noix de Grenoble – 4 à 5 par jour.
Une tablette individuelle de beurre par jour (10gr)

En termes de féculents
Riz, pain au levain, pain d’épices… Lors du repas, on peut tendre vers une proportion de 2/3 de féculents et 1/3 de légumes

En termes de protéines
Œuf à la coque, poisson blanc et poisson gras, viande blanche, viande rouge, abats…

En termes de légumes
1 à 2 petits « poings » légumes par repas. La “main comme mesure”, avec le recours au poing, au pouce, à la paume et à la poignée, est une méthode qui permet de quantifier ses apports facilement, du moins plus facilement que le comptage de calories ou l’autorégulation par la pleine conscience…

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Élu performeur de l’année 2022 par la communauté d’Esprit Trail, le Basque Beñat Marmissolle vient de révéler le programme de sa saison 2023. Au menu, des défis XXL et une casquette de favori qu’il va falloir assumer.

Beñat Marmissolle : « réaliser ses rêves »

C’est par un court message sur ses réseaux sociaux que l’ultra-traileur basque a révélé le programme de sa saison 2023. Mais le début de ce message est tout un symbole. Jugez plutôt : « Reste couché pour rêver, mais lève-toi pour réaliser tes rêves… » Et ceux de Marmissolle, visiblement, riment avec ultra-défis. Mais si l’homme a de grandes ambitions, il a montré en 2022 qu’il avait les moyens de ces ambitions-là.

Si tout le monde se souvient de son dernier exploit, une superbe victoire sur la Diagonale des Fous, à La Réunion, sa saison 2022 a été remarquable, avec notamment une victoire ex-aequo avec Pau Capell sur le Black Mountain Trail, la fameuse Montagne Noire du Sud-Ouest, en juin, une autre en juillet sur l’Ultra Trail di Corsica, l’épreuve reine du Restonica Trail, puis encore sue la 6000D, fin juillet. Quant à l’UTMB, il a réussi l’exploit de se hisser à la 6e place pour sa première participation, sur un format de plus de 160 kilomètres qu’il n’avait jusque-là couru qu’une seule fois, à la Réunion en 2021 (3e du Grand Raid).

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Beñat Marmissolle à l’arrivée de la Diagonale des Fous 2022, victoire en poche. Photo Organisation / DR

4 mars 2023 : rendez-vous en terrain connu

C’est sur un terrain désormais connu que le Basque débutera sa campagne 2023, avec un premier rendez-vous sur le Black Mountain Trail qu’il a découvert l’an dernier. Et particulièrement apprécié. Outre la rencontre avec Pau Capell – et la victoire partagée -, c’est le parcours en dents de scie, très exigeant, qui avait conquis Marmissolle. Calé en fin de printemps en 2022, l’épreuve est revenue cette année à sa date habituelle, en tout début de saison. Ce sera donc le 4 mars que Beñat Marmissolle prendra le départ de la Coupo Cambo, ses 63km et 3800m D+.

22 avril 2023 : le MIUT, rendez-vous des élites

C’est ensuite du côté de l’île de Madère, le 22 avril, que le Basque se rendra, pour participer au Madeira Island Ultra Trail, le fameux MIUT. Une course très prisée des élites, programmée en début de saison, et qui fait pour beaucoup d’entre elles figure de grand rendez-vous de reprise. On se souvient que l’an dernier, c’est cette épreuve que Jim Walmsley avait choisi pour faire sa rentrée. Particularité du MIUT : son côté « casse-pattes », avec de très gros dénivelés et des marches à n’en plus finir. Mais Marmissolle, en vainqueur du Grand Raid, connaît désormais la musique.

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Le MIUT, un parcours montagneux exigeant. Photo Organisation / DR

Les 3 plus prestigieux 160K du monde au programme !

Une fois les « hors d’œuvres » avalés, viendra le temps des plats principaux. Beñat Marmissolle en a prévu 3, et non des moindres : la Hardrock Hundred Endurance Run, l’UTMB et la Diagonale des Fous. Autrement dit, les trois courses de 160 kilomètres les plus prestigieuses du monde. Rien que ça !

Premier défi, la Hardrock sera une véritable découverte pour ce coureur qui n’avait jusque-là que très peu couru à l’étranger. Tiré au sort en décembre dernier, le Basque fera donc partie des 147 « élus » qui se lanceront dans la course en juillet prochain dans le Colorado. Il retrouvera là-bas 4 autres Français, dont Anne-Lise Rousset-Séguret, mais aussi et surtout Courtney Dauwalter, qui visera certainement un podium au scratch, en l’absence de Kilian Jornet et François D’Haene.

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Embrasser le rocher de la Hardrock 100, le rêve américain de Marmissolle… Photo DR

Puis viendra le temps de l’UTMB, début septembre. Si, en 2022, pour sa première participation, Marmissolle était parti prudemment, gageons que cette année, il se livrera sans doute un peu plus. Une casquette de favori sur la tête, ça change la donne.

En tant que tenant du titre, Beñat Marmissolle terminera son année 2023 sur les sentiers de son exploit 2022, sur le Grand Raid à La Réunion. Un parcours qu’il connaît désormais bien, mais sur lequel quelques-unes des élites absentes l’an dernier seront présentes. À commencer par Benoît Girondel, qui ne rêve que de ça…

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Membre du Team Asics Elite, Marie Goncalves, vice-championne de France de trail long 2022 n’a qu’une idée en tête : performer aux France de Trail le 18 mars prochain à Montpellier-le-Vieux. Avec ce rêve d’intégrer les rangs de l’équipe tricolore pour aller mouiller le maillot lors des Mondiaux qui se disputeront à Innsbruck, en Autriche, début juin. Portrait d’une bosseuse acharnée de 25 ans, future avocate, déterminée à ne rien lâcher.

Quand as-tu débuté dans le trail ?

Marie Goncalves : Je viens d’une famille sportive, avec une mère qui pratique le trail, aussi je suis venue rapidement à la course à pied. J’ai commencé l’athlétisme à l’âge de 7 ans. J’ai peu à peu abandonné les sports de saut et lancer, qui ne me convenaient pas, pour me consacrer au demi-fond et au cross. Je n’ai véritablement débuté le trail qu’un peu avant le confinement. Mais je continue de pratiquer le cross et reviendrai certainement à la route dans le futur, ne serait-ce que pour travailler ma vitesse, qui est un de mes points faibles.

Tu fais partie de la Team Asics Elite, comment as-tu été repérée ?

Marie Goncalves : J’ai eu la chance de participer à la Trail Elite Factory organisée par Asics en 2021. Et j’ai gagné. Cela m’a permis de décrocher un contrat avec eux, et de pouvoir mieux m’organiser pour concilier entraînement, courses et vie professionnelle, puisque je poursuis parallèlement des études pour devenir avocate. J’ai d’ailleurs réussi mon concours d’entrée et suis désormais élève-avocate, et deviendrai avocate à part entière d’ici 1 an et demi.

Concilier ces études, très prenantes, avec tes entraînements n’est-il pas trop compliqué ?

Marie Goncalves : Ce n’est pas facile. L’année dernière a été assez chargée, mais c’est justement le trail qui m’a permis de ne pas avoir que la préparation du concours, et de penser à autre chose. Ne pas être que dans les bouquins. Je pense que cet équilibre projet sportif / projet professionnel est important.

MARIE GONCALVES PHOTO RÉMI BLOMME
Photo Rémi Blomme

Tu as malgré tout réussi une belle saison 2022, où tu termines entre autres deuxième des Championnats de France derrière Laure Paradan, 1ère du format 6D Lacs sur la 6000D, 1ère du format SaintéSprint sur la SaintéLyon… Quelles sont tes ambitions et défis pour 2023 ?

Marie Goncalves : Tout dépend de ce qui va se passer sur les France de Trail qui se dérouleront à La Cité des Pierres, à Montpellier-le-Vieux, le 18 mars. Je vais tout donner pour obtenir un résultat qui me permettrait d’être retenue en équipe de France. J’avais été sélectionnée pour participer aux Championnats du Monde en 2021, mais ils avaient été annulés à cause du COVID. Et en 2022, je n’ai pas été retenue. Obtenir cette sélection est mon objectif majeur.

Tu as expérimenté l’OCC, le « petit » format de l’UTMB, l’été dernier, où tu as pris la 16e place du classement féminin, terminant 2e Française derrière Esther Eustache. Te reverra-t-on du côté de Chamonix début septembre ?

Marie Goncalves : C’est compliqué, parce qu’avec leur nouveau système de qualification, je n’ai pas les points. Alors j’aimerais bien être à Chamonix, mais je ne sais pas si Chamonix me voudra. Je suis en train de voir avec mon entraîneur si on peut trouver une course qualificative par rapport à mon planning, pour pouvoir refaire l’OCC, mais rien n’est moins sûr. Et encore une fois, tout dépendra de si je suis prise ou non en équipe de France…

MARIE GONCALVES PHOTO COLIN OLIVERO
Marie Gonclaves à l’arrivée de l’OCC 2022. Photo Colin Olivero

Tu performes sur des distances allant de 25 à 55/60 kilomètres. Es-tu tentée par l’ultra ?

Marie Goncalves : Pour l’instant, le format OCC, qui équivaut à 6 ou 7 heures de course, me convient bien. Après, tentée, oui, et j’y viendrai sans doute un jour. Mais pour l’instant, je ne suis pas prête. Il faut respecter une certaine progression, valider chaque étape. Le passage des 60 kilomètres, des 80, des 100… Pour l’instant, avec mon entraîneur Fabien Antolinos, on fait ça plutôt bien. Je ne veux pas brûler les étapes.

Tu as récemment publié un post sur Instagram où tu dis « Quand ça commence à être “dur dur”, je fermes les yeux ». Et quand tu les fermes, il se passe quoi dans ta tête ?

Marie Goncalves : Je repense à tous les moments qui ont été très durs à l’entraînement, et je me dis que si j’ai tant souffert pour en arriver là, ce n’est pas le moment de lâcher. Je ferme les yeux, mais je visualise quand même les filles qui sont devant et qu’il faut aller chercher.

Tu es du genre battante, guerrière ?

Marie Goncalves : On dit de moi que je suis une acharnée. Ça ne veut pas dire que ça passe tout le temps, mais généralement, quand je veux quelque chose, j’essaie toujours de l’obtenir…

Comme ce maillot bleu de l’équipe de France… Dernière question : tu as remporté les formats SaintExpress en 2021 et SaintéSprint en 2022. Te verra-t-on sur le grand format SaintéLyon en 2023  ?

Marie Goncalves : Si tout se passe bien, oui. C’est au programme, mais comme cela arrive très tard dans la saison, il est toujours difficile de prévoir dans quel état de forme on sera. Mais c’est un objectif.

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